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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 20:09

«Un tout petit caillou peut briser une grande jarre.»

Proverbe chinois

Les attentats de Paris ont une fois de plus révulsé la conscience humaine. Justement, par humanité, il nous faut parler de la détresse de tous ceux et celles qui ont été traumatisés par ces attentats et qui ont perdu un proche. Il n'y a pas à mon sens de hiérarchie dans la douleur ou de singularité d'un pays par rapport à un autre; L'Algérie, qui pendant dix ans, s'égosillait à perdre haleine pour dire que c'est une idéologie mortifère, était bien seule. 200.000 morts plus tard, il se trouve encore des gens qui parlaient de «Qui-tu-qui?» comme l'a d'ailleurs rappelé dans une caricature décapante Dilem, interprétant à sa façon les massacres qui ont eu lieu. Massacres qui ne sont pas, on l'aura compris, une singularité. La veille des attentats de Paris jeudi 12 novembre, 43 vies étaient fauchées à Beyrouth. Plus avant, le 1er novembre, 224 personnes perdaient la vie au Sinaï. Avant-hier encore, à Bamako 22 personnes étaient tuées.

«Et nous?» Ces deux mots résument la réaction de nombreux habitants du Monde arabe face à l'émotion planétaire suscitée par les tueries de Paris. Les Libanais ont raison de souligner cela et c'est aussi cette différence très choquante de traitement qui fait le lit du terrorisme. Toute personne devrait être considérée, quelle que soit sa nationalité. Le monde est beaucoup trop inégalitaire; et ces inégalités constituent une forme de violence économique, sociale, politique, qui ne peut qu'engendrer elle-même la violence.» (1)


La politique étrangère ambiguë de la France

C'est un fait, la politique étrangère de la France a perdu sa ligne directrice. Il fut une époque où le général de Gaulle, nationaliste de la première heure, avait toujours refusé de se mettre à la fois sous la coupe américaine de l'Otan, mais aussi de celle de la finance. La politique de la France aurait-il dit, ne se décide pas à la corbeille. Cette politique fut graduellement détricotée par Giscard d'Estaing et Mitterrand qui, sans état d'âme, s'aligna sur la position belliciste de George Bush I. Jérôme Henriques dénonçant la manipulation de ces évènements tragiques nous en parle:

«Presque un an après les attentats de Charlie hebdo, c'est reparti pour un tour d'hystérie collective. Entre les tartufferies médiatico-politiques (´´on a atteint des sommets dans l'horreur´´, ´´une porte s'est ouverte sur l'enfer´´...) et l'idiotie collective (´´ça y est c'est la guerre´´, ´´même pas peur´´, ´´la France a été touchée parce que c'est le pays des droits de l'homme´´...), beaucoup devraient redescendre sur terre et essayer de s'imposer un minimum de réflexion et d'honnêteté (...) Alors que la politique d'ingérence occidentale s'est révélée mortifère en Afghanistan, en Irak ou encore en Libye (repli ethnique ou confessionnel, affrontements civils, règne des bandes armées, nouveaux foyers de terrorisme), la France est depuis 2011 le pays le plus va-t-en-guerre contre le régime syrien. Bachar el Assad est certes un dictateur, mais depuis quand les dictateurs dérangent nos gouvernants? (...) Depuis peu, la France a fait de Daesh son pire ennemi; pourtant, il n'y a pas si longtemps, notre ministre des Affaires étrangères se félicitait des progrès en Syrie d'un autre grand mouvement djihadiste: ´´Al Nosra (filiale d'Al Qaîda, ndlr) fait du bon boulot´´. N'est-ce pas le signe d'une politique étrangère absurde? C'est ce que les récents attentats djihadistes (qui ont visé tour à tour la Russie, le Hezbollah libanais et la France) semblent indiquer... (...) Que s'est-il passé en Libye? En voulant armer les rebelles, on a surtout armé les djihadistes et donc participé à l'essor du terrorisme international. Et qu'a-t-on fait en Syrie? La même chose. (...) En partant en guerre contre Daesh, la France a donc joué les pompiers pyromanes.» (2)


La culpabilisation ad vitam aeternam des Français musulmans

Dans cette atmosphère de guerre que deviennent les Français de confession musulmane fidèles ou pas et plus largement les Français d'origine maghrébine? L'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman évoque 24 actes d'islamophobie enregistrés depuis le 13. La tentation du «C'est pas moi, c'est pas nous» est une injonction verbale. Le Français musulman doit chaque fois se justifier et faire acte de contrition. Le sociologue Pierre Tevanian nous parle de ces «haut-parleurs» qui intiment l'ordre aux Musulmans de combattre les terroristes. Il écrit en citant Abdennour Bidar, un des haut-parleurs: «En ouverture d'une tribune publiée ce vendredi 20 novembre 2015 dans Le Figaro et «plusieurs quotidiens de toute l'Europe», vous nous mettez en garde à juste titre contre «le piège que tend l'Etat Islamique» (...). Une fois posée cette salutaire pétition de principe, on aurait attendu des arguments, (...). » (3)

« C'est pourtant tout autre chose qui se produit. Non seulement cette pensée manque, mais la suite de votre tribune s'empresse de désigner un coupable unique - geste peu philosophique me semble-t-il, mais pourquoi pas. Ce qui est grave, c'est plutôt que ledit coupable se trouve être la masse de... «nos concitoyens musulmans»! Je vous cite: «Au bord de ce péril, les réactions des musulmans eux-mêmes qui expriment leur dénonciation de Daesh sont nécessaires et salutaires, indispensables pour faire diminuer la suspicion à l'égard de l'islam. Mais c'est insuffisant. (...) les musulmans du monde entier doivent passer du réflexe de l'autodéfense à la responsabilité de l'autocritique. Car comme le dit le proverbe français, «le ver est dans le fruit»: ce n'est pas seulement le terrorisme djihadiste qui nous envoie de mauvais signaux en provenance de cette civilisation et culture musulmanes, mais l'état général de celle-ci».»(3)

Pierre Tevanian s'insurge, ensuite, contre cette culpabilisation stucturelle des musulmans : «Il vous suffit d'affirmer, que c'est toute une «culture», toute une «civilisation», donc un milliard et demi de fidèles dans le monde, qui doivent pratiquer l'autocritique, qui sont donc impliqués, représentés, par les agissements de quelques dizaines de tueurs ici, et quelques milliers à l'extérieur. (...) Et je ne sais pas si vous êtes le ver ou le fruit, Monsieur Bidar, mais ce que vous faites là, dans ce contexte de crise, de chocs, de peurs exacerbées, est proprement ignoble.» (3)


Les causes véritables de ce chaos

Le terrorisme est une plaie qu'il faut contenir. Mais au lieu de s'épuiser à lutter contre les conséquences, il serait bon d'en recenser les racines afin d'y trouver les vraies solutions Dans cet ordre, le contre-amiral Claude Gaucherand écrit: «L'islamisme, voilà l'ennemi!». Cela ne vous rappelle rien? En plein ordre moral triomphant, Gambetta, l'homme qui avait quitté en montgolfière la Commune de Paris assiégée par les Versaillais pour organiser la résistance en province, déclarait ainsi la guerre au cléricalisme. Les hommes politiques de cette trempe, ça n'a plus cours aujourd'hui.»(4)

«Dommage! Oui, aujourd'hui c'est sûr l'islamisme est l'ennemi. Mais la question se pose de savoir si c'est l'unique ennemi. 1991, première guerre d'Irak pays en voie de grand développement, arabe, mais laïque. Une formidable coalition conduite par Washington avec tout l'Occident, comme on dit et les grandes démocraties d'Arabie saoudite et autres principautés richissimes et sunnites du golfe arabo-persique. La France du socialiste et humaniste Mitterrand ne manque pas à l'appel. L'Irak ramené à l'âge de pierre, proclame le protestant et grand démocrate James Baker en juin de la même année. L'âge de pierre pour le pays héritier d'une des plus anciennes civilisations. 500 000 enfants irakiens morts? Le prix à payer selon Madeleine Albright en 1995.» 2002: l'Otan sous la conduite des Etats-Unis fonce sur l'Afghanistan pour une guerre de dix ans et plus. La France de Chirac ne s'y presse pas. Enfin pas tout de suite, mais un peu plus tard oui, en particulier avec Sarkozy. Les Soviétiques s'y étaient cassé le nez. Ce ne sera guère mieux avec l'Otan.» (4)

«2003: la deuxième guerre d'Irak avec les «démocraties» rassemblées sous la bannière étoilée pour mettre enfin l'Irak à l'heure du paradis occidental et démocratique. Triomphe que l'on connaît bien. La France de Chirac et de Villepin, refuse de s'y rendre. Le monde, celui des pays du tiers et des non-alignés dit son admiration, Le mensonge des armes de destruction massive propagé par Washington et Londres est dénoncé. 2010: Sarkozy président, Londres et Paris s'unissent pour semer le chaos en Libye et faire assassiner dans des conditions pornographiques le président Kadhafi. 2012: après Sarkozy va-t-en-guerre voilà Hollande et son ministre des Affaires étrangères, Fabius dont l'obsession est la destitution d'un chef d'Etat légitime et la guerre à un Etat membre de l'ONU ».

« La Syrie, poursuit le contre-amiral Claude Gaucherand, est à son tour dans le chaos, attaquée par Al Qaîda, l'Etat islamique et quelques autres entités baptisées opposition forcément démocratique (..;) Al Qaîda, le Daesh, ce sont ses enfants nourris aux pétrodollars du Qatar et de l'Arabie saoudite et armés par eux par délégation de Washington. Quel est dans tout cela le rôle joué par Israël? De façon directe et indirecte. Alors une France qui en bon valet s'engage sur tous les fronts de l'atlantisme, une France faible ou affaiblie, une France laïque aussi, cela fait une belle cible pour l'islamisme, la face sombre de l'islam que la stratégie du chaos a fait ressurgir au sein de ces peuples humiliés, combattus à coups de bombes, ramenés à l'âge de pierre, avec une économie ravagée et un développement forcément négatif, soumis à une guerre de religion où les attentats ô combien meurtriers sont quotidiens et ne réveillent plus l'émotion dans le monde depuis longtemps.» (4)

«Alors oui, l'islamisme, voilà l'ennemi! Conclut le contre-amiral Claude Gaucherand, Il est là, ressuscité par le chaos, dangereux, assassin et bien sûr nous n'avons d'autre choix que de le combattre avec fermeté avec toutes les armes dont nous disposons pour ce faire et une volonté clairement affichée. Mais je ne peux m'empêcher de penser que l'atlantisme pour nous Français, c'est aussi l'ennemi, Celui dont la politique s'appuyant sur une stratégie limpide et délibérément choisie est celle du chaos. (...) A semer le vent, l'atlantisme de nos dirigeants, atlantisme de conviction ou de circonstance, récolte aujourd'hui la tempête sur le sol de France.» (4)


Le boomerang syrien

C'est par ces mots que le rédacteur de la Chronique du Grand jeu qualifie la situation actuelle qui a totalement redessiné les rôles: Ecoutons le : nous décrire les conséquences avec feefback de la démolition occidentale de la Syrie «(...) Les quelques dizaines d'avions envoyés par Moscou ont bouleversé la donne diplomatique moyen-orientale. Rarement aura-t-on fait autant avec aussi peu... L'Iran est plus proche que jamais de la Russie, l'Irak (à qui Moscou fournit d'ailleurs de plus en plus d'armes) et l'Afghanistan veulent eux aussi monter dans le train, la Jordanie commence à lancer des oeillades appuyées, le Koweït se dit en parfait accord sur le dossier syrien, la France du néo-conservateur Hollande se rallie. Au sein même des élites dirigeantes de l'Empire, l'amoureuse politique envers les salafistes crée un malaise; ainsi, l'ancien directeur de la CIA va jusqu'à préconiser une alliance (temporaire, ne rêvons pas) avec Damas et Moscou après les attentats de Paris.»(5)

«Quant aux promoteurs de Daesh, ils doivent, poursuitl’auteur, pour l'instant faire contre mauvaise fortune bon coeur. (...) Ankara ne peut pas se permettre d'aller trop loin et Erdogan le sait bien. (...) Et l'on apprend maintenant que finalement, oui après tout, le Turk Stream risque bien de voir le jour alors que Gazprom n'en a d'ailleurs plus vraiment besoin depuis le doublement du Nord Stream. (...) Les difficultés des grassouillets cheikhs saoudiens sont d'un autre ordre. (...) Mais les Séoud se sont engagés dans une voie bien périlleuse et ont perdu leur gambit pétrolier sans avoir avancé d'un iota en Syrie. Leurs alliés pétromonarchiques du Golfe commencent à trouver le temps plus que long, Oman ne mâchant pas ses mots à propos du comportement «irresponsable» de Riyad quant au prix du pétrole. Pire, la politique saoudienne ne marche pas: (....) »(5)

« Avec la Russie (1ères réserves de gaz au monde et 5èmes de pétrole), l'Iran (2èmes réserves de gaz et 3èmes de pétrole) et l'Irak (4èmes de pétrole), l'Asie, locomotive de l'économie mondiale, n'a plus besoin d'autres sources. Mais revenons à nos chameaux... Non seulement les Séoud voient avec horreur et incrédulité la Syrie leur échapper, mais ils ne savent plus comment sortir du fiasco yéménite. (...) Al Qaîda et Daesh contrôlent de fait des pans entiers de territoire et font à peu près ce qu'ils veulent à Aden. (...)... Le Yémen est bien parti pour être une zone de non-droit pendant de longues années, un abcès durable sur le flanc des Ben Séoud (...)»(5)


Que deviendront les déchus de leurs nationalités?

Dans son discours le président Hollande parle de la déchéance de la nationalité. Cette épée de Damocles qui est au dessus de tous les mélanodermes et les maghrébins à savoir qu’ils ne seront jamais d’après cette réthorique des Français comme les autres combien ils en seraient pour certains à la quatrième voire à la cinquième génération pour ceux dont les aïeux ont donné leur sang au Chemin des Dames pendant la première guerre mondiale.

Dans ce cadre, la présidente de la Ligue française des droits de l'homme, Françoise Dumont, ne cache pas son pessimisme quant à l'adoption sans aucune opposition des mesures de renforcement de la déchéance de nationalité pour les binationaux impliqués dans des affaires liées au terrorisme, et elle s'interroge sur l'attitude des pays qui vont devoir accueillir ces ´´déchus´´ de la nationalité française.: «(...) Prenons l'exemple d'un Franco-Algérien. Quand on le déchoit de sa nationalité française pour une affaire liée au terrorisme, il lui reste la nationalité algérienne. Mais, du moment qu'il a commis des délits, il ne peut être ni régularisé ni expulsé car, ce n'est pas évident que l'Algérie accepte de l'accueillir à bras ouverts Et, même si elle dit oui, il y a de fortes chances que cela ne soit pas le ´´Club Med´´ pour lui et on peut même l'exposer au danger. En fait, les Français ne savent pas trop quoi faire de quelqu'un déchu de sa nationalité. (...) Le problème n'est pas aussi simple qu'on le présente. Excusez-moi pour l'expression, mais qu'est-ce qu'on en fait? On dit aux Algériens, on a un cadeau pour vous, on vous l'envoie, venez le récupérer à l'aéroport?» (6)

De mon point de vue, le grand problème des Arabes est qu'ils ont des dirigeants où l'alternance se fait par l'émeute ou par Darwin. Il n'y a pas de passage de témoin serein. Les dirigeants ne sont pas à la hauteur des peuples. L'Occident dans son ensemble y trouve son compte en adoubant des potentats tortionnaires de leur peuple, mais bien vus par les pays occidentaux. La démocratie aéroportée a fait long feu c'est l'une des conséquences du Pnac (Program for New American Century). Le Mepi qui a pour ambition de reshaper le Moyen-Orient a pour ambition ultime de perpétuer l'Empire et mettre en place de Nouveaux accords Sykes-Picot de 1916.

Pour ce qui est de laGrande-Bretagne, et de la France. qui acceptent, par leur alignement inconditionnel , d’être les vassaux de l’Empire, ils récoltent les miettes. L'irruption douce de la Chine et hard de la Russie est en train de bouleverser tous les calculs. Plus rien ne sera comme avant. Le monde sera multipolaire ou ne sera pas. Le balancier du monde est définitivement passé du côté de l'Asie. Quant aux derniers soubresauts de la «vieille Europe» dixit Donald Rumsfeld. Elle a fait le choix de la défaite. Son magistère moral est en train de disparaître au profit d'un sauve qui peut et de derniers soubresauts colonialistes au fur et à mesure que les Sud épuisés n'ont plus rien à offrir aux «saigneurs» du néolibéralisme.

1. http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/16/pour-les-libanais-on-ne-cree-pas-de-bouton-sur-facebook_4810982_4809495.html #M4eFTbSQXD5T67tM.99


2.Jérôme Henriques http://www.mondialisation. ca/la-france-pompier-pyromane/5489788


3.Pierre Tevanian 20 novembre 2015 http://lmsi.net/Le-ver-et-le-fruit


4. Gilles Munier http://www.france-irak-actualite.com/2015/11/qui-seme-le-vent.html utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail


5. http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/11/le-boomerang-syrien.html?utm_source=_ ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail


6. ´´Et les déchus, on en fait quoi?´´ http://www.liberte-algerie.com/actualite/et-les-dechus-on-en-fait-quoi-236832

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_

chitour/230112-chaos-et-boomerang.html

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans monde en devenir
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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 20:08

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/230358-l-algerie-peut-elle-compter-sur-sa-jeunesse.html

«La fortune des aïeux s'épuisera, l'adresse des mains restera.»

Proverbe algérien

Une mutation sociologique à bas bruit et apparemment irréversible est en train de formater le devenir du pays dans un contexte de tarissement de la rente auquel elle ne s'est pas suffisamment préparée. C'est peut-être une bonne chose que cette prise de conscience parce qu'elle va nous permettre de ne compter que sur nous-même, nos savoirs, nos savoir-faire en dehors de toute velléité de compter sur l'utopie du retournement du marché ou celle encore plus improbable de l'aide de pays amis ou frères. Qui seraient les artisans de cette vision nouvelle du compter sur soi si ce n'est la jeunesse?

Dans cette contribution je veux proposer des pistes pour une sortie par le haut de la situation délicate actuelle en comptant sur la meilleure énergie du pays, celle de cette énergie inépuisable, dynamique, inventive, à savoir une jeunesse exubérante qui ne demande qu'à montrer son talent et Dieu sait qu'elle en a. Cependant, du fait d'une communication insuffisante les jeunes concernés au premier chef (ils représentent 75% de la population) semblent ne pas comprendre les enjeux actuels. Pour eux, l'essentiel est de développer des stratégies individuelles aussi inventives les unes que les autres à même de garder la tête hors de l'eau. Cela ne veut pas dire qu'ils vivent en vase clos.

Nous n'avons pas encore fait le tour de toutes les possibilités «offertes» par Facebook aux jeunes qui échangent, se mettent au courant et développent des liens. Pourquoi c'est toujours avec appréhension qu'ils sont vus du fait qu'ils seraient facilement manipulables? Une certitude, cependant c'est qu'ils sont pleins de vie! Et qu'ils arrivent tant bien que mal à naviguer dans un environnement quotidien que nous, adultes, nous n'arrivons pas à maîtriser. C'est un fait que les technologies de l'information et de la communication ont fait plus pour l'éveil des jeunes que toutes les leçons à l'ancienne, même celles des parents. Les jeunes nous échappent ils sont sur la Toile, ils ont plus d'amis «virtuels» en dehors de l'Algérie que d'amis réels en Algérie. Cependant, ces technologies ont leurs faces sombres.

A titre d'exemple, le viber est en train de se substituer aux opérateurs téléphoniques «gratuitement» apparemment sachant que rien n'est gratuit dans ce bas monde, il y a quelque part un big brother qui épie les faits et les gestes de tous ceux qui y sont abonnés et qui à un moment ou à un autre présentera l'addition.


A quoi rêvent ces jeunes?

Dans plusieurs de mes interventions j'avais mis en exergue la disparition graduelle des grands récits patriotiques et familiaux et même religieux parce que de mon point de vue, ils ont raté leur mutation pour être expliqués avec les technologies du Web 2.0. A titre d'exemple, la fête de l'Aïd est devenue virtuelle en termes de visites. Un simple SMS: le minimum syndical dirions-nous permet de faire ce qui reste de la symbolique du devoir sans parler avec la personne ou encore mieux en évitant de la voir.

On l'aura compris, tout ceci participe de l'effritement identitaire et peu de choses ont été faites pour l'endiguer. Car il n'y a pas de personnes responsables capables de parler leurs langages. Il s'ensuit alors des solutions à l'ancienne; des soporifiques comme les récitals où l'on ramène à prix d'or des troubadours pour venir divertir une jeunesse (qui ne représente pas toute la jeunesse du pays, notamment celle de l'Algérie profonde). C'est aussi le soporifique du football qui permet de vendre des moments de bonheur là aussi au prix fort en important des joueurs off-shore qui, une fois leurs chèques touchés, rentrent chez eux. C'est aussi la mosquée qui a ses fidèles formatés mais qui n'oublient pas pour autant à leurs façons les nouvelles technologies.

«Les jeunes Algériens lit-on sur une publication de DNA sont parmi les plus pessimistes du Monde arabe. Selon l'étude «Silatech» réalisée, en juin 2009, par l'Institut américain Gallup, les jeunes Algériens apparaissent désabusés, ayant peu confiance en leurs gouvernants. Si le mal-être des jeunes Algériens s'exprime par leur volonté de fuir leur pays, une grande partie des jeunes interrogés se dit «ligotée», incapable de mener la vie dont ils rêvent. (...) Les jeunes Algériens songent à fonder une vie de famille (40%), décrocher un bon poste d'emploi (32%) et mener une vie religieuse et spirituelle équilibrée (35%). La majorité des 15-29 ans aspirent à travailler à leur compte (46%). » (1)

« Seuls 32% des jeunes interrogés aimeraient intégrer une entreprise étatique et 15% voudraient travailler dans le privé. A la question de savoir s'ils prévoient de lancer leur propre entreprise dans 12 mois à venir, 30% des jeunes Algériens répondent par l'affirmative (contre 38% de Tunisiens et 19% de Marocains). Un esprit d'entreprise qui laisse les chercheurs américains pantois: seuls 4% d'Américains âgés de 15 à 29 ans, précise-t-on, songent à se lancer dans l'aventure ». (1)

« Pour autant, ils ne croient pas en leur chance de réussite. Les chercheurs de Gallup s'étonnent du fait qu'en dépit d'une croissance économique reboostée, les 15-29 ans soient aussi pessimistes: seulement 39% des jeunes Algériens croient en leur chance de réussir une entreprise et 36% croient en la volonté du gouvernement de les laisser conduire leurs affaires. C'est le plus faible taux dans toute la région du Monde arabe.» (1)

«Les jeunes Algériens se plaignent notamment des barrières érigées à leur encontre: moins de 25% pensent que le gouvernement algérien permettrait à n'importe qui de se lancer dans les affaires. 87% de la jeunesse algérienne se plaint de la corruption. A une question ouverte sur les obstacles à l'emploi, la plupart des jeunes soulignent que les postes de travail sont pourvus uniquement à ceux qui sont «connectés» à des réseaux bien établis. C'est-à-dire aux pistonnés. Les jeunes continuent, malgré tout, à se battre: 77% des jeunes Algériens participent à des stages de formation en vue d'optimiser leurs chances pour accéder à un bon poste d'emploi. (...) La jeunesse algérienne se révèle plus exigeante, en comparaison avec les pays voisins. Seuls 46% des Algériens se disent prêts à se déplacer dans une autre région de leur pays pour accéder à un emploi plus attractif alors qu'ils sont plus de 75% de Tunisiens et 60% de Marocains ».

« L'étude révèle, par ailleurs, que 26% des Algériens ont déjà refusé une offre d'emploi. 48% des jeunes ayant rejeté des propositions d'emploi en Algérie (les salaires étaient trop bas) (...) Les 15-29 ans seraient-ils à ce point désillusionnés qu'ils chercheraient à quitter leur pays par n'importe quel moyen? Seuls 42% des jeunes Algériens se disent libres de mener leur vie comme ils l'entendent. Une tendance assez faible en comparaison avec les Mauritaniens (65%), les Tunisiens (65%) et les Marocains (58%). Les jeunes ne se sentent pas «impliqués» dans les projets de leur pays envers le progrès. Ils gardent néanmoins leur esprit de débrouille, ultime tentative de survie: 82% des Algériens jugent que les jeunes font ce qu'ils peuvent pour s'en sortir.» (1)

Il est vrai que les jeunes élites se sentent marginalisées, ou pas entendues, alors qu'elles sont mues par une dynamique qui ne cherche pas de nouvelles idées qu'à impulser le changement et le renouveau et que leurs compétences dans différents domaines ont été plus d'une fois démontrées. De plus, les jeunes Algériens n'ayant pas régularisé leur situation vis-à-vis du Service national sont interdits de toute activité professionnelle.

En dehors de la débrouille pour vivre ou survivre, il se trouve, cependant des jeunes - peu nombreux- qui sont branchés sur ce qu'ils pensent être l'universel. On apprend par exemple que les jeunes sont branchés à la nouvelle musique Metal Algérien Traxx des noms aussi bizarres que ceux à une certaine époque du raï.

La contribution suivante nous raconte l'engouement pour ce nouveau soporifique: «Omar, vocaliste du groupe de Métal Algérien Traxx devant une foule de jeunes en liesse venus des quatre coins d'Algérie à Constantine (est) pour Fest 213, un rare festival de rock et métal. (...) Les participants font des «head-Bang» (mouvements circulaires de la tête, typiques de la danse métal) et des «walls of Death» («murs de la mort») constitués de deux rangées de personnes qui s'entrechoquent, le corps en transe, en libérant des rugissements. (...) Le métal algérien est né dans les années 1990, en pleine décennie noire de terrorisme. Il bénéficiait alors d'un relatif soutien de l'État, soucieux de lutter contre la propagation des idées intégristes. (...) »(2)

« Le gouvernement «conçoit des politiques culturelles qui servent à contrôler la pensée» et ne permettent pas aux citoyens «de s'épanouir dans leur culture diversifiée», regrette Malik Chaoui, activiste d'un groupe de travail indépendant sur la politique culturelle en Algérie (Gtpca). Mais les artistes alternatifs algériens ne s'avouent pas vaincus et trouvent des stratégies de contournement, utilisant largement les plateformes de diffusion Web et les réseaux sociaux. En juin, le Holi collectif, a lancé sur une plage de Béjaïa, à 250 km à l'est d'Alger, le «Holi Festival Algeria», première édition algérienne du Festival international des couleurs, inspiré du rite indien. Sur la plage, des milliers de jeunes ont dansé sur de l'électro tout en se jetant de la poudre de couleurs». (2)


Le mimétisme ravageur d'un Occident pervers

Dans le même ordre de l’effritement identitaire que d’aucun dénomment mode air du temps, bref la on se souvient que l'élection de Miss Algérie pour représenter les «valeurs algériennes» a été un flop. On flatte toutes les pulsions débilisantes avec les émissions de type «star'ac» encore un autre mimétisme, avec des chanteurs payés à prix d'or sans compter naturellement l'opium du peuple qui nous coûte les yeux de la tête, le football et le marécage de sa gestion avec des traitements scandaleux qui condamnent définitivement l'Ecole censée être un ascenseur social du mérite et du travail. Nous sommes encore des indigènes qui n'ont pas encore déprogrammé le logiciel de la soumission intellectuelle et de la colonisation mentale et de l'injonction au marché et à une culture dominante du fait que nos défenses culturelles immunitaires sont laminées.

Quelles sont ces «valeurs» qui consistent à singer dans sa dimension rétrograde un Occident pervers? Sont-ce celles qui pourraient nous permettre de conquérir le monde? Celle qui, au lieu de le suivre dans ce qu'il a de plus performant avec des valeurs comme celles de la science, de l'effort, de la sueur, du travail bien fait? Pendant que les Algériens s'occupent de se divertir en empruntant la pente dangereuse de la facilité le monde avance.

Justement, pour parler de discipline noble, les mathématiques, une information que l'Occident ne publie pas comme il se doit, celle de l'octroi de la médaille Fields équivalent du prix Nobel de mathématiques, en août 2014 pour la première fois à une Iranienne, une musulmane de 37 ans! Maryam Mirzakhani. Pour l'histoire, la Perse (Iran actuel) a toujours eu une grande contribution aux progrès mathématiques grâce aux grands hommes comme al-Khawarizmi (l'inventeur de l'algèbre), Omar Khayyam (Résolution des équations du 3e degré...) De nos jours, l´Iran est une puissance technologique, performante. Elle fabrique ses chars, ses avions et ses drones. Ses missiles sont divers, Par ailleurs, l'Iran a créé et a mis en orbite, son premier satellite. (3)

Malgré ces dérives, les jeunes, objet de toutes les manipulations, ne demandent qu'à vivre, étudier et faire preuve d'imagination. Une petite anecdote: des harraga en mer écoutent la radio et apprennent que l'Équipe nationale a battu la Zambie. Demi-tour vers la mère-patrie pour fêter l'évènement dignement. Tôt, le lendemain, les harraga repartent à l'aventure et risquent leur vie. Mohamed Si Baghdadi décrit admirablement ces jeunes qui en veulent (...).: «Pour qui connaît nos jeunes de près, pour qui leur parle et les écoute, la vérité est simple: ils sont loin de se chosifier sous l'effet de l'ennui. Non, l'ennui ne les chosifie pas. Bien au contraire, ils enragent, fulminent et veulent tout culbuter. Tout les stimule: l'ennui et l'injustice, la malvie et le mépris. Alors, en attendant, ils vivent, écrivent, composent et chantent du rap, comme Dadou Finomen, ou les jeunes du Club des poètes de Souk-Ahras, font de la musique comme les enfants de Timimoun, Béchar ou Kenadsa, dessinent et peignent comme les élèves de Karim Sergoua, photographient et exposent comme les jeunes de Flash Art, font du théâtre comme les comédiens de Fethi, inventent des contes qui parlent de leurs droits bafoués, de leurs droits à défendre et créent de nouveaux systèmes informatiques, technologiques et scientifiques.» (4)


Ce que je crois

Qu'allons-nous laisser aux générations suivantes? Les vrais défis du pays sont d'avoir une vision, non pas celle de suivre cette jeunesse dans l'air du temps, mais de lui indiquer le devoir envers le pays, par la contribution de chacun. À nous de nous organiser pour donner de l'espoir à cette jeunesse. Pour cela, seul le parler vrai, le patriotisme, la fidélité aux valeurs nous permettront enfin de bâtir une Algérie qui sortira de la malédiction de la rente pour se mettre au travail.

. Imaginons pour rêver qu'il y ait en Algérie des concours de performance en tout, en sport, aux jeux d'échecs, en mathématiques. Imaginons que nous disons à chaque écolier dans le cadre du Développement Durable qui ne doit pas être un slogan, à chaque étudiant d'être utile en plantant un arbre, c'est au total 10 millions d'arbres qui formeraient le plus sûr barrage contre le changement climatique. Imaginons cette jeunesse fascinée par l'avenir et prête à se défoncer pour le pays.

Donnons lui du grain à moudre en lui expliquant la transition vers un Développement Humain Durable. Les défis du pays sont immenses. Il serait indiqué de proposer une alternative crédible à ces jeunes. Quelle serait l'utopie mobilisatrice qui permettrait d'intégrer la vraie force vive de ce pays autour d'un projet en phase avec le développement du monde? Ayons confiance en nous-mêmes. Il est nécessaire de revisiter fondamentalement le système éducatif. Le développement ne peut se faire sans l'université qu'il faut impliquer. Nos dirigeants doivent écouter en toute humilité, sans condescendance, avant qu'il ne soit trop tard. Demain se prépare ici et maintenant...

Imaginons, pour rêver, que le pays décide de mettre en oeuvre dans le cadre du Développement Durable une politique de grands travaux. A l'instar de ce qu'a fait Franklin Roosevelt avec le New Deal, il nous faut une «armée du développement national», une réelle politique de grands travaux qui donnerait du travail et des opportunités de création de richesse à ces dizaines de milliers de diplômés Il mobilisera dans le cadre du Service national, véritable matrice du nationalisme et de l'identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de créer au Sud des villes nouvelles, de s'attaquer aux changements climatiques, d'être les pionniers d'une stratégie qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s'engage à marche forcée dans les énergies renouvelables.

En définitive, il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l'on avait à l'Indépendance en mobilisant, autour d'un cap. C'est peut-être cela qu'attend la Jeunesse.



1. http://www.algerie360.com/algerie/emploi-reussite-sociale-affaires-emigration-famille%E2%80%A6-a-quoi-revent-les-jeunes-algeriens/ Source de l'article: DNA-algerie


2. http://www.goodplanet.info/actualite/2015/11/23/en-algerie-metal-et-rock-resistent-au-carcan-de-la-culture-officielle/#sthash.YwxPBk4z.dpuf


3.Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/misere-morale-en-algerie-le-mimetisme-ravageur-dun-occident-pervers/5402123


4. Si Mohammed Baghdadi A Yasmina Khadra: Qui sont les vrais assassins? 25.01. 2009


5. Chems Eddine Chitour http://www.legrandsoir.info/A-cette-souffrante-Algerie-ma-part-de-verite.html

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 20:05

«La maison brûle et on regarde ailleurs»

Paroles prononcées par le président Jacques Chirac au Sommet de Johannesburg

A l'approche de la conférence sur le climat à Paris, prévue à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 11 décembre, les négociations s'accélèrent. 145 États participants ont déjà annoncé leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Le rendez-vous est destiné à trouver un successeur au protocole de Kyoto pour limiter à 2 °C le réchauffement en cours. Le temps presse car si rien n'est fait, le niveau de la mer devrait monter et recouvrir plusieurs pays. Comment ceux-ci font-ils face à la menace et quels sont les changements de comportement attendus de la part des plus gros pollueurs?

Un malheur ne venant jamais seul, au CO2 il faut ajouter les sources de méthane. Le pergélisol, ou permafrost en anglais, regroupe les sols de notre planète qui sont gelés en permanence. Menacé de fonte définitive par le réchauffement climatique, sa disparition inquiète les scientifiques. Selon les estimations, le pergélisol recouvrirait actuellement 20% de la surface terrestre. Ce substrat gelé est doucement en train de fondre; un phénomène qui n'était pas intervenu depuis 11.000 ans. Au-delà des dégâts matériels et humains que cela pourrait causer, il est possible que ce phénomène accélère le réchauffement climatique et ses conséquences. En effet, la fonte de ces zones entraîne la libération de méthane, un puissant gaz à effet de serre.(1)

Comment ne pas reproduire le fiasco du sommet de Copenhague fin 2009. Officiellement, il s'agit surtout d'éviter un scénario catastrophe pour la planète en limitant l'élévation des températures à 2°C maximum entre l'ère préindustrielle (1850-1900) et la fin de ce siècle. Pour éviter de répéter les erreurs du passé, la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (Ccuncc) a, 196 parties réunies (195 pays + l'Union européenne), demandé aux 196 parties conviées de fournir des engagements chiffrés et détaillés. Il faut tout faire pour ne pas dépasser d'ici la fin du siècle 1000 milliards de tonnes de carbone pour rester sous les 2°C. Mais nous ne nous faisons pas d'illusion même si tout le monde est vertueux avec 1000 milliards de tonnes, de Carbone, c'est un scénario à deux chances sur 3 d'après les calculs du Giec; En fait pour être à peu près sûr d'y arriver. Le monde devra donc laisser sous terre 35% de son pétrole, 52% de son gaz et surtout 88% de son charbon.

Etat des lieux et réelle urgence climatique!

Après avoir augmenté de 60% depuis le début des négociations en 1990, les émissions de gaz à effet de serre augmenteront encore de plus de 10% d'ici à 2030. Cet écart entre le réel (les 3 °C ou plus) et le souhaitable (les 2 °C ou moins) n'est pas un bon point de départ. En matière de climat, tout retard pris n'est pas rattrapable et il hypothèque dangereusement la transition énergétique mondiale: selon l'évaluation de l'ONU, les engagements actuels des États conduisent à consommer en 15 ans près de 75% du budget carbone global (environ 1000 Gt) dont nous disposons pour ne pas aller au-delà des 2 °C. Cet écart entre le réel et le souhaitable est le point de départ pour de nouveaux et plus nombreux crimes climatiques dont les populations les plus vulnérables vont payer le plus lourd tribut comme le montre la nouvelle étude de la Banque mondiale. Le terme «crime» n'est pas déplacé. 3 °C de réchauffement climatique n'est pas une planète vivable.» (2)

«Pour avoir des chances d'inverser la tendance il est indispensable que l'accord soit - Flexible, Dynamique (prévoyant de renégocier les engagements à la hausse) Equilibré (entre lutte contre le réchauffement et financement de l'impact du dérèglement climatique, notamment dans les pays en voie de développement). «Cela n'aura échappé à personne, un mot manque cruellement à cette description: «Contraignant». Et pour cause, les chefs d'Etat n'aiment pas les contraintes et encore moins les sanctions qui viendraient s'abattre sur eux en cas de manquement à leurs engagements. Dans le texte final, de nombreuses associations aimeraient voir figurer une refonte du principe du droit à polluer et de la taxe carbone jugés trop peu efficaces. Respecter les plafonds d'émission de CO2 reste encore bon marché, voire rentable et pour le moment rien ne dit que cette question trouvera une issue à Paris. Depuis, le Fonds vert pour le climat a vu le jour en 2011. Sa mission: redistribuer la plus grande partie des 100 milliards de dollars annuels promis par les pays riches, historiquement responsables du changement climatique, à ceux, plus pauvres, souvent les plus exposés au réchauffement.» (3)

Comment peut-on respecter les plafonds si on sait que dans toutes les prévisions, les instances telles que l'AIE, la BM, le Doea prévoient une consommation à 80% fossile en 2030? Avec plus de 15 milliards de tonnes équivalents et donc près de 45 milliards de tonnes de CO2? En l'espace de moins de 40 ans nous écoulerons le pactole de 1000 milliards à ne pas dépasser. La planète ne pourra pas tenir les 2°C et nous le fera savoir. Aujourd'hui, en effet, la tonne de CO2 est taxée à hauteur de huit euros. Insuffisant pour remplir sa mission de dissuasion vis-à-vis des énergies fossiles. Ce prix est dérisoire il participe ainsi du blocage qui rend impossible la compétitivité des énergies renouvelables. Et pourtant, malgré tout cela le solaire devient compétitif avec un baril à 45$. Que dire si le prix était suffisamment dissuasif pour justement amorcer sans calcul et arrière-pensée ce passage franc et massif vers une économie décarbonée?

Les multinationales tentent d'imposer un modèle agricole

Chacun sait que les climato-sceptiques parmi les multinationales ont toujours deux fers au feu. Elles financent des études contre et elles financent les kermesses de COP. Une bonne partie des sponsors de la COP 21 ne sont pas climato-compatibles. Mieux encore, ils s'adaptent là où il y a création de valeur en pratiquant le greenwahing. Pour Sophie Chapelle: «Les émissions de gaz à effet de serre liées au secteur agricole sont dans le collimateur des gouvernements. Un nouveau concept émerge: «l'agriculture climato-intelligente», en vue de produire plus et mieux... Près d'un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre seraient imputables à l'agriculture. Un chiffre inquiétant. (...) » (4)

« Alors que la responsabilité des agriculteurs dans le réchauffement climatique se retrouve pointée du doigt, des acteurs agro-industriels tirent profit de ces amalgames pour reverdir leur image. C'est le cas de Yara International, une entreprise norvégienne leader des engrais de synthèse, qui a vendu plus de 26 millions de tonnes d'engrais dans 150 pays l'an passé. Le groupe se lance dans l'«intensification durable»! L'idée? Accroître le recours aux engrais chimiques augmenterait les rendements, et permettrait ainsi d'utiliser moins de terres agricoles et d'éviter les émissions liées à l'expansion des cultures sur les forêts. Ce raisonnement n'a pas convaincu l'ONG agricole Grain, qui, dans un nouveau rapport, souligne que les fabricants d'engrais figurent «parmi les principaux ennemis du climat au niveau mondial». Le Giec estime que pour 100 kilos d'engrais azoté appliqué sur les sols, un kilo se retrouve dans l'atmosphère sous forme d'oxyde nitreux (N2O), un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2!» (4)

Dans le même ordre, de l'utopie, on apprend que le biodiesel serait encore plus polluant que les carburants d'origine fossile C'est ce qu'affirme le Réseau Action Climat: selon ses calculs, 1,2 litre de pétrole serait parfois nécessaire pour faire un litre d'agrocarburants.

Double langage depuis toujours

Les adeptes sincères de la lutte contre les changements climatiques n'ont jamais eu réellement le droit de cité. Depuis Rio, les différentes zerdas (grandes kermesses) des COP se sont évertués - grâce au Giec- à présenter et prévenir contre les dangers en vain. Entre les compagnies pétrolières et charbonnières qui vont jusqu'à créer des contre feux de climato-sceptiques et les vrais climato-sceptiques, les COP n'ont pas avancé d'un millimètre.

Un faible espoir a été donné par le protocole de Kyoto venu à expiration, mais qu'il faut renouveler. Les 20 COP précédentes ont toutes, achoppé sur un point «essentiel» les subventions importantes des Etats aux énergies fossiles soit 600 milliards de $ avec parallèlement des difficultés pour réunir 100 milliards $ pour lutter contre les changements climatiques induits par 900 milliards de tonnes de CO2 «produits» par des pays avancés.


Le solaire est devenu compétitif

Pourtant, le solaire est compétitif et nous pouvons «L'énergie solaire représente un potentiel équivalent à vingt fois la consommation mondiale annuelle» explique Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie. Les panneaux photovoltaïques deviennent compétitifs face au nucléaire. «L'industrialisation des procédés de fabrication et la baisse du prix du silicium - la technologie silicium représentant 90% du marché des panneaux PV - a permis au prix des modules de chuter drastiquement. En 1980, le coût était de 24 euros par watt, il s'établit aujourd'hui à 0,56 euros, soit une division d'un facteur 43! L'électricité produite par les panneaux photovoltaïques s'établit, selon les conditions d'ensoleillement, entre 70 et 110 euros par MWh. Un coût comparable au nouveau nucléaire (type EPR) ou aux champs d'éoliennes à terre. Alcimed affirme même que ce prix peut concurrencer les coûts des centrales à gaz et à charbon dans certains pays. Fort de ces performances, le photovoltaïque explose. Fin 2014, la capacité mondiale s'établissait à 88 GW. Durant l'été 2015, elle a franchi les 200 GW et devrait atteindre 500 GW en 2019. Cette croissance est surtout tirée par la Chine qui prévoit d'installer 85 GW, contre 45 GW pour le Japon et 42 GW pour les Etats-Unis. En termes de mix, le photovoltaïque couvre 1% de la demande mondiale. Il devrait sans difficulté atteindre 16% en 2050 comme le prévoit l'Agence International de l'Energie.» (5)
De même, l'Inde a créé la surprise cette année avec ses objectifs très ambitieux dans le domaine du photovoltaïque. Cette compétitivité nouvelle du solaire a fait basculer l'Inde, (5 roupies = 7 cents le KWh) Depuis 2010 le pays visait 20 gigawatts (GW) d'installations en 2022, Narendra Modi, a, en février, quintuplé cet objectif à 100 GW!


Les énergies renouvelables aux Etats-Unis

Les chiffres du dernier Rapport mensuel de l'EIA montrent que la production d'électricité nette a augmenté de 0,7% par rapport à 2013 l'énergie électrique solaire a été de 102%!! La capacité globale de production d'électricité renouvelable a cru de 11% en moyenne en 2014, avec 8,3% pour l'éolien 5,7% pour la biomasse et 5,4%.pour la géothermie L'énergie hydraulique - a représenté près de 14% de la production électrique nette en 2014, l'énergie solaire 0,45% contre 6,32% à l'hydroélectricité et 4,44% à l'éolien. Il est tout à fait possible que les sources d'énergie renouvelables atteindront, ou dépasseront, 14% de l'alimentation électrique en 2015. Ce chiffre ne devait pas être atteint avant l'année 2040.» (6)

Dans le même ordre, le Canada sous le mandat de Stephen Harper, non seulement s’est retiré du Prococole de Kyoto mais a continué à polluer en exploitant les sables bitumineux sans retenue. L’avènement de Justin Trudeau est à saluer au moins dans le sens qu’il ne pratique pas la politique de l’autruche ; Comme il l’a annoncé à Paris ce Lundi, le Canada prendra toutes ses responsabilités dans la lutte contre le changement climatique. « Canada is back » a-t-il conclu son intervention. Nous le voyons clairement, une volonté poltique peut avoir raison de stratégies économiques au profit d’une oligarchie avide quand i ls’agit du destin de la Terre.


Et en Algérie?

A l'évidence, devant une consommation non maîtrisée et devant la chute des prix du pétrole, on ne peut pas continuer ainsi. Il faut le dire:le solaire est compétitif partout sauf en Algérie! Pourquoi? alors que nous avons l'un des gisements le plus important au monde (2500) 3000 kWh/m2/an contre le tiers en Allemagne leader européen du solaire! Nous avons une fenêtre de trois à quatre ans au plus pour pouvoir mettre en oeuvre une politique volontariste basée sur un mix énergétique et surtout une sobriété énergétique. De fait, une véritable transition énergétique amenant au développement durable. La notion de transition énergétique désigne le passage du système énergétique actuel utilisant des ressources non renouvelables vers un bouquet énergétique basé principalement sur des ressources renouvelables.

La transition énergétique prévoit leur remplacement progressif par des sources d'énergies renouvelables pour la quasi-totalité des activités humaines (transports, industries, éclairage, chauffage, etc.). C'est donc aussi une transition comportementale et sociotechnique, qui implique une modification radicale de la politique énergétique: en passant d'une politique orientée par la demande à une politique déterminée par l'offre. Cette transition énergétique vers le Développement durable sera basée sur des Etats généraux qui doivent aboutir à un modèle énergétique flexible un bouquet énergétique qui mise d'abord sur les économies d'énergie. Chaque calorie exportée devrait correspondre aussi à l'acquisition d'un savoir-faire. «Il est nécessaire de développer à marche forcée les énergies renouvelables, solaire, éolien biomasse, géothermie avec 200 sources, petite hydraulique.» De plus le meilleur gisement d'énergie est celui des économies d'énergie de 20% au moins. Ce sont nos gestes au quotidien. Cette stratégie aura aussi à se pencher sur la vérité des prix. Seule une explication pédagogique permettra d'avoir l'adhésion des citoyens.

Les changements climatiques sont là. L'avancée du désert peut et doit être freinée. Le Barrage vert devrait être réhabilité avec la nouvelle vision du développement durable. La politique de grands travaux structurants à l'instar de ce qu'a fait Roosevelt aux Etats-Unis pourrait permettre la conquête intelligente du Sud. La création de villes nouvelles qui dégorgeront le Nord sur la dorsale In Salah-Tamanrasset longue de 700 km avec la disponibilité de l'eau et de l'électricité renouvelable serait alors un exemple à suivre. De ce fait, il faut aller vers un nouveau schéma d'aménagement du territoire (Snat) pour les années à venir.

L'apport du Service national, les efforts nationaux et l'aide internationale dans le cadre de la COP21 où l'Algérie devrait annoncer son ambition de créer un véritable microclimat sur une bande de 1500 km avec une profondeur de 20 km. La richesse du Sahara, ce n'est pas seulement les énergies fossiles, la disponibilité d'une nappe phréatique de 45.000 milliards de m3, c'est aussi et surtout ce que l'on pourrait faire pour développer l'agriculture. Faisons du Sahara une seconde Californie avec des fellahs universitaires 2.0.

L'Algérie pourra ainsi, créer des industries performantes, exportatrices à travers le monde entier et créatrices de milliers d'emplois. La richesse du Sahara c'est aussi l'écotourisme, l'archéologie, les sources géothermiques à vocation multiples. Pour cela, la transition énergétique est l'affaire de tous, notamment le ministère de l'Energie, mais aussi, celui de l'Eau, de l'Environnement, de l'Agriculture, de la Santé et ceux du système éducatif cheville ouvrière de cette nouvelle Algérie du savoir pourvoyeuse en cadres, techniciens et ingénieurs pour prendre en charge cette utopie mobilisatrice d'une jeunesse en attente.

Plus largement, la COP 21 est l'affaire de tous, nous sommes à la croisée des chemins. Sa réussite par des engagements contraignants et des rapports d’étape visant à contrôler les efforts de chacun donnera à n'en point douter un sursis à la Terre. Nous formulons de grandes espérances en tant que passagers terriens sur ce frêle canot qu’est Gaïa notre alma mater , que la sagesse prévaudra car nous ne pouvons pas, nous ne devons pas jouer aux apprentis sorciers prométhéens. Nous sommes dans le tube à essai et pas à l’extérieur. A Dieu ne plaise, il n’y aura pas de rescapés d’un coup de chaud de la Terre. Il n’y aura que des victimes riches ou pauvres puissants ou misérables. Ce sera alors le début de la sixième extinction


1.J Sare:Le pergélisol favorise le réchauffement climatique Futura-Sciences 28/11/2015,

2.Geneviève Azam, Maxime Combes, Thomas Coutrot https://france.attac.org/nos-publi-cations/notes-et-rapports-37/article/pour-que-la-cop-21-ne-passe-pas-a-cote-de-l-etat-d-urgen-ce-climatique?pk_ campaign=Infolettre-437&pk_kwd=pour-que-la-cop-21-ne-passe-pas-a

3. http://info.arte.tv/fr/cop-21-des-objectifs-hors-datteinte#sthash.Ld10hE6p.dpuf


4.Sophie Chapelle http://www.bastamag.net/comment-les-multinationales-se-servent-du-changement-climatique-pour-definir23 novembre 2015


5. http://www.usinenouvelle.com/article/le-photovoltaique-deja-competitif-dans-plus-de-15-pays.N355667#xtor=EPR-254


6. http://www.pv-magazine.com/news/details/beitrag/us-large-scale-solar-generation-doubled-in-2014-says-eia_100018502/#ixzz3UFgXpasdsd

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/230596-l-ambition-de-l-algerie.html

Pr. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 20:14

«Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.»

André Malraux

Dans la nuit du 13 au 14 novembre, Paris a connu plusieurs attentats terroristes aveugles qui ont fauché des dizaines de vies et blessé plus de trois cent personnes. Au-delà de l'horreur à laquelle la conscience humaine ne peut s'habituer - en Algérie nous avons connu cela pendant la décennie noire- iI y a lieu de s'interroger pourquoi ces meurtres de masse? Pourquoi des jeunes? Pourquoi plus généralement des dizaines de jeunes de par le monde sont fauchés? Rappelons qu'en l'espace d'à peine un mois, le deuil, la souffrance et les larmes ont touché la Turquie, le Liban, la Russie et maintenant la France. Un coupable: Daesh.

Les causes invoquées

La mort de personnes innocentes qui ne sont pas partie prenante du conflit, est inexcusable quelques soient le lieu ou elles tombent dans les pays riches où la vie semble ne pas avoir la même valeur que dans les pays pauvres misérables minées par les geurres et le desespoir. Pourtant le deuil est le même, la souffrance est indélébile et il n’y a pas de mercuriale dans l’échelle de la douleur et il n’ya pas lieu de faire dans la concurrence victimaire. Toutes les morts se valent il n’y a pas, -malgré des tapages indécents ad nauseam, plus faits pour attiser les haines et amalgamer les non dits- des morts qui valent plus que d’autres . Rien ne vaut une vie aurait dit Malraux.

Il faut, cependant, remonter aux causes pour tenter de comprendre ce qui a amené des jeunes ces extrémités pour faire le sacrifice suprême. On invoque l’instinct de mort du à l’endoctrinement. C’est d’ailleurs une analogie que l’on fait en parlant de kamikazes ces jeunes pilotes japonais qui vont jusqu’au sacrifice pour la défense de leur pays. Mais est ce suffisant ? On peut aussi invoquer le fait que les donneurs d’ordre ne sont pas en première ligne et se contentent d’envoyer à la mort des jeunes endoctrinés au nom d’une certaine idée de la religion musulmane. Mais ce n’est pas suffisant , le terreau dans lequel les marchands de mort par procuration prospèrent est là où il y a malvie. Là où les jeunes sentent qu’il y a un plafond de verre au dessus de leur tête , invisible mais qui obère toute possibilité pour ces jeunes de s’épanouir de participer à la vie de la société de prétendre à des miettes de bonheur .La crise est certainement passée par là et une fois de plus ce sont les allogènes qui servent de variables d’ajustement

Pour l’éditorialiste du journal Le Monde diplomatique: «Les auteurs de ces attentats, souvent des jeunes Français musulmans, ont motivé leur acte en invoquant l'intervention militaire de leur pays en Syrie contre l'Organisation de l'Etat islamique (OEI). Et, dorénavant, le gouvernement français comme l'opposition de droite s'accordent sur la nécessité de multiplier les «frappes» en Syrie. L'urgence de mener sur le front intérieur une «guerre» implacable ne les distingue pas davantage.(...) La politique étrangère française, dont le crédit a été largement atteint par une succession d'hypocrisies et de maladresses, paraît à présent se rallier à l'idée d'une alliance aussi large que possible. Tous (Sarkozy et les autres) exigeaient il y a encore quelques mois, ou quelques semaines, le départ préalable du président syrien Bachar Al-Assad; tous y ont dorénavant renoncé. (...) Faudra-t-il alors imaginer une nouvelle intervention pour séparer (ou pour détruire) certains des ex-coalisés? L'autre question fondamentale tient à la légitimité et à l'efficacité des interventions militaires occidentales par rapport même aux buts qu'elles s'assignent. (...) Au demeurant, à moins d'imaginer que l'objectif que visent à présent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, etc., soit simplement de s'assurer que le Proche-Orient et les monarchies obscurantistes du Golfe demeureront un marché dynamique pour leurs industries de l'armement, comment ne pas avoir à l'esprit le bilan proprement calamiteux des dernières expéditions militaires auxquelles Washington, Paris, Londres, etc. ont participé, ou que ces capitales ont appuyées?» (1)

Les racines du terrorisme viennent de la destruction des Etats

«Entre 1980 et 1988, lit on, toujours sur l’éditorial du Monde Diplomatique, lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, les pays du Golfe et les puissances occidentales ont largement aidé le régime de Saddam Hussein. Quinze ans plus tard, en 2003, une coalition emmenée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni (mais sans la France) détruisait l'Irak de Saddam Hussein. Résultat: ce pays, ou ce qu'il en reste, est devenu un allié très proche... de l'Iran. Et plusieurs centaines de milliers de ses habitants ont péri, principalement des suites d'affrontements confessionnels entre sunnites et chiites. Pour que le désastre soit tout à fait complet, l'OEI contrôle une partie du territoire irakien. Même scénario en 2011 quand, outrepassant le mandat d'une résolution de l'Organisation des Nations unies, les Occidentaux ont provoqué la chute de Mouammar Kadhafi. Ils prétendaient ainsi rétablir la démocratie en Libye, comme si ce souci avait jamais déterminé la conduite de leur politique étrangère dans la région. Aujourd'hui, la Libye n'est plus un pays, mais un territoire où s'affrontent militairement deux gouvernements.(1)

Pour Alain Gresh, les bombardements occidentaux en Irak et en Syrie annoncent une campagne de longue durée contre l'Organisation de l'Etat islamique.: «La rhétorique de l'administration Obama rappelle chaque jour davantage celle du président George W. Bush. dont la politique a mené au désastre actuel. Qu'on ne s'y trompe pas. C'est à une relance de la «guerre contre le terrorisme» que l'on assiste au Proche-Orient, dans la droite ligne de la croisade déclenchée par George Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.» (2)
On oublie trop souvent que Daesh s'était fait signaler rien que pour le dernier mois par quatre attentats sanglants comme a tenu à le rappeler John Kerry à sa sortie de l'Elysée. Dans l'ordre: Ankara - plus de 100 morts- Sinaï, un avion explose; 224 morts; Beyrouth, 41 morts des centaines de blessés et enfin Paris 130 morts. Claude Jacqueline Herdhuin écrit en pointant du doigt la responsabilité non assumée de l'Occident qui s'étonne du retour de manivelle: «Je suis atterrée par ce carnage et révoltée que des innocents et des innocentes aient payé de leur vie ce que nos dirigeants ont délibérément laissé faire. Depuis le 11 septembre 2001, la guerre contre le terrorisme a fait du monde un terrain de combat. Les États-Unis ont su créer un climat de terreur, aux États-Unis d' abord, puis à l'échelle de la planète. Bien sûr, ils allèguent agir au nom de la justice. De la démocratie. Pour le bien de tous les peuples. Pourtant, il a été démontré que le 11 septembre est un coup organisé par le gouvernement américain. (...) Avec la chute du bloc de l'Est, les États-Unis n'avaient plus personne pour les arrêter. Ils pouvaient régner en seigneur et maître. Les attentats d'hier sont le résultat de cette omnipotence (...) Tout le monde parle de la menace d'une troisième guerre mondiale. Mais nous sommes en pleine troisième guerre mondiale. Une guerre qui ébranle toute la planète et qui stigmatise des populations. Dans les années 1930, les méchants étaient les juifs, aujourd'hui, ce sont les musulmans. Nous assistons aux mêmes campagnes de diabolisation. (...) Mon coeur pleure pour les victimes et leurs familles. Il pleure aussi pour les victimes en Syrie, au Liban, au Kenya et partout dans le monde. Je refuse tout amalgame entre réfugiés, musulmans, Arabes et terroristes. J'espère que tous les coupables seront punis, tous.». (3)

Même analyse de Bruno Adrie qui déclare : «Nous allons devoir être très vigilants car, dans ce genre de situation, c'est la démocratie qui va vite se trouver en danger. N'oublions pas qu'en temps de «crise», de salaires en baisse, d'emplois précarisés et de maintien, voire d'augmentation, des bénéfices des détenteurs de la production de richesse, il peut devenir nécessaire, afin de garantir un ordre social injuste, de trouver des raisons pour corseter le mécontentement et bâillonner les voix dissonantes. Ces fusillades et ces explosions, qu'on peut sans hésiter qualifier de terroristes puisqu'elles ne peuvent qu'inspirer de la terreur dans l'esprit du public, risquent d'être rapidement utilisées, quels qu'en soient les commanditaires et les exécutants, contre les libertés et contre la démocratie, au nom, précisément, des libertés et de la démocratie. Le temps est sans doute venu de relire Fahrenheit 451.» (4)

Edwy Plenel fondateur du site Médiapart a fait un exposé remarquable où il a situé les enjeux tout en appelant à ne pas faire d'amalgame: «Vendredi 13 novembre, toute une société fut la cible du terrorisme: notre société, notre France, faite de diversité et de pluralité, de rencontres et de mélanges. Et c'est elle qu'il me faut défendre car elle est notre plus sûre et plus durable protection. (...) Au-delà de la France, de sa politique étrangère ou de ceux qui la gouvernent, leur cible était cet idéal démocratique d'une société de liberté, parce que de droit: droit d'avoir des droits; égalité des droits, sans distinction d'origine, d'apparence, de croyance; droit de faire son chemin dans la vie sans être assigné à sa naissance ou à son appartenance. Une société d'individus, dont le «nous» est tissé d'infinis «moi» en relation les uns avec les autres. Une société de libertés individuelles et de droits collectifs.(...) C'est cette société ouverte que les terroristes veulent fermer. Leur but de guerre est qu'elle se ferme, se replie, se divise, se recroqueville, s'abaisse et s'égare, se perde en somme. C'est notre vivre ensemble qu'ils veulent transformer en guerre intestine, contre nous-mêmes. Quels que soient les contextes, époques ou latitudes, le terrorisme parie toujours sur la peur. (...) Pour mieux le combattre, pour ne pas tomber dans son piège, pour ne jamais lui donner raison, par inconscience ou par aveuglement provoquer par la terreur un chaos encore plus grand dont il espère, en retour, un gain supplémentaire de colère, de ressentiment, d'injustice... Nous le savons, d'expérience vécue, et récente, tant la fuite en avant nord-américaine après les attentats de 2001 est à l'origine du désastre irakien d'où a surgi l'organisation dite État islamique, née des décombres d'un État détruit et des déchirures d'une société violentée. (...) Car, devant ce péril qui nous concerne tous, nous ne pouvons délaisser notre avenir et notre sécurité à ceux qui nous gouvernent. S'il leur revient de nous protéger, nous ne devons pas accepter qu'ils le fassent contre nous, malgré nous, sans nous.(5)


La politique étrangère de la France : Méconnaissable !

Beaucoup d'analyses ont été faites concernant la politique étrangère actuelle de la France qui serait responsable de ces conséquences. On se plait à la comparer à celle du général de Gaulle, faite d’indépendance, de libre arbitre et de pondération voire d’équilibre subtil s’agissant du Moyen Orient

Edwy Plenel s'interroge, ensuite, sur la politique étrangère: «(...) Si l'on nous dénie le droit d'interroger une politique étrangère d'alliance avec des régimes dictatoriaux ou obscurantistes (Égypte, Arabie saoudite), des aventures guerrières sans vision stratégique (notamment au Sahel), des lois sécuritaires dont l'accumulation se révèle inefficace, des discours politiques de courte vue et de faible hauteur (sur l'islam notamment, avec ce refoulé colonial de «l'assimilation»), qui divisent plus qu'ils ne rassemblent, qui alimentent les haines plus qu'ils ne rassurent, qui expriment les peurs d'en haut plus qu'ils ne mobilisent le peuple d'en bas. Faire face au terrorisme, c'est faire société, faire muraille de cela même qu'ils veulent abattre. Défendre notre France, notre France arc-en-ciel, forte de sa diversité et de sa pluralité, cette. France capable de faire cause commune dans le refus des amalgames et des boucs émissaires. (...) En Grande-Bretagne, lors des attentats de 2005, la société s'était spontanément dressée autour du slogan inventé par un jeune internaute: «We're Not Afraid.» Non, nous n'avons pas peur. Sauf de nous-mêmes, si nous y cédions. La société que les tueurs voudraient fermer, nous en défendons l'ouverture, plus que jamais.» (5)

Interviewé par Hassina Mechaï, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, analyse les attentats de Paris. «Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy déclare-t-il, la France s'est totalement alignée sur la stratégie américaine. Paris a joué le fer de lance d'une espèce de défense européenne dans le monde arabo-musulman. On l'a vu avec l'affaire de la Libye, mais également avec François Hollande et ses déclarations sur la Syrie. Les islamistes de l'EI ont pu penser, que par rapport à Jacques Chirac qui avait refusé d'aller faire la guerre à l'Irak, désormais les néo-conservateurs étaient au pouvoir avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. Forcément, cette position a fait remonter la France dans la hiérarchie des ennemis. La seconde raison est une simple question d'accessibilité. La France est un pays d'immigration. On y trouve la plus importante communauté chinoise, juive, arménienne, et musulmane de l'ensemble des pays de l'Union européenne.» (6)

«Dans cette affaire, c'est moins la question de l'Islam que celle du Salafisme qui se pose. J'ai rédigé l'année dernière mon rapport intitulé «Quelle politique de contre-radicalisation en France» dans lequel je notais la fracture entre ces gens qui prétendent parler pour l'ensemble des musulmans et une classe moyenne française de culture musulmane qui a sa place en France, qui y réussit, fournit ses élites, artistes, écrivains, ingénieurs...Cette classe moyenne se trouve confrontée à ces salafistes qui les qualifient de traîtres, d'auxiliaires de police. Cette classe moyenne s'était déjà mobilisée contre ces salafistes. D'ailleurs, au passage, ces derniers assassinent plus de musulmans que de non-musulmans.» (6)


Les amalgames entretenus par Daesh et les Extrêmes Droties : Un même combat

«L'El alimente la suspicion en prétendant mobiliser l'ensemble des musulmans, ils créent de fait un amalgame qui va forcément beaucoup plaire aussi à l'extrême droite.
(...) il y a plus que jamais nécessité de discuter avec les Français musulmans pour éviter de refaire des erreurs. (...) II faut aussi un discours de la dé-victimisation, puisque les salafistes surfent précisément sur cette idée de victimisation des musulmans français (...) Il faut se rappeler qu'il y a une tradition d'interventionnisme des Occidentaux dans les pays du Moyen-Orient. Les musulmans ont pu dès lors considérer qu'il y avait une politique du double standard, les Occidentaux intervenant pour leurs intérêts, mais jamais pour défendre les Palestiniens. Sur un site salafiste, j'ai pu lire par exemple: «1000 morts à Gaza, on ne fait rien, quatre Occidentaux égorgés, on envoie l'Armée. (...) Si on leur suggérait par exemple que l'Arabie saoudite aurait pu intervenir en Irlande du Nord pour séparer les Catholiques des Protestants, ils auraient parlé de folie. Or c'est exactement ce que font les Occidentaux. (...) si on attaque l'EI parce qu'il décapite, coupe des mains, interdit les autres religions, opprime les femmes, pourquoi défendre l'Arabie saoudite, qui fait la même chose?» (6)

Pierre Conesa reconnaît que l'Occident qui, en s'immisçant dans des affaires qui ne le regarde pas, a déclaré la guerre: «(...) C'est nous qui avons déclaré la guerre. Il y avait quand même 15 Saoudiens sur 19 terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre et c'est pourtant l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord qui ont été désignés comme «Axe du Mal» (...) Il faut résoudre les situations politiquement. L'Histoire le montre: le terrorisme algérien s'est arrêté avec l'Indépendance par exemple. Il faut entamer un processus politique. Chaque fois qu'on estime qu'il ne faut pas discuter avec les terroristes, on sait qu'à la fin, si on n'a pas les moyens de les exterminer, on sera acculé. Plus on s'enferme dans la logique militaire, plus on aura d'attentats. Il faut engager un processus politique. On ne peut choisir son interlocuteur.(...) Un processus politique, c'est aussi reconnaître que l'adversaire a aussi une légitimité à ce qu'il prétend.» (6)

Dominique de Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères, en septembre 2014 sur le plateau. Ce soir ou jamais rappelait les responsabilités d'une politique américaine dans laquelle il n'y a rien à sauver depuis 15 ans, et dénonce un suivisme français contre nature. La guerre n'est pas notre vocation, notre vocation c'est la paix et la diplomatie car nous n'avons aucunement besoin d'ennemis pour exister et nous imposer. L'Elysée, Matignon et le Quai d'Orsay sont occupés par des hommes incapables de penser un monde en dehors de la Pax Americana et la nécessité aujourd'hui de nous en éloigner pour mieux retrouver au plus vite notre indépendance et notre tradition diplomatique de recherche d'équilibre.»(7)


Les Français de confession musulmane sont avant tout des Français et c'est à la République de les protéger. Leur intimer chaque fois l'ordre de se disculper est porteur de division. Ils se doivent d'être associés pour dénoncer le terrorisme. Les attentats de Paris devraient être un moment de recueillement de tous les Français. Rien ne saurait justifier. Il est important cependant de signaler que le terreau du terrorisme est celui du manque de perspectives de ces jeunes Français en pleine errance. La République intégratrice a le devoir de les récupérer.

1. http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2015-11-16-Paris

2. http://www.monde-diplomatique.fr/2014/ 10/GRESH/50885


3.Claude Jacqueline Herdhuin Mondialisation.ca, 15 novembre 2015


4.Bruno Adrie Mondialisation.ca, 14 novembre 2015 Le blog de Bruno Adrie


5 . http://www.mediapart.fr/journal/france/141115/la-peur-est-notre-ennemie


6.Pierre Conesa: «C'est nous qui avons déclaré la guerre» Middle East Eye Novembre 2015

7. http://www.mondialisation.ca/dominique-de-villepin-a-propos-de-letat-islamique-6-minutes-dinteligence-et-de-lucidite/5489562

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/229852-il-faut-soigner-les-causes.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 20:12

«Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.»

André Malraux

Dans la nuit du 13 au 14 novembre, Paris a connu plusieurs attentats terroristes aveugles qui ont fauché des dizaines de vies et blessé plus de trois cent personnes. Au-delà de l'horreur à laquelle la conscience humaine ne peut s'habituer - en Algérie nous avons connu cela pendant la décennie noire- iI y a lieu de s'interroger pourquoi ces meurtres de masse? Pourquoi des jeunes? Pourquoi plus généralement des dizaines de jeunes de par le monde sont fauchés? Rappelons qu'en l'espace d'à peine un mois, le deuil, la souffrance et les larmes ont touché la Turquie, le Liban, la Russie et maintenant la France. Un coupable: Daesh.

Les causes invoquées

La mort de personnes innocentes qui ne sont pas partie prenante du conflit, est inexcusable quelques soient le lieu ou elles tombent dans les pays riches où la vie semble ne pas avoir la même valeur que dans les pays pauvres misérables minées par les geurres et le desespoir. Pourtant le deuil est le même, la souffrance est indélébile et il n’y a pas de mercuriale dans l’échelle de la douleur et il n’ya pas lieu de faire dans la concurrence victimaire. Toutes les morts se valent il n’y a pas, -malgré des tapages indécents ad nauseam, plus faits pour attiser les haines et amalgamer les non dits- des morts qui valent plus que d’autres . Rien ne vaut une vie aurait dit Malraux.

Il faut, cependant, remonter aux causes pour tenter de comprendre ce qui a amené des jeunes ces extrémités pour faire le sacrifice suprême. On invoque l’instinct de mort du à l’endoctrinement. C’est d’ailleurs une analogie que l’on fait en parlant de kamikazes ces jeunes pilotes japonais qui vont jusqu’au sacrifice pour la défense de leur pays. Mais est ce suffisant ? On peut aussi invoquer le fait que les donneurs d’ordre ne sont pas en première ligne et se contentent d’envoyer à la mort des jeunes endoctrinés au nom d’une certaine idée de la religion musulmane. Mais ce n’est pas suffisant , le terreau dans lequel les marchands de mort par procuration prospèrent est là où il y a malvie. Là où les jeunes sentent qu’il y a un plafond de verre au dessus de leur tête , invisible mais qui obère toute possibilité pour ces jeunes de s’épanouir de participer à la vie de la société de prétendre à des miettes de bonheur .La crise est certainement passée par là et une fois de plus ce sont les allogènes qui servent de variables d’ajustement

Pour l’éditorialiste du journal Le Monde diplomatique: «Les auteurs de ces attentats, souvent des jeunes Français musulmans, ont motivé leur acte en invoquant l'intervention militaire de leur pays en Syrie contre l'Organisation de l'Etat islamique (OEI). Et, dorénavant, le gouvernement français comme l'opposition de droite s'accordent sur la nécessité de multiplier les «frappes» en Syrie. L'urgence de mener sur le front intérieur une «guerre» implacable ne les distingue pas davantage.(...) La politique étrangère française, dont le crédit a été largement atteint par une succession d'hypocrisies et de maladresses, paraît à présent se rallier à l'idée d'une alliance aussi large que possible. Tous (Sarkozy et les autres) exigeaient il y a encore quelques mois, ou quelques semaines, le départ préalable du président syrien Bachar Al-Assad; tous y ont dorénavant renoncé. (...) Faudra-t-il alors imaginer une nouvelle intervention pour séparer (ou pour détruire) certains des ex-coalisés? L'autre question fondamentale tient à la légitimité et à l'efficacité des interventions militaires occidentales par rapport même aux buts qu'elles s'assignent. (...) Au demeurant, à moins d'imaginer que l'objectif que visent à présent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, etc., soit simplement de s'assurer que le Proche-Orient et les monarchies obscurantistes du Golfe demeureront un marché dynamique pour leurs industries de l'armement, comment ne pas avoir à l'esprit le bilan proprement calamiteux des dernières expéditions militaires auxquelles Washington, Paris, Londres, etc. ont participé, ou que ces capitales ont appuyées?» (1)

Les racines du terrorisme viennent de la destruction des Etats

«Entre 1980 et 1988, lit on, toujours sur l’éditorial du Monde Diplomatique, lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, les pays du Golfe et les puissances occidentales ont largement aidé le régime de Saddam Hussein. Quinze ans plus tard, en 2003, une coalition emmenée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni (mais sans la France) détruisait l'Irak de Saddam Hussein. Résultat: ce pays, ou ce qu'il en reste, est devenu un allié très proche... de l'Iran. Et plusieurs centaines de milliers de ses habitants ont péri, principalement des suites d'affrontements confessionnels entre sunnites et chiites. Pour que le désastre soit tout à fait complet, l'OEI contrôle une partie du territoire irakien. Même scénario en 2011 quand, outrepassant le mandat d'une résolution de l'Organisation des Nations unies, les Occidentaux ont provoqué la chute de Mouammar Kadhafi. Ils prétendaient ainsi rétablir la démocratie en Libye, comme si ce souci avait jamais déterminé la conduite de leur politique étrangère dans la région. Aujourd'hui, la Libye n'est plus un pays, mais un territoire où s'affrontent militairement deux gouvernements.(1)

Pour Alain Gresh, les bombardements occidentaux en Irak et en Syrie annoncent une campagne de longue durée contre l'Organisation de l'Etat islamique.: «La rhétorique de l'administration Obama rappelle chaque jour davantage celle du président George W. Bush. dont la politique a mené au désastre actuel. Qu'on ne s'y trompe pas. C'est à une relance de la «guerre contre le terrorisme» que l'on assiste au Proche-Orient, dans la droite ligne de la croisade déclenchée par George Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.» (2)
On oublie trop souvent que Daesh s'était fait signaler rien que pour le dernier mois par quatre attentats sanglants comme a tenu à le rappeler John Kerry à sa sortie de l'Elysée. Dans l'ordre: Ankara - plus de 100 morts- Sinaï, un avion explose; 224 morts; Beyrouth, 41 morts des centaines de blessés et enfin Paris 130 morts. Claude Jacqueline Herdhuin écrit en pointant du doigt la responsabilité non assumée de l'Occident qui s'étonne du retour de manivelle: «Je suis atterrée par ce carnage et révoltée que des innocents et des innocentes aient payé de leur vie ce que nos dirigeants ont délibérément laissé faire. Depuis le 11 septembre 2001, la guerre contre le terrorisme a fait du monde un terrain de combat. Les États-Unis ont su créer un climat de terreur, aux États-Unis d' abord, puis à l'échelle de la planète. Bien sûr, ils allèguent agir au nom de la justice. De la démocratie. Pour le bien de tous les peuples. Pourtant, il a été démontré que le 11 septembre est un coup organisé par le gouvernement américain. (...) Avec la chute du bloc de l'Est, les États-Unis n'avaient plus personne pour les arrêter. Ils pouvaient régner en seigneur et maître. Les attentats d'hier sont le résultat de cette omnipotence (...) Tout le monde parle de la menace d'une troisième guerre mondiale. Mais nous sommes en pleine troisième guerre mondiale. Une guerre qui ébranle toute la planète et qui stigmatise des populations. Dans les années 1930, les méchants étaient les juifs, aujourd'hui, ce sont les musulmans. Nous assistons aux mêmes campagnes de diabolisation. (...) Mon coeur pleure pour les victimes et leurs familles. Il pleure aussi pour les victimes en Syrie, au Liban, au Kenya et partout dans le monde. Je refuse tout amalgame entre réfugiés, musulmans, Arabes et terroristes. J'espère que tous les coupables seront punis, tous.». (3)

Même analyse de Bruno Adrie qui déclare : «Nous allons devoir être très vigilants car, dans ce genre de situation, c'est la démocratie qui va vite se trouver en danger. N'oublions pas qu'en temps de «crise», de salaires en baisse, d'emplois précarisés et de maintien, voire d'augmentation, des bénéfices des détenteurs de la production de richesse, il peut devenir nécessaire, afin de garantir un ordre social injuste, de trouver des raisons pour corseter le mécontentement et bâillonner les voix dissonantes. Ces fusillades et ces explosions, qu'on peut sans hésiter qualifier de terroristes puisqu'elles ne peuvent qu'inspirer de la terreur dans l'esprit du public, risquent d'être rapidement utilisées, quels qu'en soient les commanditaires et les exécutants, contre les libertés et contre la démocratie, au nom, précisément, des libertés et de la démocratie. Le temps est sans doute venu de relire Fahrenheit 451.» (4)

Edwy Plenel fondateur du site Médiapart a fait un exposé remarquable où il a situé les enjeux tout en appelant à ne pas faire d'amalgame: «Vendredi 13 novembre, toute une société fut la cible du terrorisme: notre société, notre France, faite de diversité et de pluralité, de rencontres et de mélanges. Et c'est elle qu'il me faut défendre car elle est notre plus sûre et plus durable protection. (...) Au-delà de la France, de sa politique étrangère ou de ceux qui la gouvernent, leur cible était cet idéal démocratique d'une société de liberté, parce que de droit: droit d'avoir des droits; égalité des droits, sans distinction d'origine, d'apparence, de croyance; droit de faire son chemin dans la vie sans être assigné à sa naissance ou à son appartenance. Une société d'individus, dont le «nous» est tissé d'infinis «moi» en relation les uns avec les autres. Une société de libertés individuelles et de droits collectifs.(...) C'est cette société ouverte que les terroristes veulent fermer. Leur but de guerre est qu'elle se ferme, se replie, se divise, se recroqueville, s'abaisse et s'égare, se perde en somme. C'est notre vivre ensemble qu'ils veulent transformer en guerre intestine, contre nous-mêmes. Quels que soient les contextes, époques ou latitudes, le terrorisme parie toujours sur la peur. (...) Pour mieux le combattre, pour ne pas tomber dans son piège, pour ne jamais lui donner raison, par inconscience ou par aveuglement provoquer par la terreur un chaos encore plus grand dont il espère, en retour, un gain supplémentaire de colère, de ressentiment, d'injustice... Nous le savons, d'expérience vécue, et récente, tant la fuite en avant nord-américaine après les attentats de 2001 est à l'origine du désastre irakien d'où a surgi l'organisation dite État islamique, née des décombres d'un État détruit et des déchirures d'une société violentée. (...) Car, devant ce péril qui nous concerne tous, nous ne pouvons délaisser notre avenir et notre sécurité à ceux qui nous gouvernent. S'il leur revient de nous protéger, nous ne devons pas accepter qu'ils le fassent contre nous, malgré nous, sans nous.(5)


La politique étrangère de la France : Méconnaissable !

Beaucoup d'analyses ont été faites concernant la politique étrangère actuelle de la France qui serait responsable de ces conséquences. On se plait à la comparer à celle du général de Gaulle, faite d’indépendance, de libre arbitre et de pondération voire d’équilibre subtil s’agissant du Moyen Orient

Edwy Plenel s'interroge, ensuite, sur la politique étrangère: «(...) Si l'on nous dénie le droit d'interroger une politique étrangère d'alliance avec des régimes dictatoriaux ou obscurantistes (Égypte, Arabie saoudite), des aventures guerrières sans vision stratégique (notamment au Sahel), des lois sécuritaires dont l'accumulation se révèle inefficace, des discours politiques de courte vue et de faible hauteur (sur l'islam notamment, avec ce refoulé colonial de «l'assimilation»), qui divisent plus qu'ils ne rassemblent, qui alimentent les haines plus qu'ils ne rassurent, qui expriment les peurs d'en haut plus qu'ils ne mobilisent le peuple d'en bas. Faire face au terrorisme, c'est faire société, faire muraille de cela même qu'ils veulent abattre. Défendre notre France, notre France arc-en-ciel, forte de sa diversité et de sa pluralité, cette. France capable de faire cause commune dans le refus des amalgames et des boucs émissaires. (...) En Grande-Bretagne, lors des attentats de 2005, la société s'était spontanément dressée autour du slogan inventé par un jeune internaute: «We're Not Afraid.» Non, nous n'avons pas peur. Sauf de nous-mêmes, si nous y cédions. La société que les tueurs voudraient fermer, nous en défendons l'ouverture, plus que jamais.» (5)

Interviewé par Hassina Mechaï, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, analyse les attentats de Paris. «Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy déclare-t-il, la France s'est totalement alignée sur la stratégie américaine. Paris a joué le fer de lance d'une espèce de défense européenne dans le monde arabo-musulman. On l'a vu avec l'affaire de la Libye, mais également avec François Hollande et ses déclarations sur la Syrie. Les islamistes de l'EI ont pu penser, que par rapport à Jacques Chirac qui avait refusé d'aller faire la guerre à l'Irak, désormais les néo-conservateurs étaient au pouvoir avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. Forcément, cette position a fait remonter la France dans la hiérarchie des ennemis. La seconde raison est une simple question d'accessibilité. La France est un pays d'immigration. On y trouve la plus importante communauté chinoise, juive, arménienne, et musulmane de l'ensemble des pays de l'Union européenne.» (6)

«Dans cette affaire, c'est moins la question de l'Islam que celle du Salafisme qui se pose. J'ai rédigé l'année dernière mon rapport intitulé «Quelle politique de contre-radicalisation en France» dans lequel je notais la fracture entre ces gens qui prétendent parler pour l'ensemble des musulmans et une classe moyenne française de culture musulmane qui a sa place en France, qui y réussit, fournit ses élites, artistes, écrivains, ingénieurs...Cette classe moyenne se trouve confrontée à ces salafistes qui les qualifient de traîtres, d'auxiliaires de police. Cette classe moyenne s'était déjà mobilisée contre ces salafistes. D'ailleurs, au passage, ces derniers assassinent plus de musulmans que de non-musulmans.» (6)


Les amalgames entretenus par Daesh et les Extrêmes Droties : Un même combat

«L'El alimente la suspicion en prétendant mobiliser l'ensemble des musulmans, ils créent de fait un amalgame qui va forcément beaucoup plaire aussi à l'extrême droite.
(...) il y a plus que jamais nécessité de discuter avec les Français musulmans pour éviter de refaire des erreurs. (...) II faut aussi un discours de la dé-victimisation, puisque les salafistes surfent précisément sur cette idée de victimisation des musulmans français (...) Il faut se rappeler qu'il y a une tradition d'interventionnisme des Occidentaux dans les pays du Moyen-Orient. Les musulmans ont pu dès lors considérer qu'il y avait une politique du double standard, les Occidentaux intervenant pour leurs intérêts, mais jamais pour défendre les Palestiniens. Sur un site salafiste, j'ai pu lire par exemple: «1000 morts à Gaza, on ne fait rien, quatre Occidentaux égorgés, on envoie l'Armée. (...) Si on leur suggérait par exemple que l'Arabie saoudite aurait pu intervenir en Irlande du Nord pour séparer les Catholiques des Protestants, ils auraient parlé de folie. Or c'est exactement ce que font les Occidentaux. (...) si on attaque l'EI parce qu'il décapite, coupe des mains, interdit les autres religions, opprime les femmes, pourquoi défendre l'Arabie saoudite, qui fait la même chose?» (6)

Pierre Conesa reconnaît que l'Occident qui, en s'immisçant dans des affaires qui ne le regarde pas, a déclaré la guerre: «(...) C'est nous qui avons déclaré la guerre. Il y avait quand même 15 Saoudiens sur 19 terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre et c'est pourtant l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord qui ont été désignés comme «Axe du Mal» (...) Il faut résoudre les situations politiquement. L'Histoire le montre: le terrorisme algérien s'est arrêté avec l'Indépendance par exemple. Il faut entamer un processus politique. Chaque fois qu'on estime qu'il ne faut pas discuter avec les terroristes, on sait qu'à la fin, si on n'a pas les moyens de les exterminer, on sera acculé. Plus on s'enferme dans la logique militaire, plus on aura d'attentats. Il faut engager un processus politique. On ne peut choisir son interlocuteur.(...) Un processus politique, c'est aussi reconnaître que l'adversaire a aussi une légitimité à ce qu'il prétend.» (6)

Dominique de Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères, en septembre 2014 sur le plateau. Ce soir ou jamais rappelait les responsabilités d'une politique américaine dans laquelle il n'y a rien à sauver depuis 15 ans, et dénonce un suivisme français contre nature. La guerre n'est pas notre vocation, notre vocation c'est la paix et la diplomatie car nous n'avons aucunement besoin d'ennemis pour exister et nous imposer. L'Elysée, Matignon et le Quai d'Orsay sont occupés par des hommes incapables de penser un monde en dehors de la Pax Americana et la nécessité aujourd'hui de nous en éloigner pour mieux retrouver au plus vite notre indépendance et notre tradition diplomatique de recherche d'équilibre.»(7)


Les Français de confession musulmane sont avant tout des Français et c'est à la République de les protéger. Leur intimer chaque fois l'ordre de se disculper est porteur de division. Ils se doivent d'être associés pour dénoncer le terrorisme. Les attentats de Paris devraient être un moment de recueillement de tous les Français. Rien ne saurait justifier. Il est important cependant de signaler que le terreau du terrorisme est celui du manque de perspectives de ces jeunes Français en pleine errance. La République intégratrice a le devoir de les récupérer.

1. http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2015-11-16-Paris

2. http://www.monde-diplomatique.fr/2014/ 10/GRESH/50885


3.Claude Jacqueline Herdhuin Mondialisation.ca, 15 novembre 2015


4.Bruno Adrie Mondialisation.ca, 14 novembre 2015 Le blog de Bruno Adrie


5 . http://www.mediapart.fr/journal/france/141115/la-peur-est-notre-ennemie


6.Pierre Conesa: «C'est nous qui avons déclaré la guerre» Middle East Eye Novembre 2015

7. http://www.mondialisation.ca/dominique-de-villepin-a-propos-de-letat-islamique-6-minutes-dinteligence-et-de-lucidite/5489562

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/229852-il-faut-soigner-les-causes.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 12:52

«Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.»

Guillaume d'Orange

Il m'a été donné d'animer une conférence dans le programme précurseur de la COP 21 à Marseille. Le thème que j'ai développé portait sur la stratégie algérienne en matière de transition énergétique et de développement durable. L'auditoire était composé de plus d'une centaine de doctorants venant de France et du Maghreb. J'ai d'abord donné mon point de vue sur les attendus de la COP 21 et ma conviction, malgré les effets d'annonce, et surtout l'engagement des «croyants» en un monde meilleur que la bataille est perdue pour les 2°C à ne pas dépasser sous peine d'apocalypse.

De fait, à grands renforts médiatiques avant même que la 21e conférence sur le climat n'ait lieu à Paris (COP 21) on présente cet événement comme étant une rupture: il y a un avant-COP21 et il y aura un après-COP 21. Comme d'habitude, le manque d'humilité donne l'illusion que cette nouvelle rencontre va sauver ou non l'humanité. Pourtant, nous verrons qu'il n'en est rien. Les hommes étant ce qu'ils sont et la réalité immuable étant ce qu'elle est, il est à craindre qu'une fois de plus, dès lors que les lampions médiatiques et les récupérations politiques seront faites, chacun continuera comme par le passé à faire ce qu'il veut malgré « des promesses qui, aurait dit un homme d'Etat français, n'engageraient que ceux qui y croient »

L'ambivalence du discours des pays industrialisés

Le discours des pays développés est ambivalent. On verse des larmes de crocodile sur les petits pays insulaires comme les Iles Maldives qui risquent de disparaître et dans le même temps, on continue à investir dans les énergies fossiles responsables de la débâcle climatique. Sait-on que plus de 900 milliards de tonnes de CO2 ont été émises depuis le début du XXe siècle presque exclusivement par les pays industrialisés et non pas par les pays du Sud non développés, mais qui sont aux premières loges quand il faut payer l'addition des convulsions climatiques.

Comment peut-on parler de promesses et de vision nouvelle vers le développement durable quand les pays industrialisés et, de plus en plus, les pays émergents investissent en masse dans les énergies fossiles? Ainsi, on apprend que ces pays ont dépensé plus de 600 milliards de dollars pour les énergies fossiles et ne s'entendent pas pour arriver à mettre en place un fonds de 100 milliards de dollars pour aider les pays du Sud à lutter contre les changements climatiques dont ils sont responsables?

Olivier Petitjean nous parle du cas de la France dont la position ambivalente s'apparente à la devise du curé de campagne: «Faites ce que je vous dis, mais ne faites pas ce que je fais.» Ainsi dit-il: «La seule banque à figurer parmi les sponsors officiels de la Conférence internationale de Paris sur le climat, BNP Paribas, écrit Olivier Petitjean, est aussi le leader français du financement des énergies sales, qu'il s'agisse de charbon, de gaz de schiste, de sables bitumineux ou d'autres sources fossiles. Pour toutes ces raisons, BNP Paribas est nominée cette année aux «prix Pinocchio du climat». Responsable à lui seul de près de 40% des émissions globales de dioxyde de carbone, le charbon est considéré comme l'ennemi numéro un du climat. Son extraction dans des mines et sa combustion dans des centrales électriques sont aussi une source majeure de pollution de l'air et de l'eau, dont le coût humain est souvent dramatique ». (1)

« On estime ainsi à 18.000 le nombre de décès prématurés causés en Europe par la pollution issue des centrales au charbon. Plus généralement, selon une étude rendue publique aujourd'hui par Oxfam France et les Amis de la terre, les cinq plus grandes banques françaises - BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Natixis et Crédit mutuel-CIC - ont investi collectivement pas moins de 129 milliards d'euros dans le secteur des énergies fossiles entre 2009, l'année du sommet de Copenhague sur le climat, et 2014. Leurs investissements dans les énergies renouvelables plafonnent, eux, à 18 milliards d'euros, soit sept fois moins! «Quand on sait que les cinq prochaines années seront cruciales pour infléchir la hausse des températures, les banques françaises doivent dès maintenant opérer un virage à 180° en sortant des fossiles à commencer par le charbon, et en finançant réellement la transition énergétique», souligne Alexandre Naulot d'Oxfam France».(1) (2)


Requête de l'Algérie pour contribuer à diminuer l'effet de serre

La contribution principale de ma conférence à la rencontre de Marseille, a consisté à présenter les efforts de l'Algérie pour une transition énergétique vers le développement durable. Cette option permettrait de désengorger la demande en énergies fossiles et en carburants. L'Algérie n’arête pas de subir les conséquences de l’errance climatique et ce sont des dizaines d’inondations de destruction de biens de morts de personnes auxquels elle a, affaire chaque année , du fait de ces pluies diluviennes alternées de sécheresse au premier rang desquels le Sahara constitue un laboratoire de visibilité en temps réel- il n’est pas besoin d’attendre 2030 pour cela- des régions arides de mémoire d’homme subissent des déluges avec des oueds (fleuves) qui gonflent démesurément emportant tout sur leur passage, notamment des ouvrages d’art dimensionnés pour des situations habituelles.

De plus, l’Algérie subit présentement le contre-choc pétrolier et n’a pas les moyens , ce faisant , d’une part de faire face à ces convulsions climatiques d’autres part de lutter efficacement pour réduire ses gaz à effet de serre , qui faut il le rappeler tournent au tour de 140 millions de tonnes (3,2 tonnes de CO2/habitant et par an) à comparer aux 10 tonnes pour l’Européen, aux 20 tonnes pour l’Américain et 30 tonnes pour le Qatari ou l’Emirati !!

Transition énergétique et cap sur le Développement Durable

Toutes ces contraintes lui commandent de revoir fondamentalement son modèle énergétique dans le sens de la rationalisation de la consommation par la chasse au gaspillage, l'investissement à marches forcées dans les énergies renouvelables, l'optimisation de la production de ses énergies fossiles pour réussir cette transition énergétique vers le développement durable, condition nécessaire d'un développement fécond, créateur de richesse qui n'hypothèque pas l'avenir des générations futures, tout en respectant la capacité d’absorption de la planète. Le modèle énergétique que se propose de mettre en place l’Algérie devra aboutir à un bouquet énergétique composé des énergies fossiles ( pétrole, gaz naturel, et même gaz de schiste quand la technologie sera mâture et respectueuse de l’environnement) dont la production et la consommation devront être rationalisées. Il comprendra aussi l’appel aux énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie..) dans le cadre d’un plan Marshall intégré et enfin la chasse au gaspillage qui peut nous faire gagner jusqu’à 20 % de l’énergie consommée avec son corollaire, une vérité graduelle sur les prix de l’énergie. L’objectif étant de répercuter les aides aux classes défavorisées directement et non pas sur les carburants, l’électricité ou l’eau

La rationalisation de la consommation : Consommer moins en consommant mieux

Justement, dans le cadre de la rationalisation de la consommation de carburant pour diminuer la pression sur les énergies fossiles L'utilisation d'une façon indirecte du gaz naturel avec la production d'électricité peut être aussi confortée par l'utilisation du GPL (sirghaz) comme carburant directement par une politique volontariste en creusant d'une façon conséquente le différentiel entre le gasoil et le GPL (sirghaz) par quatre leviers, à savoir

1° Aligner le gasoil sur l'essence et les porter à un niveau prohibitif du gaspillage au minimum 35 DA graduellement pour s'aligner sur les prix qui vont nous éviter l'hémorragie aux frontières; le renoncement aux importations coûteuses et la contribution réelle à la diminution du CO2. Dans le même temps porter symboliquement le prix du sirghaz à un prix de 10 DA pour bien montrer la volonté des pouvoirs publics à faire admettre que les prix ne sont pas figés.

2° Favoriser le GPL (sirghaz) en creusant les différentiels pour les vignettes (du simple au double par rapport aux véhicules à essence et prévoir dans un premier temps la gratuité des autoroutes pour les véhicules roulant au sirghaz

3° Le plus important est l'aide de l'Etat à la mise en place du dispositif de conversion au GPL (sirghaz) le prix moyen étant autour de 100.000 DA, l'Etat prendrait à sa charge 50% du coût pour permettre aux utilisateurs d'amortir leurs investissement dans des délais raisonnables. Pour une voiture qui roule 20.000 km/an pour 6 litres aux 100 cela fait 1200 litres achetés à 10 DA le litre cela fait un investissement de 12.000 DA. Si l'automobiliste utilise l'essence, le coût serait de 40.000 DA, le différentiel de 28.000 DA permettrait à l'utilisateur de pouvoir amortir la conversion au sirghaz au bout de deux ans. C'est jouable, d'autant que l'on s'acheminera dans les prochaines années à rationaliser la consommation d'essence et de gasoil en introduisant une carte, carburant annuelle pour un volume donné. Si l'automobiliste consomme plus, il le paiera à un prix plus élevé.

4° Pour que cette stratégie réussisse, il est nécessaire que l'Etat donne l'exemple en convertissant les parcs administratifs et ceux des sociétés au GPL. Il en sera de même des flottes captives comme les véhicules des chauffeurs de taxi et les véhicules de transport.

De plus, à l'instar de ce qui se passe en Europe, l'Algérie devrait encourager la double carburation essence/ électricité. Il faut savoir en effet, qu'un «plein» de 150 km en énergie électrique coûte 2 euros dans une voiture électrique en France. ​

De ce fait, dans les pays où la transition vers le développement durable a un sens les appartements, voire les habitations sont équipées de prises électriques pour voiture. Il y a là un excellent champ pour la création de richesse et la possibilité pour l'Algérie de réduire ses gaz à effets de serre

Le développement des énergies renouvelables

S'agissant des énergies renouvelables, j'ai décrit, lors de cette conférence, les ambitions du pays, à savoir 22000 MW d'ici 2030 axés principalement sur le solaire (70%) L’éolien (20%) la biomasse et la géothermie, la cogénération. La réalisation du programme permettra d’atteindre à l’horizon 2030 une part de renouvelables de près de 27% dans le bilan national de production d’électricité. Le volume de gaz naturel épargné par les 22 000 MW en renouvelables, atteindra environ 300 milliards de m3, soit un volume équivalant à 8 fois la consommation nationale de l’année 2014. Il est impossible d'atteindre cet objectif avec la cinétique actuelle (à peine 400 MW en construction et clés en main). Justement, pour atteindre cet objectif, il faudrait l’équivalent de 1500 MW par an jusqu’en 2030 avec un cout autour de 60 milliards de dollars. L’Algérie devra financer cet ambitieux programme mais chercher des sources de financement externe

Dans ce cadre, l'exemple du Maroc est édifiant. Ce pays dispose d'une stratégie énergétique depuis une dizaine d'années. Son ambition est d'arriver à 42% de son énergie d'origine renouvelable (14% hydraulique, 14% éolien, 14% solaire). Mieux encore, on apprend que ses ambitions sont revenues à la hausse: «50% d'énergies renouvelables. Et ce au Maroc, où la plus grande centrale à énergie solaire sera bientôt construite. Cette macro-centrale de production d'énergie, composée de quatre centrales d'énergie solaires géantes et d'éoliennes. Cette zone de production sera située entre le Sahara et Ouarzazate, l'ampleur du projet est telle que la structure sera la plus importante construction de solaire à concentration (CSP). Au lieu de panneaux photovoltaïques, le pays devrait ainsi produire la moitié de l'électricité qu'il a besoin d'ici 2020 et même en exporter, notamment en Europe. La structure aura une capacité de production de 580 MW. Une première partie de l'installation, Noor 1, sera installée dès la fin de l'année 2015 et aura une capacité de production de 160 MW. Pour Noor 1500.000 panneaux réfléchissants sont installés dans le désert sur 800 rangées et s'adaptent à l'heure de la journée de manière à suivre les mouvements du soleil. L'idée est, aussi, que le marché soit là aussi compétitif qu'il peut l'être aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud sans aucune subvention. Même le Moyen-Orient s'y est mis, sentant le vent tourner à raison du côté du pétrole. La Banque africaine pour le développement a injecté 9 milliards de dollars. (3)

Le Barrage vert: un projet structurant :


Le Barrage vert mis en place il y a plus de 40 ans est un projet structurant : il permettra la lutte contre les changements climatiques développement des énergies renouvelables et développement de l’agriculture L'Algérie ambitionne de réduire ses gaz à effet de serre. Or le bois fournit un combustible économique, renouvelable et au bilan carbone neutre. À la différence des énergies fossiles, l'accroissement forestier permettrait de compenser par la photosynthèse les émissions de CO2 issues de la combustion De plus, les arbres à croissance rapide (des variétés croissent de 1m par an), peuvent permettre à terme une industrie du bois pour le chauffage et l'industrie.

L'avancée du désert peut et doit être freinée. Le Barrage vert mis en place il y a 45 ans devrait être réhabilité, les efforts nationaux et l'aide internationale dans le cadre de la COP21 où l'Algérie devrait annoncer son ambition créeront un véritable microclimat sur une bande de 1500 km avec une profondeur de 20 km. Il est possible dans le cadre d’une vision d’ensemble de pouvoir optimiser à la fois, la lutte contre l’effet de serre, par la production d’électricité verte mais aussi la production de bois et aussi le développement d’une agriculture saharienne

La richesse du Sahara, ce n'est pas seulement les énergies fossiles, la disponibilité d'une nappe phréatique de 45.000 milliards de m3, c'est aussi et surtout ce que l'on pourrait faire pour développer l'agriculture. Faisons du Sahara une seconde Californie. Il est possible de jumeler les ambitions en termes d'énergies renouvelables en construisant des centrales solaires sur toute l'étendue de cette bande. La disponibilité d'eau et d'énergie électrique peut permettre l'avènement aussi d'une agriculture qui permettra au moins l'autosuffisance alimentaire. La richesse du Sahara c'est aussi l'écotourisme, l'archéologie, les sources géothermiques à vocation multiples.

L’Algérie pourra ainsi gagner à la fois son pari de la lutte contre les changements climatiques mais la bataille du développement durable . Pour cela, l’Algérie annoncer à la COP 21 son ambition mais proposer les voies et moyens d’y arriver si des financements multiples notamment le Fonds pour la lutte contre les changements climatiques pouvaient y contribuer



Le projet de gazoduc Algérie-Nigeria

Une autre vision structurante de la transition énergétique vers le développement durable et diminuer les GES, consiste à développer le gazoduc Algérie-Niger- Nigeria. Le projet de gazoduc transafricain écrit Anisse Terrai, entre l'Algérie et le Nigeria est un projet qui pourrait insuffler une dynamique vertueuse dans tout le Sahel. Trans-African gas pipeline (Tsgp). Il permettrait de transporter du gaz naturel nigérian vers l'Algérie, en passant, très probablement, par le Niger. La disponibilité des réserves de gaz naturel au Nigeria ne fait plus débat.(...) La réalisation du Tsgp implique l'extension du réseau algérien de gazoducs existants, déjà important. Les nouvelles canalisations se concentreront, essentiellement, dans l'extrême sud de l'Algérie et permettront de désenclaver de nombreuses localités. Sonatrach pourra ainsi développer des gisements de gaz naturel, auparavant inexploitables, vu leur éloignement du réseau de pipelines, récupérer le gaz associé torché dans certains champs de pétrole. Par ailleurs, le Tsgp générera des recettes supplémentaires avec les droits de passage et/ou les exportations incrémentales de gaz naturel et de GNL. (...) Le soutien de l'Union africaine (UA) est garanti pour sa part, le Tsgp figurant parmi les projets du Nepad. Le gazoduc renforcera l'intégration régionale entre membres de l'UA. Le Tsgp est un projet structurant et créateur de valeur. L'Algérie a beaucoup à gagner. La stabilisation de la région sahélienne, le développement de l'extrême Sud algérien et l'accroissement des revenus gaziers suffisent, à eux seuls, pour en faire une priorité nationale.» (4)



Les financements de ces ambitions

L'Algérie a pris des engagements dans le cadre de la COP 21, ses efforts pourraient être potentiellement plus opérationnels si elle pouvait disposer de financements avantageux. Pour ces deux grandes ambitions dans le cadre du développement durable: le Barrage vert, le gazoduc Nigeria-Algérie Ces deux projets sont structurants et permettraient le développement rapide des énergies renouvelables, le développement de l'agriculture. De plus, ce serait de grands gisements d'emplois et de désenclavement du Sud par la création de villes nouvelles pionnières qui désengorgeront le Nord et participeront, ce faisant à la création de richesse.

Il est important que l'Algérie annonce lors de la COP 21 cette ambition avec l'aide auprès de différentes instances de financement. C'est d'abord le Fonds Climat prévu de 100 milliards de dollars pour la lutte contre les changements climatiques, ensuite auprès de l'Union africaine car le soutien de l'Union africaine (UA) est garanti; le Tsgp figurant parmi les projets du Nepad. De plus, le gazoduc renforcera sans nul doute l'intégration régionale entre
membres de l'UA. Il reste même à solliciter la Banque maghrébine dont l'ouverture est prévue à Tunis fin 2015.

Il est connu en effet que l'intégration économique maghrébine assurerait 2 à 3 points de croissance supplémentaires par an pour chaque pays. Selon une étude du Fonds monétaire international (FMI). Enfin, la mise en place de la nouvelle banque asiatique sous l'égide de la Chine, pourrait dans le cadre d'un partenariat avec ce pays, nous permettre d'accéder aux crédits de cette banque. Si cette ambition était prise en charge, nul doute que nous assisterons à une nouvelle conquête du Sud avec même l'apport de la jeunesse, notamment dans le cadre du Service national. C'est ce type d'utopie mobilisatrice qu'attend la jeunesse pour déclencher un nouveau 1er Novembre pour ce XXIe siècle.

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1.Olivier Petitjean http://www.bastamag.net/les-banques-francaises-investissent-largement-plus-dans-les-energies-sales-que


2. Http://www.fairfinancefrance.org/media/60889/banques-fran%c3%a7aises-quand-le-vert-vire-au-noir.pdf


3. Knies, Gerhard. Global energy and climate security through solar power from deserts. Trans-Mediterranean Renewable Energy Cooperation, 2006

http://www.consoglobe.com/maroc-centrale-solaire-cg#OYil5aOKQISrBjWW.99


4. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5220709

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/228927-les-requetes-que-l-algerie-fera-a-la-cop-21.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 11:21

«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau!»

Victor Hugo (Hymne)

L'Algérie a célébré le 61e anniversaire de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954 avec les mêmes documentaires, les mêmes réflexes, les mêmes têtes et le même message celui de faire comme on le dit le «minimum syndical» qui permet à la famille révolutionnaire dont on peut se demander qu'elle est sa valeur ajoutée, de réchauffer péniblement une symbolique à laquelle les jeunes qui, sans être éduqués dans le culte de la patrie, ont, au fond d'eux-mêmes, le «feu sacré» qui attend de s'exprimer. «La révolution se fera même avec les singes de la Chiffa» disait l'architecte de la Révolution, Mohamed Boudiaf.

On sait, comme l'a si bien décrit Mohamed Merzougui, l'un des 22 dans une émission de Canal Algérie -qui m'a paru suffisamment importante pour être rediffusée d'une façon itérative aux jeunes dans les lycées, les universités les maisons de jeunes- qu'après l'impasse entre les Centralistes et les Messalistes et devant un blocage qui pouvait durer mille ans, une troisième voie s'est faite jour le Crua (Conseil Révolutionnaire d'Unité et d'Action). Sous l'impulsion de Mohamed Boudiaf une nouvelle dynamique vit le jour, celle de passer à l'action armée seul langage -en définitive après des décennies de combat politique sans lendemain-que pouvait comprendre le pouvoir colonial.


L'appel du Premier Novembre

Souvenons-nous de l'Appel du 1er Novembre: «A vous qui êtes appelés à nous juger, Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l'étiquette de Front de Libération nationale, se dégageant de tous les partis et mouvements purement algériens, de s'intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. But: l'indépendance nationale par: la restauration de l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. (...) Algérien!(...) Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté; le Front de Libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne». (Appel du Premier Novembre).

Qui étaient ces révolutionnaires sans arme, sans moyens, sans troupes face à une colonisation qui paraissait durer mille ans? De simples citoyens autour de la trentaine d'âge, formés à la dure école de la vie et qui avaient une conviction gravée dans le marbre. Cette détermination non seulement sans faille vis-à-vis de l'adversaire commun était nécessaire et toutes les manoeuvres du pouvoir colonial pour atomiser le consensus ont échoué. A l'époque il n'y avait ni régionalisme, ni prosélytisme. Seule la cause de la lutte pour la liberté était sacrée.

Qui se souvient de ces Européens algériens de coeur qui s'impliquèrent dans la Révolution comme le fit le couple Chaulet ? Nous constatons avec tristesse et recueillement la mort de Mme Chaulet morte à la veille symbolique du Premier Novembre . Me Chaulet enceinte avec son mari Pierre, bravèrent les interdits et sauvèrent la Révolution en exfiltrant d’Alger, avec leur propre moyens ( une deux Chevaux) deux artisans de la révolution Krim Belcacem et Abane Ramdane.

Qui se souvient aussi, des universitaires et intellectuels qui sont morts pour la patrie? Qui se souvient de ces jeunes filles et jeunes garçons qui ont quitté les bancs du lycée ou de la faculté pour aller au maquis? La liste est longue. Qui se souvient, un exemple parmi des centaines, de Taleb Abderrahmane chimiste de formation, qui fut le concepteur des engins explosifs artisanaux piètres réponses aux bombes au napalm versées sur des mechtas sans défense. Taleb Abderrahmane a eu une mort digne en face de la guillotine d'après son bourreau qui eut des regrets le concernant. Le jour de son exécution, l'injustice française de ce temps voulait lui amener un imam pour lui rappeler la chahada; Taleb Abderrahmane lui dit froidement : «Prends une arme et rejoins le maquis».

A bien des égards, la Révolution a sa place dans le Panthéon des Révolutions du XXe siècle. Elle est, surtout, à ne pas se comparer aux autres. Elle a sa spécificité, ses douleurs et ses convulsions propres.... Il est indéniable que le peuple algérien a souffert pendant 132 ans, soit environ plus de 48 000 jours de malheur, de sang et de larmes que nous gardons encore dans notre ADN et qui expliquent dans une large mesure notre errance actuelle, l'Algérien de ce temps, jeune plein d'idéal, élevé à la dure ou même jeune lettré décida que c'en était trop. Dans un environnement avec une chape de plomb, une vingtaine de patriotes décidèrent du déclenchement de la révolution. Ce fut l'épopée que l'on racontera encore dans cent ans. En effet, au bout d'un processus de près de 2800 jours de bombardements, d'exécutions sommaires, de tueries sans nom, l'envahisseur fut chassé du pays. Le tribut payé fut lourd: des centaines de milliers d'Algériens morts plusieurs milliers de combattants morts, des milliers de villages brûlés et plus de deux millions d'Algériens déplacés avec des traumatismes que l'on gère encore de nos jours.


Messali Hadj, père oublié du nationalisme algérien

La Révolution Algérienne ,quoi qu’en disent les tenants de l’amnésie, n’ pas jailli du néant.Elle avait un fond rocheux constitué par les pionniers du mouvement national avec l’Emir Khaled dans les années dix- vingt puis avec l’avènement de l’Etoile Nord Africaine avec Hadj Ali, Imache et Messali. Pendant près de quarante ans, Messali Hadj eut à lutter avec ses camarades pour l'indépendance pure et simple de l’Algérie. Sa vie politique se confond avec ses années de prison, de déportation et de mise en résidence surveillée. L'histoire retiendra que c'était le seul à avoir appelé pour l'indépendance de l'Algérie au moment où les autres forces politiques prônaient le rattachement à la France dans le cadre du projet Blum-Violette.

Ecoutons ce que déclara Messali Hadj -qui n’y fut pas invité mais qui vint quand même après 48 heures de bateau ayant été libéré trois jours auparavant, - au meeting organisé le 2 aout 1936, par le Congrès musulman qui regroupait le Parti communiste avec Amar Ouzegane, les Ouléma avec Ben Badis, la Fédération des Elus du docteur Bendjelloul: «(....) Oui je salue notre peuple toujours fidèle à son passé historique. Cette terre bénie qui est la nôtre,cette terre de la baraka, n'est pas à vendre ni à marchander ni a rattacher à personne. C'est précisément pour cela que je suis venu assister à ce meeting au nom de l'Etoile Nord Africaine notre parti, votre parti qui est pour l'indépendance de l'Algérie. Cela doit être clair, nous repoussons toute tractation tout marchandage. Maintenant il nous faut nous organiser pour être fort et lutter pour rétablir ces objectifs.» (1)

Parlant de cette amnésie tenace à l’endroit de l’un des pionniers du mouvement national , l'historien Alain Ruscio écrit «Dans l'histoire du nationalisme algérien un point d'interrogation demeure: comment et pourquoi le père fondateur, Messali Hadj, a-t-il pu être désavoué, puis combattu, par ses fils spirituels, alors même qu'il avait été le premier à poser comme objectif non plus un aménagement du système colonial, mais la lutte pour l'indépendance? Au sein de la commission coloniale du Parti communiste français (PCF), le principal responsable était Abdelkader Hadj Ali; il fut secondé par des militants plus jeunes, dont Messali Hadj. En février 1927, à Bruxelles, lors du congrès de la Ligue contre l'impérialisme et l'oppression coloniale, le jeune Messali est chargé de présenter le programme de l'Etoile. Pour la première fois, du haut d'une tribune internationale, un orateur exige l'indépendance de la colonie algérienne et des protectorats tunisien et marocain: «L'indépendance de l'un de ces trois pays n'a de chances d'aboutir que dans la mesure où le mouvement libérateur de ce pays sera soutenu par les deux autres.» (2)

En fait , pendant plus de dix ans ce fut la Chappe de plomb concernant l’évocation de Messali Hadj, qui faut il le rappeler , n’eut la nationalité algérienne pour laquelle il a tant combattu , que vers la fin de sa vie. Il mourut d’ailleurs en terre étrangère loin de sa Terre « Cette Terre bénie de la baraka », pour le paraphraser . Il fut enterré à Tlemcen . On aura beuacoup reproché à Messali Hadj de n’avoir pas voulu prendre le train de la Révolution et d’avoir combattu le FLN. Ceci est admis. Mais souvenons nous , quand à la France fidèle à sa politique du « diviser pour régner » voulu l’associer dans la dernière année du conflit pour créer une troisième force et diviser encore les Algériens, Messali Hadj ne fut pas dupe , il déclina ouvertement « l’offre » laissant le FLN seul négocier.

«Dès le milieu des années 1970 une relecture de l'histoire commença à émerger. Parmi les pionniers, lit-on dans l'Encyclopédie Wikipédia, figure Mohammed Harbi qui a ouvert ce chantier d'investigation et de déconstruction de l'histoire officielle et inaugure une autre conception de l'écriture nationaliste de l'histoire. Il évoque les forces politiques algériennes en présence, avec, au centre, la figure de Messali Hadj, à cette époque bannie de l'histoire officielle en Algérie. Didouche Mourad, dans une lettre envoyée à Mohamed Boudiaf, disait que «chaque révolution a son leader et la Révolution algérienne a Messali El Hadj, si on le trahit la Révolution sera trahie et d'autres qui n'ont jamais rêvé d'indépendance vont cueillir ses fruits.» Il a fallu attendre près de vingt ans pour que finalement la Révolution puisse être déclenchée non par lui, mais par des militants du Mtld fondé par Messali Hadj après la dissolution par les autorités françaises de l'Etoile Nord Africaine co-fondé par Messali, Imache et Hadj Ali, ensuite le PPA fut dissous après le génocide de mai 1945.» (3)

Si nous voulons aller vers une société apaisée , il nous faut éviter de continuer à diviser, il nous faut éviter de se focaliser que le premier novembre. Il y eut beaucoup de premier novembre dans l’histoire tumultueuse de l’Algérie. Une histoire attestée de plus de trois mille ans pour la période historique. Pour le dernier segment de notre histoire, le moment est venu en ce premier novembre de déconstruire- paisiblement- le récit en cours sans attenter aux hommes la réalité des faits qui ont été imposés à l'indépendance par un FLN qui n'avait rien à voir avec le FLN Canal Historique

Souvenons nous, encore une fois, car les mots sont importants, Messali Hadj a été le seul à demander l'indépendance de l'Algérie pendant que les autres partis jouaient la corde politique parlant de l'assimilation et de l'aile protectrice de la France. Le 1er Novembre 1954 reste à juste titre, le dernier épisode symbolique du combat incessant du peuple algérien pendant plus de 30 siècles.


Le FLN Canal Historique a rempli sa mission

Que reste-t-il du FLN fondateur? Nul doute qu'il a rempli avec gloire et honneur sa mission historique Avons-nous été fidèles au serment du Premier novembre? Cette question nous devons nous la poser chaque fois que nous devons contribuer à l'édification du pays par un autre djihad par ces temps incertains. Cependant, il faut bien reconnaître que la génération post-indépendance reste peu informée de la réalité de cette Révolution, de la bravoure d'hommes et de femmes qui ont révolutionné le concept même du combat libérateur.

Trois Algériens sur quatre sont nés après l'Indépendance. Ils n'ont qu'un lointain rapport avec l'Histoire de leur pays. En son temps, le défunt président Mohamed Boudiaf affirmait que, justement, la «mission du FLN s'est achevée le 3 juillet 1962» au lendemain de l'indépendance de l'Algérie. En réalité, beaucoup pensent qu'il est grand temps de remettre ces trois lettres, symboles du patrimoine historique national, au Panthéon de l'Histoire.
Combien de jeunes connaissent ce texte fondateur?

Combien connaissent les grandes dates de l'histoire, trois fois millénaire, de leur pays? A l'Indépendance, nous étions tout feu tout flamme et nous tirions notre légitimité internationale de l'aura de la glorieuse Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s'est refroidie en rites sans conviction pour donner l'illusion de la continuité. Les combats d'arrière-garde de la culpabilisation ad vitam aeternam de l'ancienne puissance coloniale ne sont qu'un rideau de fumée qui cache une méconnaissance des enjeux du monde actuel.

Mais comment demander des comptes légitimes à la France et dans le même temps estimer par la bouche d'un responsable que la France nous a donné l'indépendance! Nul doute que les martyrs ont dû se retourner dans leur tombe. Si Larbi Ben Mhidi, Mohamed Boudiaf, Didouche Mourad et tant d'autres pionniers d'une Algérie de progrès fascinée par l'avenir revenaient parmi nous ils seraient assurément scandalisés. Le FLN post-indépendance donne l'image d'une coquille vide qui s'est démonétisée au cours du temps , s’acquoquinant avec tout les courants réactionnaires que le FLN de la révolution a combattu.

L'Algérie de 2015, qu'est-ce que c'est? Un pays qui se cherche? Surement ! Qui n'a pas divorcé avec ses démons du régionalisme, vivant malgré ses efforts, sur une rente factice car elle n'est pas celle de l'effort, de la sueur de la créativité. C'est tout cela en même temps!

Qu'est-ce qu'être indépendant quand on dépend de l'étranger pour notre nourriture, notre transport, notre habillement, notre vie quotidienne? L'Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. Car la situation mondiale est profondément dangereuse. Des alliances se nouent, se dénouent. Des pays disparaissent. Quoi qu´on dise, les regards sont braqués sur l´Algérie. Nous ne sommes pas à l´abri d´un tsunami, nos frontières sont de plus en plus vulnérables.

Pour un nouveau Premier Novembre de l'intelligence

Qu'avons-nous fait après l'indépendance? Comment avons-nous traversé le temps avec un héritage aussi prestigieux et qu'avons-nous fait? A l'indépendance nous tirions notre légitimité de l'aura de la révolution et beaucoup de pays avaient pour nous de la sollicitude. Le moment est venu d'avoir de nouveaux repères à même de donner une utopie à cette jeunesse. Comment peut-on parler du «Mach'al ( flambeau) du Premier Novembre» à transmettre aux jeunes si ces jeunes sont tenus soigneusement à l'écart du mouvement de la nation? La Révolution a été portée à bout de bras par des jeunes pour la plupart et qui ne dépassaient pas la trentaine! Les héros étaient des gens simples qui ont fait leur devoir sans rien attendre en échange. A bien des égards, en considération du combat titanesque de ces pionniers qui ont fait démarrer l'Algérie à l'indépendance, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants.

Le Premier Novembre de papa appartient à l'Histoire, par contre, l'Esprit de Novembre qui a fait que des jeunes par leur sacrifice suprême ont arraché l'Algérie des griffes du pouvoir colonial, doit être toujours en nous. Inventons un nouveau Premier Novembre mobilisateur qui puisse répondre aux défis du siècle concernant la sécurité alimentaire, le problème de l'eau, des changements climatiques et par-dessus tout le défi de l'énergie, et du système éducatif qui attend d'être reconstruit.

Cependant, par-dessus tout il y a nécessité de remettre la morale et l'éthique à l'honneur. Nous devrions avoir une démarche éthique dans nos comportements. Pour faire court, la Révolution de Novembre devra être réappropriée par la jeunesse. Il nous faut chaque fois réinventer le sens de l'Indépendance nationale. Le nouveau langage n'est plus celui des armes, mais celui de la technologie, du Web2.0, des nanotechnologies, du génome, de la lutte contre le réchauffement climatique et des nouvelles sources d'énergie du futur. Une révolution de l'intelligence est certainement la solution. Seul le parler vrai permettra à l'Algérie de renouer avec ce nationalisme qui contrairement n'est pas passé de mode, c'est un puissant stimulant. La légitimité révolutionnaire a fait son temps et les chahids et les rares survivants nous les porterons toujours dans nos coeurs.

Le moment est plus que venu pour la légitimité de la compétence, du neurone, celle capable de faire sortir l'Algérie des temps morts. Si on ne fait rien pour revitaliser le Premier Novembre avec cette symbolique, il disparaîtra alors que nous avons besoin plus que jamais d'un ciment fédérateur qui puisse assurer ce désir de vivre; le meilleur hommage que l'on pourrait rendre aux martyrs, c'est de mettre en place un système éducatif et une université performante. C'est cela le 1er Novembre du XXIe siècle.

Toutes ambitions à notre portée si on arrive à mobiliser par l'intelligence, tous les Algériennes et les Algériens. Pour faire court, la Révolution de Novembre devra être réappropriée par la jeunesse. Pour y arriver il nous faut changer de paradigme. Il nous faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert et en définitive donné leur vie n'est pas le FLN actuel. Il faut restituer le FLN marqueur indélébile de la dignité et de l'Histoire de l'Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non le laisser otage d'une «évanescente famille révolutionnaire» dont on ne connaît aucune prouesse capable d'être signalée.

Il est illusoire de croire que des cérémonies sans lendemain et à l’occasion des leçons de morale et de patriotisme à l´ancienne peuvent emporter l´adhésion d'une jeunesse facebookisée. Elle a besoin pour être convaincue d´une vision globale de société qui ne doit abdiquer aucune des composantes de sa personnalité. Le moment est venu de substituer aux rentes de situations, pour le bien de ce pays, une nouvelle échelle sociale basée sur le savoir et le savoir-faire et la méritocratie. Amen!


1. Messali Hadj Mémoires ( jusqu’en 1938) Edtions Anep. 2007

2.https://www.monde-diplomatique.fr/2012/ 06/RUSCIO/47882


3.Messali Hadj Encyclopédie Wikipédia

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/228650-plaidoyer-pour-une-nouvelle-mobilisation.html

Professeur Chems Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 13:38

«The old will die and the young will forget» «Les vieux mourront et les jeunes oublieront.»

Sentence attribuée à Ben-Gourion à propos de la spoliation de la Terre des Palestiniens

Encore une fois, depuis une centaine d'années le conflit de l'usurpation de la Palestine par un Etat sioniste dit d'Israël créé le 14 avril 1948 à une voix près. Le ministère palestinien de la Santé déclarait lundi que le nombre de Palestiniens, tués par des tirs israéliens depuis le début du mois d'octobre, a atteint le chiffre de 45, dont 10 enfants.

Pour rappel le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe. Dès le départ les Palestiniens se trouvent dépossédés de plus de 50% des terres. En fait tout commença avec la fameuse déclaration de Balfour où l'on promit une seconde fois après Dieu une Terre à des hommes et des femmes disséminés dans le monde. Il est vrai que le Congrès Juif refusa l'Ouganda.


«Le 30 novembre 1947, lit-on sur l'Encyclopédie Wikipédia, la guerre voit s'affronter les communautés juive et arabe. (...) Les forces et la société palestiniennes s'effondrent. Le 14 mai, dernier jour du mandat britannique, l'indépendance de l'État d'Israël est proclamée en tant «qu'État juif dans le pays d'Israël». Le lendemain 15 mai, les États arabes voisins, opposés au partage, interviennent. En théorie alliés, ceux-ci ambitionnent des objectifs différents et combattront leur adversaire de manière désorganisée et désunie.(...) Les forces israéliennes vainquent militairement sur tous les fronts. La ligne d'armistice partage Jérusalem, laissant la vieille ville du côté arabe. En gagnant la guerre de 1948, Israël conquiert 26% de territoires supplémentaires par rapport au plan de partage et prend le contrôle de 81% de la Palestine de 1947. La guerre s'accompagne de bouleversements démographiques. Entre novembre 1947 et juillet 1949, environ 720.000 Arabes de Palestine fuient ou sont expulsés des territoires qui formeront Israël» Ce sera la fameuse Nekba. Parallèlement, la loi du retour permet à tout juif de par le monde de venir en Israël et il sera interdit aux réfugiés de revenir.» (1)

Ce qui a fait dire au regretté Mahmoud Darwich «Celui qui m'a transformé en réfugié m'a transformé en bombe.» Arthur Ruppin, planificateur du sionisme s'adressant à l'Agence juive dans un meeting en 1938: «Je ne crois pas au transfert de Palestiniens d'une façon individuelle mais par villages entiers.» Pour rappel, la première intifada eut lieu le 9 décembre 1987. Le 28 septembre 2000 débute la seconde Intifada ou Intifada al-Aqsa. Si la plupart des observateurs lient le déclenchement de l'intifada à la visite au Mont du Temple ou Esplanade des Mosquées par Ariel Sharon considérée comme une provocation par les Palestiniens. Il y eut ensuite l'opération Rempart qui démolit Jénine, la construction du mur de séparation jugé illégal par la Cour internationale de justice.



La révolte du désespoir et de la dignité humaine

Où en sommes-nous? Le dernier carnage remonte à juillet 2014. En bombardant Ghaza durant cinquante jours, les Israéliens ont provoqué des dégâts sans équivalent depuis 1967, avec plus de deux mille morts, dont cinq cents enfants. Dans le même temps Abbas censé défendre les Palestiniens maintient sa coopération sécuritaire avec l'armée d'occupation et proteste mollement en laissant faire.

Veut -on un exemple du ras-le-bol ce que les médias désignent par 3e intifada est une révolte du désespoir, une révolte pour la dignité? Olivier Pironet, journaliste au Monde diplomatique après avoir visité, ces jours-ci, le goulag palestinien, immense prison à ciel ouvert, écrit: «(..)Parmi les chebab descendus dans la rue pour exprimer leur colère, certains sont issus du camp de réfugiés de Balata. (...) Construit en 1950 pour accueillir des villageois expulsés de la région de Jaffa, près de Tel-Aviv, Balata se trouve en zone A, l'aire administrative délimitant les secteurs de la Cisjordanie «gouvernés» par l'Autorité palestinienne,mais où l'armée israélienne opère à sa guise, en dépit des accords d'Oslo. Le camp offre un condensé des problèmes qui affectent les réfugiés palestiniens. Ici, la pauvreté (55% des habitants), le chômage (53%, dont 65% sont de jeunes diplômés), la promiscuité et l'insalubrité touchent presque tous les foyers. Près de vingt-huit mille habitants, dont 60% ont moins de 25 ans, s'entassent sur un kilomètre carré. (...) Connu pour son engagement contre l'occupation dès 1976, qualifié par les Israéliens de «bastion terroriste» et très surveillé, le camp a payé un lourd tribut ces dernières années: «Environ quatre cents morts depuis le déclenchement de la deuxième Intifada [2000-2005],et des milliers de blessés. Près de trois cents résidents du camp sont actuellement incarcérés en Israël», nous indique M.Arafat, qui a lui-même été emprisonné à plusieurs reprises. L'armée israélienne envahit régulièrement Balata pour «arrêter ceux qui ont participé à des manifestations ou sont recherchés pour leur activisme politique, ou bien encore pour ´´sécuriser´´ le quartier, du fait de la proximité du tombeau de Youssouf» - un mausolée vénéré par les juifs comme par les musulmans»(2).

«Harcelés par l'armée d'occupation et par les colons, les habitants sont «à bout», lâche M.Arafat. «Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Quand les Israéliens surgissent pour perquisitionner ou capturer des militants politiques, nous tentons de nous interposer, mais nous sommes impuissants. Il y a encore des armes ici, mais les gens ne les utilisent plus. La police palestinienne devrait nous protéger des colons - très nombreux autour de Naplouse, et parmi les plus agressifs -, mais elle ne fait rien.» En vertu des accords sécuritaires israélo-palestiniens, élaborés en 1993, la police de l'Autorité palestinienne n'a pas le droit d'utiliser la force contre les colons en cas d'attaque, mais doit s'en remettre aux autorités israéliennes. Elle est aussi tenue de coopérer pour cibler et interpeller les militants palestiniens constituant un «danger potentiel» vis-à-vis d'Israël (...)» (2)

Curieusement, on fabrique un nouveau concept: l'intifada des couteaux. Je serai curieux de connaître qui est derrière cette mise sur le marché des médias mains tream pour souligner le couteau barbare. Pourquoi ne parle-t-on pas de la répression des cailloux par la mitraillette Uzzi? Du côté de l'Eglise, c'est le minimum syndical. Le pape, dit-on, suit avec une «grande inquiétude» les tensions en Terre sainte. Il appelle ceux qui sont pris par la violence en Terre sainte d'avoir le «courage et la force morale de dire non à la haine». Jérusalem a connu mardi 13 octobre sa journée la plus sanglante depuis le début de l'escalade des violences entre Israéliens et Palestiniens, il y a un mois. vendredi 16 octobre, le patriarcat latin a dénoncé «avec fermeté» l'incendie du tombeau de Jospeh (Youssef) comme «un acte insensé et d'une extrême gravité».

Tout autre son de cloche celui des Palestiniens chrétiens à demeure en la personne de Monseigneur Atallah Hanna archevêque de Jérusalem, il déclare: «J'ai dit, et maintes fois répété, que le sionisme et Daesh sont les deux faces d'une même monnaie, et quand je dis Daesh cela signifie toutes les organisations terroristes barbares et sanguinaires dont nous sommes convaincus qu'elles sont une fabrication américano-israélienne par excellence, dans le but essentiel de détruire la patrie arabe au profit d'Israël. Ils veulent détruire tout ce qui s'y trouve comme civilisation, humanité et beauté. Qui profite de tous ces massacres et déplacements de population? (...) Israël tente aujourd'hui d'accomplir tout ce qu'il n'a pu faire depuis 1967, en essayant de mettre la main sur la mosquée d'Al-Aqsa, d'avaler Jérusalem et ses Lieux saints et de chasser ses vrais habitants arabes palestiniens.»(3)

«Vous remarquerez poursuit le patriarche que nous n'avons entendu aucune déclaration officielle ou officieuse de la part des États arabes, (...) On ne peut demander aux Palestiniens de rester les bras croisés devant un tel complot contre sa cause et sa terre. (...) La jeunesse palestinienne est sortie pour dire: «Nous ne nous soumettrons pas à Israël quels que soient les complots et aussi fortes soient les pressions. Quoi qu'ils tentent pour liquider notre cause, elle restera celle d'un peuple amoureux de la liberté et de la dignité». (...) Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'Intifada ait jamais cessé en Palestine. C'est un état d'esprit permanent qui se manifeste de manières différentes. La Résistance sera toujours là tant que l'occupation et le racisme seront là. La Résistance ne s'arrêtera pas et c'est notre droit de Palestiniens de lutter pour libérer nos lieux sacrés et Jérusalem. Nous ne céderons pas à Israël.(...) Israël pense que les répressions et oppressions de plus en plus sauvages terroriseront le peuple palestinien. C'est l'inverse qui est vrai, car la jeunesse palestinienne en est arrivée à la conviction qu'elle ne peut compter que sur elle-même.» (3)

Même Gandhi aurait compris la violence des Palestiniens

Pour Daniel Vanhove, Israël doit être mis au ban de nos sociétés. Il écrit: «En Terre que l'on dit trois fois «sainte» - pour le judaïsme, le christianisme et l'islam - voici le résultat des collusions incessantes de nos gouvernements avec Israël: les Palestiniens peuvent endurer toutes les souffrances; leurs enfants, quel que soit leur âge, peuvent être abattus comme des chiens, agonisant dans leur sang, voire brûlés vifs sans que leurs assassins connus de la justice israélienne ne soient inquiétés; les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades ne sont en aucun cas épargnés; les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte sont régulièrement bombardés; leurs terres sont spoliées depuis des années par des extrémistes de la pire sorte, qu'il conviendrait assurément d'enfermer; quand elles ne sont pas volées par des colons, ou qu'ils n'en sont pas expulsés au moindre prétexte, leurs maisons sont détruites pour un oui ou un non; des barrages incessants les privent de toute possibilité de déplacement normal. Y compris les ambulances et leurs blessés qui souvent meurent lors de trajets rendus ainsi interminables; un mur de 9 mètres de haut sur des centaines de kilomètres les enferme dans ce qui s'apparente à des réserves à l'indienne. Et cette situation dure depuis des décennies... Nos médias ignorent la situation. Et la descente aux enfers de la population palestinienne se poursuit dans une indifférence qui depuis longtemps en est par cela devenue complice.» (4)

Il se trouve heureusement, pour la dignité humaine, des Israéliens admirables qui prennent la defense de ses épaves que sont les Palestiniens. Gidéon Levy et Amira Hass écrivent dans le quotidien de gauche Haaretz des textes courageux dont nous reproduisons quelques extraits Gedéon Levy écrit que même Gandhi apôtre de la non-violence aurait compris les raisons de la violence des Palestiniens: «À travers le brouillard d'autosatisfaction, de propagande médiatique, d'incitation, de diversion, de lavage de cerveau et de victimisation de ces derniers jours, cette simple question revient avec force: qui a raison? (...) Il ne reste plus d'arguments fondés dans l'arsenal israélien, du genre qu'une personne honnête pourrait accepter. (...) En tant que vieille militante palestinienne, Hanan Ashraoui, a écrit récemment que les Palestiniens sont le seul peuple sur cette terre à qui on demande d'assurer la sécurité de l'occupant, tandis qu'Israël est le seul pays qui exige de ses victimes sa propre protection. Et comment pouvons-nous répondre? Aux 100 ans de dépossession et aux 50 ans d'oppression, nous pouvons ajouter ces quelques dernières années, marquées par l'intolérable arrogance israélienne qui nous explose une fois de plus au visage. (...) Nous sommes fatigués. Nous n'avons pas dit un mot de l'injustice de 1948, qui aurait dû s'arrêter alors et ne pas se poursuivre avec encore plus de force en 1967 et continuer sans aucune fin en perspective.» (5)

«Les Palestiniens écrit Amira Hass, se battent pour leur vie, Israël se bat pour l'occupation.» Jeudi 15 octobre 2015: la guerre n'a pas commencé jeudi dernier, elle ne commence pas avec les victimes juives, et elle ne prend pas fin quand plus aucun juif n'est assassiné. Les Palestiniens se battent pour leur vie, dans le plein sens du terme. Nous, juifs israéliens, nous nous battons pour notre privilège en tant que nation de maîtres, dans la pleine laideur du terme.

Les jeunes Palestiniens ne vont pas se mettre à assassiner des juifs parce qu'ils sont juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés, qui leur bloquent leur horizon. Les jeunes Palestiniens, vengeurs et désespérés, sont prêts à donner leur vie et à causer à leur famille une énorme douleur, parce que l'ennemi auquel ils font face leur prouve chaque jour que sa méchanceté n'a pas de limites. (...) Même le langage est malveillant. Les juifs sont assassinés, mais les Palestiniens sont tués et meurent. Est-ce vrai» (6)?

Les dérapages calculés du Premier Ministre israélien

Quand on écoute le Premier Ministre israélien, à court d’arguments, invoquer l’argument suprême celui de la shoah sacrée avec un scoop : Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs sa faiblesse est d’avoir écouté le Muphti de Jérusalem ! Rien que çà ! Hitler n’a pas tenu compte de l’atmosphère qui prévalait depuis deux mille ans en Occident faisant des Juifs les déicides. Il n’a entendu des pogroms que tous les pays mettaient en œuvre pour persécuter les Juifs qui n’avaient même pas le droit d’enterrer leur mort intra-muros à Paris la capitale d’une France des droits de l’homme blanc. Il n’a prêté aucun attention aux idéologues des races supérieures tels que les Renan, les Arthur de Gobineau, les Joseph Chamberlain. Il s’inscrit en faux contre ce qu’écrivent les historiens à savoir que c’est l’Europe du XIXe siècle qui a fait le lit du nazisme. Il n’a pas entendu parler du racisme anti-juif et de l’antisémitisme à l’endroit des Juifs des Arabes comme Husseini le muphti de Jérusalem, qui dans une posture, apparemment, masochiste, supplie Hitler d’exterminer les sémites comme lui . Franchement, il vaut mieux entendre cela que d’être sourd ! Les Arabes responsables au premier degré des massacres de masse à l’endroit des Juifs ; Angela Merkel qui recevait Benyamin Netanyahu ne fut pas dupe. Elle assuma –en le martelant dans sa réponse – la responsabilité de l’Allemagne vis-à-vis du massacre de masse des Juifs.

Ceci dit Cette provocation est calculée, Israêl va encore une fois de plus faire actionner la pompe a finance allemande au nom de la faute originelle. Après moult réparations, après les sous marins nucléaires gratuits, l’Industrie de l’Holocauste selon le bon mot de Norman Finkieltein va être actionnée dans tous les pays et chaque jacquerie des Palestiniens, se concrétise par des dons à Israël.

Le deuxième résultat de la provocation de Netanyahu est aussi de faire diversion, elle sera relayée par les inconditionnels dans tous les pays européens et américains qui seront une fois de plus par ce discours au point de ne prendre aucune résolution si ce n’est des vœux pieux comme vient de nous le prouver Ban Ki Moon qui appelle l’Armée la plus morale du monde et les terroristes au canif à faire preuve de retenue. Netanyahou ne parle jamais pour rien. Comme lu sur le site Réseau International : « Si BHL, et d’autres petits lieutenants comme lui, ont souvent pour rôle d’accompagner ou d’assurer le service après-vente d’un processus en cours, l’échelon supérieur représenté par les Fabius, Netanyahou et quelques autres, sont principalement utilisés pour initier ce processus. Leurs déclarations sont toujours annonciatrices d’un vaste programme »

La vraie vérité est qu’Israël veut faire glisser le conflit vers un conflit religieux. Pour le député palestinien Mustapha Barghouti: «Ce qui se passe n'est pas un conflit religieux. C'est bien plus que Jérusalem ou l'esplanade des Mosquées: c'est la lutte d'un peuple pour sa liberté, alors qu'il a vécu l'occupation la plus longue de l'histoire moderne.» Où sont les «Arabes» censés les aider dans leur juste combat? Où est la Ligue arabe qui a permis la destruction de la Libye en 2011. Ce n'est sûrement pas l'Arabie Saoudite qui va le faire, elle qui compte sur Israël pour mater le peuple yéménite.

Les Palestiniens sont bien seuls, mais ils n'oublieront pas malgré l'injonction de Ben Gourion, ni les jeunes ni les vieux. Pour les Occidentaux, le drame actuel est une question de terminologie: est-ce une intifada? Peu importe que les Palestiniens soient au désespoir, il faut un continment ( endiguement) pour éviter l'intifada. Ce qui se passe est un cri de douleur. Les Palestiniens veulent vivre en paix. Peut-être qu'il faille dans cette dynamique de reshaping du Moyen-Orient un siècle après Balfour un siècle après Sykes-Picot; penser à restituer aux Palestiniens leurs dignité et leur donner des raisons de vivre dignement sur les 18% qui restent de la Palestine originelle (7).


1. La création de l'Etat d'Israël: Encyclopédie Wikipédia

2. Olivier Pironet: http://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/PIRONET/50880

3.Monseigneur Atallah Hanna Interview Rana Ismaïl Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

4. http://www.mondialisation.ca/israel-doit-etre-mis-au-ban-de-nos-societes/5482482


5. Gidéon Lévy http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679268?date=14450305 25480

6.Amira Hass: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679129

7. Chems Eddine Chitour : Le calvaire palestinien. Préface de Ismaël Hamdani, ancien chef de gouvernement algérien. 600 pages. Editions Casbah 2014. Alger

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/227951-la-revolte-d-un-peuple-desespere.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 20:38

«Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet?»

Lamartine (Vie de Mahomet)

Jeudi 15 octobre 2015 du calendrier grégorien, les musulmans fêtent d'une façon clandestine, le Nouvel an hégirien Aouel Moharrem 1437. Ce n'est que dans le pays profond qu'il reste encore un ancrage au divin. Naturellement, les médias occidentaux, selon un agenda bien étudié, ignorent d'une façon ostentatoire ce non -évènement et la doxa occidentale a réussi à étouffer la symbolique d'un milliard et demi de musulmans. Mieux encore, en Occident les partis politiques et leurs porte- voix les médias aux ordres continuent à présenter l'Islam comme le continent de la peur du terrorisme. Quand on montre par exemple le pèlerinage de La Mecque, ce n'est pas par empathie, c'est malheureusement pour inciter à la peur implicitement ces millions de fidèles musulmans comme des terroristes potentiels, le couteau entre les dents, qui ne connaissent rien à la dignité humaine et aux droits de l'homme, marque déposée d'un Occident qui série, catalogue et dicte la norme.

Ces dernières années ont été particulièrement éprouvantes pour les musulmans agressés à la fois sur le plan physique, -tous les conflits meurtriers actuels sont des conflits où des hommes meurent musulmans-et sur le plan spirituel, il n'est que de rappeler les faits les plus abjects, ceux du film anti-islam aux Etats-Unis, les caricatures de Charlie Hebdo au nom de la liberté d'expression plus justement de blasphméer sur tout sauf sur la Shoah sous peine de prison et de 45.000euros d’amende. Dans ces conditions de conditionnement permanent et de matraquage d'informations fausses, tendancieuses, il n'est pas étonnant que les citoyens occidentaux rejettent l'Islam d'autant que des intellectuels paléo-musulmans installés confortablement en ces lieux font assaut de diabolisation pour être bien en cours.


Pourtant, ces musulmans étymologiquement -soumis à Dieu- qui tiennent à leur Dieu le Dieu d’Abraham de Moïse , de Jésus et de Mohammed , contre vents et marées dans leur immense majorité ne demandent qu'à vivre leur spiritualité et n'ont nullement l'intention de faire du prosélytisme. Il n'est point besoin de convoquer des conciles pour partir à la conquête des coeurs. La religion musulmane bien comprise est un problème de foi, personnel.

Cependant, il serait injuste d'incriminer les Occidentaux car le mal est en nous, ce sont les musulmans qui s'étripent entre eux, où le fort tue le faible comme plus fort de la période antéislamique. A titre d'exemple, il y a à peine 15 jours au Yémen, 131 morts dans un raid aérien contre une fête nuptiale dont une majorité de femmes et d'enfants. Ce bombardement meurtrier a été imputé par des habitants de la région à la coalition arabe conduite par l'Arabie saoudite. Le secrétaire général des Nations unies parle de «mépris pour la vie humaine».


Le Nouvel An dans le monde

Le partage d’un temps fléché du passé vers l’avenir est indépendant des perceptions de l’homme. Nous ne pouvons pas voir passer le temps en se mettant à une fenêtre. Nous sommes dans le temps et le temps est inexorable. Nous le voyons quand une fleur se fane , dans les rides de nos mères voire nos propres rides. Le temps est indifférent à sa segmentation qui est différente selon les peuples et les cultures voire les religions ?. Beaucoup de calendriers se calquent sur les rythmes des saisons . Certaines peuples s’en remettent aux oracles , d’autres aux religions cosmiques et d’autres au religions révélées.

«Le passage au Nouvel An, que l'on soit rebelle ou conservateur lit-on dans la contribution suivante, fait partie de ces moments précieux dans la vie de la plupart des individus. Comme la fête de Noël, célébrée partout dans le monde chrétien, la fête du Nouvel An donne lieu à des festivités aussi différentes qu'étonnantes. La nouvelle année, célébrée le 1er janvier dans le monde chrétien, s'honore à des périodes variables chez les peuples de confessions différentes. En Chine par exemple, le Nouvel An prend place entre le 21 janvier et le 20 février (...) Le Nouvel An vietnamien ou Têt correspond en général à une date similaire puisque le même calendrier est commun aux deux peuples. Chez les Indiens du nord de l'Inde, la nouvelle année Diwãli se célèbre le jour de la nouvelle lune de novembre. Les Afghans soulignent le passage à la nouvelle année le 21 mars. Cette fête est le Naw Ruz... Dans le judaïsme on fête la nouvelle année le 1er et le 2e jour du mois de Tishri. (Rosh Hashan) (1)
C'est un fait que le sacré perd du terrain en Occident et une grande partie des religions chrétiennes est - pour le besoin du capitalisme - folklorisée et vécue comme un évènement festif. Il en est ainsi de la naissance du Christ que le pape Grégoire s'appuyant sur les écrits d'un moine- Denys le Petit- fixa au 25 décembre. Il semble d'une part que le Christ ne soit pas né en hiver mais pendant le solstice d'été. La fête de décembre est une fête païenne le «sol invictus» la victoire du soleil que l'Eglise a pris à son compte pour s'allier les bonnes grâces des païens et les faire rentrer dans le troupeau des croyants. De plus, il semble aussi que le Christ soit né cinq ou six ans avant la date «officielle». Nous serions de ce fait en 2020 ou 2021. Pour les musulmans, la date du 16 juillet 622 a été choisie comme départ du calendrier. En 2015, le début de l'année 1437 a eu lieu le jeudi 15 octobre, Aouel Moharrem. Il s'agit du premier jour de l'année hégirienne, qui rythme le calendrier musulman.



Quelle est la signification de l'Hégire?

Quelle est l'histoire religieuse liée à ce jour de l'Hégire? Nous lisons sur le site «l'internaute» les explications suivantes: «L'Hégire est un évènement qui marque le point de départ du calendrier musulman ou hégirien. (...) ce calendrier est fondé sur 12 mois lunaires, de 29 à 30 jours chacun, le calendrier ne compte donc que 354 ou 355 jours: c'est cela qui décale la plupart des fêtes comme l'Aïd el-Kebir ou le Ramadan de dix à onze jours dans le calendrier civil chaque année (...) La tradition - fixée plus tard par le calife Omar - veut que les premiers départs aient eu lieu le 16 juillet 622. Yathrib devient l'actuelle Médine. On parle d'Hégire pour qualifier cette rupture. Pour les musulmans, cet épisode marque le début officiel de l'islam comme religion et comme communauté, par opposition avec les liens tribaux qui organisaient la société arabe de l'époque. (2)

L'indifférence des musulmans envers un repère symbolique

La célébration du Nouvel An musulman, ou Raas Assana, ne rencontre qu'un écho limité, Deux facteurs expliquent cet état de fait. Le premier est la généralisation du calendrier grégorien sur l'ensemble de la planète au XIXe siècle, en raison de la domination scientifique technologique et militaire des puissances occidentales. Le deuxième frein est d'ordre religieux. Pour les musulmans orthodoxes, les deux seules célébrations religieuses légitimes sont l'Aïd el-Fitr et l'Aïd el-kebir. Il n'est donc pas d'usage de célébrer l'arrivée d'une année nouvelle autrement que par un repas en famille Awel Moharem est de ce fait fêté d'une façon clandestine dans les pays musulmans qui abdiquent leurs repères et s'en remettent au calendrier dit universel car imposé par l'Occident aux autres peuples. La fête de l'Hégire ne donne pas lieu à de grandes festivités dans le monde musulman.

Nabil Foudi, écrit que certains pays comme l'Arabie saoudite ou l'Égypte font usage des deux calendriers dans leurs correspondances officielles. D'autres pays, comme l'Algérie, limitent cette pratique aux seuls usages religieux. En Iran par contre, comme pour l'Afghanistan, la référence fait plutôt appel au calendrier persan. Il donne des preuves de cette indifférence en Algérie comparativement au comportement pavlovien concernant tout ce qui est occidental fruit d'une colonisation mentale qui attend d'être déprogrammée: «En réalité, écrit-il, beaucoup de gens ignorent la signification même ou la définition de cette année hégirienne, encore moins les mois qui la composent, sauf peut-être pour le mois de Ramadhan qui se manifeste différemment par rapport aux autres ».

Faisant un travail d’enquête, Nabil Foudi nous apprend que « Les opérateurs de téléphonie n'enregistrent pas une augmentation substantielle et significative de messages envoyés à la veille du Nouvel An hégirien comme c'est le cas pour la veille de la Saint-Sylvestre ou le jour de l'An universel. Les compagnies aériennes affichent des taux d'occupations élevés de leurs sièges durant les derniers jours du mois de décembre en partance de l'Algérie. (...) Personne ne fête non plus son anniversaire en rapport aux jours du calendrier hégirien, comme beaucoup de citoyens ignorent aussi la journée exacte de ce début du Nouvel An. Que représente donc la place du calendrier hégirien dans notre société dans la mesure où la majorité ne s'en préoccupe pas? Sommes-nous obligés de nous référer exclusivement au calendrier universel dans nos rapports et nos activités?» (3)

J’avais dans une contribution n précédente parlé de cette démonétisation du sacré en enlevait la substance que peut revêtir cet évènement cultuel pour en faire, un évènement qui participe de la bombance créé par le marché néolibéral qui se joue des espérances pour en faire des évènements marchands. Nous l’avons vu avec l’invention du Père Noël …Nous l’avons vu avec l’Aid au temps du Web 2.0 (4)



La symbolique de l'Hégire

Au-delà d'un calendrier, la symbolique de l'Hégire renvoie à une rupture par rapport à un ordre précédent. Le prophète Mohammed annonçait à la face du monde l'avènement (Qsssl). Une analyse percutante nous est donnée par la contribution suivante: «Mahomet vient en effet de rompre un modèle sociétal établi sur les liens du sang (organisation clanique), vers un modèle de communauté de croyance. En effet, l'égalité entre les croyants est proclamée lors de la rédaction de la Constitution de Médine, qu'ils soient libres ou esclaves, Arabes ou non-Arabes. (...) Le 16 juillet 622, une poignée d'hommes s'enfuit de la cité de La Mecque pour la grande oasis voisine. (...) La situation qui prévalait était une nuit de l'intellect: «L'étouffement d'esprit, les voiles ténébreux régnaient sur La Mecque. Les musulmans y étaient haïs, poursuivis, tracassés et martyrisés; toujours menacés d'arrestation et risquant la mort. A vrai dire le terme ne dénote point un simple déplacement géographique. Le terme signifie une rupture des relations affectives et/ou temporelles, une rupture toujours vivante et actuelle, l'abandon en partie ou en totalité; et enfin l'émigration symbolique. Après que toutes les mesures redoutables prises contre Muhammad et son mouvement religieux eurent échoué, ils cherchèrent à fomenter un nouveau complot contre le Prophète du Dieu pour atteindre définitivement leur objectif final. » (5)

« Cette fois-ci, il s'agissait d'assassiner le prophète. Les comploteurs confièrent la tâche à une bande terroriste composée des jeunes, un de chaque clan; pour que le crime redoutable soit partagé par presque toute La Mecque. Ceux-ci planifièrent de mettre à exécution leur mission nuitamment. Muhammad se réfugia nuitamment dans une caverne, ensuite lui et son compagnon s'acheminèrent vers la Yathrib par la route détournée. (...) Médine fut régulièrement dévastée par des guerres tribales, et ses habitants pâtirent des hostilités, ils accueillirent alors l'Islam comme une idéologie libératrice qui leur octroierait le bonheur et la paix. (...) L'Hégire devint le point de départ dans l'histoire de l'Islam. Une nouvelle phase commença dans l'histoire de la religion islamique. Le mouvement de Muhammad s'affermit à Médine. Son appel fut entendu de maison en maison et s'enracina au fond des coeurs, cela donne naissance à «Umma», le terme coranique désignant «l'ensemble des groupes humains qui choisissent consciemment un chemin précis à parcourir pour arriver à un but commun»». (5)

« La pensée créatrice et l'esprit logique de Muhammad inspiré par l'Omniscience lui permirent de bouleverser le système socio-moral destructif, des coutumes inhumaines qui prévalaient jusqu'alors. Il introduisit un ensemble d'ordres transcendants par lequel l'esclavage, l'oppression et l'agression disparaîtraient, les diverses souverainetés hérétiques seraient détrônées. Il mit en pratique la vertu, de même qu'il offrit également à l'humanité le credo islamique dans lequel la justice, les principes humanitaires étaient valorisés, (...) L'idéologie islamique se propagea, dans une période de moins d'un demi-siècle. (...) Ceux qui dans l'ordre de la connaissance ne font qu'effleurer sans approfondir, attribuent la rapidité vertigineuse de la propagation de l'islam dans un délai aussi bref au hasard, et même parfois, malicieusement, à la force de l'épée! (...) est-il judicieux de croire que le hasard réalisa un tel fait, une fois et seulement une fois, dans la contrée d'Arabie, tout au long de l'histoire, pour ne plus jamais se produire? (...) Il nous semble utile de jeter un coup d'oeil sur ce qu'en ont dit les grandes personnalités mondiales concernant le sujet en question. Nehru, le digne personnage célèbre d'Asie a écrit: «Chose surprenante, la race arabe qui semblait, durant des siècles, demeurée dans une contrée sans renom endormie, ayant perdu totalement sa vivacité, isolée du monde, ignorant apparemment tout ce qui s'y passait, se réveilla soudain, bouleversant avec une force vigoureuse le monde. L'aventure arabe et l'histoire de sa progression en Asie, en Afrique et en Europe, et avec la fondation d'une civilisation magnifique et une culture suprême, constituent un des merveilles du monde dans l'histoire humaine».(5)

En ce jour de fête, nous faisons le voeu pour la paix dans le monde, le vrai ennemi de l'homme c'est l'ignorance. Le XXIe siècle qui aurait pu être le siècle de la tolérance, de la délivrance de l'homme est en train de sombrer dans le chaos identitaire. L'autre vrai ennemi de l'homme c'est sa boulimie d'avoir, tout est bon pour augmenter sa richesse au détriment des autres, de ceux qui n'ont rien et qui se réfugient dans le secours de la religion. L'Islam est à des degrés divers, le dernier rempart contre ce néolibéralisme ravageur, cette mondialisation-laminoir. Il est vrai qu'il est mal expliqué, mal représenté par ceux qui se disent musulmans, notamment dans le Monde arabe. Heureusement que l'islam est aussi représenté par plus de 1 milliard de musulmans non arabes.

Dans un monde de plus en plus anomique formaté par le gain, l'islam bien compris apaisé, apportera sans nul doute sa part d'empathie à cette humanité en souffrance qui veut sonder l'espace alors que tout se trouve au fond de son coeur. Il n'y a pas de pays où les libertés individuelles sont aussi bafouées que dans les pays arabes! Nous trouvons toujours le même atavisme des Arabes installés dans les temps morts, plus égoïstes que jamais. Ce qu'ils savent faire c'est «écraser leurs coreligionnaires et s'aplatir devant l'Occidental». (6)

En comparant les deux dates, celle du calendrier grégorien (2015) et celle du calendrier hégirien, (1437) il y aurait une différence de 1393 ans le calendrier hégirien permet un «rattrapage» de 11 jours par an. Notre retard initial est actuellement de 578 ans. Pour les compenser les calculs montrent toutes choses égales par ailleurs qu'il nous faudrait 18 110 ans environ. En clair en l'an (2015 + 18110) soit 20125 ans. Si la Terre n'a pas explosé entre-temps, les deux calendriers convergeront et à partir de cette date le calendrier hégirien sera en avance de 11 jours chaque année.

La question qui se pose pour les musulmans est la suivante: doivent-ils attendre d'une façon fataliste et résignée, d'atteindre ce rendez-vous pour se mettre au travail, aller à la conquête de la science, cesser de se lamenter et reporter la faute sur les autres? Je crois profondément qu'il n'y a pas d'autres solutions que celle de s'arrimer à la science et permettre à chacun en toute liberté d'apporter sa part d'humanité.

Le prophète (Qsssl) à a tracé une règle, ce ne devrait pas seulement être une segmentation du temps comme il en existe dans les autres religions et cultures (Noël, Rosh Shanna, Nourouz), mais un nouveau départ, une nouvelle vision de l'humanité, une transcendance qui a d'ailleurs vu toute son application à Baghdad (Dar el Hikma) où dit-on le calife donnait son poids d'or au traducteur d'un ouvrage, ce sera aussi le miracle de Cordoue où toutes les religions révélées s'épanouissaient à l'ombre de l'islam où par exemple, le grand maître juif Maïmonide écrivit son ouvrage majeur Dalil al Haïrine «Le Livre des égarés» dans la langue scientifique de l'époque: l'arabe. Cette lumière au patrimoine de l'humanité apportée par la civilisation islamique s'éteignit graduellement à partir du XIIIe siècle. La porte de l'effort «bal el Ijtihad» fut fermée par Ibn Thaymya et ce sont ses petits, enfants qui sont maintenant l'exemple de ce que c'est l'Islam, voulu, espéré et entretenu par les pouvoirs occidentaux avec la complicité des chefs arabes installés dans les temps morts. Non! l'Islam ce n'est pas cela!


1.http://www.site-du-jour.com/dossiers/nouvel-an.html
2.http://www.linternaute.com/actualite/societe/1243519-hegire-plus-que-quelques-jours-avant-le-nouvel-an-musulman-calendrier-tradition-signification-histoire/

3.http://www.setif.info/article4965.html

4. Chems Eddine Chitour : L’Aid au temps du web 2.0. Mondialisation.ca

5.http://www.al-islam.org/fr/la-derniere-mission-divine-sayyed-mujtaba-musavi-lari/lh%C3%A9gire

6.http://www.mondialisation.ca/la-mecque-cite-de-dieu-ou-cite-marchande/5475975

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/227707-un-non-evenement-pour-le-monde-musulman.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique nep-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans islam
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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 13:46

«L'intervention extérieure agressive a entraîné, au lieu de réformes, la destruction pure et simple des institutions étatiques et du mode de vie lui-même. En lieu et place du triomphe de la démocratie et du progrès règnent la violence, la misère et les catastrophes sociales, tandis que les droits de l'homme, y compris le droit à la vie, ne sont appliqués nulle part(...)»

Vladimir Poutine à la tribune des Nations unies 28.09.2015

Les évènements se précipitent au Moyen-Orient et beaucoup de Cassandre annoncent une possible troisième guerre mondiale. On sait que l'unique objectif de Washington et de ses vassaux en Syrie est de destituer Bachar Al-Assad et de le remplacer par une marionnette américaine capable de mettre en oeuvre le plan de Qatar Petroleum (soutenu par l'Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats-Unis), pour remplacer le russe Gazprom sur le marché européen du gaz naturel et du pétrole brut. C'est l'opposition de Bachar Al-Assad à ce plan qui a déclenché l'utilisation de forces extérieures et la guerre civile de la Syrie. Tout ne marcha comme prévu et la Syrie n’est pas la Libye.


La stratégie de Poutine

On dit que Poutine est un joueur d'échecs qui a une revanche à prendre sur ceux aux Etats-Unis et en Europe vassale, le prenaient pour quantité négligeable au point de faire des rodomontades et de sanctionner la Russie pour avoir refusé d'avoir une Otan à ses portes - en Ukraine ou en Ossétie. Par trois fois Poutine joue et met en échec l'Occident qui l'a exclu du G7. Souvenons-nous de l'Ossétie et de l'amateurisme du Géorgien Sakashvili! Souvenons-nous de la façon élégante avec laquelle il a fait que la Crimée rejoigne le bercail russe!

Souvenons-nous enfin, de la façon avec laquelle il a pu imposer une zone tampon avec l'Ukraine! Le dernier coup d'échecs est la stratégie-éclair avec laquelle il retape les bases de Lattaquié et de Tartous et y a amené rapidement une flotte impressionnante et opérationnelle.

Le commentaire suivant est édifiant: «Dix-huit mois après la prise de contrôle de la Crimée, au terme d'une opération militaire éclair, le Kremlin a réussi un nouveau coup de maître: prendre de court toutes les puissances impliquées en déclenchant une intervention militaire dont il s'avère qu'elle a été préparée de longue date. Gravité et confusion: les deux mots peuvent aussi résumer la réunion de l'Otan qui s'est tenue jeudi 8 octobre à Bruxelles. «Nous assistons à une escalade inquiétante», a estimé le secrétaire général de l'Alliance atlantique. Vladimir Poutine s'est réinstallé au centre d'un grand jeu diplomatique. L'intervention militaire de Moscou marque un basculement, (...) Pour la première fois depuis les guerres d'Indochine ou d'Afghanistan, deux coalitions militaires internationales se défient sur le territoire d'un même pays. D'un côté, celle menée par les États-Unis et qui revendique le soutien d'une soixantaine de pays, même si dans les faits, une demi-douzaine d'États participent aux opérations. De l'autre, cette nouvelle coalition annoncée par Vladimir Poutine à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU il y a trois semaines.» (1)

«Tous les éléments sont ainsi en place pour une escalade militaire incontrôlée, qui pourrait conduire à une déflagration dans tout le Moyen-Orient. Appuyé par une diplomatie russe qui connaît parfaitement cette région et a su démontrer son efficacité, Vladimir Poutine a fait le choix d'accélérer en toute connaissance de cause, convaincu que le moment était venu d'enfermer dans un piège la coalition américaine pour imposer une solution politique intégrant ses conditions. Mais il ne s'agit là que d'une des nombreuses raisons de cette intervention militaire inédite. Une démonstration militaire au nez et à la barbe de l'Otan et des Etats-Unis.
La puissance militaire russe est de retour. Moscou fait la démonstration qu'il est capable de projeter une force d'intervention importante à des milliers de kilomètres de son territoire. A en croire Moscou, mais aussi Damas, tout serait différent cette fois, l'aviation russe intervenant de manière coordonnée avec les forces au sol de l'armée syrienne et lui apportant ainsi une puissance décisive. Porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova ne disait pas autre chose le 6 octobre: «Ce qui est très important, c'est que nous coordonnons notre action avec l'armée syrienne. C'est un point fondamental. Vous ne pouvez pas combattre l'État islamique sans coordonner vos efforts avec ceux qui le combattent au sol. Et en Syrie, c'est l'armée syrienne qui le combat. C'est pour avoir refusé cette coordination que l'intervention de la coalition [américaine] est inefficace.» (1)

«Les frappes russes s'étant concentrées ces premiers jours dans le nord-ouest de la Syrie, entre Alep et Homs, là où l'armée de Bachar al-Assad est la plus menacée, elles permettent au régime syrien de retrouver des marges de manoeuvre et d'éviter de nouvelles défaites et pertes de territoire. Moscou prend ainsi sa revanche contre l'hyperpuissance militaire américaine et met l'Otan face à ses contradictions et à son impuissance. Impuissance vérifiée, puisque l'Otan n'a su ni prévenir ni sanctionner l'incursion d'avions de chasse russes dans l'espace aérien turc en milieu de semaine, pas plus qu'elle ne sait comment répondre à l'intervention en Syrie. (...) Ce retour militaire de la Russie s'accompagne d'un projet politique plus vaste. Vladimir Poutine l'a exposé devant l'Assemblée générale des Nations unies le 28 septembre, dans un discours s'en prenant frontalement aux États-Unis mais aussi à ces Européens ayant déclenché, entre autres, la guerre en Libye et le renversement de Kadhafi, après le désastre afghan et irakien.» (1)

« Répétant son soutien au régime syrien, «seul légitime», et à Bachar al-Assad, accusant l'«opposition dite modérée» syrienne de n'être qu'un faux nez de l'État islamique et des groupes terroristes, le président russe met depuis en scène une coalition alternative.
Trosième raison: le soutien à Assad mais, au-delà, le renforcement des intérêts russes dans la région avec, au passage, une alliance renouvelée avec l'Iran. «Il y a ce qu'on appelle la légitimité des autorités étatiques. Nous ne pouvons pas jouer sur les mots à des fins de manipulation. Nous sommes tous différents et nous devons le respecter.» C'est l'argumentaire résumé par Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères: «Nous avons vu ce qui s'est passé en Libye. Nous avons vu le colonel Kadhafi d'abord démonisé puis éliminé, et nous avons vu le résultat. Si je vous propose les deux scénarios suivants, lequel choisissez-vous? Renverser un dirigeant qui n'était certainement pas un ange ou préserver un pays et un peuple, empêcher un État de devenir un trou noir du terrorisme? Je suis sûre que vous choisirez la deuxième option.» (1)



Riyadh prêt à coopérer avec Moscou pour sauvegarder l'unité de la Syrie

Renversement d'alliance: le pire ennemi d'Al Assad veut le sauver. L'Arabie saoudite et la Russie ont confirmé qu'elles poursuivaient les mêmes buts en Syrie, a annoncé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. «Nous travaillons avec l'Arabie saoudite sur la question syrienne depuis plusieurs années. Aujourd'hui, le président a confirmé que les buts que l'Arabie saoudite et la Russie poursuivent en Syrie coïncident», a déclaré le chef de la diplomatie russe après une rencontre avec le ministre de la Défense de l'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane Al Saoud.

Curieusement, on apprend que les Américains veulent abattre les avions russes, ils s'appuient sur les Saoudiens Valentin Valescu écrit à ce sujet : «Contre les avions russes Su-25 qui volent souvent sous l'altitude de 5000 mètres pour les missions d'appui rapproché, les missiles portatifs américains FIM-92 Stinger, produits sous licence par Roketsan (Turquie), sont très efficaces. Les officiels saoudiens ont déjà répondu à la demande américaine, affirmant avoir livré cette semaine aux rebelles islamistes, encore un lot de systèmes de missiles antichars américains BGM-71 TOW, pour stopper l'offensive de l'armée nationale syrienne.

En fait ce n'est pas pour sauver l'unité de la Syrie que la monarchie saoudienne est prête à coopérer avec la Russie, mais pour sauver le trône menacé de l'intérieur (contestation des chiites du Sud pétrolier - région de Qatif) et de l'extérieur (résistance patriotique des Houtis yéménites contre l'invasion des Saoud).



Un nouvel acteur pour le Moyen-Orient

Il semble que l'influence américaine soit sur le déclin. La Russie s'implique au Moyen-Orient. Grâce à l'opération en Syrie, l'influence russe dans le Proche-Orient est sans précédent. «L'influence américaine et son implication dans les affaires de la région traversent une période de déclin sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale», estime l'ancien ambassadeur américain en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Liban, au Koweït et au Pakistan Ryan Crocker. Les alliés des Etats-Unis dans le Proche-Orient sont inquiets et optent souvent pour un compromis avec la Russie, souligne le Wall Street Journal (WSJ). C'est notamment le cas d'Israël, qui a refusé de soutenir la résolution proposée par les Etats-Unis à l'Assemblée générale de l'ONU, concernant la Crimée, et qui ne critique pas actuellement les frappes russes en Syrie. Bien que la Maison-Blanche essaye de contester le déclin de ses forces, les événements de ces dernières semaines, notamment le «gambit syrien» russe, font que la Russie est actuellement encore plus puissante dans le Proche-Orient que dans les années 1970-1980. «M. Poutine aspire à une sorte de dominance conjointe avec les Etats-Unis dans le Proche-Orient et il a presque réussi», estime Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. Plusieurs forces dans la région, surtout l'Irak et les Kurdes, sont désenchantées par l'incapacité des Etats-Unis de contrer le groupe terroriste Etat islamique et saluent donc l'opération russe en Syrie.»(2)



Le basculement vers un nouveau statut quo : Un reshaping du Moyen Orient


«Pour Paul Craig Roberts: «Le monde commence à se rendre compte qu'un bouleversement dans les affaires du monde était en train de se passer le 28 septembre, lorsque le président Poutine de la Russie a déclaré dans son discours à l'ONU que la Russie ne peut plus tolérer la politique vicieuse, stupide et vouée à l'échec de Washington qui a déclenché le chaos qui s'est déversé sur le Moyen- Orient et maintenant l'Europe. Deux jours plus tard, la Russie a pris la situation militaire en main en Syrie et a commencé la destruction des forces de l'Etat islamique. (...) L'afflux de populations indésirables est en train de sensibiliser les Européens sur le coût élevé de la mise en oeuvre de la politique étrangère des États-Unis. Les conseillers ont dit à Obama que l'idiotie de la politique des néoconservateurs menace l'Empire de Washington en Europe. En effet, les Russes ont déjà établi de facto une zone d'exclusion aérienne. Poutine, sans aucune menace verbale, ni aucune insulte, a résolument changé l'équilibre des puissances, et le monde le sait. Si Obama avait un peu de bon sens, il écarterait de son gouvernement les abrutis néoconservateurs qui ont dilapidé la puissance de Washington, et il se concentrerait plutôt à conserver l'Europe en travaillant avec la Russie pour détruire, au lieu de le parrainer, le terrorisme au Moyen-Orient qui envoie des vagues de réfugiés en Europe.» (3)

Justement on apprend que comme conséquence de cette nouvelle donne, l'Alliance occidentale s'effrite: l'Union européenne abandonne les Etats-Unis dans leur tentative de renversement d'Assad. Nous lisons dans la contribution suivante : L'Europe est envahie de réfugiés provenant des campagnes de bombardement en Libye et en Syrie, qui ont créé un état fantoche en Libye, et qui menacent de provoquer la même chose en Syrie. La pression exercée sur le régime syrien qui combat l'Etat islamique doit être éliminée. Le public européen est opposé aux frappes américaines, qui ont provoqué l'exode de réfugiés vers l'Europe. Les dirigeants européens commencent à se désolidariser de leur alliance avec les Etats-Unis.»(4)


Le spectaculaire jeu d'échecs syrien

Tout s’est joué en été , on sait qu’il y avait deux camps qui à des degrés divers voulaient faire partir Al Assad, même jusqu’à aller insinuer comme l’a fait Fabius qu’Al Assad ne méritait pas de vivre . Nous étions ; alors, tout prêt d’un scénario à la Kadhafi aux mains du tandem BHL-Sarkozy, de Cameron et de l’Otan. Il a fallu qu’ Obama annonce qu’il n’est pas prêt à risquer la vie des Gis voire même à s’embourber en Syrie que le chevalier sans peu et sans reproche avale son chapeau et éteint les moteurs de ses mirages prêts à aller en d »coudre en Syrie. En face, la force tranquille de la Chine et surtout de la Russie , bloquent au Conseil de Sécurité toute velléité de voter une zone d’exclusion aérienne comme ce fut le cas pour la Libye où les Occidentaux ne respectèrent par les termes de la résolution. Il faut y ajouter la détermination de l’Iran à aider le pouvoir syrien

Nous lisons la contribution suivante qui explique cette gigantesque partie d’échecs. : « Jusqu'à l'intervention de Poutine à l'ONU le 28 septembre et l'intervention russe en Syrie, deux équipes de jeu se faisaient face: d'un côté, Assad et la faction chiite comprenant l'Iran et le Hezbollah, de l'autre, la coalition internationale qui, côté syrien, se contentait de donner quelques claques aux islamistes du fait qu'elle est essentiellement concentrée sur Daesh.
La stratégie US en Syrie était d'armer les «terroristes modérés» qui se battent à la fois contre Daesh et contre Assad sans succès, Dans le même temps, l'Iran a poussé ses pions dans le petit jeu d'échecs personnel (...) l'Iran profite de la faiblesse de Assad pour s'introduire profondément dans les couloirs du pouvoir syrien. (...) Poutine est assis à sa propre table de jeu, face à l'Otan qui veut l'obliger à rejoindre la coalition anti-Daesh en Irak et à laisser tomber la Syrie (...) Pour Poutine comme pour Assad, si une intervention militaire russe en Syrie doit avoir lieu, c'est maintenant ou jamais. Dont acte. (...) Selon Justin Bronk, analyste de recherche au Royal United Services Institute: «Les forces russes maintenant en place rendent parfaitement évident que tout type de zone d'exclusion aérienne sur le modèle libyen imposé par les États-Unis et leurs alliés est désormais impossible, à moins que la coalition ne soit en fait prête à abattre des avions russes.» (5)



L'énigme Erdogan

La Turquie semble être sans boussole, elle combat les Kurdes, la Syrie mais soutient Daesh qui la ravitaille en pétrole. Elle se plaint de la Russie et attend l'aide de l'Otan en vain. La réunion de l’Otan a réaffirmé la solidarité inter pays de l’Otan mais sans plus.

«Erdogan n'a toujours pas compris, lit-on sur le site Réseau Voltaire, que l'Otan n'a jamais été au service de ses membres. L'Organisation a une raison d'être, c'est l'hégémonie anglo-saxonne dirigée militairement par les Etats-Unis. Si la cause turque peut servir l'impérialisme atlantique, il les verra débarquer sans qu'il ait à les solliciter, sinon, il n'aura que de belles paroles et des sourires avenants. Dès le premier jour de bombardement, l'aviation russe a tué des officiers turcs illégalement déployés sur le sol syrien. En réalité, la Russie mène la guerre contre l'Armée turque qui continue à encadrer des groupes terroristes sur le sol syrien et fournit un refuge et une assistance aux jihadistes qui fuient les bombardements russes.» (6)

Y aura t-il une troisième guerre mondiale ?

Il semble heureusement, qu'aucun des camps ne veut l'escalade pour le moment. Le Pentagone a annoncé que la Russie et les Etats-Unis étaient prêts à reprendre des discussions sur la sûreté de l'espace aérien en Syrie, où les deux pays sont engagés dans des opérations militaires distinctes. Au lendemain des premières frappes russes, de hauts responsables civils et militaires américains s'étaient déjà entretenus par vidéoconférence avec leurs homologues russes sur les moyens d'éviter des incidents entre les aviations des deux pays.

Peut-être qu'après tout il n'y aura pas de troisième guerre. Ce qui est sûr c'est que la solution aux problèmes du Moyen-Orient passe par le Kremlin et Téhéran. Les rodomontades des valets européens seront des scories de l'histoire.



1.Site Médiapart, http://forumdesdemocrates.over -blog.com/2015/10/moyen-orient-analyse-syrie-les-quatre-raisons-de-l-escalade-russe-09-octobre-2015-par-francois-bonnet-dix-huit-mois-apres-la-crimee


2. http://fr.sputniknews.com/international/20151010/1018748586/proche-orient-influence-dominance-usa-russie-frappes.html#ixzz3oLemE9F7


3. http://reseauinternational.net/nous-sommes-a-un-tournant-decisif-dans-lequilibre-des-puissances/


4. http://reseauinternational.net/lalliance-occidentale-seffrite-lunion-europeenne-abandonne-les-etats-unis-dans-leur-tentative-de-renversement-dassad/


5. http://reseauinternational.net/le-spectaculaire-jeu-dechecs-syrien/


6. http://www.voltairenet.org/article188985.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/227456-le-prelude-a-une-troisieme-guerre-mondiale.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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