Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 19:58


 

«Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l'homme, le respect des autres êtres avant l'amour-propre».

 

Claude Lévi-Strauss

 

   Il est connu que nous consommons en quelques mois, plus que ce que la Terre peut produire en une année. De plus malgré  ce constat d'échec pour  être en phase avec l'Alma mater , on remaeque que depuis quelque temps, il y a comme une conspiration du silence de la part des pays industrialisés et émergents pour ne pas parler des dégâts actuels et imminents des changements climatiques. Pendant ce temps-là, le climat devient erratique. La biodiversité rétrécit.

 

   La publication de l'overshoot day me donne l'opportunité d'attirer l'attention sur le fait que la détérioration risque d'être irréversible. Dans cette publication après la présentation du footprint, nous donnerons quelques pistes proposées pour s'en sortir... Comme chaque année, on évalue la consommation humaine par rapport à ce que met la Terre à notre disposition. Les Terriens vivent à crédit pour finir l'année, et cela commence tous les ans un peu plus tôt. La date établie par Global Footprint Network arrivait début novembre en 2000 et tombe maintenant fin septembre. Pour répondre à leurs besoins, les hommes épuisent désormais la planète sans lui permettre de renouveler ses ressources. Les habitants de notre bonne vieille planète Terre ont consommé au 27 septembre tout ce que la planète est capable de fournir en une année. Pour terminer la dite année, ils compromettent le renouvellement des ressources naturelles, coupant plus d'arbres qu'ils n'en replantent, pêchant sans permettre aux stocks de poissons de freiner leur baisse. Le cap a été franchi dans les années 70.(1)

 

   Aveuglée par un humanisme contre-productif, source d'irrespect écologique et d'un infini gaspillage, l'humanité vit à crédit et consomme annuellement une planète et demie, soit nettement plus que ce que la Terre est en capacité de lui offrir. Selon «Global Footprint Network», le jour du dépassement global, ou jour de la dette écologique (Earth Overshoot Day), avance irrévocablement chaque année. En 1987, nous vivions à crédit dès le 17 décembre, en 2007 dès le 26 octobre, en 2010 le 21 août, en 2011 le 27 septembre! Selon les chiffres de «Global Footprint Network», il faudrait entre 1,2 et 1,5 Terre pour permettre de nourrir la planète. Mais tous les hommes n'ont pas les mêmes appétits: les habitants des Etats-Unis consomment 5 planètes quand ceux de l'Inde vivent avec moins d'une moitié. Ce jour fatidique du dépassement est la date dans l'année où, théoriquement, les ressources renouvelables de la planète pour ladite année auraient été consommées. Au-delà, l'humanité puise dans les réserves naturelles planétaires d'une façon non réversible, si bien qu'à terme, la raréfaction des ressources condamnera l'humanité à un incontournable rationnement (2).


La civilisation du déclin

 

De tout temps, l'homme a été avide d'énergie pour satisfaire ses besoins... sans trop utiliser la sienne! De la maîtrise du feu au paléolithique à la non-maîtrise du nucléaire à Fukushima, le rapport de l'homme à l'énergie fut toujours placé sous le signe de la domination, économique, sociale ou politique. Or, il est clair aujourd'hui que la course à la puissance énergétique est indissociable du chronomètre de la Terre et de la manière dont les hommes sauront prendre en compte ses limites. Quelles options reste-t-il? Après le feu et la machine à vapeur, une troisième révolution énergétique semble aujourd'hui inéluctable. Pour Sabine Rabourdin, le concept d'énergie prend aussi des connotations multiples: l'un entendra «chaleur, électricité, transport», quand l'autre pourra aussi bien entendre «pétrole, uranium, panneaux solaires, communication», ou bien «enjeux géopolitiques, factures à payer, puissance, effet de serre, énergie vitale...». Toute la matière, tous les échanges sont des formes d'énergie. Aussi peut-on la considérer comme le socle des sociétés humaines.(3)


  L'homme de la révolution industrielle a pu consommer quotidiennement 20.000 Kcal. 1à fois plus que l’homme préhistorique . L’homme technologique symbolisé par l’Américain consomme lui  8,5 tonnes de pétrole soit dix fois  plus que l’homme industriel et 100 fois plus que  préhistorique.  Soit  230.000 Kcal/jour si l'on inclut toutes les formes d'énergie utilisées quotidiennement (chauffage, déplacement, production, alimentation, etc.). Cependant dans certains pays africains la consommation ne dépasse pas les 150 kg equivalent pétrole  par an. Retenons que dans ce ca,s l’Américain consomme en une semaine ce que consomme l’Africain du Sahel en une année. C’est cela l’égalité des hommes, les différents droits incantés par l’ONU, le droit à l’alimentation, le droit à l’eua au logement à la santé à la sécurité pour les objectifs du Millénaire  et il y a fot à parier qu’aucun de ses droits ne sera atteint sauf le droit de se taire et de mourir en silence comme nous le crie les somaliens.

 

 Nous avons abouti de ce fait à une société  de puissance qui ne connaît pas de limites à sa volonté de croissance. Mais cette croissance repose sur la consommation démesurée d'énergies fossiles. Des limites se sont enfin imposées à nous: elles viennent des ressources qui se tarissent, des risques et des pollutions qui ont atteint un seuil nuisible. La catastrophe nucléaire de Fukushima a aussi créé une faille dans la confiance envers les machines thermo-industrielles. C'est à partir de là que nous pouvons explorer les voies qui s'offrent à nous pour construire la transition vers cette nouvelle «révolution énergétique».(4)

 

Les gouvernements, obnubilés par une boulimie énergétique, ont un comportement énigmatique. D'un côté, on parle de changements climatiques, de la nécessité d'aller vers des énergies renouvelables pour ne pas dépasser le seuil de non-retour en termes de changements climatiques. De l'autre, une véritable frénésie s'est emparée des pays industrialisés pour traquer la moindre bulle de gaz et même la moindre goutte de pétrole.(5)



Que faut-il faire?

 

Dans ce cadre, un nouveau regain est donné au carbone et donc à la pollution. C'est le cas de l'exploitation irrationnelle des gaz de schiste aux Etats-Unis et qui fait des émules en Europe et...en Algérie. Cependant en France, suite à l'interdiction de la technique controversée de la fracturation hydraulique, le gouvernement va abroger les trois permis exclusifs de recherche accordés à Schuepbach et Total. La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet a expliqué que «Total annonce aussi vouloir continuer à rechercher du gaz de schiste avec des techniques qui ne sont pas la fracturation hydraulique, or on sait aujourd'hui que ces techniques ne sont pas opérationnelles.(6)

  Justement, la même compagnie Total qui se voit confier l'exploitation de gaz de schiste dans le Sud-Est algérien sachant les dangers de cette technique, l'entreprise et les pouvoirs publics n'ont pas cru bon de faire un audit d'une technique controversée (2000 produits chimiques injectés, 14.000 m3 par forage, danger de sismique et destruction totale de l'environnement devant une société civile atone et considérée comme quantité négligeable.

 

  Innombrables sont les indicateurs qui nous alarment d'une surchauffe de la planète, d'un épuisement gravissime d'une Terre sur-occupée et surexploitée: bouleversement global du climat, mort biologique des sols suite aux abus d'usages productivistes et courtermistes, pollutions sans cesse plus irréversibles, recul effarant des autres espèces dont nous occupons indument les niches, déclin d'une biodiversité pourtant salutaire à l'humanité, déforestation sur tous les continents, épuisement des mers et des océans, tarissement de toutes les ressources dont la grande majorité n'est pas renouvelable...Ce sont les signes avant-coureurs d'un effondrement. Comme le déclare Mathis Wackernagel, président de Global Footprint Network: «Une reconstruction à long terme ne peut réussir que si elle est conduite avec une réduction systématique à notre dépendance aux ressources.» «Nous sommes conscients que nous vivons au-dessus des moyens de la planète. De nombreuses solutions sont disponibles et permettent de s'attaquer au problème: nouvelles technologies, aménagement urbain, éco-constructions, réforme fiscale écologique, régimes faibles en viande, calcul du cycle de vie des produits, etc.»(7)

 

La géo-inginierie sauvera –t-elle le monde ?

 

   La géo-ingénierie présentée comme la solution miracle désigne les efforts visant à stabiliser le système climatique en gérant directement le bilan énergétique de la Terre...Pour Paul Joseph Crutzen, le prix Nobel de chimie 1995, nous avons quitté l'holocène tardif qui existe depuis 10.000 ans et nous sommes entrés depuis deux cents ans dans une nouvelle ère terrestre: «L'anthropocène», où l'homme modifie la biosphère mais aussi la géologie planétaire. De gigantesques bouleversements terrestres d'origine humaine sont survenus; il s'agit d'abord, de l'accroissement de la population, la disparition de nombreuses espèces d'animaux et de plantes à un rythme 100 à 1000 fois supérieur qu'au cours de l'évolution. Les hommes utilisent 50% des réserves en eau douce, respirent 15% de l'oxygène émettent 200% de SO2 et 30%de CO2 contribuant malgré les climato-sceptiques à une aggravation de l'effet de serre et à un alarmant relèvement du niveau de la mer!

 

Le prix Nobel a la solution: il propose d'imiter le volcan Pinatubo dont les énormes rejets de gaz soufrés ont diminué la température de la terre de 0,5 °C, en envoyant des millions de tonnes de soufre chaque année. Pour lui, c'est une opération possible de géo-ingénierie. Elle perpétue la logique de l'anthropocène en transformant l'atmosphère et le climat terrestre. Ces propositions sont combattues par plusieurs spécialistes qui pensent que l'homme joue une fois de plus à l'apprenti sorcier; c'est l'avis de James Hansen de la Nasa, qui le premier a modélisé l'effet de serre pour qui cela devrait être le dernier recours de l'humanité. Il est vrai que de petites opérations cosmétiques comme le fait de faire pleuvoir sur «commande» comme l'a fait la Chine pour les Jeux olympiques de Pékin, ne doivent pas faire illusion. Comme le pense la climatologue Catherine Gauthier: «Les Chinois le savent bien,c'est d'abord en empêchant les voitures de rouler, en ralentissant les émissions que la situation va s'améliorer.» (8)


Sortir du nucléaire sans revenir à la bougie?

 

Des «études » qui sont tout sauf utopiques présentent des scénarios qui tiennent la route et qui, justement, permettent d'aller d'une façon rationnelle vers les énergies non carbonées. Ainsi, en France, l'association Négawatt-créée en 2001- a rendu son scénario pour la période 2011-2050. Il prévoit la fin de l'atome à l'horizon 2033 et ce, sans sacrifier au confort actuel.: «Avec 75% d'électricité d'origine nucléaire, la France serait pieds et poings liés, assurent certains. Négawatt, qui a rendu son nouveau scénario, dit tout le contraire. Elaborer un scénario pour la période 2011-2050. Une feuille de route susceptible de donner à la France les moyens de participer comme il se doit à l'effort de réduction de gaz à effet de serre et de limiter l'augmentation de la température du globe à 2°C. Comment éviter un retour à la bougie et aux peaux de bêtes sans cracher du CO2 dans l'atmosphère? Jusqu'ici beaucoup brandissaient en guise de solution la carte nucléaire. Négawatt table sur une sortie du nucléaire à l'horizon 2033. L'association table sur plusieurs outils. D'abord la sobriété et l'efficacité énergétiques. Encouragées par une fiscalité attractive notamment dans le bâtiment ou la mobilité, elles pourraient réduire la demande en énergie primaire de 65% à l'horizon 2050. Les énergies renouvelables enfin. Boostées par un prix des fossiles en forte croissance, encouragées par une baisse du coût de production, les énergies renouvelables pourraient représenter 91% du bilan énergétique en 2050. Les émissions de CO2 seront alors divisées par 16 et la production nucléaire arrêtée dès 2033 (9)

 

  Dans les pays industrialisés, on pense que « nous sommes nombreux » et que la Terre ne pourra nourrir 9 milliards de Terriens en 2050, sauf si l'immense majorité consomme comme les Somaliens et une immense minorité comme les Américains, le rapport étant de  comme nous l’avons écrit de 1 à 50 pour l’énergie et de 1à 60 pour l’eau . Ce que consomme un Américain en une semaine est consommé par un Somalien en une année.

 

  Cela n'empêche pas de parler dans le sociétés occidentales de parler de la qualité de la vie , partant du fait que le PIB n’est pas suffisant  pour qualifier le niveau de vie d’une société …occidentale . On parle alors de Bonheur Intérieur Brut (BIP)  en lieu et place de PIB comme le propose Stiglitz. Allez parler du bonheur au Somalien, l'Ethiopien qui galère au quotidien pour survivre, quel serait son bonheur!  Rien n'arrête en fait, le ridicule! Même aux Nations unies un eugénisme déguisé reprenant les thèses du Club de Rome est proposé «L'effort à long terme nécessaire pour maintenir un bien-être collectif qui soit en équilibre avec l'atmosphère et le climat exigera en fin de compte des modes viables de consommation et de production, qui ne peuvent être atteints et maintenus que si la population mondiale ne dépasse pas un chiffre écologiquement viable». Rapport 2009 du Fonds des Nations unies pour la Population. Nous préférons pour notre part la sentence sans appel du professeur Albert Jacquart qui situe les responsabilités de cet immense gachis qui peut amener à l’irreversible : «Procréer était autrefois un devoir; c'est aujourd'hui un droit limité»; «S'il y a déjà des hommes de trop sur cette Terre, ces hommes de trop sont ceux qui se montrent exigeants, autrement dit ce sont des gens de l'Occident».

 

Frédéric Denhez  pour sa part, dénonce l'oligarchie qui gouverne le monde et entretient l'addiction au carbone au lieu de chercher autre chose de moins compromettant pour l’avenir de la planète. Il écrit: «La recherche du «mieux», du mieux-vivre, du mieux-bouger, du mieux-manger, du mieux-vieillir, du mieux-travailler qui hystérise notre société et fait le bonheur des coaches et des bureaux d'études ne sera pas bouleversée demain par la quête obsessionnelle du mieux-carbone. Au contraire, elle sera plus encore enfermée dans quelques mains. A moins que le citoyen se réveille, que l'Etat retrouve ses racines, que la société réapprenne le sens du collectif: notre avenir, qui dépendra de l'état de nos biens communs, au premier chef la composition de notre atmosphère, ne peut pas être approprié, car il nous appartient. La dictature du carbone doit être l'aiguillon de notre réveil sociopolitique, pas celui de l'oligarchie qui fait profil bas depuis le début de la crise.» (10)

 

   Pourtant Il existe des solutions raisonnables que les pays développés peuvent adopter sans diminuer l'attrait d'une vie simple qui n'est pas indexée sur 8 tep/an. C'est peut- être cela le nouveau bonheur brut pour tout le monde. En fait comme le pense Hervé le Treut climatologue membre du Giec: «La géo-ingénierie apparaît comme dernier rêve de Prométhée. Nous avons appris que nous ne sommes pas les maîtres et possesseurs de la nature mais l'inverse. Non, nous sommes entièrement dépendants de notre environnement. Nous sommes des créatures terrestres menacées comme les autres espèces, pas les conquérants de l'univers.» Tout est dit. A nous de choisir entre le chaos et la sobriété énergétique.



1.A partir du 27 septembre, les Terriens vivent à crédit Le Nouvel Observateur 27.09.11

2.http://cdurable.info/Credit-Terre-le-Jour-du-depassement-global-est-arrive.html

3.David Naulin 26 septembre 2011 http://cdurable.info/vers-une-nouvelle-revolution-energetique-Sabine-Rabourdin.html

4.Sabin Rabourdin: Vers une nouvelle révolution énergétique Le Cavalier Bleu 22.09.2011

5.C.E.Chitour: Gaz de schiste: Miracle ou calamité écol? Mondialisation.ca, 27.01.2011

6.http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/les-permis-exclusifs-de-recherche-de-gaz-de-schiste-abroges_263957.html?xtor=EPR-175

7.http://cdurable.info/Earth-Overshoot-Day-Ressources-naturelles-Humanite-vit-a-credit,2785.html

8.Frederic Joignot: Ils veulent mettre la Terre sous cloche. Le Monde 27 octbre 2007

9.http://www.terraeco.net/Sortir-du-nucleaire-sans-revenir-a,19453.html

10.Frédéric Denhez: La dictature du carbone - Editions Fayard, septembre 2011

 

Professeur Chems eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

Par vérité et tolérance - Publié dans : Energie et changement climatique
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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 00:45


 

 «Historiquement et culturellement, la Turquie a peu en commun avec l'Europe [...]. Il serait mieux qu'elle devienne un pont avec le Monde arabe ou qu'elle forme avec lui son propre continent culturel.»

 

Le cardinal Ratzinger (futur pape Benoît XVI)

 

  Ce jugement sans appel explique fondamentalement  le refus de l'Europe d'intégrer la Turquie. En Europe , on pense à tort, que le christianisme est « occidental ». Ce n’est pas vrai ! Le christianisme a été occidentalisé pour les besoins de la cause. On va jusqu’à présent Jesus comme un blond aux yeux bleus ! On en sait rien . Il est vraisemblable qu’en tant que sémite, Jésus soit plus proche de l’Arabe et qu’il parlait araméen,  langue ancêtre de l’arabe et de l’hébreu. La fameuse phrase  de Jésus sur la croix cité dans l’évangile de Mathieu (27-46) : « , Éloï, Éloï, lima sabactani ? » est incompréhensible pour un locuteur européen. Sa traduction «  O mon Dieu O mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » nous apprend deux choses. D’abord cette phrase est tout à fait compréhensible en arabe , on la traduit par « Ya ilahi, iYa ilahi pourquoi m’as-tu devancé ? »  "Eloi" en arameen derive de "Elahh" (Dieu) et veut dire "Mon Dieu". De même qu'en arabe ce "Eloi" est traduit comme "Ilahi" derivant de Allah.

 

Pour beaucoup d'occidentaux, Allah est le dieu des Arabes, et le terme évoque même pour certains une divinité cruelle, qui pousse ses adorateurs au fanatisme aveugle. Pourtant, on sait que dans les langues sémitiques, dont fait partie l'arabe, comme l'hébreu ou l'araméen, la racine al ou el sert à nommer Dieu.  Ainsi, l'Ancien Testament en a conservé des traces évidentes. Combien d'adorateurs du Seigneur, anges ou hommes, portent en leurs noms le signe de leur soumission à Dieu: Gabri-el, Micha-ël, Isma-ël, Isra-ël.  Dieu est appelé El, ou Elah. Le nom Elohim revient plusieurs fois dans l'Ancien Testament pour désigner le Dieu des Hébreux.  Il peut être utile de rappeler que ces prophètes ne connaissaient pas le deus latin, dont nous avons tiré le mot dieu. Il est d'ailleurs intéressant d'observer que les chrétiens de tradition orientale et d'expression arabe invoquent Dieu par le nom Allâh. En appelant Dieu du nom Allâh, les musulmans se conforment donc à une tradition prophétique millénaire Il n’y a pas deux dieux , mais un seul Dieu pour les Chrétiens et Allah pour les Musulmans, comme le martelait pendant des siècles l’Eglise . Et c'est ainsi que Allah dans le coran recommande qu'on l'appelle:  "Dis: "Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux. Quel que soit le nom par lequel vous l'appelez, Il a les plus beaux noms."  Coran 17 : 110 On le voit le fond rocheux de l’aversion contre l’Islam ne repose pas sur les textes sacrés, mais sur ce qu’ont en fait les hommes.

 

Cependant, les choses bougent. S'il est une retombée positive des révoltes arabes, c'est l'avènement de la Turquie sur la scène internationale. Cette visibilité qui intrigue de plus en plus les Européens au point que des études, séminaires et autres réflexions sont faites pour expliquer ce «miracle».Au moment où la vieille Europe arc-boutée plus que jamais sur un chauvinisme, semble être en convulsion profonde sur différents aspects, notamment l'aspect économique où la débâcle de l'euro guette, la Turquie caracole avec une croissance presque à deux chiffres rejoignant de ce fait, au même titre que l'Afrique du Sud, les pays du Bric que l'on peut s'autoriser à appeler les Bricast. Le secret de cette réussite, un potentiel de travailleurs acharnés une religion, un homme, Erdogan.

 

Pour rappel, la Turquie honnie par les pouvoirs allemands et français est une vieille terre de civilisation, de culture et de religion. Elle porte mieux que tous les pays européens, la plupart des valeurs judéo-chrétiennes de l'Europe :  C’est le cas des apôtres tels que Paul qui y est né  ou de Marie la mère de Jésus (qui aurait fini sa vie près d'Éphèse). Même le mont Ararat (de l'Arche de Noé) se trouve en Turquie. Plus près de nous, l'Empire ottoman, qui a régné pendant plus de six siècles sur une partie de l'Europe et de l'Asie, était appelé «l'homme malade de l'Europe» au soir de sa puissance. Pourtant, on dit que si la Turquie était en Europe: «Ça se saurait!».


Qui est Recep Tayyip Erdogan?

 

Il est né le 26 février 1954 à Istanbul. Maire d'Istanbul (1994-1998), premier président du Parti pour la justice et le développement (depuis 2001), il est nommé Premier ministre de Turquie le 14 mars 2003. Erdogan fonde en 2001 le Parti de la Justice et du Développement (Adalet ve Kalkýnma Partisiou AKP), L'arrivée de l'AKP au pouvoir a fait craindre à l'Union européenne et à beaucoup d'Européens et aussi aux Turcs kémalistes, que la laïcité pourrait être menacée. Erdogan estime toutefois qu'il faut introduire en Turquie une plus grande liberté religieuse. Erdogan récuse les accusations d'islamisme et se déclare «démocrate conservateur» ou «démocrate musulman» (en référence aux démocrates chrétiens européens), il s'affirme respectueux de la démocratie et de la laïcité et relègue la religion à la sphère privée. Erdogan est proche des partis chrétiens-démocrates européens. (...) Le Vatican a dénoncé la «christianophobie institutionnelle en Turquie». Edmond Farhat, nonce apostolique à Ankara, a affirmé que la liberté religieuse n'existe que sur le papier en Turquie. Le 13 mai 2010, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a lancé un appel à ne pas discriminer les non-musulmans.(1)

 

Depuis la venue du professeur Ahmet Davutoglu aux affaires étrangères, la Turquie s'est ouverte de plus en plus vers le monde musulman et commence à faire cavalier seul dans le concert des balances géostratégiques, les prises de position sur le nucléaire iranien soutenu par le Brésil en 2009 montrent un changement de cap radical avec les gouvernements précédents et commencent à inquiéter les nations occidentales sur les véritables intentions du pouvoir islamo-conservateur. Le gouvernement cherche à projeter ses succès économiques sur le terrain politique dans les anciens territoires de l'Empire ottoman en multipliant les partenariats avec les pays arabes et prônant une politique de «zéro problème» avec son voisinage proche, on appelle cette nouvelle politique, le néo-ottomanisme.(1)

 

Toujours en politique étrangère, la cause palestinienne mobilise Ankara comme nous le lisons sur l’Encyclopédie Wikipédia.  Lors de l'opération Arc-en-ciel qui a eu lieu dans la ville de Rafah, Erdogan a dénoncé la «terreur d'État» de l'État israélien. Le 27 mars 2010, il déclare que «considérer Jérusalem comme la capitale indivisible de l'État hébreu, comme le font les Israéliens, est une folie. Jérusalem est la prunelle des yeux du monde musulman (...) et on ne peut accepter aucune atteinte israélienne à Jérusalem et aux lieux musulmans», lors du Sommet annuel de la Ligue arabe. Suite à l'abordage de la flottille pour Ghaza, Erdogan a tenu un discours avec des mots très durs à l'assemblée du pays, dénonçant un acte de «terrorisme d'État», dénonçant une «attaque insolente et irresponsable qui piétine toute vertu humaine».(2)


   Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait jugé «impossible» que la Turquie normalise ses relations avec Israël en l'absence d'excuses pour le meurtre de 9 Turcs de la flottille de la paix pour Ghaza, le 31 mai 2010. La Turquie ne voulant pas se déjuger a réagi au Rapport Palmer. La tension est montée d'un cran le 2 septembre entre l'Etat hébreu et la Turquie. Israël a réaffirmé son refus de présenter des excuses à la Turquie après la présentation du rapport de l'ONU, selon des sources diplomatiques à Jérusalem.

 

L'essor économique  de la Turquie

 

  C'est un fait, ce pays se développe! C'est en lui-même un marché de 80 millions de consommateurs. Le cadre de vie en Turquie s'améliore d'année en année profitant d'une prospérité économique et financière croissante, qui laisse les Turcs de plus en plus satisfaits de la vie en Turquie, un pays de plus de 80 millions d'habitants avec une très large majorité de musulmans. Un sondage réalisé par l'Université de Bahçesehir d'Istanbul montre que le nombre des Turcs qui se déclarent satisfaits de leur vie a progressé, en l'espace de dix ans, de 18 points, passant de 59% en 2001 à 77% en 2011  L'étude 2011 de l'Université de Bahçesehir montre que pratiquement toutes les catégories de la société turque sont satisfaites de leur vie en Turquie, un pays musulman gouverné par un Etat laïc depuis 1923, date de la création de la République de Turquie par Mustafa Kemal Ataturk. Les exportateurs turcs tablent sur une hausse des exportations de la Turquie durant les douze prochaines années pour atteindre 545 milliards de dollars en 2023 au lieu de 114 milliards en 2010. Ce chiffre a été annoncé, mardi à Istanbul, par le président de l'Union des exportateurs turcs (TIM), Mehmet Buyukeksi, dans le cadre de la présentation des perspectives de développement des exportations turques à l'horizon 2023. Pour ce qui est des importations, la TIM table sur 625 milliards de dollars en 2023, contre 185,5 milliards en 2010. Les principaux partenaires commerciaux de la Turquie sont l'Allemagne, l'Irak, la Grande-Bretagne, l'Italie, la France, la Russie, les Etats-Unis et la Chine.(3)


La tournée  politique d’Erdogan dans les pays de son ancien pré-carré

 

Fort de sa puissance et de sa gestion éclairée -malgré quelques ratés notamment le problème kurde- la Turquie va à la conquête des cœurs en commençant par son ancien pré carré. Erdogan a été accueilli à son arrivée au Caire, lundi 12 septembre , par le Premier ministre égyptien Essam Charaf, et acclamé par une foule enthousiaste de plusieurs milliers de personnes. Il s'est arrêté pour aller serrer des mains. En Egypte, la confrérie des Frères musulmans notamment, le voit comme un modèle pour avoir réussi à imposer un islam modéré sur la scène politique turque, face à une armée qui veillait jalousement à la laïcité de l'Etat.

 

Recep Tayyip Erdogan a apporté le 13 septembre un soutien appuyé à la reconnaissance d'un Etat palestinien et n'a pas épargné Israël lors d'un discours prononcé devant la Ligue arabe au Caire au début d'une tournée en Afrique du Nord censée affirmer le rôle de la Turquie dans la région. «La reconnaissance d'un Etat palestinien n'est pas «une option mais une obligation», a estimé le chef du gouvernement turc conforté par l'opinion publique arabe en ce qui concerne les dissensions actuelles entre Ankara et Israël. «Il est temps de hisser le drapeau palestinien aux Nations unies. Hissons le drapeau palestinien et qu'il devienne le symbole de la paix et de la justice au Moyen-Orient. Apportons notre contribution à l'établissement d'une paix et d'une stabilité bien méritées au Moyen-Orient», a déclaré Erdogan. «Israël ne sortira de son isolement qu'en agissant comme un Etat raisonnable, responsable, sérieux et normal», a insisté le chef du gouvernement turc, qui a marqué son opposition avec les dirigeants israéliens depuis le conflit entre Israël et le Hamas dans la bande de Ghaza en décembre 2008.(4)

 

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en visite en Tunisie, accueilli par une foule de centaines de personnes dont le chef islamiste tunisien Rached Ghannouchi, a assuré jeudi «qu'Islam et démocratie n'étaient pas contradictoires». «Un musulman peut gérer un Etat avec beaucoup de succès», a déclaré M. Erdogan, dirigeant d'un parti islamo-conservateur, à l'issue d'un entretien avec son homologue tunisien Béji Caïd Essebsi. «La réussite du processus électoral en Tunisie va montrer au monde que la démocratie et l'Islam peuvent aller ensemble», a-t-il insisté, alors que le mouvement islamiste tunisien Ennahda (Renaissance) suscite de fortes craintes dans les milieux laïques et intellectuels tunisiens. «La Turquie est un poids lourd. Ce n'est peut être pas tout à fait innocent pour M. Erdogan de venir en Tunisie à un mois des élections, il lance un message rassurant en direction de l'opinion publique: ne craignez pas Ennahda», estime l'analyste Fayçal Chérif. «Ankara endosse depuis quelque temps le rôle de parrain dans les pays arabes. Cette position s'est renforcée avec la ligne adoptée par la Turquie vis-à-vis d'Israël», ajoute M. Chérif. M. Erdogan s'est rendu aussi le 16 septembre en Libye, dernière étape de sa tournée dans les pays du «Printemps arabe».(5)


Quel modèle de gouvernance pour le Monde arabe?

 

De fait, la Turquie semble fasciner les masses arabes sunnites qui ont aussi un autre modèle: l'Iran assez cependant éloigné du point de vue du chiisme. De ce fait, au même titre que l''Islam de l'Extrême-Orient (Indonésie, Malaisie) qui a su islamiser la démocratie, le modèle turc est peut être une voie possible de sortie du roukoud actuel des masses arabes. C'est en tout cas l'avis nuancé de Kamel Daoud du journal le Quotidien d'Oran: ««Vive Mustapha Kemal Pacha!», a crié Messali Hadj jeune dans un café tlemcénien fréquenté par des soldats français à l'époque coloniale. A l'époque, le général turc était un idéal de lutte, d'indépendance, de force et de rigueur et d'héroïsme. C'est l'image qu'on en avait dans le monde des colonisés arabes. Messali est mort, Atatürk aussi, mais la Turquie est encore vivante et de retour dans le Monde arabe. Ces jours-ci, Erdogan, le Premier ministre turc, a été accueilli comme une sorte de Saladin en Egypte. Il a été écouté, ovationné, applaudi et salué au siège de la Ligue arabe. Cet homme est revenu presque «chez lui», dans le périmètre d'un empire qui est aux siens et dans une géographie où les siens ont fait l'histoire. Les rêveurs sur une renaissance des Arabes ou une Nahda meilleure que celle des prosternations et de la marque sur le front, crient eux aussi «Vive Erdogan» aujourd'hui. La Turquie est donc à nouveau un modèle. C'est un pays qui a réussi à sauver ses meubles, à préserver sa laïcité, même si elle est encore instable, à relancer son économie par les PME/PMI et non par des discours de réformes, à gérer sa proximité avec l'Europe et Israël sans tomber dans les enthousiasmes et les passions inutiles et qui peut se promener dans le monde sans avoir honte des siens et de ce qu'il fait.(...) On comprend que, perdu entre révolution et colonisation, entre l'angoisse et la peur, entre dictatures et chaos, entre massacres et bombardements, entre réformes et mensonges, le Monde arabe voit dans cet homme un refuge et dans l'empire turc, une protection des Ottomans.(6)


  On le voit ! malgré la suppression du Califat en 1923, les intellectuels et les élites politiques arabes furent séduites par Mustafa Kémal. On vit alors fleurir des cercles d'intellectuels sur le modèle «Jeunes Turcs» ce sera, «les Jeunes Algériens... Tunisiens» qui ne firent pas long feu. Le jeune Bourguiba des années vingt imita même le drapeau turc. En Algérie, l'Emir Khaled, petit-fils de l'Emir Abdelkader, crut qu'avec la «Déclaration du président américain Wilson en 14 points» les peuples allaient pouvoir disposer d'eux-mêmes, au lendemain de la Première Guerre mondiale...

 

  Sans pouvoir revenir sur toutes les convulsions des peuples arabes, «Peuple des beaux départs» disait, à tort, Lawrence d'Arabie pour paraphraser le feu de paille, qu'il nous suffise de faire remarquer que l'Algérie est le seul pays arabe -macabre privilège à avoir payé chèrement son indépendance. Plus d'un million de morts ont valu à l'indépendance, une aura à nulle autre pareille. Nous savons, à notre corps défendant, ce que c'est que lutter pour la liberté parce que nous en avons été privée pendant plus de 132 ans par un colonialisme abject à qui, des nostalgériques trouvent des vertus positives. Nous attendons, de ce côté, le jugement de l'Histoire. Pour la période la plus récente, là encore l'Algérie fut aussi, la première à se faire remarquer par le culte du martyr. Ce sera Octobre 1988, puis la décennie rouge 200.000 morts plus tard avec un terrorisme qui joue les prolongations, on ose dire à l'Algérie de faire comme la Tunisie ou l'Egypte!!! L'Algérie a déjà payé son tribut à la mort.(7)

 

On le sait , la Turquie a perdu déjà cinquante ans à tenter vainement de frapper à la porte de la forteresse Europe. Des pays est européens ont été intégré  en quelques années sans problèmes . Mieux, l’Union Européenne est allé jusquà intégrer la partie grec de l’Île de Chypre ! laissant les Cypriotes turcs de l’autre côt é de la route de la partition , sans espoir de développement.  La Turquie  aurait dû se méfier des promesses qui lui ont été faites avec la série de valses-hésitations de l’Europe où on faisait miroiter l'adhésion prochaine entrecoupée périodiquement de fin de non-recevoir. La vérité crue est là: on ne veut pas de l'Islam en Europe si ce n'est à dose homéopathique.(8)


  On peut donc penser que la donne a changé. La Turquie est devenu un pays émergent. L’Europe est en plein doute. De plus, la jeunesse arabe relève la tête.  A tout prendre et au vu de sa débâcle, l'Europe n'a plus le choix. Elle sera amenée à solliciter à la Turquie de «fédérer» les masses arabes comme au temps de l'Empire. On peut même penser que la Turquie laissera tomber l'Europe et s'arrimera à l'Asie en pleine essor.

 

S'agissant de l'Algérie de 2011, cinquante ans elle se cherche ! Pour avoir renié une grande partie de son histoire elle est toujours en quête d´un projet de société avec un désir d´être ensemble. L'histoire, la culture font que nous ne pouvons vivre dans un Etat laïc. La religion bien comprise est pour nous un repère au quotidien. L'Islam bien compris et non instrumentalisé ni par l'Etat ni par les partis politiques, libère.  Il faut prendre exemple sur les pays qui travaillent et non pas sur les potentats grassouillets du Golfe qui passent leur temps à se faire des coups de Jarnac et qui prennent en otage l'Islam.  En  définitive il nous faire  faire émerger de nouvelles légitimités basées sur le savoir, bien dans leurs identités, pétries de leur histoire et fascinées par le futur. Ce peuple n'a pas besoin du m'as-tu-vu pour se mobiliser, il a besoin d’un guide. L'Algérie doit retrouver le chemin de la sérénité . elle doit libérer les énergies en réhabilitant les valeurs du travail, de l'effort et du mérite. Il n'y a pas d'autre issue. (9)
1.http://www.bonaberi.com/forum/viewtopic.php?p=60587&sid=fea211f08c2c634345ee50e0af781f77

 

2.Recep Tayyip Erdogan http://fr.wikipedia.org/wiki/Recep_Tayyip_Erdo%C4%9Fan


3.http://www.mondialnews.com/2011/07/25/turquie-les-turcs-rassures-par-la-prosperite-economique-de-leur-pays-sont-de-plus-en-plus-satisfaits-de-leur-vie
http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=60072

4.http://www.lexpress.fr/actualites/2/monde/accueilli-en-heros-au-caire-erdogan-appuie-un-etat-palestinien_1029453.html13/09/2011

5.http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110915.AFP8985/en-tunisie-erdogan-lance-un-message-rassurant-sur-l-islam-politique.html

6.Kamel Daoud Erdogan, ma jalousie! le Quotidien d'Oran 16.09.2011

 

7.http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Chems-Eddine_Chitour.010311.htm

 

8.Chems Eddine Chitour http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4011 9 04 2009

 

9.L'Algérie du XXIe siècle: http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article52034 07 2011

 Professeur Chems eddine Chitour

Ecole polytechnique enp-edu.dz

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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 00:44


 

 

«Les négationnistes du 11 septembre sont des ennemis de la démocratie ou, au mieux, les idiots utiles de l'extrémisme. ls doivent être dénoncés comme tels».

 

Laurent Joffrin

 

   C'est par ces mots que le débat d'idées est engagé, induisant de ce fait, la promesse de toutes les foudres pour ceux qui seraient tentés d'avoir un avis contraire, dans la plus pure tradition de l'intolérance comme ce fut le cas pour le négationnisme à propos de l'ampleur de l'holocauste. Un grand sondage H.E.C. Junior Conseil pour ReOpen911: 58% des Français doutent de la version officielle des attentats du 11 septembre.

 

 Il n'empêche! La liberté de parole a ses limites en Occident qui se veut donneur de leçon. Le quotidien danois Jyllands Posten, situé à droite, avait publié en 2005 les douze représentations de Mahomet, qui déclenchèrent l'affaire que l'on sait. Les questions liées à la liberté d'expression lui tiennent donc particulièrement à coeur. Des ruines de Ground Zero a émergé une culture de l'outrage qui, poussée à l'extrême, conduit à des restrictions de liberté bien plus drastiques que de simples dispositifs techniques tels que les caméras de surveillance ou les scanners dans les aéroports.(1)



Que s'est-il passé le 11 septembre: version officielle et doutes

 

La version officielle nous dit quelques heures après la chute des 3 tours du WTC que 19 terroristes ont détourné des avions et les ont fait écraser sur les tours et sur le Pentagone occasionnant la mort de près de 3000 personnes. Cet événement a eu des répercussions dans le monde entier et va structurer encore ce nouveau siècle pendant de longue année. Pour la première fosi de son existence, lm’Empire est attaqué sur son sol. 

 

  Pourtant, des doutes se sont fait jour malgré l'enquête officielle sur les causes et les commanditaires de ces attaques. Ce qui est vrai c'est que deux avions ont percuté les tours du WTC mais ces tours sont-elles tombées sous le choc et l'incendie ou ont-elles été aidées dans leur chute par une autre cause? Justement, deux énigmes ont retenu l'attention. Les explosions et la chute inexpliquée du bâtiment 7, non touché par les impacts des avions. En août 2006, le professeur Graeme MacQueen publiait une étude complète sur les témoignages recueillis auprès du département incendie de New York (Fdny) dans les mois qui suivirent le 11 septembre. Au travers d'un corpus de témoignages venant de 503 pompiers et secouristes, qui représente environ 12.000 pages et en appliquant une méthode de pointage rigoureuse, il a extrait 177 témoignages provenant de 118 témoins soutenant l'occurrence d'explosions au World Trade Center. Si des explosions ont joué un rôle critique dans ces chutes, la version officielle avec Al Qaîda en son centre pourrait devoir être révisée de manière radicale, voire complètement abandonnée.(2)

 

«Il n'y a pas de livre d'Histoire, écrit Ariane Walter, professeur de philosophie, plus passionnant, plus riche, plus indispensable, pour comprendre les secrets du 11 septembre que «La route vers le nouveau désordre mondial» de Peter Dale Scott. Oui, le 11 septembre a aussi été un coup d'Etat d'une partie du gouvernement américain. L'habileté de Scott est de nous dire: ne croyez pas que le 11 septembre soit, dans l'histoire des Etats-Unis, un événement soudain et unique. 50 ans de politique l'ont amené, préparé, construisant une situation monstrueuse qui ne pouvait que le produire. «Le 11 septembre doit être envisagé comme le point culminant d'un mécanisme à l'oeuvre depuis un demi-siècle, conduisant à des décisions prises en secret par de petites coalisations, à la militarisation du maintien de l'ordre, à des plans prévoyant la séquestration des dissidents, ainsi qu'à des opérations, des transactions et des actifs gouvernementaux échappant au contrôle de nos représentants et enfin par la gouvernance de ceux qui financent les partis politiques plutôt que par ceux qui s'y impliquent.» Mais les maîtres réels des Etats-Unis, seront Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Brzezinski. Qui a monté l'attentat? Al Qaîda? Les US? Le Mossad? L'Arabie Saoudite? Le Pakistan? Al Qaîda, en particulier est l'enfant de la CIA».(3)


  Sarah Difallah s'interroge pour sa part et écrit: «La CIA aurait-elle pu empêcher les attentats? Les Etats-Unis avaient-ils prévu d'attaquer l'Irak avant le 11 septembre? Si de nombreuses théories du complot se sont développées depuis les attaques du 11 septembre, c'est que de nombreuses zones d'ombre, nourries par les silences et les ambiguïtés du gouvernement américain au lendemain de l'attentat, demeurent. Le rapport de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis, publié le 22 juillet 2004 est considéré comme bâclé par beaucoup de familles de victimes. Dans son ouvrage «11 questions sur le 11 septembre» (Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 2011), Medhi Ba rappelle que le rapport de l'Agence fédérale des situations d'urgence (Fema) publié en mai 2002, indique «qu'en raison des informations disponibles et du temps imparti, la séquence des événements qui ont conduit à l'effondrement de chacune des tours ne peut être établi de manière définitive». Pourtant en 2008, l'Institut officiel de normalisation américain (Nist) rend publics les résultats de sa propre enquête qui conclut, elle, à un effondrement dû à la chaleur de l'incendie. Les structures métalliques ont tout simplement fondu » (4)

 

« Le refus des autorités américaines d'enquêter sur les explosions entendues par de multiples témoins n'a fait qu'alimenter les théoriciens du complot. Pendant une heure et demie, des avions détournés ont volé dans le ciel américain et tout près du Pentagone sans être inquiétés. Officiellement, la guerre en Irak a été déclenchée en réponse aux attaques sur le sol américain et parce que George W. Bush jugeait que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive qui menaçaient la sécurité des Etats-Unis. Dans une enquête documentaire, il est parvenu à démontrer que depuis 1998, sous la pression des néoconservateurs, les Etats-Unis souhaitaient prendre le contrôle de l'Irak. Il révèle également avoir obtenu les notes de l'assistant de Donald Rumsfeld, ancien ministre de la Défense de George W. Bush, «prises lors d'une réunion dans l'après-midi du 11 septembre». Retranscrivant les propos de son patron, il écrit «Judge whether good enough hit S.H at same time. Not only UBL» (Juger si c'est assez bon pour attaquer Saddam Hussein en même temps. Pas seulement Usama Ben Laden»».(4)

Les conséquences matérielles du 11 septembre

 

Du côté américain 5000 morts en Irak et 1500 en Afghanistan 500 milliards pour l'Afghanistan  et 1000 milliards de dollars  en Irak depuis le 7 octobre 2001 date des premières frappes. Sans beaucoup se tromper, on peut avancer que cette guerre faite aux taliban a fait et fait plusieurs milliers de morts principalement parmi les civils ,notamment «grâce» aux drones pilotés par des militaires du fin fond du Texas dans des salles climatisées et qui sèment la mort et la désolation au sein d'une population qui n'a pas vu la paix depuis plus de trente ans. En Irak, c'est aussi la tragédie, on parle de plus d'un million de morts et de milliers de déplacés, un effondrement de l'Etat à qui il faudra une génération pour se remettre le jour où les attentats journaliers qui font des centaines de morts par mois cesseront. Certes les Américains sont partis, il ne reste que 50.000 GI's qui gardent les puits de pétrole. Pendant ce temps, les Irakiens atomisés s'étripent.

 

 S'agissant de la cause palestinienne, pour Hussam Itani du journal Al Hayat, le 11 septembre 2001 a balayé l'Intifada. Israël a tiré profit de l'insensibilité exprimée par la rue palestinienne devant la tragédie du 11 septembre pour placer ses opérations contre les Palestiniens sous l'étiquette de la «lutte internationale contre le terrorisme». Sharon pouvait dire: «Nous avons notre Bin Laden» à propos de Arafat...

 

«Dix ans après, écrit Alain Gresh, rédacteur au Monde diplomatique, «la guerre contre le terrorisme», qui visait à éradiquer toute menace, y compris celle des Etats dénoncés comme «voyous», est un échec, et la rhétorique belliciste de Washington s'est atténuée. Les Etats-Unis devraient se retirer d'Irak d'ici à la fin de l'année, laissant derrière eux un pays détruit, avec un gouvernement divisé et corrompu, qui sera plus proche de Téhéran que de Washington. En Afghanistan, malgré les déclarations lénifiantes, la montée en puissance des taliban apparaît irrésistible, tandis que le Pakistan s'enfonce dans la crise. Quant à Al Qaîda, si son chef Oussama Ben Laden et nombre de ses hauts dirigeants ont été tués, elle a essaimé au Maghreb, au Yémen, au Nigeria, etc.»(5)

 

«Le prix de ces guerres, avant tout payé par les peuples qui en ont été les victimes, pèse aussi sur les Etats-Unis et plus largement sur l'Occident, de deux manières. Elles ont permis une remise en cause des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme, légalisé la torture, les enlèvements, les écoutes illégales, les assassinats ciblés, etc., pratiques qui se sont étendues malgré l'élection du président Barack Obama, comme le montre le maintien du bagne de Guantanamo ou l'utilisation sans restriction de drones.»(5)

 

L'Islam, le bouc émissaire du néolibéralisme qui prospère

 

La douleur  des familles américaines au même titre que les douleurs des afghans et irakiens qui ont perdu des membres de leur famille dans ces  conflits est réellement une tragédie. « Une vie ne vaut rien , mais rien ne vaut une vie »  disait André Malraux . Il n’empêche qu’il faut s’interroger sur le fait suivant : « A qui profite ces crimes ? ce désordre, cette haine attisée ? » Une réponse possible qui, malgré les idéologues comme Samuel Huntington qui appellent de leur vœux « un choc des civilisations », le vrai coupable c’est cette mondialisation-laminoir et ce néo-libéralisme qui instrumente tout ce qui peut servir sa cause, à savoir la domination du monde par une poignée de puissants qui pousse le monde à sa perte. Résultat des course, le bouc émissaire depuis la fin de l’Empire soviétique est l’Islam : «  ce pelé , ce galeux d’où viennent tous nos maux » dirait Jean de la Fontaine .  On attise les tensions interreligieuses et il n’est pas étonnant de ce fait, que des médias bien intentionnés poussent à  la roue et bercent dans le sens de l’intolérance l’imaginaire des Occidentaux et notamment des Américains .

 

 On dit qu'après le 11 septembre - partant de la certitude que le 11 septembre est imputé aux terroristes islamiques - les Américains s'interrogent sur la place de l'Islam dans la société américaine, notamment après la menace du pasteur extrémiste Terry Jones qui a finalement «suspendu» son projet de brûler 200 exemplaires du Coran, jour anniversaire des attentats contre le World Trade Center le 11 septembre 2010 . Il est vrai que nous avons eu auparavant les caricatures du Prophète (Qsssl), et ensuite le Discours de Ratisbonne du « panzer cardina l». On dit que 80% des conflits actuels mettent aux prises des musulmans. (Irak, Iran, Afghanistan, Soudans, Yémen.. Sahel...) Et si toutes ces guerres sont voulues? Si tout ceci est mis en place pour faire diversion? Pour que le néolibéralisme continue à laminer les faibles? Et si le terrorisme fait le lit du néolibéralisme ou l'inverse comme nous l'avons écrit?(6)

 

   Pour Alain Gresh «le terrorisme est devenu un concept attrape-tout permettant aux Etats de justifier leur politique de répression. Malgré les révoltes arabes et la marginalisation des groupes islamistes radicaux et violents, malgré l'affaiblissement d'Al Qaîda, les discours sur «la menace islamiste» ont profondément infiltré les sociétés et les mentalités en Occident et déstabilisé les minorités d'origine musulmane, entraînant un repli communautaire et la montée d'un climat islamophobe qui fait le lit d'une nouvelle droite radicale. D'autre part, ces guerres déclenchées par Washington ont coûté des sommes folles, entre 3000 et 5000 milliards de dollars pour les seuls Etats-Unis, selon le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz. Elles ont accéléré l'éclatement de la crise financière (favorisée aussi par les cadeaux aux banques) et réduit les marges de manœuvre de l'Etat. Dix ans après les attaques contre le World Trade Center, c'est le relatif déclin des Etats-Unis, désormais confrontés à la montée en puissance de la Chine, de l'Inde, du Brésil, de l'Afrique du Sud, etc., qui caractérise la situation mondiale. Le 11-septembre n'aura été, finalement, qu'une étape dans ce basculement du monde».(5)

 

C'est le même constat que fait Fukuyama: «Les attaques ont marqué le début de la fin de l'hégémonie des Etats-Unis sur le monde de l'après-guerre froide. (...) Les attaques du 11 septembre 2001 ont porté un coup d'arrêt dramatique à cette période. Elles ont ouvert une décennie catastrophique pour l'Amérique, sur tous les plans: diplomatique, militaire et économique. (...) Depuis dix ans, elle a perdu de sa superbe. Ses choix de politique étrangère et de politique économique se sont révélés erronés. Le modèle de croissance américain s'est avéré très fragile et les attaques terroristes ont servi de révélateur à la vulnérabilité du pays. (...) Une certaine islamophobie s'est développée au sein d'une partie de la droite américaine. C'est un sentiment latent chez certains Américains qui peut aisément être exploité par les politiciens car le thème demeure mobilisateur».(7)

 

En mars 2011, Peter T. King, parlementaire républicain de l'Etat de New York et président de la commission sur la Sécurité nationale de la Chambre des représentants, prévoyait  de tenir des auditions sur la radicalisation des musulmans américains. Quand on veut combattre son ennemi, il faut connaître son «potentiel». Une étude a été lancée. Combien de musulmans dans le monde? «Cette étude ne manquera pas d'alimenter la polémique aux Etats-Unis et en Europe», déplore le Washington Post. Et pour cause, «il s'agit peut-être de la première tentative de dresser un état des lieux de la population musulmane dans les différents pays du monde», souligne le quotidien américain. Les musulmans seront 2,2 milliards en 2030.

 

L'Amérique, écrit Greg Jaffe du Washington Post vit à l'ère de la guerre sans fin. L'extrémisme religieux, les nouvelles technologies et l'armement toujours plus puissant ont propulsé le monde dans «une période de conflit persistant,» à en croire le dernier rapport du Pentagone sur les questions de sécurité planétaire. «Personne ne devrait se bercer d'illusions et penser que le monde industrialisé peut remporter ce conflit dans un avenir proche» (9).  1,6 milliard en 2010 et représenteront 26,4% de la population mondiale contre 23,4% actuellement. Aux Etats-Unis, le nombre de musulmans, passera de 2,6 millions en 2010 à 6,2 millions en 2030.(8)

 

«Aujourd'hui, poursuit e professeur Francis Fukuyama, ce qui m'inquiète le plus aux États-Unis n'est pas le problème de la dette. C'est plutôt la radicalisation du Parti républicain, avec les «Tea Parties» et la présence très forte des évangéliques. Y a-t-il un rapport entre les attentats et le regain d'audience de ces évangéliques? C'est possible».  (7)

 

Sans faire dans la concurrence victimaire, et bien que rien ne remplace une vie, imaginons le nombre de 11 septembre subis du fait de la mort tragique de centaines de milliers d''Irakiens, de Palestiniens, d'Afghans, de Libyens? Le 11 septembre inaugure un siècle de guerre, de conflits larvés et les potentats arabes pétroliers se tiennent le ventre. L'empire a besoin des ressources des pays faibles et va les «démocratiser» en fonction justement du Nouvel ordre mondial d'essence néolibérale. Les peuples et les cultures voire les religions ne doivent pas s’anathématiser ; le vrai défi pour tous les citoyens du monde est comment faire face à ce tsunami  d’une  mondialisation  sans état d’âme dimensionnée à la taille des nantis et qui  broie les faibles du Nord comme du Sud  les identités  et les espérances.



1.http //www.courrierinternational.com/article/2010/09/16/le-11-septembre-et-la-culture-de-l-outrage

2.http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/118-temoins-d-explosions-parmi-les-100290?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+agoravox%2FgEOF+%28AgoraVox+-+le+journal+citoyen%29&utm_content=Yahoo%21+Mail

3.Ariane Walter: Les origines de l'attentat du 11 septembre 2001 Agoravox 10 09 2011

4.http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite /le-11-septembre/20110907.OBS9894/11-septembre-les-questions-en-suspens.html07-09-11

5. Alain Gresh http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-09-09-11-Septembre

 

6.C.E. Chitour: Le lit du terrorisme: le neolibéralisme prédateur L'Expression 10 09 2011

7.http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/09/09/francis-fukuyama-l-amerique-a-perdu-de-sa-superbe_1569547_ 3222.html#xtor=EPR-32280468-[NL_weekend]-20110910

 

8.Combien de musulmans dans le monde? Courier international 31.01.2011

9.http://www.courrierinternational.com/article/20 11/09/08/l-amerique-empetree-dans-une-guerre-perpétuelle

 

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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 00:43


«Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères! Qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible!»

 

Voltaire (Prière à Dieu)

 

    Dans un texte remarquable qui date de plus de trois siècles mais n'a pas pris un pli, Voltaire appelait à la tolérance entre les hommes. Il écrivait: «Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire; (...) que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie: car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni envie, ni de quoi s'enorgueillir».(1)

 

Les fondements de cette «machine du diable»: la mondialisation néolibérale

 

  Comment peut-on expliquer l'anomie du monde actuel sur tous les plans: débâcle monétaire, guerre de tous contre tous, appauvrissement du monde, richesse insultante d'une oligarchie financière- on dit par exemple qu'en France, les «élus du Cac40» ont partagé 45 milliards d'euros en 2010, une année de disette profonde pour tous les autres. Il nous faudra ensuite parler de la débâcle écologique. En ces temps de «délitement des valeurs» que l'on pensait immuables, beaucoup de certitudes ont été ébranlées par le néolibéralisme. Le capital symbolique qui a été sédimenté pendant des lustres, s'effondre par pans entiers sous les coups de boutoir du marché du libéralisme, fruit d'une mondialisation sans éthique. Les identités se perdent sous la pression d'un Occident néolibéral qui série, catalogue et dicte la norme et ceci au profit d'une «macdonalisation» de la culture. En son temps, Tocqueville dans un texte d'une clarté et d'une lucidité extraordinaires voire prophétiques écrivait: «Je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.»(2)

 

    Tocqueville ajoute que «les vices des gouvernants et l'imbécillité des gouvernés dominent. Je pense, écrit-il, que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde». C'est un portrait impitoyable de la réalité contemporaine, composé il y a plus de 150 ans.... On le sait, le néolibéralisme a tout fait pour minimiser les cris d'alarme du GIEC sur l'imminence des changements climatiques Un proverbe de l'Inde nous explique comment l'homme démolit méthodiquement la nature. «Quand l'homme aura pêché le dernier poisson, tué le dernier animal, coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d'eau, peut-être se rendra t-il compte que l'argent n'est pas comestible.» Ce que les scientifiques désignent par le «overshoot day», «le jour du dépassement» qui nous alarme sur le fait que ce jour recule chaque année. Nous vivons actuellement comme si nous avions 1, 4 planète. Il est normal dans ces conditions que l'addiction aux hydrocarbures, à l'utilisation anarchique de produits chimiques dangereux, se traduit par les changements climatiques de plus en plus récurrents, imprévisibles et dévastateurs surtout pour l'humanité du Sud(3)

 

«Le monde économique, s'interroge Pierre Bourdieu, ancien professeur au Collège de France, est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu'il inflige, soit de manière automatique, soit - plus exceptionnellement - par l'intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l'Ocde. Le mouvement, rendu possible par la politique de déréglementation financière, vise à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur: nation, groupes de travail, avec, par exemple, l'individualisation des salaires et des carrières (...) Ainsi s'instaurent le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée ou les intérims et les ´´plans sociaux´´ à répétition». Pour Pierre Bourdieu, le libéralisme est à voir comme un programme de «destruction des structures collectives» et de promotion d'un nouvel ordre fondé sur le culte de «l'individu seul mais libre».(4)

 

  Le philosophe Dany-Robert Dufour tente de montrer que, bien loin d'être sortis de la religion, nous sommes tombés sous l'emprise d'une nouvelle religion conquérante, le Marché ou le money-théïsme. Il tente de rendre explicites les dix commandements implicites de cette nouvelle religion, beaucoup moins interdictrice qu'incitatrice - ce qui produit de puissants effets de désymbolisation, comme l'atteste le troisième commandement: «Ne pensez pas, dépensez!». Nous vivons dans un univers qui a fait de l'égoïsme, de l'intérêt personnel, du self-love, son principe premier. «Destructeur de l'être-ensemble et de l'être-soi, écrit Dany Robert Dufour, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse. (...) Dépressions, troubles de l'identité, suicides et perversions se multiplient. Au point que le marché ne veut plus de l'être humain tel qu'il est.»(5)


  Jean-Claude Paye abonde dans le même sens quand il écrit: «(...) Nous ne sommes plus dans une société de surveillance. Il ne s'agit plus de contrôler et de modeler les corps, afin de les rendre aptes à la machine économique, mais de s'attaquer à leur être même en fixant les modalités de jouissance des individus». Jean-Claude Paye va plus loin, il pense que l'homme ne s'appartient plus, il est la propriété de l'entreprise: «(...) La dissociation de la propriété de soi se révèle être un paradigme de la postmodernité. Non seulement elle résulte de l'action de l'État qui affirme sa nue propriété sur nos existences, mais peut aussi prendre la forme du contrat, comme, par exemple, celui imposé à ses employés par la firme chinoise Foxconn qui interdit à ses employés de se suicider tout en leur recommandant de «chérir leur vie». (...) «Comme nue propriété, l'image humaine est le patrimoine des autorités instituées. Le malade n'a plus que l'usus, l'usufruit de son corps et à condition qu'il soit la transparence de la propriété exercée par le pouvoir. La possibilité de réduire ce dernier à une chair sans parole permet ce démembrement. Lorsqu'il vend sa force de travail, le salarié, le propriétaire de la marchandise force de travail, en cède la valeur d'usage à l'employeur, à charge de celui-ci d'en assurer l'exploitation durant la journée de travail ». (6)

 

   Cette mondialisation qui broie  tout sur son passage, les identités et les cultures et les traditions qui ont mis des siècles à sédimenter. Pierre Bourdieu parle  du néolibéralisme comme d'un système qui a pour but premier aussi de défaire les structures collectives. L'individu -sujet se retrouve seul n'ayant plus de structure organisée pour le défendre tels que les syndicats. Il devient alors soit une victime consentante du système soit il se rebelle, il est alors en guerre avec sa sstructure ' ( entreprise ou l'Etat) d'où les taux de suicide importants comme àFrance Télecom Jean Claude Pye dit que l'individu ne s'appartient plus, il appartient à la structure qui l'emploie et le formate comme elle veut. En Chine l'entreprise interdit à ses salariés de se suicider non pas au nom d'impératifs moraux mais comme une perte de la force de travail que l'entreprise a "acheté" en recrutant la personne. Cela va même plus loin, Jean ClaudePaye nous dit que même le temps après le travail appartient indirectement à l'entreprise en ce sens que l'employé est toujours sous influence de son entreprise même en dehors du travail

 

 « Le salarié vend ainsi au patron la jouissance de sa force de travail et en garde formellement la nue propriété. (...)Les travailleurs ne sont plus en mesure de s'opposer à la détérioration de leur force de travail, si bien que leur nue propriété est, dans les faits, remise en cause. La possibilité pour le patronat de menacer l'intégrité du travailleur résulte de l'intensification de la dépense nerveuse et surtout de la création d'un travail invisible qui dépasse le cadre de la journée de travail. Le travail visible se double d'un travail invisible, celui qui est nécessaire pour intérioriser les nouvelles contraintes imposées par l'entreprise.(...) Le développement considérable du travail invisible est tel qu'il tend à accaparer l'ensemble de la vie du travailleur. (...)La domination s'appelle partenariat et l'exploitation se nomme gestion des ressources humaines. (...) La propriété, qui était barrage à la jouissance d'autrui, devient jouissance de l'autre, de celle, sans limite, de l'État ou de l'entreprise».(6)

 

D'où viendrait le salut?

 

  Pouvons-nous laisser les valeurs de la condition humaine si difficilement élaborée au cours des siècles précédents, se volatiliser en une ou deux générations? Edgard Morin avec sa lucidité coutumière écrit: «Il ne s'agit pas de concevoir un «modèle de société», voire de chercher quelque oxygène dans l'idée d'utopie. Il nous faut élaborer une Voie, qui ne pourra se former que de la confluence de multiples voies réformatrices, et qui amènerait la décomposition de la course folle et suicidaire qui nous conduit aux abîmes. (...) La résistance à tout ce qui dégrade l'homme par l'homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l'aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n'a cessé de naître et renaître au cours de l'histoire humaine, renaîtra encore.»(7)

 

  Dans le même sillage de l'Appel à l'humanité, Badi Baltazar écrit: «Ceci est un appel à l'humanité des femmes et des hommes du XXIe siècle.(...) Un appel à celles et ceux qui comme moi transpirent cette même impression désagréable que tout se meurt, que l'Etat de droit n'est pas, que l'Humanité fonce tête baissée sur une autoroute sans sortie, que notre mauvaise foi et nos mensonges sont infinis et que s'installe cette insidieuse résignation à consommer du monde qui va mal. Les mots qui vont défiler sous vos yeux ont pour cible votre conscience, que vous soyez proie ou prédateur, indigné ou dignitaire. (...) Que nous soyons Européens, Africains, Asiatiques ou Américains. (...) il est grand temps de réunir nos forces, de puiser en nous le courage d'exorciser nos peurs, de se sentir humain parmi les humains et de se projeter dans un avenir commun. (...) Un monde dans lequel les citoyens pourraient réellement prendre part aux décisions politiques, libres de s'exprimer, libres d'aller et venir où bon leur semble. Un monde dans lequel l'homme et la nature seraient enfin au coeur des préoccupations, où les désirs seraient subordonnés aux besoins. L'espoir, aujourd'hui, relève du bon sens, participe du beau et surtout, il est plus que jamais vital. (...) Nous ne pourrons changer le monde extérieur que si nous changeons notre monde intérieur. En un mot, se réaliser pour réaliser. (..) Naturellement, cette prise de conscience individuelle induit une responsabilité morale.».(8)

 

   Le dalaï-lama apporte à son tour sa lueur d'humanité: «Le but de toutes les principales traditions religieuses: écrit le dalaï-lama, n'est pas de construire de grands temples à l'extérieur, mais de créer des temples de bonté et de compassion à l'intérieur, dans nos coeurs. Toutes les grandes religions ont cette faculté. Plus nous aurons conscience de la valeur et de l'efficacité des autres traditions religieuses, plus profonds seront le respect et la vénération que nous leur porterons. Voilà le bon chemin à suivre si nous voulons promouvoir une compassion véritable et un esprit d'harmonie entre les religions. J'appelle à une révolution spirituelle. La révolution spirituelle que je préconise n'est pas une révolution religieuse. Il s'agit plutôt d'une réorientation radicale de nos préoccupations égoïstes habituelles au sein de notre communauté, d'une conduite prenant en compte les intérêts d'autrui autant que les nôtres. (...) Cela ne signifie pas qu'il suffirait de cultiver nos valeurs spirituelles pour qu'ils disparaissent automatiquement. Au contraire, chacun d'eux appelle une réponse spécifique. Mais quand la dimension spirituelle est négligée, il est inutile d'espérer une solution durable. Transformer son esprit, telle est selon moi la spiritualité. (..) La révolution spirituelle doit naître de l'intérieur, du désir profond de se transformer pour devenir un meilleur être humain. C'est à cela que nous devons travailler, c'est de cette façon qu'une révolution spirituelle pourra advenir. (...) Il y a un passage magnifique dans la Bible qui nous engage à transformer les épées en socs de charrue.(...) C'est la compassion qui est le fondement de la paix. Et la paix ne signifie pas simplement l'absence de violence ou de guerre. La paix est bien plus que cela. La paix, la vraie paix, est, je crois, le fruit de la compassion.»(9)

 

  Justement à propos du «changement de l'intérieur», on peut citer le verset du Coran: «Dieu ne transforme une société qu'autant [que ses membres] se transforment eux-mêmes.»» (Sourate n°13 Le Tonnerre- -Verset 11), Dans ses écrits, l'Emir Abdelkader prend nettement ses distances avec la nouvelle vision «séculariste» du monde selon laquelle les affaires humaines relèvent du domaine exclusif de la raison. Dans une vision prophétique, l'Emir écrivait dans El Maoukef: «Plutôt que d'interroger, nous nous interrogeons sur l'avenir de l'homme en général et sur celui de l'Occident en particulier puisque c'est lui qui dominera le monde matériel. Cet Occident est malade de son intelligence. Il a beau être savant il n'arrive pas à saisir une vérité essentielle tant il est vrai qu'il est assoiffé de pouvoir et de conquête aveugle par l'illusion de sa puissance prônant l'argent pour Dieu. Il oublie pourtant de privilégier l'essentiel, à savoir l'esprit. S'il parvient à guérir son intelligence, s'il admet que ce monde est le plus parfait de tous les mondes, alors, il parviendra à la perfection absolue. Son bonheur sera alors à la mesure de sa science, c'est-à-dire une science qui illumine tous les états de l'être. Dans le cas contraire, son malheur sera à la mesure de son ignorance. Et c'est son esprit sourd et aveugle qui l'aura fait atteindre ce but.»(10)

 

   Le monde va mal que la matière domine l'esprit et que nous ne devons pas nous anathématiser comme l'écrit Voltaire dans sa "Prière à Dieu" que j'ai cité  en préambule. Le monde se « marchandise » de plus en plus. Le néolibéralisme s'attaque à  tout ceux qui lui résiste. Il veut fabriquer "l'homme nouveau", l'automate qui ne résiste qu'aux pulsions matérielles de consommation multiforme ( nourriture, multimédias changeants de plus ne plus vite pour créer de nouveaux besoins; un portable qui peut valablement durer cinq ans est changé au bout de deux ans ou moins, créant un gaspillage éffrénée en temer de’énergie et d’aggravation des changements climatiques) Le néolibéralisme ne s'adresse qu'au consommateur pas à celui qui fait travailler ses neurones ( Ne pensez pas,  dépensez ! tel est le slogan de cette Doxa de la mondialisation- laminoir)

 

C'est toute la mondialisation sans éthique, «le moneytheisme»: la religion de l'argent, ainsi pointée du doigt. Il faut réhabiliter l'homme et l'inviter à se transformer de l'intérieur. L'Emir Abdelkader qui le premier avait pointé du doigts le dilemme de l'Occident au fait de sa puissance matérielle mais qui a écrasé l'humanité de l'homme en ne s'occupant que de son « extérieur » mais pas de son intérieur. L'homme saura-t-il comme l'invitent ces sages, à surmonter sa dimension matérialiste pour aller vers l'absolu? Se trouve ainsi posée la problématique de l'éthique en matière de progrès, qui est au centre des débats en ce début de XXIe siècle.


1.Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII

 

2.Alexis de Tocqueville: De la Démocratie en Amérique. Livre I, vol II (4ePartie,Chap. VI).

 

3.Chems Eddine Chitour. Le Néolibéralisme: destruction du collectif et atomisation de l'humain http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19532

 

4.Pierre Bourdieu: L'essence du néolibéralisme. Le Monde diplomatique Mars 1998

 

5.Dany-Robert Dufour: Les désarrois de l'individu-sujet. Le Monde diplomatique 02 2001

 

6.Jean-Claude Paye: La fin de la propriété de soi http://www.mondialisation.ca/index.php? context=va&aid=26413 Le 6 septembre 2011

 

7.Edgard Morin: Ce que serait «ma» gauche. Le Monde. 22.05.10

 

8.Badi Baltazar http://www.legrandsoir.info/ appel-a-l-humanite. html12 septembre 2011

 

9.Sa Sainteté le dalaï-lama http://chemincharme.over-blog.com/article-des-temples-de-bonte-dans-nos-coeurs-73903830.html 15 mai 2011

 

10.L'Emir Abdelkader «El Maoukef», «Les Haltes».

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Par vérité et tolérance - Publié dans : anomie du Monde
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Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 00:40


 

 

Depuis quelque temps des rumeurs d'une « normalisation » de l'Algérie se font jour. En effet, il n'est que d'écouter les chaînes étrangères, à la fois ce qui est dit en clair et ce qui est sous-entendu. En clair, le vent de chaos constructeur pour reprendre l'expression de  Condoleezza Rice, doit aussi toucher l'Algérie.

 

   Dans la doxa occidentale, les révoltes des peuples arabes sont un phénomène endogène au nom de valeurs suprêmes dont seul l'Occident a lesecret. On répète à satiété que l'Islam n'est pour rien et qu'il n'est pas revendiqué dans les slogans. Bref, les pays occidentaux se sentent un devoir d'émanciper les jeunesses arabes contre les tyrans qui les gouvernent en leur offrant la liberté, la démocratie. Malheureusement, il est avéré que les espérances des jeunes étaient pour ainsi dire téléguidées et répondaient à un agenda concocté dans les officines occidentales. Résultat des courses, le chaos destructeur s'est installé dans ces pays. Le dernier exemple est l'irakisation de la Libye décidée il y a près d'un an et mise en oeuvre entre autres par BHL, le trublion philosophe, tout-terrain qui, dit-on, aurait aussi des velléités de démocratiser l'Algérie. Nous sommes tous malheureusement des petits pays qui ne sommes pas maîtres de nos destins.

 

Nidal Hamadé, journaliste correspondant en Europe d'Al-Intiqad, quotidien libanais, évoque les rôles respectifs des deux principaux alliés et acteurs des États-Unis dans les événements au Proche-Orient, à savoir la France et le Qatar. Selon des sources françaises citées par Nidal Hamadé, à l'occasion de la visite en France de Moustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition libyen (CNT), Nicolas Sarkozy a affirmé à son hôte qui se plaignait de l'Algérie: «Patientez, et vous verrez ce qui va se passer en Algérie dans un an, et en Iran dans trois!» Ces propos démontrent que ce qui se passe au Proche-Orient actuellement, surtout après la révolte de la jeunesse égyptienne et la chute du régime de Moubarak, est soumis à un agenda étranger dans lequel les puissances occidentales colonisatrices veulent redessiner le Proche-Orient. En effet, d'après Nidal Hamadé, le timing des menaces françaises contre l'Iran et celui de la campagne virulente du Qatar contre la Syrie ne sont pas innocents.URL: www.partiantisioniste.com/articles/890.

 

Rapine

Quand l'émir du Qatar appelé «l'ehmir du Qatar double baril ambulant» se permet de donner la leçon aux autres dirigeants arabes, quand la chaîne El Jazeera est devenue une chaîne de propagande sioniste, quand il se permet d'exiger des visas à l'Algérie, il y a quelque chose de détraqué dans le mouvement du monde. Au moment où dans le monde on créé des ensembles pour résister à cette mondialisation-laminoir, les pays arabes sont englués dans des combats d'arrière-garde. Ils attendent leur tour pour être ´´normalisés´´ à l'instar de l'Irak, du Soudan, de la Libye. Ce qui se passe en Libye participe d'un Nouvel ordre mondial où la frontière ne sera plus entre Etats mais entre les forts et les faibles à l'intérieur des pays. Voulons-nous de cet Ordre injuste qui enrichit les riches, appauvrit les pauvres, divise pour régner et lance des slogans comme la démocratie, les droits de l'homme alors qu'ils sont bafoués dans ces mêmes pays? La Libye n'est qu'un domino parmi tant d'autres et cette contribution est une mise en garde pour une réelle prise de conscience du combat que nous devons mener quelles que soient nos latitudes contre l'intolérance, le fait accompli, et pour la dignité humaine...

 

Il y a un sérieux problème pour le vivre-ensemble planétaire. L'addiction au pétrole est génératrice de toutes les dérives et le peak oil est une réalité d'après l'AIE, il serait passé en 2006. Les Etats-Unis ont connu leur peak oil en 1973, ce qui explique dans une grande mesure la politique impériale des Etats-Unis (suivez les routes du pétrole, vous y verrez les bases «américaines...). Est-il admissible, à notre époque, que les gisements pétroliers ou d'uranium, par exemple, soient appropriés par les seuls possesseurs de la surface du sol sur lequel s'exerce une souveraineté, que seuls les mouvements contingents de l'histoire ont déterminée?» En clair, la démocratie aéroportée de Bush en Irak et en Afghanistan est probablement celle de l'Occident en Libye au nom des droits de protection des faibles. Traduction: s'emparer par la force de ressources pétrolières, rapine rendue nécessaire par l'ébriété énergétique dans les pays occidentaux industrialisés.

 

    Le citoyen lambda est préparé à de futures guerres pour les matières premières d'une façon générale. Un proverbe soviétique bien connu s'applique au discours actuel: «Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable». Est-ce là un discours de générosité? Non, c'est la guerre que font les forts qui ont bâti leur prospérité sur les Suds épuisés. Il ne faut pas se faire d'illusion, après avoir ratissé les pays du Sud, ce sera ensuite la guerre entre les loups. Et comme le disait François Mitterand au crépuscule de sa vie,: «Nous sommes en guerre contre les Etats-Unis, une guerre sans morts».. L'Occident ne se laissera pas faire. Il est toujours imbu du mythe des races supérieures. Lisons Renan, Arthur de Gobineau, Jules Ferry, Rudyard Kipling, Chamberlain, Cécil Rhodes... Il y a un fond rocheux de l'inconscient collectif qui fait que le bougnoule restera toujours le bougnoule, le raton restera le raton, Ce courant de pensée insidieux est en train de formater inexorablement l'imaginaire occidental. Non, le XXIe siècle ne sera pas celui du bien commun, mais celui du bien pour les plus forts.


Que faut-il faire en Algérie? 

 

Notre jeunesse ballottée entre les deux univers, est justement attirée par cette mante religieuse qu'est l'Occident qui lui demande d'abdiquer son essence et d'être l'esclave du marché dans la nouvelle division du monde qui est toujours structuré par la certitude que l'Occident, c'est le club des races supérieures. Nous sommes en faute, nous n'avons pas su guider notre peuple; nous avons une faillite morale pour n'avoir pas su dire «non!», «basta!» aux multiples dérives d'un système qui fait dans la «aççabya» un mode de gouvernance qui perpétue et fait de la Révolution un fonds de commerce qui lui permet de se fidéliser les organisations de masse en tout genre. Quelle est l'espérance pour celui qui s'immole ou brave la mer? Un travail, une vie décente? Un avenir ou la liberté? Beckett disait qu'«un bulletin de vote ne se mange pas». De l'autre côté, l'instrumentalisation de la religion a fait dire à Boumediene dans son discours à Lahore: «Les musulmans ne veulent pas aller au paradis le ventre creux». Qu'en est-il du sentiment de l'Algérie profonde de ces jeunes qui galèrent, qui veulent vivre et contribuer au ciment de la société. Nous n'avons des jeunes que la dimension «destruction», essayons de voir en eux des bâtisseurs.

 

   Une grande partie de l'errance des jeunes est due à la main basse sur les symboles de la Révolution de Novembre par une caste qui en a fait un fonds de commerce et de ce fait, en parler, déclenche l'urticaire chez certains et l'indifférence chez les jeunes à qui nous n'avons pas su inculquer ces valeurs. Qu'on le veuille ou non, une nation ne peut pas vivre sans symboles, sans évènements fondateurs, ailleurs des mythes sont érigés en dogmes fondateurs... La population de 1988 n'est pas celle de 2011 qui, à bien des égards, est toujours aussi fragmentée et en errance. J'en veux à la culture qui a réussi à abrutir la jeunesse en lui proposant une sous-culture de l'abrutissement où il est invité à «se divertir», alors qu'il faut lui proposer de l'éducation, du travail, bref, de la sueur au lieu de soporifiques coûteux et sans lendemain.

 

   On croit à tort que le football et la Star Ac, voire les émissions de danse et chants de stars payés avec l'argent du contribuable, pouvaient amener une sérénité permanente. Cruelle erreur: c'est une drogue dure car l'addiction se paie en émeutes de mal-vie. Qu'avons-nous fait pour les 75% de la population (la jeunesse) née après 1962?  Cette jeunesse  ne connaît pas son histoire, sa culture! Au contraire elle est ballotée entre une «'accabya» arabe moyen-orientale mythique, qui, qu'on se le dise une bonne pour toutes, nous exècre, ne veut pas de nous et fera tout pour nous démolir, il n'est que de voir la haine des roitelets roulant sur une rente imméritée et faisant les matamores par canons occidentaux interposés. Elle ne résiste pas aux sirènes occidentales qui lui proposent des soporifiques sans lendemain et lui donnent l'illusion de la liberté..

 

C’est un fait L'Algérie peine à se redéployer, elle a connu toutes les horreurs et sa dernière révolution, elle l'a faite en 1988, elle a connu une décennie rouge avec à la clé 200.000 morts, de ce fait elle a déjà ´´donné´´. Ceux qui attendent un autre chaos attendront longtemps, le peuple a pris conscience que si ceux qui le gouvernent ne sont malheureusement pas à la hauteur, ceux qui appellent à un printemps n'ont aucune empahie pour le peuple algérien. Cependant, doit-on continuer à nous installer dans les temps morts? A l'évidence non! la rente n'est pas éternelle et la contagion du virus du chaos réorganisateur a certainement des niches dans le pays qui le feront prospérer et à Dieu ne garde, BHL et ses amis seront amenés à «s'occuper de nous». Ce qui se passe dans les pays arabes, nous l'avons vécu et vous êtes frustrés de ne pas voir l'Algérie à feu et à sang.

 

La IIe République

 

L'Algérie doit changer c'est une certitude, elle le fera d'une façon non violente car elle a payé le prix du sang. Beaucoup d'actions sont à mettre à l'actif du pays et beaucoup de pays arabes nous envient. Il existe 100 journaux privés dont la moitié étant des quotidiens. L'état d'urgence qui était une nécessité a été levé. Nous irons vers plus de liberté, de tolérance, de démocratie en offrant en parallèle un travail, un toit et une éducation, un accès aux soins qui sont les vrais attributs de la dignité humaine.

 

Seul le parler-vrai, la parole désarmée et l'honnêteté pourront permettre une sortie de crise. Je crois profondément que le personnel politique actuel ne fait pas preuve d'imagination car fonctionnant sur des schémas du passé. Les partis politiques ont, à des degrés divers, cautionné le système depuis vingt ans et la demande d'alternance incantée par certains devrait en toute logique s'appliquer aussi à eux. Quant à l'Assemblée nationale, elle est en bout de course.
Dans ces conditions ne peut-on pas faire l'économie d'une révolte qui sera, à n'en point douter, catalysée de l'extérieur, en prenant les devants d'une façon déterminée?

 

 L'Algérie de demain a besoin de réponses durables et non pas de réponses conjoncturelles à l'emporte-pièce, sans vision d'ensemble et qui donnent l'impression de s'être installés confortablement dans les temps morts. L'Etat joue au pompier tentant de calmer en vain les classes dangereuses à telle enseigne que brûler des pneus peut vous valoir de disposer d'un appartement sans aucune contrepartie en termes de force de travail. Cette fuite en avant de la réponse unique aux conditions sociales (logement, nourriture,) et dans une moindre mesure un simulacre de santé et d'éducation où on s'occupe plus du contenant que du contenu (il n'est que de voir les communiqués laudateurs, sur le nombre de salles de classe, de lycées voire d'amphithéâtres et d'universités construits) sans un mot sur la qualité de l'acte pédagogique qui s'est dangereusement détérioré, ni même sur la qualité des soins. Il faut plus que jamais revoir tout ce que nous faisons.

 

  Pour commencer, l'Etat doit arrêter de vivre sur un train de richesses qui ne correspond pas à une création de richesses. Il nous faut réhabiliter notre savoir-faire en comptant sur nous-mêmes et non sur les Chinois, les Français, Turcs et autres Coréens pour qui l'Algérie est un bazar où l'on peut refiler n'importe quoi pour l'équivalent de 30 milliards de dollars de gadgets sans lendemain... Au-delà des grandes envolées lyriques sur la liberté, il faut être en mesure de permettre à chacun de donner la pleine mesure de son talent, d'être utile, de gagner dignement son pain non pas par des perfusions faisant des citoyens des assistés à vie ou des oubliés à vie.

 

  Tout travail mérite salaire. Ne créant pas de richesse, on s'en remet à la rente qui ne sera plus là pour couvrir les atermoiements et les errances d'une gouvernance au jour le jour, qui ne prépare pas l'avenir. On l'aura compris, ce n'est pas en consommant les ressources du pays d'une façon frénétique- donnant l'illusion factice que nous sommes un pays émergent- que nous irons vers l'avènement de l'intelligence, de l'autonomie.

 

Il est nécessaire de se remettre fondamentalement en cause en prônant l'alternance dans le calme et la sérénité. Le moment est venu d'aller vers plus de démocratie mais aussi plus de responsabilité pour le citoyen,vers plus de justice en consacrant réellement l'indépendance de la justice. L'ouverture du champ audiovisuel ne doit pas se faire d'une façon anarchique. Il y a d'abord et avant tout un contrat moral de ceux qui se bousculent au portillon: comment donner une dimension à notre pays à la fois sur le plan culturel, scientifique et éthique. Le critère qui devrait de mon point de vue régir les autorisations est avant tout éthique. Là aussi il devrait y avoir un dénominateur commun et des fils invisibles qui protègent le pays et ne le livrent pas à toutes les cinquièmes colonnes qui ne tarderont à pas à faire surface.


Nos dirigeants doivent écouter en toute humilité, sans condescendance, avant qu'il ne soit trop tard. La gestion par la paresse intellectuelle est encore possible tant que nous pompons d'une façon frénétique une ressource qui appartient aux générations futures. Demain se prépare ici et maintenant. A quand, en définitive, un gouvernement fasciné par l'avenir, qui mise sur l'intelligence pour être une alternative à ces jeunes en panne d'espérance? Il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l'on avait à l'Indépendance en mobilisant, quand il y a un cap. Imaginons, pour rêver, que l'alternance est une réalité, qu'une assemblée constituante prépare de vrais élections présidentielles le moment venu. Il est pratiquement sûr qu'il n'y aura pas d'aspérités qui permettront à «ceux qui nous veulent bien de s'accrocher» La IIe République que j'appelle de mes voeux aura un cap multidimensionnel. A titre d'exemple, le pays pourra mettre en oeuvre les grands travaux autrement que de les confier aux Chinois et Japonais, sans sédimentation ni transfert de savoir-faire, il mobilisera dans le cadre du Service national, véritable matrice du nationalisme et de l'identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de s'attaquer aux changements climatiques, d'être les chevilles ouvrières à des degrés divers d'une stratégie énergétique qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s'engage à marche forcée dans les énergies renouvelables.

 

 Le bonheur transparaîtra en chacun de nous par la satisfaction d'avoir été utile, et en contribuant par un travail bien fait, par l'intelligence et la sueur, à l'avènement de l'Algérie de nos rêves. Il ne tient qu'à notre volonté de faire de nos rêves une réalité. Si de vraies réformes rendues nécessaires par la marche du monde ne sont pas faites, elles seront imposées à l'Algérie, après naturellement un nouveau chaos pire que celui que nous avons connu, celui de la partition, qui, ne l'oublions pas, est in fine, ce qui est promis à l'Algérie. Il est hors de doute que les rodomontades ne sont plus de mise. Le monde a profondément changé, nous en sommes encore à pratiquer la politique de Bandoung du non-alignement. Le capital symbolique de la glorieuse Révolution de Novembre a vécu. Nous n'avons pas su -tous autant que nous sommes- inculquer les fondamentaux de la fierté, du sacrifice, de l'endurance, de la sueur et des larmes à notre jeunesse pour faire du travail une vertu cardinale.

 

Par vérité et tolérance
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