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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 19:29

«Dans un discours prononcé à la Maison-Blanche, le président Jimmy Carter en 1977 évoque la crise énergétique qui frappe alors les économies occidentales et il y glisse cette réflexion sibylline: si nous indexons le dollar sur les matières premières, son potentiel est grand, mais limité; si nous indexons le dollar sur la connaissance, alors son potentiel est infini.»

53 ans d'indépendance après, l'Algérie est plus que jamais à la croisée des chemins. Cependant, qu'on se le dise, les nuages s'accumulent, Il est important pour la génération montante de savoir que nous avons pris un faux départ dès l'indépendance. Souvenons-nous les années soixante, la vague de décolonisation a donné l'illusion que les pays étaient réellement indépendants et que tout était permis, la misère morale et matérielle devait faire place à la liberté de parole, de travailler, bref, de donner la pleine mesure de son talent. Cruelle erreur, les espoirs fuirent rapidement Aimé Césaire, en son temps, jugeant d'un oeil très critique cet hold-up de la liberté, de la démocratie, eut cette formule lapidaire sans appel: «La lutte pour l'indépendance, c'est l'épopée! L'indépendance acquise, c'est la tragédie.» A l'Indépendance, nous tirions notre légitimité internationale de l'aura de la glorieuse Révolution de Novembre.


L'Algérie à la croisée des chemins

La flamme de la Révolution s'est refroidie en rites sans conviction, pour donner l'illusion de la continuité. Mieux encore, le moteur de la Révolution qu'était le FLN a été confisqué au profit d'une caste pendant un demi-siècle. Le FLN post révolution s'accroche au pouvoir-, n'a pour programme que l'opportunisme- et ceci il faut bien le dire, d'un manque cruel de compétence de ceux qui se l'ont approprié. Pour le regretté Boudiaf: «Le FLN est mort en 1962.» Le FLN qui a rempli son immense tâche historique qui a abouti à l'indépendance est la propriété de tous les Algériens. Il doit laisser la place à d'autres partis politiques qui ont pour légitimité l'intelligence, le savoir, le Web2.0


L'Algérie actuelle, qu'est-ce- que c'est?

Un pays qui se cherche, qui n'a pas divorcé avec ses démons du régionalisme, du népotisme? Qui peine à se déployer, qui prend du retard, qui vit sur une rente car elle n'est pas celle de l'effort, de la sueur, de la créativité? C'est tout cela en même temps! Malgré une chute drastique des revenus du pétrole, elle ne prend pas assez compte du danger et les réformes tardent à venir, bloquées d'une façon incompréhensible alors qu'il s'agit de ne pas perdre du temps car le monde bouge. Nous n'avons plus le droit de continuer à vivre sur notre passé et penser que la rente réglera nos problèmes. Si pendant les premières années de l'indépendance la massification de l'éducation était légitime. Par la suite ce fut la gabegie par une arabisation effrénée.

Résultat des courses: malgré des moyens colossaux, l'école a été qualitativement un échec. Le niveau est déplorable, nous le voyons dans le supérieur. Justement, l'enseignement supérieur est analogue à un train fou que personne ne peut arrêter. Il délivre des diplômes qui correspondent bien souvent à des métiers qui n'existent pas. On comprend alors pourquoi la formation d'ingénieurs a été supprimée dans les universités au profit d'un LMD dont on découvre graduellement les errements et les limites. Plus que jamais, des états généraux s'imposent pour mettre à plat ce qui ne va pas.

L'Algérie de 2015 importe pratiquement tout, a perdu son savoir-faire que l'on tente difficilement de réhabiliter, Elle n'a plus la foi, ce feu sacré qui nous faisait espérer en l'avenir avec 100 fois moins de moyens actuellement. Le jeune Algérien de 2015 bavarde avec un portable vissé à l'oreille, il tchatche sur Internet, roule pour certains en 4x4, et pense que tout lui est dû. Il ne sait pas ce que c'est que l'effort, l'honnêteté, les économies, il pense que l'école et l'université ne servent à rien prenant l'exemple sur les troubadours et les footballeurs qui gagnent en une saison ce que gagne un enseignant en une vie...


Qu'est-ce qu'être indépendant au XXIe siècle?

Qu'est-ce qu'être indépendant quand on est dépendant à 80% pour sa nourriture, à 100% pour sa construction, les transports, quand on est dépendant à 100% pour ses achats de tous les jours. 80% de notre nourriture dépend de l'étranger, l'industrie ne participe qu'à 5% de la richesse malgré la richesse des effets d'annonce dans le domaine industriel qui sont sans lendemain parce qu'indexés sur une vision qui ne fait pas appel aux Algériens. L'Etat est artificiellement riche, une population en majorité prête toujours à l'émeute, pour n'importe quoi.

Qu'est-ce qu'être indépendant quand nous ne pouvons plus défendre notre territoire qu'avec des armes classiques face aux drones, aux fusils laser, aux avions F16 et autres foudres? Qu'est-ce qu'être indépendant quand notre système éducatif est en miettes et que l'on casse les dernières défenses immunitaires que sont les formations technologiques (ingéniorat). Sommes-nous devenus plus autonomes? Avons-nous un taux d'intégration et un savoir faire réel? Avons-nous des hôpitaux de qualité, une école qui fait réussir? Une université vue comme un ascenseur social? Rien de tout cela!

Notre mimétisme de l'Occident ne concerne que la dimension consommation et non dans celle du travail, de l'effort, de l'intelligence et de l'endurance. L'Algérie est devenue un immense tube digestif, décervelé, l'Algérien veut, sans effort, tout et tout de suite. L'Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. Avec une mondialisation dimensionnée à la taille des plus grands, des plus forts, des plus intelligents la lutte est implacable.

Des alliances se nouent, d´autres se dénouent. Quoi qu´on dise, les regards sont braqués sur l´Algérie. Le démon du régionalisme, l'échec du vivre-ensemble, l'appât du gain et pour notre malheur, l'étendue du pays, sa richesse en hydrocarbures et en terres agricoles, sont autant de critères de vulnérabilité. On ne laissera pas tranquille un pays de 2 387 642 km² - le premier pays d'Afrique après la partition du Soudan- avec sa profondeur stratégique, son potentiel énergétique, ses différents climats... son potentiel archéologique et touristique.


Ce qui se passe dans le monde

Pour avoir une idée de ce que c'est que le pouvoir de l'intelligence, nous devons prendre exemple sur les meilleurs et non sur les rentiers du Golfe. En 2011, l'Ocde a classé Israël le pays au niveau d'éducation le plus élevé au monde, après le Canada. (taux d'alphabétisation de 97,1% contre 40% dans les pays musulmans). Depuis 15 ans, les dépenses en recherche et développement y sont, compte tenu du nombre d'habitants, les plus élevées au monde. Alors que l'Europe y a consacré 3% de son PIB, Israël 5%, soit 2 fois plus que la moyenne des pays de l'Ocde. Depuis 2000 pas moins de six prix Nobel israéliens et américains. Israël détient le record du nombre de start-up par habitant: 3850, soit une start-up pour 1844 habitants. Les seuls centres de R&D de Microsoft, Apple et Cisco dans le monde en dehors des Etats-Unis se trouvent en Israël. La première filiale de Intel hors des Etats-Unis a été ouverte en Israël. Le laboratoire Motorola à Haïfa est le plus grand centre de R&D dans le monde. La plus grande partie du système d'exploitation Windows XP a été réalisée par Microsoft Israël. Dans presque tous les ordinateurs du monde, il y a des processeurs qui ont été inventés en Israël.

Mieux encore, toujours dans le domaine de l’innovation et la science, pour ceux qui doutent, et ils sont nombreux en Algérie, du potentiel de l'énergie solaire l'exploit de Solar Impulse 2 est là pour montrer aux jeunes Algériens qu'à côté des soporifiques du football, de la drogue vendue en toute impunité par les opérateurs téléphoniques sous forme de Adhadrou de bavardage inutile, il y a la science, l'effort.

L'effort admirable en solitaire du pilote André Borschberg ingénieur qui aura volé près de 120 heures, sur Solar Impulse 2. Pour 8000 km environ, parcourus à une vitesse variant entre 70 et 100 km/h, chacun des cinq jours, l'aéroplane a grimpé à 10.000 m d'altitude pour recharger ses batteries avec ses 17.248 cellules photovoltaïques.


L'économie de la connaissance est notre nouvelle renaissance

Que faut il alors ? Battre sa coulpe ou faire dans la résignation en invoquant un atavique maktoub ( c’est écrit) ; Toute évolution réelle est indexée sur le savoir ou la connaissance .Il m'est agréable à cet effet, de signaler le cas d'un jeune Français d’origine algérienne, Idriss, Aberkane, brillant ingénieur mathématicien dont la devise est:«L'imagination vous emmène partout.» Ecoutons-le nous parler avec bonheur de l’économie de la connaissance : «Imaginez une économie dont la ressource est infinie. Imaginez une économie où, si vous donnez quelque chose, il vous appartient encore. Imaginez une économie où deux et deux font cinq. Imaginez une économie où le chômeur possède plus de pouvoir d'achat que le salarié. Si les matières premières sont finies, la connaissance est infinie. Donc si notre croissance est basée sur les matières premières, elle ne peut pas être infinie. Si elle est basée sur la connaissance, une croissance infinie est très facile à atteindre. Et c'est une bonne chose car l'économie de la connaissance recouvre la totalité du développement durable. Car une économie croissante indexée sur les ressources, même renouvelables, n'est pas durable. Une économie croissante, indexée sur la connaissance, est durable. (...) » (1)

« En 1984 Steve Jobs rencontre François Mitterrand et affirme «le logiciel, c'est le nouveau baril de pétrole». Trente ans plus tard Apple possède une trésorerie de la taille du PIB du Vietnam ou plus de deux fois et demie la totalité du fonds souverain algérien - basé lui sur les ressources - et l'homme le plus riche du monde n'est pas un pétro-monarque mais un magnat du logiciel. Quand la Corée du Sud, dont l'économie croit exponentiellement depuis les années 1950 sans quasiment aucune réserve de matière première, a expérimenté un Ministère de l'Economie de la Connaissance, ou quand Barack Obama courtise les meilleurs geeks de son pays comme Elon Musk et Taylor Wilson, et qu'il en nomme même - comme Steven Chu et Ernest Moniz - ministre de l'Energie, un poste autrefois dévolu aux vieux briscards des hydrocarbures.»(1)


Idriss Aberkane ajoute : « La connaissance mondiale double environ tous les 9 ans, un chiffre hallucinant qui signifie qu'en moins d'une décennie, l'humanité produit plus de connaissances nouvelles que dans les sept mille dernières années de son histoire. Car si la connaissance est le nouveau pétrole, le Knowledge Flow est le nouveau Cash Flow. L'économie de la connaissance est une révolution. «Quand on partage un bien matériel on le divise, quand on partage un bien immatériel on le multiplie». Donner 20 euros ou 20 millions d'euros prend virtuellement la même durée: une signature sur un chèque. Les regroupements de connaissance ne sont pas linéaires. Posséder 20 euros et 20 euros c'est en posséder 40. Mais savoir deux choses en même temps c'est plus que savoir deux choses séparément.»(1).

«Voici une économie qui ne ressemble pas à l'économie. Mieux, elle en défie toutes les lois: sa matière première est inépuisable, elle favorise et récompense le partage, et son pouvoir d'achat - infini - ne dépend que de chacun d'entre nous. Idriss J. Aberkane, pressent les dangers et les limites d'une économie droguée aux matières fossiles et ouvre, l'air de rien, un nouveau paradigme. Dans la Silicon Valley, une poignée d'entrepreneurs partagent le même rêve. De Steve Jobs (Apple) à Sergueï Brin (Google), de Mark Zukerberg (Facebook) à Elon Musk (Tesla), ces «héros de la Valley» vont faire la démonstration que «la connaissance est de loin la ressource économique la plus essentielle à un pays». Aberkane illustre la «malédiction» du pétrole en comparant les exportations de la Russie et de la Corée du Sud, petit pays qui a osé expérimenter un ministère de l'économie de la connaissance: «En ne possédant qu'un tiers de la population russe et avec un territoire 171 fois plus petit, la Corée du Sud exporte davantage que la Russie, car, au lieu d'entretenir la paresse mentale qu'induit inévitablement l'accès aux ressources naturelles bon marché, elle est forcée d'exporter de la connaissance et du savoir-faire.» (2)


Comment les mathématiques changent le monde

Chacun sait que les mathématiques mènent à tout. Ainsi et comme l’écrit Idriss Aberkane : «Une femme a reçu l'équivalent du prix Nobel pour les mathématiques, qui est remis tous les quatre ans. Maryam Mirzakhani est tout un symbole: née à Téhéran en 1977 enseigne aujourd'hui à Stanford. (...) Pourquoi est-il tout à fait normal que la chef de l'Etat Coréen se présente en personne pour inaugurer le Congrès international des mathématiciens, en grande pompe (...) les mathématiques sont aussi plus prosaïquement une source exceptionnelle de développement économique. Sans aucun matériel ni expérimentation coûteuse, en n'utilisant que son esprit, un papier et un crayon, le mathématicien change silencieusement le monde, et génère accessoirement des centaines de milliards de dollars de valeur économique in futurum. Si la Corée a sorti le grand jeu pour montrer tout l'intérêt politique et économique qu'elle porte aux mathématiques »(3)

Selon le quotidien Shargh, 76% des Iraniens médaillés dans les Olympiades internationales en mathématiques, entre 1993 et 2013, se trouvent actuellement dans les plus grandes universités américaines (...) De nos jours, l´Iran est une puissance technologique, performante. Elle est à des années-lumière que les autres pays musulmans. Elle fabrique ses chars, ses avions et ses drones. Dans un article élogieux, publié le 18 août 2008, le journal américain Newsweek nous lisons: «En 2003, surprise des responsables du département d'«Electronical Engineering» de l'Université de Stanford, qui constatent que les meilleurs étudiants aux difficiles épreuves d'admission à leur cycle Ph.D. proviennent d'un même pays et d'un même établissement: la «Sharif University of Science and Technology» en Iran.

Le Plan B qui pourrait sauver l’Algérie

Dans cette atmosphère lourde de fin d’un règne interminable, nous sommes objectivement en butée. La gestion de l’Algérie se fait à la façon d’un pompier, toujours en train de tenter d’éteindre des incendies de tout type. Nous ne prenons le temps de la réflexion sur les grands dossiers qui engagent l’avenir. Certes il y a la nécessité de consolider un projet de société fédérateur qui passe notamment par une écriture sereine de l’histoire, pour relancer la machine Algérie

Cependant un Plan B est indispensable et nous ne pouvons nous permettre d’aller de sursis en sursis avec un baril erratique. Dans ce qui suit, je vais articuler mon plaidoyer sur deux grands dossiers qui me paraissent déterminants : la formation de l'élite , la transition vers le développement durable , la culture numérique

Aucun pays ne peut se passer d’une élite, même si ce mot sent encore le souffre en Algérie, où les tenants de la démagogie de l’égalitarisme aspirent de ce fait le pays vers le bas. Une élite sélectionnée sur la base des mathématiques ne doit pas souffrir de retard. Il nous faut mettre en place dès à présent une vingtaine de lycées d'excellence.

Parmi les autres priorités c'est s'engager sans atermoiements dans une transition énergétique qui nous permettra de mettre en place la vérité des prix de l'énergie de l'eau, tout en nous lançant d'une façon résolue dans les énergies renouvelables et le développement durable. Nous devons revoir les programmes pédagogiques notamment dans l'éducation où on peut penser dès à présent à un baccalauréat du développement durable dont les prolongements seront pris en charge dans les métiers aussi bien à la Formation professionnelle que dans l'enseignement supérieur.

Par ailleurs, il nous faut mettre en place la culture numérique pour le plus grand nombre: l'Université de tous les savoirs, les Mooc qui sont des cours en ligne, avec des dispositifs interactifs, dont l'auditoire est théoriquement illimité, le cartable électronique pour les élèves. Retenons aussi que la Robotique, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies, les énergies du futur requièrent des compétences liées aux mathématiques qu'il faut réhabiliter au même titre d'ailleurs que la formation d'ingénieurs qui a été laminée par le LMD un objet abscond non identifié (OANI)

En définitive, rien ne peut se faire sans une société apaisée . La situation du pays impose un consensus politique sur les grands défis qui seront là quels que soient les pouvoirs en place mais qui risquent s’ils ne sont pas pris en charge rapidement d’être de plus en plus difficiles à gérer. La transition énergétique, le sauvetage du système éducatif ne doivent souffrir de mon point de vue aucun calcul politicien, il y va de l'avenir de ce pays et en cet anniversaire, nous ne devons pas nous cacher la réalité des choses, parler vrai à cette jeunesse en panne d'espérance est un devoir, le meilleur hommage que l'on puisse rendre à nos martyrs est d'aller vers la science du parler vrai et d'inciter les jeunes à l'effort, à l'endurance et à la performance au lieu de les abrutir dans des concerts sans lendemain des matchs de football avec une équipe off shore dans la plus pure tradition des empires sur le déclin avec le fameux panem et circenses , des pains et des jeux de cirque. L’Algérie du million de martyrs vaut mieux que cela.

1. http://www.huffingtonpost.fr/idriss-j-aberkane/economie-de-la-connaissance_ b_5443212.html

2.Idriss J. Aberkane La connaissance, le désir et la compétence Le Monde le 29 mai 2015.

3. http://www.huffingtonpost.fr/idriss-j-aberkane/medaille-fields-mathematiques_ b_5673 946.htm

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/219822-avons-nous-un-plan-b-pour-sauver-l-algerie.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 00:39

«La barbarie n'appartient pas à la préhistoire de l'humanité, elle est l'ombre qui l'accompagne à chaque pas.»

Alain Finkielkraut

Le spectre de la peur est agité suite à l'attentat dans des conditions troubles en Isère (France) . Le Premier ministre Manuel Valls a évoqué la lutte contre le terrorisme, employant le terme de «guerre de civilisation» lors de l'émission Le «Grand Rendez-vous» d'Europe 1-ITele-Le Monde. Il a cependant précisé: «Ce n'est pas une guerre entre l'Occident et l'islam.» «Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c'est au fond une guerre de civilisation. C'est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons» «Ce n'est pas une guerre entre l'Occident et l'islam», a-t-il insisté. Cette «bataille se situe aussi, et c'est très important de le dire, au sein de l'islam. Entre d'un côté un islam aux valeurs humanistes, universelles, et de l'autre un islamisme obscurantiste et totalitaire qui veut imposer sa vision à la société». (1)

Est-ce la réalité? Les citoyens français pour certains de confession musulmane sont montrés du doigt et des amalgames peuvent être faits par ceux qui ne veulent pas la paix en France.



Les réactions de la classe politique en France

A droite justement, c'est l'euphorie. La formule de «guerre de civilisation» n'a rien d'anodin. Et elle avait été utilisée, après les attentats de janvier à Paris et au Danemark en février, par Nicolas Sarkozy. L'ancien chef d'Etat expliquait que les attentats relevaient «d'une guerre déclarée à la civilisation. Au parti Les Républicains on se réjouit que le Premier ministre utilise ce terme, estimant que Manuel Valls fait désormais preuve de «réalisme». Cependant, la formule n'a pas fait mouche parmi les centristes ou au Front national. «Ce n'est pas une guerre de civilisation, c'est une guerre de la barbarie contre la civilisation.»

«Je ne partage pas cette vision héritée de George W. Bush», déclare le député PS Pascal Cherki, Julien Dray (PS) fustige «l'amalgame idéologique» de Manuel Valls L'emploi de la notion de guerre de civilisation par Manuel Valls fait craindre au secrétaire national du PS qu'elle encourage une division encore accrue de la société française «Il n'y a pas de guerre de civilisation'. ´´Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde´´, disait Camus», cite Julien Dray. «Il faut éviter la peur. Parce que chacun va assimiler son voisin à un djihadiste présupposé, chacun va assimiler toute une communauté à une menace. Le moment aujourd'hui, implique de savoir raison garder. Parce que les premières victimes du djihadisme, ce sont d'abord les communautés musulmanes dans différents pays», Pour combattre le salafisme, j'ai besoin des musulmans, et de toute la communauté française rassemblée». Pour le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. «Manuel Valls a raison: les fanatiques islamistes veulent la guerre de civilisation.»

Les réactions indignées des « concernés » par les amalgames

Pour Abdellah Zekri président de l'Observatoire de lutte contre l'islamophobie.: «Ces propos sont inqualifiables et insoutenables. Il a parlé dernièrement d'islamofascisme et là, il récidive. Manuel Valls parle de guerre de civilisation, il faut qu'il définisse et explique contre quelle civilisation il veut faire la guerre. Avec ses dires, il a choqué les musulmans de France et à travers le monde. S'il veut combattre Daech et le terrorisme, il a besoin des musulmans qui pensent que l'islam est une religion de paix et de tolérance. Je pense que le président de la République devrait se prononcer à propos des déclarations de son Premier ministre pour essayer de ramener l'apaisement. (...) »(3)

« Il y a, certes, des lieux de culte salafistes et des salafistes qui sont présents en France. Le Premier ministre et son ministre de l'Intérieur passent leur temps à dire qu'il y a 150 lieux de prières tenus par les salafistes. Qu'est-ce qu'ils attendent pour fermer ces lieux et pour expulser ces gens chez eux? (...) La France et les USA ont une part de responsabilité dans ce terrorisme latent qui est en train de déstabiliser certains pays et la première victime est le monde musulman et non le monde européen. (...) C'est plutôt le comportement de certains musulmans de France qui est choquant. Est-il juste qu'ils prient tarawih sur la voie publique avec des haut-parleurs alors qu'aucune église n'est autorisée à organiser les messes selon le rite chrétien dans un pays musulman?» (3)


Le Choc des civilisations

Il est usage de croire que le lit de la croisade néo- conservatrice de Bush a été légitimée par toute une littérature qui s’est fixée d’abord un but pour l’Amérique Celui d’une reconquête du monde à travers d’une étude celle du PNAC ( Project for New American Century), Projet pour un Nouveau Siècle Américain. . Ensuite, il fallu ensuite trouver des idéologues capables d’expliquer le nouveau monde après la chute de l’URSS, et de ce fait chercher un nouvel adversaire seul capable d relancer la machine de guerre américain. C’est à cette époque qu’on on entend parler du Choc des civilisations. L’ennemi était tout trouvé, il tombait du ciel, l’islam fut le Nouveau Satan de rechange qui remplace l’Empire du mal selon l’expression de Ronald Reagan à propos de l’Union Soviétique. La croisade était donc dans l’air. Bush n’a fait qu’exécuter les ordres de ses conseillers pour la plupart de plus sionistes.

Le Choc des civilisations (The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order) est le titre d'un ouvrage de l'Américain Samuel Huntington, professeur à Harvard, paru en 1996 Le projet de Huntington est d'élaborer un nouveau modèle conceptuel pour décrire le fonctionnement des relations internationales après l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Il s'appuie sur une description géopolitique du monde fondée non plus sur des clivages idéologiques «politiques», mais sur des oppositions culturelles plus floues, qu'il appelle «civilisationnelles», dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale, et sur leurs relations souvent conflictuelles. Après la guerre froide, le modèle bipolaire n'est plus pertinent pour expliquer la nature des relations internationales et d'autres modèles ont émergé. Le modèle le plus célèbre est celui de Francis Fukuyama qui a avancé la thèse de la fin de l'histoire, il défend l'idée que la progression de l'histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies, touche à sa fin avec le consensus sur la démocratie libérale qui tendrait à se former après la fin de la Guerre froide». (4)

«Mais pour Huntington si le monde est devenu différent après la chute du mur, il n'est pas devenu pacifique et l'harmonie n'est qu'une illusion déjà rencontrée à la fin de la Première Guerre mondiale avec le concept de «der des der» qui n'a pas empêché la montée du fascisme et des nationalismes ayant débouché sur la Seconde Guerre mondiale qui elle-même a engendré la guerre froide.(...) Pour Huntington, les civilisations ont toutes pour origine une grande religion qui en a formé le socle moral et politique». (4)



La débâcle du Monde arabe n'est pas liée à l'Islam

Il y a quelques années, déjà je tenais à propos des Arabes un jugement sans concession qui n’a pas pris un pli «Depuis la chute de l'empire soviétique, écrivais-je en 2009 il est apparu que la guerre froide, n'ayant plus raison d'être, des idéologues américains ont cherché et trouvé comment donner un leadership à l’Amérique. Ceci a donné lieu après l'invasion de l'Irak, à l'avènement d'un «Nouvel ordre mondial» à des floraisons d'étude. Cela va de «La Fin de l'histoire» de Francis Fukuyama, à Samuel Huntington avec «Le Clash des civilisations» qui désigne le péril vert et le péril jaune comme adversaires de la civilisation judéo-chrétienne. L'Islam, «Le tiers exclu de la révélation abrahamique» est le bouc émissaire des maux actuels de l'Occident. Une étude de The Pew Forum on religion & public life sur les musulmans du monde, intitulée Mapping the Global Muslim Population est édifiante. Si l'on compte 1,57 milliard de musulmans (23% de la population mondiale), l'Asie représente la plus grande proportion d'entre eux, soit plus de 60% du total. Les quatre pays les plus peuplés de musulmans sont, dans l'ordre: l'Indonésie (202 millions), le Pakistan (174 millions), l'Inde (160 millions) et le Bangladesh (145 millions). Le pays arabe le plus peuplé de musulmans n'arrive qu'en cinquième position, c'est l'Egypte (78 millions). L'Afrique du Nord et le Proche-Orient ne comptent que 315 millions de musulmans (20% du total), suivis de l'Afrique subsaharienne (240 millions) (5)


«Quels sont les rêves secrets des Musulmans? Un ouvrage important écrit par John L. Esposito, un des meilleurs spécialistes américains de l'Islam, et Dalia Mogahed, une analyste Who speaks for Islam? What a billion muslims really think («Qui parle au nom de l'Islam?»). Alain Gresh, qui le présente, écrit: «Cet ouvrage s'appuie sur une très large enquête d'opinion, à travers plus de 35 pays et plus de 90% des 1,3 milliard de musulmans. «Les musulmans n'ont pas une vision monolithique de l'Occident. Ils jugent les différents pays en fonction de leur politique, pas de leur culture ou de leur religion. Leur principal rêve est de trouver du travail, pas de s'engager dans le djihad. Ceux qui approuvent des actes de terrorisme sont une minorité et cette minorité n'est pas plus religieuse que le reste des musulmans. Ce que les musulmans admirent le plus dans l'Occident, c'est sa technologie et la démocratie; ce que les musulmans condamnent le plus en Occident, c'est la «décadence morale» et la rupture avec les valeurs traditionnelles (dans des proportions similaires à celles des... Américains). Les femmes musulmanes veulent à la fois des droits égaux et le maintien de la religion dans la société alors qu'elles admirent certains aspects de l'Occident, elles n'adoptent pas toutes les valeurs de l'Occident. La majorité ne veut pas que les dirigeants religieux aient un rôle direct dans l'élaboration des Constitutions, mais est favorable à ce que la loi religieuse soit une source de la législation. Pour beaucoup, l'Islam 'est une boussole mentale et spirituelle qui donne un sens à la vie, les guide et leur donne de l'espoir.» (5)

«Les auteurs montrent les changements de la situation des femmes depuis quelques décennies, avec leur intégration massive dans l'éducation (notamment au niveau de l'université). Elles veulent toutes plus de droits et notamment l'égalité juridique avec les hommes, le droit de vote en dehors de toute pression familiale, la possibilité de travailler à n'importe quel poste en fonction de leur qualification (c'est notamment le cas de 76% des Saoudiennes). Pourtant, quand on leur demande si adopter les valeurs occidentales ferait avancer leur cause, seules 12% des femmes indonésiennes, 20% des Iraniennes et 18% des Turques sont d'accord. Elles pensent que l'attachement à leurs valeurs spirituelles et morales est un élément important dans les progrès que leur situation doit connaître. 'Travailler pour le progrès des femmes en s'appuyant sur la charia plutôt qu'en l'éliminant est un thème qui renaît dans les sociétés musulmanes contemporaines' (…) '.» (5)


La réalité du monde: le grand échiquier

Une toute autre thèse que celle de Huntington et qui a été le bréviaire des néoconservateurs sionistes est celle de Zbigniew Brezinski dans son ouvrage «Le Grand échiquier». La finalité est la même , mais comme nous allons le lire , l’analyse de Brezinski est beaucoup plus fine, voire même prophétique tant il est vrai que ce qu’il écrivait presque à la même époque en 1997, que Huntington est entrain de se réaliser

Pour Gérard Chalian directeur du Centre d'étude des conflits, qui a préfacé l'ouvrage de Brezinski, : «Le choc des civilisations est un thème ancien. À la veille de la Première Guerre mondiale, lorsque l'Europe dominait le monde, celle-ci s'inquiétait déjà du «péril jaune». Pourtant, depuis deux siècles au moins, l'histoire était faite par les «Blancs» et leurs rivalités constituaient, tant en Europe qu'outre-mer. L'essentiel des relations internationales. De 1792 à 1945, militairement, la supériorité des Européens est quasi absolue comme le montre aussi bien l'expédition de Bonaparte en Egypte que le recul continu de l'Empire ottoman. Seul le Japon, en empruntant les techniques occidentales, parvient en 1905 à battre la Russie. Aujourd'hui, le retour sur la scène internationale de ce qu'on appelait le tiers-monde ramène l'attention sur des civilisations tenues, hier encore, pour négligeables sur le plan des rapports de force.» (6)

«En désignant désormais les civilisations comme les protagonistes de l'histoire, Samuel Huntington semble oublier que le triomphe persistant de l'idée occidentale de l'Etat-nation établit des divisions et des rivalités à l'intérieur même des civilisations. N'est-ce point toute l'histoire de l'Europe depuis au moins le XVIIIe siècle? Comment peut-on considérer l'islam comme un adversaire global dans un monde où s'opposent la Syrie et l'Irak, l'Arabie saoudite et l'Iran, le Maroc et l'Algérie? Où même cinquante années d'antagonisme aigu avec Israël n'ont pu susciter l'unité arabe autrement que de façon circonstancielle?» (6)

«Les États-Unis ne sont-ils pas, depuis longtemps déjà, les alliés de la Turquie, de l'Indonésie, du Pakistan, de l'Egypte, de la Jordanie? L'inimitié de l' Irak, de la Libye ou du Soudan et de quelques mouvements extrémistes, suffisent-ils à fonder une hostilité structurelle avec l'islam? Hier fondé sur la race (péril jaune), le fantasme aujourd'hui s'est transposé sur le religieux. Quant aux confucéens, personne n'ignore les antagonismes multiséculaires entre le Viêtnam et la Chine ou plus récemment entre la Corée et le Japon. Le livre de Samuel Huntington a certes d'autres vertus, mais sa thèse centrale repose sur cet amalgame. Rien de tel chez Zbigniew Brezinski. Les Etats-Unis règnent comme superpuissance unique et l'avenir se joue sur la scène eurasiatique où ils sont pour une durée indéterminée en position d'arbitre. Aucun Etat ne pourra au cours des 30 prochaines années disputer aux Etats-Unis la suprématie dans les quatre dimensions de la puissance: militaire, économique, technologique et culturelle.» (6)


C'était il y a presque 20 ans depuis, l'ascension fulgurante de la Chine a suscité des inquiétudes à Washington, parce que la Chine est une menace pour ses voisins et pour les intérêts nationaux américains. L'ancienne secrétaire d'État, Hillary Clinton, avait déclaré avec raison «La politique future sera décidée en Asie, pas en Afghanistan ou en Irak, et les États-Unis seront en plein coeur des évènements», Magazine Foreign Policy.


L'impasse radicale du modèle néolibéral

Parler de guerre de civilisation dénote une méconnaissance réelle des grands enjeux du monde. Le vrai problème qu'on occulte est un problème de prédation planétaire. Tout est bon pour créer le chaos. Si Daesh prospère c'est que quelque part on le laisse faire et on l'encourage d'une façon indirecte quand le pétrole irakien à 30 dollars en Turquie à des intermédiaires européens. Le vrai problème c'est que nous allons vers un chaos voulu, entretenu, encouragé, structuré pour que les personnes, notamment du Sud, passent leur temps à chercher ce qu'elles sont plutôt qu'à aller à la conquête de la science.

C'est en fait le capitalisme triomphant qui fait son miel du malheur du monde et principalement de l'Islam arabe, les autres Islam qui représentent plus de 80% ne sont pas concernés. Parler de guerre de civilisation ne veut rien dire car les valeurs de la tolérance, de liberté, les droits humains ne sont pas qu'occidentales et peuvent être revendiquées par tous les citoyens du monde. Comment ne pas donner crédit à un rapport secret «le rapport Lugano», conçu par des experts américains. Dans cette apocalypse annoncée et qui selon le juste mot de Susan George, les experts sont les légionnaires de la mondialisation, il est recommandé aux grands de ce monde, de favoriser dans les pays vulnérables l'émiettement identitaire et la fragmentation, de telle façon «à ce que les intéressés passent plus de temps à se demander ce qu'ils sont que de se mettre au travail».(7)

Il n’y a pas de mon point de vue de choc des civilisations. Par contre, il y a un choc des ignorances surtout dans le fait de refuser d’écouter cette communauté qu’on veut à tout prix monolithique, coupable et qui doit passer son temps à s’excuser à s’aplatir en vain. N’en déplaise aux boutefeux pour la plupart qui émargent au CRIF et qui veulent arriver au grand remplacement à l’envers tel que suggéré par Eric Zemmour, les musulmans en France sont d'abord des citoyens français à part entière; l'Islam de France ou encore l'Islam gallican pour reprendre la belle expression de Jacques Berque pourrait être un référent si le temps lui est donné, à travers une formation adéquate en phase avec les lois de la République, de pouvoir graduellement contribuer par un discours du vrai islam maghrébin depuis quatorze siècles fait d’empathie et de tolérance à contribuer à la sérénité de la République et non pas à cette atmosphère où le voisin basané est frappé de suspicion… Les cités ou ghettos, le chômage et l'assistanat, l’huile sur le feu pour tout ce qui y trouvent leur compte dans la marginalisation de ces Français entièrement à part, sont autant de vecteurs d'émiettement de la République qui devrait prouver encore et toujours sa forte volonté intégratrice et prôner plus que jamais le désir d'être ensemble pour constituer Une nation, qui doit être selon Ernest Renan, quelque soient les circonstances, notamment dans les situations difficiles, un plébiscite de tous les jours



1.Anne-Laëtitia Béraud http://www.20minutes.fr/politique/1641275-20150628-quand-manuel-valls-utilise-terme-guerre-civilisation#xtor=RSS-176

2. http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/couacs/2015/06/28/25005-20150628ARTFIG00154-guerre-de-civilisation-julien-dray-fustige-l-amalgame-ideologique-de-manuel-valls.php


3. http://www.tsa-algerie.com/20150629/ france-manuel-valls-a-choque-les-musulmans/

4. Le choc des civilisations; Encyclopédie Wikipédia

5.Chems Chitour: http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-la-debacle-du-monde-arabe-l-islam-est-il-responsable-37991378.htmll


6.Gérard Chalian: Préface de l'ouvrage de Zbigniew Brezinski: «le Grand échiquier»


7. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/ 05/GEORGE/2263

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/219509-la-realite-des-choses.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 15:58

«Mon Dieu, gardez-moi de mes amis... Quant à mes ennemis, je m'en charge!»

Voltaire

Un scoop! Les Français découvrent après les Allemands que eux aussi sont espionnés. De fait, de 2006 à 2012, lit-on sur le journal la Croix, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été espionnés par la NSA, d'après des documents publiés mardi 23 juin par WikiLeaks,. La Maison-Blanche a fait un communiqué «De manière générale, nous ne menons pas d'opérations de surveillance à l'étranger sauf s'il existe un objectif de Sécurité nationale spécifique et validé. «Cela s'applique aux citoyens ordinaires comme aux dirigeants mondiaux.»(1)

Ce fut une condamnation unanime de la classe politique, tous bords confondus. Pour François Bayrou, président du MoDem: «Qui a pensé que les présidents français ou que les responsables publics n'étaient pas écoutés?» Pour Gérard Longuet, (Les Républicains): «La vraie question, c'est l'image qu'ont les États-Unis de leurs partenaires. Le fait qu'ils prennent le risque de casser l'image des États-Unis pour des avantages somme toute assez modestes est une faute politique.» Marine Le Pen, présidente du Front national: «Les révélations de WikiLeaks sur l'espionnage des présidents de la République française par la NSA américaine depuis dix ans sont extrêmement graves. La France doit réagir avec fermeté, et envoyer un signal fort en se retirant dès aujourd'hui des discussions en cours sur le funeste Traité Transatlantique (..)» (1)

Le Premier ministre français a critiqué les écoutes: «Une pratique anormale entre alliés de longue date.» Il exige par ailleurs la mise en place d'un «code de bonne conduite» entre pays amis. Avant de se montrer plus ferme: «La France ne tolèrera aucun agissement mettant en cause sa sécurité. François Hollande avait souhaité que les Etats-Unis «réitèrent leurs engagements» pris en 2013 sur la fin de l'espionnage des autorités françaises. «La France n'autorise pas cette pratique de ciblage des dirigeants étrangers Après un conseil de défense exceptionnel et l'habituel Conseil des ministres, le chef de l'Etat a reçu une délégation de sénateurs et de députés, dont les présidents des deux assemblées. Le président nous a dit que lors de sa visite d'Etat aux Etats-Unis en février 2014, Barack Obama lui avait confirmé cet engagement», a ajouté un des parlementaires qui assistaient à ces rencontres.» (2)

Les relations d'une Europe impuissante écoutée par les Etats-Unis

Pour sa part, le Conseil de défense français condamne des «faits inacceptables», «Ce qui s'est passé n'est pas acceptable, mais ce n'est pas pour autant que l'on va entrer dans une crise», a tempéré le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. La Maison-Blanche a assuré que les Etats-Unis n'écoutaient pas à l'heure actuelle les communications de François Hollande. L'ambassadrice des Etats-Unis a ainsi été convoquée par le ministre des Affaires étrangères.

En clair, voilà pour le minimum syndical à usage interne. Cependant, cette protestation au demeurant légitime n'ira pas plus loin. Les Français et plus largement les pays concernés ne peuvent rien faire contre leur allié d'autant qu'entre eux, ils s'espionnent aussi pour le compte des Etats-Unis. Philippe Rodier écrit à ce propos: «Mes amis, ce sont par exemple les cinq pays anglo-saxons qui nous écoutent 24h/24. Winston Churchill était un homme réaliste et clairvoyant lorsqu'il déclarait: «Les États n'ont pas d'amis, ils ont des intérêts.» L'actualité nous en donne encore un nouvel exemple avec les prétendues révélations de WikiLeaks sur les écoutes américaines des présidents français (sont-ce vraiment des révélations? Qui pouvait en douter?).(...) D'abord, si nos dirigeants furent écoutés, c'est qu'ils le voulaient bien, ou alors qu'ils étaient inconscients et irresponsables (...) Souvenons-nous qu'un petit pays comme Israël fut pris en flagrant délit d'écouter son meilleur allié et même Obama en personne! Imprégnées de culture protestante et commerçante, les puissances anglo-saxonnes ont toujours fait preuve d'un pragmatisme froid et dénué de toute morale dans la défense de leurs intérêts publics et privés. Pendant ce temps, l'amateurisme de nos dirigeants les amène à déballer leur vie privée sur des téléphones entièrement contrôlés et écoutés et à mener une politique de bons sentiments qui tourne le dos à la Russie et à Bachar El Assad alors que, dans le même temps, elle embrasse les Saoudiens et les Qataris.» (3)

Malgré ses démentis à répétition, les Etats-Unis font ce qu'ils veulent, faisant fi des sensibilités et ayant une façon singulière de ce que c'est qu'un allié. Dans ce cadre, l'ancien président du SPD (Parti social-démocrate allemand) Oskar Lafontaine a dénoncé les actions des Etats-Unis en Ukraine. Il a qualifié le secrétaire américain de la Défense Ashton Carter de «ministre militaire» sur sa page Facebook. Pour lui: «Les Etats-Unis ont délibérément déstabilisé la situation en Ukraine, et l'Europe subit des pertes économiques et des pertes d'emploi. Le ministre militaire américain appelle les Européens à s'opposer à «l'agression» russe. Mais les Européens ont toutes les raisons de s'opposer à l'agression américaine. La diplomate américaine Victoria Nuland a avoué que les Etats-Unis ont dépensé plus de cinq milliards d'euros pour déstabiliser la situation en Ukraine. Ils «L'Europe n'a qu'à aller se faire f**tre», a dit la diplomate américaine Nuland. Nous avons besoin d'une politique étrangère européenne qui limite l'impérialisme belliciste américain!»(4)



Les méthodes singulières de la NSA

«Comment lit-on sur Le Monde, l'Agence Nationale de Sécurité (NSA) américaine a-t-elle procédé pour avoir connaissance de conversations tenues au plus haut sommet de l'Etat? De multiples documents fournis par Edward Snowden ont montré que les ambassades américaines sont souvent surmontées de matériel d'écoute. Le «Special Collection Service», une unité composée de membres de la NSA et de la CIA, a été désigné dans l'un d'entre eux comme responsable des écoutes du téléphone portable d'Angela Merkel. (..) »(5)

« Généralement, ce dernier cache ses appareils d'écoute dans un faux bâtiment fait d'un matériel spécial laissant passer les ondes, et parfois camouflé en trompe-l'oeil. (..) Au plus haut niveau de l'Etat, les services de sécurité peinent à imposer des terminaux chiffrés et sécurisés. (...)En janvier 2010, changement d'échelle: Nicolas Sarkozy passe au Teorem, un téléphone ultrasécurisé fabriqué par Thalès. Et pourtant: les documents publiés par WikiLeaks font état d'une conversation datant de juin 2011 entre le président de la République et Alain Juppé, La NSA a-t-elle pour autant «cassé» le chiffrement du Teorem? (...)»(5)

Pour Nicolas Barotte, les pratiques d'espionnage de la NSA ont été révélées il y a longtemps en Allemagne. Angela Merkel avait condamné, à l'automne 2013, les actes d'espionnage commis par les services américains contre les intérêts allemands et notamment l'écoute de son propre téléphone personnel. (...) Le scandale a rebondi fin avril avec des révélations gênantes pour le BND: les services allemands ont aidé pendant des années la NSA à espionner des entreprises européennes ou des personnalités étrangères.» (6)


Les Européens espionnés à l'insu de leur plein gré. L'enquête de l'UE sur Echelon

Toutes les nations européennes savent qu'elles sont espionnées par les Etats-Unis: «L'existence d'un système de surveillance globale des télécommunications opéré par les Etats-Unis a été évoquée pour la première fois en 1988. Le système Echelon serait capable d'intercepter un très grand nombre de télécommunications (téléphone, fax, Internet...) puis d'y détecter des mots-clés, permettant ainsi une surveillance de masse à l'échelle mondiale.
Le Parlement européen affirme officiellement l'existence du système Echelon. En septembre 1998, le Parlement européen accuse Echelon de violer «le caractère privé des communications de non-Américains, dont des gouvernements, des sociétés et des citoyens européens.(7)

Le texte affirme que «l'existence d'un système d'interception mondial des communications fonctionnant avec la participation, en fonction de leurs capacités, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande (...) ne fait plus de doutes», et qu' «il est incontestable qu'il est utilisé au moins pour intercepter des communications privées et économiques, mais non militaires». Le texte précise que, utilisé à des fins de renseignement, le système d'écoute et d'analyse des communications n'est pas contraire au droit de l'Union européenne, mais qu'un Etat membre viole le droit de l'Union en l'exploitant au profit d'objectifs commerciaux et d'espionnage de la concurrence. (...) Il enjoint en particulier l'Allemagne et le Royaume-Uni à respecter les termes de la Convention relative aux droits de l'homme dans leur collaboration avec les services de renseignement américains». On savait donc que deux nations européennes espionnaient les autres pour le compte des Etats-Unis. (7)


La vassalisation et la réalité de la solidarité transatlantique


Pour Vladimir Poutine: «Les membres européens de l'Otan ont renoncé à leur souveraineté. Parfois, nous trouvons qu'il est très difficile de s'entendre avec eux sur les questions géopolitiques. Il est difficile de parvenir à un accord avec des gens qui murmurent même dans leur propre maison de peur d'être surpris par les Américains. Ce n'est pas une blague ou une façon de parler.» Tandis que les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et la Russie augmentent, leurs «alliés» européens sont contraints de lui imposer des sanctions et d'en subir seuls les redoutables contrecoups: ainsi, Vladimir Poutine vient de renouveler pour un an l'embargo sur les produits agroalimentaires en provenance d'Europe. (...)» (8)

Dans une interview au site Atlantico l'historien Emmanuel Todd sur la Russie et la géopolitique mondiale a le mérite d'avoir nommé les choses, ce qui permet de voir un peu plus clair dans la situation actuelle. Il livre son sentiment sur l'Ukraine et affirme que les choses auraient pu se passer autrement si.... Ecoutons-le: «Lorsque je repense à cette crise, je m'étonne de voir qu'elle ne s'inscrit pas dans la logique qui était en train de se dessiner en Europe jusqu'ici. Le début du XXIe siècle avait été marqué par un rapprochement des «Européens» et des Russes. On se souvient de la conférence de Troyes en 2003, où Chirac, Poutine et Schroeder avaient manifesté ensemble leurs refus de l'intervention américaine en Irak tandis que l'Amérique de George W. Bush, fidèle à la ligne Brezinski, restait dans un esprit de confrontation à l'égard de Moscou en s'appuyant sur d'anciens satellites soviétiques, avec les Pays baltes et la Pologne comme partenaires anti-russes privilégiés».(9)

L'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche a coïncidé avec un retournement de la posture américaine. Sa ligne, telle que je la percevais à l'époque, était d'apaiser les tensions avec l'Iran et la Russie pour mieux pouvoir engager le fameux «pivot» vers l'Asie où réside la menace de long-terme pour la puissance américaine. Ce retrait de Washington aurait dû renforcer la volonté des Européens, et particulièrement des Allemands, de se rapprocher de Poutine pour parachever un grand partenariat commercial, énergétique et industriel.» (9)

Pour Todd il y eut un dérapage du fait de la position ambiguë de l'Allemagne de Merkel: «Il est difficile de contester que l'Histoire a pris une toute autre direction: nous sommes en pleine confrontation entre la Russie et l'Union européenne, désormais sous leadership économique et diplomatique allemand. (...) C'est bien l'Allemagne qui désormais fait le jeu du côté occidental, mais un jeu hésitant entre phases agressives et moments de repli durant lesquels elle reprend sa posture conciliante, moments il est vrai de plus en plus brefs.» (9)
«(...)Je suis pourtant effaré de constater que durant les vingt dernières années s'est développée à l'inverse une véritable russophobie des élites occidentales. (...) »(9)

Les Américains ne savent pas où ils vont. L'affaire de Géorgie en 2008 avait déjà sérieusement entamé leur crédit de protecteurs du Continent. (...) Bien qu'ils se soient fait assez brutalement ´´moucher´´ par Poutine avec le rattachement de la Crimée, les Américains ont toutefois une autre crainte, plus profonde, celle de voir l'Allemagne s'émanciper complètement de leur sphère d'influence. Si vous lisez Le grand échiquier de Brezinski, vous comprendrez que la puissance américaine d'après-guerre repose sur le contrôle des deux grands pôles industriels de l'Eurasie: le Japon et l'Allemagne. (...) la stabilité du monde ne saurait donc dépendre de la seule puissance américaine. Je vais faire une hypothèse surprenante.(...) Un nouveau partenariat américano-russe pourrait nous éviter de sombrer dans une «anarchie mondialisée» dont l'éventualité semble chaque jour plus réalisable. (...) La France n'a selon moi pas à s'impliquer outre-mesure dans la crise ukrainienne, son histoire et sa géographie l'en éloignent naturellement. (...) Trois nations ont une réelle importance dans le jeu ukrainien et européen: l'Allemagne et la Russie, l'une est dominante depuis 70 ans: les Etats-Unis. (...) La Russie pourrait jouer le rôle salutaire de garde-fou (...)je me dis, avec un brin d'ironie, qu'un couple américano-russe pourrait tenter sa chance. (...)» (9)

Une lueur d’espoir dans le chaos actuel ?

Emmanuel Todd avec sa lucidité remarquable a bien raison d’appeler de ses vœux , un nouveau moteur russo-américain pour la paix du monde . Justement, selon une dépêche de l'AFP du 25 juin, le président russe Vladimir Poutine a téléphoné jeudi 25 juin à son homologue américain Barack Obama pour discuter des développements au Moyen-Orient, notamment liés au groupe djihadiste Etat islamique, et de la situation en Ukraine, a indiqué la Maison-Blanche dans un communiqué. Les deux chefs d'Etat ont également discuté de la «situation de plus en plus dangereuse en Syrie», et souligné l'importance de maintenir «l'unité» des puissances internationales dans les tractations avec l'Iran destinées à éviter qu'il ne se dote de l'arme nucléaire. Par ailleurs, selon la Maison-Blanche, les deux hommes ont évoqué «la nécessité» de contrecarrer le groupe ultra-radical Etat islamique, qui contrôle des pans entiers de territoires en Irak et en Syrie.


En conclusion, c'est un fait, les Etats-Unis espionnent tout le monde et particulièrement leurs amis européens en utilisant des pays européens en renfort pour les aider à espionner. Ce qui se passe actuellement, c'est « chacun pour soi, la guerre de tous contre tous, les ennemis de mes ennemis sont mes amis » bref nous allons tout droit vers ce que pour reprendre l’expression d’Aimé Césaire appelait, dans le contexte d’une colonisation sauvage, l’ensauvagement du monde. Il n'y a pas d'Europe unie , le grand dessein est d’enlever graduellement les souverainetés aux peuples au profit d’une gestion unique celle du grand capital. L’essentiel c’est d’extraire de la valeur quitte à marcher sur le cadavre des peuples comme, ce qui se passe en Grèce. il n'est que de voir l'acharnement de l'Europe de la finance dans la mise à mort d'un de leur dépositaire de la civilisation humaine en lui refusant un sursis de quelques jours pour voir ce qu'en pense le peuple grec le 5 juillet.

Par ailleurs, on remarque que l'on ne parle pas de l'espionnage de la Russie ou de la Chine. Ont-ils la parade ou apprendrons nous en jour , un autre scandale ? Je ne parle pas des pays passoires que sont les pays sous-développés, il n'y a généralement rien d'économique à surveiller si ce n'est les mouvements terroristes. On raconte que lors de la prise des otages américains en 1979, Alger négociait avec les Iraniens les conditions et les transmettait aux Américains. Soucieux d'être efficaces, les Américains donnaient immédiatement les réponses aux diplomates algériens qui venaient leur remettre les conditions iraniennes... Reste que pour la paix du monde, Emmanuel Todd a bien raison d'insister sur la nécessité d'un deal américano-russe. C'est la seule façon d'éviter la guerre.

« L’Angleterre n’a pas d’ennemis ou d’amis, elle n’a que des intérêts permanents » disait Winston Churchill. Il ajoutait qu’il préférait de loin la proximité des Etats unis que celle de l’Europe. Dans cette affaire d’écoute on remarquera que les cables wikileaks ne parlent pas d’espionnage du Royaume Uni et pour cause, ils sont les associés dans le réseau Echelon installé sur leur territoire. Cle ne veut pas dire qu’ils n’y a pas d’espionnage, car dans tous les cas l’empire est au dessus de tout le monde Ignacio Ramonet ancien directeur du Monde Diplomatique avait une formule choc : « L’Empire n’a pas d’alliés, il n’a que des vassaux ». Au lieu de battre sa coulpe, il faut en prendre son parti.. Ainsi va le Monde .


1. http://www.la-croix.com/Actualite/France/Trois-presidents-francais-ont-ete-espionnes-par-les-Etats-Unis-2015-06-24-1327314?xtor=EPR-9-[1300865401]


2. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/espionnage-valls-demande-aux-etats-unis-de-reparer-les-degats-lies-aux-ecoutes_1693000.html#BeVcy 8EkTyqMmWcF.99

3. Philippe Rodier http://www.bvoltaire.fr/auteur/philipperodier

4. http://francais.rt.com/international/3568-lex-president-spd-limperialisme


5. Martin Untersinger: Les Etats-Unis ont espionné les présidents français Le Monde 24.06.15


6.Nicolas Barotte: le scandale de la NSA empoisonne Merkel Le Figaro 24/06/2015


7.Juriscom (10/09/2001) http://strategique.free.fr/ archives/textes/ech/archives_ech_15.htm

8. http://reseauinternational.net/vladimir-poutine-sur-la-france-et-leurope-les-membres-de-lotan-ont-renonce-a-leur-souverainete/


9. http://reseauinternational.net/les-occidentaux-agressifs-veulent-imposer-systeme-moeurs-planete-doivent-savoir-quils-y-lourdement-minoritaires/

Article de référence: http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour /219197-le-suzerain-et-les-vassaux.html

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 16:01


«Lorsque le vent de la civilisation eut cessé de souffler sur le Maghreb et al-Andalus, et que le dépérissement des connaissances scientifiques eut suivi celui de la civilisation, les sciences disparurent... On en trouve seulement quelques notions, chez de rares individus, qui doivent se dérober à la surveillance des docteurs de la foi orthodoxe.»

Ibn Khaldoun, Le père de la sociologie universelle ( Al-Muqadimma)

Les temps que nous vivons sont vraiment incertains. S'il fut une époque où chacun pouvait vivre dans son coin et professer la religion de son choix, ce XXIe siècle est celui d'un village aux murs transparents. Il peut être défini comme celui de l'ingérence. Nous ne pouvons faire ce que nous voulons, tout est sous contrôle. La civilisation occidentale est devenue synonyme de modernité.

Cette modernité est devenue à la fois le Graal et le repoussoir des musulmans tiraillés entre une lecture littérale du Coran et la nécessité de prendre en compte les évolutions multidimensionnelles dans le domaine des droits de l’homme , des mutations sociales avec les dérives qui vont avec, et aussi les conquêtes scientifiques et technologiques qui sont des coups de boutoir pour les religions qui n’arrivent pas à trovuer la parade ; la science s’immisçant de plus dans ce que les musulmans appellent « al ghaib », l’inconnaissable, le mystérieux. Ces derniers sont souvent tentés de traiter la modernité comme une grande surface, où ils prennent ce qui les arrangent quitte à faire des arrangements avec le texte (interprétation sous forme de fetwas) . Ainsi, l’explosion de l’internet est revendiqué sans état d’âme par les mouvements extrémistes



Qu'est-ce que la modernité?

On peut associer la modernité à la poursuite de l'idéal développé par les philosophes c'est-à-dire à la lutte contre l'arbitraire de l'autorité, contre les préjugés et contre les contingences de la tradition avec l'aide de la raison. Une autre définition de la modernité est de dire que c'est le progrès la nouveauté, l'abandon des archaïsmes et des traditions magiques et superstitieuses au profit d'une science qui explique le comment des choses et d'une certaine façon désacralise un certain nombre de mythes ou de traditions qui témoignent du vécu d'une civilisation. On le voit, la science est en embuscade, elle explique rationnellement beaucoup de mystères que les religions qualifiaient d'impénétrables préférant ce faisant les adosser aux desseins du Seigneur.

De même, la modernité ne peut pas être dissociée de la science et de la technologie qui sont les chevilles ouvrières du développement du monde sur le plan de la connaissance et de la puissance. Après la renaissance et la sortie des ténèbres du Moyen âge, le XIXe siècle a vu la première Révolution industrielle en Angleterre et l'essor de la science et de la technologie notamment avec l'exploitation industrielle du charbon, l'invention de l'acier qui fut mis à profit par les nations occidentales européennes pour fabriquer des canons, mais aussi développer le chemin de fer.. Ce fut l'avancée décisive de l'Occident sur un Orient représenté par l'Empire ottoman et son sultan qui refusa l'imprimerie. Cette avancée se traduisit par la conquête des pays faibles.


Catholicisme et modernité

Les religions monothéistes (christianisme et judaïsme) furent confrontées à la modernité Le choc de l'Eglise avec la modernité a commencé il y a quatre siècles avec la Renaissance: l'Europe qui sortait des brumes du Moyen âge se mit à la science en s'appropriant l'héritage des sciences développées par la civilisation islamique et en découvrant les auteurs grecs à partir des traductions arabes et perses. Avec aussi l'invention de l'imprimerie, technique que mit à profit, notamment Luther pour publier ses disputations et aboutit en définitive, à une nouvelle Eglise; l'Eglise réformée. L'imprimerie enlevait, du même coup, le monopole de la connaissance de la Bible à l'Eglise du fait de la vulgarisation de la Bible qui fut de ce fait à la portée du peuple. Ce fut le début de la confrontation avec l'Eglise qui dictait auparavant la norme avec un outil puissant et atroce: l'Inquisition.

Luc Perrin, maître de conférences à l'université Marc-Bloch s'est intéressé à l'évolution de l'Eglise face à la modernité, depuis la Révolution française. Il écrit: «Pour le pape Pie IX (1846-1878) le 8 décembre 1864: «Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, avec le libéralisme et la civilisation moderne.» Le bouleversement majeur s'est déroulé en France dans la violence: massacres de septembre 1792, première Terreur (1793-1794), guillotine sèche des déportations (1797-1799). Un pape, Pie VI, est mort prisonnier à Valence en 1799 tandis qu'un autre, Pie VII, fut le captif de Napoléon de 1808 à 1814. Les armées de la Révolution et de l'Empire ont exporté cette violence dans toute l'Europe, Hors d'Europe, la laïcisation s'effectue également dans des flots de sang au Mexique après la révolution de 1911, en particulier pendant la révolte des Cristeros (1926-1929). (...). Le Premier amendement (1791) à la Constitution des États-Unis, en mettant fin à toute religion d'État dans les anciennes treize colonies protestantes, ouvre la voie à l'expansion du catholicisme. (...) Ni libéralisme, ni socialisme, le magistère romain, instance régulatrice du catholicisme, s'est efforcé de maintenir le cap du «ni-ni». (...) »(1)

« De Pie VII à Jean-Paul II, l'Église romaine demeure irréductible face à la modernité. «Au-dessus des lois, il y a La Loi, celle que les hommes n'ont pas à faire ni à défaire, mais à recevoir de Dieu (...) Cette anti-modernité fondamentale a contribué à alimenter la résistance catholique (...) elle constitue le catholicisme en instance critique du libéralisme aujourd'hui triomphant. Mais il est lui-même travaillé par la modernité et a constamment adapté les modalités de son intransigeance.» (1)


Le judaïsme et la modernité

C'est dans le judaïsme que l'on trouve une forme élaborée d'adaptation graduelle à la modernité toute en intelligence. Tout d'abord, écrit Sophie Nizard, maître de conférences à l'université Marc Bloch de Strasbourg: «L'émancipation politique entraîne un large mouvement de sécularisation, consécutif à la sortie des logiques communautaires. La volonté d'intégration suppose un détachement des anciennes appartenances. Dans le même temps, on voit se développer des utopies séculières - socialisme, sionisme - et on assiste à l'émergence de nouveaux mouvements religieux (...) Le mouvement de réforme religieuse, particulièrement fort en Allemagne, a conduit à une sécularisation de la théologie juive dans une piété renouvelée et à un ajustement de la liturgie et de la pensée religieuse (...) Ainsi le judaïsme allemand du XIXe siècle n'entre pas en conflit avec la modernité, mais au contraire s'adapte profondément à elle, car ce mouvement répond précisément aux aspirations de la majorité des juifs contemporains. (...) En France, à partir de 1895, un mouvement se dessine en faveur d'une réforme du judaïsme. (...) Ce n'est qu'après la loi de 1905 que l'Union libérale inaugure un temple séparé avec l'intention de célébrer «une religion rationnelle et laïque», selon les termes de son premier rabbin, Louis Germain-Lévy. «On définit les juifs comme le peuple du Livre, il serait plus juste de dire qu'ils sont le peuple de l'interprétation du Livre.»» (2)

Des réponses sont chaque fis données pour « mettre à jour » le dogme en le rendant compatible avec la réalité du monde notamment scientifique, car c’est là où les interrogations sont les plus importantes et notamment dans le domaine de la biologie du génie génétique.

Islam et modernité, quelques jalons d'un parcours historique


La rationalité et la laïcité ne sont pas étrangères au Mouvement de la pensée arabo-musulmane La curiosité intellectuelle, a entraîné la fondation de la première école théologique islamique importante, appelée Mo'tazilisme. Cette école a connu un véritable essor sous le calife Abbasside al-Ma'moûn. Dans la lignée des Mo'tazilites, on retrouve Al-Kindi, Al-Farabi, Ibn Sina (Avicenne), Ibn Ruchd (Averroès), et bien d'autres. Il y eut une résistance des milieux conservateurs menés par Ibn Hanbal qui eus prônaient un retour aux sources. Ibn Taymiya redoutable héritier de Ibn Hanbal est apparu plus tard, au XIVe siècle. Ce courant fondamentaliste va être repris par les Wahhabites, mouvement fondé par Mohamed Ibn Abdelwahhabe (1703-1791) (3)

Ce mouvement rigoriste en s’associant à un chef guerrier Ibn Saoud a donné le royaume d’Arabie Saoudite. Sa richesse insolente en pétrole et en gaz fait de ce royaume l’exportateur net de cette vision salafiste qui est en train de gangréner le monde sous les yeux de pays occidentaux qui ménagent ce pays pour des raisons pétrolières et économiques. Nous le voyons avec les contrats mirifiques d’armement dont bénéficient les trois membres de sécurité les Etats Unis mais aussi le Royaune Uni et la France. Ce pays est donc autorisé à exporter sa capacité de nuisance déstabilisatrice en toute impunité.

Viviane Comerro, agrégée d'arabe, docteur en histoire des religions explique la genèse des tentatives de réforme de l'Islam au XIXe siècle- après une léthargie de six siècles- pour le mettre en hase avec la modernité. Elle écrit: «Pour comprendre l'ambiance dans laquelle est né le réformisme fondamentaliste qui s'oppose à la fois à une tradition islamique qu'il juge sclérosée et à une modernité exogène qu'il estime dangereuse, il faut évoquer le mouvement d'émancipation intellectuelle, né au milieu du XIXe siècle, que les Arabes appellent la Nahda, la «Renaissance», (...) il faut parvenir à connaître les secrets de la supériorité technique et scientifique de l'Occident. Sous le règne de Méhémet Ali, le grand homme de la Nahda est un théologien de l'université d'al-Azhar, Rifâ'a al-Tahtawî (1801-1873)» (4).

«La Nahda se nourrit à ses débuts de la traduction parce que le modèle est l'étranger. On reconnaît la supériorité de l'Occident et le retard de l'Orient et la nécessité de combler ce retard. On commence donc par traduire, puis on s'approprie les techniques scientifiques nouvelles, les genres littéraires nouveaux et, sur le plan politique, les concepts de nationalisme, de démocratie constitutionnelle, de liberté, de respect de l'individu, qu'on utilise d'abord face à la politique de l'Empire ottoman, et ensuite face aux ingérences occidentales. (...) La fin de cet optimisme se situe après la Première Guerre mondiale et le renforcement de la politique des mandats par les puissances coloniales. Contre un Occident réduit à son projet expansionniste, on va puiser, de façon plus ostentatoire, dans l'héritage religieux islamique.»(4)

Viviane Comerro poursuit: «Le premier grand nom du réformisme fondamentaliste est celui de Jamâl al-Dîn al-Afghânî (1838-1897).(...)Ce qu'il cherche à promouvoir, c'est l'union des pays musulmans face à l'ingérence européenne. Une union au-delà des clivages entre Arabes, Turcs, Persans, Indiens, mais aussi chiites et sunnites. (...) Il dénonce l'autocratie des despotes locaux, il réclame les libertés constitutionnelles et un régime parlementaire, mais en affirmant que seule la religion peut assurer la stabilité des sociétés et la puissance des peuples. Chez Afghânî, le retour aux sources est indissociable de sa vision politique: il s'agit de retrouver dans l'islam des origines la vigueur et la puissance qui en ont fait un empire, et de régénérer les peuples musulmans affaiblis.» (4)

Al Afghani va plus loin il dénonce ar roukoud (l'assoupissement): «Il faut aussi purifier l'islam d'une conception médiévale du savoir qui ne correspond plus aux découvertes de la science du XIXème siècle, une science désormais incontournable dans l'ordre du prestige intellectuel et politique. (...) Afghânî va affirmer qu'il n'y a aucune incompatibilité entre la révélation et la raison, puisque le Coran lui-même engage constamment le croyant à comprendre le monde et à réfléchir; c'est donc l'islam qui a permis la naissance de l'esprit philosophique chez les Arabes. Par conséquent, il n'y a aucune impossibilité au développement de la faculté rationnelle dans des systèmes scientifiques. La sclérose des esprits est le fait de la tradition, non de l'islam lui-même.» (4)

«Un autre jalon dans ce parcours historique sera le plus célèbre des disciples d'Afghânî, l'Egyptien Muhammad Abduh (1849-1905). (...) De la même façon qu'Afghânî, il défend l'idée que si les musulmans ne répondent plus à l'idéal de leur religion, c'est qu'ils en ont oublié la force et la pureté primitive. (...) En 1935, à la mort de Rashîd Ridâ, l'association des Frères musulmans tentera de faire vivre la revue Al-Manâr jusqu'en 1940. L'association existait depuis 1928 en Egypte et avait été fondée par Hasan al-Bannâ (1906-1949), (...)
C'est sur le même modèle qu'est organisée au Pakistan en 1941 la Jamâ'at-i Islâmî fondée par Abû A'lâ Mawdûdî (1903-1979). Une figure proche de la précédente est celle d'un membre éminent des Frères musulmans: Sayyid Qutb (1906-1966), (...) Du point de vue de Sayyid Qutb, la jâhiliyya primitive est relayée par une jâhiliyya moderne, celle du monde civilisé industriel européen et américain et la pédagogie divine des textes coraniques y trouve tout autant leur application.» (4).


Quel avenir pour les pays arabes musulmans?

Où en est-on actuellement? Il nous faut au préalable distinguer entre deux grands types d’Islam, l’islam asiatique qui globalement exception faite du sort des musulmans birmans, ne connait pas la décrépitude morale scientifique de l’autre islam celui des Arabes du Moyen Orient qui veulent exporter le salafisme au Maghreb et en Afrique. De ce fait, et à titre d’exemple les pays maghrébins ont tout à craindre de cette gangrène et continuer à professer un Islam maghrébin de 14 siècles fait de tolérance et d’apaisement.

Hamed Abd el Samad, intellectuel égyptien résidant en Allemagne, a publié en décembre 2010 un ouvrage qu'il a intitulé «la chute du monde islamique». L'auteur s'attend à ce que cet évènement coïncide avec le tarissement prévisible des puits de pétrole au Moyen-Orient. La désertification progressive contribuerait également au marasme économique tandis qu'on assistera à une exacerbation des nombreux conflits ethniques, religieux et économiques qui ont actuellement cours. Ces désordres s'accompagneront de mouvements massifs de population avec une recrudescence des mouvements migratoires vers l'Occident, particulièrement en direction de l'Europe».(5)

«Pour lui l'absence de structures économiques assurant un réel développement; l'absence d'un système éducatif efficace; limitation sévère de la créativité intellectuelle; le blocage sur les plans religieux et politique sont d'après lui les causes principales de la catastrophe appréhendée. À moins d'un miracle ou d'un changement de cap aussi radical que salutaire, Abd el Samad croit que l'effondrement du monde islamique connaîtra son point culminant durant les deux prochaines décennies. L'auteur pense que le processus de désintégration, comme on l'a vu plus haut, a débuté depuis longtemps et on serait rendu actuellement à la phase terminale. Il ne ménage pas ses critiques à l'égard des musulmans: «Ils ne cessent de se vanter d'avoir transmis la civilisation grecque et romaine aux Occidentaux, mais s'ils étaient vraiment porteurs de cette civilisation pourquoi ne l'ont-ils pas préservée, valorisée et enrichie afin d'en tirer le meilleur profit?» «Pourquoi les diverses cultures contemporaines se fécondent mutuellement et s'épanouissent tout en se faisant concurrence, alors que la culture islamique demeure pétrifiée et hermétiquement fermée à la culture occidentale qu'elle qualifie et accuse d'être infidèle?» (5)

L’auteur enfonce le clou en proclamant à juste titre, que «le caractère infidèle de la civilisation occidentale n'empêche pas les musulmans de jouir de ses réalisations et de ses produits, dans les domaines scientifiques, technologiques et médicaux. Ils en jouissent sans réaliser qu'ils ont raté le train de la modernité lequel est opéré et conduit par les infidèles sans contribution aucune des musulmans (...)». (5)


Un autre défi est celui de l'Islam actuel de la diaspora musulmane confrontée à des sociétés sécularisées. Il est difficile alors de trouver un Islam unique pour tous les citoyens des différents Etats qui ont chacun leur façon de «traiter» l'islam. Les deux visions les plus courantes sont soit la vision communautariste à l'anglaise ou l'américaine. Le pouvoir ne s'immisçant pas dans les affaires de chaque communauté qui tout en étant constitutive de la nation s'auto-organise sans dépasser des fils rouge du vivre-ensemble. La deuxième vision est celle du moule de la laïcité républicaine à la française. Ainsi, en France, le Premier ministre plaide en faveur de la promotion et de la défense de la laïcité et a appelé à «faire jaillir un Islam de France ancré dans la République» Il reste à savoir si la République a pour vocation à s'ingérer aussi dans les affaires intérieures des cultes judaïques ou chrétiens.

Plus largement, le contact avec la modernité fait que nous devons avoir une façon de vivre la foi dans un monde de plus en plus hostile aux faibles. La considération à l'endroit des pays musulmans asiatiques comme l'Iran, la Malaisie ou l'Indonésie vient du fait qu'ils ont investi le champ de la science et du savoir. Iqra est le premier mot de la révélation coranique.

Il y aura un avenir pour un Islam de la Science, il n'y a pas d'avenir pour l'Islam des pays arabes à moins d'un miracle qui passe d'abord par la légitimité des gouvernants qui n’instrumentent pas la religion pour asseoir leur pouvoir plongeant leur peuple dans le désespoir et ceci avec l’accord tacite sinon l’aide des puissants à qui les tyrans locaux garantissent un hold up des ressources des pays concernés.


1. http://eduscol.education.fr/cid46662/catholicisme-et-modernite.html


2. http://eduscol.education.fr/cid46663/judaisme-et-modernite.html


3. http://oumma.com/Concilier-islam-et-modernite-est jeudi 13 janvier 2005


4. http://eduscol.education.fr/cid46661/islam-et-modernite-quelques-jalons-d-un-parcours-historique.html


5. http://www.postedeveille.ca/2011/07/un-universitaire-egyptien-predit-leffondrement-du-monde-musulman.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/218900-de-quoi-parle-t-on.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 14:43


«L'Europe occidentale est devenue sans même qu'on s'en aperçoive un protectorat des Américains. Il s'agit de nous débarrasser de leur domination (...) les vues du Pentagone sur la stratégie planétaire, les vues du business américain sur l'économie mondiale nous sont imposées.»

Charles de Gaulle 4 juin 1963

Ces paroles prophétiques du général de Gaulle président français sont plus que jamais d'actualité s'agissant de la vassalisation de l'Europe à l'Empire américain. Nous allons dans ce qui suit montrer comment le monde a toujours appartenu aux plus forts. L'occasion nous est donnée de rapporter les cérémonies de la bataille de Waterloo avec l'ostentation des vainqueurs (anglais et allemands) et l'amertume des vaincus (français qui boudèrent cette cérémonie.

Les festivités commémoratives de la bataille de Waterloo

Pendant plusieurs jours la Belgique a organisé avec les Allemands et les Anglais la reconstitution grandiose de la bataille de Waterloo de 1815 où Napoléon fut battu. La France n’a pas voulu s’associer à la commémoration de sa défaite d’il y a 200 ans, alors qu’ Angela Merkel est venu participer au débarquement contre l’Allemagne d’Hitler il y a 70 ans..

Dans le journal Le Monde nous lisons à ce propos: «L'Empire napoléonien expire dans le sang et les larmes. Deux siècles plus tard, des centaines de milliers de spectateurs, venus de toute l'Europe, sont attendus durant quatre jours, du 18 au 21 juin, pour commémorer l'événement. Cinq mille figurants en costumes d'époque se préparent depuis des mois à incarner les soldats dans une gigantesque reconstitution. (..) La présence française, elle, s'annonce plus que modeste. Une France «mauvaise joueuse». A l'Elysée, Paris a très vivement réagi à l'initiative belge de frapper une pièce commémorative de 2 euros en mémoire de l'événement. Bien sûr, cette attitude contient sa part de chauvinisme blessé. Mais elle traduit également un certain malaise français face à la mémoire de l'Empire. Reste que le moment Waterloo est un événement capital. D'abord, parce qu'il clôt un cycle de violence, long de près d'un quart de siècle, qui coûta la vie à plus d'un million d'hommes. Ensuite, parce que, en enterrant définitivement le rêve d'une hégémonie continentale de la France, il a permis l'avènement d'un nouvel équilibre des puissances: l'Europe née du congrès de Vienne restera pacifique, un demi-siècle.»(1)


De Napoléon à De Gaulle

Le refus de la France de s'associer à la commémoration de sa défaite est en fait ancien: «La presse tabloïd, toujours friande de French bashing, tente de persuader ses lecteurs que les Français sont furieux du déferlement mémoriel qui accompagne le bicentenaire de Waterloo. «Les Français snobent la commémoration» car «ils gardent de l'amertume d'avoir fini deuxièmes derrière le duc de Wellington.» Or, le chemin historique de Waterloo jusqu'au débat sur le «Brexit» passe forcément par le général de Gaulle. En 1965, le président français dédaigna les cérémonies du 150e anniversaire de la défaite de Napoléon au moment même où il s'opposait à l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Soixante-quinze ans après l'appel diffusé par la BBC, l'histoire européenne bégaie et le Général perturbe encore la célébration britannique de Waterloo.» (2)

Les Français opposent à Waterloo, l'appel du 18 juin 1940 commémoré 125 ans après: «Si la célèbre adresse du chef de la France libre fait chaque année l'objet d'un hommage national, faut-il s'étonner qu'un autre 18 juin tout aussi historique soit lui ostensiblement ignoré par la classe politique française?» «D'un côté c'est l'Europe et de l'autre la France». A la décharge du président de la République, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 18 juin est traditionnellement dédié à la mémoire de Charles de Gaulle. Et la France n'a jamais eu pour habitude de commémorer ses défaites, Ce passé napoléonien «qui ne passe pas» n'est pas une spécificité hexagonale. (3)

Le Congrès de Vienne de 1815

Quand Napoléon se lance dans l'ultime aventure des Cent-Jours, toute l'Europe est réunie dans la capitale autrichienne pour s'efforcer de gérer la paix. Si l'empereur parvient brièvement à troubler les négociations, son élimination rapide va permettre aux puissants de continuer à se partager le monde. En mai 1814, après la défaite de l'empereur Napoléon Ier, les Cosaques entrent dans Paris. Les grandes puissances victorieuses (la Russie, la Grande-Bretagne, l'Autriche et la Prusse) invitent les autres Etats européens à envoyer des plénipotentiaires à Vienne pour une conférence de paix. La conférence eut lieu à Vienne du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815. La grande priorité du congrès de Vienne est de régler les questions territoriales: Puis en mars 1815 l'impensable se produit.

Bonaparte s'échappe de l'ile d'Elbe reprend le pouvoir pendant cent jours. Les alliés réforment une coalition et lui infligent une défaite décisive à Waterloo le 18 juin 1815, neuf jours après avoir signé l'acte final du congrès de Vienne. La royauté est rétablie en France et de lourdes compensations lui sont exigées.

Ce même Napoléon qui dut en effet abdiquer quatre jours plus tard à son retour à Paris, le 22 juin, eut un bilan controversé, tour à tour il est accusé d'être un sanguinaire qui a envoyé à la boucherie des dizaines de milliers de Français notamment à Waterloo où il y eut près de 11.500 morts dont 14 généraux 30.000 blessés dont (tout belligérants confondus) et ceci dans le seul but de placer ces frères sur les différents trônes européens. C'est d'ailleurs Napoléon qui refusa de payer la dette contractée par la Révolution auprès du Dey d’Alger, qui a aidé cette dernière attaquée de toute part à acheter du blé . Pire, encore, il envoya l'espion Boutin à Alger pour repérer les rivages en vue d'une éventuelle invasion. Ce dernier recommanda Sidi Fredj site qui sera mis à profit par l'un de ses officiers, le général Louis de Bourmont qui envahit l’Algérie en juillet 1830. Pour rappel le général de Bourmont n’a pas combattu à Waterloo, il commandait la 6e division et avait abandonné son commandement le 15 juin, la veille de la bataille de Ligny. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon l'accusa d'avoir révélé son plan à l'ennemi. La défection de Bourmont a eu une influence psychologique importante sur la troupe qui l'accusait de trahison.

En signant «l'Acte final de Vienne», le 9 Juin 1815, la carte de l'Europe a été redéfinie. Désormais Ce traité va durer près d'un siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale 1914-1918. Ce furent alors la curée contre les Allemands et l'Empire ottoman vermoulu.




1915 : Les scandaleux accords de Sykes-Picot

Il est vrai, qu'après le congrès de Vienne l'Europe ne se déclare plus la guerre mais va à la conquête du monde des faibles, principalement l'Afrique où chaque nation européenne voulait avoir sa part, même le roi des Belges, demanda et obtint le Congo pour lui tout seul... La Conférence de Berlin sanctifia ce premier découpage. Cette entente ne va pas durer, le ressentiment des Etats, et le problème de l'homme malade de l'Europe amenèrent la Première Guerre mondiale suite à l'assassinat de l'archiduc Ferdinand à Sarajevo. Résultat des courses: un million de morts plus tard où les vaincus furent cloués au pilori. Les accords de Sykes-Picot, consacrent le dépeçage de l'Empire ottoman avec, là encore, un reshaping qui ne plut pas aux Américains.

Cela ne se fit pas sans douleur. L’Empire ottoman fut dépecé, des Etats disparurent Des peuples furent dispersés comme ce fut le cas des Kurdes atomisés sur quatre états , des nouveaux Etats furent créés comme le Liban qui faisait partie de Bila Echam ( la Grande Syrie) . Le Koweït fut arraché à l’Irak et Bien plus tard Saddam Hussein le revendiqua comme 19e province ce fut sa perte en janvier 1991 . les troupes américaines de Schwarzkopf balayèrent les Irakiens en moins d’un moi. La Turquie du se battre contre les Grecs et les autres pour sauver ce qu’il restait de son territoire. Elle dut faire face à la sédition arménienne qui amena des massacres des deux côtés. Le traité de Versailles et les accords de San Remo furent très durs pour les vaincus allemands et ottomans.

2015: nouveau partage du monde en perspective

Nous sommes en 2015, Le monde va mal. Il risque de connaître une troisième guerre mondiale car les tectoniques actuelles ne sont pas encore stabilisées. Tous les pays du Moyen-Orient connaissent à des degrés divers des mues: des Etats disparaissent et ce nouveau découpage voulu par Bush risque d'atteindre l'Afrique du Nord après la somalisation de la Libye. La curée ne s'arrêtera pas là. C'est de fait d'abord, la Russie qui est visée par une coalition américano-européenne et cela n'augure rien de bon car la Russie ne se laissera pas faire. Cependant , il est dit dans le logiciel du néolibéralisme que tout les Etats Nations doivent disparaitre ,seul resterait la puissance tutélaire de l’Empire avec une armée de vassaux tous plus obséquieux les uns que les autres . L’indépendance des Etats Nations ,es identités voire les spiritualités tout doit disparaitre . Ne resteraient plus que des consommateurs hébétés qui vont d’extasy en somnifères , addicts de l’éphémère tant qu’ils ont des sous pour consommer comme le leur intime le crédo néo-libéral. « Il ne faut pas penser , il faut dépenser. »

L'Europe vassale des USA: panorama et perspectives

De ce fait, après la curée envers les faibles, un autre découpage soft d’une guerre sans morts -comme le disait justement François Mitterrand parlant du combat commercial vain de la France vis-à-vis des Etat Unis- qui rentre dans le cadre de la disparition des Etats Nations touche l'Europe d’une façon insidieuse. Le point d’orgue sera certainement le traité transatlantique, Tafta, malgré la résistance de façade , l’Europe comprend que la partie est perdue et qu’elle rentrera dans le Nouvel Ordre économique voulu par les Etats Unis.

On se souvient que De Gaulle s'était dressé contre l'Otan et n'a jamais voulu collaborer aux commémorations. Pour rappel, le débarquement du 6 juin 1944, est l'acte fondateur de l'Ere occidentale moderne, avec ses apôtres ou son prophète, Roosevelt ou Churchill, les raisons pour lesquelles Charles de Gaulle refusait de commémorer le débarquement du 6 Juin. (...) (...) Le débarquement, c'est avant tout l'arrivée de la culture américaine qui devait s'imposer sur la vieille Europe, l'arrivée des marques et de nouveaux produits jusqu'alors inconnus, une vaste opération commerciale, et également un premier geste pour s'imposer en Europe dans le but un jour de prendre le pouvoir de celle-ci, puisque le Tafta n'est pas un scénario récent, ce que certains ont tendance à oublier... Pour Charles-de-Gaulle: «Le débarquement du 6 juin, ça a été l'affaire des Anglo-Saxons, d'où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s'installer en France comme en territoire ennemi! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s'apprêtaient à le faire en Allemagne! Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir?» (4)

Dans une contribution réaliste sur le même thème l'écrivain irlandais Bryan MacDonald écrit à propos de la reddition en rase campagne de l'Europe: «Si les États-Unis choisissaient eux-mêmes les dirigeants européens, on peut douter qu'ils les choisiraient aussi obséquieux que ceux qui dominent actuellement l'Europe. On n'y voit personne de la trempe d'un Charles de Gaulle ou d'un Willy Brandt. A la place, nous avons plutôt une Angela Merkel, un David Cameron et un François Hollande en première ligne. A la moindre suggestion de la Maison-Blanche, ils sautent en l'air et la seule question qu'ils posent à Washington est «Ai-je sauté assez haut?». (...) La dernière fois que les dirigeants européens ont sérieusement fait preuve d'indépendance envers les États-Unis fut en 2002 lorsque Gerhard Schroeder et Chirac firent campagne contre l'invasion illégale de l'Irak par George W.Bush. (..) Depuis, l'indépendance européenne s'est dissoute. L'Allemagne est entre les mains du CDU/CSU pro-américain et la France gaulliste a ouvert le chemin à l'insipide socialiste François Hollande. (..) L'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy a déclaré que les États-Unis entraînaient l'Europe dans une croisade contre la Russie, ce qui va à l'encontre des intérêts propres de l'Europe».(5)

«Fillon a fait remarquer que Washington appliquait une stratégie extrêmement dangereuse au Moyen-Orient, à laquelle l'Union européenne et ses États membres étaient obligés d'acquiescer. L'ancien Premier ministre a, de plus, accusé les services de renseignements allemands d'espionner la France, «non pas dans l'intérêt de l'Allemagne mais dans celui des États-Unis». Ce qu'il ressort de tout cela est une chute sans fin. L'Europe et la Russie se déchirent tout en mettant en danger des dizaines d'années de relations diplomatiques patiemment construites. (...) Pendant ce temps, les États-Unis sont les grands gagnants. En lançant une grande campagne médiatique faite pour exagérer une menace russe inexistante, ils ont apeuré les États d'Europe de l'Est (...) La grande question du jour est de savoir s'il est possible que l'Europe puisse un jour retrouver son indépendance dans sa politique contre Moscou. (...) Vers la fin de sa vie, De Gaulle a remarqué: «J'ai essayé de sortir la France de la merde. Mais elle va y retourner en vomissant. Je ne peux empêcher les Français d'être français.» (5)

Le dépeçage identitaire et économique de l’Europe

Dans le même ordre Georges Castaud, secrétaire national du PRCF appelle à briser les chaînes de l'Union européenne. Ecoutons-le: «La victoire, c'est celle du peuple français, qui en refusant à 55% la prétention de l'UE de se constituer en Etat supranational, s'est prononcé pour continuer la nation et pour refuser l'institution d'un Empire néolibéral tourné contre les peuples. (...) Aujourd'hui, les faits sont là: en tant que peuple souverain, le peuple français a été destitué, pire: il a été dé-constitué par la mise au rebut de sa souveraineté nationale. Virtuellement, la nation française a été subrepticement dissoute. (...) Car la «construction» européenne, ce n'est rien d'autre en fait que la balkanisation, que la désintégration euro-atlantique des Etats-nations d'Europe et aussi des Etats multinationaux hérités de l'histoire, URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, et prochainement peut-être, Belgique, Espagne et Royaume désuni, sans parler de la France dépecée en euro-régions. (...) Regardons notre propre pays malade des inégalités, des discriminations, du chômage de masse, de la précarité, de la division savamment cultivée entre actifs et chômeurs, entre salariés de diverses origines, entre jeunes et retraités, entre travailleurs du privé et salariés du public constamment cloués au pilori. (...) Regardons toutes ces guerres et ingérences porteuses de futures guerres exterminatrices mondiales que l'UE-Otan en pleine ruée vers l'Est veut susciter contre la Russie. (...) Regardons cette domination arrogante de Berlin et de son suzerain états-unien qui multiplie les diktats contre les peuples du Sud, rebaptisés «PIGs», les «cochons»! (...) Non, amis et camarade, l'UE n'est pas une «construction» anodine elle n'est rien d'autre qu'un carcan supranational, patronal et contre-révolutionnaire aux mains des financiers, un pur dispositif fascisant et impérialiste d'entente des forts contre les faibles» (6)

Que reste-t-il de la France?

Michel Lhomme va plus loin pour pointer du doigt les dangers qui guette la France. Il y voit une dissolution de l'âme française. Ecoutons le : «La France a donc vécu - comme l'Espagne - la dépolitisation, la désintégration de l'Etat à travers la chasse aux nationalistes, à tout ce qui affirmait le primat identitaire et culturel. Résultat: que reste-t-il de la France «nation européenne de race blanche et de religion chrétienne» comme disait De Gaulle? En fait, il en reste une nation démembrée, désarticulée, dépolitisée, une nation de tribus éparses et délétères. Il en reste des citoyens anéantis, renfrognés sans espérance et sans joie, dépressifs par défaut de verticalité et de transcendance. Il en reste l'anomie sociale et les incivilités de toute sorte. Le mondialisme est en tout cas - c'est le suprême constat! - incapable de construire la religion civile. Il est l'empire du chaos et l'ordre des francs-tireurs, le futur hexagonal d'une démocratie carcérale à l'américaine ».

Pour Michel L’Homme le le discours d'Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidentielle US, fin avril 2015 est plus qu'un discours électoral adressé aux Américains. : « Il est plus qu'un programme d'intentions. Il est le programme du nouvel ordre mondial, celui qui consiste à détruire les identités culturelles et les religions traditionnelles. (...) On comprend aussi que sans identité collective, sans codes culturels partagés, la cohésion sociale sur un petit pays même irradié par la pensée «arc-en ciel» est surtout bien loin d'être assurée.»(7)

La fin de l'Etat-nation, l’atomisation des identités, l’évaporation des espérances, voilà leur rêve des gourous de Bruxelles – qui travaillant dans le sens des injonctions de l’Empire- souhaitent créer un Etat supranational avec laminage des identités. On se souvient que Tony Blair représentant la perfide Albion, cheval de Troie de l'Empire, a ferraillé pour la création d'un poste de président de l'Union européenne. Son rêve arrivera par une dévitalisation progressive des Etats-Nations. Nous le voyons, les découpages des Etats voulus par les grands font fi des espérances des peuples.

Quid du Maghreb ?

Somems nous tirés d’affaire voire immunisés contre les dangers qui d’une façon ou d’une autre qu’ils soient terroristes ou économiques prônent l’avènement du chaos -Ord ab chaos- voulu par Condolezza Rice ancienne secrétaire d’Etat américaine. Nous ne devons pas être naifs ! Aucun pays maghrébin n’est à l’abri . Nous sommes 90 millions de personnes pour les cinq pays du Maghreb, plus que jamais désunis et puisant nos légitimités ailleurs qu’en nous même . les pays occidentaux et même les autres jouent de nos différends et ne sont certainement pas intéressés par une entente entre nous. Pourtant le Maghreb uni a des atouts indéniables :Ressources énergétiques, un immense territoire plus grand que l’Europe, de l’eau une jeunesse exubérante qui a soif de connaissance , de liberté de vie. Et pourtant il y a une panne dans l’action .

Pourtant on oublie un peu trop souvent que ce qui nous unit : l’histoire, la langue la proximité, l’identité et même la religion est de loin plus important que nos désaccords. L'Union maghrébine est peut-être pour les Etats maghrébins une planche de salut. Nous serons beaucoup plus crédibles si nous mettions ensemble nos compétences. Dans le cas contraire, à Dieu ne plaise, nous risquons de disparaître. Cela ne gênera personne au contraire. Nous le voyons avec la disparition de la Syrie de l’Irak , de la Libye du Yemen où plus rien ne sera comme avant.


1 . http://www.lemonde.fr/bicentenaire-de-waterloo/article/2015/06/16/la-glorieuse-defaite-de-waterloo_4655421_4655337.html

2. Philippe Bernard Le Monde 18.06.2015 De Napoléon à de Gaulle

3. http://www.huffingtonpost.fr/2015/06/17/bicentenaire-waterloo-autre-18-juin-passe-pas-france_n_7602020.html?ir=France

4. http://reseauinternational.net/pourquoi-charles-de-gaulle-refusa-t-il-toujours-de-commemorer-le-debarquement-du-6-juin/ 06 mai 2015

5. http://lesakerfrancophone.net/leurope-vassale-des-us-panorama-et-perspectives/

6. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/brisons-les-chaines-de-l-union-168668 19 06 2015


7. Michel Lhomme http://metamag.fr/metamag-3001-LA-FRANCE-Un-pays-en-voie-de-decomposition.html 16/06/2015

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/218611-trois-dates-fondatrices-du-destin-des-nations.html


Professeur Chems Eddiine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 20:13

«Allah ne modifie pas ce qui est en un peuple avant que celui-ci ait modifié ce qui est en lui-même»

Le Coran, sourate XIII, verset 11

Ce verset indique plus que jamais aux croyants qu’ils sont avant tout responsables de leurs actes et que ce qui leur arrive est une conséquence directe de leur action ou inaction. Cette année 2015 est assurément l'année de toutes les peurs, toutes les larmes. C’est aussi celle de la violence, de la mort par milliers pour des causes qui apparemment n'ont aucune relation entre elles Pourtant, si on devait essayer de trouver un fil conducteur, souvenons-nous seulement d'une phrase Ordo ab Chaos doctrine américaine de Condolezza Rice qui veut que du chaos naîtrait l'ordre. C’est en fait du semblant d’ordre actuel qu’est né surement le chaos. Saddam Hussein Mouammar Kadhafi Bachar El Assad n’étaient pas des enfants de chœur, mais ces trois pays avaient le niveau de vie le plus élevé (Libye) et le plus développé scientifique (Irak) et les plus cultivés (Syrie, Irak) . Qu’en reste t-il ?

Le chaos, parlons-en, on dit que le reshaping du Moyen-Orient obéirait au fameux slogan du Middle East Partenareship Initiative (Mepi) qui veut que le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord soient redécoupés dans le sens de nouvelles frontières dessinées par les Etats-Unis et ceci pour remplacer les accords Sykes - Picot d'il y a un siècle. Ce sont donc une fois de plus des pays musulmans qui vont être concernés par les volontés des puissants. Ceci dans l’attente du tour des vassaux actuels qui à leur tour connaitront de par la volonté de l’empire, un reshaping qui aboutira à une évaporation des états nations, au profit d’un monstre planétaire : Le marché ou le money-théisme qui aura de nouveaux fidèles qui remplaceront les citoyens, voire même ceux qui avaient des espérances religieuses.

Si on y ajoute donc, les effets ou méfaits de la mondialisation-laminoir qui veut qu'il n'y ait plus justement, d'Etats-Nations, mais des peuplades sans cap, des consommateurs potentiels, nous avons les ingrédients d'un nouveau chaos que même le pape dans son immense sagesse a dénoncé en parlant de l’imminence de «troisième guerre mondiale par morceaux». Dans le même ordre il dénonce d'ailleurs sans le citer les groupes terroristes islamistes,: «La barbarie qui voudrait faire de toute différence l'occasion et le prétexte de violences toujours plus féroces» et les «hurlements fanatiques de haines et ceux qui spéculent sur les guerres pour vendre des armes».



L'islam est-il belligène?

Dans ces conditions, il ne faut qu’il n’y ait aucun obstacle, il parait alors urgent pour les décideurs de fracturer dans un premier temps, le bloc des musulmans arabes Apparemment, le logiciel des gouvernants en Occident, concernant la «certitude» que l'islam véhicule une idéologie mortifère est en passe d'être adopté par tous les pays occidentaux. Que s'agit-il en fait? Voilà une religion qui a donné à l'humanité ses heures de gloire et qui, attaquée de toutes part, voit les musulmans tomber comme des mouches mais aussi une mésentente totale entre les différents courants de l'islam. Les Occidentaux pour qui ces luttes intestines sont du pain béni , font tout pour attiser les tensions en alimentant en armes les deux camps.

Pour les Occidentaux, les musulmans seraient islamo-fascistes. Il n'est pas fait crédit aux musulmans en Europe et en France à titre d’exemple d'être aussi des Français eux qui sont sommés à chaque fois de se disculper pour des actes terroristes fruits d'une boîte de Pandore ouverte, que l'on ne veut pas refermer par l'apaisement, au contraire, on diabolise à tout-va «ces pelés, ces galeux d'où viennent tous nos maux».

Le sort des musulmans dans le monde

Les musulmans sont à la peine entre deux feux, leurs dirigeants qui veulent à tout pris se maintenir au pouvoir en donnant des gages de docilité aux puissants de ce monde, et les mêmes puissants qui s’ingèrent quand le tyran n’obéit plus aux ordres de « l’empire »

C’est un fait donc, les Musulmans sont persécutés aussi bien en pays d’Islam qu’en pays occidentaux ou même orientaux de civilisation bouddhiste ou hindouiste. En pays d’Islam ou réputés tels, les musulmans souffrent de l’absence de droits et de liberté pourtant bien inscrites dans les constitutions des pays arabes. Ces constitutions sont le prix à payer pour une visibilité internationale pour avoir tous les attributs d’Etats respectueux des droits des citoyens ou des sujets. La réalité est toute autre, les citoyens ne sont pas libres et la justice n’est pas juste elle est même souvent injuste avec les faibles

Dans les pays asiatiques bouddhistes ou hindouistes, les musulmans ne sont pas à la fête. Pire encore, ils peuvent devenir des apatrides. Ainsi : « les musulmans sont persécutés dans toute l'Asie du Sud-Est. En Thaïlande où il ne fait pas bon être musulman. Au Cambodge, Pol Pot avait, dit-on, quasiment éradiqué l'islam. Une bonne partie des 2 millions de tués étaient musulmans. Cette haine est liée au fait que l'islam s'est imposé en Asie du Sud-Est sans aucune violence, uniquement par la propagation par les commerçants musulmans indiens gujratis. Paradoxalement, aujourd'hui, la plus grande communauté musulmane est asiatique. Les musulmans birmans sont damnés. Peuple abandonné par tous, il finira par disparaître ou à se convertir au bouddhisme ». (1)

Il n'est pas étonnant de ce fait qu'il y ait des transhumances de l'horreur. Des personnes qui quittent tout pour échapper à la mort. Washington indique que les conflits de 2013 ont provoqué les plus grands déplacements de populations pour des raisons religieuses de l'histoire récente. «Quasiment aux quatre coins du monde, des millions de chrétiens, musulmans, hindous et fidèles d'autres religions ont été forcés de quitter leurs lieux de résidence en raison de leurs croyances religieuses», a déclaré le département d'État dans son rapport annuel sur les libertés religieuses dans le monde. (2)

Dans ce panorama international, Washington s'en prend particulièrement aux conflits en Syrie, en République centrafricaine (RCA) et aux troubles religieux en Birmanie. En Syrie, après plus de trois ans de guerre, «la présence chrétienne n'est plus que l'ombre d'elle-même», pointe le département d'État, soulignant que «dans la ville de Homs le nombre de chrétiens s'est effondré d'environ 160.000 avant le conflit à un millier» aujourd'hui. (2)

Boat people rohingyas, les damnés de l'Asie du Sud-Est


Un peuple musulman en détresse dans le silence assourdissant des institutions hypocrites comme l'OCI et qui regardent ailleurs, même pas mus par des raisons humanitaires. En Birmanie, les violences contre des musulmans à Meikhtila ont conduit à la mort de 100 personnes et contraint 12.000 autres à quitter la région au début de l'année dernière. «Partout dans le monde, des individus sont victimes de discriminations, violences et agressions (...) pour simplement exercer leur foi», s'insurge la diplomatie américaine, égrenant des cas au Pakistan, en Égypte, en Arabie saoudite, Iran, Chine ou encore au Bangladesh.
Des centaines de migrants rohingyas de Birmanie et du Bangladesh, fuyant la misère et les persécutions, sont enfin secourus depuis quelques jours après avoir été rejetés en mer par la Thaïlande et la Malaisie. Sous la pression internationale, la diplomatie asiatique se met lentement en action afin de trouver une solution à l'accueil de la minorité «la plus persécutée au monde», selon l'ONU. Les Rohingyas, décrits par l'ONU comme une des minorités les plus persécutées au monde, sont des musulmans apatrides dont le groupe le plus important se situe dans l'ouest de la Birmanie. Mais la situation de ces migrants prend une tournure dramatique depuis plusieurs semaines car la Thaïlande s'est attaquée aux réseaux de trafiquants de ces êtres humains. Depuis le début de la crise des migrants en Asie, la députée birmane Aung San Suu Kyi est restée bien silencieuse. Le dalaï-lama s'est ému, jeudi 28 mai, de l'attitude de la prix Nobel de la paix dans une interview accordée au quotidien The Australian. Il critique le silence d'Aung San Suu Kyi sur les Rohingyas: «Je lui ai déjà parlé de ce problème, et elle m'a dit qu'elle se heurtait à certaines difficultés, que les choses n'étaient pas simples mais très compliquées. Malgré cela, je pense qu'elle peut faire quelque chose.» (3)


Le monde musulman en miette : Le deal amoral entre Israël et l’Arabie saoudite

On dit même que les conflits actuels en Syrie, au Liban, au Yémen, à Bahrein, c'est l'opposition de deux pouvoirs temporels, l'Arabie saoudite (sunnite) et l'Iran (chiite) , pour asseoir deux pouvoirs spirituels: le sunnisme et le chiisme. Deux courants de l’Islam qui ont vécu pendant plus de 1400 ans sans problème majeure jusqu’à cet après 11 septembre avec la nouvelle croisade d Georges Bush et son obsession de refaire le monde à son idée ; Idée portée allégrement par les présidents suivants , certaines fois avec zèle et imagination à telle que le message est enveloppé par un somnifère que fut le discours du Caire d’Obama qui donna aux musulmans l’illusion qu’ils avaient mangé leur pain noir et qu’une nouvelle ère de tolérance s’ouvrait dans le monde. Il n’en fut rien ! Au contraire des créations ex nihilo de mouvements extrêmistes islamiques sont là pour marteler à l’opinion occidentale que l’Islma est une religion de la terreur , l’excluant d’une révélation abrahamique où le cycle de violence existe aussi dans le Judaîsme – il n’est que de lire le Livre de Josué- ou dans la religion chrétienne avec les 8 croisades et la Saint Barthélémy avec le fameux cri de ralliement –Tuez les tous , Dieu reconnaitra les siens- qui nous fait encore frémir d’une horreur aussi horrible que celle des exécutions cathodiques de Daesch

Tout est bon pour casser les peuples et leurs espérances Le monde musulman va mal du fait de l’incurie de ses dirigeants et s’il est vrai que la majorité des conflits actuels mettent aux prises des musulmans aux prises entre eux ou avec d’autres, nous ne pouvons pas ne pas citer un deal amoral. Qui va faire justement, les frais des ententes amorales des pays? Ce sont naturellement les citoyens ou les sujets. Il en est ainsi du deal Arabie saoudite - Israël, qui, du même coup, offre un enterrement de première classe à la cause noble palestinienne au profit de potentats arabes qui n'inventent rien et dont la capacité de nuisance est proportionnelle à la somme de leurs réserves pétrolières.

On dit donc que : « les Saoudiens et Israéliens sont unis face à la menace d'un Iran nucléaire, les deux pays que tout oppose se sont rencontrés à cinq reprises depuis 2014 pour contrecarrer Téhéran. D'un côté, l'État hébreu, une démocratie ultra-militarisée. De l'autre, une pétromonarchie absolue fondée sur l'islam wahhabite, une idéologie ultra-rigoriste qui a inspiré des groupes djihadistes tels que l'organisation État islamique (EI). Mais ces deux États aux antipodes l'un de l'autre demeurent sous la protection d'un même allié inconditionnel: les États-Unis, qui les soutiennent pour des raisons idéologiques et stratégiques (Israël), ou économiques (alliance pétrole contre sécurité avec l'Arabie saoudite). (...) Vent debout contre la perspective d'un accord final sur le nucléaire iranien le 30 juin prochain à Vienne qui signerait le retour de l'Iran sur le devant de la scène internationale, Israël et l'Arabie saoudite, ont entamé depuis 2014 des discussions secrètes. À cinq reprises, des représentants des deux pays se sont rencontrés en Inde, en Italie et en République tchèque pour évoquer les moyens de contrer l'influence de l'Iran dans la région (...) Cette fois, l'influence grandissante de l'Iran dans la région est un sujet autrement plus brûlant aux yeux des deux pays. Par l'entremise du Hezbollah au Liban, de Bachar el-Assad en Syrie, du gouvernement et des milices chiites en Irak, ou des rebelles houthis au Yémen, la République islamique avance ses pions, au détriment d'Israël mais surtout de l'Arabie saoudite.»(4)


État islamique: le génocide dont l'Occident est complice

Justement, l'Etat islamique dont on dit qu'il prospère à partir d'une création ex nihilo par l’Empire et l'Arabie saoudite semble poser problème pour sa soi-disant neutralisation.
Quand on sait que la coalition fait quelques bombardements par jour contre des milliers par jour quand il s'est agi de Saddam: «Comment a-t-il été possible lit-on dans la contribution suivante de déposer Saddam Hussein en quelques semaines et Mouammar Kadhafi en quelques mois alors que l'État islamique ne subit que des défaites épisodiques, voire quand il ne remporte pas de franches victoires? En moins d'une semaine sont tombées Ramadi, une des capitales de province d'Irak, et Palmyre, cette oasis au nord-est de Damas qui abrite les ruines monumentales d'une grande ville qui fut l'un des plus importants foyers culturels du monde antique. (...) La situation urge en effet. Malgré les raids de la coalition dirigée par les États-Unis, l'État islamique a repris plus de la moitié du territoire syrien, soit près de 90.000 km². (...) Loin de faire plier le djihadisme, les guerres menées par l'Occident depuis l'ère Bush l'ont au contraire renforcé en multipliant ses foyers.» (5)


«Il faut négocier avec Daesh»

Ce qui devait arriver arriva. Comme pour les taliban créés et couvés par les Etats-Unis; ils avaient même pignon sur rue à New York et avec lesquels on a ensuite négocié. Cette contribution nous éclaire plus que jamais que tout est programmé pour que tout se déroule ainsi. Ainsi: «Devant l'échec de la coalition dirigée par les Etats-Unis contre l'Etat Islamique, le prince Zeid Ra'ad al-Hussein, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, préconise de négocier avec les terroristes plutôt que de les bombarder. Avant de développer ses propositions, précisons que Zeid Ra'ad al-Hussein est membre de la famille royale jordanienne, Pour M.Zeid, puisqu'il n'a pas été possible de venir à bout de Daesh malgré «un investissement presque sans précédent en termes d'argent et de force de frappe militaire», il faudra mettre en place des conférences de paix comme celles qui s'étaient tenues avec les taliban d'Afghanistan et les paramilitaires d'Amérique centrale. (...) Avec les déclarations de Zeid, nous comprenons maintenant un peu mieux la stratégie des utilisateurs de Daesh, et la raison pour laquelle leurs raids aériens perturbent plus les lézards du désert que les quelques gueux dépenaillés, drogués et déboussolés, encadrés de spécialistes qui eux savent pourquoi ils sont là. L'objectif, à terme, est d'introduire l'ONU dans le processus au moment où le chaos sera tel que tout le monde aspirera à une paix, quel qu'en soit le prix. (...) Il ne serait donc pas étonnant que, demain, Al Baghdadi ou son représentant soit reçu en grande pompe à l'ONU ou à la Maison-Blanche, ou encore mieux à Paris dans une de ces grandes conférences internationales dont la France a le secret.» (6)


Qui sauvera les musulmans de leurs dirigeants?

Dans ces conditions de désespoir quel est le sort des musulmans dans le monde? Il nous faut tout d'abord signaler que tous les potentats arabes instrumentalisent l'islam et les citoyens ne sont pas libres Ghannouchi a pu dire lors d'une interview qu'il se sentait plus libre dans un pays occidental que dans un pays dit musulman.

Cependant, les musulmans d'Occident sont à des degrés divers, depuis quelques années l'objet d'actes d'islamophobie L'exemple suivant nous apprend qu'à Boston, aux Etats-Unis, les musulmans sont tenus pour responsables d'actes commis par des «supposés musulmans».
Ils passent donc leur temps à jurer «qu'ils n'y sont pour rien» «not in my name», allant même jusqu'à dénoncer ces brebis galeuses. Certains proposent des programmes visant à encourager les jeunes musulmans à rechercher de véritables héros et de les convaincre qu'ils «ne devraient pas aller à l'université YouTube et ne pas écouter l'imam Google.»
Seules la science et l'éducation sauveront les musulmans.

Cela va même plus loin, les musulmans en Occident sont des citoyens à part entière des différents pays et à ce titre ils ont l’obligation morale de respecter les us et les coutumes du pays qui les a accueilli. Ils devront dans le même mouvement, respecter les lois de la République et devenir des citoyens modèles. Leurs espérances religieuses devraient être du strict domaine privé. De ce fait ils pourront ainsi par leur discrétion, leur travail, leurs études à être des exemples et feront ainsi honneur à l’Islam

Dans le même ordre , le Premier ministre Narendra Modi - présenté comme un faucon vis-à-vis des musulmans, par les Occidentaux et pour cause- a loué l'islam pour souligner l'importance de l'éducation.. «Le Coran mentionne le mot « ilm 800 fois''.

Il est parmi les mots les plus répétés après Allah. Ceci est l'importance de la connaissance dans la religion», a déclaré Modi un auditoire comprenant les hauts commissaires des pays de la Saarc et les envoyés des pays musulmans: «Nous sommes chanceux que nous vivons dans un pays où les gens parlant la même langue et une culture similaire suivants suivent différentes religions. Cette compréhension des différentes perspectives est pas possible partout ailleurs dans le monde», a-t-il dit. «Comprendre l'Autre est le point entre les différentes communautés de la réunion,» a-t-il ajouté. (...) Si nous n'embrassons pas la modernité, le monde va aller de l'avant et nous laissera en arrière.» (7)

Gageons que si l’Islam cesse d’être instrumenté aussi bien par les potentats des pays islamiques et qu’il ne fasse pas l’objet de tractations par les grands de ce monde en vue d’asseoir leur hégémonie, l’islam bien compris est capable de montrer son vrai visage comme il l’a montré pendant son âge d’or de plus de six siècles en Espagne. On parle encore de Cordoue avec nostalgie. Pourquoi pas une nouvelle ère de tolérance ?


Ramadhan Karim à tous les musulmans du monde et paix sur Terre.

1 . http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/165182-aung-san-suu-kyi-preserve-sa-carriere.html

2. http://www.lepoint.fr/monde/conflits-religieux-des-millions-de-personnes-deplacees-en-2013-28-07-2014-1849798_24.php


3. http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20150528-birmanie-dalai-lama-dame-rangoon-aung-san-suu-kyi-rohingyas/

4. http://www.lepoint.fr/monde/israel-et-arabie-saoudite-les-discussions-secretes-12-06-2015-1936005_24.php#xtor =CS3-190

5. http://www.resistance-politique.fr/etat-islamique-le-genocide-dont-loccident


6. http://reseauinternational.net/ il-faut-negocier-avec-daech-selon-un-haut-commissaire-de-lonu-bientot-un-ambassadeur-au-conseil-de-securite/11 juin 2015


7. Amin Ali, http:// timesofindia.indiatimes.com/india/Modi-plays-host-to-envoys-from-Muslim-nations-praises-Islam/articleshow/47683680.cms 16 juin 2015

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/218320-la-detresse-des-musulmans.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans islam
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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 12:53

«L'Europe supranationale, c'est l'Europe sous commandement américain. Les Allemands, les Italiens, les Belges, les Pays-Bas sont dominés par les Américains. Les Anglais aussi, mais d'une autre manière. Alors, il n'y a que la France qui ne soit pas dominée. On met la France en quarantaine.»

Le général de Gaulle (Propos rapportés par Alain Peyrefitte)

François Hollande sera aujourd'hui parmi nous. Ave François les Algériens qui ont souffert vous souhaitent la bienvenue. On dit que votre passage en Algérie (le deuxième) serait axé sur l'économique et le politique. Bien. Nous allons dans ce qui suit vous faire part de notre profonde amertume, même si en tant qu'intellectuel algérien «on se mette comme le dit si bien Jean-Paul Sartre, on se mêle de ce qui ne nous regarde pas», en France.


Que reste-t-il du socialisme à dimension planétaire?

Le socialisme représentait pour nous une utopie, un horizon pour l'humanité. Beaucoup d'entre nous ont vibré en 2012 à votre élection et avions apprécié la fameuse anaphore: «Moi Président...» Nous pensions à tort que Le Grand Soir était arrivé. Pauvres de nous! Naïfs incorrigibles.


Matthieu Croissandeau, rédacteur en chef de L'Obs écrit avec sa lucidité coutumière: «C'est un sentiment étrange, une curieuse impression. La gauche est au pouvoir depuis trois ans et puis... rien. (...). Sur le plan économique comme sur celui de la sécurité, sur le front budgétaire comme sur la scène diplomatique, on peine à voir ce qui distingue la politique d'aujourd'hui de celle menée hier par la droite. Nulle inflexion majeure, nul virage serré, nulle amélioration. Jour après jour, la France continue de se libéraliser, de se précariser, de se recroqueviller. Au nom d'un sacro-saint principe de réalité, le pouvoir socialiste taille dans les dépenses publiques et baisse les charges. Il surveille, expulse, fait la guerre, vend des armes et serre même la main à des despotes peu recommandables... Le PS aurait-il viré à droite? (...)
Sur le papier, on le sait bien, gauche et droite ne sont pas synonymes. Mais, au-delà des mots, dans la pratique, que reste-t-il des vieux clivages? L'analyse au cas par cas des chantiers majeurs du quinquennat montre combien les socialistes français ne s'encombrent plus de tabous ni de totems. (...) Quand cela a-t-il commencé? Lorsqu'ils ont choisi pour seule boussole l'orthodoxie budgétaire? Lorsqu'ils se sont mis à clamer haut et fort leur amour de l'entreprise plutôt que celui des travailleurs? (...) Car si la gauche se contente d'expédier les affaires courantes, elle perd son âme et sa raison d'être. Comment s'étonner, dans ces conditions, que les socialistes se montrent incapables d'opposer un récit charpenté à la déferlante réactionnaire et au déclinisme ambiant? (...) A entendre les socialistes se défendre, la gauche n'aurait tout simplement plus les moyens d'être de gauche, comme si tout se résumait au porte-monnaie. (...) Faute d'idées, faute de liens avec les intellectuels, faute d'ouverture à la société civile, le PS se résume aujourd'hui à son plus simple appareil.» (1)

Jean-Christophe Cambadélis premier secrétaire du PS déplore pour sa part, que la gauche, depuis 2012, ait renoncé à combattre et ait reculé devant un «bloc réactionnaire majoritaire». Devant le discours décliniste dominant, la gauche semble incapable d'incarner une part d'espérance. La faute à qui? La faute à la gauche. Le combat s'est émoussé. Elle a trop utilisé les mots de la droite, comme l'a dit Christiane Taubira?

Pour Jean-Pierre Chevènement:«La gauche est à la fin d'un cycle. Depuis le référendum de 1992 sur le traité de Maastricht et en fait depuis 1983, le Parti socialiste refondé à Epinay en 1971 ne peut plus se dire socialiste, ce que Manuel Valls a d'ailleurs entériné quand il a proposé que le Parti socialiste change de nom. Le PS bénéficie d'une rente de situation institutionnelle: il revient aux affaires quand le rejet de la droite est trop fort, en 2012 par exemple. A défaut de projet social, il propose des réformes sociétales. Depuis 1984, le Front national file sa pelote. Jean-Luc Mélenchon, malgré ses qualités de tribun, a échoué à faire surgir un «Syriza» à la française. Nous allons donc entrer dans une zone de tempêtes politiques. (...) Le ministre de l'intérieur actuel a fait ce qu'il fallait dans son domaine. Mais il faut mettre de la cohérence dans toute notre politique: aimer et faire aimer la France si on veut que les jeunes issus de l'immigration aient vraiment envie de s'y intégrer. Faire respecter par tous la loi républicaine et son esprit. Mettre fin aux incohérences de notre politique étrangère: on ne peut pas prétendre combattre à la fois Daesh et Bachar el Assad en Syrie: entre deux maux, il faut choisir le moindre. En Irak, on a abattu Saddam Hussein: c'était un dictateur certes, mais laïc et moderniste. Il faut un Irak fédéral si on veut couper Daesh des populations de l'Ouest irakien. Il n'était pas intelligent de plonger la Libye dans le chaos, pour récolter le terrorisme djihadiste au Mali et dans le Sahel (...) Il faut rompre avec ce qu'Hubert Védrine a appelé l'Irreal-politik. Comme disait Jaurès: «Si on veut aller à l'idéal, il faut commencer par comprendre le réel.» (2)



Les relations internationales selon la gauche de ce 3e millénaire

Pour le philosophe Michel Onfray interviewé par le Nouvel Observateur: «Le PS est désormais ancré à droite hélas, absolument, totalement. C'est une évidence depuis la fameuse ouverture de la parenthèse de la rigueur en 1983, parenthèse qui n'a jamais été fermée! (..) Le libéralisme gouverne donc de façon bureaucratique depuis 1983, c'est-à-dire sous Mitterrand, Chirac, Sarkozy et désormais Hollande. La pire, qui les rassemble toutes, est l'omniprésence de la communication pour masquer l'impuissance de l'action. Les émissions télévisées à deux neurones, le menhir fondant sous la pluie à l'île de Sein, le guerrier qui monte au combat après l'assaut de «Charlie», la fascisation du FN afin de pouvoir mieux se présenter en Jean Moulin de ce totalitarisme en peau de lapin, tout cela cache la nullité de l'action sous des images dont on voudrait qu'elles cristallisent un capital de sympathie transformable en électorat le jour venu. (...)» (3)

Qu'en est-il de la politique internationale de la France? Continue-t-on sur la ligne du général de Gaulle, c'est-à-dire une politique d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis et une politique subtile d'équilibre au Moyen-Orient? Que nenni! Foin de tout cela! Comme l'écrit si bien Sarah Daniel 'Difficile de distinguer gauche et droite en diplomatie... (..) Si l'on doit identifier en France un domaine où il est quasiment impossible de distinguer la gauche de la droite, c'est sans conteste la diplomatie. (...)'' Que dit Védrine? (..) Que la France et l'Occident n'ont plus les moyens de leur arrogance et qu'il faut admettre que nous ne sommes plus les seuls maîtres du monde. Des principes que semble appliquer au pied de la lettre le gouvernement socialiste. La politique étrangère de François Hollande marque ainsi une remarquable continuité avec celle de Nicolas Sarkozy. Résolument atlantiste, la France est restée dans le commandement intégré de l'Otan (...) Champion de l'interventionnisme, François Hollande partage avec ses alliés américains la conviction.» (4)

Dans le même ordre, la politique concernant les migrations est plus coercitive que celle de la droite. Pour le sociologue Eric Aeschimann: «La politique migratoire du pouvoir socialiste diffère-t-elle de celle que dénonçait ce libellé? A l'examen des chiffres, le changement ne saute pas aux yeux: 12.547 expulsions de sans-papiers en 2011, 15.161 en 2014. L'équipe précédente mettait plusieurs centaines de familles dans les centres de rétention administrative (où l'on place les sans-papiers avant de les renvoyer en avion). Le nouveau pouvoir a réduit le recours à cette pratique, mais encore 110 enfants y ont été enfermés l'année dernière () Et, si les déclarations de Hollande marquent une volonté d'apaisement, c'est au prix d'une sorte de partage des rôles, Valls n'hésitant pas à flirter avec le discours identitaire.» (5)


Rony Bruaman, ancien président de Médecins Sans Frontières, est à cet effet, lui aussi, sans concession vis-à-vis de la politique étrangère de la France. Il écrit: «Quoi, une politique étrangère peut-elle être de droite ou de gauche; La gauche se définit par la question sociale fiscalité égalitaire, accès général à l'éducation et à la santé, défense du travail. La politique étrangère traite-t-elle de la défense d'intérêts stratégiques commerciaux et de sécurité de la cogestion du système international? (...) Mais ailleurs, au Moyen-Orient, notre politique est outrageusement complaisante vis-à-vis d'Israël, est-elle de droite ou de gauche? Et notre position intransigeante face à la Russie? Je déplore que nous soyons bien plus fermes vis-à-vis de l'Iran que de l'Arabie saoudite et d'Israël. Je note surtout au cours de ces dix dernières années, l'évolution de la France vers une position clairement atlantiste. A cet égard, l'ultime moment d'indépendance sur la scène internationale a été le discours de Dominique de Villepin condamnant l'intervention en Irak aux Nations unies en 2003. Si on considère que la gauche doit promouvoir une voix indépendante des puissances dominantes, alors Chirac et avant lui De Gaulle furent les représentants d'une politique étrangère de gauche.» (6)


Même avis du philosophe Bertrand Badie professeur à Sciences Po (Paris) qui parle de diplomatie punitive..Nous l'écoutons: «Il existe une politique étrangère de gauche, mais il n'est pas sûr que le gouvernement de François Hollande en applique les principes. Une véritable politique étrangère de gauche doit prendre en compte les changements dans la structure de notre monde désormais global. Elle doit dépasser la conception oligarchique qui est celle du club fermé constitué par les puissances d'hier, élargir ce directoire occidental qui régente le monde sans tenir compte des puissances émergentes et des acteurs locaux souvent humiliés. Etre de gauche suppose de ne pas pratiquer une diplomatie d'exclusion et de punition tous azimuts et de mener une politique d'ouverture hardie qui donne la parole aux nouveaux acteurs de la société civile internationale. En outre, à un moment où les tentatives de migration font considérablement plus de morts que le «terrorisme», il faut que la gauche réalise que les grandes questions sociétales internationales ont plus d'importance que les enjeux militaires classiques et sont la clé de toutes les violences internationales. Alors que les guerres d'aujourd'hui naissent de la décomposition des sociétés, il est impératif de promouvoir la cohésion sociale et la sécurité humaine au niveau mondiale. L'usage de la force traditionnelle engagée aussi bien par le gouvernement de Sarkozy en Libye, au Mali, en Irak, continue jour après jour à se solder par un échec et une relance de la violence.» (7)

Ce que l'Algérie attend de la France


S'agissant de ce deuxième voyage, les raisons - au-delà des mots de la langue de bois diplomatique - sont peut-être à décrypter dans le discours prononcé à Paris par Bernard Emié, l'ambassadeur de France à Alger le 1er juin, à l'occasion des «Rencontres Algérie 2015». On lit: «La «refondation de la relation économique stratégique entre la France et l'Algérie», se porte on ne peut mieux (...) «nos économies sont interdépendantes et la France a besoin de l'Algérie, comme elle peut apporter à l'Algérie. C'est pourquoi nous devons continuer à rechercher ensemble des synergies et des projets, afin de développer des partenariats mutuellement bénéfiques.» M.Bernard Emié considère que l'Algérie est «un terrain très favorable pour les entreprises françaises». Il cite à l'appui: des «relations politiques (qui) n'ont jamais été aussi bonnes», une «proximité historique et humaine». Voilà pour les affaires!

Pourtant, et c'est un fait on ne peut pas réduire le compagnonnage douloureux de 132 ans à de simples relations commerciales. Il y a plus que jamais un devoir d'inventaire à faire! La notion de chasse gardée de la France, sous entendue ancienne colonie, a des relents de France Afrique qui donnent des crises d'urticaire aux Algériens. Certes, nous ne savons pas faire de notre tragédie une pompe à finance ad vitam aeternam comme nous le constatons avec l'industrie de l'holocauste comme l'écrit si bien, mais notre douleur est intacte et ce n'est pas les petits accords cosmétiques et anecdotiques comme par exemple une construction d'une usine de 25.000 voitures alors que Renault vend à l'Algérie plus de 100.000 voitures et qu' «à côté» la même entreprise Renault a construit une usine de 350.000 voitures... Cherchez l'erreur!

Nous attendons de la France si elle veut avoir des relations apaisées avec l'Algérie, qui quoi qu'en pensent les nostalgériques, a une profondeur stratégique dont la France ne peut pas faire l'économie si elle veut avoir une visibilité au Maghreb et plus largement en Afrique. Nous sommes saturés par l'aspect commercial qui devrait logiquement être subordonné à l'aspect mise à plat sans arrière-pensée de ce passé qui ne passe toujours pas pour arriver, à une véritable entente cordiale basée sur l'égale dignité. Au moment où la Grèce évalue, à juste titre, l'occupation allemande de 4 ans à 270 milliards de dollars, comme l'a fait auparavant la France vis-à-vis de l'Allemagne après la Première et la Seconde Guerre mondiale, à combien peut-on évaluer l'occupation pendant 132 ans? Cependant, nos demandes de réparations sont d'un tout autre ordre. Elles sont morales et culturelles. Morales d'abord, car la France ne peut pas continuer à prendre en otage la mémoire du peuple algérien inscrite dans les archives pendant 132 ans, retenue aussi dans les musées de France et de Navarre sous différentes formes, notamment celles des têtes de révolutionnaires algériens empaillés comme des animaux.


C'est aussi l'aspect culturel représenté justement par l'incendie tragique, scandaleux, inhumain de la bibliothèque d'Alger qui vit 600.000 volumes, parmi les plus rares, partir en fumée un certain début juin comme solde de tout compte. La France coloniale clôturait l'invasion coloniale commencée en 1830 qui vit tout les édifices religieux démolis, dégradés, qui vit aussi la bibliothèque sidi Hammouda de Constantine de près de 3000 ouvrages, ce qui était très important pour l'époque, vandalisée lors de la prise de Constantine où dit-on chaque soldat voulait «avoir son Coran».

Quand François Mitterrand a inauguré la bibliothèque d'Alexandrie dont l'incendie à tort a été imputé aux Arabes, les députés égyptiens qui ne comprenaient rien au discours ont fait au président une standing ovation et pourtant, la France n'a pas de dette vis-à-vis de l'Egypte, car le moins que la France puisse faire pour montrer réellement des signes qu'elle veut tourner la page de l'horreur coloniale et pour compenser dans une certaine mesure l'incendie de la bibliothèque d'Alger, de façon élégante est de proposer aux Algériens, la construction d'une grande bibliothèque qui fera que l'on parlera de cette France de gauche dans mille ans pour avoir osé, proposer de réparer le préjudice multidimensionnel à l'endroit du peuple algérien. Je suis sûr que cela sera un grand signe réel d'entente d'autant que la France s'acquittera dans le même temps de sa dette concernant le bel usage du français en Algérie, deuxième pays francophone qui, sans être dans la francophonie a fait plus pour le rayonnement de la langue française depuis l'indépendance que tous les autres pays qui font partie de la francophonie. C'est à ces signes que l'on reconnaîtra une gauche que les Algériens, malgré toutes les déceptions continuent à lui donner un capital de sympathie qu'elle ne doit pas dilapider.


1.Matthieu Croissandeau: Le PS est-il de droite? http://tempsreel.nouvelobs.com/ politique/ 20150604.OBS0162/le-ps-est-il-de-droite.html

2. http://www.chevenement.fr/Le-PS-ne-peut-plus-se-dire-socialiste_a1722. Html

3. Aude Lancelin http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20150604.OBS0127/michel-onfray-denonce-le-coup-d-etat-liberal-permanent.html

4. Sara Daniel http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20150604.OBS0176/affaires-etrangeres-la-diplomatie-de-hollande-est-elle-de-droite.html

5.Eric Aeschimann tempsreel.nouvelobs.com/politique/20150604.OBS0167/immigration-roms-asile-la-politique-de-hollande-est-elle-de-droite.html

6.Rony Brauman: Une position atlantiste, Nouvel Observateur, p.58, n°2639, 4-10 juin 2015

7.Bertrand Badie: Une diplomatie punitive, Nouvel Observateur; p57,n°2639 4-10 juin 2015

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/218043-les-chemins-escarpes-d-une-refondation.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 20:20

«Les plus grandes épreuves auxquelles le monde aura à faire face dans les années à venir seront la surpopulation, le manque de ressources (eau, matières premières, pétrole...), des pandémies de toutes sortes de maladies connues et nouvelles, des pollutions de toutes sortes (chimiques, air, eau, alimentation...)»

Albert Einstein

Il est d'usage de dire que nous gaspillons la nourriture, l'eau, de l'énergie, tout le monde se souvient des 20 millions de baguettes jetées pendant le Ramadhan 2013.
La cause de tout cela, est dû à un atavisme de l'Algérien qui dépense sans compter. Est-ce dû à une manne céleste inépuisable ou encore à un cadeau des autorités pour faire plaisir. C'est un peu tout cela sauf que nous sommes dans une situation présente délicate, et nous ne pouvons plus faire ce que l'on veut d'une ressource fossile qui est sur le déclin. Cette ressource que nous devons préserver le plus possible, en misant, dans le cadre d'une transition énergétique sur les énergies renouvelables. Cela ne suffira pas, il est impératif de mettre de l'ordre dans la consommation d'énergie car les spécialistes disent que 25% de notre consommation est agrippée. Il en est ainsi de l'eau, du pain et de l'énergie, objet de notre contribution.

Dans le rapport annuel 2013 de Sonatrach, il est précisé que près de 5 milliards de dollars sont injectés en 2013 pour subventionner les prix des carburants et près de 3,5 milliards de dollars d'importations pour la même année. la problématique des subventions aux carburants demeure entière, étant donné que la consommation énergétique augmente en moyenne de 10% par an, notamment à cause de l'hémorragie aux frontières. Pour l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les subventions en produits raffinés en Algérie sont passées de 10,7 milliards de dollars en 2011 à 14,4 milliards de dollars en 2013, marquant ainsi une croissance de 35%. Dans le cas d'un scénario «laisser-faire» les subventions de carburant vont doubler ou tripler à l'horizon 2030. Ces coûts ne pourront pas être supportés d'ici quelques années.
D'après les calculs du chapitre précédent et des contraintes économiques du pays, une stratégie énergétique dans le domaine du transport est nécessaire, une stratégie énergétique dans le domaine du transport basée sur les potentialités de l'Algérie s'impose.
En 2012, la consommation de gasoil est égale à 9 millions de tonnes soit 2,7 fois celle de l'essence, en 2030 Les réserves de pétrole de l'Algérie sont égales à 1,5 milliard de tonnes, le ratio réserve sur production (RP) est égal à 21 ans, alors que celui du gaz est égal à 57 ans.
Il faut exporter du pétrole pour financer le développement. D'ici à 2030, la part des exportations ne fera, au vu des données actuelles que baisser, à cause de la consommation importante qui attendue d'ici à 2030. Le modèle énergétique pour le secteur des transports sera axé sur les actions suivantes: pour réduire la consommation de gasoil, des mesures fiscales devraient être introduites pour diminuer les ventes de véhicules touristiques Diésel au profil de véhicules touristiques essence.


Comment réduire la consommation d'essence ?

Pour réduire la consommation d'essence, des mesures fiscales seront introduites pour encourager les ventes de véhicules touristiques GPLc et les conventions au GPLc de véhicules touristiques essence. Le GNC est un carburant qui peut être utilisé sur tout type de moteur, le GNC sera utilisé pour les autobus et les autocars pour réduire la consommation de gasoil.
Application de normes de consommation de carburant pour les véhicules: des mesures fiscales seront introduites pour favoriser les ventes de véhicules moins consommateurs de carburant.
Une politique de transport en commun est indispensable pour ne pas voir exploser les ventes de véhicules touristiques et la consommation de carburants. Une conduite intelligente permet d'économiser 5 à 10% de carburant en moyenne, de réduire la pollution et de diminuer le taux d'accidents. Le tout sans augmenter la durée du trajet.



De l'essence à la place du gasoil cher et dangereux pour la santé

En 2000 et 2013, la part des véhicules essence a diminué de 90,46% à 80,66%. Pour freiner la consommation de gasoil, la tendance doit s'inverser. Dans ce premier scénario, les véhicules touristiques essence passent de 80,66% en 2013 à 87,5% en 2030. Si le nombre de véhicules de tourisme Diesel est abaissé à 12,5% d'ici à 2030, le nombre de voitures Diesel serait de 1024.969 véhicules au lieu de 1585.832 véhicules si le pourcentage de véhicule Diesel était égal à celui de 2015 (20%) (Valeur estimée). Soit une différence de 614.981véhicules, ce qui correspond à une consommation évitée de 940.922 tonnes de gasoil par an en 2030.
Les hypothèses du calcul sont: Kilométrage annuel: 30.000 km (ce kilométrage est élevé car le Diesel est souvent choisi par les automobilistes qui font de longs trajets) Consommation: 6 l/100 km. Densité gasoil: 0,85 Les véhicules sont rarement équipés en première monte par les constructeurs automobiles, on fait souvent appel à des «kits» hollandais ou italiens montés sur les moteurs essence par des installateurs agréés. Seuls les moteurs à allumage (moteurs à essence) peuvent être équipés pour fonctionner au GPLc. Techniquement, il est aussi possible d'utiliser un mélange gazole-GPLc dans les moteurs Diesel, cette technique est utilisée en Grande-Bretagne.


Le GPL est largement disponible en Algérie avec une production de l'ordre de 7,4 millions de tonnes en 2013, et il est possible de valoriser une partie de cette production sur le marché national en l'utilisant en substitution des carburants qui sont mieux valorisés à l'exportation, tels que l'essence ou le gazole. Le GPL est moins polluant que l'essence et surtout le gasoil dont les normes d'utilisation sont de plus en plus drastiques en Europe et non en Algérie, ce qui peut amener à des maladies: Il est plus connu du grand public et commercialisé en stations-service sous le nom de: «Sirghaz»

Dès la mise en place d'un cadre juridique, Naftal a procédé à la mise en oeuvre de son plan de généralisation de l'utilisation du GPL/c, qui s'est traduit jusqu'en 2010 par la concrétisation des objectifs suivants: beaucoup d'efforts ont été faits. Signalons 504 stations-service avec une capacité globale de 8084 m3 et un rayon moyen entre stations de 50 km au nord et 100 km au sud, réparties sur l'ensemble du territoire national; Mise en place de plus de 160 centres et ateliers de conversion véhicules au GPL/c à travers tout le territoire national; Conversion de plus de 200.000 véhicules constituant le parc actuel, en circulation; atteinte d'un niveau de consommation GPL/c de plus de 300.000 TM à fin 2010.

Cependant, la consommation a stagné elle n'est que de 2% de la consommation totale de carburants évaluée à 15 millions de tonnes. Dans une projection tendancielle, le nombre de véhicules touristiques sera en 2030 de 7,1 millions de véhicules, le parc automobile GPLc augmente de 15% par an à partir de 2016 pour atteindre 2 millions de véhicules en 2030.

Les quantités d'essence qui peuvent être économisées sont importantes et peuvent atteindre les 2, 5 millions de tonnes en 2030 si cette politique de promotion de GPLc était mise en oeuvre Il en est de même du gaz naturel pour véhicules (abrégé en GNV) ou gaz naturel carburant (abrégé en GNC) sa consommation est aussi marginale. Un moteur au GNC nécessite moins d'entretien, grâce à la combustion propre du carburant. Il s'adapte à toutes les flottes de véhicules, Le réseau de distribution reste à mettre en place en Algérie,

Application de normes internationales de réduction d la consommation

Le parc algérien est constitué de 63,8% de véhicules touristiques en 2013 (ONS). En Europe la norme actuelle est à 120 gde CO2/km. Elle sera de 95g de CO2/km en 2020. La moyenne actuelle en Algérie est autour de 14O g de CO2/km. Si on applique seulement la norme à 120g de CO2, c'est 15à 20% d'économie en moins, soit l'équivalent de 3 millions de tonnes ou encore 3 milliards de dollars au prix international. L'application des normes de consommation européennes à 95 g de CO2 km permettra de réaliser des économies de 4,2 millions de tonnes à l'horizon 2030.

Carte à puce

Comment rationaliser la consommation de carburant? Eviter les fuites aux frontières? Ne plus importer de carburants coûteux? Assurer la justice sociale par une répartition équitable en fonction des revenus? Supposons que l'on décide de rationaliser à 1 tonne de carburant par véhicule de tourisme et par an la consommation de chacun, ce qui correspond à une consommation de 6l/100 pour 20.000 km/an. Ces 1200 litres seraient comptabilisés pour chaque possesseur sur une carte à puce à un prix soutenu disons 30 DA pour l'essence et le gasoil, le sirghaz restant toujours à10 DA pour encourager ce moyen de transport..

Il nous faut mettre en place comme pour les opérateurs téléphoniques une carte prépayée à concurrence du niveau maximum de 1200 litres; si un automobiliste a un véhicule qui consomme beaucoup, il roulera moins, et il pourra cependant acheter l'essence au prix international autour de 80 DA le litre. L'Algérie y gagnera, car chacun fera attention à sa consommation, il ne prendra pas tout le temps la voiture, seul ou même pour faire un petit trajet qu'il peut faire à pied ou en bus, l'environnement sera moins pollué. Par cette méthode que l'Egypte utilise déjà, la consommation sera maîtrisée et chacun paiera selon ses moyens. Les taxis et les camionneurs auront des quotas plus importants.

Autres façons de consommer moins

Une conduite intelligente permet d'économiser 5 à 10% de carburant en moyenne, de réduire la pollution et de diminuer le taux d'accidents. Le tout sans augmenter la durée du trajet. Les transports en commun sont plus efficaces que les transports individuels, en termes de consommation d'énergie et de limitation de la pollution, La quantité d'énergie consommée par personne et par kilomètre dépend du taux d'occupation moyen. Les autobus les plus courants peuvent transporter environ 100 personnes. Une politique d'encouragement des transports en commun s'avère être une priorité, ce sera à la fois une économie d'énergie, de temps non perdu dans les embouteillages, de pollution et de maladie en moins.


Véhicules hybrides

D'autre part, l'Algérie devra penser dès à présent à comment réceptionner les véhicules hybrides (mi-carburant-mi-électricité). L'utilisation de véhicules électriques n'apporte de gains importants que si l'énergie utilisée à la production de l'électricité est faible en CO2, ce qui est le cas dans certains pays où l'électricité est majoritairement d'origine renouvelable comme la Norvège Le coût trop élevé des batteries performantes est actuellement un frein au développement des véhicules électriques à grande échelle. Ce frein sera contourné avec la batterie Tesla «PowerWall» qui sera commercialisée fin 2015. Sa particularité est qu'elle peut se charger à partir d'une source renouvelable. Il existe des batteries domestiques qui permettent d'être rechargées à la maison dans des habitations particulières et qui peuvent permettre une autonomie de la voiture jusqu'à 300 km.

Nos entreprises de l'énergie et industrielles ainsi que les laboratoires de recherche devraient s'investir dans la technologie hybride qui va pénétrer le marché mondial et par conséquent les marchés des pays consommateurs comme l'Algérie. Ajoutez à cela, le prix inattendu de cette batterie, environ 3000 dollars. Cette innovation peut contribuer à éliminer l'un des soucis majeurs de la voiture électrique, à savoir son coût de la batterie; Dans le même ordre d'idées, et pour encourager les véhicules peu polluants, prenons exemple sur l'Allemagne qui donne un label vert avec des bonus écologiques (vignettes, stationnement...).

En tout état de cause, une politique énergétique de long terme exige d'éviter toute surexploitation, la lutte contre le gaspillage s'impose plus que jamais. Elle devrait être une cause nationale qui transcende les partis et les idéologies. Il s'agit d'assurer un viatique aux générations futures. Un objectif chiffré de gain d'efficacité énergétique devrait être fixé dans le cadre d'un programme national. Si l'on se base sur l'expérience internationale, un gain de 30% semble tout à fait à notre portée à l'horizon 2020. L'atteinte d'un tel objectif ne se suffit, hélas, pas de déclarations d'intention.


Les autres économies d'énergie

Pour réduire la consommation d'énergie électrique, l'interdiction de l'importation des lampes à incandescence s'impose, c'est d'ailleurs, une recommandation de l'Unep (United Nations Environment Programme)... Les usines ne continuent à fabriquer des lampes à incandescence énergivores que pour des pays comme l'Algérie, leur interdiction permettrait de diviser par deux la consommation électrique destinée à l'éclairage, soit une économie de 10% de la production nationale d'électricité ou encore 5TWh soit l'équivalent de ceux centrales électriques de 1000 MW! Il en est de même de la généralisation des normes d'isolation thermique des bâtiments pour toutes les nouvelles habitations dès 2015: les normes BBC (bâtiment à basse consommation) réduisent de moitié la consommation électrique liée à la climatisation et au chauffage. En Algérie, la climatisation et l'isolation avec des matériaux locaux telle que la laine de rocher permettrait des gains importants de près de 200kWh: appartement/an

Dans le même ordre d'idées, la responsabilité est particulière pour le commerce pour ne pas autoriser l'importation d'appareils de classe supérieure à C car la consommation d'énergie passe du simple au double de la catégorie A à G. Un système de taxation privilégiant la classe A permettrait des gains substantiels. S'agissant des entreprises, l'application d'audits énergétiques avec rigueur permettra des gains de près de 20% d'énergie Sans ces mesures, la consommation interne continuera à croître à un taux à deux chiffres sans que cela contribue ni à l'essor économique ni au bien-être du citoyen.


Il est donc tout à fait possible de mettre en oeuvre ce scénario qui peut sauver l'Algérie et donner un sens au développement durable et à la pérennité de l'Algérie. La transition énergétique est l'affaire de tous. Dans ce cadre, l'Agence des économies d'énergie devrait avoir les moyens de publicité pour pouvoir occuper d'une façon déterminée l'espace audiovisuel en proposant des spots ludiques et intelligents. Je suis convaincu qu'avec une bonne pédagogie qui est de la responsabilité du ministère de la Communication - dans le cadre de programmes, de conférences - d'incitation de la presses publique et privée, des médias publics et privés à s'emparer de cette noble cause qui est encore une fois promouvoir un avenir pour les futures générations. Les Algériennes et les Algériens comprendraient la nécessité d'aller vers les économies d'énergie sans tarder et en dehors de toute idéologie car il s'agit d'une question de survie.

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur chitour/217259-un-gisement-a-exploiter-sans-delai.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 20:19


«Il va falloir que Poutine décide, s'il continue à mettre en péril l'économie de son pays et à l'isoler encore plus sur la scène internationale au nom d'un désir pervers de faire renaître la gloire de l'empire soviétique.»

Conférence de presse de Barack Obama le 8.06.2015

C'est par ces mots guerriers que l'hyperpuissance américaine et ses vassaux décident de continuer à punir Poutine pour avoir voulu défendre la grandeur de la Russie. Les dirigeants du G7 réunis en Allemagne ont fait le tour du monde, distribué les bons et mauvais points, constaté le naufrage de la Grèce et, du même coup, consacré l'essentiel des discussions à Poutine avec le feuilleton ukrainien.

Obama dit-on, semble décidé à hausser le ton pour contrer les ambitions russes en Ukraine. Mais les moyens utilisés par les Occidentaux sont-ils les bons? L'Exposition universelle de Milan devait donner à Vladimir Poutine le prétexte, hier, de se rendre en Italie. Barack Obama, notamment, s'est montré beaucoup plus pugnace pour fustiger l'aventurisme russe dans les pays de l'Est qu'il ne l'est avec les bombardements sauvages de Bachar el-Assad ou les roueries de l'Iran pour cacher ses ambitions nucléaires. La déclaration finale du sommet est plus que jamais condescendante: «Les membres du G7 sont prêts à prendre de nouvelles mesures restrictives si l'attitude de la Russie l'exige. La prolongation des sanctions est liée à la non-application des accords de Minsk et à la violation de la souveraineté de l'Ukraine.» (...)» (1)

Le rédacteur de l’article s’étonne que malgré toutes les avanies : «Poutine ne recule pas d'un millimètre sur l'Ukraine. (...) Alors, si les sanctions économiques n'ont aucune prise sur la Russie, que faut-il faire pour calmer les ambitions agressives de Poutine dont plus le temps passe et plus elles inquiètent non seulement l'Ukraine mais tous les anciens pays de l'empire soviétique? Certains, à Washington, plaident aussi pour un renforcement et une extension de l'Otan afin de montrer à Poutine qu'il n'intimide pas l'Occident avec ses rêves de recréer la Grande Russie. Mais, comme il est exclu de faire cette proposition à l'Ukraine et à la Géorgie, ce qui équivaudrait à un franchissement de la ligne jaune vu de Moscou, les têtes pensantes de la Maison-Blanche ont eu l'idée saugrenue de proposer ce partenariat... au Monténégro» (1).

Aucune puissance qui n’accepte pas l’Ordre impérial n'est à l'abri.

Est-ce à dire que l'ire des pays occidentaux et du Japon n'est dirigée que contre la Russie? Il semble que non. Aucun pays qui tente de s'affirmer sans faire allégeance à l'Empire ne trouve grâce à leurs yeux. Il en est ainsi de la Chine.

Dans une contribution parue sur le site Mondialsiation.ca, Peter Symonds écrit à ce propos: «Les États-Unis et leurs alliés se déchaînent contre la Chine pour ses revendications territoriales en mer de Chine méridionale depuis le défi lancé la semaine dernière par le ministre américain à la Défense, Ashton Carter, lors du Dialogue Shangri-La à Singapour. Ces tensions croissantes risquent de provoquer un incident qui déclencherait un conflit sino-américain (...) En exigeant un arrêt immédiat des revendications territoriales en mer de Chine du Sud, Ashton Carter a déclenché à Singapour tout un choeur de condamnations de la Chine. Le Premier ministre australien, Tony Abbott, a déclaré jeudi que son gouvernement «déplore toute modification unilatérale du statu quo». (2)

«Abbott a critiqué «les actions coercitives ou unilatérales», Faisant écho à Washington, il a dénoncé les revendications territoriales prétendument «agressives» de la Chine, tout en passant sous silence le fait que d'autres prétendants - dont les Philippines, le Vietnam et Taïwan - disposent déjà de telles infrastructures, y compris d'aérodromes dotés d'une capacité militaire, sur leurs îlots. Un article de L'Australian a indiqué que le gouvernement Abbott «envisage activement» ses propres actions coercitives en mer de Chine méridionale. Il projette de faire voler un avion de reconnaissance à l'intérieur de la limite territoriale de 19 kilomètres autour d'un ou plusieurs atolls contrôlés par la Chine». Lors d'une conférence de presse conjointe avec le président philippin Benigno Aquino III vendredi à Tokyo, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a envoyé un message identique. «En ce qui concerne la mer de Chine méridionale, nous avons réaffirmé que nous sommes préoccupés par les revendications territoriales à grande échelle et que nous nous opposons aux tentatives unilatérales de modifier le statu quo.» Aquino avait déjà émis une condamnation même plus belliqueuse, en comparant la Chine à l'Allemagne nazie.» (2)

«L'année dernière, le gouvernement Aquino a signé un Accord de coopération sur la défense renforcée avec les États-Unis qui accorde à Washington un accès pratiquement illimité aux bases militaires des Philippines. Les Philippines établissent une importante base navale à Oyster Bay sur l'île de Palawan, près de la mer de Chine méridionale et de l'archipel litigieux des îles Spratley. A terme, l'installation aurait un héliport, un centre de formation, une station radar et un centre de communications pour la surveillance côtière, ainsi qu'un centre d'opérations conjointes pour les alliés en visite.» (2)

Même le Vietnam s'y met de la partie: «Selon Reuters, le Vietnam négocie actuellement l'achat de drones et d'avions de combat avec des entreprises militaires européennes et américaines. Carl Thayer, un analyste australien, a dit au Guardian: «le Vietnam manque cruellement des avions de reconnaissance maritime modernes pour patrouiller son vaste domaine maritime.» Ces achats d'armes alimentent une course aux armements en Asie qu'attise la montée des tensions géopolitiques, notamment le «pivot vers l'Asie» d'Obama contre la Chine. Selon IHS Jane's, les dépenses annuelles de la défense en Asie du Sud-Est atteindront $52 milliards en 2020, contre $42 milliards cette année. Les 10 pays de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Asean) devraient acheter $58 milliards en nouveau matériel militaire au cours des cinq prochaines années.(...) L'impérialisme américain lance une escalade militaire qui embrasse toute la région indo-pacifique, ainsi qu'une série de provocations irresponsables. Son objectif n'est ni de protéger les petites nations, ni d'assurer la «liberté de navigation», mais de confronter la Chine, même au risque d'une guerre, pour la subordonner aux intérêts américains à travers le monde.» (2)

Les affaires sont les affaires

Pourtant, l'unanimisme de façade concernant la Russie ne doit pas cacher la réalité des affaires. Les Américains ont fort bien joué: leur chiffre d'affaires avec la Russie est en hausse de presque 25% pour ce début 2015. Celui des Européens est de moins 25%. Il est clair que des firmes comme Bell et Boeing ont des contrats avec la Russie. Bell par exemple travaille avec la firme russe Rostec. Par contre, Siemens voit son contrat pour la construction de trains à haute vitesse avec leurs infrastructures passer aux oubliettes. Siemens et beaucoup de sociétés européennes perdent des contrats... Les Américains en affaiblissant l'Europe sur le plan économique la rendent toujours plus dépendante de Washington... Le G7, s'il veut vraiment la paix en Ukraine, ferait mieux d'être inflexible avec Kiev qui vient encore de violer les accords de Minsk et a fait plus de 20 morts civils à Donetz.

Le calvaire du peuple grec

L'un des points, rapides de l'ordre du jour du G7 est l'injonction à la Grèce de rentrer dans le rang en acceptant de rentrer entre les fourches caudines du FMI et de la Troïka. La façon condescendante dont elle est traitée fait honte. D'ailleurs, Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a mis en garde lundi à Berlin contre «un échec» historique des dirigeants européens, y compris d'Alexis Tsipras, si aucun accord n'intervient entre la Grèce, menacée d'asphyxie financière, et ses créanciers. Comme l'écrit Romaric Godin: «Les propositions soumises par les Institutions sont clairement irréalistes.» Vendredi 5 juin à la tribune de la Vouli, le Parlement grec, Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, a clairement repoussé la proposition d'accord de cinq pages soumis par les créanciers de la Grèce à son gouvernement.
«Il faut d'abord rappeler poursuit-il la situation de l'économie grecque. La consommation des ménages a été en 2014 inférieure à celle de 2005. Elle a reculé en prix constants de 17,5% depuis 2008 et de 0,4% par rapport à 2013. Dans ce contexte, les créanciers proposent certes, d'abaisser le taux intermédiaire de 13% à 11%, mais ils cherchent à relever le poids de la TVA. En tout, l'alourdissement s'élèvera à 1,8 milliard d'euros dès le 1er janvier. L'effet de cette mesure peut être sensible dans la mesure où l'énergie est une dépense incompressible des ménages et que son renchérissement se fera directement ressentir sur d'autres dépenses. On a vu a contrario que la baisse du prix de l'énergie dans de nombreuses économies européennes, comme l'Espagne ou l'Italie, a permis un rapide redressement de la consommation.» (3)

«Avec la crise, la Grèce est devenue plus dépendante du tourisme qui représente 18% de son PIB contre 16% en 2009. Or, les créanciers et les autorités grecques proposent de supprimer les exemptions dont bénéficiaient les services touristiques dans les îles égéennes. Les créanciers veulent également faire passer de 11% à 23% la TVA sur la restauration. C'est mettre en danger les avantages compétitifs de la Grèce sur le marché du tourisme méditerranéen. (...) Mais le maximalisme des créanciers, leur volonté d'imposer les erreurs du passé, prouvent qu'ils ne visent pas un objectif financier ou économique. En réalité, ce plan des créanciers n'est qu'un piège.» (3)

En fait les Grecs sont des victimes. Il y a bien longtemps que les riches ont procédé à l'hémorragie du pays. L'Europe, et surtout l'Allemagne qui ne veut pas entendre parler du remboursement de plus de 200 milliards d'euros de réparations pour l'occupation nazie - ce qu'elle a fait sans rechigner quand il s'est agi de la pompe à finance de la Shoah- entend maintenir une stratégie qui a échoué pour pouvoir mettre à genoux politiquement le gouvernement grec effacer le vote grec, contre l'austérité du 25 janvier. Malgré tout cela, les Grecs veulent rester dans la zone euro. Ils seraient 75% à vouloir y rester à tout prix.

L'Opep propriété de l'Arabie saoudite

Sans surprise aucune, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a décidé hier, lors de sa 167e réunion dans la capitale autrichienne, Vienne, de maintenir inchangé son plafond de production, fixé officiellement à 30 millions de barils par jour (mbj). Pis encore, d'autres analystes tablent déjà sur un recul des prix à des niveaux de 40 à 50 dollars dès le quatrième trimestre de 2015. Souvenons-nous: en décidant, déjà le jeudi 27 novembre, de ne pas réduire leur production de pétrole, les douze pays membres de l'Opep ont accepté que la chute des cours de l'or noir entamée depuis le début de l'été s'accélère. La chute des cours accroît les risques d'instabilité dans des pays exportateurs de pétrole, incapables de financer leur politique sociale. Pour rappel, le prix du WTI actuel était le même au 8.06.2007. Signalons qu'il était de 15 dollars au 15 mars 1999, il faut compter un différentiel de 4 dollars avec le Brent. (4)

«L'Iran ne remet pas sa part du marché de pétrole aux autres», a affirmé Bijan Zangeneh le ministre iranien du Pétrole. «Pour augmenter et produire du pétrole et revenir sur le marché du pétrole, la RII n'a pas à demander l'autorisation des autres», a précisé le ministre à son retour de la réunion de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, (Opep), tenue, à Vienne. La 167ème réunion de cette organisation qui a eu lieu, à Vienne. Elle s'est terminée sur un veto saoudien pour toute diminution du quota de l'Opep. En revenant sur le marché, l'Iran ajoutera 1 million de barils /jour si on ajoute du nouveau pays de l'Opep Daesh qui brade à moins de 30 dollars le pétrole aux voisins; ceci va déséquilibrer encore plus les prix du brut et précipiter à la baisse les prix à la grande satisfaction des pays industrialisés.

Baisse des prix du pétrole: les perdants et les gagnants


Nous venons de parler des perdants comme l'Arabie saoudite qui aurait perdu 110 milliards de dollars mais qui s'entête toujours à vouloir ruiner les petits pays pour le compte de l'Empire et de ses vassaux. Justement, nous nous souvenons que la chute des prix du pétrole a permis aux pays européens, et notamment à la France, d'améliorer leur situation économique et financière sur le dos des pays producteurs de pétrole. La France a été sauvée concernant son déficit avec Bruxelles

Ainsi, en 2015, la France pourrait diminuer le coût de ses importations de pétrole et de gaz de presque 30% par rapport à 2014. Avec la baisse des cours du pétrole dont les prix ont été divisés par deux sur les six derniers mois pour atteindre moins de 50 dollars par baril, pour les pays importateurs, c'est une véritable bouffée d'oxygène. La facture énergétique de la France pourrait diminuer de 15 milliards d'euros en 2015, en considérant que le baril restera en moyenne à 60 dollars sur l'année. Soit environ 40 milliards d'euros en 2015, contre 55 milliards d'euros en 2014. En 2013, la même facture atteignait 65 milliards d'euros. Avec ces économies, l'Hexagone peut compter sur une croissance du PIB de 0,7%». (5)

Dernier point. Le G7 s'est engagé sur l'objectif de limiter à 2°C la hausse de la température moyenne dans le monde, vient de déclarer la chancelière allemande, Angela Merkel, en clôture du G7. Les sept pays réaffirment leur engagement, pris à Copenhague en 2009, de mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour lutter contre les conséquences du changement climatique. Le Japon reste loin de ceux de l'Union européenne, qui veut réduire ses émissions de 40% par rapport aux niveaux de 1990, et des Etats-Unis, engagés sur une baisse de 26 à 28% d'ici à 2025 par rapport à 2005.

Que peut on dire des motivations profondes de ce sommet, Est un Sommet économique voire plus naïvement u Sommet des grands de ce monde pour prôner inlassablement la paix ou est un sommet guerrier ? Souvenons nous : A une certaine époque, il s'agissait des sept pays les plus riches. Qu’en est il de la vraie richesse actuelle quand on apprend que le pétrole- huyan commence ses premiers pas ? Maintenant, Il y a le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine respectivement en 2e, 7e, 8e et 9e position. Alors c'est quoi le G7? Les sept pays les plus riches de l'Otan? Avec une rhétorique guerrière contre le reste du monde? L'Empire et ses vassaux ont la ferme prétention de vouloir continuer à dominer sachant qu'inexorablement le barycentre du Monde s'est déplacé du côté de l'Asie...

Comme l’écrit si bien le rédacteur de la revue Spotnik : « La guerre moderne se fait-elle aussi à coups de sommets ? Le sommet du G7, réuni en Allemagne sans grand résultat, sera immanquablement comparé à ceux qui auront lieu en Russie dans quelques jours. Ce seront deux sommets en un, d’où il ne peut sortir que de grandes décisions, ne serait-ce que parce que les entités de ces sommets, les BRICS et l’OCS, sont en cours de construction. Si le sommet du G7 pouvait être perçu comme une sorte de conseil de guerre, ceux qui auront lieu en Russie génèrent plus d’espoir de paix et de prospérité globale. Deux mondes qui, pour l’instant, sont incompatibles ». (6)

Sombres perspectives pour la paix dans le monde. Les conflits de basse intensité dans la terminologie occidentale- bien qu’ils fauchent des milliers de vie humaines- risquent de déboucher sur des conflits plus importants du fait que la nouvelle donne ne satisfait pas les tenants du statut quo multidimensionnel actuel

1. Michel Colomès: http://www. lepoint.fr/ monde/g7-un-carton-jaune-pour-poutine-09-06-2015-1934834_24.php#xtor=CS3-190

2. Peter Symonds http://www. mondialisation.ca/washington-dirige-un-choeur-de-condamnations-de-la-chine/5454397

3.Romaric Godin 08/06/2015 http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-le-piege-tendu-par-les-creanciers-482395.html#xtor=AL-13


4. http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/371807-l%E2%80%99iran-tient-%C3%A0-sa-part-du-march%C3%A9-p%C3%A9trolier-bijan-zangeneh


5.Ludovic Dupin http://www.usinenouvelle.com/editorial/baisse-du-petrole-15-milliards-d-euros-d-economie-pour-la-france-en-2015.N311345

6.http://fr.sputniknews.com/international/20150609/1016479203.html#ixzz3ce2n1elr

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/217792-les-sept-pays-de-l-otan-contre-le-reste-du-monde.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 20:44

«Les plus grandes épreuves auxquelles le monde aura à faire face dans les années à venir seront la surpopulation, le manque de ressources (eau, matières premières, pétrole...), des pandémies de toutes sortes de maladies connues et nouvelles, des pollutions de toutes sortes (chimiques, air, eau, alimentation...)»

Albert Einstein

Il est d'usage de dire que nous gaspillons la nourriture, l'eau, de l'énergie, tout le monde se souvient des 20 millions de baguettes jetées pendant le Ramadhan 2013.
La cause de tout cela, est dû à un atavisme de l'Algérien qui dépense sans compter. Est-ce dû à une manne céleste inépuisable ou encore à un cadeau des autorités pour faire plaisir. C'est un peu tout cela sauf que nous sommes dans une situation présente délicate, et nous ne pouvons plus faire ce que l'on veut d'une ressource fossile qui est sur le déclin. Cette ressource que nous devons préserver le plus possible, en misant, dans le cadre d'une transition énergétique sur les énergies renouvelables. Cela ne suffira pas, il est impératif de mettre de l'ordre dans la consommation d'énergie car les spécialistes disent que 25% de notre consommation est agrippée. Il en est ainsi de l'eau, du pain et de l'énergie, objet de notre contribution.

Dans le rapport annuel 2013 de Sonatrach, il est précisé que près de 5 milliards de dollars sont injectés en 2013 pour subventionner les prix des carburants et près de 3,5 milliards de dollars d'importations pour la même année. la problématique des subventions aux carburants demeure entière, étant donné que la consommation énergétique augmente en moyenne de 10% par an, notamment à cause de l'hémorragie aux frontières. Pour l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les subventions en produits raffinés en Algérie sont passées de 10,7 milliards de dollars en 2011 à 14,4 milliards de dollars en 2013, marquant ainsi une croissance de 35%. Dans le cas d'un scénario «laisser-faire» les subventions de carburant vont doubler ou tripler à l'horizon 2030. Ces coûts ne pourront pas être supportés d'ici quelques années.
D'après les calculs du chapitre précédent et des contraintes économiques du pays, une stratégie énergétique dans le domaine du transport est nécessaire, une stratégie énergétique dans le domaine du transport basée sur les potentialités de l'Algérie s'impose.
En 2012, la consommation de gasoil est égale à 9 millions de tonnes soit 2,7 fois celle de l'essence, en 2030 Les réserves de pétrole de l'Algérie sont égales à 1,5 milliard de tonnes, le ratio réserve sur production (RP) est égal à 21 ans, alors que celui du gaz est égal à 57 ans.
Il faut exporter du pétrole pour financer le développement. D'ici à 2030, la part des exportations ne fera, au vu des données actuelles que baisser, à cause de la consommation importante qui attendue d'ici à 2030. Le modèle énergétique pour le secteur des transports sera axé sur les actions suivantes: pour réduire la consommation de gasoil, des mesures fiscales devraient être introduites pour diminuer les ventes de véhicules touristiques Diésel au profil de véhicules touristiques essence.


Comment réduire la consommation d'essence ?

Pour réduire la consommation d'essence, des mesures fiscales seront introduites pour encourager les ventes de véhicules touristiques GPLc et les conventions au GPLc de véhicules touristiques essence. Le GNC est un carburant qui peut être utilisé sur tout type de moteur, le GNC sera utilisé pour les autobus et les autocars pour réduire la consommation de gasoil.
Application de normes de consommation de carburant pour les véhicules: des mesures fiscales seront introduites pour favoriser les ventes de véhicules moins consommateurs de carburant.
Une politique de transport en commun est indispensable pour ne pas voir exploser les ventes de véhicules touristiques et la consommation de carburants. Une conduite intelligente permet d'économiser 5 à 10% de carburant en moyenne, de réduire la pollution et de diminuer le taux d'accidents. Le tout sans augmenter la durée du trajet.



De l'essence à la place du gasoil cher et dangereux pour la santé

En 2000 et 2013, la part des véhicules essence a diminué de 90,46% à 80,66%. Pour freiner la consommation de gasoil, la tendance doit s'inverser. Dans ce premier scénario, les véhicules touristiques essence passent de 80,66% en 2013 à 87,5% en 2030. Si le nombre de véhicules de tourisme Diesel est abaissé à 12,5% d'ici à 2030, le nombre de voitures Diesel serait de 1024.969 véhicules au lieu de 1585.832 véhicules si le pourcentage de véhicule Diesel était égal à celui de 2015 (20%) (Valeur estimée). Soit une différence de 614.981véhicules, ce qui correspond à une consommation évitée de 940.922 tonnes de gasoil par an en 2030.
Les hypothèses du calcul sont: Kilométrage annuel: 30.000 km (ce kilométrage est élevé car le Diesel est souvent choisi par les automobilistes qui font de longs trajets) Consommation: 6 l/100 km. Densité gasoil: 0,85 Les véhicules sont rarement équipés en première monte par les constructeurs automobiles, on fait souvent appel à des «kits» hollandais ou italiens montés sur les moteurs essence par des installateurs agréés. Seuls les moteurs à allumage (moteurs à essence) peuvent être équipés pour fonctionner au GPLc. Techniquement, il est aussi possible d'utiliser un mélange gazole-GPLc dans les moteurs Diesel, cette technique est utilisée en Grande-Bretagne.


Le GPL est largement disponible en Algérie avec une production de l'ordre de 7,4 millions de tonnes en 2013, et il est possible de valoriser une partie de cette production sur le marché national en l'utilisant en substitution des carburants qui sont mieux valorisés à l'exportation, tels que l'essence ou le gazole. Le GPL est moins polluant que l'essence et surtout le gasoil dont les normes d'utilisation sont de plus en plus drastiques en Europe et non en Algérie, ce qui peut amener à des maladies: Il est plus connu du grand public et commercialisé en stations-service sous le nom de: «Sirghaz»

Dès la mise en place d'un cadre juridique, Naftal a procédé à la mise en oeuvre de son plan de généralisation de l'utilisation du GPL/c, qui s'est traduit jusqu'en 2010 par la concrétisation des objectifs suivants: beaucoup d'efforts ont été faits. Signalons 504 stations-service avec une capacité globale de 8084 m3 et un rayon moyen entre stations de 50 km au nord et 100 km au sud, réparties sur l'ensemble du territoire national; Mise en place de plus de 160 centres et ateliers de conversion véhicules au GPL/c à travers tout le territoire national; Conversion de plus de 200.000 véhicules constituant le parc actuel, en circulation; atteinte d'un niveau de consommation GPL/c de plus de 300.000 TM à fin 2010.

Cependant, la consommation a stagné elle n'est que de 2% de la consommation totale de carburants évaluée à 15 millions de tonnes. Dans une projection tendancielle, le nombre de véhicules touristiques sera en 2030 de 7,1 millions de véhicules, le parc automobile GPLc augmente de 15% par an à partir de 2016 pour atteindre 2 millions de véhicules en 2030.

Les quantités d'essence qui peuvent être économisées sont importantes et peuvent atteindre les 2, 5 millions de tonnes en 2030 si cette politique de promotion de GPLc était mise en oeuvre Il en est de même du gaz naturel pour véhicules (abrégé en GNV) ou gaz naturel carburant (abrégé en GNC) sa consommation est aussi marginale. Un moteur au GNC nécessite moins d'entretien, grâce à la combustion propre du carburant. Il s'adapte à toutes les flottes de véhicules, Le réseau de distribution reste à mettre en place en Algérie,

Application de normes internationales de réduction d la consommation

Le parc algérien est constitué de 63,8% de véhicules touristiques en 2013 (ONS). En Europe la norme actuelle est à 120 gde CO2/km. Elle sera de 95g de CO2/km en 2020. La moyenne actuelle en Algérie est autour de 14O g de CO2/km. Si on applique seulement la norme à 120g de CO2, c'est 15à 20% d'économie en moins, soit l'équivalent de 3 millions de tonnes ou encore 3 milliards de dollars au prix international. L'application des normes de consommation européennes à 95 g de CO2 km permettra de réaliser des économies de 4,2 millions de tonnes à l'horizon 2030.

Carte à puce

Comment rationaliser la consommation de carburant? Eviter les fuites aux frontières? Ne plus importer de carburants coûteux? Assurer la justice sociale par une répartition équitable en fonction des revenus? Supposons que l'on décide de rationaliser à 1 tonne de carburant par véhicule de tourisme et par an la consommation de chacun, ce qui correspond à une consommation de 6l/100 pour 20.000 km/an. Ces 1200 litres seraient comptabilisés pour chaque possesseur sur une carte à puce à un prix soutenu disons 30 DA pour l'essence et le gasoil, le sirghaz restant toujours à10 DA pour encourager ce moyen de transport..

Il nous faut mettre en place comme pour les opérateurs téléphoniques une carte prépayée à concurrence du niveau maximum de 1200 litres; si un automobiliste a un véhicule qui consomme beaucoup, il roulera moins, et il pourra cependant acheter l'essence au prix international autour de 80 DA le litre. L'Algérie y gagnera, car chacun fera attention à sa consommation, il ne prendra pas tout le temps la voiture, seul ou même pour faire un petit trajet qu'il peut faire à pied ou en bus, l'environnement sera moins pollué. Par cette méthode que l'Egypte utilise déjà, la consommation sera maîtrisée et chacun paiera selon ses moyens. Les taxis et les camionneurs auront des quotas plus importants.

Autres façons de consommer moins

Une conduite intelligente permet d'économiser 5 à 10% de carburant en moyenne, de réduire la pollution et de diminuer le taux d'accidents. Le tout sans augmenter la durée du trajet. Les transports en commun sont plus efficaces que les transports individuels, en termes de consommation d'énergie et de limitation de la pollution, La quantité d'énergie consommée par personne et par kilomètre dépend du taux d'occupation moyen. Les autobus les plus courants peuvent transporter environ 100 personnes. Une politique d'encouragement des transports en commun s'avère être une priorité, ce sera à la fois une économie d'énergie, de temps non perdu dans les embouteillages, de pollution et de maladie en moins.


Véhicules hybrides

D'autre part, l'Algérie devra penser dès à présent à comment réceptionner les véhicules hybrides (mi-carburant-mi-électricité). L'utilisation de véhicules électriques n'apporte de gains importants que si l'énergie utilisée à la production de l'électricité est faible en CO2, ce qui est le cas dans certains pays où l'électricité est majoritairement d'origine renouvelable comme la Norvège Le coût trop élevé des batteries performantes est actuellement un frein au développement des véhicules électriques à grande échelle. Ce frein sera contourné avec la batterie Tesla «PowerWall» qui sera commercialisée fin 2015. Sa particularité est qu'elle peut se charger à partir d'une source renouvelable. Il existe des batteries domestiques qui permettent d'être rechargées à la maison dans des habitations particulières et qui peuvent permettre une autonomie de la voiture jusqu'à 300 km.

Nos entreprises de l'énergie et industrielles ainsi que les laboratoires de recherche devraient s'investir dans la technologie hybride qui va pénétrer le marché mondial et par conséquent les marchés des pays consommateurs comme l'Algérie. Ajoutez à cela, le prix inattendu de cette batterie, environ 3000 dollars. Cette innovation peut contribuer à éliminer l'un des soucis majeurs de la voiture électrique, à savoir son coût de la batterie; Dans le même ordre d'idées, et pour encourager les véhicules peu polluants, prenons exemple sur l'Allemagne qui donne un label vert avec des bonus écologiques (vignettes, stationnement...).

En tout état de cause, une politique énergétique de long terme exige d'éviter toute surexploitation, la lutte contre le gaspillage s'impose plus que jamais. Elle devrait être une cause nationale qui transcende les partis et les idéologies. Il s'agit d'assurer un viatique aux générations futures. Un objectif chiffré de gain d'efficacité énergétique devrait être fixé dans le cadre d'un programme national. Si l'on se base sur l'expérience internationale, un gain de 30% semble tout à fait à notre portée à l'horizon 2020. L'atteinte d'un tel objectif ne se suffit, hélas, pas de déclarations d'intention.


Les autres économies d'énergie

Pour réduire la consommation d'énergie électrique, l'interdiction de l'importation des lampes à incandescence s'impose, c'est d'ailleurs, une recommandation de l'Unep (United Nations Environment Programme)... Les usines ne continuent à fabriquer des lampes à incandescence énergivores que pour des pays comme l'Algérie, leur interdiction permettrait de diviser par deux la consommation électrique destinée à l'éclairage, soit une économie de 10% de la production nationale d'électricité ou encore 5TWh soit l'équivalent de ceux centrales électriques de 1000 MW! Il en est de même de la généralisation des normes d'isolation thermique des bâtiments pour toutes les nouvelles habitations dès 2015: les normes BBC (bâtiment à basse consommation) réduisent de moitié la consommation électrique liée à la climatisation et au chauffage. En Algérie, la climatisation et l'isolation avec des matériaux locaux telle que la laine de rocher permettrait des gains importants de près de 200kWh: appartement/an

Dans le même ordre d'idées, la responsabilité est particulière pour le commerce pour ne pas autoriser l'importation d'appareils de classe supérieure à C car la consommation d'énergie passe du simple au double de la catégorie A à G. Un système de taxation privilégiant la classe A permettrait des gains substantiels. S'agissant des entreprises, l'application d'audits énergétiques avec rigueur permettra des gains de près de 20% d'énergie Sans ces mesures, la consommation interne continuera à croître à un taux à deux chiffres sans que cela contribue ni à l'essor économique ni au bien-être du citoyen.


Il est donc tout à fait possible de mettre en oeuvre ce scénario qui peut sauver l'Algérie et donner un sens au développement durable et à la pérennité de l'Algérie. La transition énergétique est l'affaire de tous. Dans ce cadre, l'Agence des économies d'énergie devrait avoir les moyens de publicité pour pouvoir occuper d'une façon déterminée l'espace audiovisuel en proposant des spots ludiques et intelligents. Je suis convaincu qu'avec une bonne pédagogie qui est de la responsabilité du ministère de la Communication - dans le cadre de programmes, de conférences - d'incitation de la presses publique et privée, des médias publics et privés à s'emparer de cette noble cause qui est encore une fois promouvoir un avenir pour les futures générations. Les Algériennes et les Algériens comprendraient la nécessité d'aller vers les économies d'énergie sans tarder et en dehors de toute idéologie car il s'agit d'une question de survie.

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur chitour/217259-un-gisement-a-exploiter-sans-delai.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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