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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 10:52

«Nous devons accepter le changement mais conserver nos principes.»

 

Jimmy Carter, ancien président des Etats-Unis d'Amérique

 

   Un rapport du Think Tank Nabni acronyme de "notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées" va être présenté ce samedi 26 janvier, utilisant l'image du Titanic, les chercheurs estiment que seule l'application de ce "projet global" permettra à l'Algérie d'amorcer le "grand virage" nécessaire pour éviter l'iceberg et risquer de couler. J'ai eu l'occasion d'assister à une émission de "Question d'Actu" présentée d'une façon magistrale par M. Ahmed Lahri, le 9 juillet 2012. Ces brillants "quadras" ont présenté une vision généreuse de l'avenir. A travers "Cent mesures pour l'émergence d'une Algérie nouvelle". J'avais fait l'éloge de cet exercice intellectuel désintéressé et j'avais attiré leur attention sur la dimension du projet de société préalable à toute construction sociale.

 

   J'avais aussi fait remarquer qu'il est nécessaire de porter la bonne parole partout où elle peut être entendue, non seulement aux tenants du système du pouvoir, partis politiques, mais aussi à la société civile, aux universitaires, aux intellectuels et aux universitaires qui font marcher l'Algérie

 

Dans une interview donnée au Courrier d'Algérie, M.Zoubir Benhamouche, diplômé de l'Ensae explicite globalement le contenu. Nous l'écoutons: "Le rapport Nabni 2020 élabore une stratégie de développement économique et social. Pour chacun des cinq thèmes (économie, éducation, santé, gouvernance et "vivre ensemble"), nous avons identifié ce que nous avons qualifié de "leviers de rupture", c'est-à-dire des axes de réforme sur lesquels agir pour atteindre les objectifs assignés. Il faut bien garder à l'esprit que ces leviers contiennent des innovations majeures en matière de politique publique. Ainsi, notre souci constant a été de proposer une nouvelle approche, non seulement en termes de mesures à prendre, mais également la manière de mener les politiques publiques. Notre démarche est nouvelle dans le sens où nous proposons un projet global composé d'un ensemble cohérent de réformes qui ne peuvent être pensées les unes indépendamment des autres". (1)

 

  M.Zoubir fait appel aussi dans sa démarche au secteur privé: "On ne peut pas concevoir de créer de la croissance sans penser, non seulement aux politiques à mener pour favoriser le développement du secteur privé, mais également lui offrir les qualifications dont il a besoin, le cadre réglementaire et l'environnement des affaires idoines, un accès au financement, des incitations à l'exportation, un appui de l'Etat, etc. Mais nous sommes également conscients que cette croissance tant espérée doit profiter rapidement au plus grand nombre pour maintenir une forte cohésion sociale et une adhésion aux réformes. C'est pour cette raison que nous avons un ensemble de mesures qui visent à permettre aux citoyens de profiter des opportunités qu'offrira cette croissance, en développant leurs capacités à trouver des emplois, se former, bénéficier d'un meilleur système social etc. Pour que ceci soit possible, la modernisation de l'Etat et le renforcement de ses capacités s'avèrent un impératif majeur, tout comme l'amélioration significative de la gouvernance publique, talon d'Achille de notre pays".(1).

 

  L'économiste conclut en insistant sur la nécessité d'un débat: "Nous voulions créer un débat public serein sur les défis de développement que doit relever notre pays. Nous sommes convaincus que l'Algérie a les potentialités nécessaires pour se soustraire à une dépendance excessive aux hydrocarbures, et nous devons le faire dès maintenant, alors que nous avons les ressources financières nécessaires pour rendre le coût des réformes plus supportable. Si nous tardons trop, non seulement les ajustements à opérer auront des coûts sociaux prohibitifs, mais nous aurons beaucoup plus de mal à rattraper notre retard de développement. Si au contraire, nous décidons de mettre fin au report perpétuel des "vraies" réformes, alors au contraire, les hydrocarbures seront un tremplin pour le progrès, et un formidable accélérateur de notre développement économique et social. (...) Après le 26 janvier, nous nous attellerons très concrètement à engager le dialogue avec le plus grand nombre de nos compatriotes pour arriver ensemble à montrer que l'avenir n'est pas forcément sombre, montrer qu'un autre futur est possible si une véritable stratégie de développement au service des citoyens est mise en oeuvre.(1)

 

 La même approche est donnée par Rostane Hamdi, l'un des animateurs du groupe Nabni/ "Le rapport Nabni 2020 ambitionne de proposer une vision pour l'Algérie à l'horizon 2020 et un programme de chantiers structurants permettant d'inscrire l'Algérie dans le chemin. Le groupe Nabni propose au débat public un ensemble de propositions dans les cinq domaines suivants:I. Développement économique et création d'emplois; II. Education, savoir et innovation; III. Santé, protection sociale et lutte contre la précarité; IV. Vivre ensemble: villes, urbanisme et culture; V. Gouvernance de l'Etat et des institutions

 

Ce qu'il faudrait, le pensons-nous, c'est d'inscrire ces 100 mesures dans un ensemble plus vaste d'états généraux sur des sujets structurants l'avenir du pays. Il nous faut concomitamment faire émerger de nouvelles légitimités avec la résolution des problèmes de fond concernant le projet de société auquel peut prétendre l'Algérie. Qu'est-ce qu'être Algérien au XXIe siècle Comment rebondir en prenant appui sur un certain nombre d'invariants qui sont ce que nous sommes. Ces domaines embrassent globalement les attentes, mais il nous semble que l'ordre de traitement serait à revoir. Il est impossible de parler d'économie, de développement sans le préalable d'abord de projet de société. Le 5 juillet 2012 sera une date symbolique dans l'histoire de l'Algérie indépendante.

 

Plaidoyer pour un vrai changement en douceur

 

"Cinquante ans après l'Indépendance, écrit Hocine Lamriben, l'Algérie patine sur le plan économique et social. Si le statu quo actuel en termes de gouvernance publique et de politique économique se poursuit, à l'horizon 2020, notre pays pourrait avoir quasiment siphonné ses réserves de change. Selon un scénario probable où les prix du baril se maintiendraient mais nos exportations d'hydrocarbures baisseraient face à une production stagnante et une consommation énergétique nationale en croissance, le plus inquiétant est que notre pays pourrait se retrouver en situation de devoir affronter ces graves crises avec des institutions très affaiblies..." Un tel cas de figure, ajoute-t-on, "est loin d'être improbable, et il sera le fruit de notre incapacité à construire une vision pour notre pays, réformer nos institutions et définir une stratégie de développement inclusive, ambitieuse et globale". Le projet qu'elle propose s'articule autour de "cinquante chantiers de rupture" dans les politiques publiques, dans les domaines économique, social, éducatif, urbain, culturel et de santé publique, le tout basé sur des réformes fondamentales de la gouvernance et des institutions de l'Etat.(2)

 

Par les autres sujets complémentaires de cette étude, il nous faut citer la corruption. Il y a nécessité de mettre en place une charte administrative qui moralise les relations de travail avec les droits et les devoirs de chacun. Le renforcement du rôle des Conseils d'éthique et de déontologie dans chaque type d'administration permettra de renforcer les capacités éthiques et déontologiques de la presse écrite et sa crédibilité auprès du public. Les droits et devoirs de chacun: la nécessité de rendre compte quel que soit le niveau de responsabilité même après la fin de mission et enfin l'indépendance réelle de la justice.

 

Il nous faut aussi prioritairement nous pencher sur le système éducatif qui est en miettes, sur l'université qui est moribonde. A titre d'exemple, l'auteur de ces lignes a fait partie du Conseil national de l'éthique et de la déontologie et à ce titre, il a contribué à La Charte universitaire, instrument incontournable qui permet d'éviter la gangrène de l'Université, le plagiat, les faux diplômes. Réhabiliter la science et le savoir contre l'emprise de l'administration et son immixtion dans les affaires de pédagogie, (notes, examens, délibérations). Cette charte est remisée dans un tiroir laissant ainsi se perpétuer des affaires scabreuses où les chefs d'établissement déposent plainte à la Cour suprême contre leurs enseignants coupables de ne pas obéir aux injonctions amenant à des dérives.

 

Par ailleurs, le changement économique est un processus long où l'on ne peut pas y rentrer par effraction, mais par un sacerdoce, un travail de la sueur et de l'intelligence..., que la démocratie est une culture qui prend du temps à se construire. Si nous devons nous comparer aux pays arabes, nous avons fait la moitié du chemin vers la démocratie, mais nous sommes au milieu du gué. Nous avons quitté la berge de l'intolérance, mais nous n'avons pas encore abouti. Ce qui précisément bloque le progrès dans notre pays c'est le manque de libertés économique, politique et sociétale.

 

Justement à propos de changement pour Zoubir Benhamouche, l'un des rédacteurs du Think Tank Nabni, la société doit intervenir d'une façon soft: "Sans pression" citoyenne du peuple, il y a très peu de chance que le régime se réforme suffisamment pour engager le pays dans une dynamique vertueuse de modernisation de nos institutions et de notre économie.

 

La refondation de la société civile, via notamment les instruments que j'ai décrits dans l'article précédent, est donc une condition nécessaire. (...) La réalité du terrain suggère de faire preuve de pragmatisme. On ne pourra pas basculer du jour au lendemain vers une situation idéale. Une période de transition s'avère nécessaire".

 

"Il nous faut, conclut Zoubir Benhamouche, un consensus national autour d'une figure politique qui doit jouir d'une popularité et d'une intégrité suffisantes. Pour finir, quel que soit le scénario, il faut inscrire une vision de l'Algérie à l'horizon de 5 et 10 ans, dans les domaines économique, social et institutionnel. Le changement économique est difficilement réalisable sans changement de la gouvernance publique. Encore quelques années de blocage comme celles que nous venons de vivre et on aura atteint un point de non-retour. La métaphore du Titanic pour traduire la situation dangereuse dans laquelle se trouve l'Algérie". (3)

 

Il est vrai que pour le moment, nous sommes installés confortablement dans les temps morts, non seulement nous n'avançons pas, mais de plus on ne demande pas des comptes à ceux qui ont géré. A titre d'exemple, quand un ministre est limogé en Algérie, il rebondit rapidement pour s'assurer une retraite dorée. Où en sommes-nous alors? Sommes-nous à ce point sous-développés que l'on s'enflamme à titre d'exemple, pour une équipe de football constituée à 90% de joueurs évoluant à l'étranger; quand des parents d'élèves encouragent leurs enfants à aller dans les clubs de foot, au lieu de chercher la meilleure école qui ne constitue plus un ascenseur social. Quand un joueur, et à un degré moindre, un chanteur gagne en une "prestation" ce que gagne un professeur d'université en une vie, il y a quelque chose de détraqué dans la machine Algérie.

 

Pour la première fois...

 

On peut, peut-être, reprocher à l'étude faite d'être trop ambitieuse et d'oublier les fondamentaux qui sont d'abord et avant tout de réconcilier le peuple algérien avec son histoire et à la nécessité pour lui d'être fasciné par l'avenir sans rien perdre de ses repères identitaires. Ce qui est sûr, c'est que pour la première fois des jeunes universitaires se sont emparés d'une façon désintéressée du destin du pays pour contribuer à l'améliorer. Ils se sont réunis, ont débattu, chacun venant d'horizons divers, mais ayant en commun, à la fois l'amour du pays, mais aussi la légitimité scientifique.

 

En effet, le préalable identitaire pluridimensionnel est un socle rocheux incontournable, il permettra à n'en point douter à l'Algérienne et à l'Algérien, fascinés par l'avenir de se sentir pleinement Algérien du Nord au Sud et d'Est en Ouest dans un monde de plus en plus dangereux où de fait, l'Algérie avec sa profondeur stratégique, neuvième pays au monde, et premier pays d'Afrique par sa superficie après la curée concernant le Soudan en 2011, est une proie pour un nouveau partage du monde qui se dessine et des slogans à l'ancienne n'ont plus cours, pour cimenter ce pays.

 

Il nous faut réhabiliter l'effort, le mérite et place à la légitimité du neurone. Les soporifiques du football et des émissions de divertissement qui n'ont rien de culturel, ajoutées aux émissions cultuelles sans discernement feront de nos jeunes des zombies prêts à l'émeute à la première étincelle. Apprenons leur l'effort, la réalité du monde. Pour cela, il est indispensable pour que la démarche soit crédible que l'exemple vienne d'en haut mais ceci est un autre histoire.

 

Il nous faut en permanence avoir en tête l'esprit de Novembre, que nous sommes un peuple qui a une histoire d'au-moins trois millénaire et qu'il faut tout le temps actualiser avec les outils du XXIe siècle, qui sont le savoir, l'audace scientifique et technologique est un désir d'être ensemble pour constituer une nation qui devrait, selon le bon mot de Renan: "Un plébiscite de tous les jours".

 

1. http://lecourrier-dalgerie.com/zoubir-benhamouche-economiste-et-membre-de-nabni-au-courrier-dalgerie/

2. H. Lamriben: L'économie algérienne face à deux scénarios... El Watan le 24.01.13

3. http://www.algerie-focus.com/blog/2012/ 11/28/interview-de-zoubir-benhamouche-algerie-limpasse-un-an-apres-2/

 

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vérité et tolérance - dans Algérie
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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 10:17

 

«The dollar is our currency and your problem» («Le dollar est notre devise et votre problème»). John Connally  ancien secrétaire américain au Trésor

 

Avec une mise en scène hollywoodienne, Barack  Hussein Obama a prêté serment pour un second mandat. Il a répété lundi les 35 mots du serment présidentiel devant le président de la Cour suprême, John Roberts. Lundi, M.Obama a levé la main droite et posé la gauche sur deux Bibles: celle d'Abraham Lincoln, sauveur de l'Union et émancipateur des esclaves, et celle de Martin Luther King dont, coïncidence, la mémoire est honorée lundi aux Etats-Unis. Le président américain est le seul chef d'État d'un pays frappé par la crise à réussir à se faire réélire. Cette victoire repose sur plusieurs raisons: l'économie, la relance discutable de l'énergie non conventionnelle et son indéniable capital sympathie.

Petit rappel du discours de victoire de novembre 2012

 «La démocratie, déclare le président Obama, dans un pays de 300 millions d'habitants, peut être bruyante, désordonnée et compliquée. Nous avons tous nos opinions. Chacun d'entre nous a des croyances profondes. Et quand les temps sont durs, quand notre pays doit prendre de grandes décisions, cela attise nécessairement les passions, cela entraîne des controverses. Mais malgré toutes nos différences, la plupart d'entre nous partageons certains espoirs quant à l'avenir de meilleures écoles et aux meilleurs professeurs. Un pays qui se montre à la hauteur de son héritage de leader en technologies, innovations et découvertes, avec les emplois qualifiés et les nouvelles entreprises qui en découlent.»(1)

 Abordant le chapitre de l'avenir, il déclarait urbi et orbi: «Nous voulons que nos enfants grandissent dans une Amérique débarrassée du fardeau de la dette, qui ne soit pas affaiblie pas les iniquités, qui ne soit pas menacée par les puissances destructrices d'une planète qui se réchauffe. Nous voulons léguer un pays sûr, respecté et admiré dans le monde, une nation défendue par la plus grande puissance militaire mondiale et composée des meilleures troupes qui soient. Mais également un pays qui entend sortir de cette période de guerre, afin de façonner une paix fondée sur les promesses de liberté et de dignité pour chaque être humain. Nous croyons en une Amérique généreuse, une Amérique compatissante, une Amérique tolérante, ouverte aux rêves d'une fille d'immigrants qui étudie dans nos écoles et prête serment sur notre drapeau. Ouverte aux rêves d'un jeune homme vivant dans le sud de Chicago et qui pense qu'il y a une vie au-delà du coin de la rue, voilà le futur que nous voulons. Voilà la vision qui nous réunit. Voilà vers quoi nous devons tendre -vers l'avant. Voilà où nous devons aller.(...)(1)

 Le président Obama vante ensuite, la libre entreprise et le rêve américain: «Ce pays dispose davantage de richesses que tout autre nation, mais ce n'est pas ce qui fait notre fortune. Nous avons l'armée la plus puissante de toute l'histoire, mais ce n'est pas ce qui fait notre force. Nos universités, notre culture suscitent l'envie du monde entier, mais ce n'est pas ce qui pousse le monde à aborder en permanence sur nos rives. (...) Je crois que nous sommes capables de tenir la promesse de nos fondateurs, cette idée que si vous avez la volonté de travailler dur, peu importe qui vous êtes ou d'où vous venez ou votre apparence ou qui vous aimez.(...) Nous sommes plus grands que la somme de nos ambitions individuelles, et nous sommes encore davantage qu'un assortiment d'Etats rouges et d'Etats bleus. Nous sommes, et serons toujours les Etats-Unis d'Amérique».(1)

 On ne peut qu'adhérer à cette vision généreuse de la finalité de l'existence humaine, sauf que la réalité est amère pour ceux qui ne sont pas Américains et même pour les Américains qui ne sont pas nés au bon endroit et au bon moment. Certes, la plus grande réussite du président Obama a été la politique médicale qui a permis de sauver des dizaines de millions d'Américains, mais à côté de cela combien d'Américains ont encore faim? Combien d'hommes et de femmes dans le monde souffrent des conséquences tragiques des guerres qui ont impliqué directement ou indirectement les Etats-Unis?

 Compte tenu de la crise économique, la réélection de Barack Obama est un véritable tour de force. Le président américain a toutefois pu compter sur une récente embellie. À quelques semaines de l'élection, l'annonce des chiffres du chômage lui a été favorable. Avec 7,8% de chômeurs en septembre, les États-Unis enregistrent le taux le plus faible depuis janvier 2009.

Des chiffres qui ont redonné le moral aux Américains. Lors de sa campagne électorale, Barack Obama a su tirer profit des réussites de ses quatre années passées à la Maison-Blanche. Sa mesure phare est sans conteste la réforme du système de santé. En 2010, il a réussi à faire voter une loi qui permet à 32 millions d'Américains supplémentaires d'accéder à une couverture maladie. Le plan de sauvetage de l'automobile, qui a permis d'éviter la disparition de Chrysler et de General Motors en 2009, a également été un important argument de campagne: «Bin Laden est mort mais General Motors est vivant.» Barack Obama a su utiliser son image jeune et dynamique. Quelques jours avant le scrutin, il est aussi apparu en président actif après le passage de l'ouragan Sandy. Mais le président sortant a surtout su mobiliser un électorat décisif: les jeunes, les femmes et les Latinos.

Du côté de l'économie, Nouriel Noubini, l'un des économistes les plus influents du monde, s'exprimait à Paris ce 22 janvier, sur la situation des Etats-Unis. A la question: ´´Les Etats-Unis sont-ils en déclin? Je dirais que par rapport à d'autres économies avancées, ils se portent plutôt mieux.(...) De plus, la croissance de la production est plus robuste. Les Etats-Unis ont un problème budgétaire c'est vrai, ils ne font pas assez d'efforts pour réduire leur déficit, mais, là encore, la situation en Europe et au Japon est plus grave. Certes, par rapport à la Chine qui sera la plus grande économie du monde dans dix ou vingt ans, on pourrait dire que les Etats-Unis sont en déclin. Mais pour l'instant, quel pays va exploiter les industries d'avenir -les biotechnologies, les nouveaux combustibles, le Web 3.0, etc.? Les Etats-Unis sont un des pays qui innovent le plus dans l'économie mondiale.´´ (2)

Les promesses non tenues

 Il est vrai que Barack Obama s'est imposé sur la scène de la politique internationale. Même si son prix Nobel de la paix obtenu en 2009 a été critiqué, il a tenté d'améliorer l'image des États-Unis à travers le monde. Le président démocrate peut aussi ajouter à son crédit en mai 2011 l'ennemi public numéro un des États-Unis, Oussama Ben Laden, qui a été éliminé ainsi que le retrait des troupes américaines d'Irak et d'Afghanistan.

 Pourtant, le discours du Caire prononcé en 2009 est apparu comme une véritable main tendue vers le monde musulman. Ce discours intitulé «Un nouveau départ» («A New Beginning»), était destiné à améliorer les relations américaines avec les musulmans. Obama a mentionné son souhait de voir le Proche-Orient sans nucléaire militaire et de discuter avec l'Iran à propos de son programme nucléaire. Ses critiques à l'égard d'Israël sur la question palestinienne mettent une pression considérable sur le gouvernement Netanyahu. Le discours ne présente cependant aucun point concret. Pour Noam Chomsky, ce discours ne traduit aucun changement dans la politique américaine. Obama s'inscrit dans la continuité de la politique menée par ses prédécesseurs dans le conflit israélo-plestinien en continuant d'apporter un soutien quasi total à Israël. Chomsky souligne qu'Obama utilise le style bien rôdé de la «page blanche» («blank slate»), qui consiste à «ne pas dire grand-chose sur le fond, mais en le faisant d'une manière si séduisante qu'elle permet à ceux qui l'écoutent de lire sur la page ce qu'ils veulent entendre». Sur le plan intérieur américain, le discours, dans lequel Obama mentionne et cite Le Coran à plusieurs reprises, légitimise les références à la religion musulmane dans le discours politique américain.»(3)

Les défis qui attendent Obama

 Justement, la dette et la question des déficits constituent la toute première urgence du président américain. Le plafond de la dette américaine est fixé, depuis son dernier réhaussement d'août, à 16 394 milliards de dollars - depuis 1960, le Congrès a autorisé 78 relèvements du plafond de la dette, 49 fois sous présidence républicaine et 29 sous les démocrates. Rappelons que la dette publique des États-Unis est le produit de l'accumulation des besoins de financement passés des administrations publiques. La dette augmente donc à chaque fois qu'une dépense publique (investissement ou fonctionnement) est financée par l'emprunt plutôt que par l'impôt. Le 5 août 2011, l'agence de notation financière Standard & Poor's abaissait la note attribuée à la dette publique à long terme des États-Unis de «AAA», la note maximale, au niveau immédiatement inférieur («AA+»), ce qui n'était jamais arrivé auparavant à ce pays. Chaque jour, la dette américaine se creuse d'environ 3 milliards de dollars. Soit 125 millions de dollars par heure, 2 millions par minute ou encore 30 000 dollars par seconde. Le 31 décembre dernier, Barack Obama a littéralement arraché à la dernière minute un accord a minima à ses adversaires républicains, pour éviter le fameux mur budgétaire. Il a obtenu une augmentation des impôts pour les revenus les plus élevés.

De nouvelles étapes décisives attendent le président dans les prochaines semaines: fin février, le plafond de la dette publique doit être relevé, faute de quoi, les Etats-Unis seront en faillite. Cette douloureuse bataille stratégique sur l'économie pourrait occuper une bonne partie du début du second mandat de Barack Obama, et ne pas laisser beaucoup de temps au président pour s'engager sur d'autres terrains législatifs. (4) 

 L'ambition de contrôler d'une manière plus efficace les armes à feu est clairement affichée par Barack Obama. Le vote des parlementaires est là encore loin d'être acquis. La majorité républicaine de la Chambre des représentants se montre particulièrement récalcitrante concernant l'interdiction des armes d'assaut. Le président américain ne doit pas non plus oublier ses promesses de campagne de 2008, à savoir celles qui n'ont pas été tenues lors du premier mandat. La plus importante d'entre elles est la réforme du système de l'immigration.

Derrière les projets de loi que souhaite voir aboutir le président, se déroule un débat idéologique qui oppose démocrates et républicains. (4) Dans un discours solennel de 20 minutes au Capitole, Obama a cité la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, dont il est le 44e dirigeant, pour appeler à «poursuivre ce que (les) pionniers» ayant fondé le pays avaient entamé. «Notre voyage ne sera pas terminé tant que nos femmes, nos mères et nos filles ne pourront gagner leur vie comme le méritent leurs efforts. Notre voyage ne sera pas terminé tant que nos frères et soeurs homosexuels ne seront pas traités comme tout le monde par la loi», a lancé Obama. «Notre voyage ne sera pas terminé tant que nous n'aurons pas trouvé une meilleure façon d'accueillir les immigrés pleins d'espoir qui voient les Etats-Unis comme le pays du possible (...) Notre voyage ne sera pas terminé tant que tous nos enfants (...) sauront qu'ils sont protégés du mal.» (5)

 Le président Barack Obama s'est engagé à ce que les Etats-Unis maintiennent des alliances fortes partout dans le monde et renforcent les alliances qui leur permettent de mieux faire face aux crises à l'étranger. «Personne n'a plus intérêt à un monde en paix que le pays le plus puissant», a plaidé Obama, qui a promis de «soutenir la démocratie de l'Asie à l'Afrique, des Amériques au Moyen-Orient.» ´´Nous ferons preuve de courage pour résoudre nos différends avec d'autres pays pacifiquement (...) L'Amérique va rester la pierre angulaire d'alliances fortes aux quatre coins du globe. Nous allons soutenir la démocratie de l'Asie à l'Afrique, des Amériques au Moyen-Orient´´. ´´Nous, le peuple, pensons toujours que chaque citoyen mérite une part élémentaire de sécurité et de dignité. Nous devons faire des choix difficiles pour réduire le coût de la santé et la taille de notre déficit´´. ´´Une décennie de guerre se termine. La relance économique a commencé».

 S'agissant de l'énergie, tout le monde a en tête les dégâts des gaz de schiste aux Etats-Unis. Barack Obama a surtout parlé du réchauffement climatique: «Nous réagirons face à la menace du changement climatique, en gardant à l'esprit que ne pas le faire constituerait une trahison pour nos enfants et les générations futures», a-t-il déclaré. «Certains refusent peut-être encore d'admettre le verdict écrasant de la science, mais personne ne peut échapper à l'impact dévastateur des feux incontrôlables, des sècheresses redoutables, des tempêtes plus violentes», a-t-il ajouté. Selon lui, «l'Amérique ne peut pas aller à l'encontre de la transition» vers des énergies propres, «elle doit en être la locomotive», afin de profiter des emplois que les technologies vertes créeront (...) Dans le même temps, l'exploitation massive des gaz de schiste et des pétroles non-conventionnels a permis aux industriels américains de bénéficier d'une énergie très bon marché. Une tendance qui a favorisé la réindustrialisation du pays, face à la stagnation du chômage autour de 8% de la population active jusqu'à aujourd'hui.» (6)

La politique extérieure américaine

 Le second mandat présidentiel est traditionnellement celui au cours duquel les chefs d'Etat américains ont le plus de latitude sur la scène internationale. Au cours de son premier mandat, Barack Obama a cherché le compromis. Au cours de son second mandat, le président pourrait renoncer à l'art du compromis et tenter de s'imposer, de se montrer plus ferme face à une opposition qui ne lui a pas fait de cadeau. Le retrait des troupes américaines d'Afghanistan est engagé. Les printemps arabes n'intéressent pas les Etats-Unis, le pétrole libyen coule à flots malgré le chaos, les Frères musulmans en Egypte ont été normalisés et la Tunisie végète. Reste la Syrie qui doit tomber pour affaiblir l'Iran la prochaine cible. Obama avait pourtant promis de dénucléariser le Moyen-Orient. Barack Obama est désormais attendu sur la question israélo-palestinienne, sur laquelle il a toujours reculé face à Netanyahu. Avec sa réélection, Obama aura fort à faire à moins qu'il décide de finir en beauté son deuxième mandat en rendant justice à un peuple qui attend depuis un siècle qu'on lui rende justice.


1. Antoine Bourguilleau http://www.slate.fr/ monde/64611/obama-discours-victoire

2. http://www.challenges.fr/economie/20130122.CHA5387/nouriel-roubini-ne-voit-plus-totalement-l-avenir-en-noir.html#xtor=EPR-7-[Quot18h]-20130122

3. Discours d'Obama: Encyclopédie Wikipédia

4. Stefanie Schüler Les grands défis d'Obama pour son second mandat RFI l 21 janvier 2013

5. http://www.lesoir.be/168539/article/

actualite/monde/2013-01-21/etats-unis-saluent-en-masse-l-investiture-d-obama
6. Karl de Meyer http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202515319333

barack-obama-a-prete-serment-pour-un-second-mandat-530599.php

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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vérité et tolérance - dans anomie du Monde
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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 19:04

 

«L'homme ne vit pas que de pain. (...) Moi si j'avais faim et me trouvais démuni dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre. (...) J'attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles»

 

Federico Garcia Lorca

 

L'électrochoc de In Amenas vient nous rappeler la fragilité du présent. Aller vers l'anamnèse est plus que jamais indispensable. Croire ou faire croire aux Algériens que nous sommes invulnérables est faux! Un pays de 2, 4 millions de km2, avec des richesses multiples et une jeunesse exubérante ne peut pas laisser nos «amis indifférents». Rien n'est acquis. Des âmes charitables outre-Méditerranée ont encore de la sollicitude pour nous. Ne nous y trompons pas! Beaucoup se frottent les mains.

 

Nous sommes dans le Cinquantième anniversaire de l'Indépendance et nous venons de subir une difficile épreuve dont il faudra tirer les leçons, toutes les leçons. Nous devons faire un état des lieux sans complaisance si nous voulons nous en sortir. Ce tragique épisode dans l'histoire trois fois millénaire de l'Algérie est là pour nous montrer que nous sommes plus que jamais vulnérables. Certes, la rente qui a permis en 13 ans à l'Algérie d'engranger plus de 600 milliards de dollars fruit immérité de la Providence divine... n'a pas créé de la richesse mais des assistés. Non seulement le pays peine à se déployer, assailli de toutes parts. Nous sommes un petit pays qui se cherche, un pays rentier qui n'invente rien, qui se contente de gérer une rente et en tentant de calmer la société par une distribution de biens, accentuant encore plus la certitude que dans ce pays, il ne faut pas travailler pour réussir socialement, il faut faire des émeutes.

 

La mal-vie est là, le désespoir prend la forme des harraga de l'émeute ou du maquis. Notre développement ne se mesure pas à l'aune des 4x4 rutilants pour des richesses qui ont jailli du néant avec, on l'aura compris, plus de 5 milliards de dollars pour les 5 millions de voitures importées sans aucune retombée réelle en termes d'emplois. Les Algériens se saignent aux quatre veines pour acheter un véhicule et ceci entre autres, pour conjurer la malédiction des transports publics. Le développement ce n'est pas aussi le portable accroché à l'oreille avec l'invite à bavarder avec à la clé une hémorragie de 2 milliards de dollars par an pour le pays.


Les jeunes doivent être associés à leur destin On croit à tort que les jeunes ne sont intéressés que par le football, les émissions de variétés de danses et chants de stars payées à prix d'or avec l'argent du contribuable. Cruelle erreur: c'est une drogue dure car l'addiction se paie en émeutes de mal-vie. J'en veux à la culture qui a réussi à abrutir la jeunesse en lui proposant une sous-culture de l'abrutissement où elle est invitée à «se divertir», alors qu'il faut lui proposer de l'éducation, du travail, bref, de la sueur au lieu de soporifiques coûteux et sans lendemains. Le symbole d'un pays n'est pas uniquement dans une équipe nationale de foot, mais dans des institutions nationales qui créent de l'intelligence. Il est aussi dans ses formateurs qui, au quotidien, entretiennent la flamme vacillante de la science. S'il faut une équipe de football pour rassembler les gens et faire qu'ils se parlent, qu'ils se respectent, y a vraiment un problème de fond à régler.

 

Que l'on ne s'y trompe pas! Les jeunes ne doivent pas être manipulés. Il faut leur proposer une perspective d'avenir autrement que par la charité et le saupoudrage à géométrie variable. La jeunesse est notre richesse commune. Elle doit être la préoccupation de tous les départements ministériels, à commencer par le système éducatif. Les jeunes n'écoutent plus parce que tous autant que nous sommes et surtout l'Etat, n'avons pas su répondre à la jeunesse qui aspire à la connaissance mais aussi à la liberté et à la réussite sociale. Ce que les médias étrangers leur «proposent» le temps d'une connexion, télescope brutalement l'amère réalité de leur quotidien fait d'incertitude, d'ostentation, de m'as-tu-vu des riches qui ont jailli du néant.

 

Ces jeunes, que l'on craint, au lieu de leur indiquer le sens de l'effort, ne connaissent rien de l'histoire de l'Algérie qui, pourtant - sans être éduqués dans le culte de la patrie - ont au fond d'eux-mêmes le «feu sacré» qui fait que nous pourrions faire des Algériens un peuple fasciné par l'avenir. Souvenons-nous, à l'Indépendance, nous étions tout feu, tout flammes et nous tirions notre légitimité internationale de l'aura de la Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s'est refroidie en rites sans conviction pour donner l'illusion de la continuité.
Le pays s'enfonce inexorablement dans une espèce de farniente trompeur tant que le baril couvre notre gabegie.

 

Notre système éducatif est en miettes. Notre université est moribonde.

 

Pourquoi ne flatte-t-on les Algériens que dans le sens de la facilité? A savoir le soporifique du football, une drogue sans lendemain, et les soirées musicales, c'est à se demander à quoi sert le ministère de la sous-culture chargé d'anesthésier à longueur d'année les jeunes?
Il me semble que trois questions structurent notre futur: qui sommes-nous? Quelle éducation devons-nous donner à nos enfants? Quel est notre avenir dans un contexte chaotique où l'AIE prévoit des guerres pour l'énergie, qui sont déjà là? Nous ne serons pas épargnés. Pourquoi sommes-nous en panne d'imagination?

 

Pourquoi nous ne faisons pas émerger de nouvelles légitimités? Pourquoi nous nous tenons le ventre et avons-nous peur du lendemain devant le vide sidéral des dizaines de partis politiques et d'élus dont on peut se demander à juste titre quelle est leur valeur ajoutée si ce n'est celle d'émarger au râtelier de la rente et d'avoir une visibilité sociale?



 

Qui sommes-nous?

 

Plus que jamais, nous nous devons de nous poser la question: qui sommes-nous? C'est encore l'incertitude. Doit-on se confier pieds et poings liés au marché et à la société dite du plaisir fournie par une mondialisation sans état d'âme qui est là pour prévenir tous les désirs du consommateur pourvu qu'il ait de l'argent pour payer, ou inculquer des valeurs et des grilles de lecture aux jeunes, pour leur permettre de séparer le bon grain de l'ivraie?

 

En 2013, il y a encore des Algériens qui s'identifient à leurs tribus, leurs régions, leurs quartiers. Il y a ceux qui sont encore arrimés mentalement à une sphère moyen-orientale au nom d'une arabité de la résurrection (El Baâth), il y a ceux qui pensent qu'il faut en revenir au socle rocheux amazigh maghrébin. Il y a enfin ceux qui ne parlent pas de pays mais de «oumma». Dans cette errance identitaire, il n'y a pas de place pour l'homme qui se veut être Algérien sans appartenir à aucune de ces catégories. C'est le cas à titre d'exemple de tous ceux qui, à défaut d'être traités comme des «Algériens à part entière», sont traités comme des «Algériens entièrement à part!». On l'aura compris, ce projet de société est à des années-lumière de celui qui met le cap sur le salaf (le retour à la pureté originelle).

 

Ce dilemme que nous n'avons toujours pas résolu et pour cause, oppose toujours en Algérie, deux visions du monde. Celle d'une laïcisation débridée et celle d'un cap sur le Moyen -âge. C'est une lutte sourde du fait que nous n'osons pas aborder les problèmes d'une façon sereine. C'est soit un arabisme débridé des métropoles moyen-orientales dont on connaît les limites soit une métropole occidentale qui nous encourage, qu'on le veuille ou non, à nous atomiser. Le résultat des courses est que la «accabya» est toujours là au détriment de la nation.
Quelle histoire devons-nous apprendre à nos enfants si nous ne sommes pas d'accord sur les fondamentaux?

 

Quand on pense aux mythes fondateurs de l'histoire américaine - deux siècles d'existence - et leur «Destinée Manifeste», à l'Histoire de France, des Astérix, Clovis, Dagobert, Jeanne d'Arc, nous n'avons pas pour notre part à mythifier notre Histoire. 18 siècles avant la venue de l'Islam, il y avait un peuple qui avait une histoire. Massinissa battait monnaie quand les Européens n'avaient pas encore émergé aux temps historiques... Nous devons réconcilier notre peuple avec son histoire que nous devons assumer avec ses heurs et malheurs. La dernière révolution (1954-1962) s'inscrit dans une longue lignée de révoltes, elle a eu l'immense mérite d'avoir soudé les Algériens du Nord, du Sud, de l'Est et de l'Ouest n'en déplaise aux diviseurs de tout poil. L'histoire devra être écrite et ne pas être prise en otage par ce qu'on appelle la famille révolutionnaire, ce qui a amené à la constitution d'une véritable satrapie qui a ses règles de cooptation, de prise en otage du pouvoir et naturellement de répartition de prébendes et de privilèges en tout genre.

 

Maintenant que nous avons essayé toutes les thérapies mortifères allant du socialisme scientifique au socialisme de la mamelle, de l'ouverture économique débridée à la tentation du califat, le moment est venu pour un projet de société consubstantielle de l'identité. La devise néolibérale: «Ne pensez pas, dépensez!» a trouvé en Algérie une brillante application. Jusqu'à quand? Nos enfants devraient apprendre une Histoire de l'Algérie qui ne zoome pas sur les pulsions malsaines du moment mais qui soit oecuménique? Comment tenir à ses repères identitaires et religieux sans en faire un fonds de commerce? La sous-culture actuelle, celle des danses, des chants a abêti les Algériens au lieu de les faire réfléchir à leur unité.

 

Il nous faut re-cimenter, comme l'a fait la Révolution, imaginer des nouvelles formes d'épanouissement régional dans le cadre du creuset national, un peut comme les Etats américains, ou les landers allemands. Pourquoi voulons-nous garder un héritage jacobiniste qui a montré ses limites même en France? Laissons à chaque province donner la pleine mesure de son talent. La cohésion de la société algérienne «ce désir d'être ensemble» pour reprendre l'expression de Renan est à ce prix. Elle devrait être un «plébiscite de tous les jours». Le dialogue, la force de persuasion permettra l'adhésion du plus grand nombre. Pour cela, l'un des moteurs de la consolidation de l'identité algérienne, en l'occurrence, le Service national, doit être urgemment réhabilité avec une feuille de route pour aussi participer à l'édification du pays par une politique de grands travaux.


Quel système éducatif pour repartir du bon pied?

 

Le terrorisme a pour lit un système éducatif désastreux, c'est l'école qui est en partie responsable des malheurs du pays. L'état des lieux est connu. Le système éducatif est un train fou que personne ne veut arrêter. Ce n'est pas la priorité de tous les gouvernements qui se sont succédé alors qu'il devrait être leur préoccupation toute affaire cessante. Nous allons repartir de très loin pour mettre en place une école qui ne fait pas dans l'exclusion, qui apprenne à l'élève avant la sixième à lire, écrire et compter dans un environnement de plus en plus formaté par les médias, l'Internet et l'ordinateur. S'agissant de l'enseignement supérieur, le fait de bourgeonner en mettant une université par wilaya est une erreur outre le fait que l'encadrement qualitatif est marginal, cette vision ne contribue pas au brassage des jeunes de toutes les régions. L'élève va de l'école à l'université dans sa région; ceci est mortel pour le vivre-ensemble. Le brassage comme le faisait le Service national, est nécessaire.

 

En ce qui concerne la formation technologique, il nous a été donné de protester contre l'extinction de la formation d'ingénieurs et de techniciens remplacés par un ersatz appelé LMD. L'Université algérienne devra, si elle ne veut pas rater encore le développement technologique du pays d'une façon irréversible, réhabiliter la formation d'ingénieurs et de techniciens par milliers. J'en appelle clairement à la remise sur les rails, avant qu'il ne soit trop tard, de la formation technologique dans le pays, en réhabilitant la discipline des mathématiques, des mathématiques techniques, Dans la cacophonie actuelle, ce qui restera dans le futur, ce sont les hommes et les femmes bien formés, fascinés par le futur et dont l'Algérie aura besoin. Le destin de l'Algérie se jouera assurément dans cette génération, ne la ratons pas!


Quel développement pour le XXIe siècle?

 

Le troisième volet de mon intervention concerne l'errance en termes de développement. L'Algérie étant mono-exportatrice d'hydrocarbures, elle n'a fait que consommer la rente. Sans vouloir jouer les pythies, l'avenir est sombre. Pire encore, on fait miroiter aux Algériens le gaz de schiste qui, dans leur imaginaire, devra prendre la relève du pétrole sur le déclin, les incitant plus que jamais au farniente à l'instar des satrapes du Golfe... Nous aurons droit à des guerres, de l'eau, des guerres pour la nourriture. Enfin, le point d'orgue est que la guerre pour l'énergie décrivait en creux le conflit de civilisations. Comment alors l'Algérie devra-t-elle s'orienter vers une consommation non carbonée tout en optimisant ses ressources? Comment passer de l'ébriété énergétique actuelle à la sobriété énergétique seule garante d'un développement durable? Une stratégie énergétique multisectorielle doit impliquer la société, les départements ministériels, bref, un plan Marshall qui doit impérativement reposer sur l'adhésion de tous, de l'écolier pour en faire l'éco-citoyen de demain, à l'imam qui, dans ses prêches, doit parler du développement durable...

 

Notre indépendance a atteint l'âge de raison. Mais l'Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. Est-ce parce qu'elle n'a pas des compétences? Est-ce qu'elle n'a pas des ressources? Non! Comment alors expliquer cette panne dans l'action qui fait que nous sommes encore à chercher un projet de société et à vivre au quotidien gaspillant une rente imméritée qui hypothèque lentement mais sûrement l'avenir de nos enfants, leur laissant, ce faisant, une terre inculte, ouverte à tout vent où rien de «construit» par l'intelligence de l'homme ne lui donnera une singularité? Qu'on se le dise! L'Algérie n'est pas sortie de l'ornière tant que le peuple n'est pas associé à son destin, l'Algérie sera vulnérable.

 

L'Algérie occupe les médias étrangers, uniquement quand c'est le chaos, mais pas quand des réalisations sont faites. Nous l'avons vu avec la tragédie de In Amenas, avec la mort d'une cinquantaine de personnes. Il nous faut changer de fusil d'épaule. Nous avons perdu notre indépendance graduellement depuis 50 ans en acceptant de devenir vulnérables, la rente ayant anesthésié toute mise en marche de nos neurones à telle enseigne que tout est importé, l'Algérie se contente de consommer ce qui ne nous appartient pas.

 

Le combat que nous devons mener dans ce XXIe siècle de tous les dangers est de donner une nouvelle indépendance à l'Algérie. Nous ne pouvons plus incriminer l'ancienne puissance coloniale pour la colonisation. L'Esprit de Novembre devrait toujours être en nous. Nous devons le réanimer chacun de nous en donnant l'exemple de l'abnégation. Pour cela, seul le parler vrai, l'honnêteté et le travail permettront à nos aînés de se reposer enfin, sachant que le flambeau est définitivement entre de bonnes mains.

 

En définitive, il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l'on avait à l'Indépendance en mobilisant, quand il y a un cap. Imaginons pour rêver que le pays décide de mettre en oeuvre les grands travaux, il mobilisera dans le cadre du Service national, véritable matrice du nationalisme et de l'identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de s'attaquer aux changements climatiques, d'être les chevilles ouvrières à des degrés divers d'une stratégie énergétique qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s'engage à marche forcée dans les énergies renouvelables. Nul besoin alors d'une équipe nationale qui nous donnera le bonheur épisodiquement, le bonheur transparaîtra en chacun de nous par la satisfaction d'avoir été utile, et en contribuant par un travail bien fait, par l'intelligence et la sueur, à l'avènement de l'Algérie de nos rêves

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 12:32



 

«Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte en elle l'orage»

 

Jean Jaurès

   Le mercredi 16 janvier nous a brutalement rejeté vingt ans en arrière dans les pires années où l'Algérie se battait pour sa survie. De quoi s'agit-il? d'une prise massive d'otages dans une base gazière et pétrolière frontalière avec la Libye, In Aménas est située à 265 km au nord-est d'Illizi, à 815 km au sud-est de Ouargla à 730 au sud-est de Hassi Messaoud et à environ 1500 km au sud-est d'Alger. En 2010, le site d'In Aménas produit 50.000 barils par jour de condensats de gaz naturel ainsi que 9 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, soit 12% de la production nationale de gaz. Le site représente 18% des exportations gazières de l'Algérie.

L'assaut mené par les forces spéciales de l'armée algérienne pour libérer les otages d'un groupe islamiste a pris fin jeudi soir, selon l'agence nationale APS. Aucun bilan sur cette opération n'a été donné. Des centaines de travailleurs algériens et une quarantaine d'étrangers avaient été pris en otages mercredi par un groupe lié à Al Qaîda sur le site d'In Aménas, dans le centre-est de l'Algérie. Le groupe ayant revendiqué la prise d'otage a indiqué, notamment dans un communiqué, qu'il agissait en représailles à l'intervention contre les islamistes armés au Mali par l'armée française, dont les avions ont été autorisés par l'Algérie à survoler son territoire. On le voit, «L'Algérie» a autorisé le survol de son territoire et je l'en remercie», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, à l'émission Grand Jury LCI-Le Figaro-RTL, nous sommes à notre corps défendant des «collaborateurs». Nous avons été impliqués et tout est fait par les médias pour présenter cet acte d'autorisation comme un acte majeur dans la lutte que mène la France.

 

Aux dernières nouvelles, 30 otages et au moins 11 islamistes ont été tués jeudi lors de l'assaut donné par les forces spéciales de l'armée algérienne sur le complexe gazier de Tigantourine dans l'est du pays, pour libérer plusieurs dizaines d'Algériens et d'étrangers retenus prisonniers, a-t-on appris auprès de la sécurité algérienne. Il a indiqué que, comme durant la guerre civile menée par les autorités algériennes contre les islamistes dans les années 90, l'Algérie ne négocierait pas, ni ne céderait au «chantage» des «terroristes». «Nous disons que face au terrorisme, hier comme aujourd'hui et demain, il n'y aura ni négociation (avec les terroristes), ni chantage, ni répit dans la lutte contre le terrorisme», a-t-il déclaré, rappelant qu'il «s'agit d'une position algérienne connue depuis longtemps».

 

Les autres grandes prises d'otages

 

Il est curieux de constater la propension des Occidentaux à vouloir à tout prix s'ingérer dans les affaires intérieures des pays soumis à des opérations de chantage. Les médias ont repassé en boucle quelques phrases. David Cameron n'est pas content, il s'est interrogé pourquoi il n'a pas été informé par les Algériens, les Américains se sont déclarés inquiets au point d'envoyer un drone Prédator dont on peut penser qu'il a eu l'autorisation de survoler la base; le comble est la position du gouvernement nippon qui exige des Algériens de cesser immédiatement les opérations.

Pour l'histoire, les prises d'otages consubstantiels de la mal-vie des damnés de la Terre. Les 5 et 6 septembre 1972, pendant les Jeux olympiques de Munich, 11 membres de la délégation israélienne sont tués lors d'une prise d'otages. Deux sont tués par le commando, neuf, lors de fusillades déclenchées par la police allemande. Le 4 novembre 1979. A Téhéran (Iran), 52 Américains sont retenus à l'ambassade des Etats-Unis. Ils sont libérés 444 jours plus tard, par l'intervention de l'Algérie après l'échec d'une opération commando américaine en avril 1980. Les 6 et 7 novembre 1985. A Bogota (Colombie), 400 personnes sont prises en otage au palais de justice par un commando du M19. Le lendemain, l'assaut fait une centaine de morts. Rappelons-nous aussi, que du 1er au 3 septembre 2004, dans une école à Beslan (Ossétie du Nord), un commando tchétchène prend en otages près de 1200 personnes, enfants, parents et enseignants. L'assaut des forces russes se solde par la mort de 331 personnes et fait quelque 400 blessés. Enfin en février-mars 2003 dans le Sahara algérien, 32 touristes d'Allemagne, Suisse, Pays-Bas et Autriche sont enlevés en plusieurs groupes par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (Gspc). Une otage allemande meurt après une insolation, les autres sont libérés en mai lors d'une opération de l'armée algérienne, puis en août au Mali contre le versement non confirmé d'une rançon. (1)

 

Pour rappel, la résolution 1904 de décembre 2009 a été votée suite à l'instance de l'Algérie/ stipule qu'il ne faut pas verser de rançon. Le gouvernement Sarkozy a été le premier à la torpiller en payant des rançons pour libérer ses concitoyens. Les deux fois où la France a tenté de libérer les otages, cela s'est traduit par la mort des otages français comme en Maurétanie, il y a deux ans et dernièrement en Somalie avec la mort de trois personnes dont l'otage de la Dgse. Le problème du Mali est d'abord un problème de décolonisation bâclée à la fois du côté malien, mais aussi de la mentalité des anciens colonisateurs. Avant le Mali, les terroristes, il faut le préciser, sont un cadeau de démolition de la Libye par les Occidentaux dont la France; l'Algérie a gardé tant bien que mal ses frontières. Que se serait-il passé si l'Algérie n'avait pas autorisé les Français à survoler son territoire? Un détour de 300 km aurait-il évité à l'Algérie de s'impliquer? Il semble pourtant que l'attaque a été programmée depuis longtemps, elle devait donc avoir lieu. Il est toujours difficile de réagir en face d'une prise d'otages et chacune a ses caractéristiques. En l'occurrence, les forces spéciales avaient toutes les difficultés en même temps: d'abord, le site lui-même est une bombe potentielle si le gaz venait à être libéré, de plus, c'est une prise d'otages de masse plus de 600 personnes sur un espace large, enchevêtré entre les réservoirs, les tours, les équipements divers et les tuyauteries, où il faut aller déloger vraisemblablement un à un les preneurs d'otages. Enfin, détail capital, les preneurs d'otages «classiques» ne sont pas des candidats au martyre. Il est donc mal venu aux experts de tout poil - notamment les spécialistes algériens adoubés- qui viennent en boucle dire «il n'y a qu'à faire-ça-, de parler sans savoir de quoi ils parlent. Claude Gallois, ancien patron du Gign français expliquait sur une chaîne de télévision qu'il est très difficile de réussir quand le nombre de personnes prises en otage est important comme c'est le cas. Pour lui, les forces spéciales algériennes ont fait leur travail en pareil cas. Ils ont eu besoin de temps pour sécuriser la base

 

Où sont nos amis?

 

Dans cette affaire, il est difficile de savoir quels sont les protagonistes. On nous parle de terroristes lourdement armés. Par qui? L'argent des cigarettes, de la drogue ou autre chose? Deux pistes semblent se détacher: le Qatar et l'arsenal libyen offert par la coalition aux terroristes suite au lynchage de Kadhafi.

 

L'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné rapportait dans son édition du mercredi 6 juin, que l'émir du Qatar a livré une aide financière aux mouvements armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali. Parmi ces groupes, qui ont reçu les dollars qataris, figurent le Mujao qui retient en otage sept diplomates algériens depuis le 5 avril dernier. Sous le titre «Notre ami du Qatar finance les islamistes du Mali, Le Canard enchaîné indique que la Direction du renseignement militaire (DRM), qui relève du chef d'état-major des armées françaises, a recueilli des renseignements selon lesquels «les insurgé du Mnla (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Eddine, Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao ont reçu une aide en dollars du Qatar.» (2)

 

«En clair: les émirs du Qatar financent des mouvements islamistes armés qui sèment la terreur en Algérie et dans le Sahel; qui détiennent des otages algériens et qui ont proclamé un khalifa islamique aux frontières algériennes. Mais il y a mieux encore. Toujours selon Le Canard enchaîné, l'émirat du Qatar a des visées sur les richesses des sous-sols du Sahel. «Des négociations discrètes ont déjà débuté avec Total», le géant pétrolier français pour exploiter à l'avenir le pétrole dont regorge cette région de l'Afrique. Le Mnla (Mouvement national de libération de l'Azawad) et Ansar Eddine qui ont reçu ces subsides ont pris le contrôle du nord du Mali à la faveur d'un coup d'Etat qui a renversé, le 22 mars 2012, le régime du président malien Amadou Toumani Touré. Quant au Mujoa (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), une dissidence d'Aqmi, elle détient sept diplomates algériens enlevés le 5 avril dernier et réclame des autorités algériennes 15 millions d'euros contre leur libération et menace d'actions terroristes en cas de refus de satisfaire ses revendications. (...) Selon Le Canard enchaîné, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, «n'ignore aucune des mauvaises nouvelles arrivées d'Afrique subsaharienne. Et rien de l'implication de «notre ami du Qatar», formule d'un officier de l'état-major, dans la «capture» du Nord du Mali par plusieurs mouvements djihadistes.» (...) (2)

 

Et pourtant, c'est ce même émir que nous avons reçu en grande pompe en décembre dernier et avec lequel nous sommes en affaires. On parle de plus en plus de terroristes surarmés. Par qui? «Parce qu'enfin lit-on dans une contribution pertinente, les armes aux mains des islamistes maliens ne sont pas tombées du ciel: si Paris n'avait pas, à l'instigation pressante de l'agitateur BH Lévy, livré contre la Jamahiriya libyenne une guerre du fort au faible en compagnie de ses acolytes euratlantistes, les armes aujourd'hui utilisées contre nos troupes seraient sagement restées enfermées dans leurs bunkers. «Sans doute ne faudrait-il pas oublier non plus, que le mouvement séparatiste malien appelé Mnla a été créé dans la précipitation par Mohamed Ag Najem lequel commandait un millier de mercenaires touareg au service du régime de Kadhafi et qu'il a été retourné par les services français quelques semaines avant la chute de Tripoli. Ag Najem aurait-il accepté de trahir Kadhafi et de retourner au Mali s'il n'avait pas eu les assurances de Paris pour pouvoir rentrer chez lui avec armes et bagages remplis d'or et de dollars afin d'y jouer le nouveau rôle qui lui a été dévolu?» (3) (4)

 

L'ouverture de la boîte de Pandore et l'enlisement au Malistan

 

Curieusement, la prise d'otages fut du pain bénit pour les médias qui n'avaient plus rien à dire concernant les mouvements au sol des troupes françaises pratiquement clouées sur place dans l'attente des acrobates des pays voisins. Il est vrai qu'ils ont fait un mouvement vers Djabali, mais en laissant les Maliens en face des islamistes. Au demeurant, l'opération malienne, mal conçue, mal calculée, devait en principe et au départ relever de la «guerre-éclair». À ce titre, les effectifs français viennent d'être portés à 800 hommes et Paris bat vainement le rappel de ses alliés européens, ceux-ci ne se bousculant pas pour apporter leur contribution à l'aventure. François Hollande, enfin, se présidentialise et est célébré en France comme «un chef de guerre». Sur tous les médias français, journaux, radios, télés, on proclame qu'il «est vraiment devenu président de la République maintenant qu'il a déclenché une guerre». Comme Bush après la guerre contre l'Irak, et comme le président Obama, sacré «chef de guerre» après la mort de Ben Laden, ou comme le président Sarkozy après l'attaque de la Libye, le président Hollande s'engage sur un terrain mouvant. «Ce n'est pas cela ma France», a pu dire De Villepin.

Que faire quand les quelques villages seront pris. Pendant longtemps, la France a aidé le Mnla qui parlait de partition, maintenant elle aide le Mali. Pourtant, les frontières héritées de la colonisation d'après l'OUA devaient être intangibles mais l'UA, inaudible actuellement, avec un commissaire à la Sécurité dépassé, appelle à l'Occupation, la présidente appelle l'Otan, rien que çà.

 

S'agit-il de reconquérir la totalité de l'intégrité territoriale du Mali? Allons-nous le faire tout seuls? Comment s'assurer ensuite du maintien de la sécurité des villes qu'il s'agit de reprendre, Gao, Tombouctou, Kidal? Quelle sera la contribution de nos alliés? «C'est une guerre contre le terrorisme. Simplement, il faut aussi être capables de poser les bonnes questions en termes de durée et de moyens de l'intervention et d'alliances», a déclaré sur BFM TV, mardi, le député de l'opposition de droite, qui préside le groupe permanent de travail sur le Sahel à l'Assemblée nationale française. Et d'appréhender l'entrée de l'armée française dans «un schéma de guerre asymétrique qui prend du temps, qui est coûteux en argent et en vies, et donc il est important que la France ne soit pas seule dans ce combat». Pierre Lellouche relève un autre problème, celui de la faiblesse de l'Etat malien. Il rappelle que le gouvernement malien actuel est un gouvernement transitoire avec un président transitoire qui est le résultat d'un coup d'Etat organisé par l'armée malienne. «Tout cela est une opération qui va nous entraîner, me semble-t-il, assez loin dans la durée.»

 

Au-delà du bilan, de l'impact médiatique recherché - obtenu - et des implications sécuritaires, cette attaque rappelle certaines vérités. Il faut se rendre à l'évidence que la sécurisation des très vastes territoires désertiques algériens est quasi impossible. Avec 7 800 km de frontières à sécuriser, seule une étude globale avec les pays concernés permettra de trouver les méthodes et solutions à mettre en oeuvre en s'attaquant à la tâche aussi démesurée soit-elle. Il n'y a rien à attendre de pays qui ont leur propre contrainte comme la Tunisie et la Libye. La sécurisation des frontières devrait être de la responsabilité de tous les pays qui ont en commun des frontières avec l'Algérie. Seule une technologie innovante permettra d'avoir un coup d'oeil global sur les 7800 km de frontières (surveillance par satellite, drones...) ce sont ceux-là les paris du futur.

 

Cette aventure néocoloniale pour les matières premières, nous remet en tête les mots de Paul Valery: «La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit que de gens qui se connaissent bien, mais ne se massacrent pas.» A son corps défendant, l'Algérie a donné un sursis à l'aventure coloniale de la France, les troupes françaises sont en train de lever le pied - dans la plus pure tradition d'armons-nous et partez- rameutant à la fois les Européens qui traînent les pieds et les Africains qui vont obéir aux injonctions. Ces pays vont envoyer au casse-pipe leurs troupes mal entraînés avec peu de moyens. Le conflit va s'enliser et il n'est pas sûr qu'une fois ouverte la boîte de Pandore du Malistan, on puisse la refermer de sitôt. Le conflit va durer. Il serait hautement souhaitable que l'Algérie se tienne en retrait d'un conflit qui ne la concerne pas.

 

1. http://www.la-croix.com/Actualite/
Monde/Les-autres-grandes-prises-d-otages-_NG_-2013-01-17-900347

2. http://www.dna-algerie.com/enquete/le-canard-revele-des-dollars-du-qatar-pour-financer-un-khalifa-islamique-aux-frontieres-d-algerie-3


3. Oumma.com 14 012013 «Les mensonges de la propagande de guerre française au Mali.»

4. Honni soit qui Mali y pense http://www.geopolintel.fr/article582.html

 

Professeur  Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 12:28

 

 

«Mes chers parents, ma chère mère. Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu'il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n'a pas de fin et la mort pour la patrie n'est qu'un devoir.»

 

Dernière lettre de Ahmed Zabana (H'mida)

 

   Dans un nécessaire  réquisitoire sur le livre noir de la colonisation, on ne peut pas oublier - au nom du politiquement correct -, le supplice de 200 Algériens, coupables d'aimer leur pays à en mourir, de la façon la plus abjecte et indigne, par la guillotine. Ce devoir d'inventaire nécessaire ne doit pas rester à l'étude, un jour, le plus tard possible - par les historiens dont on se demande quel sera leur apport - étant entendu que d'une part les faits avérés sont indiscutables, d'autre part, à trop différer la «mise au point», les événements n'auront plus la même dimension en termes de ressenti. Qui se souciera dans vingt ans du supplice de ces jeunes idéalistes qui ont donné leur vie pour ce pays, si nous ne leur rendons pas justice ici et maintenant, le Cinquantenaire de l'indépendance est une halte, un moment qui n'est pas seulement celui de faire une zerda, en couvrant d'une chape de plomb une des dimensions du drame de la Révolution. C'est aussi une communion. Il est impossible dans le cadre de cette petite réflexion de faire un catalogue à la Prévert de toutes les exécutions au petit matin, mais nous allons en citer quelques-unes, en plantant le décor macabre: ceux qui ont décidé de la mise à mort, ceux qui la donnent et naturellement ceux qui ont été guillotinés.

Les donneurs d'ordre de la mise à mort

 

Ils furent nombreux! De Lacoste à De Gaulle, ils justifièrent leur politique mortifère par le fait qu'il fallait casser le FLN... Mais l'histoire retiendra particulièrement, l'acharnement de l'un d'entre eux, en l'occurrence François Mitterrand; acharnement d'autant plus incompréhensible qu'il fut aussi partisan de l'abolition de la peine de mort, il est vrai que le remords le prit près d'un quart de siècle plus tard.

 

Pendant la guerre d'indépendance algérienne, de 1954 à 1962, plus de 1 500 condamnations à mort furent prononcées par la justice française. En 2001, après avoir pu consulter le «registre des grâces» qui répertoriait les noms des condamnés à mort, deux journalistes parvenaient au total de 222 militants du FLN exécutés entre 1956 et 1962, «le plus souvent au terme d'une parodie de justice». Au matin du 19 juin 1956, dans la cour de la prison Barberousse, à Alger, le couperet de la guillotine tombe sur le cou de Mohamed Ben Zabana, un ouvrier soudeur de 30 ans. Le militant, rendu infirme par plusieurs blessures, est livré au bourreau malgré l'intervention désespérée de l'archevêque d'Alger, Mgr Duval, auprès du ministre résident, Robert Lacoste. Puis ce fut Abdelkader Ferradj, 35 ans. Ce sont les deux premiers martyrs de la cause algérienne. Il y en aura d'autres, beaucoup d'autres, tout au long de la guerre, condamnés à mort et exécutés par la justice de la République.(1)

 

«Bien plus tard, le 9 octobre 1981, François Mitterrand obtenait l'abolition de la peine de mort. Vingt-cinq ans plus tôt, ministre de la Justice du gouvernement de Guy Mollet, il approuvait les premières exécutions capitales de militants du FLN. L'examen d'archives inédites montre que Mitterrand, dans la majorité des cas, donna un avis défavorable à la grâce de ces condamnés. «Avis défavorable au recours» ou encore «Recours à rejeter»: ces deux formules tracées à l'encre bleue ont la préférence de François Mitterrand quand, garde des Sceaux, il décide de donner un avis défavorable au recours en grâce des condamnés à mort du FLN dont les dossiers lui sont soumis. René Coty, président de la République - et décideur ultime -, préfère barrer d'un long trait noir la première page et indiquer sur l'autre, d'une écriture ronde d'enfant, qu'il laissera «la justice suivra son cours».(1) «Ce furent de l'avis des avocats, des dossiers bâclés, il fallait guillotiner et vite pour répondre à une «demande» «(...) Le plus surprenant lit-on, c'est surtout la minceur de ces dossiers liés à la Guerre d'Algérie: lorsqu'on les voit pour la première fois, entassés sur la longue table du service des archives de la chancellerie, on constate rapidement qu'il faut empiler au moins une vingtaine d'exécutions capitales en Algérie pour obtenir un dossier aussi épais que celui d'un obscur droit commun de métropole. Quelques feuillets, deux ou trois bristols griffonnés de mains illustres ont donc suffi à mener, le plus souvent, au terme d'une parodie de justice, 222 hommes à la mort en cinq ans. Ce chiffre - également inédit - est considérable. Il représente le quart de l'épuration officielle de la Seconde Guerre mondiale, et donne à lui seul la mesure du mensonge qui a entouré cette période. (...) Quand François Mitterrand revient aux affaires, il sait qu'il va falloir donner des gages aux Européens d'Algérie. Ceux-ci, excédés par les actions du FLN, ne demandent qu'une chose: des têtes. Car, si de nombreuses condamnations à mort ont été prononcées, aucune n'a encore été exécutée.» (1)

 

«La première concession intervient cinq semaines plus tard, sous la signature de quatre ministres, dont François Mitterrand: le 17 mars 1956 sont publiées au Journal officiel les lois 56-268 et 56-269, qui permettent de condamner à mort les membres du FLN pris les armes à la main, sans instruction préalable. Pourtant avocat de formation, François Mitterrand accepte d'endosser ce texte terrible. Du coup, le nombre des condamnations à mort va s'envoler. Il y en aura plus de 1 500 durant les «événements». Car il ne s'agit pas d'une guerre et on ne reconnaît pas le statut de combattant aux militants du FLN. Ils sont jugés comme des criminels. Mais, à Alger, en ce printemps de 1956, on ne se contente plus de mots. Et le 19 juin, les deux premiers «rebelles» sont conduits à l'échafaud.» (1)
«Comment ont-ils été choisis parmi les quelque 150 hommes déjà condamnés? Le 14 janvier 1998, Sylvie Thénault, historienne, a interrogé dans le cadre de sa thèse Pierre Nicolaï, à l'époque directeur de cabinet de François Mitterrand: «Pierre Nicolaï témoigne aujourd'hui, écrit-elle, que la décision d'exécuter a été une «décision politique» et qu'il lui fut demandé de choisir parmi les dossiers de recours en grâce un «type» mêlant «crapulerie» et «politique», «un type particulièrement épouvantable» pour «inaugurer la série des exécutions» sans déclencher trop de polémiques.» Pour le «politique», difficile de fournir martyr plus idéal à la révolution algérienne que Mohamed Ben Zabana. Cet ouvrier soudeur de 30 ans est un vieux routier des geôles françaises, dans lesquelles il a passé trois années entre 1950 et 1953 pour ses activités nationalistes. Mais si Mgr Duval, l'archevêque d'Alger, demande à Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, de suspendre l'exécution, c'est pour une autre raison: «C'est un infirme que vous allez exécuter» plaide-t-il. C'est sa tête que fera tomber la première le bourreau d'Alger à 4 heures du matin, ce 19 juin 1956, dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger. Celle d'Abdelkader Ferradj suit sept minutes plus tard. Chacune de ces exécutions va pourtant peser très lourd. Car le FLN a prévenu: si des condamnés à mort sont guillotinés, il y aura des représailles. (..)» (2)

 

Aussitôt, Abane Ramdane et Larbi Ben M'hidi, arrivés depuis peu à Alger, rédigent un tract menaçant: «Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus.» C'est l'enclenchement de la bataille d'Alger. «Le 7 janvier 1957, un autre pas est franchi par le gouvernement auquel appartient François Mitterrand: il donne tous pouvoirs au général Massu et à sa 10e division parachutiste pour briser le FLN d'Alger. Les militaires gagneront la «bataille d'Alger», mais on sait à quel prix: torture systématique et plus de 3000 exécutions sommaires. La guillotine, elle, s'emballe:

 

«Chiffre jamais atteint jusqu'ici, 16 exécutions capitales ont eu lieu en Algérie du 3 au 12 février», écrit France-Observateur. Quand il quitte son bureau de la place Vendôme, le 21 mai 1957, le gouvernement de Guy Mollet cédant la place à celui de Maurice Bourgès-Maunoury, 45 condamnés à mort ont été exécutés en 16 mois. (...) Ce n'est qu'à quelques semaines de l'élection présidentielle, le 16 mars 1981, que François Mitterrand se prononce enfin sur le sujet: «Je ne suis pas favorable à la peine de mort [...] ma disposition est celle d'un homme qui ne ferait pas procéder à des exécutions capitales.» (2)

 

L'ignoble besogne des bourreaux de la République

 

Qui sont ces bourreaux chargés d'ôter la vie pour le compte de la République? Un personnage revendique. Fernand Meyssonnier, né le 14 juin 1931 à Alger, en Algérie, et mort le 8 août 2008, était un des derniers bourreaux en France en charge de l'exécution de la peine capitale en Algérie française. Jusqu'en1959, Fernand Meyssonnier participa à l'exécution de près de deux cents condamnés (dont deux en tant que remplaçant de son père). À partir de 1959, les exécutions capitales cessèrent en Algérie. Catherine Simon, journaliste du Monde l'a interviewé et en parle: «De Fernand Yveton, militant communiste, guillotiné à l'aube du 11 février 1957, à Alger, il ne se rappelle rien, ou presque. il est mort «courageusement». Parole de bourreau. (...) Pour sa part, Meyssonnier junior, adjoint bénévole à partir de 1948, a exécuté en vingt ans quelque 200 personnes - la plupart durant la Guerre d'Algérie. Ce qu'il résume à sa façon: «Pendant le FLN, c'était à la chaîne (...) La seule chose qui l'anime, qui l'enflamme, c'est de parler de la guillotine. C'est sa spécialité. Et de l'Algérie de sa jeunesse, une Algérie française, pleine de soleil et de cruautés, où il n'y avait pas de guerre. (..) Etrange «opération» que celle qui consiste à infliger la mort à l'un de ses semblables. Froidement, avec méthode, en chemise blanche et cravate noire. «Quand on fait tomber la lame, c'est comme un film à toute vitesse. En deux secondes, tout est fini. Ça donne un sentiment de puissance.»» (3)

 

«A Fontaine-de-Vaucluse, dans un coin du salon, Fernand Meyssonnier a installé sa guillotine miniature - celle offerte à son père. Dans le petit panier d'osier posé au pied de la machine, il a mis une paire de lunettes. Non, pas les siennes, mais celles d'un Algérien décapité pendant la guerre. Sur le coup, il a du mal à se rappeler son nom. «C'est celui qui préparait les bombes, vous savez? On l'avait surnommé le chimiste. C'est moi qui lui ai retiré ses lunettes. Je les ai gardées en souvenir», explique l'ancien bourreau. La famille d'Abderrahmane Taleb, combattant du FLN, guillotiné le 24 avril 1958, à Alger, n'en a sans doute jamais rien su. Ce n'est pas la seule relique que Fernand Meyssonnier ait gardée près de lui. (..) Payés au mois, quel que soit le nombre des exécutions, les employés de la guillotine ont même, «événements» obligent, bénéficié en Algérie d'une «prime de risque» et d'une «prime de tête»... (...) Il pense aussi à la mort de certains condamnés. Il y en a trois, pas plus, à propos desquels il se dit «troublé»: Fernand Yveton, le communiste, Abderrahmane Taleb, le «chimiste», et Madeleine.» (3)

 

Le 3 avril 2012, La collection personnelle de Fernand Meyssonnier  de 350 instruments de torture devait être mise aux enchères à Paris, sous l'intitulé «Peines et châtiments d'autrefois». L'événement ayant cependant suscité un certain tollé, il a été annulé par Frédéric Mitterrand ministre de la Culture et neveu de François Mitterrand.  . Zineb Azouz attire notre attention sur les vrais coupables, ce que le fait le bourreau   est certes abject, mais il obéit à la République. Vouloir après coup se refaire une virginité en dénonçant la vente des objets de torture comme étant contraire aux idéaux des Droits de l’homme dont se gargarisent  les biens pensants est quelque part indécent.  

 

  Nous l’écoutons : « Les bourreaux  sont la main de la justice et la justice est prononcée au nom de la république et du peuple, pourtant lorsque le 3 Avril 2012 devait se tenir à l’Hôtel Salomon de Rothschild (Maison de vente Cornette de Saint-Cyr) la mise en vente la "Collection de Fernand Meyssonnier"  tout le monde, à commencer par les associations des droits de l’homme cria au scandale  (…) C’est paradoxalement en boycottant les pièces de Meyssonnier que les crimes sont occultés et c’est en présentant les bourreaux comme les pervers et les criminels de la république que cette dernière est disculpée. Combien de bourreaux compte en réalité une république ? Meyssonnier a récupéré beaucoup d’objets mais dans sa collection on ne trouve ni la gégène ni les chalumeaux.    Devant l’indignation suscitée par  tous ces objets, la vente fût suspendue, quelle victoire ! Et devinez  ‘‘grâce’’ à l’intervention de qui ? De Fréderic Mitterrand, alors ministre de la culture. Encore une affaire de pédigrée ! » (4)

 

    Allant plu loin, elle accuse la République d’avoir vérouillé le champ des sanctions en décrétant l’amnistie totale pour les bourreaux  et les tortionnaires :«  Les propos du très cultivé ministre sont sans ambigüité, tout comme sa vision de la culture citoyenne : « La collection concernée relève par sa nature plus de la morbidité et de la barbarie que de la culture et soulève par sa provenance de douloureux questionnements historiques ». La république, par la voix de son ministre n’aime pas les questionnements douloureux, pourtant il n’y a aucun mystère, la guillotine comme les cordes ou les baignoires à têtes ont bel appartenu à la république et refuser de les montrer aujourd’hui, au nom de la ‘‘bonne culture’’, ou sous prétexte d’éviter à la société béate  des traumatismes,  relève, non pas de la fourberie, mais du machiavélisme.  (…) Je ne fais pas partie des rêveurs qui prêchent la repentance de la république Française alors que nous pataugeons dans nos propres canulars et qu’au jour d’aujourd’hui nous sommes incapables d’affronter nos faussaires, nos bourreaux et nos clercs qui, non seulement ne reconnaissent aucun crime mais en plus se sont taillés une loi sur mesure qui criminalise toute tentative dans ce sens ».(4)

 

Les suppliciés

 

A défaut de dérouler un catalogue macabre de tous les suppliciés- liste pieuse qu’il faudra bien un jour frapper dans le marbre et porter à la connaissance des jeunes sur ce que fut le colonialisme, nous en citerons deux : Ahmed Zahana est né en 1926 dans le douar d'El Ksar près de Zahana plus connu sous le nom de Zabana, est un indépendantiste algérien ayant participé au déclenchement de la guerre de libération du 1er-Novembre 1954 dans la région d'Oran. Le 8 novembre 1954, Ahmed Zabana fut capturé par les troupes françaises après avoir été atteint de deux balles, il fut le premier exécuté. Le vice-président de l'association des résistants et ayants droit de la wilaya d'Oran, M.Mohamed Benaboura, reprendra les paroles du bourreau Meyssonnier qui disait à propos de Ahmed Zabana «il s'est dirigé à l'échafaud avec un courage qui m'a effrayé».

 

Abderrahmane Taleb, né le 5 mars 1930 dans la Casbah d'Alger, d'une famille originaire d'Azeffoun en Grande-Kabylie, guillotiné le 24 avril 1958 à la prison de Barberousse (Alger), est le «chimiste» de la bataille d'Alger de 1957. Étudiant en chimie, il intègre le FLN en 1955. Appréhendé en juin 1957 au sud de Blida par le 3e R.P.C. Considéré comme le chimiste du «réseau bombes» de Yacef Saâdi durant la bataille d'Alger, il est condamné à mort pour la troisième fois par le tribunal des forces armées d'Alger et sera exécuté.
Lors d'un hommage aux moudjahidine et anciens condamnés à mort rendu par l'association Machaâl Echahid, Mustafa Boudina, lui-même ancien condamné à mort, relate d'une façon poignante à glacer le sang, le type de dialogue à l'approche de la guillotine. Ecoutons-le: «Il évoquera ainsi la période vécue avec un condamné à mort exécuté dans une prison de Lyon en France. Il s'agit de Lekhlifi Abderahmane, exécuté le 30 juillet 1960. Arrêté à 19 ans, puis torturé et jugé par le tribunal militaire en France. Par bribes, M.Boudina relatera les derniers jours de Lekhlifi vécus dans le couloir de la mort. «Nous ne voulions pas céder à la solitude et au désespoir, au contraire, nous utilisions à titre d'exemple l'instruction dans la prison comme moyen de lutte contre la mort... Nous vivions dans la crainte de nous endormir et de ne pas être éveillés au moment où les gardiens de prison viendraient nous chercher à l'aube pour l'exécution... A l'aube du jour de l'exécution de Lekhlifi, ce dernier, entendant la porte de la geôle grincer, a cru bon de m'avertir en criant. Mais en fait, ils étaient là pour lui...Après son exécution, un gardien de la prison est venu nous apprendre que notre compagnon a été digne jusqu'au bout, refusant la cigarette de l'officier français et déclarant à l'imam venu pour la circonstance que s'il était un bon musulman il devrait plutôt être au maquis.» (5)

 

  Imaginons pour conclure, mais peut on conclure s’agissant d’une plaie ouverte ?  l'angoisse, la terreur, et le désespoir de ceux parmi ces dignes fils de l’Algérie  qui ont veécu ces instants d’attente qui sont aussi durs que l’acte lui-même. Abdelkader Guerroudj, dit «Lucien», chef de la branche armée du Parti communiste algérien, et sa femme, Jacqueline, condamnés à mort, graciés, puis libérés en 1962 étaient aux premières loges à Barberousse. «A chaque exécution dit-il, toute la casbah hurlait. Les cris des prisonniers, les chants qui s'élevaient de toutes les cellules, glaçaient le quartier. Après l’exécution voire concomitamment, les premiers youyous retentissent, repris par toute la Casbah au comble de la peine. Les derniers instants des 220 suppliciés, nous devrons les entendre, tous ensemble, nous recueillir et communier. C'est tout cela que nous devons exorciser, il est immoral de tourner cette page saignante du livre noir du colonialisme. Non, la colonisation - encore une fois - ne fut pas une oeuvre positive.



1.La guillotine et la guerre d'Algérie  http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2798 23 juillet 2008

 

2. François Malye et Philippe Oudart, Les guillotinés de Mitterrand Le Point, 31 août 2001

3. http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2002/09/16/le-bourreau-d-alger_290493_ 3208.html


4. Zineb Azouz Les trésors de la république de l’Abbé Bargès au bourreau Meyssonier.24 12 2012

 

 

5. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ 2008/06/18/article.php?sid=69733&cid=2

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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vérité et tolérance - dans Algérie
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 12:41

  

 

 

«Il faut que tout change pour que tout redevienne comme avant»

 

Tancrède dans le film: Le Guépard de Luchino Visconti

 

   Ça y est! Comme nous l'avons prédit dans un article précédent, l'Afghanisation du Mali est en marche! Pourquoi l'engouement des redresseurs de tort de l'Empire et de ses vassaux pour un pays qui, en théorie, est un désert au sens qu'il ne contient rien de comestible à moins que nous n'ayons pas toute l'information sur les réelles potentialités de ce pays voisin. (1)


  Petit rappel: le Mali est devenu indépendant le 22 septembre 1960. Avec 14 517 176 habitants en 2009, la population malienne est constituée de différentes ethnies. Avec une économie encore essentiellement rurale, le Mali, pays enclavé, fait partie des 49 pays les moins avancés (PMA). La République du Mali tient son nom de l'ancien Empire du Mali fondé par Soundiata Keïta au XIIIe siècle et qui a connu son apogée au XIXe siècle. Le Mali, avec ses 1 241 238 kilomètres carrés, est le plus vaste État d'Afrique de l'Ouest après le Niger.

 

 Le Mali est un pays en développement, avec 65% de son territoire en région désertique ou semi-désertique. L'activité économique est surtout limitée autour de la région fluviale irriguée par le fleuve Niger. Des entreprises multinationales ont développé les opérations de prospection de l'or en 1996-1998, et le gouvernement prévoit que le Mali deviendra un exportateur majeur d'or dans la région subsaharienne. En plus du coton (12e producteur mondial en 2004) et de ses dérivés (graine de coton), le Mali est un important producteur de mangues (200.000 tonnes). (2)

 

 Le produit intérieur brut par habitant était estimé à 380 dollars en 2005 (selon World Development Indicators (WDI) database). Un important pourcentage de la population vit sous le seuil de pauvreté soit 36,1% (2005) avec un taux de chômage qui est très élevé soit de 30%. L'Indice de développement humain (IDH) est de 0,371 en 2007, 173e sur 177. L'Indicateur de pauvreté humaine place le Mali à la 107e sur 177. Avec 6,54 enfants par femme, le Mali possède l'un des taux de fécondité les plus élevés au monde. Le taux d'alphabétisation se situe entre 23 et 46% selon les sources. (2)

 

Ce n'est, donc, pas le Pérou bien que l’on parle de découvertes d’hydrocarbures et d’un gisement d’hydrogène unique au monde.  Pourtant l'Empire veut le sauver malgré lui de ses démons islamistes, alors que le vrai problème est, comme nous le voyons, un problème de développement, la manipulation des foules au nom du Divin est plus facile quand les ventres sont vides, quand il n'y a plus de perspectives terrestres il reste l'Au-delà.



L'accélération des événements

 

Autre petit rappel du feuilleton tragique malien: le 30 mars 2012, la rébellion touarègue et les groupes islamistes armés alliés à Aqmi prennent le contrôle des capitales des trois régions du nord du Mali: Kidal, Gao puis Tombouctou. Le 1er avril, un coup d'Etat militaire à Bamako a renversé, le 22 mars, le régime du président Amadou Toumani Touré, la junte a invoqué l'échec du régime contre la rébellion. Le 13 avril, Dioncounda Traoré est investi président par intérim, en vertu d'un accord entre la junte et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) prévoyant le retour du pouvoir aux civils. Il menace d'une «guerre totale et implacable» les rebelles touareg et les groupes islamistes dans le Nord. Le 27 juin, Aqmi et ses alliés du Mouvement pour l'unicité du djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et d'Ansar Eddine écrasent les rebelles du Mnla, puis les chassent de Tombouctou et ses environs. Le Mnla, allié au début de son offensive aux groupes islamistes, puis marginalisé, ne contrôle plus aucune place forte dans la région. Le 28 juin, dès le lendemain, les islamistes armés, devenus les maîtres absolus du Nord, entament la destruction de mausolées de saints musulmans de Tombouctou. Le 12 octobre, l'ONU adopte une résolution préparant le déploiement d'une force militaire et donnant quarante-cinq jours aux pays ouest-africains, qui en constitueront le noyau, pour préciser leurs plans. Le 11 novembre, des dirigeants de la Cédéao et d'autres pays africains décident d'envoyer 3300 militaires pour un an afin d'aider l'armée malienne à chasser les groupes islamistes du Nord. Le 11 décembre, démission forcée de Cheick Modibo Diarra du poste de Premier ministre. Son successeur, Diango Cissoko, est nommé le lendemain. Le 20 décembre, le Conseil de sécurité de l'ONU donne son feu vert au déploiement d'une force internationale au Mali, sans fixer de calendrier précis. Le 10 janvier 2013, les islamistes s'emparent de la localité de Konna à 70 km de Mopti. Le 11 janvier, en fin d'après-midi, Francois Hollande confirme l'engagement des forces armées françaises au Mali, «le temps nécessaire».(3)

 

Curieusement, ces dernières semaines notamment avec les accords de Ansar Eddine et du Mnla à Alger, qui devaient ensuite être reçus par les responsables de la Cédéao pour une solution négociée, avaient fait miroiter une possible paix sans intervention militaire. Tout s'est précipité. Une résolution fut arrachée aux Nations unies le 20 décembre 2012, elle autorise une intervention en cas d'échec de la diplomatie. Cette diplomatie qui n'a pas eu à faire ses preuves puisque trois semaines après, la France intervenait pour stopper les mouvements se revendiquant d'un Islam fondamentaliste, sans accord du Conseil de sécurité.

 

 La France, craignant, dit-on, que le nord du Mali ne devienne, au coeur de sa sphère d'influence en Afrique, un sanctuaire de groupes terroristes, a décidé d'intervenir militairement, déployant vendredi 11 janvier des Mirages et des hélicoptères de combat pour stopper une colonne de combattants avançant vers le Sud. Il s'agit, selon le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, de «stopper la menace terroriste». Cette menace, a-t-il déclaré lors d'une courte intervention télévisée samedi matin, porte non seulement sur les pays africains, mais aussi «sur la France et l'Europe». L'intervention au Mali a été engagée après le forcing français pour l'adoption, le 20 décembre 2012, de la résolution 2085 par le Conseil de sécurité de l'ONU. Pour autant, aucune résolution de l'ONU n'autorise (ni n'interdit du reste) l'intervention française. Lorsque Assad invoque la présence terroriste représentée par Al Qaîda (pourtant apparemment bien avérée, notamment dans le cas de la prise de la base militaire de Taftanaz), les intérêts de la France, ne l'oublions pas, résident aussi dans les ressources en uranium dont dépendent ses centrales, principalement situées au Niger. Il y a des intérêts stratégiques à protéger. Invité du journal de 20h de France 2 samedi soir, Jean-Yves le Drian n'a pas exclu que les troupes françaises remontent jusqu'à Tombouctou, une ville située dans le nord du Mali et contrôlée par les rebelles islamistes. «Il n'y a pas de blocage dans les plans d'action de nos forces, donc pourquoi pas, un jour. Toutes les hypothèses sont possibles.» Nous sommes donc partis pour un possible enlisement.


Les réactions

 

En France, l'unanimisme de la classe politique française est totale. Il y a tout de même des bémols. Marine Le Pen, quant à elle, semble bien plus prudente. Elle légitime l'intervention française tout en émettant ce paradoxe: «Cette intervention légitime révèle, cependant, un cruel paradoxe quand on sait que les gouvernements français ont contribué à faire le lit des islamistes en Libye et en Syrie en apportant aide, assistance et armes aux fondamentalistes de ces pays, utilisées aujourd'hui pour attaquer un allié historique de la France.»  

 

Autre réaction à l’opposé de l’unanimisme « Umps» celle de Dominique de Villepin qui dans une tribune  au Journal du Dimanche reprise par le journal le Monde. Dans ce texte intitulé "Non, la guerre ce n'est pas la France",  M. de Villepin s'interroge "Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits ?" "L'unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme" m'inquiètent", écrit l'ancien ministre des affaires étrangères, qui avait porté en février 2003 à l'ONU le "non" de la France à la guerre en Irak. Pour lui, "au Mali, aucune des conditions de la réussite n'est réunie""Nous nous battrons à l'aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d'AQMI(Al-Qaïda au Maghreb islamique) sont autant de guerres différentes", ajoute-t-il. "Nous nous battrons seuls faute de partenaire malien solide", développe-t-il."Eviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d'une armée malienne divisée, défaillance générale de l'Etat, sur qui nous appuierons-nous ?" Enfin, "nous nous battrons dans le vide, faute d'appui régional solide. La Communauté des Etats de l'Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l'Algérie a marqué ses réticences", dit encore celui qui se targue de n'avoir "jamais cessé" depuis 2003 et l'Irak de "(s') engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force". (4)

 

Pour sa part, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a jugé hier que la reprise des affrontements au Mali rendait «nécessaire une accélération de l'engagement international» pour restaurer l'intégrité territoriale de ce pays.  David Cameron offre ses avions cargos, et Les Etats Unis proposent de surveiller par satellite les mouvements des damnés de la terre. Même le secrétaire général de la Francophonie s'est fendu d'un communiqué sur une «mobilisation urgente» en faveur d'une intervention internationale au Mali.

 

Naturellement, les médias main stream  ne tarissent pas de scoops sur une totale unanimité de la communauté internationale - comprenons les pays occidentaux - applaudissant la mort d'une centaine d'hommes parce que «ce sont des terroristes».

 

Jean-François Chalot y voit une ingérence malsaine au nom du grand capital: «Ils sont tous là, droits dans leurs bottes, pour soutenir l'intervention militaire française au Mali. Ils sont bien alignés, au complet: le PS, les deux fractions de l'UMP unies en la circonstance et le FN... Il n'y a pas ici de contraintes budgétaires qui tiennent... L'intérêt supérieur des capitalistes prime avant tout. C'est le retour de la sainte France-Afrique, dénoncée, hier, par une gauche dans l'opposition et acceptée aujourd'hui par une gauche libérale au pouvoir. Il ne manque plus que l'Église pour aller bénir les bombardiers.... C'est comme en 14, vive les marchands de canons! Le matraquage médiatique a été bien mené: on présente les islamistes aguerris, sanguinaires qui attaquent le Mali en oubliant qu'au moment de la chute de Khadafi des hommes lourdement chargés et bien équipés militairement ont traversé le grand désert pour venir au Mali. Lorsque le Mnla, Mouvement national pour la libération de l'Azawed, a proclamé l'indépendance du nord du pays, il a obtenu le soutien bienveillant et actif financièrement et politiquement de la France.... La lutte contre l'islamisme radical n'est qu'un leurre... Ici, l'impérialisme le combat alors que là-bas, juste à côté, en Libye, le même impérialisme l'a aidé à accéder au pouvoir.... C'est la géopolitique et les intérêts économiques qui priment, c'est ainsi que les États-Unis essayent, de leur côté, de réduire l'influence française et d'assurer une présence politique et économique en Afrique... Voici les vrais enjeux. Le peuple du Mali est sacrifié.» (5)


Les actions décalées de l'Algérie

 

La solution politique à laquelle croit l'Algérie et qu'elle a martelée contre vents et marées, a fait long feu. Pourtant, on pensait que l'accord d'Alger de la semaine dernière entre les différentes factions, Mnla, et Ansar Eddine pour une résolution politique a fait miroiter, un moment, un début de solution. Il n'en fut rien, l'accord fut rapidement dénoncé. Avec un échec sur toute la ligne des tentatives diplomatiques algériennes d'éviter la guerre.
Un conflit est à nos portes, et la Télévision algérienne n'en parle pas. La rencontre tripartite Algérie-Tunisie-Libye sur la sécurisation des frontières a conforté la solution politique préconisée par l'Algérie. Même une tentative de mise en oeuvre des méthodes de résolution des conflits «à l'ancienne» a échoué.

 

Les factions maliennes ont boudé la rencontre d'Adrar. Les représentants des différentes factions maliennes n'ont pas fait le déplacement pour la rencontre prévue à Adrar. Côté algérien, même les personnalités politiques désignées pour ces négociations se sont abstenues de venir - hormis quelques membres de la société civile algérienne, des notables de Tamanrasset, d'Illizi et de Ouargla - à la réunion préparatoire du conclave qui s'est déroulée, au niveau de la zaouïa de cheikh Moulay Touhami.

 

Laurent Fabius s'est félicité hier de la collaboration de l'Algérie, qui, en ouvrant son espace aérien, a permis à la France de venir en aide au Mali. L'Algérie «a autorisé le survol de son territoire et je l'en remercie», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, à l'émission «Grand Jury LCI-Le Figaro-RTL». « La France se devait d'intervenir de toute urgence, sinon il n'y aurait plus de Mali, mais un État terroriste…(…)  La décision d'Alger d'ouvrir son espace aérien aux appareils français basés sur le territoire national et qui frappent les islamistes dans le nord du Mali est significative compte tenu de la méfiance traditionnelle des autorités algériennes face à toute intervention militaire de Paris dans la région. Une fois que la force africaine aura pris le relais dans le nord du Mali, «il faudra que les Algériens ferment leurs frontières» pour couper les combattants islamistes de leurs bases, a ajouté le ministre. (6)

 

On le voit nous sommes, à notre corps défendant  des « collaborateurs ». Nous sommes impliqués – qu’on le veuille ou non- et tout sera fait par les médias pour présenter cet acte d’autorisation comme un acte majeur dans la lutte que mène la France, d’autant que Laurent Fabius nous conseille de « fermer nos frontières » ce que nous n’arrêtons pas de faire mais qui a une nouvelle connotation celle d’étouffer les combattants d’Aqmi, d’Anser Eddine..   

 

Il vient que l'échec de la médiation algérienne qui voulait barrer la route à l'intervention française était prévisible. On ne lutte pas contre l'Empire avec des tire-boulettes. Il est à craindre que l'Algérie ait de moins en moins de poids politique dans le Sahel. Il serait grand temps qu'elle reconsidère la préservation de ses intérêts à la lumière des nouveaux enjeux, de la nouvelle géopolitique des relations internationales. Il est grand temps aussi que l'on explique aux Algériens les vrais défis pour les mobiliser le moment venu pour défendre en connaissance de cause le pays.

 

Dans un discours célèbre, le grand Aimé Césaire parlant de l'indépendance des pays colonisés, écrivait: «La lutte pour l'indépendance c'est l'épopée, l'indépendance acquise c'est l'épopée». Cette sentence sans concession s'applique merveilleusement aux pays africains suite à des décolonisations ratées. La France-Afrique - que l'on soit de droite ou de gauche - est un invariant. Elle n'est en fait qu'un post-colonialisme ou mieux encore un néo-colonialisme, où l'ancienne puissance coloniale tente de maintenir d'une façon ou d'une autre son pouvoir en adoubant, ou en éliminant, ceux qui contredisent ses intérêts. Cinquante après, le continent africain francophone est plus atomisé que jamais.

 

En fait, dans cette affaire, nous avons la pénible impression que les différents acteurs africains jouent une partition écrite ailleurs avec un champ, un rôle à jouer. D'abord, il faut que les médias diabolisent ad nauseam des barbus barbares qui coupent les mains, c'est ensuite la parodie de la Cédéao dont on sait que le mécanisme de fonctionnement est ailleurs. Cette Cédéao ayant reçu comme instruction de pousser à la roue de l'aventure militaire. C'est aussi l'énigme de l'Union africaine devenue aussi boutefeu avec un commissaire à la Sécurité totalement dépassé et une présidente qui en appelle à l'Otan pour la délivrer d'un monstre que ce dernier a créé et alimenté en armes après le lynchage de Kadhafi et l'ouverture de son arsenal à tout vent.

 

Le partage du monde en sphère d'influence fait que les Etats-Unis laissent la bride sur le cou à la France car traditionnellement l'Afrique lui «appartient». Cependant, il ne faut pas se leurrer puisque le Mali s'avère comestible, il n'est pas interdit de voir apparaître l'Otan d'autant que l'Union africaine appelle l'Otan à son secours pour déloger des Africains entre eux. Le forcing est fait à travers la Cédéao, club de tyrans sous la botte française pour pousser à la roue, elle va participer à la curée. Il est hors de doute que les islamistes vont être laminés, des troupes étrangères resteront à demeure pour stabiliser le pays qui va plonger dans le chaos et ne se relèvera pas de sitôt. Il faut que tout change dans le sens il faut retracer les nouvelles frontières avec de "nouveaux peuples", pour que tout redevienne comme avant comme au "bon vieux temps des colonies"  La néo-colonisation est en marche elle a besoin d’un nouveau découpage des  territoires peuples faibles comme cela a été fait il y a un siècle pour l’empire ottoman  . Ce charcutage est rendu nécessaire par les besoins grandissants en ressources minières et énergie. Peut importe les espérances des peuples, ils ne comptent pas. Le Mali est en miettes, à qui le tour?

 

Dans cette nouvelle aventure coloniale, et curieusement, le colonialisme anglais, aussi répréhensible soit-il, a su créer une structure post-décolonisation: le Commonwealth qui est accepté plus sereinement. Il est à craindre que la France continue de croire que seule la force lui permettra de protéger son pré carré. Pourtant, la France peut contribuer à faire émerger une vraie alternance si elle veut un jour continuer à apporter son génie dans le cadre d'un partenariat win-win et surtout avec une égale dignité. On fermera alors la parenthèse honteuse d'une colonisation européenne abjecte avec l'élimination de Lumumba au profit d'un Mobutu, d'un Tschombé et autres scories de l'histoire.



1.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/151628-premier-domino-apres-l-effritement-de-la-libye.html


2. Le Mali: Encyclopédie Wikipédia

 

3. Mali: De l'occupation du Nord...Le Monde.fr | 11.01.2013

 

4. D. de Villepin http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/13/dominique-de-villepin-s-interroge-sur-l-intervention-au-mali_1816303_3212.html

 

5. http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/troupes-francaises-hors-du-mali-128837.

 

6. http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/13/01003-20130113ARTFIG00202-mali-fabius-remercie-l-algerie-de-sa-collaboration.php?m_i=MpLMgv0CSfi05d8_6aavwB1XKiVHFKleTYKL1OSHAriVrwCgn

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 12:03

 

« Rien n'est trop difficile pour la jeunesse. »

 Socrate 

 

 

  Deux événements en apparence disjoints se sont télescopés à trois semaines d'intervalle. Il s'agit du baisemain d'un militant FLN à François Hollande au moment où l'Algérie demandait réparation même symbolique des séquelles de la colonisation justement qui avait en son temps fait de l'assujettissement des Algériens l'alpha et l'oméga de son sacerdoce en Algérie. Le deuxième événement à des années lumière est celui d'un exploit certes, répréhensible au niveau pénal mais qui, cependant, reflète une certaine forme de génie dont serait capable l'Algérien. Il s'agit en l'occurrence, du hacker algérien arrêté en Thaïlande pour avoir pillé des banques à partir d'un programme informatique qu'il avait mis au point.



L'Algérien qui a baisé la main de Hollande explique son geste

 

Durant la visite de François Hollande en Algérie, un geste a particulièrement choqué dans ce pays. Alors que le Président français effectuait un bain de foule dans les rues d'Alger, un Algérien a saisi la main de ce dernier pour l'embrasser avec ferveur. De nombreux internautes indignés ont aussitôt réagi dans les forums et réseaux sociaux fréquentés par les Algériens. Mais qui est, donc, cet individu qui s'est empressé de baiser la main de Hollande? Le quotidien arabophone Echorouk a réussi à l'identifier. Il s'appelle Sassi Hamza, 54 ans, est un cadre du FLN. Le "baiseur de main" made in Algeria a expliqué son geste dans un entretien accordé à Echorouk: "Je ne suis pas un traître, j'ai fait ce geste pour prouver l'hospitalité des Algériens" (...) "Si on ne m'avait pas retenu, j'aurais serré dans mes bras François Hollande pour lui dire: soyez les bienvenus en Algérie" .

 

Cet homme a certainement mûri son geste qui demeure inexplicable. 50 ans après l'indépendance, certains ont toujours le syndrome du colonisé il s'enfonce plus encore en se justifiant pitoyablement. 132 ans de colonisation abjecte, de déni de dignité à travers notamment le Code de l'indigénat, 7 ans et demi de guerre, des centaines de milliers de morts pour qu'un peuple aspire à la liberté voilà que ce monsieur nous propulse dans le passé du bon temps des colonies. Je ne pense pas que le Président Hollande ait été ravi de ce geste, car les deux pays veulent tourner la page et aller de l'avant. A n'en point douter, le baisemain est une forme de soumission. Le syndrome du colonisé est tenace. Il faut croire que même si nous ne sommes plus colonisés physiquement, nous le sommes toujours psychiquement.

 

Il est vrai que le baisemain est une marque de respect et de considération, pour d'autres c'est plutôt un signe de flagornerie et de servilité. On sait que le baisemain est un geste courtois qui se pratiquait à l'origine envers toute personne à qui l'on devait signifier hommage et respect. En effet, dans le contexte féodal du XIVe siècle, ce geste apparaît comme une marque d'hommage et de soumission à l'égard de son suzerain. Dans certaines cultures d'Asie du Sud et du Sud-Est, le baisemain est pratiqué dans d'autres contextes: par des enfants envers leurs parents, grand-parents ou professeurs... L'enfant est élevé par ses parents. Pour la seigneurie, c'est un des attributs des humains qui en dominent d'autres (roi, gouverneur, père de famille, etc.). Je sais qu'on baisant la main de mon père, je me soumets à cette autorité, je reconnais cette seigneurie et cette allégeance envers mon père. La France nous a colonisés pendant 132 ans. Faut-il encore 132 belles années pour nous décoloniser? Il semble bien que oui.

Qu'est-ce qu'un hacker?

 

    La deuxième affaire est celle du hacker algérien. Selon l'encyclopédie Wikipédia, un hacker est une personne qui montre une passion pour la compréhension du fonctionnement intime des systèmes, ordinateurs et réseaux informatiques en particulier. En sécurité informatique, un hacker est un spécialiste dans la maîtrise de la sécurité informatique et, donc, des moyens de déjouer cette sécurité. Certains d'entre eux utilisent ce savoir-faire dans un cadre légal et d'autres l'utilisent hors-la-loi. Le jargon informatique classe les hackers en plusieurs catégories en fonction de leurs objectifs, de leur compétence et de la légalité de leurs actes. (1)

Parmi les plus célèbres, citons Kevin Mitnick qui s'infiltra dans certains des plus grands sites Internet sécurisés, comme celui du Pentagone. Islam Brahimi, connu pour avoir accédé illégalement à plusieurs ordinateurs reliés à Internet en créant l'un des plus grands réseaux Botnet de 500.000 ordinateurs infectés. Julian Assange, ancien hacker, et principal porte-parole de WikiLeaks. Le groupe Anonymous, groupe de personnes combattant pour la liberté d'Internet, le partage... Ils sont contre la politique actuelle pour la plupart. Pour eux, elle n'a pas le droit de censurer quoi que ce soit sur Internet, car il est fondé sur le partage et l'information. Ils ont déclaré une cyberguerre contre le gouvernement américain (1) de WikiLeaks à MegaUpload, lit-on sur une étude du Nouvel Obs. Une nouvelle génération d'"hacktivistes"émerge, plus mobilisée, plus politisée. Au nom de la défense de la liberté d'expression, ils frayent avec l'illégalité. Depuis ses 11 ans, Matthieu Suiche est un passionné de la programmation informatique. "Mon but n'était pas de m'introduire frauduleusement dans un système, mais plutôt de comprendre toutes les erreurs, les failles. C'était de l'ordre du challenge" (...) Alors qu'il échoue au baccalauréat, il découvre une faille majeure dans le célèbre Windows. "Le boulot de chercheur en sécurité est officiel et très bien payé" , dit-il. "Chez Google, les salaires commencent à 92.000 euros par an."A 20 ans, Matthieu part aux Pays-Bas pour travailler au ministère de la Justice. Retour en France un an plus tard pour créer sa société de conseil, Moonsols. Une nouvelle start-up est en chantier, cette fois en Californie (2).

 

"Sunki" est le pseudonyme d'un hacker francophone dont on ne saura ni le vrai nom, ni l'âge, ni l'emploi. Il ne communique que par e-mail, mais concède qu'il appartient aux Anonymous, mouvement de cybermilitants à la structure anarchique. Il s'est plongé dans le piratage de sites "avant tout par curiosité" , affirme-t-il. "Aujourd'hui, je mets mes connaissances au service de mes convictions.´´ Ses connaissances? Informatiques avant tout. En janvier, les Anonymous francophones ont, par exemple, modifié la page d'accueil du site d'ArcelorMittal pour dénoncer la fermeture d'une usine à Liège. Ils ont aussi publié des documents internes de Vivendi pour protester contre la fermeture de la plate-forme MegaUpload. Pour ces activités illégales, Sunki sait "bien sûr" ce qu'il risque, mais il s'en moque. Qu'importe, il a, avec les Anonymous, ´´un message à faire passer".(3)

 

 "Fortys3v3n´´ est un jeune Turc de 23 ans. Le jour, il est programmeur informatique, la nuit il se transforme en hacker chauvin. Après quatre ans de piratage amateur, il a rejoint en 2009 le groupe turc Akincilar, dont il a pris la tête l'an dernier. Au nom "de la défense des valeurs morales", il a attaqué plus de 6 000 sites web. Celui de "Charlie Hebdo" qui a publié des caricatures de Mahomet. Officiellement, ces piratages "patriotiques" ne sont pas soutenus par les autorités turques. "Nous n'avons aucun lien avec le gouvernement", affirme Fortys3v3n. A l'instar de la Turquie, des "cyber-armées" se développent en Iran, en Chine, en Albanie. (3)

 

Le hacker algérien arrêté à Bangkok

 

A des milliards de kilomètres de cet état d'esprit reliquat d'une soumission intellectuelle, nous avons des jeunes Algériens fascinés par l'avenir au point d'être des acteurs de la nébuleuse informatique avec pour certains un savoir-faire qui les propulse dans le club fermé des génies de l'informatique. Hamza Bendelladj était l'un des hackers les plus recherchés par le FBI.

 

"Il peut avoir le sourire, lit-on sur le Figaro ce genre de type n'est pas souvent trop inquiété et à de grandes chances de se voir proposer un job pour contrer les hackers...", pouvait-on lire dans un des commentaires publiés dans le papier du Figaro dédié à cette actualité. Un pirate informatique algérien recherché par le FBI, qui le suspecte d'avoir volé des millions de dollars à des banques américaines pour financer son style de vie extravagant, a été arrêté à Bangkok, a indiqué aujourd'hui la police thaïlandaise. Hamza Bendelladj, 24 ans, n'a pas semblé perturbé par sa possible extradition, arborant un sourire radieux lors de sa présentation aux médias, menotté. "Quand on lui a demandé ce qu'il avait fait avec l'argent, il a dit qu'il l'avait dépensé pour voyager, et pour une vie de luxe comme voler en première classe et séjourner dans des palaces", a indiqué à la presse le chef de la police de l'immigration Phanu Kerdlabphol. Le FBI a traqué ce diplômé en informatique pendant trois ans après qu'il a commencé à pénétrer dans les systèmes informatiques de banques américaines dès l'âge de 20 ans, a-t-il ajouté. "Il a dit avoir piraté plusieurs banques américaines et une fois une transaction de 10 millions de dollars" (4).

 

Il y aurait, dit-on, des milliers de génie en informatique en Algérie. La plupart quittent le pays. S'agissant de ce jeunes informaticien une très belle carrière en perspective auprès du gouvernement américain. D'autant plus qu'il est arabophone; c'est du pain bénit pour la CIA. A coup sûr, il sera recruté par le FBI pour intégrer les cellules de luttes contre la piraterie informatique!

De la Thaïlande à l'Algérie, en passant par les Etats-Unis ou la France, le visage rieur du cybercriminel algérien, Hamza Bendelladj, n'a pas fini de faire parler de lui depuis son arrestation le 6 janvier à l'aéroport de Bangkok. «Happy hacker» (le hacker joyeux), titre le quotidien thaïlandais anglophone. «L'arrestation du hacker algérien a alimenté les colonnes de nombreux titres de presse mondiaux... Jamais un Algérien n'a autant fait parler de lui dans le monde entier. A 24 ans seulement, le jeune Hamza a réussi à faire connaître l'Algérie aux quatre coins du monde», écrit Algérie-Focus. «Chose que la diplomatie algérienne n'a guère su faire...», conclut ironiquement le site d'informations.

 

Il semble même qu'un hacker algérien ait été recruté par les Israéliens. Il a été remarqué par les services secrets israéliens à la faveur du match Algérie-Egypte. Comment le Mossad a «recruté» un hacker algérien? Actuellement en cours et menée par les services de sécurité algériens, une enquête révèle le «recrutement» d'un hacker algérien de Maghnia par le Mossad, les services secrets israéliens, apprenons-nous de source sûre». (5)

 

Où en sommes- nous de l’errance ?

 

Ces deux exemples aux antipodes l’un de l’autre montrent  la complexité de la société algérienne .Installés dans les temps morts, non seulement nous n'avançons pas mais de plus on ne demande pas des comptes à ceux qui ont géré. A titre d'exemple, quand un ministre est limogé en Algérie, il rebondit rapidement pour s'assurer une retraite dorée. Peu importe que ce bilan ait été catastrophique ou pas, en Algérie il pourra toujours occuper des fonctions honorifiques et disposer de salaires conséquents. Ainsi, la majorité des anciens ministres du gouvernement d'Ouyahia, un gouvernement au bilan économique et politique des plus médiocres, se sont retrouvés un siège au Conseil de la nation. Ainsi, les ministres qui ont échoué dans leurs missions ne sont jamais sanctionnés en Algérie. On les recycle rapidement et on les remet dans d'autres circuits où ils pourront couler des jours heureux...

 

Cela va plus loin, notre savoir-faire est en miettes au point qu'il nous faille l'expertise d'une puissance ô combien maléfique et à laquelle nous lions notre destin. Comme l'écrit si bien Ahmed Halfaoui, l'image de l'Algérie est aussi celle d'un assujettissement au marché et à l'Empire en la personne du roitelet du Qatar dont la masse est directement proportionnelle à sa capacité de nuisance.: «(...) Le sentiment dominant a été l'étonnement devant tant d'égards accordés à un personnage dont l'image est intimement associée aux tragédies libyenne et syrienne. Les moins hostiles à l'évènement regrettaient amèrement que le pays, qui a si chèrement payé sa souveraineté, se fende en sollicitudes vis-à-vis du fer de lance du néocolonialisme dans la région dite arabe. Les plus nourris de la fierté nationale s'indignaient que l'Algérie accordait autant d'importance à un roitelet qui ne lui a jamais fait de cadeau et qui a tenté de la déstabiliser à travers son Al Jazeera. Les plus résignés rappelaient que le faste de l'accueil était plutôt destiné à ce qu'il représentait, c'est-à-dire les Etats-Unis. Le Qatar qui est, à ce que l'on sache, à des lieues de disposer d'une quelconque compétence industrielle, sidérurgique en l'occurrence, a obtenu un partenariat dans le domaine, comme si les dizaines de milliers d'ingénieurs sortis de nos instituts et universités et nos capacités financières étaient en deçà des moyens exigés par le projet de Bellara. (...) Pas de quoi pavoiser donc, juste se résigner à ce que soient toujours gelées les ressources nationales, selon les règles qui ont mené à la désindustrialisation, pour montrer patte blanche à l'Empire néolibéral menaçant. (...) Juste obéir à la religion du marché tout puissant, qui ne l'est que grâce à l'adhésion sans contrepartie à ses directives». (6)

 

Nous avons donc deux Algérie, celle des Hamza Sassi et plus largement de satrapes installés dans les temps morts qui ne rendent pas compte obérant tout développement et celle de Hamza Bendelladj, de la jeunesse dont on ne connaît pas les dynamiques profondes si ce n'est par des signaux à qui on ne donne pas toute l'importance nécessaire. Souvenons- nous justement du match Algérie-Egypte avec le travail à la fois des hackers qui auraient saturé la présidence égyptienne, les footballeurs sur le stade, qui ont offert un rare moment de bonheur dans un quotidien morose mais surtout la communion de tout un peuple sorti fêter d'une façon irrationnelle un match de foot. Les jeunes sont capables du meilleur, nous le voyons avec cette «compétence» certes répréhensible, du hacker mais aussi du pire. Seule une vision d'ensemble permettra de donner une perspective à cette jeunesse en panne d'espérance.

 

1. Hacker: Encyclopédie Wikipédia

2. Qui sont les hackers? Matthieu, le bidouilleur de génie NouvelObs.com 10 février 2012

3..http://obsession.nouvelobs.com/hacker-ouvert/20120209.OBS0948/qui-sont-les-hackers-sunki-le-cyber-justicier.html
4. La hacker algérien arrêté par le FBI Le Figaro du 07/01/2013

5. Mounir Abi: Comment le Mossad a recruté un hacker algérien. Le Temps d'Algérie 30 novembre 2010

6. Ahmed Halfaoui http://www.lesdebats. com/editions/090113/les%20debats.htm

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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vérité et tolérance - dans Algérie
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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 13:06

 «La guerre, c'est la guerre des hommes; la paix, c'est la guerre des idées.»

 

Victor Hugo

 

   Un article du journal Le Monde a attiré mon attention, il raconte un cas de conscience d'un militaire américain qui, du fin fond d'une salle climatisée de l'Amérique profonde a décidé de voler la vie d'un enfant à 10.000 km de là en le ciblant «grâce» à un drone prédateur. Naturellement, il n'y eut pas de réaction ou si peu des médias d'habitude si prompts à diaboliser quand il s'agit de jeter l'anathème sur les damnés de la Terre, surtout s'ils sont musulmans. Comme rapporte Théophraste R. dans un billet du site alternatif «Le Grandsoir»: Quelqu'un disait (...): «Les médias ne vous disent pas seulement ce que vous devez penser, mais SUR QUOI vous devez penser. Pensez chaque jour aux petites victimes du tueur fou de Newtown et pas à celles de l'aviateur normal qui bombarde par erreur un village afghan. Jean-Paul Sartre a écrit dans «Qu'est-ce que la littérature?»: «Le silence est un moment du langage; se taire ce n'est pas être muet, c'est refuser de parler, donc parler encore. Si donc un écrivain a choisi de se taire sur un aspect quelconque du monde, ou, selon une locution qui dit bien ce qu'elle veut dire de le passer sous silence, on est en droit de lui poser une [...] question: pourquoi as-tu parlé de ceci plutôt que de cela et - puisque tu parles pour changer - pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela?».(1)

 

J'ai donc voulu savoir comment faisait-on la guerre actuellement par esprit de déconstruction en décortiquant l'information, et en regardant derrière les plis pour voir la «vraie vérité» comme le dit si bien Jacques Prévert. La façon de faire la guerre a changé totalement depuis que les puissances occidentales ne se font plus la guerre entre elles. La doctrine est celle de «zéro mort» chez le puissant et le maximum de morts chez l'adversaire. Pour cela pratiquement un quart de siècle, après la chute de l'empire soviétique, l'hyper-puissance américaine n'ayant plus «l'empire du mal» comme adversaire s'est trouvé un nouveau Satan de rechange, l'Islam. Cela s'est fait concomitamment, avec le tarissement des puits de pétrole et les avancées technologiques. Il y avait donc un triple gain, démolir l'Islam, en démolissant le pays musulman, s'emparer des puits de pétrole et expérimenter au réel les nouvelles armes létales pour voir «leur performance».

 

Donner la mort par procuration

 

 Dans cet ordre d’idée , Georges Stanechy écrit: «Il était une fois...un pays, qui avait à sa tête un dictateur: l'Irak. Ni pire ni meilleur que les pires autocrates féodaux et corrompus des pétromonarchies du coin, reçus en permanence avec tapis rouge et accolades dans nos «vertueuses démocraties». Mais, il avait eu le tort d'entrer en conflit avec ses protecteurs qui l'avaient installé au pouvoir. Alors, comme dans les films de gangsters, ils ont décidé de le remplacer par des marionnettes interchangeables et plus dociles. Pétrole oblige... «Apporter la Liberté et la Démocratie», affirmaient-ils, la main sur le coeur. Ils avaient une obsession, toutefois: «Renvoyer le pays à l'âge de pierre», disaient-ils. On ne comprenait pas bien: pourquoi chasser un dictateur imposait-il de réduire l'Irak en cendres?... Ils ont tout rasé. Méthodiquement. Tout ce qui est interdit par les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels, ces «Traités internationaux qui contiennent les règles essentielles fixant des limites à la barbarie de la guerre.» Tout: centrales électriques, stations d'épuration d'eau, ponts, ports et aéroports civils, hôpitaux, universités, écoles, usines d'automobiles ou de tracteurs, ateliers mécaniques ou conditionnements de lait et yaourt, fermes d'élevage. Tous les ministères, sauf celui du Pétrole! «Retour à l'âge de pierre»: mission accomplie. Jusqu'aux musées et sites archéologiques, pillés à l'exemple du sac du palais d'été des empereurs en Chine, en 1860, par les troupes françaises et les britanniques... Détruire, massacrer, piller... Le plus curieux: ils se sont acharnés sur les femmes et les enfants (…) ».(2)

 

Les sociétés militaires privées

 

Autres innovations que nous avons déjà rapportées: les sociétés militaires privées. Le vrai mercenariat est du côté de la coalition qui fait la guerre aux peuples irakien et afghan en faisant appel à des mercenaires. Il est né dans le sillage de la «guerre de l'information» et de la doctrine du «zéro mort» suite aux guerres perdues du Vietnam et du Cambodge, expérimenté notamment au Kosovo. Les Etats-Unis sont aujourd'hui déployés dans plus de 50 pays. Les raisons du recours à des sociétés militaires privées sont multiples: politiques: contourner le Parlement américain et éviter la critique populaire. Contourner le contrôle administratif: ne pas irriter l'opinion publique (doctrine de zéro mort). Les morts BW ne sont pas décomptés comme des soldats. A partir des années 2000, parallèlement à la disparition progressive du mercenariat traditionnel, se sont développées les Sociétés militaires privées (SMP) anglo-saxonnes, parfois en renfort d'une milice. Afghanistan et surtout en Irak (Military Professionnal Ressources Inc, Blackwater, Erinys, Aegis) depuis 2003 (...) Blackwater est une multinationale rentable.. ». (3)

 

« 1 milliard de dollars de contrats avec l'Etat américain. En 2006, le nombre de soldats de Blackwater déployés dans le monde était estimé à 23.000. Le chiffre d'affaires de Blackwater a augmenté de 80,000% entre 2001 et 2006. Entre 2005 et octobre 2007 on a dénombré plus de 195 incidents impliquant Blackwater. Les guerres que mène l'Occident ne sont pas justes et partant, pas morales. Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d'une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis...(3)

Les guerres du futur

 

Les médias ne tarissent pas d'éloges en décrivant, par le menu, les prouesses des nouvelles armes qui donnent la mort. Cela se fait d'ailleurs dans des kermesses telles que le salon du Bourget, où les marchands de mort viennent fourguer à des roitelets arabes ventripotents les dernières armes toujours en décalage avec l'état de l'art. Il n'est pas question de donner ce qu'il y a de récent. Souvenons-nous du contrat saoudien de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec les Etats-Unis. Que va faire l'Arabie Saoudite avec ses armes si ce n'est les retourner contre son peuple ou contre les Bahreinis?

 

  Avec un rare cynisme les médias occidentaux faisant la promotion des armes écrivent:
«Pour protéger sa vie, le matériel coûteux et éviter l'enlisement, notamment lors de combats en milieu urbain, le fantassin du futur sera bardé d'électronique et relié en réseau avec l'ensemble des blindés et aéronefs. Il ne s'agit plus de science-fiction, mais d'une réalité. Des fantassins en débarquent à couvert. Ils sont équipés d'un gilet bourré d'accessoires électroniques. Grâce à cet équipement, ils sont tous connectés à un réseau informatisé. Chaque combattant dispose d'un écran lui permettant de connaître sa position et celle de ses camarades via GPS. Ils peuvent s'organiser et communiquer entre eux avec un ostéophone, un système qui capte la voix via la résonance des os (...). C'est la poignée avant du fusil mitrailleur (Famas) qui permet de commander la radio. Ainsi, pas besoin d'arrêter un tir pour actionner un interrupteur. Ces mêmes commandes permettent de régler un tir sans se mettre à découvert (...) Ce même dispositif est doté d'options infrarouges, ou de vision de nuit. Le futur, c'est maintenant. Le combattant porte un équipement électronique qui le connecte en réseau avec la troupe, les aéronefs et les véhicules blindés.(...) Le LOCC, Logiciel opérationnel de conduite du combat, est l'outil de suivi des opérations du chef. C'est une sorte de gros iPad façon militaire, qui peut afficher en temps réel l'intégralité des combattants, véhicules et unités sur le terrain. Les positions des ennemis y sont affichées ainsi que les champs de vision et les directions de déplacement des uns et des autres. Dans un blindé, il est présenté sous la forme d'un double écran tactile. Sur le terrain, les chefs de sections sont, quant à eux, équipés d'une tablette tactique de plus petite taille (..)(4)

 

On le voit ce qui est important, c’est qu’il y ait zéro mort du côté de l’attaquant, que le matériel soit protégé, au besoin en tuant et aussi que le conflit ne s’enlise pas, car c’est de l’argent perdu…

 
La mort en joystick

 

  Une autre technologique infernale concernant la mort est le drone avec des noms qui font froid dans le dos: drone predator, drones furtifs, drones reapers (faucheuses). Outils favoris des militaires depuis les années 1990, les drones sont de plus en plus utilisés. Ils sont expérimentés sur les faibles qui pensent échapper en vain à l'attaque sans pitié. Nous l'avons vu avec les éliminations des dirigeants palestiniens. Les drones ont, d'ores et déjà, changé la nature de la guerre.

 

Dans cet ordre, l'histoire que nous allons rapporter est celle d'une bavure parmi des dizaines: «Brandon Bryant était pilote de drone au sein d'une unité spéciale de l'armée de l'air américaine. Depuis l'Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu'au jour où il a déclaré forfait. Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d'une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu'un homme meure à l'autre bout de la planète. A l'intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C'est le cerveau d'un drone. Dans l'US Air Force, on appelle cette pièce un «cockpit». A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas - ils se contentent de piloter. Brandon était l'un d'entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10.000 kilomètres de l'endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l'ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, «marque» le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l'aide d'un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l'impact. «Les secondes s'écoulent au ralenti», se souvient Brandon aujourd'hui. Enregistrées au moyen d'une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes».(5)

 

«Plus que sept secondes, pas l'ombre d'un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l'écran. Soudain, un enfant qui court à l'angle de la maison. Au moment de l'impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d'un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent. Brandon voit une lueur sur l'écran- l'explosion. Des pans du bâtiment s'écroulent. L'enfant a disparu. Brandon a l'estomac noué. «On vient de tuer le gamin?» demande-t-il à son collègue assis à côté. «Je crois que c'était un gamin», lui répond le pilote. «C'était un gamin?» continuent-ils de s'interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s'affiche sur leur écran. C'est alors que quelqu'un qu'ils ne connaissent pas intervient, quelqu'un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l'armée et qui a suivi leur attaque: «Non, c'était un chien.» (...) Brandon se souvient de son premier tir de missile: deux hommes meurent sur le coup et il assiste à l'agonie du troisième. L'homme a perdu une jambe, il se tient le moignon, son sang chaud ruisselle sur l'asphalte. La scène dure deux minutes. Un beau jour, Brandon Bryant n'a plus eu qu'une seule envie, partir, faire autre chose. L'espoir d'une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu».(5)

 

La nouvelle guerre par les «ponctuelles»

 

La guerre moderne est devenue  en théorie d’après les stratèges vendeurs de mort, un tel raffinement que les médias main stream qui nous  font la promotion de ces nouvelles formes de suppression de  vie, utilisent un langage neutre souvenons nous des « ponctuelles » terminologie utilisée  par les commandos deltas qui  éliminaient pour le compte de l’OAS, tout ce qui dérangeaient aussi bien les bougnoules, que les pieds noirs « tièdes ».  En vendant ces informations ces médias   se pâment devant les frappes dites chirurgicales tout en sachant que la chirurgie contrairement  à  son sens morbide dans ces guerres du XXie siècle,  est en principe utilisée pour sauver les vies humaines.

 

 Dans cet ordre, Joe Becker du New York Times démonte la mécanique de mise à mort par les drones. « Au fil de son premier mandat écrit-il  c'est devenu la spécialité du président américain: Sélectionner les terroristes à abattre et donner son aval à chaque frappe de drones à l'étranger. Une méthode expéditive qui suscite la polémique. (...) En août 2009, le patron de la CIA, Leon Panetta, a fait savoir à John Brennan que l'agence avait Mehsud dans sa ligne de mire. Toutefois, a prévenu Leon Panetta, la liquidation du chef des taliban au Pakistan ne satisfaisait pas aux exigences d'Obama, pour lequel il faut avoir la «quasi-certitude» qu'aucun innocent ne sera tué. De fait, il était certain qu'une opération causerait la mort d'innocents, puisque Mehsud se trouvait en compagnie de son épouse chez sa belle-famille. (...) Mais pas cette fois. Obama a donné son feu vert à la CIA et Mehsud a été tué ainsi que son épouse et, selon certaines informations, d'autres membres de sa famille. (...) Ce n'était pas vraiment le type de frappe chirurgicale que souhaitait Barack Obama. (...) A juste titre ou non, les drones sont devenus le symbole provocateur de la puissance américaine, foulant aux pieds les souverainetés nationales et causant la mort d'innocents. (...) Le bilan d'Obama a fait reculer l'idée selon laquelle les démocrates sont peu performants en matière de sécurité nationale. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Obama s'est révélé plus prompt à dégainer que Bush. Au Pakistan, depuis 2009, Il y eut 261 attaques avec 1819 taliban morts et 87 civils morts pour Obama contre 38 attaques avec 481 morts dont 94 civils avec Bush. Au Yémen, il y eut 48 attaques par les drones contre deux avec Bush (6)

 

Conclusion : Qu’est ce qu’une guerre juste ?

   Dans une contribution précédente j’avais décortiqué le vocable de guerre juste selon l’Eglise et la charité chrétienne dont se prévalent les semeurs de mort. J’écrivais : « Si l’on croit la théologie catholique "une guerre juste" doit obéir à trois conditions, (...) La première des trois conditions énoncées par saint Thomas est que la guerre ne peut être légitimement décidée que par l’autorité politique souveraine qui a pour fin principale de connaître et de promouvoir le bien commun de la cité ou société politique parfaite. (...) La deuxième condition de la guerre juste est que la guerre soit entreprise pour une cause juste (..°) La troisième condition de la guerre juste est ainsi la rectitude de l’intention de celui qui fait la guerre. L’autorité politique suprême peut entreprendre une guerre pour une cause juste mais en étant mue principalement par une intention mauvaise. (...) On pourrait ajouter une condition que saint Thomas n’affirme pas explicitement : il faut que le belligérant use de moyens militaires légitimes. Il n’est donc pas permis d’user de n’importe quel moyen militaire pour vaincre son ennemi. Il y a des actes qui sont toujours mauvais en eux-mêmes et il n’est jamais permis de les poser. L’intervention des armées américaines et anglaises en Irak, décidée sans l’assentiment du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies » (3) (7)

 

 Pour Louis Delmas, la guerre n'est plus un affrontement de combattants, même éloignés les uns des autres par l'artillerie ou l'aviation, qui se battent en risquant leurs vies, mais un jeu informatique mortel où des opérateurs confortablement installés à des milliers de kilomètres, assassinent des adversaires en manipulant un clavier. Sous prétexte d'abattre un terroriste, les drones télécommandés envoient à un écran lointain les images de la vie d'une famille qu'ils observent pendant des jours avant de recevoir l'ordre de l'éliminer. Des militaires au chaud dans leur bureau, qui ne connaissent rien d'un champ de bataille, regardent des enfants jouer dans la cour, des femmes faire leur lessive, des vieux jouir du soleil. Jour après jour, la routine d'une existence ordinaire. Puis d'un coup, l'exécution est décidée. L'ordre arrive. Ils appuient sur un bouton. Si la cible est bien ajustée, le terroriste est tué. L'explosion fait le vide. Mission accomplie. Les enfants, femmes, vieillards qu'ils reconnaissaient chaque matin ne sont plus que des cadavres. Difficile à supporter. (...) Qu'est-ce qu'une guerre à zéro mort? Le robot (...) celui qui tue votre ennemi sans que vous couriez le moindre risque change la face de la guerre. Zéro mort chez l'agresseur, c'est devenu le slogan des nouveaux traîneurs de sabres. Ils disposent désormais d'un moyen de réaliser leur rêve. C'est un encouragement à déclencher des combats qui font impunément des masses de victimes.(8)

 

Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant pas morales. Quand Bush avait envahi l’Afghanistan, c’était pour délivrer les Afghanes, maintenant c’est pour combattre le terrorisme. Et demain ? Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis...  On rentre chez soi avec la satisfaction du devoir bien fait ,d’avoir été un bon patriote, pendant qu’à des milliers de kms de là , c’est la terreur, le sang, les larmes la désolation, des vies  volées et  une haine  des survivants  qui sédimente inexorablement.  Que veut dire alors «une guerre juste»? La question reste posée.


1. http://www.legrandsoir.info/+jean-paul-sartre-explique-une-astuce-de-propagande+.html
2. George Stanechy http://stanechy.over-blog.com/article-noel-les-enfants-de-fa...
3. http://www.legrandsoir.info/Les-societes-militaires-privees-La-mort-par-procuration.html
4. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/reportage-les-cyberguerriers-de-larmee-francaise_43699/
5. Nicola Abé: Drones:Un ancien pilote américain raconte Der Spiegel 3 janvier 2013
6. Jo Becker The New York Times 7 juin 2012 Jo Becker Comment Obama a appris à tuer avec ses drones The New York Times 7 juin 2012
7. Qu’est-ce qu’une guerre juste ? http://www.etudesfda.com/SPIP/spip.php?article48

8. http://www.mondialisation.ca/la-dangereuse-ere-de-la-telecommande/5314471

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz 

 

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 09:35

 

 

 «Connaître son ignorance est la meilleure part de la connaissance.»

Proverbe chinois

 

  Encore une fois la Chine se rappelle à notre bon souvenir. On apprend qu'elle vient de mettre en fonction, le 27 décembre, date symbolique de la naissance du grand timonier Mao Tsé-Toung, le 26 décembre 1893, un TGV qui relie Pékin à Canton soit 2 300 km à la vitesse de 300 km/h en seulement 8 heures contre 22 heures en train, et 3h30 en avion. Nous avons un sentiment mitigé, à la fois d'admiration, un pays du Sud arrive à maîtriser la technologie et, dans le même temps, nous avons l'impression que ce pays s'éloigne pour rejoindre l'autre camp qui, faut-il le rappeler, attend son moindre faux pas et ne lui fera pas de cadeau.

La prouesse technologique

 

Les ambitions de la Chine en matière ferroviaire ne sont plus à démontrer. Preuve que la technologie chinoise n'a pas grand-chose à envier aux technologies d'un Alstom ou d'un Siemens, le TGV chinois, un CRH380 de CSR Corporation Limited, conçu pour une vitesse maximale de 350 km/h, roulera à 300 km/h. (...) En août 2008 notamment, juste avant les JO de Pékin, la Chine avait mis en service un train capable d'aller à 350 km/h, conçu grâce au transfert de technologie de l'ICE allemand de Siemens. Aujourd'hui, le dernier-né des trains chinois, le CRH500 en phase de tests, atteint 500 km/heure. 16.000 km de voies ferrées en 2015 Inauguré en 2007, le réseau TGV chinois est déjà le plus important de la planète. Fin 2010, il atteignait 8 358 km, et pourrait dépasser les 16.000 kilomètres d'ici 2015. (...) Actuellement, la dette du ministère chinois des Chemins de fer s'élève à 257 milliards d'euros, soit environ 5% du PIB du pays. Pas de quoi, toutefois, calmer les ambitions du gouvernement. L'an prochain, il prévoit d'investir entre 64 et 73 milliards d'euros dans la construction de voies ferrées, dont 60% seront dévolus au programme à grande vitesse(1).

 

Dans le même ordre, le 9 janvier 2008, un train de 49 wagons porte-conteneur partait de Pékin avant de traverser la Chine, la Mongolie, la Russie, la Biélorussie, la Pologne et l'Allemagne après avoir parcouru près de 10 000 km en 15 jours (5 de moins que prévu), Après la reprise, le 11 décembre 2007, d'un service quotidien de transport ferroviaire de marchandises entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, c'est un pont terrestre reliant l'Extrême-Orient à l'Europe occidentale, une «Route ferroviaire de la Soie», qui se construit.

 

« Symbole de sa croissance à deux chiffres, la Chine a vu son taux d'urbanisation franchir symboliquement le seuil de 50% en 2011. C'est une nouvelle Chine qui voit le jour, car cette urbanisation signifie un changement radical du mode de vie structuré par une nouvelle organisation du travail.(...) De 1,32 milliard d'habitants actuellement, la population chinoise ne devrait pas dépasser les 1,5 milliard d'habitants en 2033. «Outre le fait qu'à échéance de 2016 la Chine deviendra la 1re puissance économique au monde, c'est un autre monde, une autre géopolitique que connaîtront alors nos enfants. Et c'est sans compter la puissance militaire de la Chine tournée vers le Japon et la conquête de l'espace. Selon l'IHS américain, le budget de la défense chinois atteindra les 238,2 milliards de dollars en 2015. Chiffre à rapprocher selon la même étude, des 232,5 milliards de dollars dépensés à ce même horizon par les douze autres plus grandes puissances de l'Asie-Pacifique. Avec son programme de vol habité, la Chine a misé 2,4 milliards d'euros dans ce programme. Elle se prépare à envoyer le premier Chinois sur la lune». (2)


La Chine: démesure en tout et réussite insolente

 

   Cet immense pays, où vit un être humain sur six, ne cesse de surprendre. Pendant que le monde occidental industrialisé peine à se réaliser et à se développer, on parle même de récession en Europe et aux Etats-Unis, cela veut dire que la croissance dans ces pays sera négative, dans l´Empire du Milieu elle est à deux chiffres ou presque. Un pays communiste - fin 2007, le Parti communiste chinois (PCC) revendiquait 74 millions de membres - qui utilise les vertus du capitalisme en le bridant avec une dimension sociale. La Chine n´est pas un pays qui a jailli du néant. La «vieille» Europe (la Grèce puis Rome) est venue aux temps historiques, 2000 ans après «l´Empire du Milieu» .(3)

 

  Pour l´Histoire, la Chine est sans conteste le berceau du progrès technique. C´est le pays de la poudre à canon et du compas magnétique, du papier et de l´imprimerie, du gouvernail et de la boussole, du parapluie et de la brouette. Des siècles avant l´Occident, la Chine a inventé un grand nombre des techniques sur lesquelles repose notre monde moderne. Certains historiens affirment ainsi que l´invention de la boussole et du gouvernail ont permis à un navigateur chinois de découvrir l´Amérique soixante-dix ans avant Christophe Colomb! En 2007, la Chine a recensé 415.000 millionnaires et 20 milliardaires. Première agriculture mondiale, la Chine a produit un tiers de la production de riz et de coton, un cinquième de la production de maïs et 15% de la production de céréales. Elle détient actuellement plus de la moitié du cheptel porcin mondial. C´est le pays du textile, de l´informatique et des jouets. Ses produits inondent les marchés occidentaux. Avec 37 millions de véhicules, la Chine ne dispose cependant que d´un véhicule pour 45 personnes contre trois véhicules pour quatre personnes aux Etats-Unis. (3)

 

Depuis deux ans, le pays a démarré le plus gros projet du monde avec l´installation de 6000 éoliennes réparties sur le territoire. Objectif: produire 30.000 mégawatts à l´horizon 2020. La Chine espère ainsi tirer 15% de son énergie grâce aux éoliennes contre 7% actuellement. La Chine est devenue en quelques années, leader incontesté des produits manufacturiers. Le symbole du génie chinois est le plus grand barrage du monde. Situé sur le fleuve Yangtsé, haut d´une centaine de mètres, le barrage hydroélectrique des Trois Gorges s´étend sur 2,34 km. D´ici l´an prochain, la centrale produira environ 84 milliards de Watts par an, soit  à peu près l´équivalent de trois fois la consommation algérienne. (3)


La Chine est le troisième pays au monde pour le volume des dépenses de R&D, juste après les États-Unis et le Japon. Si, en 2000, les dépenses de R&D chinoises représentaient 18% des dépenses américaines, en 2004 elles atteignaient 32,8%. En 2006 avec 19,4 millions d´étudiants, la Chine forme autant d´étudiants que les États-Unis et l´Union européenne, dont les taux de croissance sont plus faibles. Le budget alloué à l´éducation est passé de 2,5% du PIB en 1997 à 3,3% en 2002. La Chine a fixé d´ambitieux objectifs pour ses universités, dont un certain nombre a fusionné afin de concentrer les ressources. L´un des principaux projets a été la création de 100 «Key Universities», sur le modèle américain des universités de recherche, auxquelles la Chine a alloué d´importants financements depuis 1995. En 1999, la Chine était en dixième position en matière de publications scientifiques et en 2004, elle a atteint la cinquième position. (3)


L’avènement des pays émergents: La Chine un cas d'école

 

On sait que les USA et l'Union européenne peinent à relancer leur économie menacée de récession, dans le même temps le groupe des pays du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) exhibe ses atouts qui lui permettront de devenir, d'ici l'an 2050, la nouvelle locomotive du monde.

 

Dominique Losurdo décrit d'une façon claire le mécanisme de la rapine et de la mise en coupe réglée de la Chine: «[...] Avec une longue histoire derrière elle, qui l'avait vue pendant des siècles ou des millénaires en position éminente dans le développement de la civilisation humaine, la Chine, en 1820 encore, s'honorait d'un PIB qui constituait 32,4% du Produit intérieur brut mondial; en 1949, au moment de sa fondation, la République populaire chinoise est le pays le plus pauvre, ou parmi les plus pauvres, du monde Ce qui a déterminé cet effondrement est l'agression colonialiste et impérialiste qui commence avec la guerre de l'opium. Célébrées en termes même emphatiques par les plus illustres représentants de l'Occident libéral (qu'on pense à Tocqueville et à John Stuart Mill), ces guerres infâmes ouvrent un chapitre extrêmement tragique pour le grand pays asiatique. (...) A mesure que l'on approche de la fin du XIXe siècle, la Chine semble devenir le jouet d'un destin contre lequel elle n'a plus aucun recours. C'est une conjuration universelle des hommes et des éléments. La Chine des années 1850-1950, celle des plus formidables insurrections de l'histoire, des canonnades étrangères, des invasions et des guerres civiles est aussi celle des grands cataclysmes naturels. Jamais sans doute dans l'histoire du monde, le nombre de victimes n'avait été aussi élevé.» C'est dire le bond en avant de la Chine qui revient de loin.»(4)

La croissance infinie dans un monde fini: une utopie

 

Pour les pays industrialisés, la Chine est une énigme, non contente de détenir les dettes de plusieurs pays européens et l'essentiel de la dette américaine avec plus de 2000 milliards de dollars, la Chine est un sujet d'inquiétude et de perplexité pour la plupart des observateurs.
Jin Canrong vice-recteur de l'Institut des relations internationales, à Beijing, résume tous les défis auxquels la Chine est désormais confrontée: «Progresser de manière stable est le fil rouge dont a besoin aussi la planète. Car l'Europe s'est éteinte. Je crois que le Japon va s'éteindre à son tour. La force motrice des États-Unis n'est pas terrible. La Chine, elle, persiste encore. Si les choses allaient mal en Chine, ce serait catastrophique. Par conséquent, l'économie chinoise a une responsabilité envers elle-même, mais aussi envers le monde. D'abord, il faut faire en sorte qu'elle ne déraille pas. Puis, elle doit maintenir sa force, son énergie. De la sorte, elle pourra apporter une grande contribution au monde.» (5)


Devant les multiples contraintes planétaires, continuer sur cette lancée pour les pays industrialisés et émergents s'apparente à un suicide. Doit-on cependant continuer sur cette lancée? «Les hommes politiques lit-on sur une contribution sur Agoravox, comme la plupart des «responsables» économiques, ne sont pas à la hauteur des enjeux de l'humanité. La pensée unique phagocyte la plupart d'entre nous. (...) Quel responsable économico-politique a-t-il eu le courage d'avertir ses semblables qu'il fallait prendre conscience que nous sommes sur un satellite d'un petit soleil perdu parmi des milliards de milliards de soleils, menacé par l'espèce animale la plus consciente de son intelligence? Du moins, jusqu'à preuve du contraire. (...) Qu'est-ce que cette religion du Veau d'or qui domine non seulement la finance internationale, véritable casino ouvert 24h/24, mais aussi les esprits des braves gens qui n'ont plus foi qu'en la Française des Jeux, l'Euro-million et tous leurs jeux de hasard?» (6)

 

«Alors que les sciences et les techniques nous ouvrent des perspectives formidables, leurs revers nous affolent et la majorité des gens ne croient plus à une amélioration, à un futur meilleur. Ils savent bien que les sources d'énergie carbonées, les matières premières sont en voie d'épuisement à plus ou moins court terme et que les conséquences vont bouleverser nos habitudes. les enjeux écologiques sont considérés comme non prioritaires Les pays émergents n'ont qu'un objectif: rattraper et dépasser «l'american way of live» qui a comme seul niveau de mesure la «surconsommation». C'est ainsi que la Chine et l'Inde sont en train de «se suicider», mais avec une conséquence «intéressante»: ces deux pays vont entraîner la planète dans le chaos. Nos «responsables» n'ont qu'un objectif: leur prochaine réélection à cinq ou quatre ans selon les mandats auxquels ils ont droit.» (6)


Que faut-il faire pour sauver l’humanité?

 

On l'a vu, le chemin des pays du Brics est celui des pays développés. Comment décroître sans casser? Comment distribuer la richesse sans abimer la nature et donner des droits – ceux de l’eau de l’alimentation, de la santé - aux plus démunis  «Il s'agit  lit-on encore dans la contribution parue sur Agoravox, bien d'un bouleversement des us et coutumes. Il y a des milliards de tonnes de rebus à récupérer sur le vaisseau Terre, à partir desquels on pourra, pour moins cher, fabriquer du neuf ou du restauré. Les objets vraiment nouveaux devront avoir fait la preuve de leur utilité absolue par rapport à l'existant. La notion de mode, de gaspillage, de frénésie du nouveau pour le nouveau, devra être bannie sous peine de sabotage du satellite. Même attitude vis-à-vis des ressources alimentaires. Les semences adaptées traditionnelles devront être encouragées, les monocultures remises en question, et les OGM drastiquement encadrés par les citoyens (producteurs et consommateurs). L'eau et l'air doivent être déclarés propriétés collectives des Terriens et ne sauraient être privatisées. (...) Alors que la survie de l'espèce humaine sur notre satellite Terre exigerait un sens du partage, de la solidarité, de l'unité de pensée, les religions, les politiciens, les responsables économiques entretiennent l'esprit de compétition, de concurrence, de division, de domination des uns sur les autres. C'est ainsi que les civilisations s'effondrent comme l'a si bien démontré Jared Diamond dans ses études (...) Tout n'est pas perdu. Mais tout est menacé.» (6)

 

Justement à propos des politiques et de leur docte aveuglement, Edgard Morin avec sa lucidité coutumière pointe les dérives du mythe prométhéen de l’homme :«Tout notre passé, même récent, fourmille d'erreurs et d'illusions, l'illusion d'un progrès indéfini de la société industrielle, l'illusion de l'impossibilité de nouvelles crises économiques, l'illusion soviétique et maoïste, et aujourd'hui règne encore l'illusion d'une sortie de la crise par l'économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l'illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l'erreur que la rigueur est remède à la crise, l'erreur que la croissance est remède à la rigueur. (...).» (7)

 

On l’aura compris, et malgré les vœux pieux des « humanistes, dans ce combat de titans, les damnés de la terre ne sont pas concernés par la croissance. Ce sont les variables d'ajustement d'un climat, de plus en plus erratique. Dans tous les cas nous sommes mal barrés, car les pays émergents refont le même chemin de l'impasse qui devra conduire à plus de chaos. D'une certaine façon, la fameuse phrase de Bush (Walker) : « Le niveau de vie des Américains ne se négocie pas», nous mènera au chaos et préfigure depuis une dizaine d'années les futures guerres pour les matières premières, pour l'énergie, pour l'eau et pour la nourriture. Il n'y a pas à l'heure actuelle d'hommes d’Etat  fascinés par l'avenir commun de la planète et des générations futures,  il n’y a que des hommes politiques  obnubilés par le souci de gagner les prochaines élections. 

 

1.http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/les-chiffres-fous-du-tgv-chinois_366486.html

2.http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-chine-en-pleine-croissance-128044
3.http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-chine-demesure-en-tout-et-43123
4.C.E. Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-brics-et-la-construction-d-un-113953
5. http://www.legrandsoir.info/l-economie-chinoise-a-une-responsabilite-envers-elle-meme-mais-aussi-envers-le-monde.html
6.http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-vrais-enjeux-d-aujourd-hui-128361?debut_forums=0#forum3586650
7.Edgar Morin http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/01/en-2013-il-faudra-plus-encore-se-mefier-de-la-docte-ignorance-des-experts_1811813_3232.html

 

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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vérité et tolérance - dans anomie du Monde
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 19:37

 

«Ô tyran oppresseur... Ami de la nuit, ennemi de la vie... Tu t'es moqué d'un peuple impuissant Alors que ta main est maculée de son sang.»

 

Abou el Kassem Echebbi

 

 

Le poème d'Abou el Kassem Echebbi écrit en plein protectorat français de Tunisie est tout à fait d'actualité, il décrit le calvaire du peuple tunisien qui peine à trouver sa voie. Pour rappel, le poète est connu pour avoir traité des thèmes comme la liberté et la résistance, notamment dans son fameux « Ela Toghat Al Alaam » qui s'adresse «aux tyrans du monde». Le peuple tunisien vit une épreuve dont il faut espérer qu'il en sorte.

 

Deux ans après, la situation est faite de haut et de bas, entre la lutte pour le pouvoir des «laïcs» et le double langage d'Ennahda, le citoyen souffre et il souffre d'autant plus que la situation économique est loin d'être bonne. L'insécurité devient structurelle. On croit revivre la situation de l'Algérie il y a vingt ans. Une opération des forces de sécurité contre les extrémistes s'est soldée par le décès d'une dame (l'épouse d'un djihadiste), d'un soldat des forces de sécurité et l'arrestation de quatre recherchés; l'un d'eux a été grièvement blessé. Des armes et des munitions ont été saisies.

 

 Mustapha Stambouli décrit une situation de chaos où l'Etat est absent et où Ennahda joue un double jeu: «Une série noire (attaque de Nidaa Tounès à Djerba, assassinat de Lotfi Nakdh, agression envers des syndicalistes, etc.) plonge le pays dans l'inquiétude, le désarroi et la crainte pour la République. Les bandits agissent en toute impunité. La police nationale est-elle vraiment dépassée par les événements ou contrainte à ne pas réagir? Ne pas réagir maintenant, c'est accepter toutes les dérives fascistes et dictatoriales, car le fascisme, c'est la gangrène, on l'élimine ou on en crève... Pourquoi la police est-elle si amorphe aujourd'hui? » (1)

« Pourtant poursuit-il, ces bandits sont bien connus de ses services et de nombreux citoyens dans les quartiers. (...) Les attaques se multiplient dangereusement à travers le pays et prennent des formes diverses: agressions verbales en direction des femmes, rituels de prière en pleine rue, agressions physiques à l'encontre des adversaires politiques, mariage orfi, occupation tapageuse des espaces publics, humiliation du drapeau national et des personnalités politiques. Le silence mortel du pouvoir et surtout des dirigeants d'Ennahda face à ces dépassements insupportables et inacceptables, leur double discours, encouragent les abus et les crimes de ces hors-la-loi» (1)


La  délicate situation économique: de l'eau au moulin de la fitna

 

  L'un des éléments catalyseurs de la dégradation politique est la situation économique qui est du pain bénit pour créer du désordre et imposer un nouvel ordre. Dans une publication de l'agence chinoise nous lisons: «Malgré des indicateurs officiels revus à la hausse sur la majorité des secteurs d'activité durant les 10 premiers mois, l'exercice économique 2012 en Tunisie reste encore au-dessous des réalisations de 2010 (...) Selon M. Abdennabi, la Tunisie a entamé l'année 2012 «dans une situation difficile, puisque le bilan faisait état d'une perte d'environ 100.000 emplois face à l'existence de 80.000 nouveaux diplômés et un total de 800.000 chômeurs, sans oublier un taux de croissance négatif de 0,2%». (...) Des chiffres officiels publiés dans la presse dévoilent un bilan de plus de 1 500 grèves qui ont été observées légalement sous l'égide de l'Ugtt durant les 10 premiers mois de 2012. Un nombre qui reste élevé malgré qu'il ait dépassé les 2300 en 2011.(2)

 

Malgré une image «négative», le tourisme tunisien a su enregistrer des performances par rapport à 2011, mais reste encore au-delà des chiffres de 2010. Les dernières statistiques émanant du ministère du Tourisme indiquent que les recettes touristiques réalisées, du 1er janvier au 20 août 2012, se sont améliorées de 35,3% par rapport à la même période de 2011, rapporte une dépêche TAP. Depuis le début de l'année, jusqu'au 20 août 2012, la Tunisie a accueilli près de 3,681 millions de touristes de différentes nationalités contre 2,771 millions en 2011 et 4,539 millions en 2010. Le mouvement des touristes issus du Maghreb arabe et de l'Amérique du Nord, est à la hausse, atteignant respectivement, cette année, 1,621 million de touristes (contre 1, 24 million en 2011) et 19.779 touristes (contre 13.507 en 2011). (3)

 

En dépit d'une situation sécuritaire qualifiée de fragile depuis la révolution dite du Jasmin, pas moins de 100.000 Algériens continuent de prendre la destination de la Tunisie pour y passer les fêtes de fin d'année. Antoine Lerougetel dénonce pour sa part, à la fois la répression policière et le rôle ambigu de la centrale syndicale l'Ugtt qui est d'accord pour la mise en place d'un néolibéralisme sauvage. Nous lisons: «Après quatre jours de répression policière des manifestations contre l'abandon des programmes contre la pauvreté et le chômage à Siliana, le président tunisien Moncef Marzouki, dans sa déclaration télévisée, a exigé la constitution d'un nouveau gouvernement restreint de «compétences» et se transforment en une nouvelle lutte révolutionnaire contre son gouvernement.(...) L'intérieur du pays souffre d'un sous-développement chronique et connaît un mécontentement croissant face à l'incapacité du gouvernement à rehausser le niveau de vie ».

 

Pour Antoine Lerougetel, l’UGTT roule pour le nouveau système : « Le taux de chômage écrit-il, dépasse les 18% (...) L'Ugtt est un outil de longue date du régime capitaliste en Tunisie. Le gouvernement Ennahda, tout comme le gouvernement des Frères musulmans du président Mohamed Morsi en Egypte, collabore étroitement avec les puissances américaine et européenne pour étouffer et écraser les soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière.(...) Les responsables de l'Ugtt travaillent maintenant de concert avec Ennahda pour contrôler la classe ouvrière. Une réunion, qui s'est tenue le 19 novembre à Bruxelles entre des responsables tunisiens et de l'UE, a établi un partenariat économique ayant pour «obligation de respecter les principes de l'économie de marché, et le libre-échange» ainsi que «la mondialisation de l'économie». (...) Sur cette base, la Banque mondiale a approuvé le 27 novembre un prêt de 500 millions de dollars à la Tunisie pour le financement de réformes économiques».(4)

La réalité des révolutions saisonnières arabes

 

Dans une contribution précédente, j'avais indiqué comment une espérance de peuples qui luttent pour la liberté et une dignité sociale, est dans chaque pays arabe laboratoire instrumentalisé pour servir les intérêts d'un agenda d'un nouvel ordre où les peuples deviennent des variables d'ajustement. La dénomination de «Printemps arabe» de l'Atlantique au Golfe, est, en soi, une allégeance et une soumission intellectuelle à la doxa occidentale qui, la première, a décidé d'appeler ainsi ces mouvements. Une nouvelle page de l'histoire est en train de s'écrire dit-on dans le Monde arabe. La thèse occidentale de Gilles Kepel, et de tant d'autres est que le «Printemps arabe a surpris tout le monde». Tous sauf ceux qui étaient au courant, pourrions-nous dire! Des événements qu'ils ont commandités mais dont ils se félicitent que ces révoltes ne soient pas connotées par l'Islam. Pour eux, le soubassement de ces révoltes parfumées n'a pas les fondements classiques imputables à un hypothétique choc des civilisations. Tout ceci est bien beau, mais il est quand même étonnant pour l'auteur de fixer le début des révoltes du Printemps arabe à une immolation qui aurait pu passer inaperçue n'étaient les médias occidentaux qui en ont décidé autrement.» (5)

 

«Si nous n'inscrivons pas toutes ces indignations de la jeunesse arabe dans un «agenda occidental» nous n'avons rien compris au mouvement du monde. Le ras-le-bol arabe n'a pas commencé en décembre 2010 mais en octobre 1988 en Algérie. Le tribut fut très lourd. La jeunesse algérienne a été la première, triste privilège, à mourir pour s'être battue pour la démocratie, la liberté. Sauf que ça n'intéressait personne. L'Algérie a payé le prix de la démocratie avec une décennie rouge et dit-on 200.000 morts, 10.000 disparus et 30 milliards de dollars de dégâts, sans compter les traumatismes que nous allons encore traîner pendant longtemps. Il a fallu attendre l'après-11 septembre 2001 pour que la voix de l'Algérie soit audible concernant le terrorisme.» (5)

 

Comme par hasard, les monarchies arabes, dociles aux Etats-Unis et à Israël, ont survécu à la «tempête du Printemps arabe». Cependant, à Bahreïn, au Yémen, silence on tue, mais là l'Empire ne bouge pas donc, les vassaux européens regardent ailleurs. Nous aurions voulu que l'on démonte la mécanique de ces révoltes pour y voir une manipulation de grande ampleur et la «spontanéité» des révoltes est un paramètre qui a été mis en équation pour susciter le chaos pour le plus grand bien de l'Empire et de ses vassaux. Tout le monde se souvient des bloggeurs qui ont catalysé les révoltes en Egypte, en Syrie... On le voit, ce qui a perdu les anciens potentats arabes, c'est le lâchage de l'Occident mis en musique par Internet et un projet mûrement réfléchi qui a travaillé sur un terreau favorable, une masse arabe toujours prête à l'émeute, constamment en posture pré-insurrectionnelle au vu de la hogra, le déni de justice, les passe-droits, la corruption institutionnalisée. Le chaos en Irak, en Afghanistan ne gêne pas la curée sur les matières premières et le pétrole. Les Afghans, les Irakiens, et de plus en plus les Libyens, peuvent se démolir à qui mieux mieux, cela ne gênera pas l'écoulement du pétrole.» (5)

 

«On attribue à Machiavel la sentence suivante: «Le meilleur moyen de contrer une révolution c'est de la faire soi-même.» Ceci s'applique croyons-nous comme un gant, à ce qui se déroule sous nos yeux. En un mot, tout est programmé pour se dérouler ainsi. Il suffit de lire, mais le veut-on? L'ouvrage de Gene Sharp qui décrit par le menu comment faire une révolution non violente et la réussir... Nous y trouverons tous les symptômes constatés dans les révoltes légitimes tunisiennes et égyptiennes, libyennes et qui, rapidement, ont été «prises en charge». Dans cet ouvrage, Gene Sharp décrit les 198 méthodes d'actions non violentes susceptibles d'être utilisées dans les conflits en vue de renverser les régimes en place. Parmi elles, notons la fraternisation avec les forces de l'ordre, les défilés, les funérailles massives en signe de protestation, les messages électroniques de masse, les supports audiovisuels, les actes de prière et les cérémonies religieuses, l'implication dans le nettoyage des places publiques et des endroits qui ont été la scène de manifestations, l'utilisation de slogans forts (comme le «Dégage» ou «Irhal»), des logos (comme le poing fermé), des posters avec les photographies des personnes décédées lors des manifestations et une certaine maîtrise de l'organisation logistique: «Cette brillante application des théories de Gene Sharp fut suivie par d'autres succès retentissants: Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizistan (2005).» (5)

Le double jeu d'Ennahda

 

Il y a deux ans, juste après l'avènement de la révolution du Jasmin nous écrivions: «Le peuple tunisien nous donne en ce moment même la plus belle leçon de l'Histoire du Maghreb postcolonial. Ce peuple longtemps étouffé et terrorisé cependant ne veut plus se laisser faire. La jeunesse des quartiers populaires, qui voit tous les horizons se boucher devant elle. Il n'accepte plus ces règles du jeu iniques où les gagnants sont toujours les mêmes. On se souvient que Bourguiba était fasciné par Ataturc au point, dit-on que même le drapeau tunisien présente des similitudes avec le drapeau turc. Il semble que les Turcs ne veulent pas de cette proximité. «Recep Tayyip Erdogan n'a jamais apprécié la comparaison des idées du Parti de Rached Ghannouchi aux siennes. (...) Lors de la visite du Premier ministre turc Erdogan en Tunisie, il n'hésita pas à éviter de serrer la main à Rached Ghanouchi qui l'attendait à l'aéroport de Tunis. (...)» (6) (7)

 

Cependant, on s'aperçoit que le parti Ennahda n'est pas si orthodoxe dans ses méthodes. Il semble qu'il a fait appel à des financements étrangers. «Dans tout cet imbroglio, on apprend qu'Israël est le premier mécène du Parti Ennahda. On peut s'interroger sur la raison d'un tel pacte. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a fait un don de 12 millions d'euros à Rached Ghannouchi par l'intermédiaire de la Banque Rothschild. (...) Les États-Unis d'Amérique sont le deuxième généreux donateur au Parti Ennahda avec 5 millions d'euros versés aux extrémistes. (...) Mais à quoi jouent les Américains? Financer leur probable futur ennemi? La stratégie américaine est de constituer un Grand-Orient intégriste partant d'Alger pour aller jusqu'au Pakistan permettant ainsi aux États-Unis de piller plus facilement les ressources en phosphore tunisiennes comme les ressources pétrolifères de Libye ou du Bahreïn.» (6) (7)

 

On dit que le pouvoir est maintenant conscient du danger salafiste djihadiste et a rompu avec les thèses de Rached Ghanouchi qui, longtemps, ont minimisé ce danger. «Les salafistes sont nos enfants, ils annoncent une nouvelle culture», a souvent répété le leader d'Ennahda. Enfin, ce qui ne gâte rien des affaires de corruption au sommet de l'Etat: la Tunisie, lit-on sur le site Médiapart, qui entre dans la cour des grands a aussi ses scandales en gates! La personne présumée coupable du fameux Shertongate n'est autre que le ministre des Affaires étrangères, par ailleurs gendre du gourou islamiste, Rached Ghanouchi. Passons sur l'affaire à la DSK révélée et reprise en boucle par tous les médias, qui ne nous intéresse pas trop ici, et posons-nous plutôt des questions sur un «don» de un million de dollars de la Chine qui aurait atterri sur son compte personnel.» (9)

 

Assurément le peuple tunisien est tiraillé entre deux projets de sociétés aux antipodes l’un de l’autre. De plus et pour son malheur les hommes politiques qui le dirigent puissent plus à se maintenir au pouvoir qu’à réellement donner  une perspective de sortie à ce peuple harassé et qui ne demande qu’à vivre dans la dignité . Il faut espérer que le peuple tunisien  s'en sorte. Pour cela, en tant qu'Algériens, nous avons un devoir de solidarité au-delà du tourisme. La stabilité de la Tunisie contribuera certainement à l'avènement de la paix dans notre région. La coopération multidimensionnelle devrait, de mon point de vue, dépasser les simples relations commerciales et s'inscrire dans la conviction d'un destin commun toute chose que nous aurions souhaitée à l'époque de la part de nos frères maghrébins.


1. http://www.legrandsoir.info/tunisie-pour-un-front-anti-fasciste-faf-pour-defendre-la-republique.html

2. http://french.news.cn/afrique/2012-12/10/c_132031402.htm

3. http://www.tunisie.fr/2012/09/03/bilan-2012-de-la-saison-touristique-en-tunisie/

4. Antoine Lerougetel 05 décembre 2012 http://www.mondialisation.ca/tunisie-opposition-de-masse-a-la-repression-des-manifestations-contre-la-pauvrete/5314318

5. http://french.irib.ir/analyses/item/222966-proche-orient-la-r%C3%A9alit%C3%A9-du printemps-arabe,-par-chems-eddine-chitour?tmpl=component&print=1
6. http://www.mondialisation.ca/pitre-l-occident-plaidoyer-pour-la-non-ing-rence-en-tunisie/27345?print=1

7. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/qu-est-ce-que-le-ennahdha-102907

9. http://blogs.mediapart.fr/blog/mediterraneenne/010113/sheraton-gate-en-tunisie

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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