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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 19:25



«Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange; Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange; La chose simplement d'elle-même arriva, Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.»

Victor Hugo. (Extrait des Misérables)

«Il dort. Nature, berce-le chaudement: il a froid. Les parfums ne font pas frissonner sa narine; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, Tranquille (...)».

Arthur Rimbaud.( Le dormeur du Val)

De par le monde, chaque pays, notamment européen, est en train de prendre en charge dans des conditions, certaines fois inhumaines; les migrants qui ont fui le chaos en cours dans le pays. Dans ce cadre mis à part trois pays musulmans (Le Liban, la Jordanie et la Turquie) qui ont pris dans des conditions difficiles plus de deux millions de réfugiés syriens, l'image de Aylan l'enfant de trois ans noyé, a été un véritable électrochoc mondial. Ce bébé n'a connu que la guerre, les bombardements, la fuite, les explosions, la misère la peur et enfin la noyade. 1000 jours d'enfer en espérant qu'il y ait une place au paradis pour les bébés noyés.

« Le petit Aylan Kurdi, écrit, en substance, Anne Caroline Desplanques, n'aura jamais connu autre chose que la route de l'exil. Depuis sa naissance, ses parents fuyaient la guerre en Syrie. Son petit corps immobile enveloppé dans un t-shirt rouge trempé, ses petites chaussures enfoncées dans le sable, son visage joufflu caressé par les vagues ont ému toute la planète. La mer Égée a déposé l'enfant inanimé sur une plage de la péninsule de Bodrum. (...) Aylan a passé sa courte vie le baluchon à l'épaule. C'est en effet l'année de sa naissance, en 2012, que ses parents ont fui leur ville d'origine, Damas, d'après le récit d'un ami de la famille à l'AFP.
Avec d'autres réfugiés, ils décident finalement de s'organiser seuls pour atteindre à la rame l'île grecque de Kos, située à moins de 5 km (...) Les réfugiés récupèrent donc deux bateaux pneumatiques capables de transporter chacun 10 personnes et prennent la mer ».(1)

« Les petits Kurdi sont excités. «Il y a beaucoup de jouets en Europe, non?» a demandé l'aîné, Galib, a relaté sa tante, rapportant une conversation téléphonique avec son frère. Mais à 500 m de la plage, les bateaux surchargés commencent à prendre l'eau. Paniqués, les passagers se lèvent. Les embarcations chavirent et se dégonflent. «Les enfants ont crié: «Papa s'il te plaît ne meure pas»», a rapporté leur tante. Le père de famille aura finalement été le seul des quatre à s'en sortir.» (1)



Pourquoi le chaos en Syrie, en Irak, en Afghanistan?

La cause est avant tout à chercher dans les dirigeants mal élus qui ont d'une façon ou d'une autre permis aux puissances occidentales (mues elles-mêmes par le grand capital de s'ingérer en trouvant une oreille attentive auprès d'une population harassée par l'injustice, le passe-droit, le népotisme et la corruption. L'Occident a beau jeu de mettre en avant les droits de l'homme, la liberté pour semer le chaos dans ces pays et refaire un nouveau Sykes-Picot avec de nouvelles cartes de pays tracés en fonction des intérêts des puissants.

Que deviennent les peuples dans ces situations qui les dépassent? Ce sont, justemen, eux qui servent de variable d'ajustement, ce sont eux qui meurent, ce sont eux qui envoient à la mort des milliers des leurs dans des coquilles de noix pour atteindre un lointain nirvana l'Europe qui verrouille ses portes. Il a fallu la noyade atroce du petit Aylan pour qu'hypocritement les pays occidentaux se découvrent une dimension humaine et tout le monde s'ajoute allant même jusqu'à exploiter d'une façon scandaleuse l'image.

Pire il n'y a pas eu de journaux français – à part un ou deux trop occupés à couvrir la marche des tracteurs sur la capitale- pour montrer l'image atroce de Aylan face contre terre qui dort d'un sommeil dont il ne se réveillera pas Si les responsables sont connus et ne rendent pas compte car il n'y a pas de tribunal Nuremberg des peuples pour juger ceux qui ont amené le chaos, on ne peut que s'en remettre au bon vouloir des puissants Il ne faut jamais oublier que dans cette histoire de migrants, le chaos des réfugiés de toutes nationalités des pays du Sud est dû aussi et plus que jamais aux guerres fomentées par les pays occidentaux qui s'en lavent les mains.

Le problème des réfugiés est un problème planétaire et la solution devrait être planétaire. Chaque pays du G20 devrait prendre sa part de la détresse de ces migrants marqués comme des bêtes, véritables épaves Un exode pire que celui de la Bible car nous sommes au XXIe siècle et on laisse périr des personnes « humaines » coupables d’être misérables. Compatir soulager la douleur au-delà de toute calcul politicien , c'est cela la solidarité. On en est loin, il a fallu que l'on apprenne que le Canada aurait refusé un visa à la famille de Aylan malgré l'intervention de sa tante de Vancouver, pour que les «officiels» en pleine campagne fassent aussi preuve d'humanité en déclarant qu'ils sont prêts à faire un geste. Les migrants n'ont pas besoin de geste, ils ont besoin qu'on leur trace une solution.

La honte des pays arabes

Dans cette tragique situation des migrants les potentats arabes musulmans sont au-dessous de tout! Ce sont quand même des Arabes, des musulmans, des chrétiens qui souffrent, des êtres humains. Il y a eu un silence assourdissant des potentats mal élus qui font le malheur de leurs peuples respectifs. Au contraire, pendant qu'Aylan luttait pour survivre, le potentat d'Arabie saoudite discutait avec Obama comment réduire l'influence de l'Iran qui au passage aussi a fait preuve d'un silence assourdissant.

Dans ce cadre, s’agissant de l’Algérie ,nous n’avons pas de leçons à donner aux autres. Nous ne faisons pas ce que nous devrait notre conscience. Par vocation humaniste dont on dit que l’hospitalité algérienne est proverbiale , mais aussi se souvenant que la Syrie (Bilad Echam) a été le pays qui a accueilli l'Emir Abdelkader et ses proches et bien plus tard, les exilés de 1871 (Révolte de Mokrani) et bien plus tard, encore, plus de 500 familles algériennes qui n' ont pas voulu accepter la conscription des Algériens dans l'armée française.

Pour toutes ces raisons, l'Algérie s'honorerait en annonçant qu'elle régularise dignement la situation des quelques milliers de réfugiés dans des conditions définies et surtout du fait de la rentrée scolaire, voire de la formation professionnelle mettre en place rapidement les modalités d'intégration des élèves en leur permettant de suivre leur scolarité dans des conditions normales.

Les inégalités porteuses de misère qui font le lit des transhumances

Au-delà de la responsabilité des pays occidentaux dans les malheurs des pays arabes et musulmans, il est important de savoir quels sont les causes profondes de ces migrations, leur importance et les conséquences des invasions des migrants et leur apport à l’économie du pays d’accueil Une contribution sans concession présentée par Marwan Muhammad rappelle la réalité crue des inégalités porteuse de toutes les détresses et explique en quoi justement, les données sont faussées concernant le réel apport des migrants contre l'adage qui veut que «les émigrés mangent le pain des Français» comme l'avait si bien tourné en dérision Fernand Reynaud. Il donne les arguments suivants:


1) Les 100 personnes les plus riches possèdent plus que les 3.5 milliards de personnes les plus pauvres. Donc quand on explique qu' «on ne peut pas accueillir toute la misère du monde», c'est tout sauf une question de moyens».(2)

2) Les immigrés rapportent plus à l'Europe qu'ils ne «coûtent». Donc leur criminalisation et leur diabolisation est un choix politique et NON une question de «rationalité économique».(2)

3) «On ne peut pas accueillir toute la misère du monde», mais on oublie de dire que dans une partie des situations politiques et économiques qui poussent des êtres humains à quitter leur terre et leur famille, nous avons souvent une part lourde de responsabilité. Les migrants ne se sont pas réveillés un matin, de manière spontanée en se disant: «Tiens, si on allait en Europe, histoire d'être traités comme si notre vie ne valait rien?» On a souvent provoqué les conditions de leur départ et de leur détresse.» (2)

4) On veut la libre circulation des marchandises, la libre circulation des capitaux, mais pas celle des êtres humains. On veut pouvoir concurrencer les Africains chez eux en leur vendant nos produits et nos légumes sous pesticides, dopés par nos subventions, tout en leur interdisant de nous concurrencer ICI par leur travail. En fait, ce qu'on leur propose, c'est une prison à ciel ouvert dont nous sommes les gardiens.» (2)

5) Pour une année donnée (disons 2013), la somme des aides alimentaires aux pays du Sud est de 50 milliards. Pour la même année, les intérêts de la dette payée aux pays du Nord est de 500 Milliards. Donc en gros, je te donne 1 en «charité» et je te prends 10 en intérêts. En fait, si nous finançons la «misère de leur monde», c'est qu'ils financent la richesse du nôtre.»(2).

6) Qu'ils soient migrants, réfugiés, illégaux ou autorisés, les hommes et les femmes qui sont parqués comme des animaux dans des camps ou refoulés aux frontières sont des êtres humains (c'est dramatique de devoir le rappeler) et, à ce titre, ont des Droits. Il s'agirait de commencer à en prendre conscience plutôt que de les traiter comme des criminels».(2)
7) Certains ont fui la guerre, l'extrême pauvreté, traversé la mer dans des barques de fortune, résisté aux pires injustices, porté leurs enfants sur le dos sur des distances qui défient l'entendement, subi des épreuves qu'aucun (e) d'entre nous ne pourrait endurer. Ils ne sont pas «la misère du monde», ils sont l'honneur de l'humanité.» (2)

Le cri du cœur du journaliste Olivier Ravanello

Je ne peux résister à vous faire partager ce cri du coeur – une fois n’est pas coutume- du journaliste Olivier Ravanello qui décrit avec des mots simples la tragédie des migrants et l'épopée douloureuse et tragique de Aylan le bébé que la mer nous a rendu sans vie: «Ils étaient 11, et lui avait 2 ans. Il leur restait 7 kilomètres à faire. Quelques heures à pied en prenant le temps de s'arrêter à cause des enfants. Mais il y avait la mer. Oh rien, un bras de mer. «Regardez, on voit la côte là-bas». Devant eux la Grèce, l'Europe. Derrière eux la Turquie. Ils étaient 11 et lui avait un tee-shirt rouge. Etaient-ils de la même famille?(…) »(3)

«Voilà deux bateaux. Vous n'avez qu'à aller tout droit, c'est simple». (...) «Que faire?» se disent nos élus en prenant une mine de circonstance, tétanisés que leur humanité ne leur coûte leur siège. Autour de nous, les pays frontaliers accueillent tant bien que mal des flots de réfugiés. Ils ne croulent pas sous l'or mais ils le font. 630.000 Syriens sont en Jordanie, 300.000 au Liban, le petit Liban; 2 millions en Turquie qu'on critique tant. En France? «3 450 visas», dixit le ministère de l'Intérieur. Et on parle de pression insupportable.» (3)

Olivier Ravanello met les points sur les i quant à l’incurir des ONG : «Pour le tsunami écrit-il, les ONG croulaient sous les dons et là rien? On débat sur le mot «migrant». Je vous entends hurler «ils viennent pour les alloc». Vous est-il venu en tête que l'on puisse préférer son quartier, son village, son pays et rêver d'une Syrie en paix pour y revenir au plus vite?

« Non! Ils viennent parce que chez eux on tue. Tout et tout le monde. Ils étaient 11 et lui du haut de ses 2 ans n'avait jamais connu autre chose que la guerre. Avait-il peur en montant sur la petite embarcation? Prenait-il cela pour un jeu? Riait-il ou était-il endormi dans les bras de sa mère? Ils se sont répartis les coquilles de noix laissées par ce passeur de la mort. Cinq sur l'une. Six sur l'autre. Lui et ses chaussures bleues étaient parmi les six quand le bateau a commencé à couler. Il était seul quand il s'est noyé. Seul quand il est mort. Sur la plage il semblait endormi. Comme nous. Mais lui ne se réveillera pas.» (3)

D’une façon prémonitoire, il répond à la logorrhée haineuse et malsaine de Marine Le Pen qui déclare que si c’était elle, elle n’accueillerait personne et les personnes qui y sont , seront charterisés. Le corps social est tellement travaillé par la Droite quand on est en droit de se demander si la pitié existe puisque à 61% , ils sont contre l’accueil de migrants. Contrairement à la Suède petit pays, et à l’Allemagne qui a décidé d’accueillir plusieurs centaines de milliers


Les larmes de crocodile des donneurs de leçons

Parlant de toutes les âmes charitables qui s'émeuvent de l'assassinat -indirect- du petit Alyan-, et quand des personnes qui ont été responsables de la débâcle de la situation actuelle continuent à donner des leçons, il y a quelque chose de pourri. Le philosophe Michel Onfray avec son langage décapant écrit: «BHL et les politiques sont responsables de la mort du petit, il faut arrêter cette politique, BHL a invité à bombarder la Libye il est complice comme les présidents d'hier et d'aujourd'hui.»

«Quel que soit l'évènement lit-on sur Avic le Réseau international, si BHL s'en mêle, c'est que ça sent le soufre. Si, en plus, il y a une volonté acharnée du monde des médias de nous tirer des larmes, ce n'est même plus suspect, c'est la certitude qu'il y a une stratégie derrière. Quand BHL et les médias se mobilisent avec tant de coeur et une synchronisation aussi parfaite, c'est qu'ils sont en mission. Rappelons-nous les enfants squelettiques du Biafra dans les années 60-70, quand la France voulait mobiliser l'opinion pour s'accaparer une partie du pétrole nigérian. Rappelons-nous encore les nourrissons koweïtiens massacrés dans leurs couveuses par les soldats irakiens, ou encore ces corps alignés d'enfants syriens gazés pour faire porter le chapeau à Bachar Al Assad et son gouvernement.» (4)

«Les exemples ne manquent pas et c'est systématiquement le même processus de manipulation des émotions qui est utilisé. Qu'est-ce qui fait que ça marche à tous les coups? La peur de paraître inhumain, ou d'être en «dysharmonie» avec les autres? Dans l'affaire des migrants, nous venons de passer une phase stratégique cruciale, celle de l'utilisation du pauvre petit enfant innocent. L'avantage de cette stratégie, c'est que tout résistant peut être lynché, car l'enfant devient «L'Enfant» qui doit faire tout oublier, y compris les autres enfants écrabouillés par les bombes de l'Otan en Libye, ou froidement massacrés par les terroristes en Syrie. Même les deux enfants morts le même jour à Paris dans un incendie criminel ne comptent pas. Cet Enfant comble de cynisme, porte un nom qui n'en est pas un, ou plutôt qui est tout un symbole: Aylan Kurdi, c'est-à-dire Aylan le Kurde. C'est facile à retenir et les Européens ont une certaine sympathie pour les Kurdes.»(4)

A croire que les centaines de milliers de plages (...) lit on en conclusion, ,ne sont plus sillonnées que par des sauveteurs turcs et grecs qui ne se baladent jamais sans être accompagnés de leur photographe attitré. Ainsi, quand ils trouvent le corps d'un petit enfant, leur premier geste le plus urgent n'est pas de vérifier que l'enfant est encore en vie pour, éventuellement lui porter secours, mais de dire au photographe de prendre des clichés qui pourront réveiller la conscience des plus récalcitrants des Européens face à la tragédie des migrants. C'est bien connu, une bonne image arrache plus de larmes que les faits. Ensuite, et ensuite seulement, le sauveteur fera son boulot de sauveteur qui, dans le cas de l'enfant trouvé sur la plage de Bodrum en Turquie, consistait essentiellement à prendre dans ses bras un cadavre encore tout frais, ni rigide, ni cyanosé. Encore un ou deux clichés avec l'enfant dans les bras, histoire d'insister un peu plus sur la nécessaire prise de conscience des Européens. Ce genre de photos a déjà fait ses preuves, Bernard Kouchner avec son sac de riz pourri. . Que sont devenus les Erythréens. Peut-être était-ce une stratégie entrant dans le plan global? Peut-être voulait-on faire peur aux Européens avec une supposée invasion d'Africains, pour mieux faire accepter des migrants Moyen-Orientaux? Qui sait? (...)» (4)

Dans cette tragique affaire, l'humanité dans son ensemble a failli. L'égoïsme et le chauvinisme ont guidé les comportements. Nous ne pouvons pas, cependant, en dehors des rodomontades auxquelles nous ont habitué certains leaders européens, ne pas citer la position remarquable de l'Allemagne qui accueillera 800.000 migrants- naturellement elle est accusée par ceux qui ne font rien de vouloir régler le problème de sa démographie-. Il n'est que de voir le bonheur dans les yeux des enfants quand ils sont arrivés à Munich hier. Ils rayonnaient d'être enfin sortis du cauchemar qu'ils ont vécu en Hongrie. Une belle scène que celle de ces fleurs, boissons et sourires pour accueillir ces épaves humaines et surtout le rire d'un petit enfant tout juste vieux comme Aylan à qui le policier allemand a mis sa propre casquette pour le porter ensuite au grand bonheur de l'enfant. Non il ne faut pas désespérer de la nature humaine.

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/224681-une-eternite-au-paradis-des-anges.html


1.Anne Caroline Desplanques http://www.journaldemontreal.com/2015/09/04/de-ville-en-ville-le-petit-aylan-na-connu-que-la-fuite


2.Marwan Muhammad http://reseauinternational.net/la-misere-du-monde-en-7-points/


3.Olivier Ravanello https://fr.news.yahoo.com/blogs/ravanello/a-ceux-qui-croient-ne-rien-pouvoir-faire-075717700.html


4. Réseau International http://reseauinternational.net/le-bebe-providentiel/

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 17:43

«Les professeurs ouvrent la porte, mais vous devez entrer par vous-même.»

Proverbe chinois

Encore une fois, nous assistons à des tentatives de stabilisation de ceux qui «osent» remettre en cause le modèle néo-libéral occidental. Nous connaissons la croisade contre la Russie attaquée de différentes façons pour la faire rentrer dans le rang ou pour annihiler sa puissance. On se souvient comment la conjonction de la CIA qui alimentait les taliban afghans contre l'armée russe, du pape Jean-Paul II avec ses prêches pyromanes: «N'ayez pas peur!», du syndicat polonais Solidarnosc et enfin, de l'arrivée providentiel de Gorbatchev, avec sa glassnost et sa perestroïka qui- sous prétexte louable de moderniser l'Union soviétique, a jeté, le bébé avec l'eau du bain -ont eu raison de l'empire soviétique.

Poutine coupable d'aimer son pays, de le défendre, contre des Occidentaux qui l'assiègent, résiste. L'Empire et ses vassaux décident de le punir...en vain. L'âme russe donne des leçons de force tranquille. Justement, une autre force tranquille est l'objet d'attaques sournoises du grand capital occidental, qui on l'aura compris, est téléguidé par l'Oncle Sam. Pourquoi? Tout simplement parce que les économies occidentales sont sur le déclin accélérées. Les pays du Brics s'organisent et projettent de sortir de l'orbite occidentale. Ils ont créé leur propre banque. Leurs économies sont florissantes malgré une situation économique mondiale morose et toutes les tentatives de les abattre.

Les derniers chiffres publiés par la Banque mondiale recensant le PIB montrent que la Chine figure désormais devant les Etats-Unis au premier rang mondial. Avec une croissance annuelle de 7%, indépendamment des turbulences qui ont secoué la Bourse chinoise, la Chine a su s'imposer pour devenir le premier producteur de richesse de la planète. La Russie passe à la cinquième place devant l'Allemagne, première puissance économique européenne, tandis que l'Inde garde une confortable 3ème place, loin devant le Japon. Un quatrième pays des Brics, le Brésil se situe à la 7ème place,. La France et le Royaume-Uni sont à la 9e et 10e place. Les quatre pays méritent-ils encore d'être qualifiés d'émergents? «Si l'on tient absolument à marquer la différence, «pays volants» leur conviendrait mieux, ou alors il faudrait appeler les anciens pays développés les «pays plongeants». (1)

Le roi dollar : Une hégémonie remise en cause par les Brics

David Victoroff nous rappelle à juste titre, la façon dont les Etats-Unis ont renié leur promesse: «Avec la suspension de la convertibilité du dollar en or, il n'y a plus de frein physique à la création de monnaie et les États-Unis devinrent libres de toute obligation de rééquilibrer leurs comptes. En ce 15 août 1971, au moment où Richard Nixon prend la parole à la télévision: «[...] J'ai demandé au secrétaire au Trésor, John Connally, de suspendre temporairement la convertibilité du dollar en or...» Pour la première fois la monnaie perdait toute référence à un support physique réputé neutre, incorruptible, intangible: l'or».(2)

«Le 22 juillet 1944, la conférence de Bretton Woods jette les bases d'une nouvelle ère. L'Europe est anéantie et les États-Unis détiennent l'essentiel du stock d'or mondial. C'est donc le dollar qui sera le pivot du système monétaire international. Seule la monnaie américaine sera convertible en or, au prix de 35 dollars l'once. En 1945, toutes les richesses du monde sont aux États-Unis (...) Au milieu des années 1960, grâce à l'aide américaine, l'Europe et le Japon ont reconstruit leurs économies. Les exportations allemandes et surtout japonaises commencent à envahir les États-Unis, (..)La balance des paiements américaine est fortement déséquilibrée. Personne ne demandant la conversion des dollars en or, rien ne contraint les Américains à limiter l'émission de monnaie et ils peuvent continuer à dépenser sans rembourser leurs dettes. (...) »

« Cependant, les Européens et les Japonais commencent à s'inquiéter devant l'amoncellement de leurs créances sur les États-Unis. Et si les Américains étaient incapables d'assurer la convertibilité de leur monnaie en or? Conseillé par l'économiste Jacques Rueff, le général de Gaulle réclame le retour à l'étalon-or. (...) Peu à peu, l'économie américaine perd de sa compétitivité par rapport à ses partenaires européens et japonais. Il s'agit de la restaurer tout en protégeant le stock d'or stratégique entreposé à Fort Knox. En détachant le dollar de l'or et en le faisant flotter par rapport aux autres monnaies, les Américains organisaient sa dévaluation de fait. Les réactions indignées des Européens n'y changeront rien. «Le dollar est notre monnaie et votre problème», leur répondra John Connally. (...) Quel jugement porter sur la décision américaine quarante ans après? Pour les uns, c'est le casse du siècle, suite logique de l'abandon de l'étalon-or, à l'origine de tous les maux dont nous souffrons aujourd'hui: la création débridée de monnaie a entretenu une succession de bulles spéculatives qui ont déstabilisé l'économie mondiale» (2)


La déstabilisation de la Chine: un plan ancien.

Steve Hanke professeur d'économie appliquée à l'université John Hopkins à Baltimore en parle: «(...) Ce ne serait pas la première fois que l'Amérique utilise la monnaie comme une arme secrète pour déstabiliser la Chine. Au début des années 1930, la Chine fonctionnait encore à l'étalon-argent, et pas les États-Unis. En conséquence, le taux de change entre le dollar US et le yuan chinois était déterminé par le prix de l'argent exprimé en dollars US. (...) Usant de l'autorisation accordée par l'Amendement Thomas de 1933 et le Silver Purchase Act de 1934, l'administration Roosevelt, acheta de l'argent. Cela, en plus de rumeurs très optimistes au sujet des politiques américaines vis-à-vis du métal argent, contribua à faire flamber le prix de l'argent de 128% (calculé en moyenne annuelle) sur la période 1932-1935. (...) » (3)

« Les intérêts coalisés dans la production d'argent affirmaient que les prix plus élevés de l'argent - qui mèneraient à une appréciation du yuan par rapport au dollar US - pourraient bénéficier aux Chinois en augmentant leur pouvoir d'achat... Les choses ne fonctionnèrent donc pas comme ce que Washington avait annoncé publiquement, mais bien comme cela avait été secrètement «prévu». Alors que le prix du métal argent exprimé en dollars flambait, le yuan s'appréciait face au dollar. En conséquence, la Chine fut jetée dans la gueule de la Grande Dépression. Sur la période 1932-1934, le PIB de la Chine s'écroula de 26% et les prix de gros chutèrent de 20%. (...) Se rendant compte que tout espoir était perdu, la Chine dut abandonner l'étalon argent le 14 Octobre 1934. Cela sonna le début de la fin pour le gouvernement de Tchang Kaï-Chek. Le «plan» américain fonctionna comme un charme: le chaos monétaire chinois s'ensuivit. Cela donna une ouverture aux communistes - ouverture qu'ils exploitèrent et qui contribua puissamment au renversement des nationalistes.» (3)

La manipulation délibérée de la Bourse de Shanghai: une stratégie diabolique.

Les médias occidentaux n’ont pas boudé leur plaisir en parlant de chaos et du début de la fin pour l’économie chinoise qui va péricliter. Curieusement, on dit que l’économie chinoise est en panne, et ceux qui le disent ont une croissance proche du zéro voire, sont en récession depuis plusieurs années. Une économie qui est à 7 % est en panne alors que l’on parle de retour de la croissance en France en présentant le futur 1 % en 2016 comme une prouesse exceptionnelle !d’autant que l’Europe a été sauvé par un transfert de plus de 100 milliards d’euros dus au gain suite à la débâcle du baril , des poches des pays de l’Opep- dont l’Algérie qui a perdu dans cette affaire près de 25 milliards d’euros -dans celles des pays européens Ce hol up de manipulation des prix du baril a permit à la France , d’éviter les admonestations de Bruxelles, Les 25 milliards de dollars économisés lui ont permis de stabiliser son déficit autour de 4 %,

Ce qui s’est passé en Chine n’est, donc pas seulement un problème de croissance mais de manipulation des cours de la bourse. Une explication proche de la réalité nous est donnée, justement, par le professeur Michel Chossudovsky. Pour lui, le marché n'a rien à voir, c'est une conspiration diabolique. Il écrit: «L'effondrement spectaculaire de la Bourse de Shanghai a été présenté à l'opinion publique comme le résultat d'un «mécanisme du marché» spontané, déclenché par la faiblesse de l'économie de la Chine. Les médias occidentaux (WSJ, Bloomberg, Financial Times, etc.) ont repris en choeur que la dégringolade du cours des actions chinoises était due à «l'incertitude» en réponse à des données récentes «laissant présager un ralentissement dans la seconde économie en importance dans le monde». (4)

«Cette interprétation, poursuit le professeur Michel Chossudovsky est erronée. Elle déforme la façon de fonctionner des marchés financiers, qui font l'objet d'opérations de nature spéculative à tout moment. Par exemple, un déclin de l'indice Dow Jones créé de toutes pièces peut se produire de plusieurs façons, notamment en vendant à découvert, en misant sur une telle baisse sur le marché des options, etc. De manière amplement documentée, les méga-banques manipulent les marchés financiers. Des institutions financières très puissantes dont la JP Morgan Chase, HSBC, Goldman Sachs et Citigroup, ont la capacité de «pousser à la hausse» le marché boursier, puis de le «tirer vers le bas». Cela leur permet de faire d'énormes gains aussi bien pendant la montée des cours que lorsque le marché est à la baisse. Cette façon de faire s'applique aussi aux marchés du pétrole, des métaux et des produits de base. Il s'agit d'une fraude financière, que l'ancienne initiée de Wall Street et sous-secrétaire du département du Logement et du Développement urbain des USA qualifie «d'opération de gonflage et de largage», qui consiste à «gonfler artificiellement le cours d'une action ou d'une autre valeur mobilière en faisant sa promotion, afin de vendre à prix élevé», puis à faire encore plus de profit pendant le repli en vendant à découvert. «Cette pratique est illégale en vertu des lois sur les valeurs mobilières, mais elle est particulièrement répandue.» (4)


Le Pentagone, l'Otan et Wall Street

Le professeur Michel Chossudovsky n'écarte pas lui aussi un complot géopolitique:
«La possibilité d'une manipulation du marché a fait l'objet d'une enquête des autorités chinoises en juillet 2015, à la suite de l'effondrement de la Bourse de Shanghai du 21 juin (....) Des considérations géopolitiques sont aussi en jeu. Pendant que le Pentagone et l'Otan coordonnent des opérations militaires contre des pays étrangers souverains, Wall Street mène des actions de déstabilisation sur les marchés financiers, y compris la manipulation des cours du pétrole et de l'or ainsi que du marché des changes, qui visent la Russie et la Chine. (...) Il convient de noter que des méthodes spéculatives (manipulation) ont également été employées sur le marché du pétrole et le marché des changes contre la Fédération de Russie. De pair avec le régime des sanctions, l'objectif était de tirer vers le bas le prix du pétrole brut (ainsi que la valeur du rouble russe), dans le but d'affaiblir l'économie de la Russie.» (4)

Les méthodes mises en oeuvre pour déstabiliser la Chine

Réagissant contre les méthodes permanentes de désinformation contre la Chine: Jean-Pierre Dubois cite l'affaire Apple. «La charge menée dans les médias contre les conditions de travail des ouvriers chinois d'Apple tourne au fiasco.» Tout a commencé par le témoignage d'un acteur américain, Mike Daisey, qui s'est rendu à l'été 2010 dans les usines chinoises où sont fabriqués l'iPhone d’Apple. Mike Daisey explique sur les ondes d'une radio publique très populaire comment les usines des sous-traitants d'Apple sont protégées par des gardes armés et qu'il y a vu travailler des enfants de 12, 13 et 14 ans. Les médias occidentaux s'empressent aussitôt de colporter le témoignage accablant de Mike Daisey. (...).Derrière ce «coup médiatique» se profile une question: comment un simple amuseur public a-t-il pu, du jour au lendemain, bénéficier d'une tribune sur une grande radio et dans la presse des États-Unis. C'est que les médias occidentaux nourrissent une telle hostilité envers la Chine qu'ils sont prêts à diffuser toute «information» pouvant, d'une manière ou d'une autre, ternir l'image de ce pays - y compris, comme on le voit, en recourant aux mensonges purs et simples. (...) «L'une des plus grandes réussites de l'humanité à la fin du XXème siècle est passée quasiment inaperçue en Europe: les Chinois mangent pratiquement tous à leur faim. Actuellement 1,2 milliard de Chinois sur 1,3 ne connaissent plus la famine, dans un pays où les terres cultivables sont limitées et où les problèmes liés à l'eau représentent un défi...».(5)


La « vraie » vérité sur le Tibet,

Tout est bon pour déstabiliser, l’Occident donne des leçons sur tout et ne se donne pas de leçon à lui même , appliquant le fameux adage du curé de compagne : « Faites ce que je vous dis, mais ne faites pas ce que je fais ! » Le documentariste américain Chris Nebe parle de la méthode d'ingérence à propos de l'affaire du Tibet dans laquelle, l'affaire des droits de l'homme est mise en avant. Sans rien connaître du Tibet, ni même savoir où se trouve cette région, il suffit de voir le traitement médiatique qui lui est consacré pour deviner ce qu'il en est. Et il se trouve que des documents existent, et ces documents officiels des Etats-Unis nous livrent, sans surprise, la vérité sur ce «peuple opprimé» et son «saint» dalaï-lama «en fuite pour échapper à la dictature chinoise». Cette vérité, c'est avant tout que le Tibet a subi exactement le même scénario que subit aujourd'hui la Syrie, et qu'ont subi les pays de l'Amérique latine: des mercenaires entraînés par la CIA, lâchés ensuite dans le pays pour créer le chaos. «J'ai fait Tibet: la vérité parce que j'étais agacé de voir constamment des informations négatives sur le Tibet dans les médias occidentaux», résume avec simplicité le documentariste américain Chris Nebe dans un entretien à Xinhua. Pour lui, «les médias occidentaux font preuve de partialité et ne disent pas la vérité sur le passé et le présent du Tibet». «J'ai aussi découvert d'autres images filmées par la CIA montrant que les autorités ont laissé partir le dalaï-lama et qu'il ne s'était pas enfui du Tibet», dit le réalisateur à Xinhua.» (6)

La coexistence pacifique plutôt que l'interventionnisme.

La Chine a toujours prôné la coexistence pacifique: «À l'approche de la commémoration du 70e anniversaire de la création de l'Organisation des Nations unies, un vif débat met en avant deux conceptions opposées de l'avenir des relations internationales. D'un côté, l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Samantha Power, répète à l'envi que le respect des droits de l'homme est un préalable à la paix; de l'autre, Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères qui a présidé le débat du 23 février dernier au Conseil de sécurité, est persuadé qu'une nouvelle vitalité de la Charte des Nations unies ne peut être garantie qu'en respectant l'indépendance et l'intégrité territoriale de chaque pays. En clair, la souveraineté comme fondement de l'ordre international. (...) Une autre voie, méconnue du plus grand nombre parce que tue par les médias dominants(...) Pourtant, elle ne date pas d'hier ».(7)

« C'est en 1954 en effet que la Chine, l'Inde et la Birmanie ont proposé ce que l'on appelle les «cinq principes de la coexistence pacifique»: ceux-ci sont le respect mutuel de l'intégrité territoriale et de la souveraineté, la non-agression mutuelle, la non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, l'égalité et les avantages réciproques et la coexistence pacifique. (...) « Nés au cours de la Guerre froide, ces cinq principes prônent la justice, la démocratie et le règne de la loi. Depuis leur entrée sur la scène historique, ils ont permis de dépasser les limites des idéologies et des systèmes et représentent les intérêts vitaux des pays en développement », nous explique le vice-président de l’association du peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger (APCAE), Xie Yuan. Ces principes ont dans les faits permis à de nombreux pays de changer l’attitude hostile de nombreux pays envers la Chine et permis à cette dernière de sortir de sa situation autrefois isolée ».(7)

« Aujourd’hui, sur la base de ces cinq principes, la Chine a réglé plusieurs conflits territoriaux et établi des relations diplomatiques avec plus de cent cinquante pays dans le monde. Les cinq principes se manifestent dans quantité de traités bilatéraux et sont confirmés dans quantité de conventions internationales multilatérales et de documents internationaux tels que la déclaration sur l’inadmissibilité dans les affaires intérieures des États et la protection de leur indépendance et de leur souveraineté [résolution 2131 (XX) de l’assemblée générale des Nations Unies en date du 21 décembre 1965] et la déclaration concernant l’instauration d’un nouvel ordre économique international approuvée en 1974 par la sixième assemblée générale spéciale des Nations Unies ».(7)

« Le droit applicable ne peut avoir de double standard. Nous nous opposons à la déformation délibérée du droit international, à la violation des intérêts d’autres pays ainsi que la destruction de la paix et de la stabilité », a concrètement souligné Xi Jinping lors de la conférence commémorant le soixantième anniversaire de la publication des cinq principes de la coexistence pacifique. Dans l’ère actuelle de la mondialisation, ces grands principes devraient avoir une plus grande portée encore dans les relations internationales, loin de l’appropriation de la politique et de la stratégie par la morale publicitaire, son verbiage, sons sentimentalisme primaire et son affirmation terroriste. Loin de la propension de l’Occident de faire dépendre la liberté des autres d’une définition de la liberté qu’il a su arranger à sa sauce. (7).

La politique de défense et de coopération avec la Russie.

Malgré son désir ardent de paix, il est évident que la Chine ne se laissera pas faire. Avec ses moyens et le développement de son armement sans grande publicité, la Chine met en oeuvre ses capacités de défense. Ainsi, d'après les experts, la Chine possédait le missile balistique DF-21D pour faire face aux porte-avions américains. Elle a également des sous-marins à propulsion nucléaire dans la classe Type 092 armés de 12 missiles balistiques nucléaires de moyenne portée, les JL-1. La Chine exploite en plus 12 sous-marins classiques d'attaque de classe Kilo et 17 autres de classe Type 035 qui ont la capacité de lancer 6 missiles balistiques» (8).

La coopération multiforme russo-chinoise et notamment militaire, est aussi un motif de colère des Européens et surtout des Américains qui imposent l’Otan(30 pays) qui n’a plus lieux d’être depuis la dissolution du Pacte de Varsovie, et qui font tut pour ceinturer ces deux pays militairement Ces deux pays ne se laissent pas faire : « Avec ces grandes manœuvres communes, nous sommes en train d’assister à la création, non pas d’une grande armée commune, mais d’une grande force militaire faite de deux armées complémentaires pour une défense commune. La complémentarité va encore plus loin que le simple contenu de ces exercices, elle concerne également les échanges technologiques qui ne sont plus à sens unique (Russie vers Chine) comme par le passé, mais dans les deux sens, comme le montre la création du drone russe de haute altitude, équivalent de l’Aigle Divin chinois qui rend obsolète le F-35 américain qui n’est même pas encore sorti. C’est que, pour les deux compères, les choses sont claires : ils ont un ennemi commun, les États-Unis » (9)

A bon entendeur... Car l'histoire de la déstabilisation programmée est loin d'être finie!

1. http://www.agenceecofin.com/investissement/2008-31529-le-fmi-n-integrera-pas-le-yuan-dans-son-panier-de-devises-de-reference-avant-septembre-20162.D. Victoroff


2. http://www.valeursactuelles.com/economie/1971-nixon-garde-son-or-297013.


3. http://www.libreafrique.org/ Hanke_plan _USA_Chine_0111104.

4.Prof Michel Chossudovsky. http://www.mondialisation.ca/destabilisation-economique-effondrement-financier-et-manipulation-de-la-bourse-de-shanghai/5472586 28 août 2015.


5.Jean-Pierre Dubois http://www.legrandsoir.info/desinformation-contre-la-chine-l-enquete-sur-apple-en-chine-entachee-par-un-bidonnage.html


6. http://french.xinhuanet.com/2015-08/30/c_134569677.htm


7. http://www.legrandsoir.info/la-coexistence-pacifique-plutot-que-l-interventionnisme-de-l-otan.html


8. http://reseauinternational.net/porte-avions-vs-missiles-balistiques-antinavires/

9. http://reseauinternational.net/une-cooperation-militaire-sans-precedent-rt-temoigne-des-exercices-navals-russo-chinois/

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/224425-le-dragon-paisible-peut-se-reveiller.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz



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Chems Eddine Chitour - dans anomie du monde
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 13:37

«Le scepticisme est le mal incurable des nations dont nous devons impérativement prémunir l'Algérie (...) L'équation est très difficile, nous devons optimiser nos moyens, atteindre la croissance et préserver les acquis sociaux durant les années à venir.»

Abdelmalek Sellal (Premier ministre, Réunion avec les walis 29 août 2015)

Avant-hier samedi, s'est tenue une réunion, gouvernement-walis. Après le discours du Premier ministre, plusieurs ministres ont intervenu. Dans cette contribution je rapporte les faits saillants du discours. Extraits du discours non alarmiste mais ferme sur certaines vérités du Premier ministre qui s'est dit: «La baisse des cours pétroliers sur les marchés internationaux a été brutale et soudaine. Nombre d'analyses convergent vers l'étalement de cet épisode baissier sur une période plus ou moins longue avant des remontées prévisionnelles. Le gouvernement doit dire la vérité rien que la vérité.»

« Ce conclave participe à cette démarche de transparence et de pédagogie», a admis le Premier ministre. Optimiser l'utilisation des ressources financières du pays. «Pour faire traverser cette tempête à l'Algérie(...) il faut puiser le moins possible dans notre trésor de famille constitué de nos réserves», «La conjoncture actuelle est certes difficile mais elle offre aussi une excellente opportunité d'introspection et de prise de décisions audacieuses pour construire une nouvelle vision économique et modifier nos modes de fonctionnement et de régulation.»

Un constat qui oblige le gouvernement, «à plaider pour des actions en matière de rationalisation des dépenses et le développement du marché des capitaux». Pour le Premier ministre, cette vision nouvelle d'une optimisation des ressources financières du pays ne s'inscrit pas dans une politique d'austérité: «En lieu et place de l'austérité, nous optons en Algérie pour la croissance et la relance économique», «Il vaut mieux compter nos sous mais sans faire caler le moteur économique qui soutient l'emploi et le pouvoir d'achat.» «Il ne faut ni s'alarmer, ni s'endormir, mais bouger dans la bonne direction avec ambition et courage», plaide t-il.

«Toutes ces décisions pour relancer notre économie et absorber le choc pétrolier toucheront des habitudes, des vieux réflexes et des intérêts. Elles recevront, donc, des résistances plus ou moins fortes.»

Parmi les idées novatrices, le Premier ministre a demandé aux walis de sortir des sentiers battus: «Les walis ont désormais à charge, rappelle-t-il, l'octroi du foncier industriel. L'agriculture et ses industries de transformation, le tourisme, la pétrochimie, les nouvelles technologies de l'information et de la communication ainsi que les énergies renouvelables, sont les domaines fixés par le Premier ministre comme prioritaires du développement.»

Le devoir de vérité au peuple

Le Premier ministre exhortera ainsi avec insistance les walis à impliquer «les élus locaux, de tous bords et appartenance, dans vos plans de développement de vos territoires et dans la communication avec les citoyens». Il a jugé inadmissible à juste titre, et c'est là que le bât blesse, «le fossé qui sépare l'administration du citoyen» «les walis et les élus locaux doivent, désormais, rendre des comptes aux citoyens». Plus encore, il a estimé que dire la vérité aux citoyens est l'unique voie pour gagner la confiance et l'adhésion de tous à l'oeuvre de renouveau national. «Nous devons débarrasser nos villes et nos localités des fléaux qui les dégradent comme l'insécurité, l'insalubrité et l'occupation anarchique des espaces publics,» estime le Premier ministre. Tout en avouant qu' «on a un déficit en matière de gouvernance», Mais notre principal allié dans ce combat futur sera la population si nous lui disons la vérité, lui expliquons notre démarche et si nous arrivons à gagner sa confiance». Il fait allusion de ce fait, aux dérives dénoncées souvent par la société civile et les partis politiques de l'opposition.

Le vivre ensemble meilleur ciment de la nation

J'observe que le problème le plus important, celui du vivre ensemble qui a été abordé par le Premier ministre dans le débat n'a pas été repris par les médias. Le Premier ministre a bien raison d'insister sur la diversité, sur le fait qu'un Algérien est par la force des choses sédentaire, puisque tout est fait pour qu'il ne sorte pas de sa ville ou de sa région et de faire en sorte que les Algériens se connaissent entre eux. Il nous a semblé utile d'y revenir. Avant toute chose, chaque région devra inlassablement permettre et prôner le vivre ensemble qui est de mon point de vue le premier chantier de chaque responsable. Tout doit être fait pour aboutir à cette harmonie qui fait que la République a une immense volonté d'intégration. Il n'y aura que la compétence qui doit primer à l'exclusion de tout autre critère qui a fait tant de mal au pays.

Les Algériens ne se connaissent pas entre eux. Parmi les anomalies on constate par exemple, qu'il y a des situations où un jeune naît, étudie au primaire, au lycée, va à l'université, travaille dans la même ville. Il est indifférent à ce qui se passe ailleurs. Cela devrait être revu. Le Service national devrait continuer à être le creuset du vivre ensemble, chaque région devrait faciliter les échanges. Ainsi, les universités devraient se spécialiser avec pour certaines disciplines des recrutements nationaux. Il en est de même de certains lycées qui devraient se spécialiser au moins à l'échelle de la wilaya.

C'est aussi le rôle du tourisme dont l'activité pourrait être un immense melting pot des Algériens entre eux. Quand on visite le Sud quand on vient du Nord, c'est une contribution à l'édification de la nation et nous donnons de la substance à ce qu'est être Algérien. Ce sont ce type de mesures qui nous prémunirons des dérives contre notamment le régionalisme et la tentation totalitaire.

Dans le tourisme justement, Faisons place à l'imagination. On sait que les hôtels cinq étoiles, ne sont pas fréquentés par les Algériens. Pourquoi alors à titre d'exemple, ne pas mettre en place des formules diverses comme ailleurs? Construire sur la base de modèles spécifiques à l'architecture de chaque région, des petits ensembles modestes mais contenant toutes les commodités à des prix abordables. On peut même dans ce cadre, construire des centaines de maisons de jeunes qui sont des auberges de jeunesse améliorées et qui pourraient être construites dans des endroits touristiques judicieux avec l'apport des jeunes du Service national et même des détenus qui auraient là une occasion de se racheter.

A terme, les Algériens se connaîtront ce qui serait formidable pour le vivre ensemble, c'est de fait au moins deux milliards de dollars de gagné par une diminution des vacances à l'étranger Même le sport et la culture sont concernés par le vivre ensemble. Tout ce qui peut permettre de stimuler. l'intelligence doit être constamment encouragé. Indépendamment du fait que le sport au lycée et à l'université devrait faire l'objet d'un projet d'ensemble pour mettre en place les championnats intervilles, interwilayas; inter-régions. Enfin, parmi les vecteurs du vivre ensemble, il serait bon que les wilayas et les villes du pays se connaissent. Le ministère de la Culture pourrait envisager de mettre en place les 2500 jours de la culture (48 wilayas x52 semaines).

Quels étaient les autres messages?

Le Premier ministre admet que «le chemin est difficile mais nous avons les capacités pour être un pays émergent». Pourquoi pas? Quelles sont les attentes des citoyens? Quels sont les degrés de liberté des walis, des maires en termes d'initiatives? La gestion à l'échelle d'une wilaya connaît des contraintes de tout ordre notamment de la non-implication des citoyens. Comment optimiser la ressource, répondre aux projets à réaliser et du même coup assurer une paix sociale. Cette équation à plusieurs inconnues peut être résolue en partie par un projet exposé aux citoyens pour emporter leur adhésion. Ce qui a manqué hier c'est de fixer, au-delà du cap de la rationalisation de la dépense, une feuille de route qui fait la chasse au gaspillage pour faire comme justement il a été dit «faire mieux avec moins de ressources». Cette feuille de route est subordonnée à des échéances. Le moment est venu de le faire et peut-être que la loi de finances 2016 devra le faire.


Construire utile et beau

Pourquoi systématiquement chaque année, construire des centaines de classes d'écoles des dizaines de lycées et d'université? Le bâti actuel en infrastructures devrait s'il est optimisé permettre au pays d'avoir un sursis qui lui permet de construire bien et beau. Comment? En théorie, nous n'avons plus besoin de construire d'infrastructures pour le système éducatif pendant au moins trois ans. Du fait que l'on peut optimiser le fonctionnement au moins par la double vacation à l'école, au lycée et à l'université qui ne fonctionne que 8 heures/jour.
Le raisonnement est valable aussi pour les autres infrastructures qui ne sont pas optimisées. Le gain de temps sera mis à profit par l’Etat pour améliorer la qualité du bâti et aussi donner un sursis financier au pays



Un développement durable mobilisateur

Parmi les chantiers possibles qui montrent une vision nouvelle déjà existante de par le monde, celle de mettre en place le développement durable. C'est en fait la rationalisation de l'utilisation de la ressource couplée à la protection de l'environnement et à la création de richesse. la rationalisation de la ressource; Consommer moins en consommant mieux. Préserver l'environnement. Economiser les énergies fossiles pour laisser un viatique aux générations futures.

Le citoyen est une partie de la solution des problèmes de la cité. Toujours dans le cadre du développement durable et de l'optimisation de la ressource gérée au plus juste, il pourra s'avérer nécessaire d'étendre d'une façon résolue la e-administration qui permet de gagner du temps et de l'argent. Mieux encore, dans certains pays la délivrance d'une pièce officielle (extrait de naissance, certificat de résidence...) est payante. Pourquoi ne pas instituer ces redevances qui sont des sources de financement participatifs?

Du même coup les abus vont diminuer. A titre d'exemple, la suppression à l'échelle nationale de la délivrance rituelle en début d'année d'un extrait de naissance pour les 10 millions d'élèves, est l'équivalent de 100 tonnes de papier soit l'équivalent de 20 millions de DA! Pour concevoir et mettre en oeuvre une politique de développement durable, les élus doivent se mobiliser, mobiliser les acteurs du territoire afin d'approfondir leur réflexion et construire un projet mobilisateur avec des objectifs. On se départira alors de la mentalité du beylick (cela ne me regarde pas, s'il y a gaspillage). Nous sommes tous concernés et un sou épargné est un sou disponible pour les générations futures.

L'aménagement de l'espace, le développement économique, l'environnement (l'eau, les ordures ménagères, la biodiversité, l'assainissement), la voirie intercommunale, l'habitat, le cadre de vie, les services de proximité à la population. Le développement durable interroge l'ensemble des acteurs de terrain. Le développement durable oblige à relever plusieurs défis qui participent de l'élévation de la qualité de la vie

Les défis environnementaux: la disponibilité et la qualité de la ressource en eau, la préservation de la biodiversité, la consommation de foncier, l'anticipation face à la diminution des énergies fossiles, la lutte contre l'effet de serre, La lutte contre les nuisances, la gestion des déchets... et des décharges qui sont des mines d'or qui se chiffrent en centaines de millions de dinars.

Les défis économiques: le passage d'une économie du «plus» à une économie du «mieux», le lien croissant entre agriculture et alimentation des habitants. Le but en se fixant un objectif d'économie est d'amorcer un mouvement d'entraînement de la machine sociale. Même si on n'arrive pas par exemple à l'objectif de 10% d'économie globale sur le budget, l'essentiel est de commencer.

Les défis sociaux: l'augmentation des situations de précarité, la demande sociale en logement, l'organisation de la mobilité, la prévention des risques naturels et technologiques... Toutes les compétences «basiques» des communautés ont donc un lien très étroit et très direct avec le développement durable du territoire communal et de la wilaya.

Le développement durable est aussi un levier pour aussi créer de la richesse. Il n'est que de voir comment le tri sélectif permet de récupérer, les métaux, le plastique, le verre, le papier à qui il est possible de donner une seconde vie en réduisant les importations.

Dans certains pays, chaque citoyen donne une demi-journée par mois de son temps à sa commune. La commune, en tant qu'entité vivante, implique un mode de gouvernance participatif qui s'appuie sur la concertation et le dialogue et facilite les dynamiques collectives. Le développement durable donne envie de s'impliquer. Il parvient même à cultiver une dimension «épanouissante» et conviviale en montrant une pratique éco-citoyenne, dans le travail partagé, et les challenges à relever collectivement.

Chaque willaya doit créer son poumon vert. Bannir le béton. Dans ce cadre la plantation d'arbres (un arbre par élève ou étudiant est un challenge à notre portée). L'éco-citoyenneté se décline d'abord à l'école où des matières incitant à la préservation de la nature doivent être enseignées pour arriver au niveau secondaire à un baccalauréat du développement durable et plus loin encore aux diplômes d'enseignement supérieur débouchant sur les métiers du développement durable.

Donner une seconde vie aux choses en recyclant sans acheter, en organisant des opérations de foire semestrielle, pour les échanges en favorisant des projets porteurs en consommant moins, en consommant mieux et en étant solidaire d'une commune à une autre en mutualisant des moyens lourds. Ceci est valable aussi pour les équipements des écoles, des lycées, des universités. Cela donnera une rentabilisation des moyens et un meilleur entretien. Chacun devrait faire l'inventaire de ce qu'il a pour éviter les doubles emplois et les doubles acquisitions au niveau des wilayas et des daïras.

Il peut s'avérer utile à nos futurs édiles de suivre une formation sur le développement durable qui sera certainement profitable à la cité. On pourra aussi valablement créer une vie culturelle en imposant un espace culturel et une librairie au moins par commune.

Il reste à mettre en oeuvre à marche forcée les technologies de l'Internet, du twett pour informer en direct le citoyen en l'associant, en impliquant la société civile. Nous devons donner de la vie aux stations régionales, les rendre même locales. Disposer à travers les technologies de la possibilité de mettre en oeuvre les techniques audiovisuelles de télévisions locales où les responsables rendent compte aux citoyens de ce qu'ils font. A titre d'exemple, de rationalisation et de l'économie on peut penser à éviter les réunions en mettant en oeuvre les télé conférences sans déplacer les responsables.

Cela sera un gain de temps d'argent très important, de santé, une diminution des risques d'accident et une préservation de l'environnement par la diminution de la consommation de carburants qui se chiffrent en dizaines de millions de DA. Seule une vision d'ensemble où la compétence sera à l'honneur et -en mettant tout à plat avec nos forces et nos faiblesses- permettra de gagner des challenges. Le monde bouge, l'Algérie devrait sans tarder prendre le train du progrès. Ce n'est pas une question de moyens, c'est une question de bon sens, de dévouement, du respect du bien public et de la nécessité en tant que responsable de rendre compte.

Tout le monde devrait se sentir concerné, citoyens, sociétés civiles et partis politiques. Qu'on se le dise! Quels que soient les gouvernants, les faits sont têtus. Tout retard dans la mise en place du «compter sur soi» se paiera cher s'il est différé. Seule une démarche d'ensemble permettrait de sauver l'Algérie. Après avoir été pessimiste dans l'analyse, nous devons peut-être imiter Antonio Gramsci qui propose d'agir d'une façon optimiste.

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/224132-la-gestion-harmonieuse-de-la-cite.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 20:32

«Si j'étais musulman, je serais du côté des ‘‘fellagha''. Je ne suis pas musulman, mais je suis Algérien, d'origine européenne. Je considère l'Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Au moment où le peuple algérien s'est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur.»

Jules Roy, colonel d'aviation, écrivain français, né dans la Mitidja

«La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.»

Déclaration du manifeste des 121

Dans le droit fil de mes contributions sur la Révolution de Novembre et des différents acteurs, j'avais décrit les acteurs connus de la révolution à savoir les architectes de la révolution et les Algériens de souche et principalement musulmans, mais je m'étais aperçu que beaucoup de ceux qui ont aidé la Révolution, ou fait la révolution n'étaient pas à l'honneur. La doxa officielle -ceux qui ont fait de la Révolution un fonds de commerce, sans avoir eux-mêmes participé pour la plupart, dans leur chair qui iront jusqu'à ériger leur hold-up en famille révolutionnaire- voulait qu'il n'y ait que des moudjahidine algériens musulmans à l'exclusion de tous les autres.

Et pourtant des Algériens non musulmans, des français de souche, simplement des hommes et des femmes épris de justice voyant le sort fait à ces damnés indigènes qui pendant 130 ans ont enduré un calvaire, et ont décidé de se rebeller contre l’ordre colonial, ont décidé d’épouser leur cause .

J'ai notamment cité les porteurs de valises, ces Européens qui ont bravé tous les interdits pris tous les risques pour porter assistance à la Révolution. Comme l’écrit si bien, justement, le philosophe Francis Jeanson architecte du Réseau d’aide au FLN, ce fameux Réseau Jeanson des porteurs de valises, parlant de ces Hommes de l’ombre, ils furent l’honneur de la France Il en fut de même des engagements des Européens d'Algérie pour la cause algérienne à l’instar du couple Chaulet de Daniel Timsit, de Jules Roy dont le témoignage lumineux, cité plus haut, vaut mieux que mille discours et de tant d’autres ; qui ne comprenaient pas que l’on ne les prenne pas pour des Algériens qui défendent l’Algérie. Leur pays ! Ces Européens se considéraient, à juste titre, dans leur combat comme des Algériens à part entière.

Dans cette présente note, je décris le drame de ceux qui n'ont pas voulu combattre en Algérie pour différentes raisons philosophiques (objecteurs de conscience) , chrétiennes et idéologiques. On les appelait les insoumis à ne pas confondre avec d'autres militaires qui, eux, rejoindront l'OAS, on les appelait les soldats perdus.


L'ouvrage de référence de Tramor Quemeneur

« L'action des «porteurs de valises», ces Français qui ont aidé les militants nationalistes algériens en les hébergeant, en les transportant et en collectant des fonds, est longtemps passée pour la forme d'opposition la plus radicale à la guerre d'Algérie. Le nombre de soldats ayant refusé d'y participer apparaissait au contraire comme un phénomène marginal. En avril 1960, lors d'une conférence clandestine à Paris, Francis Jeanson, qui fut à la tête de l'un des réseaux les plus importants - le réseau Jeanson -, avança le nombre de 3000.» (1)

«Près de 15.000 jeunes Français rapporte Tramor Quemeneur ont été insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience pendant la guerre d'Algérie - la même proportion de refus que celle des jeunes Américains pendant la guerre du Vietnam. Ce fait, qui n'avait jusqu'à présent pas été révélé, ressort de la grande thèse que Tramor Quemeneur a soutenue en octobre 2007, au terme d'une étude longue et fouillée qui s'appuie sur une masse considérable d'archives déposées au service historique de l'armée française.»(2)

«A la fourchette de 3000 à 4000 réfractaires français pendant la guerre d'Algérie, évoquée tant par les opposants de la guerre que par les partisans de l'Algérie française s'était rapidement substitué le nombre de quelques centaines de désobéissants. Pourtant, les archives militaires montrent que l'on peut comptabiliser environ 12.000 réfractaires, qui se répartissent entre 10.831 insoumis (les appelés qui ne se présentent pas lors de leur appel sous les drapeaux), 886 déserteurs (les soldats qui quittent illégalement leur unité) et 420 objecteurs de conscience (les soldats qui refusent de porter les armes ou l'uniforme). Ce nombre d'environ 12.000 réfractaires, rapporté à 1.200.000 appelés en Algérie, porte la proportion de désobéissance à environ 1% des soldats, ce qui est comparable à d'autres conflits, notamment à la guerre du Viêt-Nam. (...) Du côté de ceux qui ont déjà franchi les limites de la désobéissance, le temps est maintenant à l'organisation. (...) Enfin, les objecteurs portent également un témoignage du refus de participer à la guerre d'Algérie.» (2)

«Une forme particulière de témoignage est constituée par les refus communistes de participer à la guerre d'Algérie. Ces «soldats du refus» témoignent dans la mesure où ils rendent publiquement compte de leur refus et où ils acceptent volontairement l'emprisonnement, à l'instar des objecteurs de conscience. Cette forme de refus est inaugurée par Alban Liechti en 1956. Progressivement, son exemple amène d'autres communistes à suivre le même chemin. (...) Mais l'accélération des refus amène les autorités à réagir et à réprimer plus sévèrement les «soldats du refus» en les incarcérant systématiquement en Algérie(2) »

« Le tournant dans la campagne des «soldats du refus» se déroule en mai 1958. Certains «soldats du refus» sont alors conduits à la «section spéciale» de Tinfouchy, inspirée des bagnes militaires. Le troisième temps des refus dans la guerre d'Algérie est celui du débat. La fin du printemps et l'été 1960 sont encore marqués de l'empreinte de la désobéissance. (...) En effet, en septembre 1960 s'ouvre le procès du «réseau Jeanson» au cours duquel de nombreuses personnes évoquent la désobéissance Surtout, la Déclaration du droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, plus connue sous le nom de «Manifeste des 121» fait l'effet d'un coup de tonnerre, de grands intellectuels justifiant le droit à la désobéissance dans la guerre.»(2)


Les insoumis communistes

Dans Le quotidien El Watan du 18 juin 2007 Merzak Chertouk a consacré un dossier à Henri Maillot et Maurice Laban, et plus généralement aux Français du FLN Merzak Chertouk évoque la mémoire de ces Algériens, «ni arabes ni berbères, qui au nom de l'égalité et de la fraternité de tous les hommes, de leur droit égal à la dignité et à la vie», avaient choisi «de se lancer au péril de leur vie dans le combat pour l'indépendance de l'Algérie.»
«Henri Maillot était fils d'un Européen d'Algérie de vieille souche. Militant du PCA il était comptable au journal Alger Républicain. Après avoir été rappelé trois mois sous les drapeaux, il s'engage avec le grade d'aspirant et est affecté au 57e bataillon de tirailleurs de Miliana. Le 4 avril 1956 il passe au maquis avec un camion d'armes.»(3)

« Devenu ´´l'officier félon´´ pour la presse coloniale Henri Maillot est condamné à mort par contumace le 22 mai par le tribunal militaire d'Alger. Henri Maillot et Maurice Laban rejoignent un petit groupe d'une quinzaine de maquisards du PCA, ´´les Combattants de la liberté´´ (CDL), dans la région d'Orléansville Mais dès le 5 juin 1956, le petit groupe est liquidé Maillot est capturé vivant, et alors qu'on veut lui faire crier ´´Vive la France´´, il s'exclame ´´Vive l'Algérie indépendante!´´ avant de tomber sous une rafale - il avait 24 ans. Pour Merzak Chertouk, «le devoir de mémoire nous impose de connaître notre histoire pour mieux comprendre le présent et appréhender l'avenir. l'écriture de l'histoire de la guerre de Libération nationale reste un enjeu important, des luttes politico-idéologiques actuelles», il souhaite que soient «ressuscités certains héros ´´oubliés´´, et, parmi eux, l'aspirant Henri Maillot et Maurice Laban, authentiques patriotes algériens.» (3)


Le cas du communiste Michel Ré


«Issu d'une famille antifasciste italienne immigrée pendant la Seconde Guerre mondiale, Michel Ré est l'un des quarante ´´soldats du refus´´ communistes qui ont refusé de porter les armes contre le peuple algérien. «Lors d'une manifestation des Jeunesses communistes, il annonce qu'il ne retournera plus en Algérie, ou que s'il y retourne, il refusera de se battre: «Moi je pense que ce qu'on fait là-bas déshonore la France, et que le devoir d'un soldat français, c'est de servir l'armée française, bien entendu, mais en aucun cas de torturer, de massacrer, et surtout pas de faire la guerre au peuple algérien qui se bat pour son indépendance.» Le Tribunal militaire le condamne à deux ans de prison, qu'il effectuera, entre autres, dans le terrible bagne de Lambèse. Après ses deux ans de punition, l'armée le renvoie en Algérie, comme instructeur pour «éduquer les fellaghas». (...) La loi d'amnistie du 17 juin 1966 s'appliquait aux faits de désertion et d'insoumission. Michel Ré constate avec amertume: «Les gars de l'OAS, ils ont été amnistiés et réhabilités dans leur grade et dans leurs effets. C'est-à-dire qu'ils ont touché leur retraite comme capitaines et comme colonels. Alors que moi, je suis amnistié, mais je ne suis pas réhabilité.» (4)


Jean Müller, un chrétien contre la guerre d'Algérie

Parmi les rappelés, Jean Müller, âgé de 25 ans. Ses convictions chrétiennes l'incitent à refuser la guerre, mais il décide de ne pas se dérober afin de ´´témoigner´´. Mais, en février 1957, un cahier De la pacification à la répression, le dossier Jean Müller, constitué à partir des lettres qu'il avait adressées à ses proches, est publié par les Cahiers de Témoignage chrétien. (...) Jean Müller hésite à partir en Algérie. Le débat sur l'obligation morale du départ des rappels existe en effet dans la jeunesse catholique. Cette guerre est-elle juste? Y a-t-il des ordres qu'il faut refuser? Jean Müller part, aussi, avec le projet de servir et venir en aide aux autres jeunes, appelés et rappelés: (...) Dès son débarquement à Oran, Jean Müller note plusieurs incidents qui montrent l'opposition entre Européens et musulmans et son choix des plus pauvres. Voulant acheter un sandwich pour un petit cireur de chaussures arabe, la serveuse du restaurant lui répond: «Laissez-les tous crever, c'est de la mauvaise graine. Si vous voulez vraiment ce sandwich, j'y mettrai du poison.» (...) Jean Müller affiche nettement sa foi. Avec cinq camarades de sa compagnie, il signe une lettre à l'archevêque d'Alger pour lui faire part de leurs inquiétudes face à la pacification et ses méthodes. Son message est aussi celui de l'égalité de tous les hommes: «J'ai pris le parti des plus déshérités des fils de Dieu dans ce pays et cela, je n'ai pas à le cacher. Il se trouve que pour l'énorme majorité, ils ont la peau brune et sont Arabes ou Kabyles et musulmans. Ma religion m'a appris à ne pas faire de différence entre les hommes.»(5)


Il y a cinquante ans: «Le manifeste des 121»


Le 5 septembre 1960, débute à Paris le procès du réseau Jeanson. Le lendemain le texte connu depuis sous le nom de «Manifeste des 121» était diffusé. Parmi les signataires figurent Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Simone Signoret et André Breton. «Le «Manifeste des 121» suscite évidemment de fortes oppositions: ainsi, un «Manifeste des intellectuels français» est signé par 185 personnalités. Un troisième manifeste, l'«Appel à l'opinion pour une paix négociée en Algérie», signé par plus de 16 000 personnes, clarifie la ligne de démarcation à gauche, entre ceux qui justifient l'insoumission et ceux qui sont pour l'indépendance algérienne sans être favorables à l'appel à l'insoumission».(6)

«(...) Pour les Algériens, la lutte, poursuivie, soit par des moyens militaires, soit par des moyens diplomatiques, ne comporte aucune équivoque. C'est une guerre d'indépendance nationale. Mais, pour les Français, quelle en est la nature? Ce n'est pas une guerre étrangère. Jamais le territoire de la France n'a été menacé. (...) En fait, par une décision qui constituait un abus fondamental, l'Etat a d'abord mobilisé des classes entières de citoyens à seule fin d'accomplir ce qu'il désignait lui-même comme une besogne de police contre une population opprimée, laquelle ne s'est révoltée que par un souci de dignité élémentaire, puisqu'elle exige d'être enfin reconnue comme communauté indépendante. Ni guerre de conquête, ni guerre de «défense nationale», ni guerre civile, la guerre d'Algérie est peu à peu devenue une action propre à l'armée et à une caste». (6

«(...) Faut-il rappeler, poursuivent les rédacteurs et rédactrices du Manifeste que, quinze ans après la destruction de l'ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d'une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe? Qu'est-ce que le civisme, lorsque, dans certaines circonstances, il devient soumission honteuse? N'y a-t-il pas des cas où le refus est un devoir sacré, où la «trahison» signifie le respect courageux du vrai? (..) Le cas de conscience s'est trouvé posé dès le début de la guerre. (...) Encore une fois, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée(...) Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.» (6)



Théodore Monod : Pourquoi j'ai signé le manifeste des 121 ?

Le grand anthropologue Theodore Monod a rédigé un texte magnifique àù il explique son engagement : «Bien que fonctionnaire, je persiste, à tort ou à raison, à me considérer comme un homme libre. D'ailleurs, si j'ai vendu à l'Etat une certaine part de mon activité cérébrale, je ne lui ai livré ni mon coeur ni mon âme. (..) Je voyais dans le document global une expression nouvelle, très forte et très nécessaire, de l'indignation, de la honte et de la douleur dont nos coeurs, désormais, débordent. Il y en a trop... On n'en peut plus... Et pourquoi hésiterait-on à crier sa révolte? Un gouvernement qui couvre les tortionnaires -quand il ne les récompense pas par des décorations et des galons- est un gouvernement qui se déshonore et a perdu par là même le pouvoir d'exiger l'approbation de nos consciences. Si les larmes d'un enfant sont plus précieuses que tout l'or du monde, qu'eût dit Dostoïevski de la fillette rendue folle par le bombardement français -et chrétien- des environs de Souk-Ahras, et qui vit, depuis, attachée à un piquet comme une bête? Lequel de nos seigneurs et maîtres lui rendra ses larmes et sa raison? On commence par mépriser, et puis, un beau jour, on tue, enfants compris pour faire bonne mesure, avec une parfaite bonne conscience et la patriotique certitude d'avoir louablement travaillé pour l'Occident et, pour un peu, pour le christianisme... Car ce n'est pas là une plaisanterie: ils en sont là... et sont prêts à prêcher la croisade, au napalm.»(6)

L'histoire de ceux qui refusèrent de se battre pour une cause qu’ils pensaient injuste, ne s'arrête pas là. Il nous faut citer le combat admirable des mères des appelés qui se couchèrent sur les rails pour empêcher les trains de leur prendre leurs enfants. Par ailleurs, même des Algériens engagés dans l'armée française connurent des cas de conscience. Certains d'entre eux rejoignirent l'armée algérienne et constitueront l’ossature de la future Armée Nationale Populaire. D'autres furent déclarés insoumis et traités sévèrement. C'est le cas du lieutenant Abdelkader Rahmani, officier qui après avoir participé à la libération de la France, s'engage dans l'armée française. Au printemps 1957, il est embastillé pour avoir officiellement demandé à ne pas avoir à se battre contre ses frères qui luttaient pour l'indépendance de leur pays. Sa carrière brisée ne sera jamais reconstituée, contrairement à celles des putschistes qui avaient tourné leurs armes contre la République, et qui ont pu bénéficier de la loi d'amnistie du 3 décembre 1982. Aucune indemnité ne lui sera versée, contrairement aux activistes de l'OAS qui ont bénéficié de l'article 13 de la loi du 23 février 2005.

Dans le même ordre, il est plus que jamais temps pour une écriture sereine de l’histoire sans passion mais aussi sans raccourcis démagogiques pour plaire aux princes du moment, de mettre à plat la tragédie des Harkis- ces pestiférés des deux côtés de la Méditerranée et comprendre comment la machine guerrière les a broyée en faisant des traitres à leur pays qui les a vu naitre sous le regard sans indulgence du pouvoir colonial qui n’a pas voulu les reconnaitre comme s’étant battus pour la France.

Un seul militaire les défendit et bascula dans l’illégalité. Il fut jugé et condamné puis réhabilité dans ses droits Hélie de Denoix de Saint-Marc a écrit un ouvrage : les champs de braise où il parle, notamment de ces scories de l’histoire et du sort qui leur a été réservé. En effet, lors d'un Conseil des ministres à Paris, le 25 juillet 1962, Pierre Messmer déclarait: «Des musulmans harkis et fonctionnaires se sentent menacés, l'armée demande la position du gouvernement.» De Gaulle répond: «On ne peut pas accepter de replier tous les Musulmans qui viendraient à déclarer qu'ils ne s'entendraient pas avec le gouvernement. Le terme expatrié ne s'applique pas aux musulmans, ils ne retournent pas dans la patrie de leur père, dans leur cas il se saurait s'agir que de réfugiés. On ne peut les recevoir en France comme tels que s'ils connaissent un réel danger.» A une question de Pompidou sur l'inadaptation de quelques milliers de harkis installés sur le plateau du Larzac, De Gaulle ordonne "de les mettre en demeure de travailler ou de partir.» (7)

L’histoire des trois mille ans d’épopée de l’Algérie attend d’être écrite sereinement. Sait on par exemple, que c’est Schichnaq un Aguellid berbère qui conquit l’Egypte des Pharaons, fonda une dynasite qui régna 200 ans vers 965 avant Jésus Christ – c’est d’ailleurs, cette date qui est retenue pour le calendrier amazigh- Sait on aussi que le grand Aguellid Massinissa battait monnaie deux siècles avant Jésus Christ. Ce qui est attribue par excellence d’un Etat ; La Révolution de Novembre le dernier maillon de cette Histoire est une Révolution qui s’inscrit dans le sillage des décolonisations rendues nécessaires par le besoin de liberté des peuples opprimés. Elle gagnerait à être connue par les jeunes Algériens à qui on a fait ingurgiter un récit incohérent où l'aspect démagogique et intolérant a pris le pas sur la vraie histoire, celle des Algériens sans distinction de race ni de religion qui ont contribué à l'indépendance, soit en payant de leur personne soit en refusant de combattre pour une cause qui n'était pas juste. Quand on y pense il a fallu 45 ans pour que la France reconnaisse que ce n’était pas les évènements d’Algérie, mais une vraie guerre d’indépendance !!

1. http://www.histoire.presse.fr/actualite/infos/guerre-d-algerie-les-insoumis-01-01-2009-8073

2.Tremor Quemeneur http://ldh-toulon.net/ils-ont-dit-non-a-la-guerre-sans.html 21 01 2008

3.Merzak Chertouk/ des Français qui se sont battus pour l'Algérie. El Watan du 18 juin 2007


4 . http://ldh-toulon.net/Michel-Re-soldat-du-refus-de-la.html 1er novembre 2009


5. http://ldh-toulon.net/Jean-Muller-un-chretien-contre-la.html 29 décembre 2006


6. http://ldh-toulon.net/il-y-a-cinquante-ans-le-manifeste.html

7. Hélie Denoix de Saint Marc : Les champs de braise : Editions Perrin 1995

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/223854-une-histoire-etouffee.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 13:27

«Il est inacceptable qu'au XXIe siècle des personnes fuyant les conflits, les persécutions, la misère et la dégradation des terres doivent endurer ces terribles expériences dans leurs pays d'origine, (...) pour finalement mourir aux portes de l'Europe.»

William Lacy Swing, directeur général de l'OIM

«Un jour, des millions d'hommes quitteront l'hémisphère Sud pour aller dans l'hémisphère Nord. Et ils n'iront pas là-bas en tant qu'amis. Parce qu'ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire.»

Houari Boumediene

L'histoire des migrations humaines commence avec les déplacements d'Homo erectus hors de l'Afrique à travers l'Eurasie il y a environ un million d'années. Homo sapiens semble avoir colonisé toute l'Afrique il y a 150.000 ans. Tout a commencé. Un crâne découvert en Israël pourrait apporter des précisions sur la migration de l'homme moderne hors d'Afrique il y a environ 60 000 ans. Cette migration a conduit à la colonisation de la planète entière par nos espèces, ainsi que l'extinction d'autres groupes humains tels que les Néandertaliens. Les premiers migrants en provenance d'Afrique ont migré de l'Afrique de l'Est qui ont traversé le Sahara et le désert de Nubie avant de s'installer dans la zone méditerranéenne

Les causes des migrations

Les migrations sont souvent qualifiées d'économiques ou de politiques et plus récemment de climatiques. Elles sont dues pour la plupart à des situations de guerre ou encore, à une situation économique précaire, de famine ou d'influence politique. Les réfugiés climatiques ou écologiques ou écoréfugiés sont une catégorie de réfugiés environnementaux. Les causes principales et «classiques» de leurs déplacements sont la désertification, la déforestation, la salinisation, l'érosion ou divers problèmes de toxicité du sol, de l'air ou de l'eau. Ainsi, entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrée, près d'un million et demi ont été touchés par la désertification. Les statistiques officielles évaluent entre 185 et 192 millions le nombre de migrants internationaux pour les années 2000.


La réalité des migrations

A entendre le tintamarre concernant le refus des épaves humaines venant des pays de guerre, on pourrait penser à un grand remplacement. De quoi s'agit-il? De 200 à 250.000 damnés de la Terre qui tentent de joindre le supermarché de la forteresse Europe. Pour fixer les idées, il est admis que le nombre de Syriens réfugiés à l'étranger - du fait d'une guerre déclenchée par l'Europe et les Etats-Unis pour installer un régime à leur convenance- dépasse les quatre millions, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). La majorité d'entre eux se trouve dans les pays voisins de la Syrie. Le conflit qui a commencé en mars 2011 a jeté des millions de Syriens sur les routes. Il y a désormais plus de quatre millions de réfugiés syriens dans le monde.

«C'est la plus grande population de réfugiés pour un seul conflit en une génération», souligne le haut-commissaire Antonio Guterres. «C'est une population qui a besoin du soutien du monde mais qui vit dans des conditions d'extrême précarité et s'enfonce de plus en plus dans la pauvreté», poursuit-il. La plupart des réfugiés se trouve dans les pays voisins de la Syrie et atteint le nombre de 4.013.000 de personnes, suite notamment aux derniers chiffres fournis par la Turquie qui en accueille près de la moitié (1,8 million). Le HCR table maintenant sur 4,27 millions de réfugiés d'ici à la fin de l'année, auxquels s'ajoutent les quelque 7,6 millions de déplacés à l'intérieur de la Syrie. L'appel aux fonds pour 2015 lancé par le HCR pour venir en aide aux réfugiés syriens se monte à 5,5 milliards de dollars, mais il n'est pour l'heure financé qu'à 24%. Le Programme alimentaire mondial a déjà réduit ses rations pour les réfugiés en raison d'un manque d'argent.» (1)

Les besoins financiers du HCR pour le Moyen-Orient ont considérablement augmenté ces dernières années, passant de 506,4 millions de dollars E.-U. en 2011 à un budget 2014 révisé de 1,6 milliard de dollars E.-U., pour tenir compte de l'augmentation des besoins liés à la crise en Syrie. En 2015, ces besoins financiers ont de nouveau augmenté, pour atteindre 1,7 milliard de dollars E.-U. en raison de besoins croissants découlant principalement des évolutions en Iraq, en Syrie et au Yémen.

«Terre d'accueil depuis toujours, accueillant déjà des réfugiés palestiniens, le Liban et la Jordanie doivent aujourd'hui faire face à une arrivée massive de réfugiés syriens sur leur territoire. Au Liban cela représente déjà plus 1,14 million de personnes et plus de 600.000 en Jordanie. Proportionnellement à la taille du Liban, l'afflux de réfugiés a été tel qu'à titre de comparaison, si cela s'était passé en France, il aurait fallu accueillir l'équivalent de 8 fois la population parisienne en deux ans soit environ 16 millions de réfugiés. Au nord du pays, dans certains villages on dénombre plus de réfugiés syriens que de Libanais. Dans le même esprit, il y avait eu au Liban, vers la fin des années 1970, de violents affrontements, car les camps qui accueillaient les 450.000 réfugiés palestiniens étaient rapidement devenus des sortes de quartiers généraux des organisations propalestiniennes, dont l'OLP.» (2)

Réagissant au fait que l'Europe n'a pas trouvé d'accord pour héberger 40.000 migrants, Vincent Cochetel directeur Europe du (HCR) déclare.: «Aujourd'hui, 86% des personnes déplacées sur la planète vivent dans des pays en développement. Et en 2014, ce sont 42.500 personnes qui ont été déplacées quotidiennement par les guerres et violations des droits de l'homme. Réinstaller 20.000 réfugiés et relocaliser à partir de la Grèce et de l'Italie 40.000 personnes en deux ans sur un continent de 500 millions d'habitants me semble de l'ordre du possible. Ne jetons pas la pierre à la Turquie. Avec 1,8 million de réfugiés sur son territoire, c'est le premier pays du monde pour l'accueil des réfugiés. Quand nous ferons autant qu'elle, nous pourrons critiquer!(...)» (3)

On le voit, les migrants accueillis dans les pays voisins des pays en conflit sont sans commune mesure avec ceux «accueillis» en Europe (moins de 10%). On dit que bousculée par l'arrivée massive de migrants, la ville de Paris organise l'accueil. Actuellement, entre 200 et 300 migrants, venus du Darfour, d'Erythrée, du Soudan, de Libye, du Tchad ou du Maghreb, squattent le lycée dans des conditions précaires.... Comme c'est touchant! Vite la solidarité !



Les murs du supermarché

Des murs sont partout érigés contre les faibles il n'est que de citer le mur entre le Mexique et les Etats-Unis, les murs en Europe, en Hongrie, Bulgarie, Grèce. Plusieurs milliers de migrants et de réfugiés sont passés samedi en Macédoine en enfonçant un cordon de police à la frontière sud. Ils ont passé plusieurs jours dehors et la dernière nuit sous la pluie. Beaucoup viennent de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak via la Grèce, où ils affluent au rythme de 2000 par jour pour tenter de pénétrer dans l'espace Schengen. Tout est fait pour tenir à distance les épaves humaines chassées par la misère et la guerre. En 2015, un migrant meurt toutes les deux heures en moyenne en Méditerranée. Plus de 2000 c'est le nombre de migrants portés disparus en mer Méditerranée en 2015, Ces personnes qui rêvaient d'une vie tranquille, qui voulaient échapper à la mort en se noyant. Des dizaines d'enfants dont le destin a été de mourir sans éclore à la vie. Quand on pense à tout le tintamarre occidental: quand un Occidental meurt, on convoque la planète pour défiler et désigner du doigt l'ennemi héréditaire.

Pourquoi les migrants risquent leur vie pour survivre? La tragédie des enfants

Plus que mille discours nous donnons la parole à deux mamans qui racontent simplement pourquoi elles ont risqué leur vie et celle de leurs enfants pour leur assurer un avenir sans bombes: «Si ce n'était pas pour les filles, je n'aurais jamais pris ce bateau»: Nada, 33 ans, Syrienne, son mari et leurs trois enfants font partie des 124.000 migrants arrivés en Grèce cette année, à leurs risques et périls. Il y a un mois à peine, ils avaient quitté leur ville d'Alep dévastée.» (4)

«Encore aujourd'hui, elles pleurent et elles hurlent de peur chaque fois qu'elles entendent un bruit fort, elles craignent que ce soit un bombardement», raconte la mère, tee-shirt rose et voile lilas. Mais elles ont retrouvé leur rire, et elles se sont remises à jouer. Au moins, la guerre est derrière nous maintenant», se réjouit-elle. Il faudra longtemps à tous ces enfants pour retrouver le sens de la normalité, estime l'association caritative Save the Children. Beaucoup de ces enfants syriens ne sont pas allés à l'école depuis plusieurs années, et ont grandi trop vite, perdant leur enfance Mais avec des familles qui ne cessent de changer de place, et un accueil grec réduit au strict minimum, les enfants n'ont reçu que quelques jouets, albums à colorier et crayons de couleurs donnés par les touristes et les habitants.» (4)

«Nisreen, 34 ans, qui est également arrivée d'Alep à Kos par la Turquie, dit que la guerre a eu un impact psychologique massif sur ses petits garçons âgés de six et quatre ans.» «La guerre, ils l'ont dans le sang à présent, ils ne jouent qu'à ça. Il fallait que je les sorte de Syrie, je suis venue en Europe pour eux», remarque-t-elle. Elle s'inquiète de les voir s'affronter avec des petites cuillères et des crayons, en imitant le bruit des mitraillettes et des explosions. «Et ils me demandent pourquoi on n'entend plus de bombardement... Je veux que mes enfants puissent se détendre, jouer, et aller à l'école comme tous les enfants», dit-elle, Selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), la moitié des quatre millions de personnes qui se sont enfuies de Syrie ces dernières années sont des mineurs.» (4)


La dimension coloniale et ses conséquences

On croit, à tort, que ces noyés ont jailli du néant et qu'un jour, ils ont décidé d'aller à la conquête de cette Europe opulente qui cultive à tort le «chauvinisme de la prospérité». Il me semble que le premier responsable de cette débâcle humanitaire est encore et toujours le colonialisme, puis le néocolonialisme qui permet au colonialisme initial de perdurer en adoubant des tyrans tant qu'ils servent l'intérêt des anciennes puissances et qu'on jette ensuite aux chiens quand ils ont fini de remplir le rôle qui leur est assigné au profit d'autres tyrans quelle que soit leur couleur «islamiste modéré» «moderniste», laïc; «despote éclairé», bref pourvu que le siphonage des potentialités du pays colonisé continue...

Il y a une responsabilité de l'Europe coloniale puis post ou néocoloniale dans ces désastres humanitaires, qu'il s'agit de l'accueil d'épaves humaines scories de l'histoire coloniale dont aucune nation anciennement colonisatrice, ne veut accueillir. Des voix s'élèvent pour imputer cette situation de désastre humanitaire, de crimes de masses à la politique américaine et française et britannique (Nicolas Sarkozy et David Cameron le Premier ministre britannique responsables du drame des migrants en Libye en intervenant en Libye au-delà du mandat de l'ONU). On oublie, aussi, de citer l'architecte de cette imposture, l'éminence grise Bernard-Henry Lévy qui est l'âme du complot. Il y a une responsabilité de la coalition qui est intervenue en Irak il y a douze ans, en violation du droit international.

Je suis sûr que les épaves humaines syriennes, irakiennes, afghanes, libyennes et autres auraient préféré mille fois les régimes dans lesquels ils vivaient que leur situation de désespoir actuelle. Qu'a l'Occident à se mêler des droits de l'homme avec une diplomatie aéroportée qui non contente de semer le chaos in situ laisse des brigades de la mort qui n'ont rien à voir avec une quelconque appartenance à l'Islam. Former des gouvernements off shore pour donner l'illusion de gouvernement contrepoids aux régimes en place est un pis aller. Ces nationalistes démocrates de la 25e heure après avoir fait toute leur carrière en Occident viennent dans les bagages des vainqueurs représenter le peuple, adoubés sans aucune légitimité par les pays occidentaux qui les intronisent de Conseil de gouvernement en exil. Une fois leur mission terminée, ils retournent à leurs pénates en Occident.


Le manque de vision globale de l'Europe ou le chauvinisme de la prospérité

Les citoyens européens, en majorité, ne veulent pas perdre les lambeaux de prospérité qu'ils gardent encore. Ils se sentent menacés par l'immigration. L'immigration en tête des sujets qui inquiètent les citoyens européens, avant le chômage et la crise financière. La solution de la droite et de l'extrême droite est de dénoncer les accords de Schengen.

Nicolas Sarkozy appelle à un Schengen II, avec la possibilité de suspendre le traité pour une durée indéterminée dans le cas où les contrôles aux frontières d'un des pays membres sont «défaillants». Bien qu'elle s'apprête à accueillir 80.000 migrants pour compenser en partie son déficit démographique, la chancelière allemande estime que le sujet des migrants doit être pris en charge sérieusement au niveau européen. La question des migrants dans l'UE, confrontée à une crise humanitaire sans précédent, allait occuper les Européens «bien plus que la Grèce et la stabilité de l'euro».

Lancer une guerre en Libye, intervenir en Afghanistan, soutenir un régime dictatorial en Égypte, soutenir l'Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen, pour ensuite se laver les mains est ignoble. Par sa stratégie du chaos, les gouvernements impériaux jouent un rôle criminel, au Proche-Orient et en Asie centrale. La forteresse Europe, véritable miroir aux alouettes pour les jeunes du Sud, se barricade plus que jamais. La réalité est au-delà des larmes de crocodile. La grande majorité des responsables politiques ne se soucient pas de ce problème Dans ces pays, le populisme progresse.

Houari Boumediene avait bien raison d’affirmer que les damnés de la Terre ne tarderaient pas juste retour des choses, à rendre visite à leurs anciens tortionnaires, s’ils n’ont pas la technologie, ils ont le nombre et surtout le mépris de la mort qui fait qu’ils jouent leurs existences à pile ou face, eux qui aiment la vie à en mourir pour elle !!

Le grand écrivain uruguayen Edouard Galeano disparu en avril dernier, avait magistralement décrit le pillage des richesses matérielles et détruit les cadres de sociabilité des pays des pays du Sud par les vagues successives de pays colonisateurs, de l’Espagne aux Etats-Unis, dans son ouvrage : les Veines ouvertes de l’Amérique latine. Parlant des vagues de migrants, il dit avec humour que les migrants rendent visite à ceux qui sont venus les visiter cinq siècles plus tôt … En avril 2009, à l’occasion du cinquième sommet des Amériques tenu à Trinidad-et-Tobago, le président vénézuélien Hugo Chávez l’avait offert un livre à son homologue américain Barack Obama

Recroquevillée sur ce qui lui reste de richesse, l'Europe fait preuve d'un chauvinisme sans égal. Certes, c'est un sentiment normal que de ne pas accepter normalement l'étranger surtout s'il est en compétition ave l'autochtone mais, on doit se garder de donner de leçons de se gargariser de mots creux et sonores; les droits de l'homme, la dignité... Allez expliquer cela aux migrants tabassés à Calais ou en Grèce! L'Europe gagnerait à se donner des leçons. Sa prospérité est bâtie pour les ex-pays coloniaux sur le sang et la sueur des épaves qui viennent de lui demander des comptes. Les Nations unies devront s'impliquer réellement,-au nom de l'humanité- si ce mot veut encore dire quelque chose, dans la recherche d'une solution politique en Libye; en Syrie et même dans le Sahel. Tous ces conflits ont été créés, d'une façon ou d'une autre, par les puissants de ce monde.


1. http://www.france24.com/fr/20150709-syrie-nombre-refugies-syriens-turquie-liban-HCR-4-millions

2. http://www.france24.com/fr/20140829-trois-millions-refugies-syriens-record-onu-liban-jordanie-turquie-syrie-etat-islamique-unhcr/

3.Migrants: «Chacun des 28 pays européens doit prendre sa part» Le Monde.fr 09.07.2015

4. http://www.goodplanet.info/actualite/2015/08/18/cest-souvent-pour-les-enfants-que-les-syriens-risquent-la-traversee-vers-leurope/#sthash.C3tvAxdr.dpuf

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/223580-le-chauvinisme-de-la-prosperite-des-riches.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 13:42

« Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on Enchaîne? (…) Ami si tu meurs un ami sort de l’ombre à ta place. C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères!
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse la misère! Il est des pays où les gens aux creux des lits font des rêves! Ici, nous vois-tu, nous on marche, nous on tue nous on crève
».

Le chant des partisans ( Anna Marly, Joseph Kessel , Maurice Druon)

Aujourd'hui nous fêtons avec un rituel sans épaisseur deux évènements importants de la révolution de Novembre: les 20 août 1955 et 1956. Il faut croire que l'histoire de l'Algérie se rappelle à nous par des dates cultes. J'ai dans une précédente contribution traité les mois de mai funestes de l'Algérie en parlant des enfumades de mai 1845 puis d'une tentative de génocide en mai 1945. Dans cette contribution, je vais m'attarder, après avoir rappelé en quelques traits les causes et les conséquences du 20 Août 1955, surtout sur le texte de la Plate-forme de la Soummam pour mettre en exergue le niveau intellectuel des révolutionnaires de l'époque en le comparant à l'anomie actuelle d'une régression dont nous découvrons chaque jour de nouvelles prouesses pour nous enfoncer encore plus.

Il était une fois la Révolution

« A vous qui êtes appelés à nous juger ». C'est par ces mots qu'une poignée de jeunes Algériens de l'Algérie profonde proclamaient à la face du monde leur désir d'en finir avec le colonialisme et 130 ans d'humiliation: «A vous qui êtes appelés à nous juger, notre souci, en diffusant la présente proclamation, est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir, en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l'indépendance nationale dans le cadre Nord-Africain. Nous considérons avant tout qu'après des décades de lutte, le Mouvement National a atteint sa phase finale de réalisation. (...) C'est ainsi que notre Mouvement National terrassé par des années d'immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l'opinion populaire, dépassé par les événements se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l'avant-garde algérienne. L'heure est grave ».(1)

« Le but est La restauration de l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions (…) Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous le nom de: Front de Libération Nationale, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens de s'intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. (…) Pour atteindre ces objectifs, le Front de libération nationale aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément: une action intérieure tant sur le plan politique et de l'action propre, et une action extérieure en vue de faire du problème algérien une réalité pour le monde entier avec l'appui de tous nos alliés naturels. (…) Algérien! Nous t'invitons à méditer notre Charte ci-dessus. Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté. Le Front de Libération Nationale est ton front. Sa victoire est la tienne. Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, forts de ton soutien, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la Patrie. » (1)


Le 20 Août 1955

On aura tout dit de cette insurrection attribuée à Zighoud Youcef et à son adjoint Lakhdar ben Tobbal. La révolution s'essouffait. Didouche Mourad était mort le 18 janvier. Le contact avec Alger rompu. On dit que c'était une guerre de religion nous verrons dans la suite du texte que ce n'était pas le cas et qu'au contraire c'était une lutte pour la dignité humaine, la fracture n'était pas ethnique mais entre un colonat qui s'arroge tous les droits et des indigènes qui se battaient pour survivre au quotidien, une armée de plus en plus féroce qui tuait sans discontinuer au nom de l'ordre républicain et des ordres donnés par Jacques Soustelle, un socialiste qui donna ainsi, la pleine mesure de l'affection qu'il vouait aux indigènes.

«L'Algérie, écrit Ghada Hamrouche, est passée par un terrible joug colonial jalonné de répressions, de massacres mais aussi marqué par la bravoure et le don de soi pour que les survivants à cette atroce guerre pour l'indépendance puissent un jour respirer la liberté et la dignité tant convoitées. De ces journées phares, où se sont mêlées bravoure et barbarie, surgit le 20 août 1955. Mieux qu'une insurrection, plus qu'une offensive, le 20 Août 1955 est indéniablement le tournant de la guerre de Libération nationale. Le 20 Août 1955 a transformé la révolution algérienne, proclamée le 1er Novembre, en une véritable guerre. (...)» (2)

«Les tueries commises contre la population musulmane étaient aveugles et ne faisaient aucune distinction. La réponse des autorités françaises était comparable à celle de 1945 lors des Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata et une application concrète du principe de responsabilité collective. De plus, le maire de Philippeville Benquet-Crevaux constitue des milices armées tandis que des unités spéciales de parachutistes et de légionnaires investissent le centre-ville. Selon un soldat français présent: «Toutes les mitraillettes et les mitrailleuses étaient alignées devant la foule de prisonniers qui se mirent à hurler. Mais nous avons ouvert le feu; dix minutes plus tard, c'était pratiquement fini. Il y en avait tellement qu'il a fallu les enterrer au bulldozer.»(2)

Les sources divergent quant au nombre des victimes. Ainsi, Claire Mauss-Copeaux affirme que 26 militaires ont été tués, et que 96 civils dont 71 Européens ont été massacrés. Selon le docteur Roger Vétillard, le total des morts atteint 119 Européens, une cinquantaine dans les forces de l'ordre et au moins 42 musulmans. Les victimes du côté des insurgés sont entre trois et cinq mille morts. Les officiels français annonceront 1273 morts. (3)(4)


Pour Lakhdar Bentobbal, il y eut 12.000 victimes: «Le prix que nous avons payé était très lourd. Après le 20 août, pas moins de 12.000 morts ont été inscrits sur nos registres avec le nom et l'adresse de chacun d'eux, car leur famille devait recevoir une allocation. C'est la raison pour laquelle nous avons insisté pour que le recensement soit exact.» (2)

Yves Courrières rapporte dans son ouvrage La Guerre d’Algérie les Fils de la Toussaint, que les autorités politiques reprochèrent à Zighoud Youcef d’avoir lancé cette offensive qui se solda par un véritable massacre des Algériens : pratiquement à 1 français tué pour 100 Algériens.


Le congrès de la Soummam du 20 Août 1956

Un moment capital qui a structuré la révolution fut la tenue dans des conditions difficiles du congrès de la Soummam: «Organisé par Abane Ramdane et Larbi Ben M'hidi, le congrès de la Soummam déterminant avait pour but l'adoption d'une charte structurant l'ossature du mouvement de l'insurrection: diviser l'Algérie en wilayas et zones, et doter l'organisation, en structures militaires et administratives. Le congrès de la Soummam fait figure de jour historique de la révolution algérienne. La charte adoptée à son issue a doté la révolution des structures qui lui manquaient -division de l'Algérie en six wilayas ou états-majors-, consacré le FLN comme seul représentant du peuple algérien et, surtout, le fondement de «la primauté du politique sur le militaire (...) Au lendemain des événements du 20 Août 1955, dont il n'avait aucune information, Abane avait entamé un échange épistolaire avec les dirigeants des différentes zones et des responsables à l'extérieur, au Caire, pour la tenue d'une réunion des responsables de la révolution. Zighoud Youcef donna son accord. (...) Ben M'hidi, représentant de l'Oranie (président de séance), Abane Ramdane, représentant le FLN, Omar Ouamrane, représentant l'Algérois, Krim Belkacem, représentant la Kabylie, ayant assuré la prise en charge logistique Zighoud Youcef, représentant le Nord-Constantinois, Lakhdar Bentobbal, adjoint de Zighoud. (...) L'absence du représentant des Aurès est due au fait qu'avec la mort de Ben Boulaïd, la zone 1 traversait une crise de pouvoir.» (5)

Il est vrai que la tenue dans des conditions hostiles eu égard à la férocité du pouvoir colonial mais aussi de pouvoir fédérer des chefs avec des ambitions différentes était une gageure: «Pouvons-nous imaginer un seul instant que tenir une réunion pareille dans des conditions que nous venons de citer plus haut relève du miracle de Dieu et d'une volonté de fer unique de ces nationalistes aux nerfs d'acier que rien n'a fait reculer, candidats à la mort avec le seul espoir, c'est de voir ce pays martyrisé, violé, bafoué, humilié, volé, libéré du joug colonial. Ces grands héros, ces hommes d'un courage unique et d'une témérité exceptionnelle incomparable ont donné leurs vies pour qu'un jour l'Algérie deviendra indépendante.» (5)

La philosophie de la Plateforme


Nous avons pris le soin de lire la Plateforme et nous proposons l'essentiel des décisions prises qui selon nous sont d'une hauteur de vue remarquable que nous aurions gagné à adopter après l'indépendance. Nous lisons: «L'Algérie, depuis deux ans, combat avec héroïsme pour l'Indépendance nationale. La révolution patriotique et anticolonialiste est en marche. L'Armée de Libération nationale se bat pour une cause juste. Les harkas de goumiers, recrutés parmi les chômeurs souvent trompés sur la nature du «travail» pour lequel ils étaient appelés, disparaissent dans le maquis. L'ALN tenant en échec la force colossale de l'armée colonialiste française, renforcée par les divisions «atomiques» prélevées sur les forces de l'Otan. (...) L'action de l'ALN a bouleversé le climat politique en Algérie. Elle a permis au peuple algérien une nouvelle prise de conscience de sa dignité nationale.» (6)


Non au culte de la personnalité

«Dans un délai extrêmement court, le FLN a réussi le tour de force de supplanter tous les partis politiques existants depuis des dizaines d'années. C'est le résultat de la réunion des conditions indispensables suivantes: le bannissement du pouvoir personnel et l'instauration du principe de la direction collective composée d'hommes propres, honnêtes, imperméables à la corruption, courageux, insensibles au danger, à la prison ou à la peur de la mort. La condamnation définitive du culte de la personnalité, C'est une lutte nationale pour détruire le régime anarchique de la colonisation et non une guerre religieuse. C'est une marche en avant dans le sens historique de l'humanité et non un retour vers le féodalisme. C'est enfin la lutte pour la renaissance d'un Etat algérien sous la forme d'une république démocratique et sociale et non la restauration d'une monarchie ou d'une théocratie révolues.» (6)

L'apport de la jeunesse et des élites

La jeunesse algérienne a les qualités naturelles de dynamisme, de dévouement et d'héroïsme. De plus, elle se caractérise par un fait rare. Très nombreuse, elle représente près de la moitié de la population totale. C'est donc pour le FLN un levier inflexible d'une puissance et d'une résistance formidables. Le ralliement des intellectuels à la patrie algérienne, le fait que la «francisation» n'a pas réussi à étouffer leur conscience nationale, la rupture avec les positions idéalistes individualistes ou réformistes, sont les preuves d'une saine orientation politique. (...) Nous saluons avec émotion, avec admiration, l'exaltant courage révolutionnaire des jeunes filles et des jeunes femmes, des épouses et des mères; de toutes nos soeurs «moudjahidate» qui participent activement, et parfois les armes à la main, à la lutte sacrée pour la libération de la Patrie.» (6)



La lucidité du FLN

Analysant l’esprit ambivalent du colonat, les rédacteurs de la Charte écrivent :«L'esprit de race supérieure est général. Mais il se manifeste sous des aspects nuancés, allant de la frénésie du type «sudiste» à l'hypocrisie paternaliste. (...) Pour atteindre son but, le colonialisme organisa la panique. Il accusa le gouvernement d'abandonner la minorité ethnique non-musulmane à la «barbarie arabe», à la «guerre sainte», à une Saint-Barthélemy plus immonde. La Révolution algérienne n'a pas pour but de «jeter à la mer» les Algériens d'origine européenne, mais de détruire le joug colonial inhumain. La Révolution algérienne n'est pas une guerre civile, ni une guerre de religion. La Révolution algérienne veut conquérir l'indépendance nationale pour installer une république démocratique et sociale garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens d'une même patrie, sans discrimination».(6)

L'appel aux communautés chrétienne et juive


Il fallait pour les stratèges de la révolution bien expliquer les buts de la Révolution qui n’était pas une guerre de religion mais une guerre pour le recouvrement de la dignité par le peuple algérien quelque soit les confessions qui le composent « (…) Mais le déchaînement de la haine antisémite qui a suivi les manifestations colonialo-fascistes ont provoqué un trouble profond qui fait place à une saine réaction d'auto-défense. Ceux-là n'avaient pas la mémoire courte. Ils n'ont pas oublié l'infâme souvenir du régime de Vichy. Pendant quatre ans, 185 lois, décrets ou ordonnances les ont privés de leurs droits. Au lendemain de la libération de la France, la communauté juive algérienne retrouva rapidement ses droits et ses biens grâce à l'appui des élus musulmans ». (6)

S’adressant aux Juifs d’Algérie qui ont vécu en Algérie depuis plus de deux mille ans les rédacteurs constatent l’atermoiement de cette communauté et lui rappelle les souffrances qu’elle a endurées : « En dépit du silence du Grand Rabbin d'Alger, contrastant avec l'attitude réconfortante de l'archevêque se dressant courageusement et publiquement contre le courant et condamnant l'injustice coloniale, l'immense majorité des Algériens s'est gardée de considérer la communauté juive, comme passée définitivement dans le champ ennemi.» (5)
«Le FLN a étouffé dans l'oeuf des provocations nombreuses, l'Algérie a été préservée de tout progrom. Le boycottage des commerçants juifs, devant suivre le boycottage des Mozabites, a été enrayé. Sans puiser dans l'histoire de notre pays les preuves de tolérance religieuse, de collaboration dans les plus hauts postes de l'Etat, de cohabitation sincère, la révolution algérienne a montré par les actes, qu'elle mérite la confiance de la minorité juive pour lui garantir sa part de bonheur dans l'Algérie indépendante.» (6)

La charte conclut cette partie en proclamant ; « La ligne de démarcation de la Révolution ne passe pas entre les communautés religieuses qui peuplent l'Algérie, mais entre d'une part, les partisans de la liberté, de la justice, de la dignité humaine et d'autre part, les colonialistes et leurs soutiens, quelle que soit leur religion ou leur condition sociale ».(6)

La place de la langue arabe et de l'islam

Les rédacteurs ont tenu à situer les enjeux culturels et on remarquera que nulle part, il n’est fait part du fond amazigh bien que l’architecte de cette rédaction fut Abane Ramdane un Algérie de Kabylie . C’est dire la hauteur de vue des leaders de l’époque qui rappellent les avanies de la langue et les tentatives de l’occupant de problématiser l’identité cultuelle et culturelle des Algériennes et des Algériens en tarissant les sources de l’enseignement qu’étaient les zaouïas en rattachant les Habous à l’administration coloniale. Ce qui a fait dire aux rédacteurs de la Commission d’Afrique dans un Rapport en 1847 : « Autour de nous les lumières furent éteintes, nous avons rendu la société algérienne beaucoup plus ignorantes qu’elles ne l’étaient avant de nous connaitre »

Nous lisons : « La langue arabe, langue nationale de l'immense majorité, a été systématiquement étouffée. Son enseignement supérieur a disparu dès la conquête par la dispersion des maîtres et des élèves, la fermeture des universités, la destruction des bibliothèques, le vol des donations pieuses. La religion islamique est bafouée, son personnel est domestiqué, choisi et payé par l'administration colonialiste. L'impérialisme français a combattu le mouvement progressiste des ouléma pour donner son appui total au maraboutisme ». (6)

La nécessité d'une unité maghrébine

La Charte aborde en y consacrant une grande partie de sa réflexion la nécessité plus que jamais d’une solidarité intermaghrébine : « (…) C'est une aberration de l'esprit que de croire que le Maroc et la Tunisie pouvaient jouir d'une indépendance réelle alors que l'Algérie resterait sous le joug colonial. L'Algérie libre et indépendante, brisant le colonialisme racial fondé sur l'arbitraire colonial, développera sur des bases nouvelles l'unité et la fraternité de la Nation algérienne dont la renaissance fera rayonner sa resplendissante originalité. Mais les Algériens ne laisseront jamais leur culte de la Patrie, sentiment noble et généreux, dégénérer en un nationalisme chauvin, étroit et aveugle. C'est pourquoi ils sont en même temps des Nord-Africains sincères attachés, avec passion et clairvoyance, à la solidarité naturelle et nécessaire des trois pays du Maghreb. L'Afrique du Nord est un TOUT par: La géographie, l'histoire, la langue, la civilisation, le devenir.» (6)

Les rédacteurs de la Plateforme concluent en situant la révolution dans le cours normal de l’émancipation des peuples . Elle proclame son indépendance de décision n’étant inféodée à aucune chapelle. Elle regrette le manque de soutien des pays arabes Egypte compris lors de la discussion de la question algérienne à l’ONU en 1956. Il est donc faut de croire que la Révolution à ses débuts était téléguidée par Nasser ou les pays arabes. L’histoire nous a convaincu par la suite ,que nous n’avons rien à attendre des potentats du Moyen Orient ; Notre destin est plus que jamais maghrébin et nous avons tout intérêt à tout faire pour contribuer à l’avènement de l’unité maghrébine

«La Révolution algérienne lit-on , malgré les calomnies de la propagande colonialiste, est un combat patriotique, dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. Elle n'est inféodée ni au Caire ni à Londres ni à Moscou ni à Washington. Elle s'inscrit dans le cours normal de l'évolution historique de l'humanité qui n'admet plus l'existence de nations captives. Le manque de hardiesse [vis-à-vis de la cause algérienne à l'ONU ndR] était déterminé par l'attitude des pays arabes en général et de l'Egypte en particulier. Leur soutien à la lutte du peuple algérien demeurait limité.» (6)

A lire ces dispositions généreuses, j'ai peine à croire que nous étions capables de cela. Je ne reconnais actuellement plus mon pays balloté entre le sacerdoce du FLN révolutionnaire, et la logorrhée du FLN actuel qui va jusqu’à affirmer par la voix de son chef «La France nous a donné l'indépendance.» L’indifférence est elle que personne ne rend compte

C’est dire si nous avons régressé ! Et dire que les révolutionnaires étaient des trentenaires , certains avaient beaucoup de trente ans . Didouche Mourad l’un des six du FLN avait 27 ans ! Où en sommes nous de cette anomie actuelle et où allons nous ? Une certitude La lente dérive de la société vers l'intolérance, est une régression je pense que nous avons fait un bond en arrière de plusieurs siècles.

A bien des égard , Le Congrès de la Soummam est éminemment moderne, l'appliquer nous permettrait d'être en paix avec nous-mêmes avec cette Algérie millénaire faite de tolérance, d'empathie et de solidarité. Puisse l'Algérie s'éveiller de ce cauchemar. Amen


1. Appel du Premier Novembre 1954.

2. http://www.algerie360.com/algerie/guerre-dindependance-tout-se-joua-le-20-aout-1955/


3.Claire Mauss-Copeaux http://ldh-toulon.net/l-insurrection-du-Constantinois-20.html


4.Roger Vétillard, «20 août 1955: le jour où l'Algérie a basculé», La Nouvelle Revue d'Histoire, no 9H, Automne-Hiver 2014,p. 22-24


5. http://www.reflexiondz.net/CONGRES-DE-LA-SOUMMAM-DU-20-AOUT-1956-Emergence-d-une-Nation_a30770.html


6.Le Congrès de la Soummam 20 aout 1956

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/223317-qu-en-reste-t-il.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 11:53


«Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge.»

Voltaire

A l'initiative d'Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, une journée appelée pompeusement «Tel-Aviv sur Seine s'est déroulée dans une atmosphère délétère avec un dispositif policier généreux en nombre et sur les dents. L'opération «Tel-Aviv sur Seine», à laquelle Manuel Valls a apporté son «soutien total», a ouvert ses portes avec un dispositif de sécurité renforcé. C'est aussi la Spcj, le service de protection de la communauté juive de France, une sorte de milice qui décide de qui est autorisé à entrer au coeur de la manifestation. C'est une milice privée qui décide de qui entre. Sur l'autre rive plusieurs centaines de militants de la cause palestinienne protestent pacifiquement contre cet événement inique

La classe politique de gauche hypocrite comme à son habitude n’y voit pas de problème avec quelques protestations molles ça et là .Claude Bartolone, le président de l'Assemblée nationale, s'est voulu serein: «Je pense que malgré les protestations des uns et des autres chacun va revenir à la raison.» «Il est encore temps d'éviter une faute politique», a martelé quant à lui Eric Coquerel, conseiller régional du Parti de gauche (PG) Ile-de-France, et Danielle Simonnet, conseillère (PG) de Paris, dans une lettre ouverte à l'adresse d'Anne Hidalgo. La droite et l’extrême droite a joué la prudence, si elle n’adhère pas d’une façon franche, elle se garde de tout commentaire pouvant lui nuire lors des prochaines échéances

Pour rappel, au plus fort de la boucherie contre les ghazaouis « en pleine offensive israélienne à Ghaza, des manifestations de soutien aux Palestiniens, ont interdites en raison lit on sur une presse main stream des risques de violence, avaient dégénéré notamment dans le quartier populaire de Barbès, à Paris, et à Sarcelles. Dans cette ville où vit une importante communauté juive, un rassemblement non autorisé s'était transformé le 20 juillet en émeute urbaine aux relents antisémites.» (1).

Par réaction à l’ignominie de la mairie de Paris du fait de deux poids deux mesures, l’autre côté des Berges rebaptisé par leurs soins, «Ghaza sur Seine». Tout cela pour contempler la comédie humaine et donner une visibilité humaniste à Tel-Aviv qui nous dit-on est progressiste et n'a rien voir avec la politique du gouvernement. Cette initiative nous paraît scandaleuse en ce sens qu'elle commémore l'anniversaire du dernier carnage d'Israël vis-à-vis des Ghazaouis il y a un an.

Souvenons-nous pendant plus de trois semaines dans l'impunité la plus totale, le silence lâche des uns et la caution des pays occidentaux qui à l'unisson ont répété le slogan préparé par Israël -Israël a le droit de se défendre - Israël s'est en effet défendu en faisant passer de vie à trépas plus de 2000 personnes dont 500 enfants. Le calvaire de ces enfants innocents morts est toujours dans nos têtes, qu'Israël par sa politique laxiste a laissé des colons brûler une maison tuant le bébé Ali Dawabcheh, brûlé vif, ensuite son père qui succombe à ses blessures et enfin sa mère toujours dans un état grave brulée au troisième degré

Le mutisme de la « Gôche » devant ce crime et la récompense « Tel Aviv sur Seine »

Y a-t-il eu une protestation des donneurs de leçon de la gauche en France? Rien ! Pas le moindre petit reproche. Au contraire, prenant appui sur une décision israélienne de faire semblant de chercher le terroriste, responsable de l’incendie- comme si cela était un acte isolé, alors que le racisme et la sensation d’appartenir une race élue imprègne d’une façon visible et invisible la société israélienne, on félicite le Premier ministre israélien qui a arrêté un lampiste extrémiste déclaré terroriste et proposé comme solde de tout compte pour ce meurtre abject pour lequel Israël est engagé.

Allant plus loin dans le catalogue habituel des exactions à l’endroit des Palestiniens , dans une contribution sans concession, Julien Salingue fait l'inventaire récent des exactions israéliennes et s'étonne que personne ne condamne: «En Cisjordanie, les exactions commises par les colons israéliens se multiplient, jusqu'à avoir, récemment, entraîné la mort d'un bébé et de son père dans l'incendie criminel de leur maison. À Gaza, un an après l'offensive meurtrière de l'été 2014, le blocus se poursuit, et l'on vient d'apprendre dans un rapport de l'ONU que pour la première fois depuis 50 ans, la mortalité infantile était en hausse. À Paris, pour dénoncer ces crimes, on organise une grande fête sur les bords de Seine, en l'honneur de Tel-Aviv. Vous avez dit indécence?» (2)

«Mais il ne faut pas confondre Tel-Aviv, une ville, et Israël, un État!», disent-ils. L'argument pourrait faire sourire si la situation n'était pas aussi grave. Doit-on rappeler aux organisateurs de l'initiative que Tel-Aviv est la seule capitale internationalement reconnue d'Israël, siège de la quasi-totalité des ambassades? Doit-on préciser que l'agglomération de Tel-Aviv est de loin la plus peuplée du pays, avec près de 3.5 millions d'habitants, soit près de la moitié de la population du pays? Doit-on enfin rappeler que Tel-Aviv est la capitale économique et financière d'Israël, et aussi sa capitale technologique, où sont élaborées nombre de petites merveilles à destination de l'armée israélienne? Non, Anne Hidalgo, Tel-Aviv n'est pas une république autonome (...) Mais si Tel-Aviv était à ce point en rupture avec le gouvernement Netanyahou et les colons, et si «Tel-Aviv ce n'est pas Israël», comment comprendre le soutien apporté à Tel-Aviv sur Seine par le ministère du Tourisme israélien et l'ambassade d'Israël en France, et par des officines aussi amoureuses de la paix que le Crif ou, pis encore, la Ligue de défense juive? Non, Bruno Julliard, Tel-Aviv n'est pas la Commune de Paris».(2)

«Notre opposition à l'initiative de la mairie de Paris est donc une opposition politique à une initiative politique. Il s'agit de refuser qu'à l'heure où le blocus de Gaza et la colonisation de la Cisjordanie se poursuivent, on célèbre Tel-Aviv et Israël sur les bords de Seine dans une ambiance chaleureuse et festive. Il s'agit de rejeter toute tentative de blanchiment d'un État qui, tout en piétinant quotidiennement les résolutions de l'ONU et le droit international, essaie par tous les moyens de séduire les opinions publiques occidentales par des opérations de communication bien huilées..(..) Et oui, nous continuerons de critiquer Israël, État hors-la-loi, y compris en défendant le boycott des institutions israéliennes, à défaut de sanctions adoptées par les États censément garants du droit international». (2)

Pour Bertrand Heilbronn, secrétaire général de l'Association France Palestine Solidarité, c'est une opération de communication masquée derrière une image prétendument positive de Tel-Aviv pour essayer de faire oublier la politique israélienne vis-à-vis du peuple palestinien. L'image de Tel-Aviv prétendument libérale est mise en avant pour «blanchir» l'image d'Israël. (...) Il y a probablement une joie de vivre à Tel-Aviv mais surtout une grande inconscience.
A quelques kilomètres de là se trouvent le mur et la bande de Gaza. (...) Dire que Tel-Aviv est une ville d'opposition est faux. C'est la capitale, économique et politique, de l'Etat d'Israël, pour tous les gouvernements qui ne reconnaissent pas l'annexion de Jérusalem. (3)


Les évolutions récentes d’un statut quo

Dans un article du Monde du 12 août, Benjamin Barthe retrace finement les fondements de cette initiative et les transformations de la perception visà vis de la cause palestinienne tout en pointant du doigts l’arme fatale qui consiste à traiter d’antisémite toux ceux qui critiquent la politique israélienne et son impunité dans les territoires occupés : «Un an après la controverse suscitée par l'interdiction de certaines manifestations de solidarité avec la bande de Ghaza, la société française se crispe une nouvelle fois sur la question israélo-palestinienne. (...) Les défenseurs de cette opération vantent une simple fête,(...) Les membres du Parti Socialiste raisonnent simplement, comme la plupart de leurs collègues de droite et de gauche, avec la grille d'analyse du processus d'Oslo(...) Un paradigme qui présuppose que les torts sont également partagés, que les deux parties sont animées de bonne volonté et qu'en les réunissant donc autour d'une même table la paix finira par émerger sous la forme de deux Etats pour deux peuples. A ce titre, tout projet visant à créer du lien, notamment par la culture, est bon à prendre.» (4)

«En face, les pourfendeurs de Tel-Aviv sur Seine, n'en déplaise à certains pro-israéliens aveugles, ne sont pas des antisémites masqués. Si la mouvance pro-palestinienne rejette de plus en plus le discours des élites politiques et médiatiques sur ce dossier, c'est parce que, contrairement à celles-ci, elle n'est plus imprégnée de la culture d'Oslo, de son langage et de ses tics. Manifestants d'un jour ou militants de longue date, les pro-palestiniens des années 2010 ne voient plus dans les violences qui ensanglantent la région l'affrontement de deux nationalismes qu'il faut réconcilier, mais un système de discriminations et d'apartheid, qu'il faut mettre à bas. Le maître mot dans les années 1990 était «négociation». Son homologue aujourd'hui est BDS, l'acronyme du mouvement Boycott Désinvestissement Sanction, qui réclame des sanctions contre Israël. Son ambition est de rompre le sentiment de normalité, dont Tel-Aviv est le symbole, qui permet aux Israéliens de garder la tête dans le sable.» (4)


Benjamin Barthes énumère ensuite trois causes de cette évolution «La première cause de cette rupture est générationnelle. Pour les jeunes qui ont protesté contre l'offensive israélienne dans la bande de Gaza en été 2014, (...) Les événements fondateurs de leur engagement sont l'attaque de la flottille de Gaza, la construction du «mur de l'apartheid», le bouclage de la bande de Gaza ou l'offensive «plomb durci» contre ce même territoire. Une litanie de crimes de guerre et de violations du droit international, où ils peinent à trouver une trace de bonne volonté israélienne.» (4)


«La deuxième raison est politique. En vingt ans, l'opinion israélienne a dérapé à droite. (...)
Les militants pro-palestiniens, s'ils ont des défauts, n'ont pas celui-là. Depuis le début de la deuxième intifada en 2000, des milliers d'entre eux se sont rendus en Cisjordanie et en Israël dans le cadre de missions de solidarité. La troisième raison, enfin, est culturelle. (...)On sait ce qu'il est advenu d'Oslo. Tué à petit feu par le terrorisme, la colonisation et le refus des dirigeants israéliens de laisser se créer, en Cisjordanie et à Gaza, un état digne de ce nom. (...) le Parti Socialiste en tête, devrait commencer son autocritique. La grille d'analyse qu'elle applique au conflit israélo-palestinien est définitivement périmée.» (4)



Le point de vue du maire de Tel-Aviv: une oasis de paix et de tolérance

Avec beaucoup de retard et sans aucun argument réel Anne Hidalgo , tente de convaincre que l’innocence de cet évènement décidé en mai Elle rappelle ce qu’à fait Paris avec d’autres villes : « Après Athènes, des villes du Brésil ou de Polynésie, nous avons décidé d'accueillir Tel-Aviv durant la journée du 13 août. Cette idée, finalement banale pour qui aime les villes au bord de l'eau, est née autour d'un déjeuner que les élus des deux villes ont partagé lors du déplacement du Conseil de Paris en Israël et en Palestine au mois de mai. Pourquoi Tel-Aviv? Une ville progressiste (...) je ne saurais rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement.» (5)

« il serait injuste, poursuit Mme Hidalgo, de « rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement. Ce serait mépriser la démocratie locale et donc la démocratie tout court Nos pactes d'amitié avec Tel-Aviv ou Haïfa ne nous ont pas empêchés en tant que ville, de reconnaître la Palestine avant l'Etat français; d'être solidaires de la population de Gaza en mobilisant des aides d'urgence après les destructions de l'été dernier, et surtout d'avoir avec des villes palestiniennes, comme Jéricho et Bethléem, parmi nos plus importantes coopérations décentralisées en cours dans le monde. Au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible: elle consiste à encourager plutôt qu'à réprimander, à échanger plutôt qu'à boycotter, à dialoguer plutôt qu'à excommunier.» (5)

Belle empathie à laquelle on souscrirait à pieds joints si Tel Aviv était une ville normale , car à vouloir la détacher de l’ensemble faisant croire que c’est uen singulairté, c’est une erreur et une faute . D’abord il faut savoir que TelAviv n’est pas qu’une ville c’est aussi un ensemble avec sa périphérie de près de 50 %de la population Sans oublier d’ajouter la population israélienne (celle de Tel Aviv comprise) a soutenu à plus de 90% la dernière opération contre Gaza,

Anne Hidalgo tente de nous convaincre que Tel Aviva protesté contre l’assassinat du bébé , «C'est à Tel-Aviv qu'ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l'enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques.» C'est un double mensonge: les activistes israéliens présents sur place ont eux-mêmes regretté la faible affluence de ce rassemblement. Ceux qui y étaient, comme l'écrivain israélien Edgar Keret, ont été effarés de voir la place Ithzak Rabin «à moitié vide ». De plus, la décision en faveur de Tel-Aviv a été prise avant le meurtre du bébé.

Parlant de sa politique d'équilibre pourquoi avec son prédécesseur n'a-t-elle pas accroché le portrait de Salah Ammouri franco-palestinien détenu dans les geôles sur le fronton de la mairie de Paris comme cela a été fait pour le soldat Shalit qui a bénéficié d'une publicité monstre dans les médias au point que les parents israéliens de Gilad Shalit ont été reçus à l'Élysée contrairement à la maman française de Salah Ammouri qui ne l'a jamais été.

Grâce à Anne Hidalgo, Paris capitale de l'apartheid israélien

Pour Youssef Boussoumah membre du PIR (Parti des indignés de la République), Tel Aviv sur Seine est une provocation d'un cynisme surréaliste. Il écrit: «Signé en mai dernier entre Anne Hidalgo et son homologue le maire de Tel-Aviv, ce partenariat entre Paris et la capitale d'un Etat, dont la traduction devant la CPI se fait de jour en jour plus certaine, a de quoi scandaliser tous ceux qui refusent de reléguer au niveau d'un fait divers la mort de milliers de femmes et d'enfants innocents. (...) A qui fera-t-on croire comme le prétend madame Hidalgo que ce partenariat n'est «qu'un évènement festif», qu'il ne concerne que la ville de Tel-Aviv flottant au-dessus du monde et des réalités alors qu'à quelque km seulement de cette bulle, un mur étrangle près de 2.5 millions de Palestiniens et que chaque jour des dizaines de check-points empêchent toute vie normale? (...) Comment espère-t-on faire croire que Tel-Aviv sur Seine n'est pas un évènement politique alors que des groupes ultra pro Israéliens comme la LDJ ou le Bnvca s'y donnent déjà rendez-vous et que des soutiens inconditionnels de la politique israélienne s'en réjouissent sur les réseaux sociaux? Ainsi, Patrick Klugman, adjoint au maire de Paris, chargé des relations internationales et de la francophonie, qui l'an dernier justifiait l'agression contre Gaza, se répand sur la chaîne pro-israélienne I24 pour se réjouir que «BDS cette fois-ci n'aura pas le dernier mot». Comment madame Hidalgo peut-elle feindre d'ignorer un État qui organise des châtiments collectifs, qui nourrit de force les prisonniers en grève de la faim, qui emprisonne des enfants ou des gens sans jugement pour des périodes quasi illimitées??Les crimes de guerre de l'armée israélienne sont si patents que d'ores et déjà des ONG comme Amnesty International les ont récemment dénoncés et que des officiels, officiers supérieurs de l'armée israélienne, n'osent plus sortir du territoire israélien de crainte d'être interpellés.» (6)


Sayed Hasan inscrit cette initiative de la mairie de Paris dans une fresque large de la compromission des élites françaises. Il écrit «(...)Deux exemples éloquents indiquent assez que le collaborationnisme est profondément ancré au sein d’une certaine élite « républicaine » française, et qu’il y aurait tout à fait lieu de parler, au-delà du fameux Syndrome de Stockholm, d’un véritable « Syndrome de Paris » pour désigner ce « fin’amor françois » historique pour les Occupants étrangers. En 1870, après la débâcle de Sedan et la chute du Second Empire, la IIIe République fut proclamée à Paris, à la grande frayeur des possédants. Malgré l’état de guerre et la présence des troupes prussiennes sur le sol national, l’élite politique et économique française ne redoutait pas tant l’ennemi de l’extérieur que celui de l’intérieur, appréhendant dans une terreur sacrée une victoire du peuple français en armes qui pourrait entrainer un bouleversement des structures économiques et sociales. Ainsi l’effort du « Gouvernement de défense nationale » qui fut constitué par la confrérie des Jules – Favre, Simon, Ferry, coiffés par Trochu et (Adolphe) Thiers – consista-t-il principalement à saboter toutes les velléités de résistance populaire et à rechercher un armistice avec Bismarck au plus vite et à tout prix »(7).

« La perte de l’Alsace poursuit l’auteur et de la Lorraine paraissait bien négligeable au regard de la « défense sociale », de la préservation des privilèges et de l’ordre établi, et après la trahison de Bazaine et le simulacre du siège de Paris, elle put enfin être imposée à la Nation. Il fut alors temps, enfin, de retourner les canons français contre le véritable ennemi, à savoir les faubourgs de Paris, sous l’œil approbateur de Bismarck. L’historien Henri Guillemin a minutieusement démontré cela dans sa trilogie sur Les Origines de la Commune (Cette curieuse guerre de 1870, L’Héroïque défense de Paris et La Capitulation), synthétisée dans sa série de conférences éponyme ».(7)

En 1940, il en est plus ou moins allé de même. Les élites politiques et économiques françaises ont vu dans l’Allemagne nazie un péril infiniment moins grand que le danger socialiste (à cette époque, cette doctrine n’avait pas encore été dévoyée et portait des valeurs authentiquement progressistes), et, plus encore, ont considéré qu’un « désastre » militaire pourrait permettre à la France de renouer avec ses traditions réactionnaires et d’abroger les nombreuses hérésies introduites par le Front Populaire. Ce fut notamment tout l’effort de Pétain, qui œuvra en ce sens au moins à partir de 1936. Et autour de lui, nombreux sont ceux qui firent Le choix de la défaite, pour reprendre le mot de l’historienne Annie Lacroix-Riz. Encore une fois, Henri Guillemin a établi ces faits dans ses ouvrages Nationalistes et nationaux (1870 – 1940) et La vérité sur l’Affaire Pétain, condensés dans sa série de conférences correspondante ».

« Dans un cas comme dans l’autre, Paris fut occupée par l’ennemi, la Prusse bismarckienne en 1871, l’Allemagne nazie en 1940. Il est difficile de parler d’autre chose que de haute trahison de la part des élites françaises, bien que la tradition politique et historiographique continue à porter la plupart de ses protagonistes aux nues – à l’exception de Pétain, que certains voudraient réhabiliter : ils ont raison dans le sens où Pétain n’a fait que perpétuer une tradition de collaborationnisme fermement ancrée dans la République, mais en prenant pour cible le régime républicain lui-même et les Juifs, et non plus le prolétariat français. Il ne peut en aller autrement, tant nos élites restent engagées sur cette ignoble voie.

Mais s’il est établi que les élites françaises, corrompues et apatrides, n’ont eu de cesse de bafouer les intérêts du peuple et de la Nation au moins depuis la IIIe République, qu’en est-il du peuple français ? Comment a-t-il accueilli l’Occupant étranger en 1871 et en 1940 ?

« Henri Guillemin rapporte que « Les Prussiens sont entrés à Paris le 1er mars [1871], et Paris s’est comporté d’une manière très noble. Il faut se souvenir de ce qui s’était passé lors de l’entrée des Alliés – et en particulier des Cosaques – dans Paris en 1815. On avait assisté à des scènes hideuses. Lorsqu’ils étaient entrés dans les quartiers populaires, ça n’avait pas bougé, mais lorsqu’ils sont arrivés dans les quartiers riches, sur les grands Boulevards, ça avait été des ovations. Les femmes du monde montaient en croupe sur les chevaux des Cosaques, qui étaient les ‘libérateurs’, ces étrangers qui venaient ramener le Roi. Le 1er mars 1871, on ne voit rien de semblable, alors que cette fois-ci, les Allemands rentrent par les beaux quartiers de Paris – ils entrent par Neuilly, par le 16e et par le 8e arrondissement , par les Champs-Elysées. Tout le monde a fermé les fenêtres, toutes les boutiques sont fermées : ils entrent dans un silence de mort. »

« Puis, lorsque la mystification de la pseudo-famine – qui aurait imposé l’armistice – et la haute trahison des élites furent révélées au peuple de Paris, ce fut une explosion générale d’indignation qui culmina avec la Commune, dans laquelle les Parisiens de toutes les couches sociales s’engagèrent le 26 mars 1871 en votant massivement pour les « rouges » : ceux-ci avaient été écrasés aux élections de 1870, mais triomphaient à présent comme les seuls défenseurs authentiques de la Patrie. En 1940, alors que même un petit pays comme la Hollande, vaincu et occupé par les Nazis, pouvait s’enorgueillir de la nomination de l’Allemand Seyss-Inquart pour le diriger (la Reine Wilhelmine proclama que « Le rouge de la honte nous serait monté au visage si l’envahisseur avait choisi pour ce poste quelqu’un de notre nationalité. Cette ignominie du moins nous aura été épargnée. »), la France n’eut pas ce bonheur. Elle fut le seul pays à s'engager dans la voie de la reddition la plus déshonorante, de la collaboration et même du collaborationnisme forcené avec l'Occupant par le biais de son plus haut représentant légal, maréchal de surcroît, (...) Il fut suivi par la grande majorité des Français, qui l'acclamèrent jusqu'au 26 avril 1944 (...).»(7)

Julien Salingue a raison de conclure sur la finalité de cette mascarade macabre à savoir donner une visibilité au tourisme israélien : «Il faut être naïf dit-il , aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas comprendre que, pour l'État d'Israël et ses soutiens, l'initiative Tel-Aviv sur Seine est une opération éminemment politique, en donnant à voir le visage «ouvert» et «festif» d'un État dont l'image est de plus en plus dégradée sur la scène internationale en méditant ces propos d'Hila Oren, responsable du Tel-Aviv Global & Tourism,: «La marque Tel-Aviv est un outil de contournement du conflit [car] Israël est un label difficile à vendre.»(2)

De notre point de vue, dans cette affaire la gauche a perdu, une fois de plus, son âme et à la lecture de cette constante collaboration des élites françaises- contre leur peuple- pour garder le pouvoir, cette compromission avec l’ignominie s’explique par la nécessité pour les politiques de passer à travers les gouttes de pluie et de ne pas assumer devant la face du monde leur responsabilité. Ce qui arrive aux Palestiniens est une ignominie disait le président Carter. On a beau habiller cet évènement d’anodin, de festif, il n’empêche il a une profonde signification en ce sens qu’il conforte qu’Anne Hidalgo le veuille ou non Israël dans sa politique de fuite en avant. Il n’est nullement question de juifs de musulmans voire d’antisémitisme- ce mot désigne pourtant à la fois les Arabes et les israéliens- Il s’agit de rendre sa dignité à un peuple qui souffre le calvaire depuis près d’un siècle et qui ne demande qu’à vivre en paix sur les 22 % qui lui restent de sa Palestine originelle.

Voltaire à bien raison de nous mettre en garde contre nos amis ou supposés tels…. En l’occurrence une Gauche généreuse , humaniste, qui dit le droit, bref une Gauche à la Edgard Morin : « Une gauche notion complexe, dans le sens où ce terme comporte en lui, unité, concurrences et antagonismes. L'unité, elle est dans ses sources : l'aspiration à un monde meilleur, l'émancipation des opprimés, exploités, humiliés, offensés, l'universalité des droits de l'homme et de la femme. Ces sources, activées par la pensée humaniste, par les idées de la Révolution française et par la tradition républicaine, ont irrigué au XIXe siècle la pensée socialiste, la pensée communiste, la pensée libertaire... Certes, il nous faut d'abord résister à la barbarie qui monte. Mais le "non" d'une résistance doit se nourrir d'un "oui" à nos aspirations. La résistance à tout ce qui dégrade l'homme par l'homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l'aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n'a cessé de naître et renaître au cours de l'histoire humaine, renaîtra encore.» (8)

Rien à ajouter


1.Important dispositif de sécurité autour de «Tel-Aviv sur Seine» Le Monde.fr 12.08.2015


2.Julien Salingue docteur en sciences politiques. http://www.liberation.fr/debats/2015/08/11/tel-aviv-sur-seine-la-mort-...

3. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/tel-aviv-sur-seine-un-evenement-indecent_1706534.html#McFuM0JA3Q57hvou.99


4. http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/08/12/tel-aviv-sur-seine-demontre-que-la-grille-d-analyse-des-politiques-francais-est-perimee_4721729_823448.html


5.Anne Hidalgo: Pourquoi nous accueillons Tel-Aviv à Paris Plages? Le Monde 11.08.2015


6. Youssef Boussoumah, http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2015/08/12/youssef-boussoumah-grace-a-anne-hidalgo-paris-capitale-de-lapartheid-israelien/


7. Sayed Hasan http://www.mondialisation.ca/tel-aviv-sur-seine-ou-la-tradition-collaborationniste-francaise/5468790

8. Edgard Morin :http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/05/22/ce-que-serait-ma-gauche_1361550_3232.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/223055-le-comble-de-l-ignominie-et-de-l-allegeance.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 13:51

«Une chandelle à un kopec a fait brûler Moscou.»

Proverbe russe

Depuis quelques mois on assiste à une recomposition lente mais cohérente des rapports de force internationaux où les ennemis d'hier sont les amis de demain en espérant -pour la paix du monde - qu'ils ne redeviennent pas les ennemis de demain. Dans ce grand échiquier selon le beau mot de Brezinski, ancien gourou de la politique américaine, Vladimir Poutine apparaît comme un joueur constant avec un cap qui est celui-légitime- de faire rejouer à la Russie au delà de la parenthèse de l'épopée soviétique, le lustre tsariste de la Grande Catherine de Russie qui accueillait à sa cour Voltaire, de Pierre le Grand le tsar de toutes les Russies.

Selon l'analyste Mathieu Slama, ce qui se joue entre Vladimir Poutine et les dirigeants européens, ne se situe pas simplement autour de la question ukrainienne, mais au niveau des idées, «sur quelque chose de bien plus fondamental et décisif». (...) On peut reprocher beaucoup de choses à Vladimir Poutine, mais il y a une chose qu'il est difficile de lui contester, c'est son intelligence et l'imprégnation qu'il a de la culture et de l'âme russes. En cela, nous dit Hubert Védrine dans le dernier numéro du magazine Society consacré à Poutine, il se distingue très nettement de ses homologues européens: «C'est un gars [sic] très méditatif, qui a énormément lu. Vous ne pouvez pas dire ça d'un dirigeant européen aujourd'hui. Il y a une densité chez Poutine qui n'existe plus chez les hommes politiques.» Dans un discours absolument fondamental d'octobre 2014 devant le club Valdaï, réunion annuelle où experts, intellectuels et décideurs viennent parler de sujets liés à la Russie, Poutine a brillamment exposé l'essentiel de sa doctrine. Extraits: «La recherche de solutions globales s'est souvent transformée en une tentative d'imposer ses propres recettes. La notion même de souveraineté nationale est devenue une valeur relative pour la plupart des pays à la place d'Etats souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos.» (1)


Le discours culte de Poutine en octobre 2014

A la rencontre de Valdaï qui eut lieu en Russie en octobre 2014, le président russe a fait un discours dont nous reproduisons ici les principaux points : «(...) Nous nous réunissons pour nous parler franchement. Les débats d'aujourd'hui se sont tenus sous le thème: De nouvelles règles ou un jeu sans règles? Tandis que nous analysons la situation d'aujourd'hui, n'oublions pas les leçons de l'histoire. Tout d'abord, les changements dans l'ordre mondial - et tout ce que nous voyons aujourd'hui constitue des événements de cette ampleur - ont généralement été accompagnés sinon par une guerre et des conflits à l'échelle mondiale. (...) La politique mondiale est avant tout une question de leadership économique, de guerre et de paix, avec une dimension humanitaire, incluant les droits de l'homme. Ce système a été sérieusement affaibli, fragmenté et déformé.» (2)


«Ce que nous devions faire était de procéder à une reconstruction rationnelle et de l'adapter aux nouvelles réalités du système des relations internationales. (...) La Guerre froide a pris fin, mais elle n'a pas pris fin avec la signature d'un traité de paix comprenant des accords clairs et transparents sur le respect des règles existantes ou la création d'un nouvel ensemble de règles et de normes. (...)Dans une situation où vous aviez la domination d'un pays et de ses alliés, ou plutôt de ses satellites, la recherche de solutions globales s'est souvent transformée en une tentative d'imposer ses propres recettes universelles. Ils ont présenté les politiques qu'ils concoctaient dans leurs corridors du pouvoir comme le point de vue de l'ensemble de la communauté internationale.» (2)

«(...) Les mesures prises , poursuit le président Poutine, contre ceux qui refusent de se soumettre sont bien connues et ont été essayées et testées de nombreuses fois. Elles comprennent l'usage de la force, la pression économique et la propagande, l'ingérence dans les affaires intérieures, et les appels à une sorte de légitimité «supra-légale» lorsqu'ils ont besoin de justifier une intervention illégale dans tel ou tel conflit ou de renverser des régimes qui dérangent. (...)Ce n'est pas pour rien que «Big Brother» dépense des milliards de dollars pour tenir sous surveillance le monde entier, y compris ses propres alliés les plus proches.»(2) Vladimir Poutine passe ensuite en revue tous les conflits actuels qui ont été fabriqués par l'impérialisme occidental: «Au lieu de régler les conflits, cela conduit à leur escalade; à la place d'États souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos; et à la place de la démocratie, il y a un soutien pour un public très douteux allant de néofascistes avoués à des islamistes radicaux. Ils ont jadis parrainé des mouvements islamistes extrémistes pour combattre l'Union soviétique.


Les sources de financement du terrorisme

Vladimir Poutine montre que le financement est à la fois la drogue et le pétrole: «Au cours de mes conversations avec les dirigeants américains et européens, je parlais toujours de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme, de le considérer comme un défi à l'échelle mondiale. (...) Quant aux sources de financement, aujourd'hui, l'argent ne vient plus seulement de la drogue, (...) Les terroristes obtiennent également de l'argent en vendant du pétrole. Le pétrole est produit dans le territoire contrôlé par les terroristes, qui le vendent à des prix de dumping, le produisent et le transportent. Mais d'autres achètent ce pétrole, le revendent, et font du profit, sans penser au fait qu'ils financent ainsi les terroristes qui pourraient venir tôt ou tard sur leur propre sol et semer la destruction dans leur propre pays.»

L'offre permanente de dialogue

«(...) Essentiellement, le monde unipolaire est tout simplement un moyen de justifier la dictature sur les individus et les nations. (....)Aujourd'hui, nous assistons à de nouveaux efforts pour fragmenter le monde, (...) Ces tentatives sont de plus en plus déconnectées de la réalité et sont en contradiction avec la diversité du monde. Des mesures de ce genre créent inévitablement des confrontations et provoquent des contre-mesures, et ont pour résultat l'effet inverse de ce qui était souhaité. Je pense que nos amis américains sont tout simplement en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. On ne peut pas mélanger la politique et l'économie, mais c'est ce qui se passe maintenant. La Russie ne va pas perdre son calme, s'offenser ou venir mendier à la porte de quiconque. La Russie est un pays autosuffisant. (...) Bien sûr, les sanctions constituent un obstacle. Le monde est un endroit très différent aujourd'hui.

« Nous sommes toujours ouverts au dialogue y compris au sujet de la normalisation de nos relations économiques et politiques. (...) Nous avons vu que l'Asie joue un rôle de plus en plus important dans le monde, dans l'économie et dans la politique, et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'ignorer ces développements. Le développement des relations économiques avec ces pays et la réalisation de projets d'intégration communs créent aussi de grandes incitations pour notre développement national. Il ne fait aucun doute que des facteurs humanitaires tels que l'éducation, la science, la santé et la culture jouent un rôle plus important dans la concurrence mondiale. (...)» (2)

Que sera l’avenir s’il y a la jungle ?

«Qu'est-ce que l'avenir nous réserve donc, s’inquiète le président Poutine, si nous choisissons de ne pas respecter les règles - même si elles peuvent être strictes et peu pratiques, mais plutôt de vivre sans règles du tout? Ce sera la peur et l'équilibre de la destruction mutuelle qui empêcheront les nations de se livrer à un conflit direct. (...) La prochaine menace évidente est l'escalade plus avant de conflits ethniques, religieux et sociaux. (...) Plus nous faisons face à des problèmes communs, plus nous nous trouvons dans le même bateau, pour ainsi dire. Pourquoi ne pouvons-nous pas utiliser cette expérience à l'avenir pour relever les défis locaux et mondiaux? Cependant, il est évident que les succès et les résultats réels ne sont possibles que si les participants clés des affaires internationales peuvent se mettre d'accord sur l'harmonisation des intérêts de base, sur le fait de s'imposer des limites raisonnables, et de donner l'exemple d'un leadership positif et responsable.(...) nous avons besoin d'un nouveau consensus mondial des forces responsables. (...) Nous avons un agenda pacifique et positif tourné vers l'intégration. Nous travaillons avec nos collègues de l'Union économique eurasienne, de l'Organisation de coopération de Shanghai, du Brics (..) Ce programme vise à renforcer les liens entre les gouvernements, pas à les fragiliser.» (2)

Pourquoi ne cesse-t-on pas de s'en prendre à la Russie?

Parmi toutes les sanctions à l'endroit de la Russie, l'affaire des gazoducs. En plus de ses anciens gazoducs, la Russie a proposé deux autres gazoducs South Stream et North-Stream: les tracés adoptés contournent l'Ukraine. Parallèlement l'Union européenne a proposé de construire le Nabucco. Ces projets s'affrontaient de part et d'autre de la mer Noire pour alimenter l'Europe du Sud. (...) le North Stream est opérationnel il ravitaille l'Allemagne en passant sous la mer Baltique Le South Stream a été abandonné. Karl Muller nous explique pourquoi l'Occident s'en prend à la Russie coupable de «ne pas rentrer dans le rang après la chute de l'empire soviétique». Coupable aussi d'avoir soutenu Assad, coupable aussi d'être contre le bouclier antimissiles à sa porte.: «Les nombreux rapports concernant la situation «tendue» en Asie, actuellement entre la Chine et le Japon, jouent des rôles différents. (..) On ne parle pas, du moins publiquement, de la politique de l'Union européenne, notamment de l'Allemagne, vis-à-vis de l'Europe de l'Est et de la Russie. Et ce alors que les États de l'Otan et l'Union européenne se sont fixés comme objectif - depuis 1990-1991, et malgré leurs promesses au gouvernement soviétique de l'époque - de «s'approprier» l'Est à partir de l'Ouest en incorporant toujours plus d'États de l'Europe de l'Est à l'Alliance atlantique ainsi qu'à l'Union européenne pour affaiblir la Russie et l'asservir petit à petit. On trouve la preuve de toutes ces manoeuvres dans le livre Le grand échiquier. paru en 1997 l'auteur est Zbigniev Brzezinski, conseiller des présidents américains pour la sécurité des Etats Unis» (3)



Comment combattre la Russie par les médias?

Après avoir tenté de l'asphyxier en vain,nous l'avons vu avec les sanctions européennes - les multinationales américaines ne sont pas concernées, au contraire, elles continuent à faire des affaires-voilà que l'Empire instruit ses vassaux européens de mettre en place une lutte médiatique «L'automne 2015 lit-on dans la contribution suivante devrait voir l'apparition d'un nouveau projet stratégique initié par l'intelligentsia de Bruxelles visant à lutter contre «le succès des médias russes et notamment celui de Russia Today». Le projet, qui portera le nom de EastStartComTeam devrait être opérationnel dès septembre 2015, disposant d'antennes dans sept pays du bloc postsoviétique (et commençant son travail de propa... (...) Cette guerre médiatique et de communication des grands ensembles devrait s'accentuer alors qu'au sein de l'Organisation de Shanghai, les principaux médias dominants (russes, chinois, indiens, centrasiatiques, iraniens) vont coordonner leur activité pour lutter contre le déséquilibre informationnel régnant et l'hyper-dominance des médias occidentaux.» (4)

Arabie Saoudite Russie : Même combat ?

On sait que l’Arabie Saoudite est un colosse de pétrodollars avec un sabre nain, elle a pour rôle de porter le chaos en Russie. De deux façons différentes en noyant le marché avec son pétrole ce qui assèchera les entrées en devises, mais aussi en lançant les meutes terroristes wahabites qu’elle finance contre la Russie

A l’époque les groupes wahhabites contrôlés par Bandar Ben Sultan ancien responsable des services secrets, attaquent la Russie avec la complicité de la CIA. L’Arabie Saoudite veut contraindre la Russie à lâcher Assad. Elle crée le chaos sur place avec les groupes et des groupes terroristes d’inspiration wahhabite Le prince Bandar Bin Sultan, homme lige de la CIA, a été reçu – à sa demande – à deux reprises par le président russe Vladimir Poutine, pour le convaincre, en vain, de lâcher Bachar al-Assad en contrepartie de juteux Quelques semaines avant la deuxième rencontre Poutine-Bandar, du 3 décembre 2013, un premier attentat a eu lieu le 21 octobre 2013 dans un bus de Volgograd, provoquant la mort de 7 personnes et 30 blessés. Dans une prise de position sans précédent, le président russe a qualifié de « terroriste » le régime saoudien. Poutine a promis « des représailles » aux attentats de Volgograd.

Que s’est il passé depuis pour que l’Arabie Saoudite qui ne représente rien sur le plan de la puissance militaire technologique ou scientifique, en vienne à prendre langue avec la Russie ? Une explication serait que l’Arabie Saoudite veut montrer aux Etats Unis son indépendance après l’accord entre l’Iran et le groupe 5 +1. Les Saoudiens sont extrêmement mécontents de l’accord iranien, que le Président américain Barack Obama a défendu avec tant de véhémence Il semble que dans un avenir pas trop lointain, la République islamique pourrait se transformer d’ennemi mortel en allié majeur des États-Unis. Pendant ce temps, les États-Unis ont choisi de se retirer totalement de la lutte contre les Houthis soutenus par l’Iran au Yémen;

La signature d’un accord entre la Russie et l’Arabie Saoudite selon lequel Riyad investira $ 10 milliards dans l’économie russe est une preuve : « L’accord avec l’Arabie Saoudite représente le plus grand partenariat et le plus grand appel de capitaux étrangers de ces dernières années, pour la Russie », a déclaré le directeur général de fonds russe d’investissement Direct (RFID), Kirill Dmitriev. « Les investisseurs arabes viennent à la Russie à un moment où tout le monde lui tourne le dos, » écrit Vedomosti, un quotidien d’affaires respecté ».(5)

D’autres experts russes s’accordent à dire que pour les arabes, les arrangements privés entre dirigeants sont extrêmement importantes. D’autant plus que le principal traité d’investissement entre Moscou et Riyad était accompagné de négociations sur les livraisons à l’Arabie saoudite des systèmes de défense anti aérienne de fabrication russe, Iskander. Ce qui sera un défi lancé à Washington, qui, jusqu’à présent, jouit d’un monopole pour la fourniture d’armes au Royaume.(5)

Les intérêts pétroliers de Riyad sont également propices à des liens plus étroits avec la Russie. Le but ici est de résoudre le problème du prix du pétrole bas, (…) Dans l’élargissement de la coopération avec la Russie, Riyad, joue aussi un jeu long. Bien sûr, le principal intérêt de Moscou est de briser le carcan de l’isolement global et de trouver de nouveaux partenaires et alliés Ce n’est pas pour rien, disent les médias, que récemment le Président Poutine lui-même a téléphoné à son homologue américain Barack Obama pour discuter d’abord et avant tout de la Syrie. Non moins remarquable a été la réaction du locataire de la maison blanche, qui a dit qu’il avait été « réconforté » par l’appel. Ces attentes ont été renforcées par les récentes déclarations de politiciens occidentaux (dont Obama lui-même) qui affirment que, sans la participation de la Russie, un accord avec l’Iran aurait été impossible. Néanmoins, l’activation des liens avec une telle puissance régionale clé comme l’Arabie Saoudite devrait être vue comme une évolution positive, surtout si l’on considère le fait que la Russie soutient l’Iran et est prête à coopérer avec les Etats-Unis sur la Syrie, même si son éventuel abandon du régime Assad demeure un point discutable ». (5)

Dans le même ordre on apprend qu’en date du 11 aout La Russie et l’Arabie Saoudite sont d’accord pour relancer le dialogue entre Damas et l’opposition De plus le dialogue constructif entre tous les pays du Golfe, notamment les pays arabes et l’Iran» se mette en place. «Nos approches du règlement de la crise coïncident de manière générale, mais il y aussi des désaccords. L’un d’entre eux concerne le destin du président Al-Assad», a ajouté le ministre russe qui estime en outre qu’il revient aux Syriens de décider du sort de leur président. Sergueï Lavrov a encore souligné que Bachar Al-Assad ne menaçait aucun pays voisin, alors que Daesh ne menace «pas simplement l’Irak, la Syrie et l’Arabie Saoudite [… mais produit] des cartes qui vont de l’Espagne au Pakistan».(6)

Comment l'Occident prépare une guerre perdue d'avance contre ses «barbares» ?

Il n’empêche ! il n’y a pas de signe d’accalmie. Tout l'arsenal annonciateur d'une troisième déflagration mondialisée est en effet méthodiquement mis en place par les autorités du «vieux monde» en leur citadelle G7 assiégée: lois d'exception sur le renseignement légalisant l'écoute généralisée de tous les citoyens; accords secrets verrouillant le champ de bataille économique (Tafta, loi sur le secret industriel...); mise sous tutelle des «alliés» récalcitrants (Grèce); persécution contre tout ce qui s'apparente à des migrants, militarisation forcenée des forces dits «de l'ordre» contre la colère montante de la piétaille; ingérences militaires aux quatre coins de la planète et jusqu'aux confins de l'Europe (Ukraine) dérapages colonialistes au Moyen-Orient (Israël), saccage de l'Afrique... Bref, il n'y a plus guère que le choeur affolé des autruches pour s'égosiller à nier la réalité implacable de ces dangereux préparatifs guerriers.» (7)

«Tous les fronts ouverts à ce jour en attestent: déconvenues occidentales à répétition sur les sites d'interventions localisées (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie...); piétinements d'Israël développement ultrarapide de l'État islamique; incapacité pour les autorités en place, malgré tous leurs efforts en ce sens, de maîtriser la Toile mouvante des réseaux d'Internet, armes de sabotage massif, mais aussi de mobilisation séditieuse par excellence.» (5) Mais au fait, où sont les ennemis à anéantir? Assurément, la diabolisation de Poutine fait de la Russie une cible quasi idéale pour un bon vieux conflit bien traditionnel à l'ancienne. Aujourd'hui, c'est contre les «barbares» engendrés par lui-même sur ses propres ruines que l'Empire occidental est contraint de se battre. (...) Se heurtant comme mouches contre les vitres aux poudrières par eux semées: la fin de la croissance infinie, l'épuisement des ressources énergétiques, le dérèglement climatique... Les Romains de feu l'Empire romain le savent bien: à la fin, ce sont les «barbares» qui gagnent. Nul ne sait ce que sera demain.» (7)


Mistrals russes: le manquement à la parole donnée

Dans le même ordre, il est intéressant de décrire la position erratique de la France dans l'affaire des Mistral payés rubis sur l'ongle par la Russie et que Hollande refuse de livrer. Un ancien diplomate français attaché militaire à Moscou en parle: «Avoir osé casser le contrat Mistral avec la Russie il fallait quand même le faire. François Hollande l'a osé, et l'a fait! Il a tout cassé (...) Entre la France et la Russie, ce sont des siècles de construction et d'élaboration de relations particulières Le pire, ce n'est pas la peine d'en parler, Tolstoï l'a suffisamment bien raconté dans Guerre et Paix, Le meilleur, c'est De Gaulle, qui d'une main, a construit notre force de dissuasion nucléaire, respectée par tous et qui rendait ses dires crédibles, et de l'autre rappelle qu'il ne saurait y avoir de construction européenne garante de la paix dans le monde sans la participation du grand voisin de l'Est. Staline ne s'y était du reste pas trompé: il voulait faire participer De Gaulle à Yalta. Il avait préparé à son intention en cadeau un fusil incrusté d'or et de pierreries que l'on vous montre à Moscou, (...)» (8)

C’est un fait depuis l’année dernière le rapport des forces politiques et économiques a définitivement changé dans le monde, le barycentre s'étant déplacé vers l'Asie. La Russie devient de plus en plus indépendante surtout avec la création de la nouvelle banque Brics. Les changements ont aussi porté sur le rapport des forces sur l'arène économique mondiale. Même l'allié depuis 70 ans, en l'occurrence l'Arabie saoudite, est en train de s'affranchir. L'accord de l'Iran avec les Etats-Unis, l'a amené à se rapprocher de la Russie, un cadeau de 10 milliards de dollars, l'achat de missiles Iskander, seule demande pour que la Russie lâche Assad, ce que la Russie ne veut pas faire. De plus, la Russie a vocation à être intégrée à l'Europe: «De l'Atlantique à l'Oural», selon le mot de De Gaulle, Ce serait alors un ensemble économique important uni par l'Histoire et la civilisation, mais les stratèges atlantistes ont tout fait pour la précipiter dans les bras asiatiques.



1.Mathieu Slama http://www.marianne.net/agora-vladimir-poutine-contre-universalisme-occidental-100235985.html08 Août 2015


2 http://sayed7asan.blogspot.com/2014/10/vladimir-poutine-sur-le-nouvel-ordre.html#sthash. P1peGugu.dpuf


3.Karl Müller http://www.mondialisation.ca/lirak-glisse-vers-la-guerre-civile/5364331


4.Alexandre Latsa http://fr.sputniknews.com/ points_de_vue/20150810/1017454135.html#ixzz3iUCw7WdH

5. http://www.russia-direct.org/analysis/russia-pivots-again-time-saudi-arabia

6.http://francais.rt.com/international/5486-lavrov–russie-arabie–syrie

7. http://www.politis.fr/Comment-l-Occident-prepare-une-3e,32098.html


8. http://www.comite-valmy.org/spip.php?article623111 août 2015,

http://arretsurinfo.ch/comment-loccident-prepare-une-guerre-perdue-davance-contre-ses-barbares/

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/222797-poutine-et-le-diktat-unilateral-occidental.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 10:38

«Le bouclier antibalistique que nous allons construire en Europe de l'Est est seulement destiné à nous défendre contre les attaques d'Etats voyous et de groupes terroristes. Soyez donc rassuré: même si nous prenions l'initiative de vous attaquer par une première frappe nucléaire, vous pourriez aisément traverser le bouclier et anéantir mon pays.»

Le président Bill Clinton, s'adressant au président Vladimir Poutine le 6 juin 2000, à Moscou

Cette phrase résume à elle seule la doctrine de la dissuasion. Cette année 2015 a été l'année des commémorations en règle générale de ce que l'on appelle les Alliés: les vainqueurs. Ce terme prête à confusion pour deux raisons, car des vainqueurs il y en a eu deux, l'un que l'on appellera par la suite l'empire américain et ses vassaux qui s'attribuent les mérites sans en avoir payé le prix du sang ou plutôt, ils ont payé effectivement avec le sang des autres, ce fut pour l'Angleterre, les Indiens les Pakistanais et pour la France, l'essentiel de l'effort supporté par les Régiments de tirailleurs algériens, tunisiens et marocains sans oublier le petit peuple constitué par les Européens d'Algérie. L'autre allié qui n'a jamais été reconnu est l'Empire soviétique, le premier à planter le drapeau sur la chancellerie du Reich un certain jour de mai 1945 qui marqua symboliquement la fin de la guerre.

En face, deux peuples guerriers et leurs «alliés» comme l'Empire ottoman qui en paya un terrible prix: la curée était telle que la guerre n'était pas terminée que les acolytes diaboliques commençaient à se partager la dépouille encore fumante. C e furent les accords de la honte de Sykes –Picot que les Etats Unis furent les premiers à dénoncer . Le président Woodrow Wilson, tentant de mettre en avant l'argument de l'autodétermination des peuples. Ces deux peuples guerriers étaient l'Allemagne qui n'a jamais accepté l'humiliation du traité de Versailles et le Japon qui s'estimait être l'héritier d'une grande civilisation. Nous verrons que le largage des deux bombes atomiques était plus fait pour donner un signe de Truman aux Soviétiques que de faire capituler un pays qui était déjà à genoux et qui ne demandait qu'une reddition dans l'honneur en sauvant l'empereur.

Le 16 juillet 1945, à l'issue du premier tir nucléaire grandeur nature, dit «Trinity», au Nouveau-Mexique, le physicien américain Kenneth Bainbridge, responsable de l'essai, avait déclaré à Robert Oppenheimer, patron du projet Manhattan: «Maintenant nous sommes tous des fils de putes» («Now we are all sons of bitches»). Trois semaines plus tard, le 6 août, le bombardier américain Enola Gay larguait la bombe «Little Boy» sur Hiroshima, au Japon, qui tuait 80.000 personnes d'un coup.«L'aube d'une ère nouvelle», assurent certains scientifiques. 80.000 Japonais moururent (140.000 selon les Japonais) sur le champ. L'humanité entamait une ère nouvelle caractérisée par la possibilité de son extinction. Le P aout ce sera le tour de Nagasaki de recevoir le feu du ciel qui se termina par plus de 70.000 morts.

De leur côté les soviétiques ne croisèrent pas les bras. Il faut savoir en effet qu’ils s'employèrent eux aussi à maîtriser le feu nucléaire moins de trois ans plus tard, ils faisaient exploser leur bombe atomique. Ce qui a amené les Américains à aller plus loin et à faire exploser une bombe à hydrogène de 10 megatonnes de TNT où le détonateur était constitué par une bombe atomique à l'uranium 235.Il y eut même des bombes au plutonium. Ce à quoi les Soviétiques firent exploser la bombe appelée Tsar bomba de 50MT soit près de 3000 fois la bombe d'Hiroshima. L'Angleterre fit elle aussi des essais et on connaît les essais de la France les 13 essais (Gerboises multicolores) L'histoire se souviendra du cri de joie de De Gaulle, le président français:«Hourra pour la France! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière» le 13 février 1960 félicitant les militaires qui venaient de faire exploser une bombe 70 KT 5 fois plus puissance que celle d'Hiroshima, dans l'Algérie en guerre. Les Algériens paient encore le prix de l'ivresse de puissance. (1)



Les motifs réels

On est en droit de se demander pourquoi les Etats-Unis ont largué une bombe atomique sur un pays à genoux! Mieux encore, pourquoi trois jours après, une autre bombe sans motif apparent. Dans le documentaire de Arte à ce sujet,nous lisons «(...) Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un «mal nécessaire» pour forcer les Japonais à capituler? Hiroshima démontre que le pays de l'empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s'apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres: tester in vivo l'efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l'armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août): les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté: considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l'emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux EU, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire (2).

La bombe était-elle nécessaire?

Pour le philosophe Jean-Pierre Dupuy, polytechnicien et ingénieur des mines professeur à l'université Stanford: l'existence de l'arme nucléaire pose un défi extrême à la pensée. Par elle, une possibilité inouïe a fait irruption dans l'histoire humaine: l'autodestruction de l'espèce. (...) Pour l'opinion américaine, aujourd'hui encore, la décision la plus importante de l'histoire du XXe siècle aura été un mal, certes, mais un mal nécessaire. Sans l'effet terrifiant de la bombe, seule une invasion de l'archipel qui aurait coûté la vie à un demi-million de soldats américains pouvait faire céder le Japon.» (3)

«Si ce qu'il fallait cacher, poursuit le philosophe Jean-Pierre Dupuy c'est que la bombe n'était nullement nécessaire pour obtenir la capitulation du Japon? (...)Il aurait suffi de deux conditions pour que la reddition soit obtenue sans délai: que le président Truman insiste pour que l'Union soviétique déclare sur le champ la guerre au Japon; que les Américains promettent de laisser l'empereur en vie et en fonction. Truman a refusé l'une et l'autre conditions. C'était à la conférence de Potsdam qui a débuté le 17 juillet 1945. La veille, le président avait reçu la «bonne nouvelle»: la bombe était au point,(...) La bombe existait, elle ne pouvait qu'être utilisée. (...) Cette extravagance révèle que les conditions nées de l'effondrement de la puissance soviétique n'ont rien ôté de son caractère dément à la logique de la dissuasion. La sécurité y est fille de la terreur. Cette logique a reçu un nom approprié: MAD («fou» en anglais), pour «Mutually Assured Destruction» - destruction mutuelle assurée. (...)Dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing a avoué que jamais il n'aurait appuyé sur le bouton. L'état-major ne lui a pas encore pardonné. (...)De là à conclure que la dissuasion est une chose du passé et que la guerre préventive doit la remplacer, il y a un énorme pas qu'on ne devrait pas franchir. (...) Il est difficile de ne pas partager le pessimisme de Günther Anders. L'apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, écrit-il dans son livre Hiroshima est partout (Seuil, 2008), et ce que nous pouvons faire de mieux, c'est retarder indéfiniment l'échéance. Nous sommes en sursis.» (3)


Les causes qui font diversion

On prête aux physiciens juifs allemands réfugiés aux Etats-Unis leur intervention auprès d'Einstein pour qu'il puisse informer le président Roosevelt que les physiciens allemands étaient proches de la confection d'une bombe atomique et qu'il fallait arrêter cela. Pourquoi alors une bombe sur Hiroshima et pas sur Berlin?

Une autre raison invoquée par les boute-feux qui ont encouragé Truman est que la simple prise de l'île d'Okinawa a coûté 7600 morts à l'armée américaine. L'état-major américain craint, non sans exagération, de perdre 500.000 soldats pour conquérir Honshu, l'île principale de l'archipel. C'est ainsi qu'émerge l'idée d'utiliser la bombe atomique contre l'Empire du Soleil levant, pour briser sa résistance à moindres frais. Comment peut-on comprendre l'ambivalence du discours américain. N'est-ce pas le président Roosevelt, le 1er septembre 1939 lors d'un appel aux Européens: «Le bombardement aérien sans pitié de civils dans des régions urbaines non fortifiées, au cours des hostilités qui ont fait rage dans différentes parties du monde ces dernières années, qui a mutilé et tué des milliers de femmes et enfants sans défense, a profondément choqué la conscience de l'humanité.» On dit aussi parmi les causes, qu'en réponse à la déclaration de Potsdam du 26 juillet, le gouvernement japonais organisa le 28 une conférence de presse au cours de laquelle le Premier ministre Kantarô Suzuki annonça l'intention du Japon «d'ignorer» (mokusatsu) l'ultimatum.



Les réticences multiples de l'état-major

Pourtant pratiquement tout l'état-major était contre. A commencer par le général Dwig Eisenhower. D'autres voix se sont élevées contre l'utilisation militaire des bombes atomiques. Il est admis que le Japon était à genoux et cherchait une reddition dans l'honneur. A l'été 1945, le blocus du Japon était presque complet. Les sous-marins et l'aviation américaine avaient le contrôle des eaux côtières. Il a été avancé que l'utilisation d'armes atomiques à grande échelle contre les populations civiles était un crime de guerre, voire un crime contre l'humanité. La Convention de La Haye stipulait: le bombardement aérien visant à terroriser la population civile, à détruire ou endommager des biens de nature non militaire ou à blesser des non-combattants est interdit (Art. 22). Le Japon était déjà profondément affaibli dès le début de 1945 et la capitulation inéluctable. L'officier le plus haut gradé dans le théâtre des opérations en Pacifique était le général Douglas MacArthur. Il ne fut pas consulté au sujet des bombardement,s mais dira après coup qu'il n'y avait pas de justification militaire pour cette attaque.(4)

L'ivresse de puissance de Truman en mal de légitimité

Le major-général Curtis LeMay, l'amiral Ernest King (chef des opérations navales), l'amiral Chester Nimitz (chef de la marine dans le Pacifique) émettront également des doutes au sujet des bombardements atomiques. Eisenhower écrira dans son mémoire The White House Years: «En 1945, le secrétaire de la Guerre Stimson, alors en visite dans mon quartier général en Allemagne, m'informa que notre gouvernement était en train de préparer le largage d'une bombe atomique sur le Japon. J'étais de ceux qui avaient le sentiment qu'il devait y avoir un certain nombre de raisons valables pour mettre en doute la sagesse d'un tel acte. Plus loin, il ajoute: «MacArthur pensait que le bombardement était complètement inutile d'un point de vue militaire.» Les Etats-Unis savaient déjà depuis longtemps décoder les messages japonais et savaient donc que les Japonais cherchaient depuis des mois à déposer les armes. L'amiral Chester W. Nimitz, commandant en chef de la flotte US du Pacifique, fit écho à cette réalité lorsqu'il écrivit: «En fait, les Japonais avaient déjà avoué leur défaite, la bombe atomique n'a joué aucun rôle sur le plan strictement militaire.» (4)

Il existe un autre argument: l'ambition démesurée de Truman. Roosevelt meurt en Avril 1945, le vice-président Truman lui succède pour la fin du mandat. Voulant se légitimer et peut-être militer pour un mandat de président, il décide du largage des bombes, cette décision renforcerait rapidement sa popularité. De plus, Truman lui-même déclara hypocritement que l'objectif des deux bombardements nucléaires était de «ramener les boys à la maison». Il pouvait être tenté enfin de surfer sur l'argument «il faut laver l'affront de Pearl Harbour». Encore une fois le Japon était à genoux, il demandait une reddition dans l'honneur. Pour l'Histoire, cependant, l'embargo complet sur le pétrole et l'acier ainsi que le gel des avoirs japonais sur le sol américain. a fait que le Japon étranglé n'avait pas d'autre choix que de se battre. ce fut Pearl Harbour le 7 décembre 1941. Le mythe du «Jour d'infamie» de l'Amérique, consolide fortement l'idée que l'Amérique n'attaque que pour se défendre.»(5)

La vraie vérité: intimider l'Union soviétique

La réponse se trouve en fait dans l'attitude des Etats-Unis envers les Russes. En février 1945, les Etats-Unis ne savaient pas encore si la bombe allait fonctionner. L' analyse de Jacques Pauwels historien canadien se tient: «L'irruption des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale doit-elle être considérée comme une croisade contre la barbarie nazie, la lutte du Bien contre le Mal? (...) les Américains étaient, en effet, loin d'être indifférents aux ressources économiques et la dimension géostratégique des régions qu'ils allaient libérer. (...) En Europe de l'Ouest, les Américains et les Britanniques avaient déjà créé un nouvel ordre presque un an auparavant, et Staline avait accepté cet arrangement. En Europe de l'Ouest, tout avait déjà été décidé; en Europe de l'Est, et en Allemagne, tout restait possible. (...) Le 25 avril 1945, Truman prit connaissance du projet ultrasecret Manhattan (...) Truman et ses conseillers se trouvaient fascinés par ce que le célèbre historien américain William Appleman Williams a appelé une «vision d'omnipotence». La bombe atomique constituait «un marteau», comme disait Truman lui-même, qu'il brandirait au-dessus de la tête de «ces gars au Kremlin». (...) Ainsi naquit la diplomatie de l'atome, qui a été dévoilée d'une manière si captivante par l'historien américain Gar Alperovitz. (...)» (6)

«A la conférence de Postdam du 17 juillet au 2 août 1945, Truman reçut le message tant attendu lui annonçant que la bombe avait été testée avec succès le 16 juillet à Almagordo, au Nouveau-Mexique. Le président américain se trouvait maintenant assez fort pour prendre l'initiative, il rejeta catégoriquement toutes les propositions qui émanaient du côté soviétique. (...) Or, Staline ne montra aucun signe de faiblesse, même pas lorsque Truman essaya de l'intimider en lui soufflant dans l'oreille que l'Amérique avait acquis une nouvelle arme terrifiante. Le sphinx soviétique, qui avait certainement déjà été informé du projet Manhattan par ses espions, écouta dans un silence de plomb. Truman en conclut que seule une démonstration réelle de la bombe atomique pouvait persuader les Soviétiques de plier.» (6)

Les Japonais devraient remercier les USA pour avoir reçu une bombe sur la tête

D’après un sondage de l’Institut de recherche américain Pew Research Center, la majorité des Américains considèrent les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki comme justifiées. Mieux encore , ils pensent qu’ils ont rendu service à ce pays. Ainsi, à l’occasion du 70e anniversaire d’Hiroshima, les médias occidentaux, dont Foreign Policy fait partie, sont truffés d’articles, analysant la dimension historique des événements tragiques d’août 1945. Ces derniers expliquent que la véritable menace pour le Japon en 1945 était l’URSS, et en particulier Joseph Staline et sa faim dévorante pour les territoires au-delà de son contrôle. Foreign Policy mentionne même une stratégie militaire de l’Union Soviétique, présupposant la défaite du Japon impérial et l’occupation ultérieure de ses territoires terrestres et maritimes.

Si l’on suit cette logique, les Japonais devraient remercier les Américains qui ont largué à point nommé les bombes salvatrices sur Hiroshima et Nagasaki. « Merci » — c’est juste le mot que les Etats-Unis rêvent d’entendre de la part du Japon ».(7)

« Dans la suite de l’article, l’observateur « dévoile » un plan militaire diabolique de l’Union Soviétique, selon lequel, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’armée soviétique était prête à envahir le Japon. Selon l’auteur, les sous-marins soviétiques entouraient Hokkaido, projetant de capturer la péninsule ». Ces interprétations de la tragédie et de sa justification à tout prix a fait réagir des Cependant, une telle interprétation des événements de 1945, ne ressemble-t-elle pas à une difficile tentative de réécriture de l’histoire? Ce type de conspirationisme, circulant dans le monde, est un exemple clair et net du révisionnisme historique, qui sert à distraire l’attention publique des bombardements nucléaires des Etats Unis et à cantonner l’intrigue autour de M. Staline, le nouveau souffre-douleur de la Seconde Guerre Mondiale, dans le nouvel imaginaire de l’Occident, » conclut l’analyste politique Andrez Korybko ».(7)

Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller à Washington, va plus loin, elle s ’inscrit en faux contre cette argumentation et déclare que ce type d’interprétation s’inscrit dans une dynamique plus large visant à diaboliser encore et toujours la Russie et la Chine.

« Dans une interview pour Sputnik, qu’historiquement, il n’y avait pas de raisons pour un bombardement atomique, car les pourparlers de paix étaient déjà engagés. D’après Mme Zepp-LaRouche, l’argument voulant que le double-bombardement ait été effectué pour sauver des soldats américains ne vaut rien. Le bombardement atomique a été entrepris écrit-elle pour créer une atmosphère d’horreur, c’était un geste d’instauration de l’ère d’après-guerre, pour prolonger le gouvernement colonialisme et impérialisme qui n’aurait jamais eu lieu si Franklin Roosevelt avait été vivant »(7)

« La réécriture de l’histoire conclut elle, fait partie de la logique d’aujourd’hui. Beaucoup de gens avertissent — les Etats-Unis et l’OTAN se préparent à une guerre contre la Russie et la Chine. La période la plus dangereuse sera août, parce que le Congrès des Etats-Unis part en vacances. Toutes les guerres au XXième siècle ont commencé en août »(7)

D’Hiroshima à la cyberguerre, l’impossible désarmement

C’est par ce titre que Pierre Haski fait le parallèle avec un autre défi celui de la cyberg guerre qui fait suite à cet équilibre de la terreur. Une guerre sans morts dirait François Mitterrand mais capable de détruire économiquement l’adversaire : « Il a fallu trois décennies après Hiroshima pour que les grandes puissances s’engagent dans le désarmement nucléaire. Faudra-t-il un Hiroshima de la cyberguerre pour négocier ses codes ? (…) Lorsque la période aigüe de la guerre froide entre les deux blocs a commencé à céder le pas à la « détente », la désescalade nucléaire a été l’un de ses grands chantiers. Chaque pays possédait de quoi détruire plusieurs fois l’autre (…)Mais on est encore loin d’approcher le rêve, exprimé notamment par Barack Obama en juin 2013, d’un monde sans arme nucléaire ». (8)

Et la cyberguerre ?s’interroge Pierre Haski Quelles leçons, quels enseignements peut-on tirer de 70 ans de tensions et de diplomatie autour de l’arme nucléaire pour les nouvelles formes de guerre de l’ère numérique ? Cyberguerre, robots tueurs, guerre de l’espace... Toutes ces nouvelles formes de conflit déjà opérationnelles ou encore dans les centres de recherche des fabricants d’armes posent des défis dont certains se rapprochent de ceux de l’arme nucléaire ; d’autres non. (…) un « bombardement » massif russe en « déni de service » de l’Estonie qui a paralysé tout son système électronique pendant trois jours ; un virus informatique israélo-américain, baptisé Stuxnet, qui a contaminé les ordinateurs du programme nucléaire iranien ;(…) Fin juillet, sous l’égide des Nations Unies, s’est ainsi tenue une rencontre internationale destinée à élaborer un « code de conduite » pour la guerre dans l’espace. Il ne s’agit pas d’un remake de « Star Wars » mais d’une menace bien réelle de déplacer nos conflits terrestres dans la stratosphère ». (8)

Le Japon est il responsable de son malheur ?

Voilà encore, un autre canular occidental ! Responsable de quoi ? D’avoir autant de morts ? On estime à 140 000 le nombre de morts, au moment de l’impact puis ultérieurement, sous l’effet de l’irradiation. Une foule de plus de 50 000 personnes s’est recueillie dans le parc mémorial de la paix de cette ville Son maire, Kazumi Matsui, a demandé la suppression des armes nucléaires, « le mal absolu », et la création de systèmes de sécurité qui ne dépendent pas de la puissance militaire. Il s’est adressé directement « aux leaders du monde », leur demandant « de venir dans les villes qui ont été bombardées, d’écouter les histoires des hibakusha et de connaître la réalité d’un bombardement nucléaire ». Shinzo Abe, a également prononcé un plaidoyer contre l’arme nucléaire : « En tant que seul pays frappé par l’arme atomique (…) nous avons pour mission de créer un monde sans arme nucléaire. Nous avons la responsabilité de faire comprendre l’inhumanité des armes nucléaires, à travers les générations et les frontières. » (9)

Le Journal Le Monde dont on connait de plus en plus les dérives droitières va plus loin : « Victimes mais pas responsables, voilà l’ambiguïté véhiculée depuis des décennies à l’opinion publique japonaise par les différents gouvernements successifs. « Le Japon est devenu une grande puissance économique fondée sur un oubli, un mensonge, un reniement de notre histoire et nos responsabilités atroces avérées durant la Seconde Guerre mondiale », reconnaît Wami Wasada, 35 ans, ancienne professeur de relations internationales à l’Université de Sendai. Pour Gen Kikkawa, président de l’Institut de la paix de Hiroshima, intégré au sein de l’université de la ville, « le Japon a envahi la Mandchourie pour en faire une grande zone de prospérité asiatique ». Universitaire éclairé, fils d’un diplomate basé en Europe durant la guerre, Gen Kikkawa remet l’histoire dans un contexte global de l’époque mais ne reconnaît pas les accusations sur le massacre de Nankin en 1937 et sur les femmes de réconfort (coréennes, chinoises, philippines)(…) ». (10)

En fait, la réalité est plus nuancée. Le Japon s’est développé en acceptant que sa sécurité soit assurée par les Etats Unis ; la situation actuelle a changé. Le Japon ne renie rien de son passé, bien qu’il envisage d’indemniser la Chine. Il affiche sa volonté de se réarmer face à la Chine convaincu, qu’il faut qu’il se repositionne sur l’échiquier mondial. C’est le cas aussi de l’autre vaincu , l’Allemagne qui envisage aussi de se réarmer. Il reste que les deux bombes ont montré que l’homme était capable du pire. L’atome est remplacé par d’autres armes tout aussi terrifiante ( Drones, armes chimiques, lasers, GBU…) qui, elles, sont utilisées sans retenue . Ce qu’il y a de sûr est que les Américains profitèrent des effets de la bombe pour mesurer médicalement, les conséquences sur les milliers de survivants qui moururent dans de pires conditions. Depuis les 210.000 morts de ces bombes, il y eut 55 conflits qui ont fait des millions de morts. Ainsi va le Monde.

1 http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/ 08/03/70-ans-apres-hiroshima-la-science-produira-t-elle-de-nouveaux-fils-de-putes_4710139_1650684.html

2. http://www.arte.tv/guide/fr/054197-000/hiroshima-la-veritable-histoire


3. http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/08/03/penser-l-impensable-destruction-nucleaire_4709397_3232.html#2XR7vrazix46XA0G.99

4. Robert Freeman http://www.legrandsoir.info/ etait-il-necessaire-de-lancer-des-bombes-atomiques-sur-le-japon-common-dreams.html 8 août 2011


5. CE. Chitour http://www.legrandsoir.info/il-y-a-66-ans-l-eradication-d-hiroshima-et-de-nagasaki-etait-elle-morale.html


6. J. Pauwels http://www.aden.be/index. php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre

7.http://fr.sputniknews.com/international/20150807/1017428485.html#ixzz3iBUJZVv3

8.Pierre Haski http://rue89.nouvelobs.com/2015/08/05/dhiroshima-a-cyberguerre-limpossible-desarmement-260625

9.http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Le-Japon-n-assume-pas-son-passe-militariste-2015-08-02-1340682

10. http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/08/06/les-cloches-sonnent-a-hiroshima-70-ans-apres-la-premiere-bombe-nucleaire-de-l-histoire_4713403_3216.html#Gd3Uuk7pQ8Wegvjv.99

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/222453-la-vraie-verite.html

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 12:18

«Bono te animo tum viae stratae ad infernum.» «Les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions.»

Saint François de Sales

Encore une fois le vivre ensemble auquel je n'ai jamais cessé d'appeler est mis à mal. De quoi s'agit-il cette fois? Une querelle sur la langue dans laquelle nous devons former nos enfants. Comme si c'était un combat existentiel pour lequel les Algériens doivent s'étriper. Naturellement, ce sujet étant très sensible, a tout de suite été récupéré par certaines officines qui n'ont rien à voir avec la pertinence scientifique de l'utilisation de la langue sachant que ce sujet a toujours été clivant au sein des débats. Les vrais défis du pays sont ailleurs, dans la conquête du savoir.

Il est vrai que c'est une lutte sourde dont on dit qu'elle remonte à l'indépendance. Chacun de nous se souvient de ces paroles: «Nous sommes arabes», martelés trois fois. Résultat des courses: l'arabe a dès le départ été imposé à la hussarde. Les baâthistes lit-on dans les journaux francophones, partent à nouveau en croisade contre la ministre de l'Education nationale, en prétextant «une menace sur la langue arabe», dont ils s'autoproclament défenseurs attitrés. A travers les journaux arabophones et les chaînes de télévision nombreux «idéologues et dépositaires» de la langue arabe demandent l'annulation de la «mesure». Pour eux il n'ya que la langue arabe. Les autres, principalement les journaux francophones, font de leur côté le procès des islamo-baâthistes accusés de figer le pays dans les temps morts ou pire de mettre le cap sur le Moyen-âge.


La mesure, proposée par des pédagogues et des spécialistes, porte sur l'introduction graduelle de la langue maternelle Derdja dans l'enseignement primaire, afin de permettre aux élèves d'avoir une meilleure intégration dans le système éducatif. Je ne veux pas mettre en cause la bonne foi de la plupart d'entre eux, mais pour un dossier aussi explosif que celui de la langue qui est consubstantiel du projet de société, je pense qu'il eût fallu être prudent et mesurer les tenants et les aboutissants. Quant à l'expérience internationale dont se prévalent les spécialistes, là je mets un bémol. Des pays versés dans la pédagogie n'ont toujours pas trouvé le remède pour une bonne école qui forme des citoyens ouverts sur le monde, mais ayant des repères identitaires. Ils changent constamment le fusil d'épaule.


Bref historique de cette bataille de tranchées

Il y a 5000 langues en Inde mais c'est l'anglais la langue scientifique qui est aussi celle de tous les pays du Golfe. Les donneurs de leçons devraient être honnêtes, pour eux, l'instrumentalisation de la langue et du divin est un fonds de commerce. Où sont les enfants de ces écorchés vifs quand on parle de diversité? Je vais vous le dire ils sont tous en Europe ou en Amérique du Nord. A titre d'exemple, en Arabie saoudite on ne badine pas avec la science après le baccalauréat qui est une condition nécessaire mas pas suffisante, il faut un test de langues si on veut faire les sciences et la technologie, voire même l'économie. Si le bachelier n'a pas le niveau requis en anglais, il fait une immersion (stage d'anglais de 6 mois au bout duquel s'il réussit (Toefl), il peut entrer à l'université.

Au lieu de former de parfaits bilingues- nous y reviendrons tôt ou tard - malgré les gardiens du temple qui n'apportent pas de valeurs ajoutées par eux-mêmes mais qui surfent depuis plus de cinquante ans sur ce fonds de commerce qui renvoie aux calendes grecques toutes remises en ordre. Cependant, il faut être honnête et dénoncer dans le même mouvement les nostalgiques de Fafa qui pensent que le salut viendrait d'une mise sur le cap francophone enrobé d'universel.

En Algérie l'enseignement supérieur, pour l'histoire, a proposé et réalisé des annales bilingues dans les disciplines scientifiques, pour permettre aux candidats de se familiariser. L'Education nationale qui devait procéder au tirage de ces annales -bien qu'elle ait été d'accord au départ- a refusé sous différents prétextes de mettre à la disposition des élèves ces annales. Le but inavoué était de forcer l'enseignement supérieur à sacrifier les disciplines scientifiques, à l'instar de celles des sciences sociales, où l'arabisation s'est faite sans avoir les compétences, du jour au lendemain ce sont des assistants qui font cours à la place de professeurs de haut niveau interdits d'enseigner... Je me souviens qu'en juin 1989, dernière année du bilinguisme dans le lycée, la promotion de bachelier venant à l'université était totalement arabisée. La pression était énorme car le dernier bastion celui des sciences de la technologie et de la médecine devait tomber dans l'arabisation totale.

Pendant toute l'année, nous nous sommes préparés pour accueillir ces bacheliers totalement arabisés en mettant en oeuvre avec les meilleurs enseignants de mathématiques, de physique, de chimie et de biologie, des enseignements enregistrés sur casettes que nous avons duplicatés pour tous les établissements, en mettant à leur disposition des appareils vidéos. Le principe était que l'enseignement devait continuer à se faire en français pour de multiples raisons (fonds documentaire en français et en anglais sans commune mesure avec celui en arabe que nous avons acquis de Syrie et d'Irak), mais aussi et surtout eu égard à la qualité des enseignements. Résultat des courses: ces efforts ne furent pas pris en compte par le politique.

La rentrée 1989 se passa très mal, les établissements d'Alger résistèrent c'est, ainsi qu'à l'Usthb et à Polytechnique les enseignements continuèrent en français avec des sections pour les étudiants arabisants qui, rapidement revinrent charger les classes francophones car l'enseignement dispensé en arabe l'était par des assistants qui malgré leur «militantisme» ne réussirent pas à convaincre les étudiants qui préférèrent faire l'effort d'apprendre la terminologie universelle que continuer à suivre un enseignement de loin moins performant que celui des professeurs. La situation fut plus délicate à l'intérieur où la pression sociale sur l'université était très importante, l'enseignement fut arabisé avec des résultats discutables plus faibles que celui des francisants qui n'était pas lui-même brillant.


Ce qui se passe dans le monde

C'est un fait, toutes les nations qui ont un projet de société n'ont pas de problème de langue. L'Inde la plus grande démocratie du monde compte près de 5000 langues tout comme la Chine. Il nous faut méditer sur ce jacobinisme hérité qui veut qu'il n'y ait qu'une langue à l'exclusion de tous les autres modes d'expression dont, notamment la langue amazighe déclinée différemment, selon les régions et qui était là 18 siècles avant la venue de l'Islam.

Dans tous les pays technologiquement avancés la vulgate planétaire, selon le bon mot de Pierre Bourdieu qui se lamentait de la perte de visibilité mondiale de la langue française réduite à une langue de littérature, est l'anglais. A titre d'exemple le langage mathématique adopté par ces pays est universel, il utilise des lettres latines et on parle de sinus, de cosinus à la place de djab et tadjab imposé en Algérie, pur produit importé de Syrie, pays qui est revenu au langage universel. Qui sommes-nous pour nous tenir en marge de la science et du développement scientifique?


De vraies recommandations qu'il aurait fallu faire

De mon point de vue, je ne vois pas l’utilité d’introduire la langue parlée Derja que les jeunes maitrisent déjà. La langue arabe bien comprise bien enseignée devrait l’être sans atermoiements d’une façon scientifique académique la diluer au sein de langue derdja qui sont différentes selon les régions du pays, sera difficilement maitrisable. Quid des enseignants que nous allons spécialiser par région amenant ainsi la ghettoïsation et la tribalisation voire l’échec du vivre ensemble ; chaque région ayant sa propre derja.

Encore une fois les spécificités culturelles doivent être mises en valeur. Mais il s’agit de consolider une identité qui ne peut l’être que si les deux supports l’arabe et l’amazigh soient étudiés sans complaisance sans arrière pensée mais sans fuite en avant si on ne veut pas rééditer le sort de la langue arabe qui est un ensemble vide par manque de compétence dont l’Algérie a besoin.

D’autre part les combats d'arrière-garde que nous menons remettent aux calendes grecques la vraie remise en l'état du système éducatif Il est regrettable que ce type de recommandations soit passé et il est malvenu de se protéger derrière des experts qui parlent de langues maternelles pour faire passer une recommandation controversée qui de mon point de vue n'apportera rien au vrai débat qui est celui de miser sur les disciplines scientifiques Je persiste à croire que les vrais problèmes du pays sont ceux de propulser la jeunesse dans le monde scientifique et technologique et de ce côté-là le langage mathématique est une langue à part entière universelle qui se suffit par lui-même D'autant plus qu'il existe des logiciels de traduction des langues qui ne sont, en définitive, que des contenants. L'Algérie a besoin de construire dans l'imaginaire de nos écoliers des contenus et là c'est beaucoup plus difficile et c'est un combat qui mérite d'être mené.

On peut regretter, d'ailleurs, que les disciplines scientifiques (mathématiques physique, (chimie, biologie) n'aient pas fait l'objet de recommandations fortes dans cette conférence. Il est dommage que la somme de travail réalisée tout au long de l'année malgré tous les problèmes soient obscurcis par cette obscure recommandation dont on sait qu'elle est socialement clivante.

Pour rappel, la réforme voulue par le Président en 1999-2000, n'a jamais été appliquée. Il est vrai que les débats étaient chauds. Ce sont toujours les mêmes que l'on retrouve 15 ans plus tard. Il y eut des débats idéologiques. Bien que personne n'ait le monopole de l'amour de ce pays? On peut s'interroger sur les raisons qui ont amené à faire une proposition aussi chargée idéologiquement? culturellement cultuellement et politiquement. S'il est vrai que les langues maternelles ont un rôle à jouer dans le construit de l'enfant. Franchement, les vrais combats pour une école ascenseur social doivent rassembler. Les clivages ne doivent pas être comme depuis cinquante ans entre les arabisants accusés à tort tous de bâthistes une idéologie dont on peut mesurer les dégâts et les francisants accusés à tort tous de hizb frança, mais entre ceux qui veulent la mort culturelle de ce pays et ceux qui veulent lui donner une chance d'exister dans un monde de plus dur, chaotique et où seule la technologie et le savoir règnent en maître.

Le vrai problème est que l'école ne fait plus rêver et certains parents cherchent des stratégies pour assurer le futur de leurs enfants en cherchant la meilleure école de foot...quand on voit un bac -10 gagner en une saison ce que gagne un enseignant en une vie, il y a quelque chose de détraqué. Les enseignants qui doivent mettre en musique ces réformes qui ne sont pas considérées à leurs justes apports. C'est cela qui doit changer.


Vivre ensemble: éthique et savoir

Quel projet de société voulons-nous? La charte de l'éthique c'est la consécration du vivre ensemble qui donnerait une cohérence à tout le système éducatif. Ce sont ceux-là, les défis les plus urgents. On peut améliorer de l'intérieur le système éducatif et faire en sorte que le problème de la langue ne se pose plus d'autant qu'avec la mondialisation laminoir les cultures disparaissent, nous devons donner à la langue arabe toute sa chance en remettant en cause l'Académie de langue arabe par un état des lieux de ses performances depuis vingt ans. Il nous faut dans le même temps et sans dérobade affirmer le rôle de la langue amazighe sans atermoiements mais sans démagogie.

Nous devons connaître nos intérêts, nous devons introduire l'anglais dès les premiers cycles et faire en sorte que nous formions de parfaits bilingues arabe-français ou arabe-anglais. De plus, dans le système éducatif, le développement des lycées et des universités ne s'est pas conçu comme une instance à la fois de savoir et de brassage. En dépit du bon sens et contre toute logique et pédagogie, on implante un lycée ou un centre universitaire pratiquement par wilaya. Ceci est un non-sens pour le vivre ensemble, on condamne le jeune à naître, à faire sa scolarité, son lycée et ses études dans la même ville ne connaissant rien de l'Autre. Nous devons penser à spécialiser des lycées à recrutement national (c'est le cas des lycées d'élite) à même de spécialiser les universités par grandes disciplines. Dans tous les cas, nous avons le devoir de stimuler le savoir en organisant continuellement des compétitions scientifiques, culturelles, sportives en réhabilitant le sport qui est un puissant facteur de cohésion.
En 1984, Steve Jobs rencontre François Mitterrand et affirme «le logiciel, c'est le nouveau baril de pétrole». Trente ans plus tard, Apple possède une trésorerie de la taille du PIB du Vietnam ou plus de deux fois et demie la totalité du fonds souverain algérien. La connaissance mondiale double environ tous les 9 ans, un chiffre hallucinant qui signifie qu'en moins d'une décennie, l'humanité produit plus de connaissances nouvelles que dans les sept mille dernières années de son histoire.

Pour favoriser et optimiser la connaissance, la symbiose entre les trois sous-secteurs est indispensable, l'existence de moyens pédagogiques similaires des équipements pédagogiques du même type et au-dessus de tout l'unicité de la formation qui va de l'école au lycée, à l'université en passant par la formation professionnelle. Il en va de même de la coordination scientifique dans les disciplines principales enseignées (mathématiques, physique, chimie, biologie, lettres, langues et histoire et géographie).

Si on veut préparer le monde de demain, il nous faut miser à marche forcée sur la science et la technologie. Le pays dispose de plus de 2 000 lycées. Il est tout à fait possible de réserver dans un premier temps une dizaine de lycées à la formation de l'élite dans ces disciplines. Aucun pays au monde ne peut avancer technologiquement s'il ne forme pas des ingénieurs et des techniciens. Il est hautement souhaitable de réhabiliter aussi et sans délai les bacs maths et techniques mathématiques.

Au-delà de la réhabilitation des Écoles normales, il est nécessaire de former les formateurs de ces écoles. L'agrégation est le chantier majeur qui permettra par une collaboration (enseignement supérieur, éducation nationale) de former les enseignants dont le pays a besoin. C'est peut-être le chantier pour lequel nous serons reconnaissants à madame la ministre de le lancer.

Ce sera réellement un saut qualitatif car ce n'est pas le tout d'ouvrir des Ecoles normales d'où proviendraient les enseignants? Il n'y a qu'une possibilité, c'est de mutualiser les compétences en mettant en oeuvre des Comités pédagogiques nationaux par grandes disciplines et grâce aux moyens audio-visuels, aux TIC, à l'Internet aux visio-conférences le même cours de mathématiques peut être suivi en direct ou en différé (télévision du savoir) par tous les élèves. Ceci est aussi valable pour les disciplines où il y a un déficit d'enseignants.

Dans le même ordre d'idées, il y a la possibilité de propulser notre jeunesse dans l'ère de l'informatique et l'économie de la connaissance, en mettant à leur disposition des ordinateurs.

Mettons en œuvre une utopie celle de propulser l’Algérie réellement dans le XXIe siècle Pour 50 millions de dollars nous pouvons acheter 1 million d’ordinateurs à 50 $ pièce, voire fabriquer nos propres ordinateurs . Les prototypes existent, des institutions internationales existent (Pnud, Unesco, ONUdi) des pays qui ont fait cette expérience peuvent nous aider c'est le cas du Brésil, de la Turquie, de l'Inde, de la Chine.. Ces ordinateurs (laptop) pourraient même être fabriqués par des start-up, d'universitaires et même par la formation professionnelle.

Enfin, stimulons les talents brillants par des Olympiades de la performance et qu'on récompense les meilleurs dans toutes les disciplines. Ce serait un brainstorming permanent. Imaginons que l'on mette en place des médailles pour les meilleurs enseignants, que l'on récompense constamment l'effort. Ces mesures, si elles étaient adoptées, donneraient un nouveau souffle au système éducatif qui montrerait qu'il s'engage résolument vers l'Algérie du futur. Le moment est venu de faire émerger les nouvelles légitimités du XXIe siècle. Chacun devra être jugé sur sa valeur ajoutée. C'est à l'école que se forme l'éco-citoyen de demain. Donnons à nos enfants toutes les chances d’évoluer positivement dans la vie.

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur chitour /221801-les-vrais-defis-du-pays-sont-scientifiques-et-technologiques.html

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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