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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:28

«Une vie ne vaut rien mais rien ne vaut une vie.»

André Malraux

Inexorablement la carte du Moyen-Orient est en train d'être redessinée par l'Empire malgré les résistances désespérées des anciens Etats Irak et Syrie. Pour l'Histoire, avant même que la Première Guerre mondiale ne se termine, la perfide Albion (Sykes) et son âme damnée la France (Picot) avaient commencé à dépecer l'Empire ottoman avant la fin de la guerre. Rappelons l'histoire. Nous sommes en 1916, le conflit a deux ans, l'Empire ottoman «l'homme malade de l'Europe» est du côté allemand. C'est l'occasion pour les deux acolytes anglais et français de donner le coup de grâce à l'Empire vermoulu et qui n'a jamais connu de repos depuis plus d'un siècle, constamment attaqué par ces deux puissances qui, au nom de la protection des minorités, harcelaient sans répit l'Empire.

Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés le 16 mai 1916, entre la France et la Grande-Bretagne prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et la mer Caspienne) en zones d'influence entre ces puissances, dans le but de contrer des revendications ottomanes. Aux États-Unis, le président Woodrow Wilson, - scandalisé par l'accord -, tenta de mettre en avant l'argument de l'autodétermination des peuples, en vain. Les Français et les Britanniques se mettent d'accord sur les frontières à la conférence de San-Remo, en avril 1920.



La chute de Palmyre: un scénario à la Hollywood


Dans cet ordre, la Syrie (Bilad Echam) est en train de souffrir le martyre depuis quatre ans. Dans l'impossibilité de faire partir Al Assad, on crée une entité géographique dont le territoire se dilate au gré des victoires. Un scoop repris en boucle. Palmyre est tombée! En Occident on se dit intéressé par le côté civilisationnel «après la destruction des pièces du musée de Ninive, c'est au tour dit-on, dans les médias occidentaux des pièces archéologiques de Palmyre et du sort des chrétiens». Parmi ces bonnes âmes, nous citons Jean Bonnevey qui écrit: «On aurait pu stopper les mahométans fanatiques de l'EI à Palmyre. On ne l'a pas fait pour une seule raison. Il était politiquement incorrect de venir en aide à Assad. Certains se réjouissent déjà d'un signe de l'effondrement du régime de Damas. (...) Nous sommes, Européens, actuellement aux côtés de ceux qui, de Washington à Riyad, ont créé Daesh (...). Les djihadistes sont entrés le même jour dans le musée, ont brisé des répliques en plâtre représentant des personnes vivant il y a 100.000 ans (...) Et que vont dire les démocrates, défenseurs des civilisations contre toutes les barbaries. Ils préfèrent au tyran qui tolère les églises, les islamistes qui brûlent les chrétiens. Mauvais choix et forfaiture morale!» (1)

La faute morale, parlons-en! Est-ce que la vie de centaines, voire de milliers d'Irakiens et de syriens est moins importante que des cailloux, quand bien même on se gargarise des mots crus comme civilisation, humanité et naissance des civilisations à Ur, à Ninive à Sumer? Souvenons-nous des fossoyeurs des civilisations que Victor Hugo avaient traités de voleurs, en l'occurrence le sac du palais impérial chinois au milieu du XIXe siècle et bien plus tard, le sac du musée de Bagdad qui a laissé indifférent les GI’S qui ont préféré aller sécuriser le ministère du Pétrole et les puits de pétrole.



La réalité du terrain vue du côté du président Assad

Une interview qui est passée inaperçue, voire blacklistée, est celle que le président syrien a accordée à un journaliste de France 2. A une question sur le fait que le président el Assad est responsable du chaos qui règne en Syrie, celui-ci répond: «Dès les premières semaines du conflit, déclare el Assad, les terroristes se sont infiltrés dans la situation en Syrie avec l'appui d'États occidentaux et régionaux. Ils ont commencé à attaquer les civils et à détruire des propriétés publiques et privées. (...) Toute personne a assurément le droit de réclamer la liberté, mais la liberté signifie-t-elle qu'on tue les civils et les policiers? Qu'on détruise les écoles et les hôpitaux, l'électricité... (...) l'EI a été créé en Irak en 2006 sous la supervision des États-uniens. Je ne suis pas en Irak. Je n'y ai jamais été. Je ne contrôlais pas l'Irak. Ce sont les États-uniens qui contrôlaient l'Irak. L'EI est venu d'Irak en Syrie, car le chaos est contagieux. Ainsi, lorsqu'il y a eu le chaos en Syrie, l'EI est venu en Syrie. Avant l'EI, il y avait le front Al-Nosra, qui fait partie d'Al Qaîda.» (2)

«Ceux qui à l'heure actuelle reçoivent le soutien et possèdent des armes occidentales appartiennent à l'EI. Ils ont été armés et équipés par votre État et par d'autres pays occidentaux. Nous n'avons jamais entendu parler au sein de notre armée d'armes aveugles. Par ailleurs, lorsque vous parlez de tueries aveugles qui ne font aucune discrimination entre civils et combattants, la preuve, ce sont les drones utilisés par les États-uniens au Pakistan et en Afghanistan. qui tuent des civils beaucoup plus que des terroristes. Qu'en est-il des armes chimiques? Non, c'est un autre faux récit donné par des gouvernements occidentaux.» (2)

A une question de David Pujadas: «Aujourd'hui il y a une coalition internationale avec à sa tête les Etats-Unis, qui mène des bombardements aériens contre l'OEI. Est-ce que pour vous c'est un problème, ou est-ce que c'est une aide? Bachar el Assad répond: «Ni l'un ni l'autre. Il n'y a bien entendu aucun problème à attaquer les terroristes. Mais si la coalition n'est pas sérieuse, cela ne nous aide pas. Si vous comparez le nombre de frappes aériennes effectuées par les forces de la coalition composée de 60 États à celles que nous avons effectuées, nous petit État, vous constaterez que nous bombardons parfois 10 fois plus que la coalition en l'espace d'une journée. Est-ce sérieux? (...) Une autre preuve, c'est que l'EI s'est élargie en Syrie, en Irak, en Libye et dans la région en général. Comment pouvez donc dire que la coalition a été efficace? Ils ne sont pas sérieux, c'est la raison pour laquelle ils n'aident personne dans cette région. (...) On ne peut pas former une coalition contre le terrorisme et soutenir en même temps les terroristes. Ça nous est donc égal qu'ils frappent en Syrie, en Irak ou dans les deux à la fois, tant qu'ils continuent à soutenir ces mêmes terroristes en même temps.» (2)

La création ex nihilo de l'Etat islamique et coalition arabo-occidentale

Enfin, interrogé sur le fait que le Premier ministre français a dit, que Le président syrien était «un boucher», Bachar el Assad eut cette réplique qui se passe de commentaire: «Tout d'abord, je vais être franc avec vous. Personne ne prend plus aux sérieux les déclarations des responsables français. Pour une simple raison: c'est que la France est devenue une sorte de satellite de la politique états-unienne Elle n'est pas indépendante et n'a aucun poids.» (2)

Ce que dit el Assad est vrai! Un document ahurissant explique comment l'Etat Islamique a été créé pour remplacer la Syrie et l'Irak. Cela fait longtemps que nous savons que l'Etat islamique est cornaqué par la coalition arabo-occidentale, bénéficiant de camps d'entraînement et de formation. (.) un document officiel du Pentagone l'atteste avec un cynisme ahurissant. (...) Judicial Watch, a publié le 18 mai dernier une sélection de documents déclassifiés (...) L'un de ces documents déclassifiés, rédigé en 2012, émis par la Défense Intelligence Agency manifeste clairement le souhait d'un «État islamique» dans l'est de la Syrie pour que l'Occident, les pays du Golfe et la Turquie, unis dans un même complot, puissent arriver à leurs fins dans la région contre le gouvernement légitime syrien: «L'Occident, les pays du Golfe et la Turquie soutiennent l'opposition» et «la possibilité d'établir un émirat salafiste officiel ou pas, dans l'est de la Syrie et c'est exactement ce que veulent les forces qui soutiennent l'opposition, afin d'isoler le régime syrien». «Les sept pages du document de la DIA indiquent qu'Al Oaîda en Irak (AQI) a été le précurseur de l'«Etat islamique en Irak (ISI)», qui est devenu l'«État islamique en Irak et au Levant qui soutenait l'opposition syrienne dès le commencement, à la fois idéologiquement et à travers les médias». Dans une section intitulée «Les hypothèses futures de la crise», le rapport de la DIA prédit que si le régime d'Assad venait à survivre en conservant le contrôle du territoire syrien, la crise continuerait à monter «en guerre par procuration». (3)

«Pour résumer: l'ex-document secret du Pentagone fournit la confirmation que la coalition arabo-occidentale menée par les USA et qui prétend se battre (fort mollement, il est vrai) contre l'État Islamique, avait il y a trois ans salué l'émergence d'un «Califat salafiste» en Irak. suggérant qu'il pourrait s'étendre à la Syrie comme un moyen de faire chuter le pouvoir légitime d'Assad, et de bloquer l'expansion stratégique de l'Iran. (...) Les autorités occidentales et leurs alliés sunnites de Turquie, d'Arabie saoudite et des autres Emirats du Golfe, ont voulu la création d'un califat et en ont suggéré l'extension, pour s'en servir comme de leur outil propre, pour faire sauter les autorités légales de la Syrie.» (3)


La nouvelle carte géopolitique au Levant

«La situation s'est considérablement aggravée au Levant avec la coupure par l'Émirat islamique de l'antique «route de la soie», c'est-à-dire du passage de l'Iran à la Méditerranée. Il n'existe que deux options possibles: soit par Deir ez-Zor et Alep, soit par Palmyre et Damas. (...) On peut s'étonner de l'importance donnée à la chute de Palmyre par la presse occidentale. D'autant que la plus importante progression de Daesh cette semaine n'était pas en Syrie, ni en Irak, mais en Libye avec la chute de Syrte, une ville cinq ou six fois plus peuplée que la syrienne Palmyre. Pour dramatiser un peu plus, les journalistes occidentaux affirment à l'unisson que désormais «Daesh contrôle la moitié du territoire syrien». (4)

«Contrairement aux inepties de certains journalistes qui accusent le «régime de Bachar» (sic) d'avoir fabriqué cette organisation pour diviser son opposition et la faire glisser dans le radicalisme, la DIA atteste que l'Émirat islamique est fonctionnel à la stratégie états-unienne. Ce rapport, daté du 12 août 2012 annonçait clairement les plans de Washington. Ainsi que nous l'avons toujours dit, l'Émirat islamique a été développé par une décision du Congrès des États-Unis, réuni en séance secrète en janvier 2014, afin de réaliser le plan Wright. Il s'agissait de créer un «Kurdistan» et un «Sunnistan» à cheval sur la Syrie et l'Irak ayant pour finalité de couper la «route de la soie» après l'achat de Deir ez-Zor (la ville a été achetée à des fonctionnaires corrompus, sans combat). (...) Palmyre, la «cité du désert», n'est donc pas simplement un vestige d'un passé merveilleux, c'est une pièce stratégique dans l'équilibre régional. C'est pourquoi il est grotesque de prétendre que l'Armée arabe syrienne n'a pas cherché à la défendre». (4)

Il est connu que les coalisés n'ont pas réellement combattu Daesh. Même le sénateur Cain en a convenu. Pour Thierry Meyssan, «la Coalition internationale anti-Daesh, créée par les États-Unis en août 2014, n'a jamais combattu les djihadistes. Il est au contraire attesté - non pas une seule «par erreur», mais une quarantaine de fois - que les avions occidentaux ont largué des armes et des munitions à l'Émirat islamique. Au demeurant, ladite Coalition de 22 États prétend disposer d'un nombre supérieur d'hommes, qui sont mieux formés et disposent de meilleurs matériels que Daesh. Pourtant, elle n'a pas fait reculer l'Émirat islamique. mais celui-ci ne cesse de conquérir de nouvelles routes. Quoi qu'il en soit, Washington a changé de stratégie. Les États-Unis reviennent à une conception impériale classique, fondée sur des États stables. Et pour signer leur accord avec l'Iran, ils doivent maintenant évacuer l'Émirat islamique du Levant avant le 30 juin. Ce sera le sens de la réunion des 22 membres de la Coalition (et de 2 organisations internationales) à Paris, le 2 juin. D'ici là, le Pentagone devra décider s'il détruit l'Emirat islamique ou s'il le déplace et l'utilise ailleurs à d'autres tâches». Le tout est de savoir si le monstre ne va pas échapper à son concepteur' et que le Califat islamique arrive à perdurer sans ses parrains.» (5)


Les tractations russo-américaines

«Dans le même ordre, suite au voyage du secrétaire d'État John Kerry auprès de son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Sotchi le 12 mai 2015, au voyage de l'envoyé spécial états-unien pour la Syrie, le 18 mai à Moscou, et à la conférence téléphonique du 21 mai, les États-Unis et la Russie se sont mis d'accord sur un processus de pacification en Syrie Cet accord intervient sur proposition de Washington (...). Il a été admis que Washington et Moscou poursuivraient leur coopération pour l'éradication des armes chimiques en Syrie. Il semble avoir été convenu que le président Bachar el Assad terminerait son septennat, mais que les négociations porteraient sur la composition de son gouvernement. (...) a été convenu que deux nouvelles instances seraient créées pour rassembler l'ensemble de l'opposition: l'«Opposition syrienne nationale» (indépendante) sera créée les 8 et 9 juin au Caire (Égypte) par des partis politiques de Syrie et des personnalités exilées. Une autre coordination sera formée sous les auspices de l'Arabie saoudite, en juin ou juillet à Riyadh. Les trois groupes et le gouvernement syrien seront invités à une conférence de paix cet été au Kazakhstan (un État musulman allié de la Russie).» (6)


On dit que le régime syrien, affaibli par quatre ans de guerre, est en train de se résoudre à une partition de facto du pays en limitant ses ambitions à la «Syrie utile», «II est tout à fait compréhensible que l'armée syrienne se replie pour protéger les grandes agglomérations où se trouve une grande partie de la population, dont une partie a fui les jihadistes de l'EI et du Front Al-Nosra», la branche syrienne d'Al Qaîda, explique à l'AFP Waddah Abed Rabbo, directeur d'El Watan, quotidien proche du pouvoir. Pour lui, «ce n'est plus à l'armée syrienne de lutter seule contre le terrorisme. Il faut que le monde réfléchisse si l'établissement d'un ou deux États terroristes est en sa faveur ou pas», ajoute-t-il, en faisant allusion à la proclamation par l'EI d'un «Califat» à cheval sur la Syrie et l'Irak et au désir du Front Al-Nosra de créer un «Emirat islamique» dans le nord de la Syrie. (7)

Nous assistons certainement à une réorganisation du monde. Les deux grands vont s'entendre et vont trouver de nouvelles frontières qui garantissent leurs intérêts. Les Français et les Anglais sont cantonnés dans le rôle de supplétifs. Les Allemands, qui ont toujours deux fers au feu, vont basculer du côté russe (continuation de la politique de Schröder). Les éternels perdants seront une fois de plus les Arabes, en l'occurrence deux civilisations qui ont vu les premiers balbutiements de la civilisation humaine. Un califat sera érigé sur les décombres de Bilad Rafidin et Bilad Eccham. Un seul vainqueur Israël et une cause devenue de plus en plus

On peut se poser la Question : Pourquoi cette anomie mondiale qui fait son miel de la détresse des faibles. Est-ce un choc de civilisation comme l’avait appelé de ses vœux Samuel Huntington ? Sont- ce de nouvelles guerres de religion notamment monothéiste qui prônent pourtant l’amour du prochain ? Est ce enfin ce que l’on appelle le néo-libéralisme prédateur qui ne peut s’épanouir que sur les décombres des faibles, surtout s’ils possèdent le pétrole cet excrément du diable comme le nommait justement Hugo Chavez ? C’est un peu tout cela. Les Nations Unies sont plus que jamais désunies et on s’aperçoit avec amertume que toutes les envolées lyriques sur les droits de l’Homme, la liberté la démocratie ne sont que du vent. C’est de fait le combat des puissants partout dans le monde.


Le tour des faibles même dans les pays développés est arrivé Nous le voyons avec la détresse des Grecs, des Portugais, des Italiens Espagnols. Le vrai combat de mon point de vue, est celui des Damnés de la Terre quelque soient leurs latitudes contre une mondialisation –laminoir qui fait fi des espérances et des destins des faibles. Plus que jamais, nous devons prôner l’altérité et montrer que le migrant en détresse, le smicart qui n’arrive pas à joindre ses fins de moi. Le paysan esclave des directives de Bruxelles, les citoyens des pays du Sud gouvernés d’une main de fer par des tyrans adoubés par justement les dirigeants de l’oligarchie occidentale, mènent le même combat celui de la dignité et d’un retour à l’humanité en perdition de sens actuellement.


1. http://metamag.fr/ùetamag-2938-PALMYRE--HONTE-A-VOUS--Pour-ne-pas-aider-Assad-on-a-sacrifie-Palmyre.htmltml


2. Réseau Voltaire 21 avril 2015, http://www.voltairenet.org/article187385.html


3. Emilie Defresne http://www.medias-presse.info/document-ahurissant-du-renseignement-us-preuve-cynique-de-la-collusion-entre-letat-islamique-et-la-coalition-arabo-occidentale/31944


4. http://reseauinternational.net/la-chute-de-palmyre-renverse-lequilibre-geopolitique-au-levant/


5. Thierry Meyssan http://www.voltairenet.org/article187679.html


6. http://www.voltaire.net.org/article187699. html

7. http://www.lexpressiondz.com/internationale/216666-le-regime-syrien-se-resout-a-une-partition-de-facto-du-pays.html


8. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/etats-unis-chine-russie-le-partage-du-monde /29482

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/216852-un-califat-jaillit-des-decombres.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 00:19

«La science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d'être des hommes.»

Jean Rostand (biologiste)

Un scoop! La première femme a accouché avec une implantation d'un utérus et donné naissance à un bébé bien portant. Avant cette prouesse médicale, d'autres tentatives de greffes avaient été faites, avec des utérus provenant de donneuses vivantes ou non, mais s'étaient soldées par des échecs. La première, en Arabie saoudite en 2000, avait échoué au bout de trois mois. Une autre en Turquie en 2011 eut le même sort.

Pour l'équipe médicale qui l'a mis au monde, c'est la concrétisation de quinze années de recherche. Pour les femmes nées sans utérus, c'est l'espoir de pouvoir un jour porter un enfant. En annonçant, le 3 octobre, la naissance du premier bébé après greffe d'utérus dans la revue The Lancet, Matts Brännström (université de Göteborg, Suède) et ses collègues ont ouvert un nouveau champ dans le domaine de l'assistance médicale à la procréation (AMP) et de la transplantation. (...) Une transplantation est le seul traitement envisageable pour des stérilités d'origine utérine. Absence congénitale de cet organe (comme dans le syndrome de Rokitansky-Küster-Hauser, qui toucherait environ une femme sur 4 500), ablation chirurgicale notamment après un accouchement compliqué d'hémorragie, ou encore utérus non fonctionnel: des dizaines de milliers de femmes aux Etats-Unis, des milliers en France, sont potentiellement concernées. (1)


Les hommes «enceints» c'est pour demain!

Rien dit-on, ne doit arrêter le progrès ! Au nom de la science et d’un vertige prométhéen qui fait fi des barrières éthique, beaucoup de scientifiques pensent que l’homme peut aussi porter une gestation. Les représentations naturelles sont mises au défi. On peut greffer un utérus à l’homme ! La théorie du Genre recevrait , si cette technique s’avérait possible , une brillante et dangereuse confirmation.

«Une perspective stupéfiante qui risque d'ici quelques années, de faire voler en éclats nos représentations de la maternité et de la reproduction. Ne serait-ce qu'au niveau légal, il est dit que la mère au sens strict du terme «c'est celle qui accouche». Or, si l'on ne modifie pas la loi, l'homme qui accouche serait donc une mère... Tel est le titre provocateur d'une publication qui nous informe «que cela est possible». Personne ne s'était posé la question de savoir si l'on pouvait greffer un utérus à un homme, ce qui lui permettrait de pouvoir lui aussi porter des enfants. Une idée révolutionnaire qui soulèverait forcément de nombreuses questions éthiques, mais à l'époque où nombreux sont ceux qui luttent pour l'égalité des sexes, cette éventualité ne serait pas dénuée de sens. 0ui, c'est possible, un homme pourrait tomber «enceint», (mais si on lui greffait un utérus et s'il recevait une supplémentation hormonale dans les premières semaines de grossesse avant que le placenta ne prenne le relais). Les médecins interrogés s'empressent tout de même d'ajouter qu'ils se l'interdiront pour des raisons déontologiques.» (2)


Henri Joyeux, chirurgien cancérologue, président de «Familles de France» déclare: «On pourra greffer un utérus à un homme dans la mesure où on sait le faire à une femme.» Henri Joyeux a expliqué: «Je suis chirurgien! Sachez que l'on peut vous greffer un utérus, sachez que vous pourrez avoir des bébés. Pas de problème. Donc on pourra greffer un utérus à un homme dans la mesure où on sait le faire à une femme. Il n'y a aucun problème.» «Monsieur pourra avoir un bébé.» «Avec des hormones, Monsieur pourra avoir un bébé mais, la seule chose, ça sera une grossesse où l'accouchement se fera par césarienne obligatoire parce que ça passe pas d'accord.» «On peut même lui greffer l'utérus de sa propre maman à sa fille. On n'est pas obligé d'aller chercher une Ukrainienne (...).» (3)



Futur: utérus artificiel, est-ce ainsi que les bébés naîtront?

Rien ne doit s »opposer une science débridée, sous peine d’être traité de rétrograde qui bloque le train fou de la science !. Toujours dans le même ordre. Des scientifiques pensent à révolutionner la nature depuis que le monde est monde. Les équipes scientifiques rivalisent d'ingéniosité en tournant le dos aux fondamentaux de la société: un père une mère et des enfants. Le jour où des embryons humains pourront se développer hors du ventre maternel, on pourra enfanter sans grossesse. Les recherches sont encore loin d'aboutir, mais les questions éthiques se posent déjà.


«Sur le principe d'une longue fécondation in vitro, le foetus grandirait pendant neuf mois dans des «couveuses» recréant l'univers utérin. Déjà en 1932, dans Le Meilleur des mondes, l'écrivain britannique Aldous Huxley en parlait: «Bref, une vraie fabrique à bébés! Cette pure fiction faisait pourtant écho aux travaux d'un généticien anglais, John Haldane, inventeur, neuf ans plus tôt, du mot «ectogénèse», qui désigne le fait de concevoir des enfants en dehors de l'utérus féminin. Près d'un siècle plus tard, des chercheurs travaillent toujours sur l'idée d'un caisson artificiel, capable d'accueillir des cellules et de faire grandir hors du corps d'une femme un embryon, puis un foetus, neuf mois durant.» (4)

«Lors d'une FIV, on sait déjà faire vivre des embryons à l'extérieur d'une femme jusqu'au cinquième jour, explique Henri Atlan, biologiste, ancien membre du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé et auteur du livre L'Utérus artificiel (2007). En couveuse, on sait aussi maintenir en vie des enfants prématurés à partir de vingt-quatre semaines. Reste à mettre au point la machine qui fera le lien entre les deux, pendant les six mois restants.»(4)

Ainsi, dès 1997, le chercheur japonais Yoshinori Kuwabara avait réussi à placer des foetus de chèvre dans une cuve. Les animaux se sont développés trois semaines dans une sorte de liquide amniotique de synthèse. (...) Le placenta est un organe complexe, qui évolue au cours de la grossesse. Il est donc impossible pour l'instant de l'imiter. Mais des essais sont en cours pour fabriquer un liquide amniotique artificiel qui permettrait à des foetus d'être viables, avant le seuil des 24 semaines à partir duquel on sait maintenir un prématuré en vie » (4).

« En février 2013, une nouvelle étape a été franchie. Le chirurgien américain George Mychaliska est parvenu à faire vivre dans des cuves artificielles des foetus de chèvre ayant d'abord grandi in utero. «Je pense que cet exploit sera bientôt réalisable avec des foetus humains, annonce Thomas Shaffer, chercheur américain et inventeur du liquide amniotique artificiel, en 1997. Mais, d'ici moins de cinq ans, tout cela sera sûrement possible. A condition que la Food and Drug Administration, l'agence américaine qui autorise les médicaments, nous donne son accord.» (4)

Car, au-delà du défi technique, ces études sur l'utérus artificiel, encore à leurs balbutiements, soulèvent des questions d'ordre législatif, éthique et sociétal. Pour Henri Atlan, une chose est sûre: «L'utérus artificiel, s'il voit le jour, rendra la procréation de plus en plus médicalisée et la parentalité de moins en moins biologique. Il mettra aussi l'homme et la femme sur un nouveau terrain d'égalité, puisque aucun des deux ne portera l'enfant! Attention, ajoute-t-il, cela ne sera sans doute pas possible avant cinquante ou cent ans.» (4)

Ainsi, des bébés viendraient au monde sans passer un seul instant dans le ventre de leur mère: est-ce une fable futuriste ou une réalité scientifique? Marie Mandy revient sur les fondements de la maternité, ses mythes et ses phantasmes. S'il s'agit d'avancées considérables en matière de procréation (sauver les prématurés, aider les femmes sans utérus...), cela soulève beaucoup de questions d'ordre bioéthique: qui seront les parents? Qui pourrait y avoir recours? Une histoire qui interroge la valeur de la vie et le pouvoir de la science. Cette prouesse médicale divise: il y a d'un côté ceux qui perçoivent les utérus artificiels comme purement thérapeutiques, c'est-à-dire des utérus qui permettraient à des femmes stériles ou ayant subi une hystérectomie d'enfanter, et d'un autre côté ceux qui y voient des dérives et des problèmes moraux et éthiques graves. Aujourd'hui, on peut implanter dans nos corps des dispositifs pour éviter la souffrance, atténuer les symptômes de maladies, voire restaurer certaines aptitudes. Demain, il serait possible de s'en servir pour améliorer nos performances physiques et intellectuelles. L'homme et la société n'en seraient-ils pas transformés, à tout jamais?» (5)


Les bébés à la carte


Mieux encore, non contents de bousculer les fondamentaux millénaires de la procréation, des apprentis sorciers nous promettent outre la connaissance du sexe dès le premier mois de grossesse, la possibilité de choisir à l'avance le bébé souhaité: «Taille, sexe, couleur des yeux: une méthode proposant aux parents de sélectionner des traits spécifiques pour leurs enfants a été brevetée aux Etats-Unis. Après cinq ans d'attente, la société 23andMe a réussi à faire breveter une méthode de sélection des gamètes des donneurs basée sur des calculs génétiques réalisés par ordinateur. Une méthode proposant aux parents de choisir certains traits spécifiques chez leurs enfants à naître a été brevetée. Il est clair que sélectionner des enfants de la manière préconisée par la méthode brevetée par la société 23andMe est hautement discutable sur le plan éthique», écrivent les quatre auteurs d'un commentaire publié jeudi 3 octobre par la revue Genetics in Medicine.» (6)

«La méthode décrite dans la demande de brevet prévoyait de sélectionner les donneurs d'ovules ou de spermes de manière à améliorer les chances de produire un bébé ressemblant aux caractéristiques souhaitées par le couple bénéficiaire (...) Si cette perspective fait rêver ceux qui souhaitent s'affranchir de notre condition humaine imparfaite, limitée et mortelle, elle en inquiète d'autres... Peut-on concevoir une humanité élargie incluant les animaux et les machines? Quelle place restera-t-il à cet humain, ni animal ni machine, revendiquant sa complexité et son intériorité comme attributs de sa liberté? (...)» (6)

Apparemment on y va sans garde-fous éthiques. Pour Laurent Alexandre: les dirigeants de Google veulent changer le monde et l'humanité... Google affiche un intérêt grandissant pour la biologie, la génétique ou encore la médecine. Pour Laurent Alexandre, chirurgien-urologue, l'ambition des dirigeants de Google est la suivante: «Changer le monde et l'humanité.»
Leur programme d'intelligence artificielle a été confié au chef de file du courant transhumaniste, Ray Kurzweil. Pourquoi le transhumanisme? Parce que la définition de cette «idéologie» est la suivante: «Utiliser toutes les Nbic pour tuer la mort et augmenter les capacités intellectuelles de l'homme, puis d'interfacer notre cerveau avec l'intelligence artificielle.» Et selon Ray Kurzweil, l'intelligence artificielle pourrait dépasser l'intelligence humaine en 2029 et «en 2045 elle sera 1 milliard de fois plus puissante que les 8 milliards de cerveaux humains réunis.» (7)


Qu'est-ce que l'homme?

En définitive, que reste-t-il de l'humanité? Pour le philosophe Jean-Michel Besnier, par sa nature prométhéenne, l'homme veut se réaliser au-delà de ce qui lui a été donné, et la technique est un moyen d'y parvenir. L'évènement détonateur correspond sans doute à la découverte de l'ADN et aux techniques de numérisation. (...) La troisième révolution industrielle bouscule nos repères traditionnels. Elle remet en cause des notions aussi classiques que l'Etat, le marché, l'entreprise, la démocratie représentative, et jusqu'à la vie elle-même, qui pourrait bientôt triompher de la mort... Qu'est-ce que l'homme? Des siècles de réflexion sur l'homme paraissent désormais périmés. Aristote le définissait comme un animal raisonnable. (...) Aujourd'hui, la place de l'homme et son statut unique sont malmenés de toutes parts: les sciences de la vie, en particulier avec la biologie moléculaire puis à présent la biologie de synthèse, l'ont réduit à un phénomène naturel pouvant être décrit par une série de relations de cause à effet, d'interactions de nature physico-chimiques. Même le libre arbitre -qui semblait son apanage - ne serait qu'une illusion réductible à une suite prévisible de réactions que les dernières découvertes de la neurobiologie tentent de décrypter ». (8)

« Il existe comme une convergence des approches scientifiques pour dissoudre l'homme dans la nature. Il y a comme une jouissance des scientifiques à faire de l'homme un animal comme les autres. (...) Au fond, aujourd'hui l'homme est tantôt animalisé - il apparaît comme un être de pulsion - tantôt ramené au rang de machine - une mécanique bien huilée pourrait expliquer son fonctionnement. Pour sortir de cette oscillation entre la bête et le robot, les technoprophètes qui se disent post-humanistes annoncent une évolution radicale. Selon eux, l'homme a fait son temps et il doit à présent confier à la technologie le soin de l'augmenter et de le transformer. Toutes ces réflexions soulignent le caractère dramatique de la question de l'homme, aujourd'hui. Pour ma part, je pense que ce qui demeure le privilège paradoxal de l'homme c'est qu'à la différence des animaux, il est conscient de sa fragilité. Il se déshumanise en l'oubliant.» (8)


Où allons-nous sans garde- fous?

Autant de questions qui dérangent. Dans un colloque ayant pour thème «L'espèce humaine peut-elle se domestiquer elle-même?» l'ex-directeur général de l'Unesco, M.Matsuura, a posé la problématique de la condition humaine en termes d'enjeu scientifique, et d'enjeu éthique: «Pour la première fois de son histoire, l'humanité va donc devoir prendre des décisions politiques, de nature normative et législative, au sujet de notre espèce et de son avenir. Elle ne pourra le faire sans élaborer les principes d'une éthique qui doit devenir l'affaire de tous. Car les sciences et les techniques ne sont pas par elles-mêmes porteuses de solutions aux questions qu'elles suscitent.» (9)


Où s'arrête l'humain? Où commence le cyborg? Où est la paternité ? Que veut dire le mot parents ,père, mère ? La question reste posée car en l'absence d'une éthique et d'une définition claire de ce que c'est que l'humain, en l'absence d'une éthique de la vie à la fois philosophique et /ou religieuse le mythe prométhéen ne peut être contenu sans justement une éthique à toute épreuve. Il pourrait amener l'humanité à une dérive de tous les dangers. A trop jouer avec le feu, on risque de perdre ce qui est notre patrimoine le plus précieux notre humanité au profit d'une chimère. Comme l’écrit Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra » : « L'homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, - une corde sur l'abîme. Il est dangereux de passer de l'autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière » Triste fin pour le surhomme !



1. Sandrine Cabut :Greffe d'utérus: la France sur les rangs Le Monde 13.10.2014


2. http://rmc.bfmtv.com/emission/les-hommes-enceints-c-est-pour-demain-le-fil-d-ariane-du-2801-860102.html


3. http://www.chirurgieesthetiquefrance.fr/video-greffer-un-uterus-a-un-homme-cest-possible-henri-joyeux-lcp/

4 http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/futur-uterus-artificiel-est-ce-ainsi-que-les-bebes-naitront-02-09-2013-


5. http://iatranshumanisme.com/2015/03/22/luterus-artificiel/


6. http://tempsreel.nouvelobs.com/a-retenir/20131003.OBS9745/bientot-des-bebes-a-la-carte.html 03-10-2013


7. http://iatranshumanisme.com/2015/05/02/laurent-alexandre-les-dirigeants-de-google-veulent-changer-le-monde-et-lhumanite/


8. http://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/20120116.OBS8861/restons-conscients-de-notre-fragilite.html


9. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/160668-la-destinee-humaine-a-l-epreuve-des-apprentis-sorciers.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/216646-que-devient-l-ethique.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 12:48

«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau! Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle, La gloire, aube toujours nouvelle, Fait luire leur mémoire et redore leurs noms!»

Victor Hugo (Hymne)

Le 19 Mai 1956 a été un moment important dans le déclenchement de la Révolution de rupture dans l'évolution de la guerre de Libération nationale. Elle consacre l'entrée de la jeunesse intellectuelle (étudiants algériens) dans l'action révolutionnaire. Nous lisons le texte de référence: «Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres! (...) Il faut déserter les bancs de l'université pour le maquis. Étudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats?»

Dans cette contribution je veux restituer ma part de vérité de ce que je crois savoir pour affirmer que la Révolution algérienne n'a pas été portée uniquement par les glorieux martyrs. Elle fut portée aussi et c'est tout à son honneur par la société algérienne quelles que soient les confessions d'alors, sans oublier tous les Européens d'Algérie et les Français de souche qui ont cru en la révolution. Ainsi, la notion de militant et de moudjahid devrait de mon point de vue être étendue à toutes celles et ceux qui ont porté haut et fort la voix de l'Algérie et les espérances du peuple pour la liberté et la dignité. Chacun avec ses moyens, même en tentant de survivre dans une atmosphère marquée par la haine est d'une certaine façon un atout, dont aurait besoin l'Algérie indépendante, qu'il s'agisse du plus humble des besogneux, de l'universitaire, du médecin, de l'homme de théâtre ou tout simplement l'Algérien lambda. Parmi les moudjahidine qui luttèrent d'une façon aussi difficile qu'avec les armes, nous allons citer, outre les étudiants, les hommes de lettres et de théâtre, l'équipe du football du FLN.

Dans le même ordre nous ne devons pas citer l’engagement dans des conditions difficiles des militants « Moudjahidines de la Fédération de France » qui appartenaient à juste titre à ce qu’on appelle « La septième Wilaya » dont l’un des membres actifs Maitre Ali Haroun a décrit l’épopée de ces Algériens qui croyaient en la révolution qui prirent des risques inouïes dans une « métropole hostile » , qui en payèrent le prix notamment avec les massacres de masse du 17 octobre 1961. Je n’oublie pas aussi de citer ces Européens ,ces « porteurs de valises » à l’image du philosophé Francis Jeanson, qui bravèrent les interdits et qui contribuèrent au financement de la Révolution



Les intellectuels combattants

Qui se souvient des universitaires et intellectuels qui sont morts pour la patrie. Qui se souvient de ces jeunes filles et jeunes garçons qui ont quitté les bancs du lycée ou de la faculté pour entrer dans la clandestinité ou mourir au maquis? La liste est longue. Qui se souvient, un exemple parmi des centaines, de Taleb Abderahmane le spécialiste, chimiste de formation, qui fut le concepteur des engins explosifs artisanaux piètres réponses aux bombes de tout calibre et des bombes au napalm versées avec générosité sur des mechtas sans défense. Taleb Abderrahmane a eu une mort digne en face de la guillotine d'après son bourreau qui eut des regrets le concernant. Condamné à mort à trois reprises Taleb Abderahmane fut guillotiné le 24 Avril 1958.

Le macabre du guillotineur, Meyssonnier a exécuté en vingt ans quelque 200 personnes, la plupart durant la guerre d'Algérie. Ce qu'il résume à sa façon: «Pendant le FLN, c'était à la chaîne.» Les lunettes de Abderrahmane Taleb, furent retirées par l'exécuteur des sentences, Fernand Meyssonnier, (...)Dans le petit panier d'osier posé au pied de la machine, il a mis une paire de lunettes. Non, pas les siennes, mais celles d'un Algérien décapité pendant la guerre. Sur le coup, il a du mal à se rappeler son nom. «C'est celui qui préparait les bombes, vous savez? On l'avait surnommé le chimiste. C'est moi qui lui ai retiré ses lunettes. Je les ai gardées en souvenir», explique l'ancien bourreau.» (1)

«L'Algérie n'a toujours pas récupéré de la vente aux enchères les lunettes du martyr.

« Le jour de son exécution, l'injustice française de ce temps voulait lui amener un imam pour lui rappeler la chahada; Taleb Abderrahmane lui dit: «Prends une arme et rejoins le maquis» d'après un ancien condamné à mort, rescapé de la guillotine. (2)



Le théâtre algérien au service de la révolution

D'autres Algériens luttèrent à leur façon, pour l'indépendance de l'Algérie. Qui ne se souvient de Mustapha Kateb, qui fut le fer de lance du théâtre révolutionnaire algérien ou de Sid Ali Kouiret, grande figure du cinéma et du théâtre algériens récemment disparu. L'expression «Ali mout Wakef» du film L'opium et le bâton, a traversé plusieurs générations. En compagnie de Mohamed Boudia et Bouhired, Kouiret rejoint, en 1958, la troupe artistique créée par le FLN pour sensibiliser l'opinion internationale au combat du peuple algérien.

Il nous faut avoir à l'esprit que la grande majorité des révolutionnaires algériens n'avait pas trente ans (Didouche Mourad 28 ans, Taleb Abderahmane, Hassiba ben Bouali 19 ans Petit Omar 13 ans, Ali la Pointe 27 ans, Ben M'hidi 34 ans de la Révolution). Et dire que dans la famille révolutionnaire nous avons des enfants de moudjahed qui sont en âge d'être grands-pères mais qui sont toujours pupilles de la Nation.....

Ahmed Cheniki écrit à propos des combattants homme de théâtre : «Il n'est nullement imaginable qu'une lutte de libération ne s'accompagne pas d'une sorte d'encadrement artistique et littéraire. Des artistes et des écrivains s'étaient engagés dans une sorte d'écriture de témoignage et de combat. (...) De 1955 à 1957, le théâtre devenait un véritable art de combat. (...) L'Algérie était au coeur de l'entreprise dramatique. Mohamed Boudia et Mohamed Zinet qui maîtrisaient relativement bien les techniques de la scène s'illustraient par un extraordinaire dynamisme. (...). Boudia et Zinet tentaient de faire tout à la fois, de participer aux actions de la Fédération de France du FLN, d'expliquer inlassablement les objectifs du mouvement nationaliste. Ils animaient des rencontres et formaient de jeunes comédiens. (...)» (3)

«(..) De nombreux comédiens, cinéastes, chanteurs, musiciens et sportifs n'hésitèrent pas, écrit à juste titre Ahmed Cheniki, à franchir le pas et à se retrouver de l'autre côté de la barrière. Ils devenaient les porte-voix du Front de libération nationale. En 1958, au mois de février, a été officiellement créée la troupe artistique du FLN. Mustapha Kateb assurait la direction de cet ensemble qui avait pour mission de faire connaître le combat du peuple algérien et de diffuser le discours du Front (...) Elles traitaient de la lutte des Algériens pour leur indépendance. Le théâtre devenait en quelque sorte un porte-parole attitré de la révolution. (...) Les tournées dans l'ex-Urss, en Chine populaire et en Yougoslavie ainsi que dans les pays arabes participaient du projet politico-culturel du FLN. Les comédiens portaient le costume de l'Algérie combattante. (...) La direction du FLN cherchait, à travers cette expérience théâtrale, à compléter la formation politique et idéologique des militants et des combattants. (...) L'indépendance acquise, les comédiens composant cette troupe allaient constituer l'ossature centrale du nouveau Théâtre national.» (3)



La troupe artistique

Dans le même ordre, un des membres de la troupe artistique du FLN, Mustapha Sahnoune explique que la troupe artistique du Front de libération nationale, créée en 1958 à Tunis, comptait à sa création une quarantaine d'artistes algériens. Mustapha Sahnoun, qui a composé le chant patriotique A Yemmaa azizen (Chère mère), précise qu'«il s'agissait avant tout d'ouvrir un nouveau front pour donner la parole à la révolution algérienne loin des champs de bataille à travers les chants et les pièces théâtrales, afin d'oeuvrer pour la propagande et la diffusion de la légitimité de la lutte armée qui a résonné sur les scènes du monde entier et même au sein de l'ONU». Il a ajouté qu'«il était aussi important de contrecarrer la propagande de la France coloniale qui n'a cessé d'altérer et de dévaloriser le combat légitime des Algériens en les réduisant à de pauvres fellagas». Pour souligner ses propos, il a déclamé des extraits d'un poème du poète de la révolution Moufdi Zakaria, qui se terminait par les vers: «Nous sommes une armée de libération et non des fellagas.» (4)

L'équipe de football du FLN
Nous voulons saisir cette opportunité pour rendre hommage à ces géants, ces révolutionnaires sans médaille sans m'as-tu-vu sans course aux privilèges, qui humblement affirment qu'ils n'ont fait que leur devoir. Des milliers d'Algériens se sont battus de toutes les manières possibles pour l'indépendance du pays et l'immense erreur à l'indépendance a été de dicter la norme de ceux qui appartiennent à la famille révolutionnaire et de ceux qui n'y sont pas... Mustapha Zitouni qui avait tout pour être intégré à la société française en tant que brillant footballeur professionnel a préféré de tout laisser tomber et de repartir à zéro pour une certaine idée de l'Algérie. Rabah Saâdallah et Djamel Benfars débutaient leur ouvrage: «La glorieuse équipe du FLN» de la façon suivante: «Il était une fois des hommes qui sont allés jouer au foot loin de leur pays pour y gagner leur vie. Mais un jour, un des leurs a voulu les réunir, pour cela ils devaient partir, tout quitter, tout abandonner pour servir leur pays. Dès lors, ces joueurs se retrouvèrent comme métamorphosés par l'élan de générosité et de solidarité. Ils ont tout quitté, tout laissé et ont suivi la direction que leur dictait leur destin. Leur épopée ne fait pas figure de légende et ses héros en sont presque oubliés. Peut-être vont-ils entrer dans l'Histoire? Une certaine histoire du football algérien. Contacté par le FLN, comme la plupart des footballeurs d'origine algérienne évoluant en métropole, Mustapha Zitouni avait choisi d'abandonner ses ambitions en équipe de France et de quitter de nuit Monaco pour rejoindre la direction du mouvement clandestin à Tunis. Sa défection, en compagnie de celles d'autres internationaux français comme Rachid Mekhloufi ou Abdelaziz Bentifour, provoquera une tempête dans l'opinion française et contribua à médiatiser le conflit algérien, but ouvertement recherché par la direction du FLN. (5)

Devant l'anomie actuelle du parti du FLN, je ne veux garder du FLN que l'héroïsme de chacun pendant la révolution. A côté des maquisards, il y eut aussi les autres, qui ont donné une aura à la cause au plan diplomatique ou sur des terrains de foot où ils ont fait vibrer une centaine de fois l'hymne dans toutes les capitales du monde. L'équipe est fondée le 13 avril 1958. Le rôle de cette équipe est avant tout psychologique. L'équipe du FLN signe une tournée mondiale d'environ quatre-vingts rencontres, notamment en Europe, en Asie et en Afrique. Le communiqué du FLN qualifie ces joueurs de patriotes prêts à tout sacrifier pour l'indépendance et les présente comme un exemple de courage pour les jeunes Algériens.

Où en sommes-nous maintenant?

Il faut restituer le FLN marqueur indélébile de la dignité et de l'Histoire de l'Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non le laisser otage d'une «évanescente famille révolutionnaire». La vraie identité des Algériens est ce droit et ce devoir de «vivre ensemble que l'on soit de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Sud. Durant la révolution, le travail remarquable des révolutionnaires universitaires algériens à l'ONU, mérite d'être souligné. En effet, la seule inscription chaque année de la «question algérienne» de la session annuelle des Nations unies, avait autant d'impact où les combattants de l'ALN se comportaient de façon héroïque. Les intellectuels de la révolution ont donc donné un contenu scientifique et culturel à la révolution en utilisant toutes les ressources de l'intelligence pour combattre la fausse image propagée par la France concernant les moudjahidine présentés comme des sauvages égorgeurs face à une nation civilisée.

Que reste-t-il des nobles idéaux qui ont animé les lycéens et les étudiants algériens de cette époque? A première vue on constate, comme l'écrit si bien Max Weber, «un désenchantement du monde». Que reste-t-il du FLN mythique qui faisait trembler l'oppresseur? Rien! Tragiquement rien! si ce n'est le triste spectacle de militants du troisième âge qui s'étripent à qui mieux mieux sous l'oeil indifférent d'une jeunesse qui contemple la comédie humaine de l'appât du pouvoir.Honnêtement combien y a-t-il de militants sincères qui cotisent, qui prennent sur leur temps en dehors de leurs heures de travail pour militer et porter la bonne parole fruit de leur conviction et de leur amour pour le pays. En clair, quelle est la valeur ajoutée d'un chef de parti et de sa capacité de nuisance réelle et d'une surface électorale supposée. (6)


Il nous faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert et en définitive donné leur vie n'est pas le FLN actuel. Il faut restituer le FLN marqueur indélébile de la dignité et de l'Histoire de l'Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non le laisser otage d'une «évanescente famille révolutionnaire» dont on ne connaît aucune prouesse capable d'être signalée.
À bien des égards, ce qui nous arrive, est arrivé parce que nous n'avons jamais placé l'intérêt supérieur du pays au-dessus des intérêts personnels. Trois Algériens sur quatre sont nés après l'Indépendance. Ils n'ont qu'un lointain rapport avec l'Histoire de leur pays qui, il faut bien le dire, a été prise en otage. Il est illusoire de croire que des leçons de morale à l´ancienne peuvent emporter l´adhésion d'une jeunesse facebookisée. Elle a besoin pour être convaincue d´une vision globale de société qui ne doit abdiquer aucune des composantes de sa personnalité.

Nos étudiants actuels, à leur corps défendant, ne connaissent pour la plupart, rien des enjeux du monde, des stratégies, bref, ils ne croient plus à rien, Ils ont en tant qu'intellectuels potentiels, l'espoir de voir, un jour, l'Algérie mettre en oeuvre, dans ce nouveau siècle, une autre légitimité, celle du mérite qui est le plus sûr garant pour mener une bataille autrement plus incertaine, celle de la survie, dans un monde qui ne fait pas de place aux plus faibles intellectuellement. Le djihad contre l´ignorance est un djihad toujours recommencé, c´est, d´une certaine façon, le «grand djihad» sans médaille, sans m´as-tu-vu, sans attestation communale, sans bousculade pour des postes honorifiques qui ne sont pas le fruit d´une quelconque compétence, mais, assurément, d´une allégeance suspecte.

Le moment est venu de substituer aux rentes de situations, pour le bien de ce pays, une nouvelle échelle sociale basée sur le savoir et le savoir-faire et la méritocratie. Il nous faudra aussi faire aimer ce pays à nos jeunes dont 75% sont nés après l'indépendance. Ils pourront, si on sait y faire inventer un nouveau 19 Mai 1956 avec les outils du XXIe siècle du Web 2.0, une nouvelle révolution de l'intelligence. Ils seront des citoyens fiers de leurs trois mille ans d'histoire, assumant leurs identités et résolument tournés vers l'avenir.

Le seul bien qui nous restera, notre bien le plus précieux, la prunelle de nos yeux, ce sont nos enfants que nous devons bien former, bien structurer pour avoir des grilles de décodage du monde. C'est peut-être là aussi un message posthume de nos aîné(e)s élèves et étudiant(e)s qui ont, abandonné un relatif confort pour défendre jusqu'au sacrifice suprême ce pays qui nous tient tant à coeur.


1. http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2002/09/16/le-bourreau-d-alger_290493_3208.html#Jib52zdfZxrBYKeV.99

2. http://boudia.typepad.com/blog/2014/05/cafe-litteraire-du-21-mai-2014-ce-mercredi-21-mai-2014-dans-sa-s%C3%A9ance-coutumi%C3%A8re-le-caf%C3%A9-litt%C3%A9raire-d.html


3.A. Cheniki http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/11/01/article.php?sid = 140953&cid=16

4. http://french.irib.ir/afrique/opinions/item/295634-du-r%C3%B4le-important-de-la-troupe-artistique-du-fln-lors-de-la-r%C3%A9volution


5. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/187583-l-algerie-des-valeurs-en-deuil.html


6. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/180227-de-quoi-sera-fait-l-avenir.htm

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/216447-les-autres-acteurs-oublies.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 12:33

« Connais toi , toi-même »

Socrate

C’est, selon Platon, le plus ancien des trois préceptes qui furent gravés à l'entrée du temple de Delphes. Cette invitation connait avec le séquençage du génome, deux mille ans après Socrate, une brûlante actualité. Cette contribution se veut un complément d’enquête suite à la parution d’un article sur le génome des Algériens. Nous allons tout d’abord l’état des lieux du séquençage qui dit-on est capable du meilleur comme du pire et ensuite nous intéresser au « génome des Algériens »

Les débuts du séquençage du génome humain

Comme décrit par Fabien Gruhier : « Le premier séquençage du génome humain, publié en 2000, avait mobilisé une armée de spécialistes de tous les pays durant treize ans, et coûté environ 3 milliards de dollars. L'ensemble de ces informations, qui définissent entièrement chaque individu - avec, notamment, son degré de susceptibilité à toutes les maladies, représente l'équivalent d'un texte de 6 milliards de lettres, et tient sur une banale clé USB. En réalité, le patrimoine de tous les êtres humains est identique à 99,9 % : tel le diable dans les détails, toutes nos différences individuelles se cachent dans un minuscule 0,1 % - qui abrite aussi bien des disparités anodines (la couleur des cheveux) ou dangereuses (prédisposition à une maladie). Séquencer le génome d'un individu c'est donc, notamment, y débusquer les « fautes de frappe» ou les « coquilles » apparues par hasard dans le recopiage du « texte » génétique, et qui constituent des mutations éventuellement fâcheuses. James Watson, prix Nobel et codécouvreur de l'ADN, a pour sa part décidé qu'il ne voulait rien savoir. Et surtout pas s'il est porteur, sur son chromosome 19, d'une certaine mutation APOE4, qui accroît le risque d'Alzheimer (1)

99 dollars l'analyse

De 3 milliards de dollars, le séquençage se démocratise « Le 19 février 2015, écrit Florence Rosier la Food and Drug Administration (FDA) autorisait un premier test génétique en vente libre. En mars 2015, la société 23andMe annonçait que plus de 900 000 « clients » avaient fait appel à ses tests de génotypage en libre accès. A partir d’un simple prélèvement salivaire, cette start-up californienne, créée en 2006 propose aux particuliers, moyennant 99 dollars, une analyse des données de leur génome. Il était impossible d’imaginer la prodigieuse ampleur de ces progrès techniques : entre 2003 et 2013, le temps et le coût de la lecture complète du génome humain ont été divisés par 2 millions ! Mais ces tests en libre accès sont-ils une menace ? Une promesse ? Quelle est leur fiabilité ? Un garde-fou par un encadrement international de ces pratiques est-il encore envisageable ? Car bien au-delà des interrogations et des doutes légitimes sur le bien-fondé et les bénéfices médicaux de ces analyses, c’est notre nature même d’être humain qui est interrogée. Les spectres de l’« enfant parfait » et des dérives eugéniques vont-ils ressurgir ? Jean-Louis Mandel, professeur au Collège de France, défend une position iconoclaste voire provocatrice : il est l’un des seuls biologistes français à plaider pour la liberté individuelle de connaître les données de son propre génome, notamment pour éviter la transmission de maladies génétiques graves ».(2)

Prenons l’exemple de la mucoviscidose écrit-il En France, lorsqu’un premier enfant est atteint, on juge éthique de faire dépister ses frères, ses sœurs et ses cousins. Aux Etats-Unis, le dé- pistage des mutations du gène de la mucoviscidose est proposé à tous les couples qui ont un projet parental. En Israël, c’est une politique d’Etat Faut-il ou non laisser la liberté aux couples de connaître leurs risques de transmettre des maladies graves à leurs enfants?» (2)

Tout autre avis celui de Patrick Gaudray, directeur de recherche au CNRS et membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Nous résumons ci-après ses réponses à l’interview de Florence Rosier du journal Le Monde En mars, la société 23andMe annonçait avoir totalisé plus de 900 000 « clients » pour ses tests de génotypage en vente libre. : « Le premier problème posés par ces tests tient au terme même de customers (« clients ») ». (2)

Le business en ligne de mire.

« Nous sommes poursuit le professeur Patrick Gaudray là dans une dynamique de consumérisme : c’est une démarche choquante dans un pays comme le nôtre[ en France ndR}, où les médecins préfèrent parler de leur « patientèle » que de leur « clientèle ». Il s’agit d’un système guidé par le business, où la santé des gens n’est qu’un prétexte. D’ailleurs, 23andMe ne monnaie-t-elle pas les données de ses clients auprès de groupes pharmaceutiques ? En janvier, cette société a revendu à l’entreprise de biotechnologie Genentech, pour 60 millions de dollars [54 millions d’euros], le profil génétique de 14 000 clients concernés directement ou indirectement par la maladie de Parkinson » « Fin 2013, la FDA a invoqué le manque de fiabilité des prédictions fournies par ces tests pour en interdire l’interprétation médicale… C’est le second défaut majeur de ces tests : leur valeur prédictive et clinique est surestimée. Ces tests nous réduisent à notre dimension génétique, C’est sans doute leur plus grand danger. Ils gomment notre dimension globale, oubliant notre dimension psychologique, affective et sociale ! Nous ne sommes pas le produit de nos gènes. Devons-nous mener une vie d’ascète, suivre à la lettre les recommandations des nutritionnistes, courir 15 kilomètres par jour, faire tester notre ADN ? » (2)

« Si c’est le libre choix de la personne, pourquoi pas ? Mais si c’est dicté par l’oukase d’une compagnie d’assurances, d’un employeur ou de la société, non ! En 2008, les Etats-Unis ont voté le Genetic Information Non-Discrimination Act, qui interdit aux assureurs et aux employeurs l’usage inapproprié d’informations génétiques de particuliers. Mais cette loi est déjà en partie contournée par les assureurs. Et certaines personnes ont fait séquencer leur génome pour montrer à leur assureur que leur prime doit baisser ! Ce n’est pas un monde où je voudrais vivre ». (2)

« Il est illusoire, scientifiquement insensé et sans doute criminel de penser pouvoir définir ce qu’est un « ADN normal ». Imaginons par ailleurs que le séquençage du génome se démocratise chez les couples ayant un projet parental. Cela reviendrait à un « mariage de fonds génétiques », et non plus à un mariage de personnes, en réactivant le mythe de « l’enfant parfait ». Séquencer le génome d’une personne ne signifie pas en fournir une interprétation médicale… Pour cela, il faut une qualité de séquençage très poussée afin de lever les ambiguïtés. « La séquence à 1 000 dollars, l’interprétation à 100 000 dollars », écrivait la chercheuse Elaine Mardis en 2010 dans la revue Genome Medicine. Je reste émerveillé par ces extraordinaires progrès des connaissances et techniques. Mais je refuse de me laisser fasciner par cette lumière, qui peut brûler ». (2)

Des embryons humains modifiés

Le professeur Patrick Gaudray, a bien raison d’être inquiet. Pour la première fois de l’Histoire, en effet, des scientifiques ont modifié les gènes d’embryons humains Un groupe de scientifiques chinois vient d’annoncer qu’ils avaient réussi à modifier le génome d’embryons humains, ce qui n’avait jamais été réalisé auparavant, selon un rapport publié dans le journal en ligne Nature. Cela pourrait changer non seulement le matériel génétique d’une personne, mais pourrait également modifier l’ADN qu’elle transmet, en supprimant les « mauvais » codes génétiques (et potentiellement ajouter les «bons») et prendre part activement à l’évolution. Des scientifiques préoccupés par cette nouvelle avaient déjà averti qu’il ne faudrait pas modifier le génome humain de cette manière tant que nous n’en comprenons pas mieux les conséquences. En effet, des rumeurs soulevées dans un article de la MIT Technology Review intitulé « L’ingénierie du bébé parfait », soupçonnaient déjà que des scientifiques chinois travaillaient sur l’utilisation de cette technologie. (3)

« CRISPR, la technologie qui rend tout cela possible, peut trouver les mauvaises sections de l’ADN et les couper et même les remplacer pour corriger des maladies génétiques, mais il peut aussi apporter des changements indésirables. Son niveau de précision est encore très faible. compréhension de CRISPR doit considérablement évoluer avant d’y arriver, mais c’est une nouvelle technologie qui change rapidement. La modification du génome humain et de l’ADN d’un embryon sont considérées comme éthiquement critiquables, car elles pourraient conduire à d’autres utilisations de cette technologie chez les humains. La modification de l’ADN des embryons viables pourrait avoir des résultats imprévisibles pour les générations futures. D’autres craignent qu’une fois que nous pourrons la maîtriser avec précision, elle sera inévitablement utilisée pour créer des êtres humains « parfaits » avec des traits spécifiques désirés. Toujours est-il que même si cette recherche est considérée comme discutable aujourd’hui, elle est toujours activement en cours d’expérimentation’.(3)

Si cette technique de manipulation génétique était présentée comme une solution contre des maladies génétiques mortelles, de tels travaux franchiraient alors une ligne éthique, comme s'en est ému récemment un collectif de scientifiques dans Science. Inquiets des dérives possibles, ils ont demandé un moratoire sur ces recherches.

Peut-on déterminer son origine ethnique avec un test ADN?

Grégoire Fleurot nous présente Jared Rosenthal, fondateur de Health Street, qui démocraitse dans la rue le prélèvement de salive. : « Il fait une démonstration de prélèvement de salive dans le Van «Who's Your Daddy?» («Qui est ton père?») à New York le 16 août 2012. Rosenthal offre des services de test de paternité par ADN Oui, mais pas de manière aussi précise que l'affirment les entreprises qui vous proposent de savoir si vous descendez de Charlemagne ou de telle ou telle tribu africaine. Mais peut-on vraiment déterminer les origines géographiques et ethniques d'une personne avec un simple test ADN?? De nombreuses entreprises américaines proposent, pour des prix ayant fortement chuté au cours des dernières années grâce à la concurrence (de 100 à 300 dollars), d'analyser l'ADN de toute personne désirant découvrir ses origines ethniques. (…) Leur principe est simple: certaines portions d'ADN peuvent être liées, avec plus ou moins de fiabilité, à des zones géographiques particulières. Par exemple, l'haplogroupe maternel H est très commun en Europe (40% environ des Européens le portent), et se retrouve également de manière moins fréquente en Asie et en Afrique, mais il est quasiment absent en Australie ou en Amérique »(4).

« La fiabilité des résultats dépend en grande partie de la manière dont sont déterminés les génomes des populations de référence. (…) Ces données sont ensuite recoupées avec celles de bases de données génétiques publiques comme Human Genome Diversity Project , HapMap ou le projet 1.000 Genomes pour obtenir des groupes de référence les plus précis possibles. Ce genre de test fonctionne relativement bien pour des groupes comme les Afro-Américains, qui ont souvent des ancêtres en Afrique et en Europe qui vivaient loin les uns des autres ».(4)

« En août 2010, des apprentis généticiens avaient ainsi affirmé, après avoir analysé les profils génétiques de différents membres vivants de la famille d'Adolf Hitler, que le dictateur allemand était porteur de l'haplopgroupe E1b1b, un marqueur caractéristique des Berbères, dont la fréquence peut atteindre 80% dans la population masculine de certains groupes au Maroc. Il est aussi présent en Somalie et au Moyen-Orient et chez les populations séfarades et ashkénazes. Il n'en fallait pas plus pour que le tabloïd britannique The Daily Mail titre «Hitler descendait des juifs et des Africains qu'il détestait». Pourtant, la présence de l’haplogroupe E1b1b dans les chromosomes Y d'Hitler ne prouve rien d'autre que le fait que l’Autriche, la Hongrie et plus généralement l’Europe centrale ont connu depuis des siècles de nombreux brassages de population. Les anthropologues sont généralement perplexes quant à possibilité d'identifier des «composants ancestraux» ? Selon eux, l'histoire des migrations humaines est bien trop complexe pour pouvoir savoir avec certitude que tel ou tel marqueur génétique correspond bien à telle population qui vivait il y a 10.000 ans à tel endroit » (4).

Et les Maghrébins ?

Dans le même ordre et plus près de nous « Des études scientifiques écrit Hannibal Genseric, tendent à indiquer que les Maghrébins seraient ethniquement plus proches des Berbères et de certains Européens, qu'ils ne le sont des Arabes. (…) Le verdict est sans appel : l’identité arabe (ou arabo-musulmane) de du Maghreb, relève plus du fantasme que de la réalité. (…) A partir d’un simple prélèvement salivaire, les généticiens sont désormais en mesure de retracer l’histoire des migrations des ancêtres de tout individu. Leurs techniques sont si performantes qu’elles permettent de remonter jusqu’à la préhistoire, Les principaux haplogroupes du chromosome Y des Maghrébins (berbérophones et arabophones) en général sont : le marqueur berbère E1b1b1b (M81) (65 % en moyenne) et le marqueur arabe J1 (M267) (15 % en moyenne) auxquels plus de 80 % des Maghrébins appartiennent. (….) Cette conclusion devrait clouer le bec aux racistes des deux bords de la Méditerranée : par nos mères, nous avons une forte ascendance commune avec les Européens ».(5)

Le séquençage du génome algérien

Il s’agit du projet national de séquençage du génome algérien (AGSP : Algerian genome sequencing project), réalisé sur la base d’un échantillon représentatif de la population algérienne globale. «Il s’agit bien de la version algérienne du projet de séquençage du génome humain», dira Dridi Walid, instigateur du projet.(…) A l’issue, il est programmé deux grands axes, le premier sera consacré au séquençage des génomes d’Algériens, en bonne santé, sur un échantillon représentatif issu de l’ensemble du territoire national. Le second, des échantillons de ceux qui sont malades. «Cinq mille échantillons de sujets sains, représentatifs des différentes régions du pays, seront prélevés pour concevoir une carte génétique de l’Algérien», précisera le Dr Dridi qui occupe le poste de directeur de l’unité de génétique moléculaire et génomique à l’hôpital «King Fahd» en Arabie Saoudite. Une fois que le génome algérien des personnes en bonne santé est séquencé, il deviendra une référence génétique pour la population algérienne.(…) » (6)

« Le projet AGSP va, selon ses auteurs, aisément permettre la contribution à la réalisation des 4 sur les 8 axes du «Plan cancer», à savoir l’amélioration du dépistage, l’amélioration du diagnostic, la redynamisation du traitement et le renforcement des capacités de financement de la prise en charge. Pour l’équipe du CRBT, la concrétisation de ce projet intersectoriel «constituera une ressource indispensable pour contribuer d’ici à cinq ans à la résolution des problèmes majeurs de santé en Algérie. Le Centre de recherche en biotechnologie (CRBT) est un établissement public à caractère scientifique et technique, est chargé de mettre en œuvre des programmes de recherche scientifique et de développement technologique dans le domaine des biotechnologies. (6)

Les inquiétudes légitimes

En plus des questionnements éthiques, on peut s’interroger sur la finalité réelle de ce projet qui manque de visibilité et qui n’est pas soumis à une barrière éthique. Au-delà de l’aspect financier, on peut se demander s’il ne faut pas confier le travail à la firme californienne 23andM qui peut réaliser l’étude pour moins de 50.000 $ pour les 5000 personnes désignées, choisies ? A l’insu de leur plein gré ? Justement Comment se fera l’échantillonnage ? Quelles sont les protections prises en charge pour les données ?

Un scientifique qui a réagi à l’article du 29 avril paru sur El Watan écrit à juste titre : « C’est un projet dont on ignore l’origine du financement ainsi que de son montant. Comme il nécessite des équipes multidisciplinaires de chercheurs épaulés par des informaticiens et de puissants ordinateurs (…) Il ne peut donc provenir, que de gros groupes pharmaceutiques qui deviendront propriétaires des résultats de toutes ces investigations. Et Constantine servira de laboratoire pour ficher biologiquement toute la population algérienne devenue cobaye ! Constantine dispose-t-elle de tous ces laboratoires Ou va-t-elle tout simplement être confinée aux taches de prélèvement de milliers d’échantillons à travers le territoire national et les hôpitaux et les expédier hors du pays pour le séquençage du génome algérien. C’est ce que pratiquaient les français dans les années soixante-dix au sein de l’Institut de biologie de l’université de Constantine sur le cheptel algérien, particulièrement sur le mouton d’Ouled Djellal, dont les analyses du sang se faisaient à Strasbourg tout comme le palmier dattier à l’institut de recherche agronomique à Sophia Antipolis Nice ! »

Est-ce que l'on se rend compte de l'usage d'une telle manipulation? Le risque est de livrer des données stratégiques de l'état de santé de la nation algérienne aux laboratoires pharmaceutiques étrangers (...) A-t-on pris la précaution de consulter l'opinion publique et avoir fait adopter préalablement des lois et une règlementation très strictes relatives à la sécurité nationale en matière de protection de la santé et des données génétiques humaines des Algériens?»

Les tests en libre accès seraient-ils une menace? Un garde-fou par un encadrement international de ces pratiques est-il encore envisageable? Enfin, il faut mesurer au plus prêt les implications sociales éthiques afin que ces données ne soient pas exploitées pour d'autres finalités que celles pour lesquelles elles ont été prévues car c'est notre nature même d'être humain qui est interrogée. Les spectres de l'«enfant parfait» et des dérives eugéniques vont-ils réapparaître?

Il est indéniable que l’Algérie doit se lancer dans ce type de recherche dont les retombées sont multisectorielles ( alimentaire, agriculture, santé, …) Cependant au delà de l’aspect scientifique il y a l’aspect éthique Il est de la plus haute importance de mesurer toutes d’abord la finalité de ce projet , son cout au vue de la démocratisation de ce type d’expérience déjà utilisée il faut le rappeler par nos services de la Police et la gendarmerie dans les situations spéciales ( crimes, recherche de paternité) . Enfin il faut mesurer au plus prêt les implications sociales éthiques afin que ces données ne soient pas exploitées pour d’autres finalités que celles pour lesquelles elles ont été prévues.

1.. Fabien Gruhier http://teleobs.nouvelobs.com/la-selection-teleobs/20130424.OBS6893/le-decryptage-du-genome-humain-espoir-ou-menace.html

2.Florence Rosier http://societal.genotoul.fr/fileadmin/template/pf_Societal/download /News/Dossier_GENOME_-_Le_Monde_Sc_Med_-_06.05.15.pdf

3.http://www.toolito.com/news/scientifiques-chinois-embryon-humain-genetiquement-modifie/

4. Grégoire Fleurot http://www.slate.fr/story/80323/origine-geographique-ethnique-test-adn 28.11.2013

5.Hannibal GENSERIC 30 mars 2015 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/genetiquement-les-maghrebins-ne-165484

6. Lancement du séquençage du génome algérien El Watan le 29.04.15

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/216240-la-sante-l-ethique-et-le-business.html

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 20:19

«Il faut accorder la parole aux musulmans les plus ouverts et ne pas s'enfermer dans une définition unique. Un extrémiste chrétien ne vaut pas mieux qu'un islamiste».

Albert Jacquart, Conférence à Laval, 4 novembre 2008

Le 7 mai dernier apparaissait en France un ouvrage courageux du géographe Emmanuel Todd dans lequel il dénonçait l'imposture de la marche du 11 janvier 2015 faite en hommage aux caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés. Dans cet ouvrage: «Qui est Charlie?», l'historien libre et rationnel nous déroule un scénario aux antipodes du discours politico-médiatique ambiant qui fait de Philippe Tesson vieux cheval de retour paléo journaliste qui trouve encore le moyen et la force de baver et d'éructer sur une religion qui représente qu'on le veuille ou non l'espérance d'un milliard et demi de personnes. Dans la même charrette je n'oublie pas de citer les Zemmour les Finkielkraut- émigrés de la deuxième génération- plus royalistes que le roi et qui dictent à la France et aux Français la norme qui consiste à jeter à la mer les Français musulmans, les beurs dans le cadre du grand changement. Je n'oublie pas aussi de citer les Houellebeck et consorts de piètres intellectuels dénués de tout sentiment de noblesse, incitateurs de haine et fomenteurs de troubles, voire de guerre civile. Les noms de ces derniers resteront gravés à jamais dans le marbre de l'ignominie.


Les illusions de la France du 11 janvier

Qu'a dit Emmanuel Todd, qui lui attire la foudre des biens-pensants paradoxalement de la gauche, censée être plus empathique avec les Arabes et les mélanodermes? Pour Emmanuel Todd, le 11 janvier a été une cruelle imposture et une infâme supercherie pour laquelle la meute a été rameutée au besoin en invitant des personnalités étrangères pour donner plus de voix à la parole de la France. Nous avons vu côte à côte un Premier ministre israélien qui a traité les Ghazaouis comme des sous-hommes, un Mahmoud Abbas plus évanescent que jamais mais qui ne rate pas une kermesse. Les Américains et les Britanniques l'ont bien compris en ne s'associant pas à cette mascarade.

Emmanuel Todd radiographiant les populations et les couches sociales qui ont répondu à cette injonction de défilé. Un spectre hante la France. Celui du «catholicisme zombie». Une survivance de l'empreinte catholique dans les mentalités qui, selon l'historien et anthropologue Emmanuel Todd, explique en grande partie «l'accès d'hystérie» de la mobilisation historique du 11 janvier. (...) Emmanuel Todd veut démonter «l'imposture» de la communion nationale du 11 janvier. Comme l'avaient déjà rappelé de nombreux observateurs, «une partie de la France n'était pas là» lors de cette mémorable journée. En un mot, relève aujourd'hui Emmanuel Todd, c'est la France des classes moyennes supérieures qui a manifesté, pendant que celle du monde populaire, des jeunes des banlieues et des ouvriers de province boudait l'événement. (1)


«L'ouvrage est une invitation à comprendre les mécanismes du pouvoir idéologique et politique de notre société à partir du moment «Charlie», une analyse savante et virulente de la «crise religieuse» d'une nation qui «se ment à elle-même» dans la communion laïque. Bien sûr, accorde-t-il, les manifestants ont, en toute conscience, défilé pour la tolérance. Mais ce n'est pas la réalité des «valeurs latentes» qui les agissaient. Ce jour-là, écrit-il, «il s'agissait avant tout d'affirmer un pouvoir social, une domination». Celle de la «France blanche» des catégories supérieures qui s'est précipitée dans les rues pour «définir comme besoin prioritaire le droit de cracher sur la religion des faibles». De l'islamophobie des beaux quartiers à l'antisémitisme des banlieues reléguées, la responsabilité des notables de cette «néo-République» inégalitaire est, selon Todd, immense. Que faire alors? Combattre «la nouvelle hystérie laïciste», écrit-il, qui n'est autre qu'une «religion» qui fait de l'islam son bouc émissaire en proclamant «le devoir de caricaturer Mahomet». (2)


Sociologie d'une crise religieuse doublée d'une imposture de la gauche

Pour sa part, Alban Dignat Emmanuel Todd est bien placé pour avoir étudié depuis quatre décennies les structures familiales. Emmanuel Todd ajoute aux facteurs de crise que sont le choix du multiculturalisme et du néolibéralisme le trouble induit par un athéisme vide de sens. Faut-il s'étonner qu'une partie de cette jeunesse en quête de sens se tourne vers l'islam? «L'islam est disponible dans nos banlieues désorganisées par la crise du capitalisme avancé, et dans ses pays d'origine, bouleversés par leurs crise de transition vers la modernité...» L'historien s'alarme de l'impasse à laquelle conduit le multiculturalisme assorti d'une stigmatisation de l'islam en général. On ne peut demander aux musulmans, très divers dans leurs origines et leurs aspirations, d'accomplir en une génération le chemin que les catholiques et les juifs ont accompli en plus d'un siècle: «Une accentuation de la lutte contre l'islam aliénera écrit-il les musulmans complètement assimilés. Et «en l'absence d'un avenir compréhensible, la multiplication des adhésions au radicalisme islamique est à peu près certaine» (...) Pour Emmanuel Todd, une alternative existe, fragile. Elle passe par le rapprochement «au nom d'une doctrine égalitaire, des jeunes éduqués en voie d'appauvrissement, des milieux populaires relégués dans les périphéries urbaines et des Français d'origine maghrébine.» (3)


Emmanuel Todd fait l'analogie entre les juifs des années 30 et les musulmans actuels

Emanuel Todd voit dans la marche du 11 janvier «des millions de somnambules se précipiter derrière un Président escorté par tous les représentants de l'oligarchie mondiale, pour la défense du droit inconditionnel à piétiner Mahomet, «personnage central d'un groupe faible et discriminé». Ce qu'il voit c'est un mensonge d'unanimisme aussi, car ce jour-là, les milieux populaires n'étaient pas Charlie, les jeunes de banlieue, qu'ils fussent musulmans ou non, n'étaient pas Charlie, les ouvriers de province n'étaient pas Charlie». Il ajoute: «Ce qui m'inquiète n'est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l'islam pour commettre des crimes que les raisons pour lesquelles une société est devenue totalement hystérique jusqu'à aller convoquer des gamins de huit ans dans des commissariats de police» A juste titre et courageusement Todd «ose» la comparaison avec le sort des juifs européens dans les années 30.: «Je plaide pour qu'on les laisse tranquille, les musulmans de France. Qu'on ne leur fasse pas le coup qu'on a fait aux juifs dans les années 30 en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d'assimilation» en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d'assimilation, quel que soit ce qu'ils étaient vraiment en tant qu'êtres humains. Qu'on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans.» (4)

Même analyse de Alain Gresh du journal Monde qui écrit: «Nous vivons en Europe la montée de forces nationalistes, de partis, dont l'axe de bataille n'est plus, comme dans les années 1930, l'antisémitisme, mais bien l'islamophobie.» Cela rejoint aussi, une contribution que j’avais intitulé : « Le sort des musulmans en Europe : Des «Nuits de cristal» au XXIe siècle ». J’écrivais notamment : « Si rien n’est fait pour mettre un terme à ces dérives en Europe, il arrivera aux Musulmans ce qui est arrivé aux Juifs du XXe siècle, des Nuits de cristal de plus en plus récurrentes. Pour la première fois, il y a une internationale dans le mal qui décide de déclarer la guerre à l’Islam. Partout dans le monde occidental notamment, l’Islam est combattu au nom de la doxa occidentale qui veut que l’Islam n’est pas soluble dans les « valeurs » des Lumière .. La majorité des conflits actuels mettent aux prises des musulmans avec un ordre occidental venu lui imposer sa vision du monde. Que l’on ne s’y trompe pas ! les ennemis des Européens d’en bas ne sont pas les étrangers, les mélanodermes et les musulmans qui, les premiers, servent de variables d’ajustement en temps de crise, c’est justement la crise générée par un libéralisme sauvage , une mondialisation-laminoir qui ne fait pas de place aux plus faibles, et qui se faisant sont sensibles au discours de la haine, de « l’étranger qui vient manger le pain des français et qui suprême provocation vient « occuper » nos rues pour nous imposer une hallalisation rampante de l’Europe » ».(5)

« Il arrivera un jour prochain où le racisme antimusulman servira d’exutoire à une mal-vie dont les racines sont ailleurs. Les Musulmans d’Europe même de la dixième génération doivent accepter , comme les autres citoyens, les lois de la République, éviter l’ostentation et le m’as-tu-vu, la religion devant rester pour tous du strict ressort de la sphère privée en espérant que la République se tienne d’une façon équidistante des religions et applique dans les faits, la laïcité, rien que la laïcité, toute la laïcité . Les Européens de confession musulmane se doivent d’être exemplaires et montrer que ce sont des citoyens à part entière qui respectent les lois d’une République qui doit montrer sa forte volonté d’intégration en combattant l’intolérance et les discriminations et le discours rôdé qui veut que l’antisémitisme est consubstantielle de l’Islam »(5)

Qu'en est-il de l'antisémitisme, l'arme fatale contre les jeunes des banlieues?

Justement le bréviaire actuel, imposé par des organisations telles que le CRIF diabolise les musulmans en les accusant d'être antisémites eux-mêmes pourtant sémites, mais chut..!! C'est une marque déposée comme le mot génocide, ce vocabulaire ne peut être utilisé. De fait, en répétant sans arrêt qu'il y a une montée de l'antisémitisme en France et en racontant que la lutte contre l'antisémitisme est une priorité absolue. Les médias se font le relais de cette propagande instillée savamment aux décideurs acquis en créant de l'antisémitisme là où il n'y en a pas.

De plus, pour faire taire tous ceux qui sont vraiment de confession juive (pratiquants ou pas) qui osent dénoncer cette politique malsaine, ceux qui titrent les ficelles emploient une expression «juif honteux». Le témoignage d'un juif qui ne rentre pas dans la «norme» est à ce titre édifiant: «J'ai 38 ans, je n'ai jamais ressenti d'antisémitisme durant ma petite vie.» En effet, à travers le témoignage de ce citoyen de 38 ans, se définissant lui-même comme un juif non pratiquant, un «juif du quotidien», nous découvrirons une autre vision de l'antisémitisme que celle qui nous est distribuée à longueur d'antenne par les organisateurs de la bonne conscience. «Il est beaucoup plus difficile en France d'être black ou de s'appeler Mohammed que d'être juif, ça se voit pas si vous voulez.» (...) Tout le monde se souvient des propos de notre Premier ministre, qui qualifiait alors les juifs de France «d'avant-garde de la République». «J'ai pas envie de faire partie de cette avant-garde surprotégée, avec une justice à deux vitesses selon la couleur de notre peau.» (6)


Les réactions indignées

Caleb Irri répond au Premier ministre qui avait réagi à la publication de l'ouvrage: En fait lit-on, je n'écris pas pour le défendre, mais plutôt pour vous attaquer. Allons donc au fait, et prenons votre tribune par le début: «Un gigantesque élan de fraternité»: Que moins d'un citoyen sur dix s'est déplacé: (...) Ensuite, au niveau du «mouvement spontané», «populaire», «venu des citoyens eux-mêmes», les déplacements de toutes les personnalités présentes n'ont sans doute pas été improvisés, et encore moins été «spontanés». Et pour ce qui est de la volonté des citoyens, les médias ont suffisamment insisté pour que nous soyons tous «Charlie» que cela est devenu comme une sorte «d'injonction inconsciente». (7)


«La manifestation du 11 janvier était une manifestation contre le terrorisme. Pas contre la religion ni pour la tolérance. Et encore moins pour la laïcité. C'est vous qui faites des amalgames en estimant que cette manifestation était aussi «un cri lancé contre le djihadisme qui, au nom de la foi d'un islam dévoyé, s'en prend à l'Etat de droit, aux valeurs démocratiques, tue des juifs, des musulmans, des chrétiens», car vous soulignez ainsi le caractère religieux de l'attaque. Mais cela est faux: des terroristes ne peuvent pas avoir de religion, quand bien même ils s'en revendiqueraient. «Islam dévoyé»... Non, pas islam dévoyé. Pas islam du tout! Je ne connais pas le Coran mais j'imagine mal comment il pourrait indiquer à ses adeptes de tuer des innocents, et de tuer tout court.» (7)


Charlie Hebdo n'est pas satirique, il est sadique


Norman Finkelstein professeur de sciences politiques auteur de nombreux ouvrages dont
«L'industrie de l'Holocauste.» fait des rappels historiques et éthiques fondamentaux, mais impensables dans une scène médiatique française encrassée d'aveuglement, d'ignorance et de lâcheté. Il écrit:«Ce que les caricatures du Prophète Muhammad [Mahomet] par Charlie Hebdo ont réalisé «n'est pas de la satire», et ce qu'ils ont soulevé n'était pas des «idées», a soutenu Finkelstein. «Mais lorsque des gens sont misérables et abattus, désespérés, sans ressources et que vous vous moquez d'eux, lorsque vous vous moquez d'une personne sans-abri, ce n'est pas de la satire», a affirmé Finkelstein. «Ce n'est rien d'autre que du sadisme. Il y a une très grande différence entre la satire et le sadisme. Charlie Hebdo, c'est du sadisme. Ce n'est pas de la satire.» La «communauté désespérée et méprisée» d'aujourd'hui, ce sont les musulmans»

«Finkelstein a comparé les caricatures controversées de Charlie Hebdo à la doctrine des «propos incendiaires», une catégorie de propos passibles de poursuites dans la jurisprudence américaine. (...) C'est une catégorie de propos qui n'est pas protégée par le Premier Amendement. «Eh bien, est-ce que les caricatures de Charlie Hebdo sont l'équivalent des propos incendiaires? Ils appellent cela de la satire. (...) Si vous trouvez ça drôle, alors représenter des juifs avec des grosses lèvres et un nez crochu est également drôle.» L'adhésion occidentale aux caricatures de Charlie Hebdo est due au fait que les dessins visaient et ridiculisaient les musulmans». (8)

«Finkelstein, a déclaré que les prétentions occidentales sur le code vestimentaire musulman révèlent une contradiction remarquable lorsqu'on les compare à l'attitude de l'Occident envers les indigènes sur les terres qu'ils occupaient durant la période coloniale. «Lorsque les Européens sont arrivés en Amérique du Nord, ce qu'ils ont déclaré à propos des Amérindiens, c'est qu'ils étaient vraiment barbares, parce qu'ils marchaient tout nus. Les femmes européennes portaient alors trois couches de vêtements. Et maintenant, nous marchons tout nus et nous proclamons que les musulmans sont arriérés parce qu'ils portent tant de vêtements», «Pouvez-vous imaginer quelque chose de plus barbare que cela? Exclure les femmes qui portent le voile?» (8)

Dans le même ordre, une polémique s'est faite jour, il y a quelques semaines. Une lycéenne s'est vue interdire l'entrée de son lycée du fait que sa jupe était longue. François Dubet professeur honoraire à l'université Bordeaux-II, s'inquiète d'«une crispation sur la religion musulmane». Une jupe peut-elle être un signe religieux? La loi de 2004 prohibe «le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse». Ce qui était alors en cause, c'était le foulard. Si l'on étend l'interdiction à la jupe, on va avoir des problèmes. Une jupe plissée bleu marine n'est-elle pas toujours un signe d'appartenance à la religion catholique?


Toujours en relation avec cette intolérance au plus haut sommet de l’Etat, une contribution d'Alain Badiou au Monde et présenté par Jean Pierre Anselme constate : « La confusion a été à son comble quand on a vu que l’État appelait, de façon parfaitement autoritaire, à venir manifester. Ici, au pays de la “liberté d’expression”, une manifestation sur ordre de l’État ! » Sur la trame générale de « l’Occident » contre « l’Islamisme », apparaissent, d’un côté, des bandes armées meurtrières ou des individus surarmés, de l’autre, au nom des droits de l’homme et de la démocratie, des expéditions militaires internationales sauvages, détruisant des Etats entiers (Yougoslavie, Irak, Libye, Afghanistan, Soudan, Congo, Mali, Centrafrique…) et faisant des millions de victimes, sans parvenir à rien qu’à négocier avec les bandits les plus corruptibles une paix précaire autour des puits, des mines, des ressources vivrières et des enclaves où prospèrent les grandes compagnies »(9).

« On prétend , poursuit Alain Badiou, de ci de là que ce n’est pas le fait d’être musulman en soi, comme indice négatif, que visent les caricatures de Charlie-Hebdo, mais l’activisme terroriste des intégristes. C’est objectivement faux(…) Le Prophète des croyants, cible permanente de ces stupidités, serait-il un terroriste contemporain ? Non, cela n’a rien à voir avec quelque politique que ce soit. Rien à voir avec le drapeau solennel de la « liberté d’expression ». C’est une ridicule et provocatrice obscénité visant l’Islam comme tel, c’est tout. Et ce n’est rien d’autre qu’un racisme culturel de bas étage, une « blague » pour faire péter de rire le lepéniste aviné du coin. Une complaisante provocation « occidentale », pleine de la satisfaction du nanti, envers, non seulement d’immenses masses populaires africaines, moyen-orientales ou asiatiques qui vivent dans des conditions dramatiques, mais envers une très large fraction du peuple laborieux ici même, celui qui vide nos poubelles, nettoie la vaisselle, s’éreinte au marteau piqueur, fait à cadence accélérée les chambres des hôtels de luxe ou nettoie à quatre heures du matin les vitres des grandes banques. Bref, cette part du peuple qui, par son travail seul, mais aussi par sa vie complexe, ses voyages risqués, sa connaissance de plusieurs langues, sa sagesse existentielle et sa capacité à reconnaître ce que c’est qu’une vraie politique d’émancipation, mérite au moins qu’on la considère, et même, oui, qu’on l’admire, toute question religieuse mise de côté » (9).

« Dès le début ajoute le philospohe, , l’Etat s’est engagé dans une utilisation démesurée et extrêmement dangereuse. Au crime à motivations identitaires, il a opposé dans les faits une motivation identitaire symétrique. Au « musulman fanatique » on a opposé sans vergogne le bon Français démocrate. Le scandaleux thème de « l’union nationale », voire de « l’union sacrée », qui n’a servi en France qu’à envoyer les jeunes gens se faire massacrer pour rien dans les tranchées, est ressorti de ses placards naphtalinés. Il a même été possible que le criminel de guerre coloniale Netanyahou figure au premier rang des manifestants, supposés venir là célébrer la liberté d’opinion et la paix civile. » (9)

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Le maccarthysme démocratique

Jean-François Chazerans professeur de philosophie, a été sanctionné car il a osé parler de «crapules» au sujet des journalistes de Charlie Hebdo, «J'ai prononcé le mot crapules en pensant au Charlie de ma jeunesse. Je n'aimais pas ce qu'ils étaient devenus; pour moi, ils avaient un peu viré racistes. Alors oui, je me suis permis une petite provocation à la Charlie...», A juste titre devant la police de la pensée, l'écrivain Régis Debray pointe lui aussi l'atmosphère de «maccarthysme démocratique» qui s'empara du 11 janvier.

Dans le même ordre, Rony Brauman, ancien président de Médecin sans frontières, contestait «la rhétorique de l'intimidation morale» en expliquant ce qui l'avait empêché de rejoindre le cortège (Le Monde daté du 16 janvier), tandis que le philosophe Alain Badiou raillait cette injonction à manifester: «C'est tout juste si Manuel Valls n'envisageait pas d'emprisonner les absents», écrivait-il . Beaucoup d'intellectuels ont pris la défense des musulmans. L'historien Emmanuel Todd a bien raison d'écrire: «Il faut prendre la religion au sérieux.» Mais Emmanuel pour lui l'islam est «fondamentalement égalitaire». et Charlie Hebdo, «tape» selon lui sur les musulmans à travers des caricatures «insultantes».

Dans son ouvrage (Pour les musulmans, 2014). Le journaliste Edwy Plenel pense que «la haine de la religion qu'exprime envers l'islam et ses pratiquants un laïcisme intolérant, infidèle à la laïcité originelle, est l'expression d'un déni social: d'un rejet des dominés» l'ouvrage de Todd est sans concession il met à nu toute la rouerie de la gauche qui est à bien des égards machiavélique avec les musulmans.


1.Emmanuel Todd: Qui est Charlie? Sociologie d'une crise religieuse mai 2015

2.Nicolas Truong http://www.lemonde.fr/ societe/article/2015/05/07/emmanuel-todd-contre-les-illusions-de-la-france-du-11 janvier_4629131_3224.html #Rr2rUUGIDjTIzict.99

3.Alban Dignat http://www.herodote.net/Sociologie_d_une_crise_religieuse-article-1508.php

4.Aude Lancelin http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20150428.OBS8114/emmanuel-todd-le-11-janvier-a-ete-une-imposture.html29-04-2015

5 . http://www.mondialisation.ca/le-sort-des-musulmans-en-europe-des-nuits-de-cristal-au-xxie-si-cle/22509

6. http://www.cercledesvolontaires.fr/2015/04/30/je-n-ai-jamais-ressenti-d-antisemitisme/

7.Caleb Irri http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/monsieur-valls-c-est-vous-l-167136


8. http://sayed7asan.blogspot.fr/2015/01/norman-finkelstein-charlie-hebdo-nest.html

9. Alain Badiou cité par Jean-Pierre Anselme http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/290115/le-rouge-et-le-tricolore

Article de référence: http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/216033-todd-denonce-l-imposture-de-charlie.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du monde
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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 12:54

«Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.»

Citation attribuée à Etienne de la Boetie

Une saturation, c'est ainsi que l'on peut confier la propension des médias et intellectuels à témoigner rituellement autour du 8 mai 1945 et ceci en l'absence de réactions de la part des pouvoirs publics mis à part le disque rayé réchauffé chaque année par l'unique et les mots de la langue de bois de quelques politiques en mal de légitimité pour être dans le vent. J'ai pour ma part donné mon avis il y a trois semaines dans une contribution où je m'interrogeais sur cette façon singulière de commémorer le 8 mai 1945 un mois avant en présence d'un représentant de l'ancienne puissance coloniale responsable de cette tragédie, venu distiller quelques mots qui ne veulent rien dire et qui sont de mon point de vue une reculade par rapport à ceux prononcés par l'ambassadeur de France il y a dix ans à Sétif.

Au moment où en France on commémore le moindre évènement et sans tomber dans la concurrence victimaire on fait venir la planète entière pour défiler contre la barbarie. Cette même barbarie qui a été vue en mai -juin 1945 déferler sans retenue en face de miséreux qui prétendaient vouloir être libres. Les organisateurs du PPA avaient un avant-goût des méthodes du pouvoir colonial quelques jours auparavant à Alger où il y eut lors de manifestations quelques morts. Ils savaient à qui ils avaient affaire le connaissant depuis plus de 115 ans. Fallait-il lancer des Algériens sans défense en face de la puissance de feu du pouvoir colonial? Il n'empêche que ce jour-là ce fut l’horreur et comme affirmait Boumediene, «J'ai vieilli prématurément. Ce jour-là, le monde a basculé. Même les ancêtres ont bougé sous terre. Et les enfants ont compris qu'il faudrait se battre les armes à la main pour devenir des hommes libres.»


L'invasion ou la fin d'un monde


Le 14 juin 1830, le général de Bourmont débarqua sur le sol algérien à Sidi Fredj. Ce fut la fin d'un monde. La conquête jamais achevée sera âpre, rude et violente, longue de plus d'un siècle, au cours duquel émergeront le Bon, la Brute et le Truand: des généraux partisans de l'ethnocide, des théoriciens de la colonisation, défenseurs de l'expropriation des indigènes, et des missionnaires qui n'avaient de cesse de faire retrouver à l'Algérie son substrat originel chrétien après avoir enlevé la gangue musulmane. Au nom de la France et au nom de la religion, imaginons une armée qui s'installe par le droit du plus fort, qui tue, viole, pille, ruine de paisibles citoyens pour la rapine mais aussi, et rapidement pour installer des colons qui avaient tous, à des degrés divers, une vie ratée derrière eux. Des stocks d'or et de bijoux constituant le trésor de La Casbah furent pillés par des généraux sans être inquiétés. L'imagination déchaînée et bestiale des premières décennies de la conquête sera «très riche». On payera des spahis à 10 francs la paire d'oreilles d'un indigène, preuve qu'ils avaient bien combattu. On ne peut mieux résumer cette période noire avec les mots de Jaures citant Clemenceau le 27 mars 1908: «On a tué, massacré, violé, pillé tout à l'aise dans un pays sans défense, l'histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence (...). Rien n'est plus contraire aux intérêts français que cette politique de barbarie.»



Les mois de mai funestes de l'invasion coloniale: Mai 1845

Dans une contribution précédente, j'avais constaté que les mois de mai ont souvent été funestes pour l'Algérie. Par un hasard tragique, les mois de mai ont constitué des haltes pour la barbarie. Ce fut d'abord, les enfumades du Dahra en mai-juin 1845. Les tribus de Oued Riah dans le Dahra ont été enfumées à l'époque de Bugeaud, Cavaignac et le plus sinistre d'entre eux, Saint Arnaud, dont Victor Hugo a pu dire qu'il avait les états de service d'un chacal. «Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas! Enfumez-les à outrance comme des renards» s'exclame Bugeaud En 1845, un siècle avant les massacres du 8 mai 1945 et son lot de plusieurs milliers de victimes, le général Cavaignac avait inauguré» l'ancêtre de la «chambre à gaz» que le colonel Pellisier utilisera pour mater l'insurrection des Ouled Riah dans le Dahra. (1)


Le sommaire des exécutions de mai 1945

Je ne reviens pas sur les motifs: des Algériens ont été sommairement exécutés, incinérés morts ou vifs dans les fours de l'usine de fabrication de chaux de Guelma. Des condamnations arbitraires et une répression, au summum de la tyrannie d'une entité humaine qui n'avait commis de tort que celui de manifester dans le calme et la sérénité pour exprimer son droit à un avenir meilleur articulé autour de l'indépendance de sa patrie. Un génocide contre l'humanité, perpétré par l'État français sous les ordres du général de Gaulle, qui s'est soldé par la mort de plus de 45.000 Algériens. Des témoignages émouvants démontrant la cruauté d'un empire en décadence et le rêve de quelques nostalgiques, comme le général de Gaulle de préserver cet empire chancelant. Des atrocités qui sont loin d'être énumérées. La gendarmerie française a crucifié un Algérien pour juste simuler la crucifixion du Christ, des militaires éventrant des femmes en guise de pari sur le sexe d'un foetus, telles sont les séquences de l'une des plus sombres et sinistres occupations qu'a connues l'humanité» (2)

«L'utilisation des moyens militaires d'une telle importance et l'implication de l'armée dans ces massacres, ne pouvait se faire sans l'aval de la haute instance française de l'époque. 30.000 soldats en Algérie, dont 15.000 dans la région oranaise, 12.000 dans le Constantinois et 3000 au Sud. Plus de 28 avions entre chasseurs et bombardiers ont été utilisés dans la répression des événements de mai 1945. Des milices d'européens, des colons, ainsi que la légion étrangère, constituée d'une majorité de français, des marocains, et des tirailleurs sénégalais ont eu tous les mains sales. Les autorités avaient mobilisé, également, les prisonniers italiens pour participer aux crimes. Sur le plan logistique, la France, sans aucune retenue, dira-t-il, avait donné le feu vert à l'armée pour intervenir et faire usage de l'armement lourd. Un arsenal militaire très impressionnant: blindés, avions, étaient à l'oeuvre. Rien que sur la région de Guelma, dira-t-il, l'aviation française a mobilisé 28 avions pour la bombarder, à raison de 20 raids aériens par jour. La marine a pour sa part participé au carnage par le tir de plus de 800 obus, gros calibre, de la mer jusqu'à Kherrata.» (2)

La preuve que la curée a duré jusqu'en septembre: «166 condamnations à mort ont été prononcées, dont 33 exécutées contre les manifestants, Jean-Louis Planche, historien, très au fait des événements du 8 mai 1945 auxquels il a consacré une étude très recherchée, a parlé des massacres effroyables qui ont duré quatre mois. Il dira que «le 1er septembre 1945, un camion s'est présenté au cimetière civil de Constantine pour décharger des cadavres encore frais dans une fosse commune. Les massacres se sont poursuivis bien après le mois de mai.» (3)

Le général Duval le «boucher du Constantinois» devant cette barbarie, pouvait ) à juste titre, promettre un sursis au pouvoir colonial: «Je vous ai donné la paix pour 10 ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable.». Il eut raison ; moins de dix ans plus tard, six hommes qui n’avaient pour toute arme que leur conviction chevillée au corps, la liberté, rien que la liberté, toute la liberté, firent jaillir la Révolution du premier novembre qui pendant huit ans et demi marqua l’actualité internationale par la justesse du combat et la bestialité de la répression du pouvoir colonial. Des thèses se soutenaient à cette époque aux Etats Unis et l’aura de la révolution , ne fut pas il faut bien le dire, entretenue, elle ternit au gré des différents pouvoirs post-indépendance qui dilapidèrent ce capital de sympathie mondial


Les massacres de mai 1956

J'ai lu dans une contribution paru sur le journal Liberté, un autre fait honteux du pouvoir colonial cette fois-çi pendant la guerre de Libération: «Ces faits lit-on, ne sont pas tirés d'un film de fiction, mais d'une réalité vécue durant la guerre de Libération nationale. Des survivants, à l'image de Nour, témoignent et d'anciens appelés de l'armée coloniale, à l'instar d'André, confirment. Le 8 mai 1956, du côté d'El-Milia, dans le Nord- Constantinois, une section de l'ALN s'attaque à une unité de l'armée coloniale sans faire de victime. Le 11 mai, jour de l'Aïd es-Seghir, l'armée coloniale procède à un ratissage auquel prendra part le 4e BCP stationné à El-Ancer. Une jeune fille d'Oudjehane qui se dirigeait vers la source d'eau, est harcelée par un militaire qui, cherchant à abuser d'elle, s'est isolé de ses collègues. Les cris de l'enfant alertent le père qui se précipite pour sauver sa fille des griffes de la bête. S'ensuit une rixe entre lui et le soldat. Les collègues de ce dernier rappliquent et tirent à bout portant sur le père. Ce dernier est mortellement touché, mais une balle de la rafale touche aussi le soldat. Les faits seront maquillés par le capitaine commandant le 4e BCP en une attaque menée par les villageois contre la patrouille. Ce jour-là, tous les hommes du hameau d'Oudjehane présents dans le douar, dont des enfants, seront froidement exécutés. Le bilan officiel est de 79 morts pour une population de 300 personnes. Pour haut fait d'armes, le capitaine commandant le 4e BCP est décoré de la croix de la valeur militaire!» (4)

Les massacres de masse des Algériens Un état des lieux? Un jour?

Que faut il conclure de ce rituel du 8 mai 1945, au passage est vécu d'une façon festive (la fin de la guerre) en France, et d'une façon-malheureusement indifférente en Algérie si ce n'est le minimum syndical de l'Entv et des chaînes algériennes off shore pyromanes qui présentent cela comme un choc de civilisations. ? De mon point de vue et dans l'attente hypothétique d'une remise à plat de sa responsabilité par la France, on a tort de ramener épisodiquement la demande de reconnaissance de ses crimes contre l'humanité à l'ancienne puissance coloniale uniquement pour l'épisode parmi des centaines d'autres de mai 1945.

Pour évaluer même approximativement le nombre de victimes algériennes en 132 ans, citons pour commencer l'étude magistrale Mohamed Abassa qui fait d'une façon élégante mais sans concession le procès du magister dixit de l'Occident: «Epopées odieuses dont s'est inspirée l'armée coloniale française pour tenter d'éteindre à jamais la race algérienne. A l'arrivée, par la force, de la France en Algérie, la population algérienne était estimée entre sept et huit millions d'habitants. En 1920, elle était estimée par l'administration coloniale à sept millions d'individus alors que normalement elle aurait dû être, atteindre statistiquement, sur la base d'un taux de progression démographique moyen, pendant un siècle, les 11 millions d'habitants. Où sont donc passés les quatre millions d'Algériens manquants selon les prévisions des calculs démographiques? C'est tout simplement les effets différés et cumulés de la politique de 100 ans d'exterminations,(...) Ce que qualifieront Victor Hugo, Jules Ferry et Alexis de Tocqueville de «marche de la civilisation sur la sauvagerie». Ce à quoi répliquera tranquillement l'Emir Abdelkader: «Non, messieurs des Misérables c'est votre sauvagerie qui marche sur notre civilisation. Je reconnais vos traces et vos passages à mes bibliothèques et livres brûlés.» (5)

Si on suit le raisonnement de Mohamed Abassa , nous pouvons déduire ce que furent les massacres de masse en Algérie en ajoutant d’abord les dizaines de milliers de morts algériens sur les th=eatres de guerre pour la France à partir de 1837, Pour rappel et comme rapporté dans l’Encyclopédie Wikipédia Les régiments de tirailleurs algériens écrivirent pour l'armée française parmi les pages les plus glorieuses de son histoire6. Ils participent à toutes les campagnes du Second Empire et de la IIIe République : guerres de Crimée(1854-1855), où ils gagnèrent leur surnom de « turcos », et d'Italie (1859), campagne du Sénégal (1860-1861) et de Cochinchine (1858-1862), guerre du Mexique (1862-1867), guerre franco-prussienne de 1870-1871 en Lorraine, aux armées de la Loire et de l'Est, campagnes de Tunisie (1881-1883), du Tonkin (1883-1886), de Madagascar (1895), campagne du Maroc de 1907 à 1912. Ils s'illustrent ensuite durant la Première Guerre mondiale, notamment lors de la bataille de Verdun en 1916, puis durant la Seconde Guerre mondiale, en Tunisie (1942-1943), en Corse (1943), en Italie (1943-1944), sur l'Île d'Elbe (1944), en Provence (1944), dans les Vosges (1944), en Alsace (1944-1945) et en Indochine plus particulièrement à la Bataille de Điện Biên Phủ en 1954.

En 1854 lors du siège de Sébastopol (Guerre de Crimée (1853-1856) ) sur 2 800 tirailleurs envoyés en Crimée plus de 900 sont tués ou blessés. Durant la guerre de 1870-71, les trois régiments de tirailleurs (environ 9 000 hommes) sont envoyés en France où ils combattent lors des batailles de Wissembourg et Frœschwiller-Wœrth. Les régiments sont décimés et après Frœschwiller, le 2e Tirailleurs ne comptent plus que 450 hommes valides sur 3 000 . Après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870, un régiment de tirailleurs combat dans l'Armée de la Loire Leurs pertes sont estimées à 5 000 tués La Marche des Tirailleurs ou Chant des Turcos relate l'exploit du 2e Régiment de Tirailleurs Algériens à Froeschwiller le 6 août 1870. Les Tirailleurs chargèrent les canons prussiens et furent anéanti à 90%. On évalue à plusieurs dizaines de milliers de morts les indigènes algériens morts pour la France pendant les deux guerres mondiales.

Si on y ajoute les dizaines de milliers de mort du carnage de mai 1945, le million de morts de la Révolution de novembre 1954. C’est au total au bas mot 5 millions d’Algériens qui passèrent de vie à trépas pour des causes diverses : l’acharnement bestial de l’armée d’Afrique, les famines et la maladie qui eurent leurs dîmes de plus d’un million et de mi de morts, ensuite les vies « offertes » pour la gloire et l’honneur de la France et enfin la répression du pouvoir colonial pendant une durée de 132 ans d’une occupation sans partage envers un peuple qui n’aspirait qu’à vivre dans la dignité. Un simple calcul – à titre indicatif montre que pendant les 132 ans soit 13500 mois , c’est en moyenne 360 morts par mois, 12 morts/jour ou encore un mort de mort violente toutes les deux heures pendant 132 ans.

C’est donc bien un génocide dans la durée avec un traumatisme toujours actuel cent trente deux ans après, nous n’arrivons pas à guérir de cette invasion d’un beau matin de juillet 1830, nous n’arrivons pas à faire notre deuil du fait de l’arrogance à géométrie variable de la puissance qui seule se croit autoriser à dicter la norme, de ce que c’est qu’un massacre, un génocide…



Notre irrespect pour les héros durant l'histoire de l'Algérie

L’histoire de l’Algérie est une suite de combats pour la dignité et la liberté et ceci depuis près de trois mille ans dès l’avènement des Amazigh. Notre errance actuelle vient de notre malvie identitaire. Après l’indépendance, les différents pouvoirs n’ont pas joué la sérénité du fait qu’un pan entier de la dimension du peuple algérien a été ignoré voire combattue. De ce fait, les pouvoirs en place , continuant l’œuvre de déni du pouvoir colonial , ont créé uen histoire qui se limite globalement à l’avènement de l’Islam au Maghreb, une amnésie de plus de dix siècles , quelques allusions à l’Emir Abdelkader pour focaliser principalement l’histoire du vécu de ce peuple sur uniquement la Révolution de Novembre qui- aussi glorieuse fut elle- n’est qu’un épisode de l’épopée du peuple algérien qui a connu huit envahisseurs et qui les a soit assimilé soit bouté hors du pays

Comment veut-on, alors, écrire une histoire si on fait dans la sélection des faits en fonction des circonstances? L'histoire n'est pas une grande surface où on ne prend que ce qui nous intéresse. Elle s'apparente à une vente concomitante où nous devons assumer le meilleur comme le pire. Nous devons sans exclusif mettre à l'honneur celles et ceux qui sont morts pour la patrie. Notre histoire remonte à trois mille ans Jugurtha était à sa façon un moudjahid. Dans ce cadre et sous le titre «Les martyrs oubliés» le journaliste bien connu El Yazid Dib parlant du deux poids deux mesures de l'attribution de chahid écrit: «L'article 10 de la Loi n° 99-07 du 5 avril 1999 relative au moudjahid et au chahid n'octroie le statut de chahid qu'au «moudjahid tombé au champ d'honneur». L'article 5 de la même loi définissant le moudjahid stipule «est considérée comme moudjahid toute personne qui a participé à la révolution de la Libération nationale durant la période allant du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962». (...) L'Emir Abdelkader, Lalla Fatma Ns'oumer, Cheikh Bouamama, Cheikh El Mokrani, Cheikh El Haddad, les enfumés du Dahra, les déportés, les mutilés et les nombreuses victimes des successives insurrections qui ont émaillé la chronologie nationale et des milliers d'autres, morts pourtant pour l'Algérie ne sont pas juridiquement des martyrs» (6)

«Dans chaque bourg, poursuit-il dans chaque hameau, là où l'injustice, le mépris et l'humiliation sans face étaient pratiqués, des Algériennes et Algériens avaient connu au fil du temps les pires sévices, les pires atrocités et les exécrables exécutions sommaires. Il n'y avait pas cependant le Front de libération nationale.! La lutte ne s'était jamais arrêtée. (...) Chez nous, l'oubli est à l'affût d'une certaine mentalité. L'amnésie. C'est pourquoi l'acte de revivifier en permanence la mémoire, la conserver n'est qu'une foi citoyenne et nationaliste. (...) Toute nation démunie de conscience historique reste vulnérable aux altérations des faussaires et des contrefacteurs de son histoire.» (6)



Justice aux morts et paix aux vivants

Le 8 mai1945 a été pour la France, un jour de liberté de gloire, compréhensible quand on sait ce qu'ils ont subi pendant quatre ans. Ce qui est contradiction avec son comportement en Algérie en face d'un peuple qui aspirait à la liberté et qui longtemps a cru à la liberté, l'égalité, la fraternité, le fameux triptyque que nous ânonnions à l'école. Sans tomber dans la concurrence victimaire, c'est tout le bréviaire de la colonisation qui est en accusation. Du fait que ces faits sont imprescriptibles on se prend à rêver d'un tribunal qui rendrait justice aux morts et qui apporterait la paix aux vivants. Un tribunal qui jugerait même à titre posthume les Bigeard, Les Saint Arnaud les Achiary, les Bugeaud, tous les Aussarresses qui ont martyrisé l'Algérie. Combien de cadavres devons-nous cumuler avant de pouvoir accéder au label de génocide et prétendre à un hypothétique repentance?

Nous faisons fausse route, ce n'est pas l'Algérie actuelle qui fera entendre raison à l'ancien colonisateur. Faisons d'abord notre aggiornamento et consolidons notre propre histoire. C'est une erreur que de restreindre l'histoire récente de l'Algérie à celle d'une «famille révolutionnaire» dont on peut à juste titre s'interroger sur sa valeur ajoutée. En effet, quand on constate des fils de chahid ou de moudjahid ayant atteint le troisième âge toujours enfants qui font leur beurre des glorieux chahids de la période de 1954 à 1962.

Si nous voulons être respectés nous devons assumer notre histoire, toute notre histoire et pas seulement les histoires officielles de part et d'autre. Pour cela comme dirait Jacques Prévert il nous faut chercher la vraie vérité... dans le combat tous les jours. Si nous voulons être respectés nous devons faire émerger à côté des anciennes légitimités, d'autres légitimités celle d'une jeunesse qui ne tourne pas le dos à son passé et qui n'en fait pas un fonds de commerce. Seule la puissance scientifique et technologique nous amènera le respect de nos partenaires et il est illusoire d'attendre des politiques actuels en France, une quelconque reconnaissance car ce qui est en jeu, ce n'est pas la vérité des faits, c'est l'arrogance du plus fort. Nous sommes avertis. La citation de La Boetie, citée plus haut est d'une brûlante actualité.

1.C.E. Chitour: Les jours de mai funeste http://www.legrandsoir.info/ce-que-fut-la-colonisation-2-les-jours-de-mai-fun


2.Massacre du 8 mai 1945 Le Courrier d'Algérie - 06.05.2010.


3. Massacre du 8 mai 1945: Le Courrier d'Algérie - 09.05.09.

4. http://www.algerie360.com/autres/redirect/Urlredirect=http://www.liberte-algerie.com/dossiers/massacre-de-tous-les-males-du-village-doudjehane-a-jijel-225271/display/true

5 Mohamed Abassa http://www.algeriepatriotique.com/article/une-contribution-de-mohamed-abassa-des-bons-et-des-mauvais-genocides 15 Avril 2015

6. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5213342

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/215694-une-inutile-demande-de-repentance.html

Professeur Chems Eddine Chitour

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 19:43

« Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres ».

Charles de Gaulle

Dans le droit fil des mesures à même de ramener un peu plus de sérénité dans l'ébriété multiforme actuelle, il est un domaine qui, en principe, devrait être un sujet de consensus tant il est vrai qu'il s'agit du sort de l'Algérie qui se doit, recevoir l'assentiment du plus grand nombre et notamment des partis politiques structurés intellectuellement, - en dehors des 300 mots de la langue de bois. Il s'agit des voies et moyens de sortir par le haut, de la dépendance aux hydrocarbures, en rationalisant nos dépenses multiformes notamment énergétiques et en prônant dans cette difficile épreuve une sorte de patriotisme économique censé cohérent, non démagogue et qui ne sera surtout pas une prime à la médiocrité qui «obligerait» l'Algérie à se rabattre sur une production nationale.


Comment peut-on définir le patriotisme économique et le protectionnisme?

Le protectionnisme est une politique économique interventionniste menée par un État ou un groupe d'États, consistant à protéger ses producteurs contre la concurrence des producteurs étrangers. Les buts peuvent être le maintien de l'emploi dans certains secteurs d'activité, Les mesures protectionnistes consistent essentiellement à freiner les importations (barrières douanières, normes contraignantes, freins administratifs...), encourager les exportations (subventions diverses, incitations fiscales, dévaluation, dumping comme le «protectionnisme offensif»), privilégier les entreprises nationales dans les appels d'offres de marchés publics, ou empêcher les investisseurs étrangers de prendre le contrôle d'entreprises nationales.

Pour Gustave Le Bon «le patriotisme est la plus puissante manifestation de l'âme d'une race. Il représente un instinct de conservation collectif qui, en cas de péril national, se substitue immédiatement à l'instinct de conservation individuelle». C'est peut-être dans ce sens qu'il faut interpréter le Deutschland uber Alles du IIIe Reich. «La France, disait François Mitterrand est en guerre économique contre les Etats-Unis, une guerre sourde, une guerre sans morts.

Le «patriotisme économique» peut-il constituer une réponse appropriée à ces anxiétés? L'encyclopédie Wikipédia en donne la définition suivante: «Ensemble des mesures prises par les pouvoirs publics, les entreprises ou les particuliers pour favoriser les produits ou les services issus de leur propre pays.» Le patriotisme économique est donc un sentiment qui se matérialise dans des actes et il ne concerne pas seulement l'Etat mais aussi les citoyens dans leurs gestes au quotidien et dans leur façon d'appréhender l'avenir du pays. Les champions du protectionnisme sont les Etats-Unis qui prônent l'ouverture des marchés chez leurs concurrents, ils défendent comme à l'accoutumée bec et ongles leur agriculture.
Les avocats du ´´Buy American!´´, «Acheter américain» au premier rang desquels on trouve naturellement les syndicats et les lobbies de l'acier et du textile, font valoir que les États-Unis ne sont pas les premiers à favoriser de la sorte leurs entreprises Ils pointent du doigt l'Inde, qui a augmenté massivement fin 2008 ses droits de douane sur l'acier, le fer ou le soja, la Russie, le Brésil et bien d'autres, dont l'Union européenne, qui a rétabli ses subventions à l'exportation des produits laitiers.


Comment vit l'Algérien?

Qu'en est-il de cette doxa capitaliste et de cet «intégrisme du marché» qui commande de démonter l'outil national par pans entiers et de licencier par milliers des travailleurs au nom d'un assainissement- certes nécessaire- mais qui ne doit pas emporter tout sur son passage et ceci dans l'hypothétique entrée dans la mondialisation qui nous fait saliver à distance mais qui, entre-temps, fait que nous ne savons plus rien faire, dépendants plus que jamais de l'étranger/ Nous devons nous réveiller.

L'Algérien de 2015 pense que tout lui est dû. Il vit à crédit. Il revendique sa part de la rente. Cette part est multiforme Ainsi, l'Algérien vit au dessus des moyens du pays, Paradoxalement, ce sont les classes du pays à faible pouvoir d'achat qui en profitent le moins. Justement les subventions implicites ou indirectes «à tout le monde» portent notamment sur les prix de l'énergie (électricité, gaz, essence et gasoil) et du loyer. Le Trésor prend en charge ces montants, non pas à travers le budget, mais notamment à travers le rachat des dettes des entreprises publiques. On sait que le FMI, avait invité l'Algérie à adopter ´´plus de prudence pour bien cibler les subventions en direction des populations les plus vulnérables´´. Les subventions dites implicites s'avèrent coûteuses.

Selon une récente étude du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), l'Algérie figure parmi les pays arabes qui subventionnent le plus les produits énergétiques avec 10,59 milliards de dollars (quelque 800 milliards de DA) consacrés à la subvention des prix de l'énergie en 2010. Les subventions représentent 30% du PIB de l'Algérie. L'électricité a profité de 2,13 milliards de subventions, tandis que les carburants ont coûté 8,46 milliards de dollars. D'autres subventions, comme celles des prix des blés tendre et dur, du sucre, de l'huile et de l'eau dessalée, sont par contre budgétisées annuellement en Algérie. La dépense sociale budgétisée représente presque un quart du budget de l'Etat et 13% du PIB. Comment s'en sortir?



Un exemple réussi de maîtrise des subventions en Egypte

Une expérience réussie celle de l'aide ciblée de subventions en direction des classes à faible pouvoir d'achat. : « Après avoir augmenté les prix du carburant, Le programme de subvention alimentaire égyptien, qui coute chaque année plus de 5 milliards $, a fait t également l'objet d'un besoin urgent de réforme. Le prix du pain a été maintenu à un niveau si faible que celui-ci est bien souvent donné en nourriture aux animaux. Le système de subvention, qui engendrait des fraudes à grande échelle depuis des décennies, a été réformé. Le système était hors de contrôle. Certains débrouillards qui parvenaient à acheter des pains, les écoulaient au marché noir, d'autres les utilisaient pour nourrir le bétail et, surtout, les boulangers revendaient directement la majeure partie de la farine reçue. Selon un rapport de la Banque mondiale, en 2009, plus d'un tiers de la farine subventionnée était détourné. Facteur majeur d'injustices, de fraudes, voire d'émeutes, la question de la subvention anarchique du pain a été résolue par l'adoption d'un système de cartes à puce ». (1)

« Dorénavant, 69 millions de personnes, soit 80% de la population du pays, utilisent la «carte intelligente», attribuée selon des critères sociaux. Une personne a droit à cinq pains par jour. Le prix de ce pain traditionnel subventionné reste inchangé pour le consommateur - soit 5 piastres - mais le boulanger, lui, touche 25 piastres supplémentaires de la part du gouvernement, pour compléter le coût de revient. «Ça marche maintenant. Que Dieu bénisse Sissi», lance Zeinab, une vieille femme à lunettes elle a pu acheter du pain pour toute sa famille, en ne payant chaque pain de 130 grammes que cinq piastres (un centime d'euro) au lieu de trente. Ici, le pain est l'élément de base des repas. Si fondamental qu'on l'appelle «aish» (la vie) en dialecte égyptien». (1)


La campagne «Consommons algérien» et ses attendus

Une campagne, qui portera sur des actions de sensibilisation au niveau des 48 wilayas, jusqu'au 3 mai, consistera à mettre l'accent sur son intérêt économique pour le pays. Est-ce un effet d'annonce où est-ce le début d'une prise de conscience? M. Amara Benyounès, qui expliquait les motivations de cette démarche, a souligné l'impact d'une telle entreprise en matière de sauvegarde de l'emploi et de création de richesse. En fait, «le citoyen algérien doit avoir conscience qu'en privilégiant le label algérien, il ouvre des perspectives de développement à la production nationale et à l'investissement et permet de sauver et de créer des emplois». L'opérateur économique est, par conséquent, appelé à «déployer les efforts nécessaires pour produire suffisamment, diversifier son produit et la hisser aux standards internationaux» ».(2)

Pour le ministre Abdessalem Bouchouareb: «La loi du marché a favorisé l'expansion du négoce au détriment de l'investissement, cette campagne d'utilité publique nécessaire est à pérenniser et à institutionnaliser. C'est une bataille quotidienne», mais le concept ne doit pas s'adosser uniquement aux ménages, mais à tous les produits algériens destinés à la production, Selon le ministre, «le soutien le plus efficace à la production nationale est de consommer algérien». Pour le SG de l'Ugta, a dénoncé les importations anarchiques de produits alimentaires disponibles dans notre pays a plaidé pour «un consensus au niveau national en matière de production et de consommation». Il s'agit, par conséquent, d'agir sur les financements pour arrêter ces importations, suggère le patron de la Centrale syndicale qui parlera de neuf propositions à soumettre au Premier ministre dans le cadre de cette démarche».(2)


En tout cas c'est tout cela qu'il faut faire! Comment? c'est une autre affaire!


Qu'en est-il chez nous et que veut dire le patriotisme économique?

Avec sa lucidité coutumière mais sans concession L'économiste Mustapha Mekkidèche ancien p-dg d'une entreprise du groupe Sonatrach, ne croit pas à une symbiose sonatrach, Sonelgaz- privé dans le domaine des hydroacarbures Nous l'écoutons: «Je ne crois pas que le secteur de l'énergie soit réellement concerné par la substitution aux importations de ses intrants, (...) Le recours aux moyens locaux et l'intégration des biens d'équipements énergétiques sont, malgré les discours formels, tout simplement disqualifiés de par le processus même d'investissement et de fonctionnement dans l'urgence du secteur énergétique. Combien de fois les usines de pipelines d'El-Hadjar et de Ghardaïa se sont retrouvées avec des stocks considérables alors que des tubes sont importés de l'étranger!C'est avec ce paradigme de l'urgence et de la sous-estimation des capacités nationales, paradigme toujours prégnant, qu'il faudra rompre. En prend-on le chemin? Je ne le crois pas. (3)

S'interrogeant sur la tenue du salon de la sous-traitance pétrolière à Alger, en lieu et place de Hassi Messaoud, lieu «naturel» M.Mekidèche nous donne son point de vue sur ce que devrai être une réussite de partenariat! «De mon point de vue, il fallait sans doute commencer par organiser un salon des fournisseurs nationaux des produits et services pétroliers en présence des grands donneurs d'ordre algériens, notamment la Sonatrach et la Sonelgaz. Pour construire enfin des synergies, en les fédérant le cas échéant (privé/privé, public/privé), de sorte à offrir une plus grande surface d'intervention et de s'inscrire dans les standards internationaux. C'est dans ces conditions que l'offre algérienne peut émerger et offrir une surface critique solidaire pouvant peser sur la construction de partenariats gagnant/gagnant avec les fournisseurs étrangers. (3)


Peut-on consommer local?

Walid Aït Saïd brillant journaliste au journal L'Expression a tenté de voir clair par lui-même. Faisant un balayage non exhaustif de la production nationale il écrit: «Le produit local n'a rien à envier à celui de l'importation De l'habillement, en passant par la nourriture, les produits cosmétiques et l'électroménager jusqu'aux petits objets que nous utilisons quotidiennement. Pour cela, nous avons tenté l'expérience de faire nos courses élémentaires 100% «made in bladi». L'électronique et l'électroménager sont les seules véritables industries que nous avons développées, avec les pionnières que sont les marques publiques Enie et Eniem qui ont ouvert la voie au privé algérien tel que Condor. L'ensemble de l'électronique et de l'électroménager est disponible chez eux à bon prix et de bonne qualité. Mais force est de constater qu'ils font face à la rude concurrence des grandes marques internationales. La réintroduction du crédit à la consommation fera certainement du bien à se secteur en plein développement. (...) Faire émerger le «made in Algeria» demandera du temps et un vrai plan de développement, et non un coup de baguette magique (4).


La formation des hommes

Pour réussir il nous faut des cerveaux. L'échec ou la réussite d'un pays est indexé sur la performance du système éducatif. Nous devons militer pour un Etat stratège qui doit donner la chance à chaque Algérien pour peu qu'il en témoigne l'ambition d'évoluer dans la vie. Le patriotisme économique qui est partagé par tous les Algériens, secteur privé ou public, ne doit pas être qu'un slogan, voire un voeu pieux. Le problème du patriotisme économique n'est pas de donner une prime à la production de produits médiocres au nom de monopoles que l'on donne de fait à des producteurs nationaux qui s'installent dans la paresse au nom d'un marché qu'on leur garantit. Cela devrait être une compétition de tous les jours pour atteindre les standards internationaux. Il serait utile que chaque département ministériel dans le cadre de cette politique de rationalisation des achats et de donner une priorité à la production nationale fasse un inventaire méticuleux de tout ce qu'il achète de l'étranger

Le patriotisme s'apprend à l'école par l'apprentissage de l'amour de la patrie, la notion de devoir et d'appartenance à une communauté de personnes qui partagent les mêmes valeurs sociales et culturelles, il faut renforcer l'idée de la spécificité pour lutter contre la dilution induite par une mondialisation des identités et un laminage des savoir-faire locaux. Cela ne veut pas dire pour autant le ghetto. Dans le mot patriote il y a l'idée d'appartenance à une même collectivité. Dans le mot patriote il y a l'idée de fierté nationale.

Pour cela, il y a urgence à mettre en place un système d'éducation évolutif s'adaptant à la nouvelle conjoncture internationale. Nous avons eu un échantillon de ce que c'est le désarmement tarifaire avec le fiasco de l'accord avec l'Union européenne dont on n'a pas fini de mesurer les retombées négatives pour le pays. Nous ne pouvons nous battre pour donner une utopie de ce pays qu'en mettant tout à plat et qu'en faisant émerger de nouvelles légitimités capables de perpétuer la défense du pays sous d'autres formes.

Dans ces conditions donner du grain à moudre à nos entreprises nous paraît comme un devoir; bien entendu, il n'est pas question de farniente et de permettre une productivité algérienne de loin plus faible que celle d'un Chinois ou d'un Japonais. Nous devons compenser notre déficit technologique par un travail acharné pour diminuer les coûts de production et augmenter ce faisant notre compétitivité. Nous devons le traduire dans les faits. «Nos emplettes de nos produits nationaux sont nos emplois.» Nous sommes avertis...


1. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/14/en-egypte-la-revolution-silencieuse-du-pain_4615348_3212.html#Sx1RM2wGYRP71V77.99

2. D. Akila http://www.elmoudjahid.com/fr/ actualites/76684 27-04-2015

3. http://www.liberte-algerie.com/chronique/substitution-aux-importations-de-biens-et-services-industriels-le-secteur-de-lenergie-est-il-vraiment-concerne-244#.VQA9hStQdeA.mailto

4. http://www.lexpressiondz.com/actualite/215382-oui-j-ai-consomme-algerien.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 19:41

«Mais pourquoi t'obstines-tu à partir. A traverser les mers en nous laissant Tu t'aventures à mettre en péril ta précieuse vie. Pour t'exiler, en renonçant à nous L'embarcation est petite et en bois pourri. Et tu risques de te noyer sans pouvoir nous revenir»

Merzak Ouabed (Poèmes, Les raisons de la colère)

Encore une fois Mare Nostrum a pris sa dîme des damnés de la Terre. Encore une fois des larmes de crocodile sont versées par les gardes-chiourmes du supermarché que constitue la forteresse Europe. De quoi s'agit-il cette fois? Seulement de 1 600 individus qui appartiennent au genre homo. En 2015, un migrant meurt toutes les deux heures en moyenne en Méditerranée. 1 600 c'est le nombre de migrants portés disparus en mer Méditerranée depuis le 1er janvier 2015, 1600 personnes qui rêvaient d'une vie tranquille, qui voulaient échapper à la mort en se noyant. Dernier meurtre à responsabilité collective en date, hier 5 mai, 40 vies humaines fauchées à la fleur de l’âge en se noyant.

Des dizaines d'enfants dont le destin a été de mourir sans éclore à la vie. Quand on pense à tout le tintamarre occidental: quand un Occidental meurt, on convoque la planète pour défiler et désigner du doigt l'ennemi héréditaire, l'islam qui n'en peut plus d'être accusé de tous les maux de la Terre. Quand on pense que le président Obama s'est excusé pour la mort de deux Occidentaux touchés par un drone. Ces mêmes drones qui font des ravages dans les populations afghanes yéménites; l'excuse étant les victimes collatérales. Décidément, il y a quelque chose de pourri dans ce vaisseau Terre.

Pour en revenir aux dernières tragédies d'il y a dix jours, le moins que l'on puisse dire est que tous les acteurs ont été hypocrites dans ce drame sauf les noyés. La forteresse Europe laisse en première ligne l'Italie qui n'en peut plus à elle seule. Nous allons tenter d'y voir clair en précisant le rôle macabre de chacun.

Tout d’abord nous devons noter le travail remarquable des bénévoles mus par l’empathie à l’endroit de ces déshérités. Ainsi contre l'immobilisme européen, certaines initiatives privées ont cependant tenté d'y pallier, chacune à leur manière. Christopher et Regina Catrambone font partie de ces particuliers qui ont décidé de venir en aide à ceux qui tentent de pénétrer la «forteresse Europe». Ce couple italo-américain millionnaire, dont la société d'assurance est installée à Malte, a déboursé plusieurs millions de dollars pour monter un projet de sauvetage de migrants. Ils ont ainsi acheté un navire de 40 mètres de long, le Phoenix, et créé une équipe d'une vingtaine de personnes, «avec pour but de prêter main forte aux autorités italiennes dans le secours des migrants». L'ONG qu'ils ont créée, MOAS (pour The Migrant Offshore Aid Station), a ainsi permis en 2014 d'éviter la noyade à près de 3000 personnes. (1).

Même Amnesty International s'en est émue. Deux cents sacs mortuaires noirs ont été alignés sur la plage de Brighton, dans le sud de l'Angleterre, par des militants de l'ONG Amnesty International. L'action vise à mettre en évidence la réponse «honteuse» de la Grande-Bretagne à la crise des migrants en Méditerranée, où plus de 800 personnes se sont noyées samedi 20 avril sur une embarcation qui a coulé au large des côtes de la Libye.
Les analystes prédisent que jusqu'à 30.000 migrants, dont 2500 enfants, pourraient mourir en tentant de traverser la mer Méditerranée cette année». (2)



La dimension coloniale et ses conséquences

On croit, à tort, que ces noyés ont jailli du néant et qu' un jour, ils ont décidé d'aller à la conquête de cette Europe opulente qui cultive à tort le «chauvinisme de la prospérité». Il me semble que le premier responsable de cette débâcle humanitaire est encore et toujours le colonialisme, puis le néocolonialisme qui permet au colonialisme initial de perdurer en adoubant des tyrans tant qu'ils servent l'intérêt des anciennes puissances et qu'on jette ensuite aux chiens quand ils ont fini de remplir le rôle qui leur est assigné au profit d'autres tyrans quelle que soit leur couleur «islamiste»modéré» «moderniste», laïc; «despote éclairé», bref pourvu que le siphonage des potentialités du pays colonisé continue...

Les mots de prononcés par Michel Rocard - La France, ne peut pas accueillir toute la misère du monde- dans un autre contexte, raisonnent encore et toujours à nos oreilles; tant il est vrai qu’il ne faut pas parler de solde de tout compte, quelque part, il y a une responsabilité de l’Europe coloniale puis post ou néo- coloniale dans ces désastres humanitaires qu'il s'agit de l'accueil d'épaves humaines scories de l'histoire coloniale dont aucune nation anciennement colonisatrice, ne veut reconnaître sa responsabilité.



Les invasions postcoloniales

Dans le droit fil de ce que nous venons d'écrire, des voix s'élèvent en France pour imputer cette situation de désastre humanitaire, de crimes de masses sans responsables, à la politique désastreuse du précédent locataire de l'Elysée Nicolas Sarkozy. «Ne cherchez plus, lit-on dans cette contribution, ils l'ont trouvé. Ils ont trouvé le responsable du drame des migrants en Libye. «Comment se fait-il qu'après une intervention [en Libye] il y a plus de trois ans et demi, il n'y ait eu aucune réflexion sur ce qui devait se passer après? [...] Maintenant, il s'agit de réparer les erreurs d'hier», a tranché le président de la République François Hollande à son arrivée au sommet européen extraordinaire consacré aux migrants. Celui que le chef de l'Etat critique sans nommer, c'est son prédécesseur à l'Elysée, Nicolas Sarkozy. En reconnaissant immédiatement la légitimité du Conseil national de transition (CNT) libyen puis en appuyant une résolution à l'ONU, l'ancien président avait joué un rôle moteur avec le Premier ministre britannique L'accusation est sévère.» (3)

On oublie, aussi, de citer l'architecte de cette imposture, l'éminence grise de son appartenance tribal comme il l'a proclamé, Bernard-Henry Levy qui est l'âme du complot Mieux encore, François Fillon, l’ex numéro 2 du gouvernement Sarkozy fait preuve d'une amnésie curieuse.

Dans une conférence faite à Londres sur le thème «Lutter contre le terrorisme aujourd'hui: quelles politiques? Quelles perspectives pour la France et le Royaume-Uni? Quel impact sur le secteur privé?»; il déclare: «Avec les printemps arabes, nous espérions la victoire de la démocratie mais la démocratie ne s'improvise pas, et à bien des égards, l'Occident - USA en tête - s'est comporté en apprenti sorcier. L'invasion de l'Irak en 2003 et la démocratisation improvisée de ce pays ont précipité le chaos.» (4) Voilà un aveu bien tardif contredit immédiatement après:

«(...) Quant à l'opération française en Libye - aussi juste fût-elle sur le plan moral - elle aura eu pour conséquence de disloquer cet État et de métastaser le Sahel.» Là, écrit Françoise Petitdemange dont les propos sont rapportés dans une contribution de Gilles Munier: «(...) où monsieur Fillon a tout à fait raison, c'est lorsqu'il compare «l'opération française en Libye» à un cancer qui fait des métastases au Sahel. Cependant, pris au piège des mots, voilà une comparaison terrible pour lui... Car, en dehors de lui, à qui viendrait-il l'idée de considérer et de dire qu'un cancer est «juste» «sur le plan moral»... Enfin, le fin mot de l'histoire est dans le but visé et obtenu de cette guerre: «disloquer l'État», c'est-à-dire l'État des masses, pour arracher au peuple libyen le pouvoir politique et économique, empêcher la création des États-Unis d'Afrique avec une monnaie commune, une armée commune de défense pour tout le continent. Est-il possible poursuit Françoise Petitdemange de se voiler la face en utilisant un mot pour un autre... En 2011, en fait d'«opération en Libye», il s'est agi d'une véritable guerre menée, durant huit mois, par des attaques systématiques - de nuit comme de jour - dirigées contre la population civile, tuant hommes, femmes, enfants jusque dans leur sommeil. Le président Sarkozy, avec la complicité active du gouvernement est à l'origine d'une guerre qui a fait plus de 100 000 mort(e)s sur une population de six millions d'habitant(e)s, un grand nombre de blessé(e)s dont des handicapé(e)s à vie» (4)

Cette fois-ci encore et malgré l’horreur du drame, l'Union européenne lors d’une réunion convoquée à grandes pompes avec ses rodomntades qui n’impressionnent plus grand monde, s'est contentée du minimum syndical. Ce fut la montagne qui a accouché d’une souris Pas de décision majeure. Frontex- le gendarme sans peur, contre les sans dents et avec tous les reproches- sera renforcé et plus coercitif que jamais. L'Italie et à un degré moindre la Grèce se sentent bien seuls. Personne ne veut accueillir les épaves humaines restantes. On ne voit un bateau ou un hélicoptère comme le font le Royaume-Uni et la France pour rabattre les migrants sur les côtes italiennes. C'est à elle de se débrouiller. Ces deux pays qui ont semé le chaos en Libye alors que feu El Gueddaffi maîtrisait l'émigration et surtout donnait du travail

à plus d'un million d'Africains.


Le triste rôle de l'Union européenne et des Nations unies

De ce fait, «L'Europe tourne le dos à certains des migrants les plus vulnérables dans le monde, et risque de transformer la Méditerranée en un vaste cimetière», a dénoncé le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad al-Hussein. Cependant , Ban Ki-moon a beau accuser l'Europe de faillir à son devoir, il eut été plus courageux de s'opposer à la résolution proposée par la France pour l'invasion de la Libye et qui a vu ce pays être bombardé moins de quatre heures après le vote de la résolution. C'est le même pays qui a mis à feu et à sang la Syrie en armant les terroristes d' Al Nosra et en piaffant d’impatience en tant que coalition vassale de l’empire, pour en découdre, et heureusement sauvé en définitive du fait que les Etats-Unis n'ont pas choisi la voie directe du bombardement.

Quelle est la solution?

Le moins que l'on puisse dire est que chacun se défausse sur l'autre. L'historien Patrick Weil appelle à la tenue d'une conférence internationale. Après les récents drames survenus en Méditerranée, un consensus semble se dégager: ce serait de la faute de l'Europe... Je ne vois pas à quel titre. Ceux qui condamnent l'Europe se trompent de cible. Une autre responsabilité est politique. Elle vient des Etats qui ont créé le désordre dans les régions du monde où sont «produits» aujourd'hui des centaines de milliers, voire des millions de réfugiés. Je parle du Monde arabe et en premier lieu de la région irako-syrienne. Il y a une responsabilité de la coalition qui est intervenue en Irak il y a douze ans, en violation du droit international. En intervenant en Libye au-delà du mandat de l'ONU, Nicolas Sarkozy a rendu la France aussi coresponsable d'avoir créé une zone qui produit énormément de réfugiés. Ce qui se passe en Syrie, c'est la plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale. La réponse ne doit et ne peut être uniquement européenne. L'Australie donne l'exemple du cynisme le plus absolu. Elle a soutenu militairement la guerre en Irak en 2003 et elle accueille 4400 réfugiés en 2014 soit 2% des demandes d'asile en Allemagne. L'Europe n'a pas l'obligation légale de sauver des vies. Mais elle le fait.» (5)

Cette dernière phrase terrible dans le continent des «droits de l'homme». Il y a désormais un libre arbitre de l'Europe avec une obligation légale ou illégale de sauver une vie humaine.
Le sociologue Saïd Bouamama parle lui aussi d'une néo-colonisation qui crée la misère dans ces pays et pousse les jeunes à l'émigration. Il écrit: «Le premier angle mort des discours politiques et médiatiques est celui des causes économiques poussant des dizaines de milliers d'Africains à risquer leurs vies dans des traversées qu'ils savent meurtrières... Les accords de coopération économique, financière et monétaire que les différents pays européens imposent aux pays africains impliquent une vente des matières premières à des coûts inférieurs à celui du marché mondial et interdisent la taxation des produits importés d'Europe. Le caractère exploiteur de ces accords est tel que le professeur Chukwuma Charles Soludo, déclare le 19 mars 2012 que l'APE d'Afrique de l'Ouest constitue un (AO) «second esclavage». (...) »(6)

« Ces réponses se concrétisent depuis 2005 par l'action de l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne (Frontex). Concrètement l'agence organise des patrouilles militaires afin de refouler les migrants vers des pays voisins, d'une part et signe des accords avec des États tiers pour qu'ils fassent barrage en amont sur les candidats à la migration, d'autre part. Ayant occulté les causes structurelles de la hausse de la pression migratoire et les causes de sa traduction en décès dans la Méditerranée, il ne reste au discours médiatique qu'à ne se centrer que sur les passeurs. Certes, l'assassinat de ces migrants n'est pas direct. Il est en revanche le résultat inéluctable des politiques de l'Union européenne tant dans sa politique africaine que dans sa politique migratoire, tant dans la hausse de la pression migratoire que dans sa traduction en décès à grande échelle.» (6)

Il est toujours possible quand la volonté existe de contribuer à trouver une solution même partielle. Ainsi on apprend que depuis cinquante ans l’Allemagne aide des organisations caritatives chrétiennes Berlin veut ainsi, favoriser le rôle de la religion dans l'aide au développement. Depuis les attentats du 11 septembre lit, la religion est surtout considérée comme une source de conflit. Mais elle peut parfois jouer un rôle positif, notamment dans les États autoritaires, où l'aide des gouvernements étrangers n'est pas toujours la bienvenue. « La religion peut rapprocher les gens, et les motiver à être solidaires et à respecter l'environnement. Nous négligeons ce potentiel depuis bien trop longtemps », a estimé Gerd Müller, ministre allemand du Développement.(7)

« Un projet de recherche mené entre 2008 et 2015 par l'Institut Giga, basé à Hambourg, montre qu'en Afrique la religion a tendance à jouer un rôle destructeur dans 22 des 48 conflits étudiés. Cependant, le directeur du projet, Matthias Basedau souligne que presqu'aucune recherche ne se penche sur le rôle de la religion sur la gestion des conflits. Selon lui, la religion est plus souvent une force positive qu'un accélérateur. D'ici la fin de l'année, le ministère du Développement allemand souhaite présenter une initiative visant à utiliser la religion comme « puissance créative positive » dans le processus de développement. Depuis 50 ans, le ministère allemand soutient des programmes de développement affiliés à des églises partout dans le monde. Rien qu'en 2014, ces projets représentaient 218 millions d'euros. Le sujet a été débattu à deux occasions : à la banque de développement KfW et chez Misereor, une organisation caritative catholique. Martin Mauthe-Käter, du ministère du Développement, a souligné que la Banque mondiale, le ministère du Développement britannique et d'autres donateurs internationaux se penchent de plus en plus sur le rôle de la religion dans le développement depuis quelques années(7) ».

Tout est bon à prendre pour tarir ces migrations mortelles fruit d’un désespoir ultime. Ce type d’initiative en direction des pays où des conflits peut contribuer à diminuer l’entropie et à donner un espoir aux populations en leur évitant de risquer leur vie dans des aventures sans lendemain

En définitive, pour le moment, la forteresse Europe, véritable miroir aux alouettes pour les jeunes du Sud, se barricade plus que jamais. Cette Europe qui a mis en place le Sives qui permet de surveiller les côtes espagnoles de Ceuta et Mellila et qui permet de les voir, aussitôt qu'elles quittent l'Afrique. Cette Europe qui met en place une marine et une aviation de guerre Frontex pour repérer à l'avance les embarcations maudites et les rediriger sur leur pays d'origine.

C'est justement, l'augmentation des contrôles aux frontières qui oblige les migrants à prendre des itinéraires plus dangereux, les migrants sont devenus plus dépendants des trafiquants d'êtres humains.

Avec sa lucidité coutumière, Manlio Dinucci dénonce à la fois l'hypocrisie de l'Italie et plus globalement de l'Europe. Il écrit: «Honte et horreur»: ce sont les termes utilisés par le président de la République, Napolitano, à propos de la tragédie de Lampedusa. Dans cette Libye, environ un million et demi d'immigrés africains trouvent du travail. Quand en mars 2011 commence la guerre États-Unis/Otan contre la Libye (avec 10.000 missions d'attaque aérienne et de forces infiltrées, les premières victimes sont les immigrés africains en Libye, qui, persécutés, sont contraints de s'enfuir.» (8)

La réalité est au-delà des larmes de crocodile. La grande majorité des responsables politiques ne se soucient pas de ce problème - car c'est un sujet très complexe. Dans ces pays, le populisme progresse. Assurément, les valeurs de l'Europe étaient factices. Il faut espérer - encore un voeu pieux - que la Méditerranée qui a été le carrefour de tant de civilisations ne soit pas un cimetière pour les damnés de la terre et qu'elle puisse rassembler dans le cadre d'un codéveloppement qui a pour vertu ultime le partage, l'empathie, la solidarité. Les ressources existent en Afrique; qui empêcherait une coopération de l'égale dignité? (8)

Plus largement, les Nations unies devront s'impliquer réellement,-au nom de l'humanité- si ce mot veut encore dire quelque chose, dans la recherche d'une solution politique en Libye; en Syrie et même dans le Sahel. Tous ces conflits ont été créés, d'une façon ou d'une autre, par les puissants de ce monde. Pire encore, certains pays torpillent les efforts de l’Algérie qui croit plus que jamais à une solution politique et non une autre solution française à la hussarde dont on connait les performances çà et là.



1. http://www.huffingtonpost.fr/2015/04/23/initiative-pour-sauver-les-migrants-face-immobilisme-europe_n_7114728.html?xtor=AL-32280680


2. http://www.toolito.com/news/amnesty-200-sacs-mortuaires-migrants-mediterranee/


3. https://fr.news.yahoo.com/trouv%C3%A9-responsable-drame-migrants-libye-085636382.html

4. Gilles Munier http://www.france-irak-actualite.com/2015/05/francois-fillon-et-les-metastases-de-la-guerre-de-libye.html Françoise Petitdemange 2 Mai 2015


5.Patrick Weil Interview Jean Quatremer 19 avril 2015 http://www.liberation.fr/monde/2015/04/19/la-reponse-ne-doit-pas-etre-limitee-a-l-

ue_1252050

6. Saïd Bouamama http://www.millebabords.org/spip.php?article27686 25 mars 2015

7.http://www.euractiv.fr/sections/aide-au-developpement/berlin-veut-favoriser-le-role-de-la-religion-dans-laide-au

8. Chems Eddine Chitour http://www.legrandsoir.info/tragedie-de-lampedusa-europe-ou-sont-tes-valeurs.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/215434-la-mediterranee-fosse-commune-pour-les-damnes-de-la-terre.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 12:41

Au lieu de donner un poisson à quelqu'un apprend lui à pêcher.»

Mao Tsé Toung.

Il fut une époque où la Chine de Mao s'inspirait des Maghrébins. On rapporte que lors de la visite de la première délégation du Gpra conduite par le président Ferhat Abbas, le grand Mao sollicité sur la façon de conduire la révolution, leur conseilla de s'inspirer de l'émir Abdelkrim El Khattabi le Rogui qui tint en échec une coalition hispano-franco-anglaise de 500.000 hommes et plusieurs dizaines de généraux pendant l'épopée de la guerre du Rif. La stratégie de Abdelkrim inspira aussi beaucoup d'autres révolutions dont la vietnamienne avec Hö Chi Minh. Voilà pour l'histoire qui doit nous servir de référent (1)

La visite du Premier ministre Abdelmalek Sellal a pour but de consolider les relations et lancer dans le cadre du plan quinquennal 2015 -2019 un partenariat d'exception. L'Algérie encourage «vivement» les investisseurs chinois à s'impliquer davantage dans la réalisation des programmes et projets structurants. Avant de décrire ce que l'on pourrait attendre de Chine, nous allons décrire brièvement la force tranquille de ce pays. A tort nous pensons que ce qui vient de la Chine ce sont des équipements bas de gamme. Rien n'est moins vrai! La Chine exporte aussi du haut de gamme dans pratiquement tous les domaines, c'est le faible coût des achats et le faible pouvoir d'achat qui leur fait choisir des équipements de moindre qualité. Nous devons retenir que la Chine, c'est à la fois, l'atelier du monde dans tous les domaines, la ferme du monde, c'est aussi la centrale énergie renouvelable du monde.



La Chine et les énergies renouvelables

La Chine au premier trimestre 2015 a produit en énergie solaire autant que la France pour une année, c'est-à-dire une augmentation de 5.04 gigawatts. Les investissements dans la part des combustibles non fossiles (hydroélectrique, éolienne, solaire...) ont considérablement augmenté. Puisqu'il possédait peu de pétrole et de gaz, à peine 6% des réserves mondiales, le pays était contraint de les importer. Ces importations ont créé une dépendance dangereuse pour un pays longtemps habitué à ne compter que sur ses propres ressources. Les efforts que l'on observe depuis quelques années dans EnR font simplement partie d'une nouvelle étape de la politique. Le XIIème plan quinquennal prévoit d'ailleurs une réduction de 17% des émissions de dioxyde de carbone par unité de PIB entre 2010 et 2015 et une part de 15% d'énergie verte dans le mix énergétique en 2020. Le charbon compte encore plus de 60% du mix énergétique. (2)

La Chine est déjà passée par l'étape où elle développe une industrie solaire et éolienne low cost, capable de rivaliser avec les producteurs européens et américains. A partir des années 2000, en 2004 pour être exact, le pays a imposé un part de matériau local dans la construction des parcs éoliens. De 50% d'abord, puis de 70%. Cette politique a incité les leaders occidentaux du marché à installer leurs usines dans le pays. Quelques noms d'entreprises chinoises ont commencé à émerger, comme Sinovel ou Goldwind. Dans le solaire, la démarche: les groupes chinois sont ainsi arrivés sur les marchés occidentaux avec une offre low cost, jusqu'à 40% moins chère sur les panneaux solaires par exemple. Les investissements dans les EnR de la Chine sont immenses, 90 milliards de dollars sur la seule année 2014 (2).

L'éducation et l'enseignement supérieur en Chine

Les performances de la Chine n'ont pas jailli du néant. La Chine culmine dans les classements internationaux. La démesure de la compétence est adossée à des écoles performantes où l'élève fait 31 heures /semaine et où l'étudiant ne fait pas moins de 40 heures par semaine quand on sait qu'en Algérie c'est au plus deux fois moins à l'université. Trois matières principales dominent: le chinois, les mathématiques et l'anglais. Résultat des coures: les Occidentaux viennent observer in situ les méthodes chinoises d'enseignement. Les Anglais ont au moins l'originalité d'aller voir les systèmes éducatifs les plus performants - on aurait pu citer Singapour (particulièrement pour les mathématiques) ou la Corée du Sud à côté de Shanghai, qui non seulement est en tête des classements, mais triomphe chaque année depuis au moins dix ans dans les Olympiades de maths. Beaucoup d'appelés, très peu d'élus.

Loin de s'endormir sur ses lauriers, la Chine continue à propager une culture de l'évaluation des pratiques éducatives. Cela fait bien longtemps qu'élèves et écoles sont évalués en fonction de leurs résultats en lecture, mathématiques, sciences. Le ministère de l'Éducation chinois a introduit un système complémentaire d'évaluation de la qualité des écoles primaires et secondaires qui est basé sur la déontologie des cadres et des professeurs, sur la qualité de leur enseignement et sur le développement de l'intérêt des élèves. De plus, l'entrée à l'université est indépendante du diplôme de fin d'études secondaires. La fin du lycée est ponctuée par un examen régional: le Gâozhông bìyè kaoshì sans finalité. Seul un tiers des diplômés rentre à l'université, le reste est orienté vers la formation professionnelle avec la possibilité de revenir à l'université et même de s'instruire à son rythme dans le cadre des universités virtuelles.


La politique de la Chine à l'international

La particularité de ce grand pays est de s'adapter à la demande. Ils vibrent à la fréquence de leur partenaire et selon le niveau qualitatif et quantitatif de la demande. Ainsi, avec l'Allemagne grande nation technologique, la coopération est différente: la Chine est devenue le plus grand investisseur en Allemagne en 2014 avec un nombre record de projets d'investissement. En 2014 la Chine a investi dans 190 nouveaux projets innovateurs dans la plus grande économie d'Europe, ce qui représente une croissance annuelle de 37%, Selon le rapport, l'électronique et le semi-conducteur, l'ingénierie mécanique, les services financiers, l'information et la technologie des télécommunications, ainsi que les logiciels ont été les principaux secteurs qui ont attiré la plupart des capitaux chinois. (3)


La Chine aide-t-elle l'Afrique?

La Chine qualifie son aide de coopération Sud-Sud avec les pays africains. Plusieurs principes régissent cette aide: l'égalité entre les partenaires, les bénéfices mutuels, la non-ingérence dans les affaires intérieures. Elle se concrétise par des dons destinés à réaliser des projets sociaux (écoles, hôpitaux, etc.) ou culturels (centres culturels, bourses d'études aux Africains dans des universités chinoises), des prêts sans intérêts pour des projets d'infrastructures (routes, chemins de fer, ports,...), une assistance technique (envoi régulier d'équipes médicales, d'ingénieurs agronomes) ou militaire souvent sous-évaluée. (4)

C'est une aide liée, c'est-à-dire que les Chinois consentent des prêts aux pays qui leur ouvrent des marchés. Le fer de lance de cette coopération entre la Chine et l'Afrique est le Forum sur la coopération sino-africaine, le Focac dont la cinquième édition s'est tenue à Beijing en présence de 50 pays africains en juillet 2012. Elle s'est conclue par la mise en place du «plan spécial pour le commerce avec l'Afrique» en plusieurs points: 20 milliards de dollars de prêt aux pays africains dans les 3 années à venir, le financement de multiples projets (écoles, hôpitaux, centres de lutte contre le paludisme, centres pilotes agricoles), 18.000 bourses d'études pour de jeunes Africains, la formation de 30.000 professionnels africains en agriculture ou en santé. Les partenaires ont souhaité rééquilibrer leurs échanges à travers le développement d'autres secteurs: les relations culturelles, les transferts de technologie et le soutien à l'agriculture. Le FMI a reconnu que l'aide chinoise avait contribué à la croissance des PIB nationaux. Le président sud-africain Jacob Zuma semble donner une partie de la réponse: «L'Afrique» a-t-il expliqué «a montré qu'elle contribue au développement de la Chine en lui fournissant des matières premières et en procédant à des transferts de technologie. Ce modèle n'est pas soutenable à long terme» a-t-il conclu en appelant à un partage équilibré des échanges. (4)


La coopération avec l'Algérie

L'Algérie a beaucoup à apprendre de la Chine. L'Algérie compte actuellement près de 40.000 travailleurs chinois, dont 2000 ont acquis la nationalité algérienne. Pékin veut consolider sa place en Algérie. Soit! Mais, il faut le regretter, il n'y a pas transfert de technologie. La Chine est le premier fournisseur de l'Algérie en tout. A partir de 2000 la plupart des grands projets d'infrastructure ont été confiés à la Chine, La China state Construction Corporation (Cscec) (Aéroport d'Alger, autoroute Est Ouest, Grande Mosquée, extension de l'aéroport d'Alger...). L'Algérie est le deuxième partenaire de la Chine en Afrique après le Nigeria mais avant l'Afrique du Sud en 2014 avec 8,2 milliards de dollars La liste est longue, tant la Chine produit tout et l'Algérie, en revanche, importe presque tout. 20% de nos importations en 2014. Cependant, l'Algérie est seulement son 10e client (1,8 milliard de dollars). En clair: la Chine achète très peu de produits algériens, mais exporte beaucoup vers l'Algérie. En plus du commerce, 790 entreprises sont présentes en Algérie notamment dans le BTP Est-ce pour autant suffisant? Non! Quand la Chine a devancé la France, il y eut une réaction toute française: celle de ne pas comprendre que l'Algérie n'est la chasse gardée - en théorie de personne:» Contrairement à la Chine, la France «investit et produit en Algérie» a déclaré M.Pinel, président de la Ccife Algérie (Cciaf), la France ne fait pas que vendre à l'Algérie, mais elle investit et fabrique en Algérie ce qui ne peut être que bénéfique pour les deux parties.

Il est vrai qu'en regardant les statistiques on constate que la Chine est le premier vendeur à l'Algérie mais il est loin d'être le premier investisseur et créateur d'emplois. Les investissements de l'Asie, dont fait partie la Chine, ont créé 3 500 emplois en Algérie, alors que l'Union européenne a créé 40.000 emplois en Algérie, sachant que la France représente 75% des investissements de l'UE.


Quelques idées d’une réelle coopération Sud-Sud au-delà des mots

Monsieur le Premier ministre algérien a plaidé pour un partenariat économique «stratégique» entre les deux pays. Il nous faut imaginer un partenariat winn-winn qui sorte des sentiers battus. Nous allons tenter en tant qu'universitaire d'expliciter comment nous voyons ce partenariat d'exception. L'Algérie a beaucoup à apprendre de la Chine. Pékin veut consolider sa place en Algérie. D'accord! Mais pas en vendant uniquement.

La Chine tient à sa position commerciale et économique dans un contexte de concurrence très dure avec des partenaires européens, Près de 45.000 Chinois travaillent en Algérie dans de nombreux projets. Ce n'est pas suffisant! Car il n'y a pas transfert de technologie. La grande majorité des projets confiés à la Chine le sont dans le social! Avec aussi à la clé la destruction de ce qui restait du tissu industriel incapable de supporter la concurrence chinoise. Sans faire dans la nostalgie, on savait faire beaucoup de choses dont nous avons perdu le savoir-faire au profit du consommer. Il est temps, si la Chine veut aider réellement au décollage qu'elle nous aide à redémarrer sur un bon pied.

Il y a trois domaines qui sont fondamentaux pour le pays.

D'abord la nécessité de mettre en place une réelle transition énergétique basée sur le développement des énergies renouvelables. La Chine est leader et le prix du kWh renouvelable est équivalent à celui issu du gaz naturel avec la pollution en moins. Nous devrions examiner cette opportunité en se fixant un objectif réaliste par exemple 30% en 2030 que nous devons tout faire pour atteindre. Cette intégration des énergies renouvelables au bouquet énergétique de l'Algérie est synonyme de développement durable car une calorie exportée est une calorie disponible pour l'exportation ou pour les générations futures. Dans le même ordre, les dizaines de milliers de logements construits par les Chinois devraient répondre aux normes d'économie d'énergie, notamment par la mise en place de chauffe-eaux solaires et là c'est toute une industrie que l'on pourrait mettre en place et qui créerait de la richesse. Le moment est venu de passer de l'ébriété énergétique actuelle à la sobriété énergétique par des économies nécessaires et par la détermination à marche forcée vers le développement durable. Un pays comme la Chine peut nous aider à faire le saut qualitatif.

Le deuxième projet aussi important est celui du développement de projets structurants dans le Sud. Le but est de créer une dizaine de villes nouvelles attractives avec les commodités en logements (une partie de ceux du Nord,) pour développer l'agriculture et les énergies renouvelables avec la disponibilité de forages pour l'eau et de l'électricité. C'est une réelle alternative qui permettra de revitaliser le Schéma national d'aménagement du territoire (Snat) en commençant par la dorsale In Salah-Tamanrasset (700km) avec la mise en place de plusieurs villes avec cette formidable jeunesse à qui on donnerait les moyens de cultiver, de bâtir, de créer, en un mot de se sentir utile pour le pays, de faire du Sahara, une seconde Californie. Méditons sur le fait que Marrakech qui est un véritable jardin est à la même latitude que notre Sahara!

Le troisième projet est celui de la production de l'intelligence. Il devrait aboutir, en toute logique à la mise en place d'une université technologique financée par la Chine. Une université modèle - une université de 50 ans d'amitié - conçue où seraient enseignées en chinois et en anglais les technologies de demain et les vrais métiers pour lesquels un réel transfert sera réalisé. Cette université serait aussi la vitrine de la Chine et de l'Algérie pour l'Afrique. Dans ce cadre, l'aide de la Chine dans la fabrication des équipements pédagogiques que nous importons actuellement en totalité pour des centaines de milliers de dollars. Une politique déterminée et rationnelle permettra graduellement d'intégrer un savoir-faire national irréversible et perfectible qui est aussi l'un des facteurs du démarrage de la recherche
En définitive, nous ne devons jamais oublier que la Chine avait reconnu le Gpra trois jours après la proclamation et l'Algérie combattante en lui fournissant les moyens de sa lutte. C'est un autre combat que mène l'Algérie pour la place dans un monde de plus en plus chaotique. Nous avons plus que jamais besoin de l'amitié sincère de la Chine, pour nous permettre de passer à une autre étape du développement.

Mettons en oeuvre ce que disait Mao: «Apprenez-nous à pêcher, apprenez-nous à être autonomes, à être autosuffisants», le commerce n'en partira pas, mais il changera de dimension. Un proverbe chinois: «Si vous voulez aller plus vite, allez seuls, mais si vous voulez aller plus loin, allez ensemble.» Nous voulons faire le chemin ensemble. Faisons-le. Les Algériens vous seront reconnaissants dans cent ans, dans mille ans, que vous avez contribué à la science par la mise en place de ce temple du savoir seul vrai trait d'union entre les cultures et les peuples


1. Chems Eddune Chitour http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeu r_chitour/55494-L%C2%B4%C3%A9pop%C3%A9e-de-l%C2%B4Emir-Abdelkrim.html

2. http://www.atlantico.fr/rdv/atlantico-green/boom-panneaux-solaires-en-chine-c-est-mainte-nant-et-voila-pourquoi-va-chauffer-florent-detroy-2112476.html#rOw R5ZYSFP8bF7LL.99

3. http://french.xinhuanet.com/2015-04/27/c_134189256.htm


4. http://www.ritimo.org/article641.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 10:41

«Quand la violence entre par la porte, la loi et la justice sortent par la cheminée.»

(proverbe turc)

Encore une fois, l'actualité mean stream nous rattrape et nous oblige à témoigner pour déconstruire un mythe et dans le même mouvement replacer les meurtres de masse depuis la découverte du Nouveau Monde. Nous ne parlerons pas des différents massacres de masse de peuples entiers, les Indiens, les Aztèques, les Incas, avec la bénédiction de l'Eglise et ceci malgré les rares suppliques à l'instar de celle de Bartoloméo de Las Casas.

Le mot génocide est-il une marque déposée?

Le terme génocide est apparu pour la première fois par l’historien Raphaël Lemkin dans son étude Axis Rule in Occupied Europe en 1944 pour tenter de définir les crimes perpétrés par les nazis à l'encontre des peuples juifs, slaves et tziganes durant la Seconde Guerre mondiale, ceux commis par le gouvernement des Jeunes-Turcs de l'Empire ottoman à l'encontre des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale et ceux dont furent victimes les Assyriens en Irak en 1933. Cette classification est arbitraire et aléatoire, elle traduit de fait, la suprématie de la doxa occidentale qui doit être seule productrice de sens , de norme. De fait, la terminologie doit obéir au magistère. Ce terme nous dit- on ne doit pas être utilisé à tort et à travers d'autant qu'il y a des mots qui sont interdits d'utiliser.

A titre d'exemple je cite l'article sur La déportation de Noirs. Rosa Amelia Plumelle-Uribe écrit: «Lors d'une table ronde sur la traite des Noirs et l'esclavage, en octobre 1998, j'avais traité le thème de «la déportation massive d'Africains, un crime contre l'humanité». De retour vers Paris, un historien, professeur à l'université d'Orléans, m'a suggéré d'une façon très amicale de «ne pas employer le mot déportation s'agissant de la traite car il vaut mieux éviter les malentendus». (...) J'ignorais que même le droit d'appeler par son nom la déportation d'êtres humains la plus gigantesque que l'histoire de l'humanité ait connue pouvait nous être contesté. (...) Ainsi, parce que les auteurs de ces actes barbares privilégièrent l'emploi d'euphémismes comme «traite», nous serions priés de nous en tenir là? Le monopole des mots et des définitions n'est pas anodin. Il fait partie de la manipulation de l'histoire et du contrôle de son interprétation (...) Il est temps et il est nécessaire qu'au moins les Noirs sachent que la différence fondatrice du décalage entre le génocide afro-américain et les génocides hitlériens relève non pas des faits, mais de leur qualification juridique.» (1)


La réalité des massacres des Arméniens

On ne peut comprendre l'acharnement de certains pays dont la France à qualifier les massacres de la Première Guerre mondiale des Arméniens de génocide sans parler de la réalité et de la qualification des faits. Interrogé par les journalistes du Monde, sur son refus de reconnaître le génocide arménien, Bernard Lewis, professeur à Princeton, déclare: «(..) Vous voulez dire reconnaître la version arménienne de cette histoire? Il y avait un problème arménien pour les Turcs à cause de l'avance des Russes et d'une population anti-ottomane en Turquie, qui cherchait l'indépendance et qui sympathisait ouvertement avec les Russes venus du Caucase. Il y avait aussi des bandes arméniennes - les Arméniens se vantent des exploits héroïques de la résistance -, et les Turcs avaient certainement des problèmes de maintien de l'ordre en état de guerre. Pour les Turcs, il s'agissait de prendre des mesures punitives et préventives contre une population peu sûre dans une région menacée par une invasion étrangère. Pour les Arméniens, il s'agissait de libérer leur pays. (...) Nul doute que des choses terribles ont eu lieu, que de nombreux Arméniens - et aussi des Turcs - ont péri. Mais on ne connaîtra sans doute jamais les circonstances précises et les bilans des victimes. (...) Pendant leur déportation vers la Syrie, des centaines de milliers d'Arméniens sont morts de faim, de froid... Mais si l'on parle de génocide, cela implique qu'il y ait eu politique délibérée, une décision d'anéantir systématiquement la nation arménienne. Cela est fort douteux. Des documents turcs prouvent une volonté de déportation, pas d'extermination.(2)

Pour Bernard Lewis, la vérité historique, l'honnêteté intellectuelle et le devoir de mémoire auraient voulu que le souvenir des populations musulmanes d'Anatolie orientale massacrées par les Brigades de Volontaires Arméniens engagées dans les rangs des troupes tsaristes, soit également évoqué dans ce débat. Mais force est de constater que les Arméniens se gardent bien de parler des atrocités qu'ils ont commises à l'encontre des Turcs, et passent sous silence leur alliance avec la Russie contre l'Empire ottoman...(3) (4)

Gilles Martin-Chauffier rédacteur en chef de Paris-Match et écrivain, a malgré l'acharnement des biens-pensants refusé d'utiliser le mot génocide. Pour lui, La Turquie a été dépecée. L'Arménie s'est retrouvée avec le tiers de la Turquie. Elle allait de la mer Noire à la Syrie. Pourquoi elle a eu un tel cadeau l'Arménie? Pourquoi un cadeau aussi extraordinaire, sinon parce qu'elle avait rendu des services extraordinaires.» (5)...

Un autre témoignage est celui de l'historien irlandais le Dr Patrick Walsh qui déclare: «Les faits sont des tragédies pour les chrétiens et pour les musulmans. Mais si la question reste plantée sur l'expression de génocide', nous n'avancerons jamais. Tout le monde sait qu'à l'origine de la question, il y a les grandes puissances comme la Russie.» Walsh met l'accent sur l'importance des démarches lancées par la Turquie pour une réconciliation et ajoute que les Turcs et Kurdes sont aussi les victimes des incidents de 1915 tout comme les Arméniens. Pour lui «l'éventualité d'un Etat arménien n'était pas possible car la population arménienne était une minorité à l'est de l'Anatolie. Les pays de l'Entente ont intelligemment profité des Arméniens. Et les Arméniens qui ont compté sur les pays de l'Entente ont fait une mise.» Patrick Walsh s'attarde également sur le rôle de l'Angleterre tout comme la Russie sur ces incidents et indique que «l'Angleterre a entraîné la déstabilisation de la région dès le début du 20e siècle. (...) Les nationalistes arméniens qui ont profité de la Première Guerre mondiale qui a opposé l'Etat ottoman à la Russie en 1914, ont collaboré avec les forces russes pour créer l'Etat arménien. Quand l'armée russe envahit l'Est de l'Anatolie, elle connaît un grand soutien des Arméniens ottomans (...). En même temps, les gangs arméniens ont massacré et réprimé les civils dans les endroits qu'ils ont occupés. (...) En raison des attaques qui se sont poursuivies une décision a été adoptée le 27 mai 1915 pour la déportation des Arméniens dans les zones de conflits et en coopération avec l'armée russe occupante». (6)


La genèse réelle de ces massacres: la lutte contre l'islam

Tour revient en définitive, à la lutte contre l'islam représenté par l'Empire ottoman, l'homme malade de l'Europe et que la sainte coalition a arrêté aux portes de Vienne en 1687. Par la suite, l'empire vermoulu fut attaqué de toutes parts par les deux nations diaboliques de l'époque, la perfide Albion et son acolyte le coq gaulois sous prétexte de précaution des minorités «La genèse historique de l'Occident, lit-on sur cette contribution, étant ce qu'elle est, cette histoire de la civilisation judéo-chrétienne jonchée de périodes troubles est entachée de crimes de masses, de génocides, de pogroms que l'Occident aimerait oublier à défaut de pouvoir l'occulter totalement. En dépit de toutes les accusations portées à l'encontre de l'islam, il n'a jamais été prouvé que cette religion, dans sa dimension politique, idéologique ou même spirituelle, ait été à l'origine de génocides ou de pogroms. (...) Si aujourd'hui avec la France en tête, les Occidentaux reprochent à la Turquie de ne pas admettre un génocide taillé sur mesure pour les descendants des Ottomans, c'est l'islam, par prolongement, qui est bien entendu visé.... Nombreux sont les historiens, intellectuels et écrivains, des Arméniens comme Asoghik et Mathieu d'Edesse à Voltaire, en passant par Lamartine à Claude Farrère, Pierre Loti, Philip Marshall Brown, Michelet, Sir Charles Wibon, Bronsard, Edgar Granville et bien d'autres qui ont fait l'éloge de la gestion admirable et équitable de la société multi-ethnique du Califat ottoman. Alors que la même époque l'Europe judéo-chrétienne vivait ses moments plongés dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie médiévale et de l'inquisition.» (7)

Que s'est-il passé? Il semble que les Occidentaux ont promis l'indépendance aux Arméniens. «Au début du XXe siècle, les Arméniens se trouvent au sein d'une tourmente entre Orient et Occident. « Manipulés par les Russes, puis par l'Europe, les Arméniens occupant des positions-clés au sein de l'appareil d'Etat ottoman, ont joué un rôle décisif et n'hésitèrent pas à participer à la déstabilisation du Califat. En 1915. Le nouvel Empire ottoman n'était plus qu'un petit territoire de 120.000 kilomètres carrés, couvert en majeure partie de terres inexploitables. La Première Guerre mondiale achève son démembrement; les territoires arabes qu'il contrôle (Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie) sont placés sous protectorat britannique et français (accord Sykes-Picot), le Caucase est perdu. Le traité de Sèvres du 10 août 1920, consacre le démembrement de l'Empire ottoman. La SDN confie les provinces arabes à la France et au Royaume-Uni. Il sera révisé par le traité de Lausanne du 24 juillet 1923, conclu avec la Turquie 'moderne'' d'Atatürk. Pour Norbert de Bischoff, 'Ainsi s'effondrait après une chute sans égale, un des plus grands empires qu'ait connus l'histoire moderne.» (7)

La modernité génocidaire commence en 1492

Si nous voulons en honnêtes courtiers rapporter les faits ou plutôt les méfaits d’Un Occident sûr de lui, dominateur et dictant la norme, il nous faut remonter loin dans le temps pour comprendre cette pulsion de donner la mort aux peuples faibles ,sous couvert d’évangélisation, de civilisation pour nous faire entrer dans l’histoire pour utiliser une expression malheureuse de Nicolas Sarkozy venu apprendre à Dakar ,aux Africains de ne plus rêver et d’entrée dans cette histoire que l’Occident a inauguré dit-on avec les grandes découvertes.. Ce fut la curée synonyme de Règle des trois C. Christianisation, Commerce, Colonisation . Il est sûr, écrit l'écrivain éclectique Kaddour M'Hamsadji, présentant l'ouvrage «L'Occident à la conquête du Monde» (8); que nous observons avec le grand historien français Marc Ferro, ce qu'il dénonce dans son «Livre noir du colonialisme, XVIe-XXIe siècles», quand il écrit: «Aujourd'hui, devant les famines qui menacent, les grandes puissances jouent les Ponce Pilate comme si elles n'étaient pas des agents de cet impérialisme multinational qui, sur les populations les plus faibles, resserrent les rets de la mondialisation. Un autre génocide, d'une certaine façon?» Mais, en vérité, «l'odieux prestige» de l'Occident impérialiste, dans tous ses états de terreur et de répression, aura commencé des siècles et des siècles plutôt dont celui où se sera inscrite l'année 1492. Cette date n'aura été qu'un repère bien «médiocre» sur son parcours vers la domination totale des peuples qu'il aura fallu convertir aux «valeurs de l'Occident»... »(9)

« À ce sujet, l'ouvrage «L'Occident à la conquête du monde» de Chems Eddine Chitour apparaît comme une étude riche en questionnements. «Le postulat de départ, écrit-il, est que l'Occident chrétien se veut être, à tort, le seul producteur de sens et de normes. [...] Mais le régime colonial n'est pas seul en cause, pas plus qu'un antisémitisme allemand permet d'ignorer parfois l'extension des crimes contre des non-juifs et les ordres d'extermination mis en oeuvre avant 1914 contre les Hereros du Sud-Ouest africain.» «Décrire toutes les horreurs induites par la colonisation, sans décrire les fondements des processus de colonisation, ne pourrait permettre de savoir ce qui s'est réellement passé et pourquoi cela s'est passé.» En conclusion, ayant savamment «déconstruit notre imaginaire hérité».(9)


Des bons et des mauvais génocides

Dans le même ordre de la déconstruction/reconstruction du modèle occidental , une étude magistrale de Mohamed Abassa fait d'une façon élégante mais sans concession le procès de ce magistère occidental dixit adoubé par l'Eglise qui dit-il connaît l'histoire et ne se trompe pas. Il écrit: «Le pape François, dont on devine l'immense bonté pour tout ce qui est chrétien, déplore et dénonce les trois génocides du siècle dernier: le massacre des Arméniens chrétiens, les massacres nazis contre les juifs et les massacres du stalinisme communiste, du Rwanda, du Burundi et du Cambodge. (...) Pourquoi être comptable de seulement trois génocides et autres suggérés accessoires par le non-dit, et pourquoi sur un seul siècle? Les Etats-uniens comptent, à eux seuls, plus de 2000 agressions militaires directes contre des pays souverains, 402 traités de paix par eux violés, et résultat de la course, plus de 50 millions d'êtres humains massacrés par leurs armées dans les cinq continents ». (10)


« Personnellement poursuit l’auteur, , le massacre d'un seul être humain pour le motif de ses idées, de sa peau, sa religion, sa race ou ses croyances constitue en soi un génocide. Tuer quelqu'un parce qu'il est juif, chrétien ou musulman, athée ou agnostique ou rien de tout cela, est un génocide. Qu'a fait la papauté de Pie XII pour dénoncer les massacres de civils algériens, 40.000, un véritable génocide, le 8 mai 1945, à Sétif? Rien». (...) Ces génocides des cinq derniers siècles où donc sont-ils passés dans la mémoire du saint pape? Sont-ils oubliés, gommés parce que l'Eglise, la chrétienté et l'Occident y sont impliqués jusqu'à l'os? L'occupation et l'évangélisation des Amériques par l'Eglise et les Européens, Anglais, Espagnols, Portugais, Hollandais et Français en tête, ont provoqué des millions de morts, des centaines de génocides! Qui en parle? Personne. Est-ce de bons génocides? Qui ne dit mot consent. Qui a exterminé, il y a moins de trois siècles, les Sioux, les Apaches, les Navarro, les Cheyenne, les Cherokee, les Creeks, les Iroquois, les Esquimaux? Tous massacrés, leur bétail aussi et leurs récoltes incendiées pour les faire mourir de faim et de maladies, pour les exterminer, éteindre à jamais leurs races. L'épopée du Far West n'est rien d'autre qu'une fumisterie cachant une multitude infâme de génocides dont l'Eglise était partie prenante.» «Epopées odieuses dont s'est inspirée l'armée coloniale française pour tenter d'éteindre à jamais la race algérienne, A l'arrivée, par la force, de la France en Algérie, la population algérienne était estimée entre sept et huit millions d'habitants. En 1920, elle était estimée par l'administration coloniale à sept millions d'individus alors que normalement elle aurait dû être atteindre statistiquement, sur la base d'un taux de progression démographique moyen, pendant un siècle, les 11 millions d'habitants. Où sont donc passés les quatre millions d'Algériens manquants selon les prévisions des calculs démographiques? C'est tout simplement les effets différés et cumulés de la politique de 100 ans d'exterminations,(...) Ce que qualifieront Victor Hugo, Jules Ferry et Alexis de Tocqueville de «marche de la civilisation sur la sauvagerie». Ce à quoi répliquera tranquillement l'Emir Abdelkader: «Non, messieurs des Misérables c'est votre sauvagerie qui marche sur notre civilisation. Je reconnais vos traces et vos passages à mes bibliothèques et livres brûlés.» (10)

Camille Loty Malebranche a bien raison d'écrire: «La seule morale des puissances occidentales, est leur prépondérance et au nom de celle-ci tout, même l'argument du divin et de l'humanisme humanitaire, est évoqué pour autoriser les guerres, les bombardements et les crises humanitaires dues aux pires détresses humaines. (...). L'Occident crée les conditions de multiples détresses dont il n'assume point sa sinistre responsabilité.»(11)

Les massacres de masses des Arméniens , n’ont pas jailli du néant, ils sont la conséquence des manœuvres des Nations occidentales qui ont donné l’illusion à l’Arménie , que la « bête ottomane était morte » et que la curée pouvait se faire sur la dépouille encore frémissante de cet empire ottoman vermoulu attaqué de toute part depuis plus d’un siècle notamment après la bataille de Lépante où l’Eglise rameuta tous les croisés ; C’était en 1827. Ce fut ensuite, les attaques des Grecs , des Bulgares pour leur indépendance/ Vint ensuite l’ingérence directe dans « la question d’Orient » où l’Angleterre et la France avaient tout fait pour exciter les Chrétiens, au point qu’ils subirent des massacres en Syrie ; On le répétera jamais assez ce fut un Musulman en l’occurrence l’Emir Abdelkader sauva les 3000 chrétiens, les logea les protégea les nourrit , jusqu’à ce que les émeutes s’arrêtèrent . Résultat des courses de l’ingérence : on imposa à l’empire un gouverneur chrétien pour s’occuper des Chrétiens « Moutassarif » . Ce fut enfin, des prêts toxiques qui achevèrent de ruiner l’empire vermoulu, jusqu’à cette première guerre où l’Empire ottoman se rangea du mauvais côté. La guerre n’était pas encore terminée que les acolytes Sykes et Picot commencèrent à se partager la dépouille …

Il ne sert à rien de nous devons ré étalonner les mots et convenir dorénavant que toute vie humaine perdue est une tragédie sans faire dans l'étalonnage par le nombre. L’Occident a perdu tout magister moral que les nations lui faibles lui avaient attribué. Il nous fait découvrir chaque jour sa nature ; Sous des mots doucereux, Il nous sature la diode avec les Droits de l’Homme – en fait des Droits de l’Homme Occidental- il nous berce d’illusions sans lendemain. Nous devons imaginer de nouvelles grilles de lecture, qui doivent nous aider à mieux appréhender le monde et ne plus développer des réflexes pavloviens au moindre stimuli des médias occidentaux qui nous vendent un projet d’accaparement du monde au profit, non pas des couches laborieuses, même dans ces pays occidentaux, mais au profit exclusif d’une oligarchie qui tient les rênes du grand capital et partant de la marche du monde. Pour paraphraser Jean Paul Sartre « quand les riches se font la guerre , ce sont les faibles qui meurent ». Ceci, à moins de résister et patiemment montrer qu’ il y a une alternative, que l’on peut coexister ensemble sans s’étriper. Faisons la paix, malgré eux, unissons nous pour un monde meilleur


1.Rosa Amelia Plumelle-Uribe http:// reseauinternational.net/la-deportation-de-noirs/ 25 04 15


2. Bernard Lewis interview par J.P. Langellier, J.P. Peroncel-Hugoz Le Monde, 16.11.1993

3. http://www.tetedeturc.com/home/spip. php?article14#06

4.Chems Eddine Chitour http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du _professeur _chitour/145022-les-politiques-dictent-l-histoire.html24 Décembre 2011


5. Gilles Martin-Chauffier http:// www.armenews.com/article.php3?id_article=110466
6.http://www.alterinfo.net/Turcs-et-Kurdes-egalement-victimes-des-incidents-de-1915_a113196.html


7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9 _de_S%C3%A8vres


8Chems Eddine Chitour: L'Occident à la conquête du Monde. Edtions Enag 2010

9.Kaddour M´hamsadji http://www.djazairess.com/fr/lexpression/77879 23 - 06 - 2010

10.Mohamed Abassa http://www.algeriepatriotique.com/article/une-contribution-de-mohamed-abassa-des-bons-et-des-mauvais-genocides15 Avril 2015


11.Camille Loty Malebranche http://intellection.over-blog.com/2015/04/capitalisme-immanence-actuelle-d-une-hegemonie-colonialiste-exterminatrice.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur

_chitour/215041-la-necessaire-deconstruction-de-la-civilisation-occidentale.html

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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