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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 17:06

Voici le texte exact de l'interview que j'ai donné à l'APS et qui est loin de ce qui a été publié par L'Agence.

L'Algérie vit présentement une situation délicate dans un contexte international difficile avec des défis à la fois internes et externes La chute des prix du pétrole est due non seulement à des facteurs économiques, comme le ralentissement de la demande mondiale, mais à des facteurs géopolitiques. L'Algérie est une victime collatérale d’une géopolitique mondiale où elle n’est pas partie prenante.

1. Le groupe Sonatrach vient d’annoncer 70 milliards de dollars d’investissements sur vingt ans pour produire à partir de 2022 un volume de 20 milliards de m3 par an. Est-ce que c’est un investissement rentable si on tient compte des prix bas du gaz sur les marchés internationaux ? comme vous le savez beaucoup de grandes compagnies pétrolières comme Shell et BP ont arrêté les forages en raison de leurs coûts élevés.

Je ne suis pas sûr que c’est le moment et je pense que ces annonces auraient pu être mieux communiquées. Je formulerai autrement. Quand la faisabilité des forages d’exploration aura été démontrée notamment en terme de cout au moment de l’exploitation qui pourrait intervenir à partir de 2022 , Quand nous serons prêts technologiquement en formant les ingénieurs et les techniciens de géologie de géophysique, de forage, de mécanique, d’électrotechnique d’informatique de management sans oublier les spécialistes de l’environnement, le gaz de schiste jouera pleinement son rôle et permettra par son exploitation sûre et sans danger pour l’éco-système du Sahara à l’Algérie des rentrées de devises pour des investissements dans le développement du Sahara notamment dans le domaine de l’agriculture.

2. En 2022, la demande gazière mondiale sera-t-elle au rendez-vous pour permettre à Sonatrach de placer ses 20 milliards de m3 de gaz de schiste sur les marchés internationaux , si on tient compte du resserrement de la demande gazière en Europe qui est le marché traditionnel de l’Algérie et de la hausse de l’offre de GNL provenant de grands pays producteurs comme le Qatar et l’Australie et aussi de l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen?

Nous ne sommes sûrs de rien ! Il est connu que les spécialistes qui lisent dans les boules de cristal se trompent régulièrement Personne ne prévoyait il y a un an que le prix du pétrole perdrait les deux tiers de sa valeur ! Dans ces conditions les investissements à faire doivent être bien étudiés et avec pondération. Nous disposons de ressources conventionnelles encore importantes pourquoi ne pas les valoriser elles qui ne présentent pas de risques nous avons une densité de forage 100 fois moins importante que celle des Etats Unis !

La question qui se pose est : Que doit faire l’Algérie si elle doit choisir entre l’exploitation aléatoire du gaz de schiste avec beaucoup d’inconnus notamment un marché énergétique volatil et la vraie richesse qui est celle de verdir le Sahara qui devrait pouvoir contribuer à la diminution de la dépendance alimentaire en devenant le grenier à céréales et maraichages en tout genre du pays

3. La porosité de la roche schiste en Algérie nous permet –elle des taux de récupération importants. Le ministre avait avancé à In Salah un taux de récupération de 10% est-ce que c’est possible ?

C’est un fait ! La majorité des études sur le gaz de schiste montre que le gaz de schiste est une technologie dangereuse avec les techniques actuelles. Même aux Etats-Unis, pionniers dans le domaine, 49% des Américains sont désormais opposés à l’extraction du gaz de schiste par fracturation. Le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, avait décidé le 17 décembre 2014 d’interdire la fracturation hydraulique à cause des «risques qu’elle présente pour la santé des populations».

Actuellement Il n’existe pas d’extraction de gaz de schiste sans risques sur l’environnement Les raisons sont nombreuses, les principales sont les suivantes:

1° La fracturation hydraulique -600 kg/cm2- démolit l'architecture interne des couches C'est une technologie récente et nous n'avons pas fait le tour de toutes les mauvaises surprises

2° D'énormes quantités d'eau douce (10 à 15000 m3 d'eau par puits étant entendu qu'un puits peut être facturé plusieurs fois) Pour un pays en stresscomme l’Algérie chaque goutte compte

3° Un puits ne draine donc qu'un faible volume de roches et ramène relativement peu de gaz. Pour produire une même quantité de gaz, il faut multiplier les puits ce qui nécessite, pour une même quantité de gaz produit, des investissements nettement plus importants.

4° Avec l'eau on ajoute du sable pour maintenir les pores ouverts pour libérer les gaz mais aussi et c'est aussi un autre motif d'inquiétude il y a plus de 2000 produits chimiques de nocivités différentes d'après une étude faite pour le Sénat américain en 2012. C'est-à-dire que sur chaque puits de forage il y a 2000 litres de produits chimiques et on sait que la nocivité se mesure en ppm, Ces dizaines de milliers de litres peuvent naturellement polluer la nappe

5° Des malaises importants sont signalées Selon le site France Libertés, «25% des produits qui s'infiltrent dans les nappes phréatiques, sont cancérigènes, 37% sont des perturbateurs endocriniens, 40 à 50% pourraient affecter les systèmes nerveux, immunitaire et cardiovasculaire, et plus de 75% les organes sensoriels et le système respiratoire».

6° Enfin on doit prendre en compte aussi car les coûts de réalisation varient entre 10 et 18 millions de dollars, alors qu'aux USA le coût moyen est de 5 à 7 millions de dollars. Il faut donc une parfaite maîtrise technologique afin de réduire les coûts. Ce qui demande du temps et de la compétence.

4.Quel mix énergétique préconisez-vous pour l’Algérie ? Est-ce le modèle énergétique tel que conçu par le gouvernement va assurer la sécurité énergétique du pays à long terme ?

Le gaz de schiste est une richesse qu'il nous faut exploiter rationnellement. Les forages d'exploration sont nécessaires pour maîtriser la technique, leurs faibles nombres n'hypothéquera pas les fondamentaux de la vie. Le gaz de schiste fera partie d’un bouquet énergétique et aura toute sa place le moment venu quand la technologie sera mâture , que nous avons les compétences nécessaires et pris toutes les précautions en terme d’environnement. Nous n’avons pas à parler de moratoire. L’étude du gaz de schiste doit se poursuivre, Nous devrons terminer rapidement la phase d’exploration pour procéder aux études d’évaluation réelles de la ressource, ca jusqu’à présent c’est une étude américaine qui nous donne le chiffre de nos réserves

Il vient qu'une transition énergétique vers le développement durable de l'Algérie est une voie qui peut nous permettre de rebondir. Un modèle énergétique et l'optimisation de l'efficacité énergétique pourraient, elles aussi, contribuer à prolonger la durée de vie des gisements conventionnels

5.Enfin le programme des énergies renouvelables tel qu’il est mené actuellement par le gouvernement est-il en mesure de produire, selon les prévisions arrêtées dans ce sens, un tiers de la demande de l’électricité du pays à partir de 2030?

Le programme d’énergie renouvelable est loin d’être consistant. Les énergies renouvelables représentent moins de 0.1% du bilan électrique Une transition énergétique bien élaborée permettra d’aller vers le développement durable en mettant en place un mix énergétique, un bouquet énergétique où chaque énergie sera développée rationnellement mais avec détermination. Le solaire algérien est l’un des plus important au monde en intensité et en surface et pourtant il ne se développe pas

Nous avons plus de deux cent sources d’énergie géothermique qui peuvent être exploitées pour le chauffage des habitations mais aussi à usage industriel en dehors de l’aspect médical, on en fait rien. La région d’Adrar est connue pour la force de ces vents et pourtant il n’ya pas d’éolien mis à par les 8 MW alors que l’on pourrait y placer 100 fois plus pour irriguer, et développement l’agriculture. La réhabilitation du patrimoine forestier permettra de mettre en valeur nos forêts pour aboutir la mise en place d’une industrie du bois et de ses dérivés de la production d’énergie à partir du bois

Un partenariat winn winn avec les leaders mondiaux du solaire de l’éolien ( Chine, Allemagne, Etats Unis) nous permettra d’adosser chaque calorie d’hydrocarbure exportée à la mise en place de systèmes de production d’énergie renouvelable

Le moment est venu de mettre tout à plat pour changer de modèle de croissance en allant vers la sobriété et le développement durable. Il faut le marteler la plus grande réserve de gaz et de pétrole pour l'Algérie, ce sont les économies d'énergie pouvant aller à 15/20%. Il n’y a pas de petites économies. Tout est bon à prendre Au vu de la consommation actuelle 4 milliards de mètres cubes gazeux par an cumulés horizon 2015/2030, avec une progression arithmétique c’est plus de 90/100 milliards de mètres cubes gazeux d’épargné

Il est temps aussi d'élaborer une stratégie pour la rationalisation de l'énergie et l'augmentation progressive de ses tarifs. De ce fait, il sera nécessaire de redéfinir la politique sociale et le soutien d l’Etat aux classes vulnérables. C’est d’ailleurs ce que recommande les économistes C’est une pédagogie de tous les jours qui amènera le citoyen à être économe sobre et à consommer algérien.

On identifie à tort le Sahara au désert. Le Sahara est un écosystème unique il y a une vie, il y a une flore, il y a des habitants qui sont là depuis la nuit des temps; La plus grande richesse au Sahara c'est l'eau, source de vie. Songez que nous sommes à la latitude de la Californie qui est un véritable jardin ou mieux encore, plus près de nous, de Marrakech, autre jardin, et il ne tient qu'à nous d'en faire de même. Le développement du Sud est le véritable challenge à lever en mobilisant toutes les énergies,

Le gaz de schiste aura toute sa place dans le cadre d'une stratégie énergétique basée avant tout sur la sobriété énergétique. Il ne peut y avoir d’exploitation tant que nous ne serons prêts scientifiquement et technologiquement prêts et tant qu’il y a un risque aussi mineur soit il sur le danger d’une pollution que serait une deuxième mort plus dangereuse que celle des explosions atomiques et que les expérimentations sur les armes chimiques que notre Sahara a enduré

Dans cette transition il nous faut un plan Marshall pour les énergies vertes, pour la mise en place d'un développement durable qui doit concerner tout le monde La mise en valeur de l’Algérie du Sud notamment dans le domaine agricole et touristique permettrait outre la création de richesses, le brassage nécessaire au vivre ensemble qui doit être plus que jamais notre credo

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 10:30

« Mon père chevauchait un chameau. je conduis une voiture. mon fils vole en jet. son fils chevauchera un chameau ».

Proverbe saoudien

Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite est mort Le souverain s'est éteint à l'âge de 90 ans. Il a été enterré ce vendredi. Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud avait accédé au trône en 2005, à la mort de son demi-frère Fahd. Son demi frère Salmane, lui succède. Salmane est âgé de 79 ans. La succession est à ce point organisée qu'on connaît également le nom du nouveau prince héritier. Il s'agit de Moqren, âgé de 69 ans. L'Arabie saoudite est une des plus importantes puissances pétrolières au monde. Le pays abrite aussi les deux premiers lieux saints de l'islam Dans les pays arabes les messages de condoléance affluent tous hypocrites les uns que les autres même les pays occidentaux découvrent les vertus pacifiques du défunt roi Abdallah

La dynastie des Saoud

Comme l’écrit Christophe Rauzy Une nouvelle page de l'histoire de l'Arabie saoudite s'est tournée, Un changement de souverain qui s'opère dans le calme et la continuité. En 1932, après avoir fondé son royaume à coups de sabres, le roi Abdel Aziz Ben Abderrahmane Al-Saoud a mis en place un système de succession destiné à ses 53 fils : à la mort d'un roi, c'est son jeune frère le plus proche qui prend le relais. Salmane est le cinquième fils de la fratrie à monter sur le trône. Mais le nouveau roi est déjà âgé de 79 ans et souffrirait, selon The Atlantic (en anglais), de démence. L'arrivée au pouvoir de la génération suivante ne mettrait pas forcément fin à cette gérontocratie. Comme l'explique Jeune Afrique, Muteb Ben Abdallah et Mohamed Ben Nayef, les deux princes favoris pour remporter la guerre des petits-fils d'Abdel Aziz, sont déjà âgés de 63 et 56 ans. Celui qui succédera au dernier roi de la génération précédente pourrait lui aussi être devenu un vieil homme au moment de monter sur le trône. (… D'après Le Point, c'est ce qui explique que Riyad a pu se présenter d'un côté comme un allié des Etats-Unis pendant que, de l'autre, des fonds saoudiens finançaient les mouvements jihadistes syriens... combattus désormais par Washington ». (1)

La stratégie diabolique concernant la chute programmée du pétrole

On croit à tort que l’Arabie saoudite a un libre arbitre en matière de pétrole Ceci est faux. Car si les occidentaux ferment les yeux sur le régime le plus rétrograde au monde –pétrole oblige- du point de vue justement du pétrole, rien ne peut se faire sans l’aval des Etats Unis. On le sait l’Aramco , la compagnie américano saoudienne de pétrole a une concession qui couvre pratiquement le territoire saoudien ; De plus l’entrevue sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Saoud a scellé le pacte « pétrole contre sécurité du royaume » Ce qui veut dire que la débâcle des prix du pétrole est non seulement voulue mais programmée. Il n’est donc pas question de porter atteinte aux producteurs américains de gaz de schiste !

« Comme l'expliquent Les Echos, le baril saoudien bon marché condamne la rentabilité de cette nouvelle source d'énergie, et assure à Riyad, à terme, de précieuses exportations vers les Etats-Unis. Mais cette chute des prix du pétrole a également l'avantage d'handicaper deux autres pays concurrents sur le marché : l'Iran, ennemi intime de l'Arabie saoudite, et la Russie, premier soutien de l'autre ennemi intime, la Syrie, comme l'explique L'Expansion. Pour le pouvoir saoudien, cette conjoncture lui permet enfin de rappeler que ses réserves de pétrole, les plus importantes du globe, sont une arme géopolitique redoutable, qui avait déjà participé à la chute de l'URSS à la fin des années 1980 »(1)

« Cette guerre froide entre les deux mastodontes du Moyen-Orient conditionne aujourd'hui les tensions dans la région. La lutte contre les jihadistes de l'Etat islamique est ainsi le théâtre d'une opposition entre Saoudiens et Iraniens, comme l'explique l'ancien ambassadeur de France en Jordanie Denis Bauchard : "Ce qui se joue là, c'est une continuité de l'affrontement Arabie saoudite-Iran, pour savoir qui sera le gendarme du Moyen-Orient." (1)

Que fera de plus le nouveau roi ?

Pour Antoine Sfeir interviewé par Eleonore Abou El Ez : « Le roi Salman Ibn Abdel Aziz a longtemps été le gouverneur de Ryad la capitale du Royaume. Il est désormais le chef du puissant clan des Soudeyri Son point faible: les rumeurs persistantes sur son état de santé jugé précaire. (…) Les changements de la politique intérieure en Arabie se font au rythme du désert, lentement au compte goutte. On ne les verra que dans quelques semaines sinon dans quelques mois ». (2)

Le Roi Salman doit se battre sur plusieurs fronts: la guerre menée contre le régime syrien de Bachar Assad en Syrie n’a pas abouti au résultat escompté, la chute de Bachar. Force est de constater que ce dernier, quatre ans après le début de la guerre en Syrie, s’est renforcé grâce à ses alliances avec l’Iran, la Russie et la Chine. L’Iran se rapproche des Etats Unis ce qui représente un véritable cauchemar pour les autorités séoudiennes. Faut-il négocier avec un Bachar en position de faiblesse avant d’être obligé de le faire avec un Iran en position de force ? Ce débat n’est pas encore tranché. D’autant que depuis le 21 janvier, l’Arabie saoudite se sent encerclée par les forces chiites. Ces derniers s’étant emparé du complexe présidentiel de Sanaa au Yémen et s’apprêtent à prendre d’assaut la région qui leur échappe encore. La région pétrolière de Mer’eb ».(2)

Le grand spécialiste de la scène moyen orientale René Naba ajoute que la politique extérieure de l’Arabie Saoudite sera confrontée à la dure réalité : « Abdallah Ben Abdel Aziz, laisse un Royaume en plein désarroi l’annonce du décès du Roi a été annoncée, alors que le Yémen plongeait dans le chaos à la suite de la démission collective du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi de son gouvernement, sous les coups de butoir de la milice chiite Ansar Allah et que Riyad se hâtait de dresser un mur de 900 kilomètres à sa frontière avec l’Irak pour se protéger d’une invasion par les djihadistes de l’état islamique autoproclamé.

Au delà des propos postmortem de circonstance vantant les qualités du défunt roi, «défenseur de la paix » Stephen Harper-Canada), «grand homme d’état dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays (François Hollande-France), «dirigeant sincère et courageux» (Barack Obama- Etats Unis), l’Arabie saoudite passera dans les annales de la décennie 2010 comme le grand vaincu de la guerre de Syrie. (…) Le chef de file de l’Islam sunnite a porté le fer aux quatre coins de la planète pour le compte de son protecteur américain, mais le bailleur de fonds des équipées militaires américaines dans le tiers monde -de l’Afghanistan au Nicaragua, à l’Irak et à la Syrie- n’est jamais parvenu à libérer l’unique Haut Lieu Saint de l’islam sous occupation étrangère, la Mosquée d’al Aqsa de Jérusalem. (…) » (3)

« (…) 90 ans après la constitution du royaume, le bilan est sans ambiguïté et ne souffre aucune circonstance atténuante à en juger par la décomposition du monde arabe, sa mise sous tutelle américaine avec le déploiement d’une demi douzaine de bases militaires dans l’espace arabe (Arabie saoudite, Bahreïn, Jordanie, Koweït, Oman, Qatar), la subversion meurtrière qui secoue périodiquement le Royaume, les dérives de ses anciens sujets dont le plus illustre disciple n’est autre que l’animateur de la plus importante organisation clandestine trans-nationale de l’intégrisme musulman, Oussama Ben Laden, (…) » (3)

« (…) Le plus jeune Royaume parmi les grands décideurs de la planète, l’Arabie saoudite, se voulait un phare d’un monde marqué par la renaissance de la sphère musulmane, après quatorze siècles de léthargie ottomane et de sujétion coloniale. Mais ce pays quasi centenaire, constamment gouverné par des gérontocrates depuis sa fondation en 1929, aura été l’incubateur absolu du djihadisme erratique dans toutes ses déclinaisons, Idiot utile de la stratégie atlantiste, destructeur des Bouddhas de Bamyan et des sanctuaires de Tombouctou, la meilleure justification à l’islamophobie occidentale. (..) »(3)

La politique saoudienne vis à vis de l’Occident et d’Israel

Sans vouloir revenir à la politique courageuse du roi Fayçal qui fut tué dans des conditions obscurs les monarques saoudiens ont été évanescents il a fallu les attentats des twin towers, pour le royaume qui avaient 15 de ses ressortissants parmi les 19 terroristes fasse des propositions de pays : « Il réagit aux attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des kamikazes, dont une majorité était ses sujets, en formulant une offre de paix globale avec Israël. Il illustra par une visite historique au Vatican une volonté de dialogue interreligieux destinée à éloigner l’islam des sables mouvants d’un rigorisme et d’un retour à la religion des « pieux ancêtres » qu’il jugeait difficilement compatible avec son titre officiel de « Serviteur des lieux saints ». Dès 1996, l’attentat contre la base américaine de Dahran sonne comme un avertissement. Cette menace se précise en 2001 avec les attentats du 11-Septembre, perpétrés par Al-Qaida, à New York et à Washington. Un coup double pour le chef de la nébuleuse terroriste déchu de sa citoyenneté saoudienne et qui frappe du même mouvement « l’ennemi proche » saoudien et « l’ennemi lointain » américain ». ‘)

« Aux Etats-Unis, la réaction est virulente contre un royaume accusé d’avoir laissé se développer, voire d’avoir nourri, une haine absolue des Etats-Unis, allié pourtant historique de la dynastie des Saoud. Six mois plus tard, en février 2002, le prince Abdallah, recevant le journaliste américain Thomas Friedman, dévoile une initiative diplomatique destinée à dissiper le malaise. Abdallah, reprenant dans ses grandes lignes le plan Fahd présenté vingt ans plus tôt, propose une normalisation globale du monde arabe avec Israël pour le prix d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 (la Cisjordanie et Gaza). Ariel Sharon, se garde bien de donner suite, mais pour Abdallah l’essentiel est d’avoir pu donner une autre image de son pays. (…) L’énergie déployée par le nouveau roi dans ses premières années de règne fait regretter à de nombreux intellectuels et hommes d’affaires cette longue transition de dix ans, synonyme d’immobilisme. Dialogue national étendu à la minorité chiite, débats sur la place des femmes dans la société, création d’un conseil d’allégeance pour encadrer les règles de la succession et préparer le passage à la nouvelle génération : Abdallah multiplie les chantiers »(4).

« Rapportées aux pesanteurs du royaume, les réformes d’Abdallah tranchent par leur hardiesse, mais elles montrent aussi leurs limites, d’autant qu’à partir de décembre 2010 le monde arabo-musulman est emporté par une vague de réformes sans précédent dans son histoire moderne. En dépit de ses efforts, Abdallah ne dispose que d’une marge de manœuvre relative au sein de la famille royale. (…) Si la vague des « printemps » voit aussi l’Arabie saoudite d’Abdallah appuyer des révolutionnaires, en Syrie, c’est surtout parce que la crainte ancestrale de l’Iran chiite, qu’exprime sans fard le roi dans les télégrammes diplomatiques américains révélés par WikiLeaks quelques mois auparavant, l’emporte sur le souci de stabilité régionale et que cette contestation est un moyen pour affaiblir l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah »(4).

Politique pétrolière du royaume

L’une des premières annonces du roi concerne la politique pétrolière qui ne devait pas changer. Les bourses n’ont pas bougé Le prix du brut s’est orienté à la hausse en Asie, vendredi 23 janvier au matin, après l’annonce du décès du roi d’Arabie saoudite, Le baril de "light sweet crude" (WTI) pour livraison en mars s’appréciait de 0,83 dollar ou 1,79 %, à 47,14 dollars, dans les échanges électroniques après être monté de 3,1 % à New York. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison à même échéance montait de 1,08 dollar ou 2,23 %, à 49,60 dollars.(5)

Salman devrait en effet poursuivre la stratégie actuelle approuvée par son frère en 2014, estime Fatih Birol, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Le royaume devrait donc maintenir une production soutenue pour affaiblir les producteurs non-membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) -Quitte à laisser s’effondrer les prix, tombés sous la barre des 50 dollars le baril. Le 15 décembre les pays du Golfe ont perdu en une seule journée 42 milliards de dollars le ministre émirati déclare qu’ils ne bougeront même si le baril descend à 40 dollars Il reste le premier exportateur de brut (7 millions de barils par jour) et le seul à pouvoir mettre 2,5 millions de barils supplémentaires sur le marché pour éviter la pénurie et la flambée des prix en cas de défaillance d’un membre de l’OPEP. On estime les réserves de devises du royaume à 750 milliards de dollars. En 2011, alors que le monde arabe était secoué par les révolutions de la Tunisie, au Yémen et de l’Égypte à la Libye et à Bahreïn, Abdallah n’avait pas hésité à puiser 130 milliards dans les caisses pour acheter la paix sociale et éviter la contagion révolutionnaire.(5)

On le voit c’est le changement dans la continuité. Le nouveau roi que l’on dit malade est un roi d’intérim,. Il n’y a pas grand-chose à attendre comme réforme profonde. Il est cependant possible que la politique vis-à-vis de la Syrie change sous la pression occidentale et que l’alimentation du terrorisme diminue. Le seul espoir est d’attendre la deuxième génération de roi qui seront peut être moins marqués par le conservatisme. En ce qui concerne le pétrole, tout dépendra dit on des forces du marché et l’on sait comment ces dernières sont manipulées par une main invisible. L’Algérie ne soit rien attendre de ce côté. Les prix du pétrole sont partis pour être bas pendant longtemps. A nous de chercher ailleurs la création de richesse

1.Christophe Rauzy http://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/coups-de-fouet-barils-de-brut-et-gerontocratie-a-quoi-ressemble-l-arabie-saoudite-aujourd-hui_805143.html

2. Eléonore Abou Ez http://geopolis.francetvinfo.fr/antoine-sfeir-sur-salman-le-nouveau-roi-darabie-saoudite-51613

3.René Naba http://www.madaniya.info/2015/01/23/arabie-saoudite-un-royaume-en-plein-desarroi-en-pleine-convulsion/

4.Gilles Paris http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/01/23/mort-d-abdallah-ben-abdel-aziz-al-saoud-roi-d-arabie-saoudite_4561910_3382.html#SI3AHyqlUZwG4VGU.99

5.L’Arabie saoudite devrait maintenir sa politique pétrolière Le Monde.fr | 23.01.2015

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique nep-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 10:25

«J'ai perdu 118 camarades. Ils ont été exécutés pendant la guerre civile. A cette époque, avant chaque bataille, on se fixait des objectifs, on annonçait nos rêves et nos buts, parce qu'on savait que tout le monde ne reviendrait pas vivant. On voulait que les survivants parviennent à réaliser quelques-uns de ces rêves. Et c'est moi qui ai survécu le plus longtemps»

Manolis Glezos résistant grec

Ça y est ! Un parti de gauche de la gauche grecque accède au pouvoir et a pour ambition de proposer une alternative contre l'austérité et la rapacité du grand capital. Sitôt connu le résultat, Syriza a remporté nettement les législatives dimanche, avec 36,3% des voix. Le leader Alexis Tsipras conteste l'austérité imposée par l'UE, «Le verdict du peuple grec dit-il signifie la fin de la ´´troïka´´.» Il a aussi déclaré vouloir «collaborer et négocier» avec les créanciers du pays une «nouvelle solution viable, durable qui bénéficie à tous».

L'arrivée de Syriza à la tête du pays, fascine de nombreux partis de la gauche radicale européenne, qui y voient un appui populaire à leur lutte contre les politiques de rigueur dans la zone euro. Pablo Iglesias, dirigeant de Podemos, en Espagne, voit en cette probable victoire «le retour de la souveraineté nationale» pour les pays du Sud, davantage minés par la crise économique.

La lutte des peuples contre le néolibéralisme

Ce qui se passe en Grèce nous met en perspective la férocité du néolibéralisme sauvage qui broie les cultures, les civilisations et les peuples, se faisant aider par des Etats qui ne peuvent rien refuser aux multinationales dont les bénéfices ne cessent d'augmenter. Un éditorial du Monde diplomatique nous montre comment la misère, qui était le monopole des pays du Sud, notamment avec «les ajustements structurels» du FMI, a été étendue aux classes laborieuses du Nord, qui se paupérisent de plus en plus sous l'action des plans de rigueur. Nous lisons: «Autrefois, il y avait le premier monde, le 'Nord'', censé constituer un bloc de prospérité; le deuxième monde, celui des pays soviétiques; et enfin le tiers-monde, regroupant les pays pauvres du 'Sud'' et soumis dès les années 1980 aux diktats du Fonds monétaire international (FMI). Le deuxième a volé en éclats au début des années 1990 avec la dissolution de l'Urss. Avec la crise financière de 2008, le premier monde a basculé; si bien que désormais, plus aucune division géographique ne semble pertinente.» (1) (2)

«On ne distingue plus que deux catégories de population: la poignée de ceux qui profitent du capitalisme contemporain et la grande majorité, qui le subit. Notamment à travers le mécanisme de la dette. Au cours des trente dernières années, les maillons faibles de l'économie mondiale se situaient en Amérique latine, en Asie ou dans les pays dits «en transition» de l'ex-bloc soviétique. Depuis 2008, l'Union européenne, à son tour, suscite le doute. Alors que la dette extérieure totale des pays d'Amérique latine atteignait en moyenne 23% du Produit intérieur brut (PIB) fin 2009, elle s'établissait à 155% en Allemagne, 187% en Espagne, 191% en Grèce, 205% en France, 245% au Portugal et 1137% en Irlande. Du jamais-vu.» (2)

Personne ne va discuter de la dette de l'Allemagne ou de celle de la France qui arrive à emprunter à des taux faibles contrairement aux pays du Sud de l'Europe ce qui est en train de se passer à Athènes écrivait Alex Andreou en ce moment, c'est la résistance contre une invasion à peu près aussi brutale que celle de la Pologne en 1939. Les envahisseurs portent certes, des costards au lieu des uniformes, et sont équipés d'ordinateurs portables plutôt que de fusils, mais ne nous trompons pas: l'attaque contre notre souveraineté est tout aussi violente et profonde. Les intérêts de fortunes privées sont en train de dicter la politique à adopter par notre nation souveraine, qui est expressément et directement contre l'intérêt national. L'ignorer, c'est ignorer le danger. Peut-être préférez-vous vous imaginer que tout ceci va s'arrêter là?» (3)

Parmi les mythes collés aux Grecs il y a d'abord le mythe faisant des Grecs des paresseux. Un autre mythe est le fait que les Grecs veulent le plan de sauvetage, mais pas l'austérité. On comprend dans ces conditions que les Grecs las d'être humiliés tous les jours, d'être gérés par des mails à partir de Bruxelles, de se serrer la ceinture et de constater les dégâts avec un chômage qui touche une personne sur quatre, veulent voir autre chose. Ils s'en remettent à un nouveau parti jeune Syriza, avec un leader charismatique Alexis Tsipras qui leur promet une sortie du tunnel dans la dignité Malgré sa restructuration en 2012, la dette de l'Etat grec dépasse désormais les 175% du produit intérieur brut (PIB) et représente un handicap pour la croissance. Les 321,7 milliards d'euros de dette sont détenus à 70,5% par les créanciers internationaux. Le FMI a prêté 32 milliards d'euros, les autres pays de la zone euro 53 milliards par des prêts bilatéraux, tandis que le Fonds européen de stabilité financière (Fesf) a accordé 141,8 milliards.

Ce feuilleton de la dette grecque nous rappelle étrangement la dette des 26 milliards de dollars que nous avons remboursée plusieurs fois en termes d'intérêt (service de la dette) alors que le principal était constant! Nous nous tenions le ventre chaque fois que Michel Camdessus venait à Alger nous proposer un énième réajustement structurel que nous ne pouvions pas refuser..Il a fallu la manne pétrolière de début 2000 pour pouvoir la payer et ironie du sort ce même FMI tend la sébile, l'Algérie «bon prince» lui prête 5 milliards de dollars avec un intérêt qui défie toute concurrence.


Le problème de la dette

Une analyse percutante de Jean-Luc Melenchon de la gauche française nous explique en quoi cette dette est insolvable, qu'elle est odieuse: «La victoire de Syriza est un événement historique. (...)Le peuple grec a dit non aussi à ces faux amis, perfides et opportunistes. (...) la France de Hollande et du PS doit être la première à proposer le moratoire sur la dette grecque! Elle doit renoncer à toucher les intérêts sur les titres de dette grecque. (...) Certains prétendent même que son annulation [la dette] provoquerait une catastrophe financière majeure. En réalité, tout le monde sait que cette dette est impayable. Je demande que l'on prenne cette expression au pied de la lettre. On ne peut pas la payer. Dire qu'elle sera payée est absurde. Cela revient à annoncer au peuple concerné qu'il devra consacrer toutes ses ressources, à perpétuité, à payer la dette. Car ce genre de dette est une boule de neige. Elle représentait 120% de la richesse annuelle de la Grèce au début de la crise. Après 5 ans de cure d'austérité totale elle représente 190% de la richesse produite en une année! Les puristes disent «une dette est un accord entre deux parties, il faut le respecter»: donc il faut la payer. (...) Il va de soi que la vie en société repose sur le respect des conventions signées. Mais un premier débat porterait évidemment sur la légitimité de l'accord conclu. Un bon accord suppose l'égalité des parties et donc la liberté d'agir de chacune d'entre elles. Exemple: une signature donnée sous la contrainte n'entre pas dans cette catégorie(...)» (4)

Jean-Luc Melenchon cite des cas où les dettes ont été effacées: «Au moment de la discussion sur la dette, on pourrait vérifier si la valeur du capital emprunté a été ou non remboursée. La surprise, ce sera de constater que dans la plupart des cas, le capital initial est largement remboursé. Ainsi quand on entend dire «il faut rembourser la dette» la phrase est souvent un mensonge. Il faudrait dire «il faut payer les intérêts». (...) il arrive que les prêteurs soient conscients du fait que leurs exigences sont insoutenables et que, s'ils les maintiennent, tout le système qui les contient eux-mêmes pourrait s'effondrer. C'est ce qui s'est produit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à propos de l'Allemagne vaincue. Sa dette à l'égard des autres pays fut effacée en quasi-totalité. Il s'agissait d'empêcher que le martyre du remboursement des immenses dégâts et carnages dus aux armées allemandes dans toute l'Europe pousse les citoyens dans les bras des communistes et de l'Allemagne de l'Est. Le 27 Février 1953.» (4)

[En fait la dette de l'Allemagne a été annulée trois fois auparavant à partir de 1924, souvenons-nous du slogan français: «l'Allemagne paiera»]

« La dette d'avant-guerre, ajoute Jean Luc Melenchon, fut radicalement réduite de 22,6 milliards à 7,5 milliards de Marks. L'autre effacement est celui de la dette... de l'Irak. Les États-Unis dénoncèrent la dette contractée par le régime de Saddam Hussein. Bush fils la nomma «dette odieuse», reprenant un terme que seuls utilisaient déjà les altermondialistes. (...) Au final, la dette irakienne fut annulée à 80%! Cela représentait 120 milliards de dollars! »

«(...)Si la Grèce doit payer la dette poursuit Jean-Luc Melenchon, ne doit-on pas lui rembourser d'abord celle qu'elle détient auprès des autres, C'est exactement ce que dit Tsipras. Les Allemands ont occupé la Grèce au cours de la Seconde Guerre mondiale et ils se sont livrés dans ce pays à plusieurs massacres de masse en plus des destructions habituelles. Le comble du cynisme, c'est qu'ils ont fait payer à la Grèce les «frais d'occupation». Cela représente 168 milliards d'euros actuels. Tsipras a donc prévu de les réclamer à l'Allemagne. (...) Peut-être dira-t-on que c'est de l'histoire ancienne et qu'il faut savoir tourner la page. Soit. Mais alors la règle doit s'appliquer dans tous les cas.»(4)

L'auteur cite enfin le cas de la France qui a ressuscité une dette d'un siècle: «Ce n'est pas ce qu'a fait la France quand elle a réclamé au nouveau pouvoir russe de monsieur Poutine le paiement des emprunts russes contractés à la fin du dix-neuvième siècle par les tsars de Russie. Cette dette avait été annulée par le gouvernement des bolchevicks. Cette question des emprunts russes a été réglée par un accord signé en 1997 entre la France et la Russie. Il a consisté en un versement par la Russie à la France de 400 millions de dollars! Les Russes ont donc payé à la fin du vingtième siècle pour une dette dont les premiers titres datent de 1898! (...) Pourquoi imputer à tout un peuple les pillages de quelques-uns? Surtout quand ce petit nombre maquillait les comptes publics pour cacher ses turpitudes. Et cela avec l'aide d'une banque, Goldman-Sachs, que nul n'a inquiétée depuis pour ces faits?» (4)



Ce qui va vraisemblablement se passer à propos de la dette

Il est évident qu'il y aura des négociations. L'Europe a besoin de la Grèce pour sa cohésion et une sortie de la Grèce de la zone euro est plus catastrophique pour l'Europe que pour le peuple grec qui a atteint le fond en termes d'avanies. La «troïka» des créanciers de la Grèce - Banque centrale européenne (BCE), Fonds monétaire international (FMI) et Commission européenne - craint désormais moins un «Grexit» (une sortie du pays de la zone euro),techniquement difficile, qu'une longue et âpre négociation autour du plan d'aide dont a bénéficié le pays. pour le Wall Street Journal. Les promesses non tenues de la Syriza pourraient ramener la colère dans la rue.» Dès lundi 26 janvier, la BCE a donné le ton. Lundi, le gouvernement allemand a réaffirmé exclure un troisième allègement de la dette publique grecque. «La ´´troïka´´ elle-même sait qu'Athènes peinera à s'en sortir si on ne l'allège pas d'une façon ou d'une autre», (..) Cet allégement pourrait prendre deux formes. La première, et plus probable, serait de ne pas toucher au montant total de la dette, mais d'allonger la maturité des prêts et réduire les taux d'intérêt, La seconde option serait d'effacer littéralement une partie de la dette. Plusieurs modalités seraient possibles, mais toutes seraient politiquement explosives. (5)


Les premières mesures du gouvernement d'Alexis Tsipras

On sait que la fin des mesures d'austérité telles qu'elles sont imposées par la troïka (FMI, Union européenne et Banque centrale européenne) est depuis longtemps le fer de lance du programme de Syriza. L'abolition de certaines mesures particulièrement impopulaires est considérée comme prioritaire: Le programme de Syriza envisage également de rétablir le plancher d'imposition minimum à 12.000 euros par an, contre 5000 euros aujourd'hui. Syriza veut aussi porter le salaire minimum à 750 euros contre 510 euros. Au-delà des mesures d'austérité, c'est la renégociation de la dette qui est le véritable enjeu. «Une partie de la dette doit être tout simplement supprimée. Le reste doit être remboursé à un rythme différent, avec un gel des paiements pendant un temps, lesquels devraient être indexés sur la croissance interne afin d'encourager les investissements nécessaires à la reprise du pays», explique Olga Athaniti, l'une des responsables de Syriza à Bruxelles». (6)

«La bureaucratie étouffe toute initiative, même les entrepreneurs souhaitent un changement. Or, supprimer la paperasserie ne demande même pas d'argent», souligne-t-elle. La lutte contre le «crime économique» devrait non seulement être renforcée mais pourrait contribuer à trouver des ressources, «en luttant plus efficacement contre la contrebande d'essence ou de cigarettes et l'évasion fiscale». Parmi les citadelles à abattre pour Syriza, les médias audiovisuels privés sont en première ligne. Détenus par les grandes fortunes du pays, qui s'en servent comme moyen de pression sur le gouvernement, ils sont considérés comme de véritables organes de propagande du pouvoir en place. «Il faut remettre aux enchères les licences de diffusion que leurs propriétaires ont obtenues gratuitement. Ce qui permettrait de dégager également près de 100 millions d'euros.» (6)


Les conséquences de la victoire de Syriza

Rien de nouveau sous le soleil ! Pour Merkel La Grèce doit payer ! La réduction d'une partie de la colossale dette grecque (175% du PIB), et la remise en cause de certaines lois imposées par la troïka comme l'assouplissement du marché du travail, pourraient constituer des casus belli entre Athènes et ses créanciers. La meilleure preuve est que la banque grecque à dévissée de près de 9 % à l’annonce des premières mesures décidées par le premier ministre Alexis Tsipias qui parle de combat à mener pour la dignité

La politique de Syriza peut-elle remettre en cause le maintien de la Grèce dans l'euro? Pour le moment, dit-on, même après le grekexit allemand ; il n'en est pas question. Il reste qu'un vent nouveau souffle sur les peuples européens qui ont acquis la certitude avec cette victoire du peuple grec que tout n'était pas gravé dans le marbre, que les peuples ont leur mot à dire. Ont-ils raison de crier victoire, ou n’est ce pour le peuple grec, harassé par les privations humilié au quotidien par les mails de Bruxelles qui dictent le La au gouvernement d’Athènes, qu’un victoire d’amour propre qui n’ira pas loin ?

D’une façon tout à fait réaliste mais peut être pas dénué d’arrière pensée une contribution sur le site Le Causeur prédit une rentrée dans le rang de Syriza après les rodomontades et les sursauts de dignité Ecoutons les: « (… Les cris d’enthousiasme des militants de Syriza sentant l’odeur de la victoire rappellent un certain 10 mai 1981. Si ces quelques cas cités plus hauts sont anecdotiques, beaucoup d’électeurs de Syriza n’adhérent pas aux idées et encore moins au programme de cette formation. Humiliés et en colère, ils cherchent à faire du mal à l’Europe. En anglais, on appelle cette attitude ”cutting off the nose to spite the face” (se couper le nez pour se venger du visage). Ce genre de châtiment procure un plaisir aussi intense que bref. Les regrets, en revanche, peuvent durer plus longtemps. Ainsi, certains esprits rationnels font le pari de « mouiller » l’extrême gauche dans la politique actuelle de la Grèce, laquelle ne se détournera pas de son cadre actuel, c’est-à-dire la démocratie libérale, le capitalisme, et l’économie de marché. (..) En France, il nous a fallu presque trois ans (entre la victoire de mai 1981 et la formation du gouvernement Fabius, sans les communistes en 1984) pour évaluer les véritables marges de manœuvre politiques d’un gouvernement de gauche. (…) De toute façon, la gauche radicale européenne doit dès à présent répondre à cette question décisive : comment survivre à l’inéluctable trahison idéologique de Syriza ? Certaines victoires sont pires que des défaites. » (7)

Il faut simplement espérer justement que cela ne soit pas un feu de paille , une éruption toute méditerranéenne qui nous rappelle la fameuse boutade de Laurence d’Arabie à propos des Arabes : « Peuples des beaux départs » ce qui peut s’appliquer merveilleusement bien aux peuples méditerranéens accusés, à tort, de ne pas être des besogneux mais des épicuriens . C’est en fait deux visions de la vie qui se font face , celle des gens du Nord , besogneux , appliqués durs à la tâche, et ceux du Sud, poètes adeptes de la vie et du farniente…

Si c’est une victoire à la Pyrrhus, les Grecs seront les premiers déçus. Ils seraient alors capables par désespoir, de tous les extrêmes. Ce sont en fait, tous les peuples d'en bas qui espèrent une autre politique plus avec un libéralisme à visage humain loin de la situation scandaleuse actuelle où 80 milliardaires sont plus riches que 50% de la population mondiale. Il est à espérer que ce printemps grec ne tourne pas à la tragédie.



1 http://www.legrandsoir.info/le-diktat-des-banques-le-peuple-grec-dans-le-laminoir-du-neoliberalisme.html


2 Europe http://www.monde-diplomatique.fr/ 2011/07/MILLET/20796

3.Alex Adreou http://owni.fr/2011/06/26/la-crise-grecque-au-dela-de-la-mythologie/


4.Jean-Luc Mélenchon 26 janvier 2015. http://www.legrandsoir.info/l-effet-domino-vite.html


5. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/26/la-dette-priorite-du-nouveau-gouvernement grec_4563198_3234.html#LqVGhqSp8UwsPggF.99

6.http://www.liberation.fr/monde/2015/01/25/ces-trois-dossiers-attendent-l-equipe-tsipras_1188622?xtor=EPR- 450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot

7. http://www.causeur.fr/syriza-tsipras-grece-31229.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 19:18

« (…) Or, vous vous basez pour cela sur tout ce qui dans la Bible parle de Terre promise. Quand on relit Le Livre de Josué, c'est épouvantable! C'est une série de génocides, groupe par groupe, pour en prendre possession! Alors foutez-nous la paix avec la parole de Terre promise!»

Réponse de L'abbé Pierre à Bernard Kouchner

En Occident après la chute de l'empire soviétique, l'islam est apparu comme le Satan de rechange De ce fait on présente l'islam comme étant intrinsèquement violent, on oublie de rapporter que les religions monothéistes ont connu à des degrés divers des périodes de ce type. L'abbé Pierre parle de Josué, Parlons des Josué des temps modernes, parlons des croisades, parlons de la Saint-Barthélémy; parlons des Cathares, des Templiers...Pourquoi singulariser l'islam.

La disparition brutale des journalistes de Charlie Hebdo a donné lieu à une véritable logorrhée journaliste et du même coup à une anamnèse où tout le «politiquement incorrect» a refait surface transcendant les clivages partisans et a permis du même coup de saisir la réalité du vivre-ensemble en France et plus largement en Europe s'agissant des allogènes constitués par les Arabes et les musulmans. Cette boîte de Pandore que l'on découvre n'est en fait que la traduction brutale d'un lent travail de sape de tout ce qui aurait pu constituer justement le ciment du vivre ensemble à l'ombre des lois de la République.

On croit aussi, à tort, que les instigateurs sont les Finkielkraut, Bruckner, BHL, et autres Zemmour et Houellebecq qui se font une réputation sonnante et trébuchante en calomniant et dressant les Français contre d'autres Français de confession ou de culture musulmane allant même jusqu'à prédire une France islamisée en 2022 à moins que comme le suggère fortement Zemmour dans ses écrits, on procède sans tarder à une «Reconquista» à la française pour prémunir les Français du grand remplacement.

Cela rappelle étrangement le sort des juifs du XIXe siècle qui eurent à faire face à la somme de toutes les peurs que 2000 ans de christianisme avec le credo de juifs déicides a fini par convaincre les Européens qu'il fallait aller à une solution finale qui dont les préludes furent les pogromes russes, polonais et autres vilénies espagnoles et françaises où les juifs n'avaient pas le droit d'enterrer leurs morts intra-muros à Paris. Bref des idéologues, de Renan à Chamberlain en passant par Arthur de Gobineau ont tenté de légitimer scientifiquement le mythe des races supérieures qui fut le fer de lance des conquêtes coloniales.

Comme l'écrit si bien Sophie Bessis à propos d'Hitler: «Le nazisme ne fut pas une rupture mais une continuité d'un état d'esprit qui était dans l'air» d'un racisme structurel ambiant de la fin du XIXe siècle. Mutatis mutandis les Musulmans du XXIe siècle risquent de vivre les mêmes affres que les juifs au XXe siècle. Cet apocalypse annoncé à l'endroit des Arabes musulmans, n'est pas le fruit d'une imagination débordante. Il plonge ses racines dans le choc millénaire qui a commencé avec le grand mensonge de la mort de Roland (lieutenant de Charlemagne) attribué à tort aux Sarrasins, il fut prouvé par la suite que c'était des montagnards basques... La Chanson de Roland fut le prélude à toute une série de textes et pièces contre les Maures. Et plus tard les Ottomans. Dans le Cid de Corneille le roi espagnol ameute ses troupes et annonce que les Maures sont là, ils cherchent à surprendre Séville et débarqueront la nuit...



Les racines de la répulsion des Français dits de souche à l'endroit des Arabes
Plus près de nous et d'une façon tout à fait insidieuse, voire raciste, Uderzo le concepteur d'Astérix s'en donne à coeur joie pour dépeindre sous un jour couleur de soufre les Arabes.

Rosa Llorens nous en parle: «Uderzo vient de publier un dessin en hommage à Charlie Hebdo, où on voit un Astérix plus hargneux que malicieux envoyer dans les airs d'un coup de poing (ça doit en démanger plus d'un) un ennemi dont on ne voit que les babouches. (...) Ainsi donc, les Arabes sont les occupants dont les braves Gaulois doivent se débarrasser: quel nom (ou adjectif) mérite donc ce dessin? Mais ce manque de sympathie pour les Arabes n'est pas, chez Uderzo, nouveau; relisant par hasard, il y a quelques mois, L'Odyssée d'Astérix, je m'étais déjà sentie choquée, et, dans l'ambiance actuelle, on ne peut que voir dans cet album une illustration de la thèse d'Edward Saïd, l'universitaire américano-palestinien, dans L'Orientalisme: la plupart des productions occidentales, littéraires ou cinématographiques, diffusent les mêmes stéréotypes dévalorisants sur les «Orientaux», c'est-à-dire les Arabes, d'autant plus nets qu'ici ils s'opposent à un parti-pris tout aussi systématique, mais valorisant à l'égard des juifs.»(1)

«Rappelons l'histoire: Panoramix attend une livraison d'huile de roche, ingrédient indispensable pour la potion magique. Astérix et Obélix doivent donc aller chercher l'huile de roche à la source, en Mésopotamie (Irak). (...) nous arrivons en Judée «et je vous promets une terre plus hospitalière... Voici la terre promise, Astérix!» Et on nous offre une visite guidée d'une Jérusalem qui a tout d'une ville de Bisounours, où tous les juifs sont gentils et aident spontanément nos deux héros, pour embêter l'occupant romain, (...)Jérusalem est en effet ici intégralement juive(...) Quand les Gaulois quittent Jérusalem, l'ambiance change du tout au tout: fini la paisible ambiance patriarcale: les territoires non-juifs sont assimilés, sans autre nuance, au Désert, et nos héros se trouvent pris au milieu de volées de flèches, lancées par des peuplades archaïques, à l'accoutrement barbare, et en guerres constantes les unes contre les autres; Akkadiens, Sumériens, Hittites, Mèdes et Assyriens se succèdent, ils sont tous aussi primitifs et antipathiques les uns que les autres. (...) Voilà donc la vision de la région qu'Uderzo diffusait auprès de ses jeunes lecteurs, en 1981, alors que les Palestiniens résistaient à l'occupation et à la prédation de leur pays par les Israéliens, et un an avant les massacres israélo-libanais des Palestiniens de Sabra et Chatila.» (1)


Qui étaient ces Arabes musulmans souffre- douleur?

Les Arabes et plus largement ces musulmans- malgré les dénis d'écrivaillons comme Sylvain Guggenheim- ont apporté leur part d'humanité et de culture à la civilisation universelle: «On dit que les Arabes sont un ancien peuple sémitique dont le barycentre fut l'actuelle Arabie saoudite. (...)Quand on se rend compte de toute l'étendue des domaines que les Arabes embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que sans les Arabes, la science et la philosophie européennes ne se seraient pas développées à l'époque comme elles l'ont fait. Les Arabes ne se contentèrent pas de transmettre simplement la pensée grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs. Le Coran énonce que l'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs. S'agissant de la langue, l'illustre savant Jacques Berque explique dans Les Arabes et nous que la fonction de la langue pour les Arabes est différente, supérieure à celle qu'elle remplit pour les Occidentaux. Il donne un exemple: ainsi, en arabe, les mots se rapportant à l'écrit dérivent tous de la racine k.t.b.: Maktûb, maktab, maktaba, kâtib, kitâb. En français, ces mêmes mots sont: écrit, bureau, bibliothèque, secrétaire, livre. Le mot arabe reste cramponné à ses origines. Il tire substance de ses quartiers de noblesse.» (2)

Le deux poids : deux mesures de la liberté d’expression

L'historien Schlomo Sand explique la dérive du journal qui n'ose pas s'attaquer aux autres mais que le filon musulman est sans danger jusqu'à ce jour fatidique du 7 janvier qui fut la somme de toutes les exaspérations et de toutes les frustrations. Il écrit: «(...) Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales? Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j'avais vues bien antérieurement, m'étaient apparues de mauvais goût (...) Dans la majorité des caricatures sur l'islam publiées par l'hebdomadaire, au cours de la dernière décennie, j'ai relevé une haine manipulatrice destinée à séduire davantage de lecteurs, évidemment non-musulmans. La reproduction par Charlie des caricatures publiées dans le journal danois m'a semblé abominable. Déjà, en 2006, j'avais perçu comme une pure provocation, le dessin de Mahomet coiffé d'un turban flanqué d'une grenade. Ce n'était pas tant une caricature contre les islamistes qu'une assimilation stupide de l'islam à la terreur; c'est comme si l'on identifiait le judaïsme avec l'argent! On fait valoir que Charlie s'en prend, indistinctement, à toutes les religions, mais c'est un mensonge. Certes, il s'est moqué des chrétiens, et, parfois, des juifs; toutefois, ni le journal danois, ni Charlie ne se seraient permis, et c'est heureux, de publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d'un usurier à l'air roublard, installé au coin d'une rue. (...) Je suis pour la liberté d'expression, tout en étant opposé à l'incitation raciste.» (3)

«En 1886, poursuit l'historien Sclomo Sand fut publiée à Paris La France juive d'Edouard Drumont, et en 2014, le jour des attentats commis par les trois idiots criminels, est parue, sous le titre: Soumission, «La France musulmane» de Michel Houellebecq. La France juive fut un véritable «best-seller» de la fin du XIXe siècle; avant même sa parution en librairie, Soumission était déjà un bestseller! Ces deux livres, chacun en son temps, ont bénéficié d'une large et chaleureuse réception journalistique. Houellebecq sait qu'au début du XXIe siècle, il est interdit d'agiter une menace juive, mais qu'il est bien admis de vendre des livres faisant état de la menace musulmane. (...) Houellebecq, invité, avec tous les honneurs, à la veille de la sortie de son livre participe à la diffusion de la haine et de la peur. Un vent mauvais, un vent fétide de racisme dangereux, flotte sur l'Europe: (...) Aujourd'hui, et tout particulièrement après ce terrible massacre, ma sympathie va aux musulmans qui vivent dans les ghettos adjacents aux métropoles, qui risquent fort de devenir les secondes victimes des meurtres perpétrés à Charlie Hebdo et dans le supermarché Hyper casher (...)» (3)

La réalité sociologique des beurs

Il est connu qu'une personne appartenant à une minorité a quatre fois plus de risques d'être au chômage qu'un Français dit «de souche». Véronique Anger explique cela par la peur et par le comportement de meute vis-à-vis de celui qui est différent: «Cette expression 'de souche'' me fait doucement rigoler car si les Français qui se prétendent 'de souche'' avaient la curiosité -ou l'honnêteté- de rechercher leurs origines ethniques dans un test ADN, ils seraient nombreux à tomber des nues en découvrant qu'ils ont du sang coloré dans les veines... (...) La question est: qu'est-ce qui 'bloque''? J'ai le sentiment que la réponse est liée à nos comportements 'de meute''. L'humain est un animal social et il a besoin de se situer dans la meute que représente son petit (ou vaste) monde à lui. Nous acceptons plus facilement d'intégrer de nouveaux venus à notre cercle familial, amical ou professionnel, si nous ne nous sentons pas menacés. Or, nous vivons dans des mondes perpétuellement en crise. Le philosophe Michel Serres parle, à juste titre, de ' mise en scène de la peur'' dans nos sociétés. Même en temps de paix, les peurs sont légion (peur de la maladie, peur de souffrir, peur de l'avenir, peur de manquer: menace de perte d'emploi chez les seniors, difficultés à trouver un emploi chez les jeunes, compétition exacerbée pour tout le monde, insécurité économique ou physique) ».(4)

« Quand on a peur de manquer, on est moins disposé au partage et on favorise donc son groupe d'appartenance, sa 'meute'' (ses enfants et le cercle familial élargi puis le groupe social, ethnique, religieux,... auquel nous appartenons. (...)Et faire France a un sens aussi pour tous ces enfants issus de l'immigration qui en ont assez qu'on leur demande, sous prétexte de la couleur de leur peau ou de leur nom à consonance étrangère: «De quelle origine es-tu?» quand ils sont nés à Lyon ou à Marseille et, parfois, ne parlent même pas la langue de leurs parents et qu'ils se sentent Français à part entière».(4)

Les autres raisons de la malvie

Une belle lettre que celle du prix Nobel Jean Marie Le Clezio à sa fille, dans laquelle il explique, en creux les racines de la mal-vie des Français musulmans: «Tu as choisi de participer à la grande manifestation contre les attentats terroristes. Je suis heureux pour toi que tu aies pu être présente dans les rangs de tous ceux qui marchaient contre le crime et contre la violence aveugle des fanatiques. (...) Maintenant il importe de ne pas oublier. Il importe - et cela revient aux gens de ta génération, car la nôtre n'a pas su, ou n'a pas pu, empêcher les crimes racistes et les dérives sectaires - d'agir pour que le monde dans lequel tu vas continuer à vivre soit meilleur que le nôtre. (..) J'entends dire qu'il s'agit d'une guerre. Sans doute, l'esprit du mal est présent partout, et il suffit d'un peu de vent pour qu'il se propage et consume tout autour de lui. Mais c'est une autre guerre dont il sera question, tu le comprends: une guerre contre l'injustice, contre l'abandon de certains jeunes, contre l'oubli tactique dans lequel on tient une partie de la population en ne partageant pas avec elle les bienfaits de la culture et les chances de la réussite sociale ».(5)

Jean Marie Le Clézio nous convainc que cette situation aboutit naturellement à la situation actuelle « Le premier souffle de vengeance qui passe les a embrasés, et ils ont pris pour de la religion ce qui n'était que de l'aliénation. Trois assassins, nés et grandis en France, ont horrifié le monde par la barbarie de leur crime. Mais ils ne sont pas des barbares. Ils sont tels qu'on peut en croiser tous les jours, à chaque instant, au lycée, dans le métro, dans la vie quotidienne. A un certain point de leur vie, ils ont basculé dans la délinquance, parce qu'ils ont eu de mauvaises fréquentations, parce qu'ils ont été mis en échec à l'école, parce que la vie autour d'eux ne leur offrait rien qu'un monde fermé où ils n'avaient pas leur place, croyaient-ils. A un certain point, ils n'ont plus été maîtres de leur destin. (...)Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société démocratique.»(5)

Un autre beau texte aussi que celui du réalisateur Luc Besson qui résume mieux que mille discours la condition des jeunes et les incite à s'imposer démocratiquement avec la force de l’esprit : «Mon frère, si tu savais combien j'ai mal pour toi aujourd'hui, toi et ta belle religion ainsi souillée, humiliée, montrée du doigt. (...)On est des millions à t'aimer et on va tous t'aider. Commençons par le commencement. Quelle est la société que l'on te propose? Basée sur l'argent, le profit, la ségrégation, le racisme. Dans certaines banlieues, le chômage des moins de 25 ans atteint 50%. On t'écarte pour ta couleur ou ton prénom. On te contrôle dix fois par jour, on t'entasse dans des barres d'immeubles et personne ne te représente. Qui peut vivre et s'épanouir dans de telles conditions? (...) On ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres. Ce n'est ni chrétien, ni juif, ni musulman. C'est juste égoïste, et ça entraîne notre société et notre planète droit dans le mur. Comment changer cette société qu'on te propose? En bossant, en prenant un crayon plutôt qu'une kalach'. (...) Prends le pouvoir démocratiquement, aide tous tes frères. (6)


Manuel Valls dans son dernier discours parle d’apartheid social pour expliquer le décrochage des Français des banlieues. Cela n’a pas été du goût de la droite qui tente de lui faire un procès d’intention

En définitive, les «beurs» ont une façon à eux de résumer leur situation en deux phrases: «Tu peux gagner des médailles d'or pour la France, pour les flics tu resteras toujours un macaque. Tu peux gagner la Coupe du monde pour la France, pour les flics tu resteras toujours un raton.» Les Français musulmans ont du souci à se faire, leur intégration apaisée dans le contexte actuel, est une vue de l'esprit du fait du travail de sape du vivre-ensemble. Pourtant, ces Français en théorie, à part entière tiennent à vivre dignement à l'ombre des lois de la République.



1.R Llorens http://www.oulala.info/2015/01/uderzo-charlie-les-arabes-et-moi/#sthash.ucez7gVq.dpuf


2. C.E. Chitour http://www.mondialisation.ca/les-arabes-ces-mal-aimes-voyage-au-coeur-de-lintolerance/5372825 19 mars 2014


3. Shlomo Sand http://blogs.mediapart.fr/blog/abdoulayembaye/150115/schlomo-sand-je-ne-suis-pas-charlie


4. http://veroniqueanger.blogspot.com/2009/07/racisme-ordinaire.html


5. http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/01/14/lettre-a-ma-fille-au-lendemain-du-11-janvier-2015-par-jmg-le-clezio_4556225_3260.html#oU8l6XPCJ2r52FRV.99


6. Lettre de Luc Besson à ses frères musulmans! www.partiantisioniste.com/actualites/2208

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/209306-pourquoi-tant-de-haine.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 19:05

L'Algérie vit présentement une situation délicate dans un contexte international difficile avec des défis à la fois internes et externes avec la dégringolade des prix du pétrole. Dans cette contribution je vais donner mon avis sur ce que devrait être selon moi un scénario de sortie de crise.

La chute est due non seulement à des facteurs économiques, comme le ralentissement de la demande mondiale, mais à des facteurs géopolitiques. Curieusement, le baril de pétrole de schiste n'est rentable qu'autour de 70-80 dollars le baril alors que nous sommes à 43 dollars et les Etats-Unis laissent l'Arabie saoudite noyer le marché et s'opposer aux quotas. Il est vrai qu'ils attendent la chute de la Russie et de l'Iran. L'Algérie est une victime collatérale.

La décision d'aller vers le gaz de schiste doit prendre en compte aussi car les coûts de réalisation varient entre 10 et 18 millions de dollars, alors qu'aux USA le coût moyen est de 5 à 7 millions de dollars. Il faut donc une parfaite maîtrise technologique afin de réduire les coûts. Ce qui demande du temps et de la compétence. Je suis convaincu que la crise pétrolière peut être une possibilité pour les pouvoirs publics de rebondir et de se redéployer en allant vers de nouvelles stratégies. S'agissant des hydrocarbures non conventionnels comme le gaz de schiste, l'Algérie doit s'approprier la technologie nécessaire pour une telle industrie afin d'assurer sa rentabilité. «Nous n'avons ni les moyens financiers ni les moyens techniques pour explorer le gaz de schiste», dans les conditions actuelles.


Etat des lieux

Il vient qu'une transition énergétique vers le développement durable de l'Algérie est une voie qui peut nous permettre de rebondir. Un modèle énergétique et l'optimisation de l'efficacité énergétique pourraient, elles aussi, contribuer à prolonger la durée de vie des gisements conventionnels. Il s'agit en particulier d'encourager l'énergie solaire en renforçant la construction de centrales électriques hybrides (gaz solaire) destinées à répondre aux besoins du marché interne pour libérer des quantités supplémentaires d'hydrocarbures pour l'exportation.

La plus grande réserve de gaz et de pétrole pour l'Algérie, ce sont les économies d'énergie pouvant aller à 15/20%, pouvant économiser au vu de la consommation actuelle 4 milliards de mètres cubes gazeux par an et cumulé horizon 2015/2030, avec une progression arithmétique plus de 90/100 milliards de mètres cubes gazeux. De ce fait, la redéfinition de la politique sociale, la maîtrise des importations et des dépenses publiques ainsi que la promotion d'une économie hors hydrocarbures portée par des secteurs porteurs et bien ciblés sont les pistes les plus souvent évoquées.

Il est temps d'élaborer une stratégie pour la rationalisation de l'énergie et l'augmentation progressive de ses tarifs. «Il faut différencier la tarification de l'électricité et fixer un seuil de consommation pour chaque habitation. Dans le cas où ce seuil est dépassé, le coût doit augmenter», à titre d'exemple, nous utilisons des climatiseurs de type E qui consomment deux fois plus d'énergie, car il n'y a aucun contrôle sur les équipements électroménagers importés.»

La majorité des études sur le gaz de schiste montre que le gaz de schiste est une technologie dangereuse avec les techniques actuelles. L'Etat de New York vient d'interdire le 18 décembre 2014 il y a trois semaines l'exploitation de gaz de schiste du fait de sa nocivité pour la population. Les raisons sont nombreuses, les principales sont les suivantes:

1° La fracturation hydraulique -600 kg/cm2- démolit l'architecture interne des couches Les conséquences connues sont les tremblements de terre jusqu'à 4,9 sur l'échelle de Richter comme en Arkansas et au Royaume-Uni où un moratoire à été décidé pour vérifier cette occurrence. C'est une technologie récente et nous n'avons pas fait le tour de toutes les mauvaises surprises de cette déstabilisation du forage horizontal que nous ne connaissons pas en Algérie

2° D'énormes quantités d'eau douce (10 à 15000 m3 d'eau par puits étant entendu qu'un puits peut être facturé plusieurs fois) doivent être injectées pour ramener en surface sur plus de trois mille mètres les molécules de gaz CH4 ainsi que celle de CO2 avec les dangers qu'elles comportent et même des atomes de radon élément hautement radioactif sans compter les éventuelles bactéries qui pourraient se trouver. Les avocats de cette technique pensent que les molécules vont être disciplinées et rentrer sagement dans le tubing qui est 2000 mètres plus haut sans éprouver la possibilité de diffuser à travers différentes couches pour arriver à la nappe albienne

3° Le gaz n'est pas concentré dans une roche réservoir perméable mais diffus dans la roche mère rendue artificiellement perméable sur une distance réduite autour du puits. Un puits ne draine donc qu'un faible volume de roches et ramène relativement peu de gaz. Pour produire une même quantité de gaz, il faut multiplier les puits ce qui nécessite, pour une même quantité de gaz produit, des investissements nettement plus importants. la quantité d'eau injectée (volume de plusieurs centaines de fois supérieur à l'extraction de gaz conventionnel) nécessite des installations de retraitement particulièrement importantes et peut créer des conflits avec les autres usagers (agriculteurs habitants). De plus, la courbe de production se caractérise par un pic prononcé mais court en début de vie puis une décrue rapide. Cette caractéristique nécessite la multiplication des puits. Le taux de récupération d'un gisement de gaz de schiste est actuellement en moyenne de 20% contre 75% pour les gisements de gaz conventionnel.
C'est dire si ces puits outre leur dangerosité vont être chers à mettre en oeuvre dans un contexte où nous ne maîtrisons aucun segment de cette technique (formation, équipement...).

4° Avec l'eau on ajoute du sable pour maintenir les pores ouverts pour libérer les gaz mais aussi et c'est aussi un autre motif d'inquiétude il y a plus de 2000 produits chimiques de nocivités différentes d'après une étude faite pour le Sénat américain en 2012. Une cinquantaine de ces produits sont cancérigènes. De plus, les rapporteurs de cette étude avouent qu'ils n'ont pas pu avoir la liste de tous les produits du fait que les multinationales invoquent le secret professionnel...

En clair, l'Administration américaine de l'environnement n'a pas la liste de tous les produits et n'arrive à pas contrôler toutes les dérives des entreprises qui n'arrêtent pas d'avoir des procès qu'elles perdent et de ce fait dédommagent les riverains des forages. Ainsi, un jury de Dallas a donné raison à une famille vivant à proximité de puits de gaz de schistes, en condamnant la société Aruba Petroleum à une amende de 2 millions de dollars pour des dommages sanitaires de ce type.


La problématique du gaz de schiste

Il existe des doses létales des produits chimiques, le chiffre de 1% donné pour minimiser les produits chimiques est énorme! C'est-à-dire que sur chaque puits de forage il y a 2000 litres de produits chimiques quand on sait que la nocivité se mesure en ppm, il y a là une méconnaissance de la réalité. Ces dizaines de milliers de litres peuvent naturellement polluer la nappe en partie et plus encore quand l'eau est récupérée en surface, il est pratiquement impossible de séparer des produits chimiques ayant des propriétés physiques et chimiques aussi différentes. Comment faire? Ce qui va vraisemblablement arriver c'est que les bassins de rétention vont perdre leur étanchéité et une partie des produits chimiques repartira vers les profondeurs.

Une autre partie s'évaporera et contribuera elle aussi à la pollution comme signalé dans les études (pluie d'oiseaux morts, maladies importantes..). Selon le site France Libertés, «25% des produits qui s'infiltrent dans les nappes phréatiques, sont cancérigènes, 37% sont des perturbateurs endocriniens, 40 à 50% pourraient affecter les systèmes nerveux, immunitaire et cardiovasculaire, et plus de 75% les organes sensoriels et le système respiratoire».
Enfin, il ne faut pas croire que c'est l'eldorado à portée de main. La densité de forage nécessaire en pareil cas est impossible en Algérie. Nous n'avons pas assez d'appareils pour le conventionnel de plus et comme l'écrit l'expert pétrolier Mohamed Saïd Beghoul sur le journal El Watan, «la faible porosité de l'argile réservoir, combinée au comportement rhéologique plastique de la roche, pénalisant toute possibilité de fracturation et de création de perméabilité, donnerait un taux de récupération dérisoire de 5 à 8% contre 15 à 22% dans les argiles à minéralogie cassante (cas de certains gisements nord-américains)».


Quelle alternative pour continuer un développement harmonieux?

Que devons-nous faire pour répondre à une demande d'énergie débridée avec un coût dérisoire aussi bien pour l'électricité que pour le gaz et les carburants? Peut-on continuer à gaspiller ainsi pour satisfaire des exigences de citoyens qui pensent que tout leur est dû sans effort? Peut-on se passer des gaz de schiste avec cette seule alternative? dans ce contexte non!
Par contre si on change totalement de paradigme, que l'on mette tout à plat pour changer de modèle de croissance en allant vers la sobriété et le développement durable il y a une vie après les énergies fossiles. Le gaz de schiste est une richesse qu'il nous faut exploiter rationnellement. Les forages d'exploration sont nécessaires pour maîtriser la technique, leurs faibles nombres n'hypothéquera pas les fondamentaux de la vie.

De plus, en allant vers une transition énergétique il sera nécessaire de mettre en place et ce n'est pas trop tard, une agence de protection de l'environnement du Sud. La doter de toutes les compétences nécessaires pour qu'elle puisse être le garant de l'innocuité des opérations de forage. Cela nécessite de connaître dans le détail tous les détails des avantages mais aussi des inconvénients.

Le gaz de schiste aura toute sa place le moment venu. Même s'il est nécessaire de faire des forages d'exploration pour situer les ressources cela devrait attendre que toutes garanties soient données. Le gaz de schiste aura toute sa place dans le cadre d'une stratégie énergétique basée avant tout sur la sobriété énergétique, la chasse au gaspillage: environ 25% de l'énergie est gaspillée. Il n'ya pas de petites économies. Tout est bon à prendre! Dans cette transition il nous faut un plan Marshall pour les énergies vertes, pour la mise en place d'un développement durable qui doit concerner tout le monde tous les départements ministériels, la société civile, l'université... qui se doivent d'être mobilisés.


Faire reverdir le Sahara: l'avenir réel de l'Algérie

S'agissant du Sahara, on identifie à tort le Sahara au désert. Le Sahara est un écosystème unique il y a une vie, il y a une flore, il y a des habitants qui sont là depuis la nuit des temps; forer à trente kilomètres ce n'est pas rien, c'est réellement prendre des risques. La plus grande richesse au Sahara c'est l'eau, source de vie. Songez que nous sommes à la latitude de la Californie qui est un véritable jardin ou mieux encore, plus près de nous, de Marrakech, autre jardin, et il ne tient qu'à nous d'en faire de même. Le développement du Sud est le véritable challenge à lever en mobilisant toutes les énergies, le patriotisme n'est pas passé de mode quand on le met au service d'une cause. Les jeunes suivront s'ils sont convaincus du parler vrai.

Dans ce cadre, une contribution lue sur El Watan m'a fait rêver. Il s'agit de reverdir le Sahara. Je lis le commentaire du journaliste qui a visionné une vidéo sur les prouesses agricoles des Laghouatis: «Enclencher une «révolution verte» dans le sud du pays est, à l'évidence, un fabuleux challenge, tout à fait à la portée des Laghouatis qui ont, de tout temps, démontré leur pugnacité et leur ingéniosité à surmonter les adversités d'où quelles viennent. (...) Le défi porté à bout de bras par cette équipe d'experts et d'étudiants volontaires vise non seulement à faire renaître de ces cendres la merveilleuse oasis - A un moment, en regardant défiler les prometteuses images de cette vidéo, je me suis senti transporté dans un des espaces de la Silicone Valley où des hommes de bonne volonté, armés du bon sens que procure le recours à l'investigation scientifique et à la concertation sans exclusive, réussissent à réaliser des miracles.»(1)

«Sans aucun doute, l'association El Argoub est sur cette voie. Autour du fermier M. Brik (le manager en chef) s'exprimant dans un anglais parfait et à l'allure de Yankee accompli, des chercheurs, des universitaires, des pédagogues et cet incontournable phoeniciculteur campé par le distingué oasien Moulay Moulay, un septuagénaire grimpeur-pollinisateur.»(1)


«La ferme privée de Hadj Mohamed Brik est devenue, à force de persévérance, un véritable jardin d'essai où l'on peut rencontrer de longues rangées de palmiers dattiers de toutes espèces, l'expérimentation de surprenants cultivars, l'élevage expérimental de diverses espèces animales ainsi que l'introduction de variétés arboricoles, maraîchères et horticoles exotiques(...). Les Américains n'ont-ils pas réussi, en Californie, la culture du palmier Deglet nour dont les rejets-souche (djabar) ont été convoyés depuis Tolga (Biskra)? Le fait d'associer, en parfaite symbiose, les anciens férus de pragmatisme et la jeunesse locale aspirant au savoir scientifique ouvert sur l'universalité, est un signe probant d'un bel avenir».(1)

«(...) Le gigantesque désert de Californie n'a pu être transformé en paradis que grâce à l'enviable démarche de ses concepteurs qui se sont rendu compte, après le constat d'une série de couacs, que le secret de la réussite d'une si vaste mise en valeur reposait sur l'association des populations autochtones et riveraines. (...)Les milliards de dollars alloués à l'importation de produits alimentaires est une insulte, pis, une avanie à l'adresse de la paysannerie algérienne, surtout à celle du sud du pays qui se dépêtre dans d'innombrables difficultés à l'effet de prendre le relais d'un Sahel mité par une «bétonisation» débridée et où se bousculent plus de 80% de la population nationale sur une bande littorale représentant moins de 5% de la superficie totale du territoire national.» (1)

«Il n' y a plus lieu de se voiler la face: l'avenir de l'agriculture est dans le sud du pays. Le plus clair des moyens doit être impérativement translaté sur ses vastes contrées où d'entreprenants pionniers, à l'exemple des membres de l'association Al Argoub de Laghouat, en partenariat avec l'université locale, Amar Thlidji et de la Chambre de l'agriculture de la wilaya, s'ingénient, contre vents et marées, à lancer et relever le défi de faire de l'arrière-pays un réservoir d'immenses richesses agricoles et animales. (...) L'indépendance du pays en dépend.» (1)

Je suis convaincu qu'un projet d'ensemble sur une stratégie globale emportera l'adhésion du plus grand nombre et notamment des habitants du Sud qui ont à coeur l'amour du pays.

Mohamed-Seddik Lamara: Plaidoyer pour une révolution verte dans le Sud algérien El Watan le 03.01.15

Article de référence:

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/208891-sahara-la-future-californie.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 18:39

«Je ne suis pas Charlie, je suis Charlie Martel [en 732 à Poitiers, Charles Martel, le chef des Francs, avait ‘'arrêté'' une armée musulmane à Poitiers ].»

Slogan prêté à Jean-Marie Le Pen

Un drame épouvantable: douze personnes appartenant à la rédaction de Charlie Hebdo furent massacrées par deux personnes que l'on dit appartenir à Al Qaîda. Nous sommes d'autant plus scandalisés et tristes car nous avons vécu cette situation de terreur à une époque où le monde entier nous tournait le dos. Il a fallu le 11 septembre pour que l'on découvre le terrorisme et que la voix de l'Algérie soit audible. Au-delà du fait que rien ne justifie ces meurtres, on est en droit de se demander à quoi, à qui profite ces crimes et quels sont les fondements. On invoque à tout bout de champ la laïcité et la liberté d'expression insinuant que l'islam est rétif à cela. Qu'en est-il exactement du blasphème?


Le délit de blasphème

Le Larousse définit le blasphème comme une «parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré». En France le délit de blasphème n'existe plus depuis la Révolution. Il a été supprimé par la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse. Du point de vue du droit commun français, une caricature, même irrespectueuse, ne peut donc être un blasphème. S'ils ne pénalisent pas le blasphème, les tribunaux français sanctionnent toutefois «l'injure, l'attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse» ou l'incitation à la haine raciale ou religieuse.

À part la France, dans d'autres pays d'Europe (Allemagne, Irlande, Grèce, Italie, Pologne, Malte, Espagne, Danemark) subsistent des lois contre le blasphème. C'est la notion de trouble à l'ordre public qui est généralement retenue par le droit. A titre d'exemple, au Danemark, l´article 140 du Code pénal danois stipule: celui qui publiquement raille ou fait outrage aux doctrines de foi ou aux cultes d´une communauté religieuse légalement établie dans ce pays, est passible de prise de corps. Le Danemark punit ainsi toute moquerie publique d´une religion. On peut se poser la question pourquoi le journal par qui le scandale arrive n´a pas été condamné pour les Caricatures du prophète. Y a-t-il deux poids, deux mesures?


En Espagne, l'article 525 du Code pénal, interdit «les attaques portées au dogme religieux, croyances ou cérémonies». En juin 2013, la Russie a adopté une loi prévoyant des peines pouvant atteindre 500.000 roubles d'amende et trois années de prison pour des «actes publics» réalisés dans le but «d'offenser les sentiments religieux des croyants». En Suisse, l'art. 261 du Code pénal dispose:«Atteinte à la liberté de croyance et des cultes celui qui, publiquement et de façon vile, aura offensé ou bafoué les convictions d'autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu, (...) aura profané un lieu ou un objet destiné à un culte ou à un acte cultuel garantis par la Constitution, sera puni d'une peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus.»

Dans le Code criminel du Canada, la «diffamation blasphématoire» est une infraction passible d'un maximum de deux ans de prison. Le Premier Amendement de la Constitution américaine stipule: «Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d'une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d'expression, ni la liberté de la presse (...).»

Pourquoi alors au nom du vivre-ensemble ne peut-on pas ériger des limites consenties et garantes d'un ciment des différentes composantes de la société autour d'un vivre- ensemble?

La tolérance et la liberté d'expression dans les religions


Pour les religions monothéistes, la condamnation du blasphème est un thème central depuis l'un des premiers livres recueillis dans la Bible, le Lévitique: «Si un homme insulte son Dieu, il doit porter le poids de son péché; ainsi celui qui blasphème le Nom du Seigneur sera mis à mort.» La naissance de l'Église orthodoxe, et son besoin de maintenir l'orthodoxie, développa largement la censure qui fut appliquée pour éradiquer les menaces hérétiques au dogme chrétien. Les autorités de l'Église catholique romaine nommaient des censores librorum chargés de s'assurer que rien de contraire à la foi ne puisse être publié.

L'Islam enseigne la tolérance et la paix et respecte la liberté de religion, car le Coran affirme que: «Il ne doit pas y avoir la contrainte dans la religion.» (S.2:257) et «L'homme est libre d'accepter ou rejeter.» (S.18:30). On trouve dans le Coran des préconisations de sagesse pour ne pas opposer la violence au blasphème. Le Coran préconise uniquement une réaction pacifique «Et quand tu verras ceux qui plaisantent avec nos signes, alors détourne-toi d'eux jusqu'à ce qu'ils changent de conversation. Et si Satan te fait oublier ce précepte, alors après t'en être souvenu, ne reste pas assis en compagnie des injustes». (S. 6: 69).

Mahrukh Arif va plus loin, il dénie aux terroristes le droit de parler au nom de l'islam. Pourquoi devrions-nous laisser ces terroristes instrumentaliser et s'emparer de notre religion pour commettre des actes au nom de l'islam, au nom d'Allah et du Prophète Muhammad (Qsssl)? Dans le Coran, le Dieu «Gracieux et Miséricordieux» affirme au sujet du Prophète Muhammad (Qsssl): comment peut-on alors prétendre avoir vengé le Prophète en tuant 12 personnes de sang-froid? Comment peut-on prétendre avoir agi par amour pour le Prophète en faisant l'exact contraire de ce qu'il a prescrit? «Le vrai musulman est celui dont les fidèles n'ont à redouter ni sa main, ni sa langue», est-il rapporté par une tradition (...) Si aujourd'hui les musulmans choisissent de condamner ces attaques contre Charlie Hebdo, c'est au nom de cette compassion dont le Prophète Muhammad (Qsssl) était l'incarnation. Cela ne veut pas dire qu'ils approuvent les Caricatures du Prophète. (...)Ne laissons pas ces extrémistes s'approprier notre religion qui enjoint à la paix».(2)

Il est donc évident qu'un Islam bien compris n'a rien à voir avec le comportement de ces jeunes épaves à la lisière de deux mondes, d'autant plus sensibles aux discours radicaux qu'ils ont raté le «temporel», se rattrapant ainsi en investissant dans l'au-delà


Les «entorses» spéciales à la liberté d'expression

La liberté d'expression une et indivisible s'accommode mal d'exception. Mathieu Vasseur nous parle des dégâts occasionnés à la liberté d'expression par la loi Gayssot: «Depuis la loi Gayssot, la France a sombré dans un abîme de liberté d'expression à géométrie variable. Il est temps d'en sortir! Au commencement était Gayssot. Non, attendez: au commencement était l'«Holocauste». Par le choix, popularisé dans les années 1970, d'un terme issu de l'Ancien Testament pour désigner l'extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ce génocide était investi d'une signification religieuse. Fait historique, oui, mais aussi Sacré de substitution dans un Occident déchristianisé. Toute l'ambiguïté réside dans cette double dimension. La loi Gayssot, en 1990, interdit la négation de l'Holocauste. Consciente que cette innovation juridique entre en conflit avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui consacre la liberté d'expression, et avec la devise même de la République, la classe politique décide de ne pas transmettre cette loi au Conseil constitutionnel, de crainte qu'il ne soit contraint de la censurer.» (3)

«Cependant, le crime de déni de réalité historique n'est pas la seule nouveauté de la loi Gayssot. (..). Ces provocations que l'on tolère avec indulgence de la part des artistes et des Femen, pourquoi les interdire aux jeunes des banlieues? Parce que l'Holocauste est «plus sacré» que le christianisme? Parce que la «quenelle» est «pire» que pisser sur l'autel d'une église? Pire que des caricatures de Mahomet? Qui en décide, au nom de quoi? S'enclenche la spirale infernale de la révolte d'un côté, nourrie par le sentiment d'injustice, et d'une répression toujours plus folle de l'autre. Deux lycéens se font exclure de leur lycée, un animateur social «des quartiers» perd son emploi, tout cela pour avoir fait la fameuse «quenelle». (...) Otage de cette course à l'abîme, la communauté juive de France, devenue, complice ou à son corps défendant, le symbole de cette oppression d'État. En la désignant comme caste sacrée, la loi Gayssot en a fait une cible.»(3)

Dans le même ordre des «exceptions» le Concordat appliqué à l'Alsace-Lorraine fait que la la laïcité ne s'y applique pas. Profitant de l'existence du délit de «blasphème» dans le droit local alsacien - alors qu'il n'existe plus dans le droit commun français -, la Ligue de défense judiciaire des musulmans (Ldjm), assigne Charlie Hebdo pour ce motif devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. La première audience s'ouvre ce lundi 17 février 2014. Les poursuites visent la une de l'hebdomadaire satirique du 10 juillet dernier, qui, après une tuerie en Egypte, titrait:

«Le Coran c'est de la merde, ça n'arrête pas les balles.» De plus, l'article 166 du Code pénal local - hérité de la législation allemande - relatif au blasphème énonce: «Celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération (...) sera puni d'un emprisonnement de trois ans au plus.» (4)


«La France frappée au coeur de sa nature laïque et de sa liberté»

Pour le sociologue Edgar Morin des jours difficiles attendent les Français, notamment musulmans. Commentant les tueries de Charlie Hebdo: «Notre émotion ne doit pas paralyser notre raison, comme notre raison ne doit pas atténuer notre émotion. Il y eut problème au moment de la publication des caricatures. Faut-il laisser la liberté offenser la foi des croyants en l'Islam en dégradant l'image de son Prophète ou bien la liberté d'expression prime-t-elle sur toute autre considération? Je manifestai alors mon sentiment d'une contradiction non surmontable, d'autant plus que je suis de ceux qui s'opposent à la profanation des lieux et d'objets sacrés. Cela dit, mon horreur et mon écoeurement ne peuvent m'empêcher de contextualiser l'immonde attentat. Il signifie l'irruption, au coeur de la France, de la guerre du Moyen-Orient, guerre civile et guerre internationale où la France est intervenue à la suite des Etats-Unis. La montée du Daech est certes une conséquence des radicalisations et pourrissements de guerre en Irak et en Syrie, mais les interventions militaires américaines en Irak et en Afghanistan ont contribué à la décomposition de nations composites ethniquement et religieusement comme la Syrie et l'Irak.» (5)

« Les Etats-Unis poursuit Egard Morin ont été apprentis sorciers et la coalition hétéroclite et sans véritable force qu'ils conduisent est elle-même vouée à l'échec. (...) Par ailleurs, il y a une coïncidence, du reste fortuite, entre l'islamisme intégriste meurtrier qui vient de se manifester et les oeuvres islamophobes de Zemmour et Houellebecq, elles-mêmes devenues symptômes d'une virulence aggravée non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Suède, de l'islamophobie ».(5)

Le bal des hypocrites et la diabolisation des musulmans

Avec rage et perspicacité Caleb Irri fait la part des choses et replace l'hypocrisie des médias dans son contexte: «Ah ils sont beaux tous ces pleurnichards qui défendent à grands cris «la liberté d'expression»! Tous réunis pour défendre la République, «une et indivisible» qu'ils disent! Alors que cela fait plus de 10 ans que tous les politiques de tous bords s'acharnent à stigmatiser les musulmans par les amalgames les plus grossiers! Alors que cela fait je ne sais combien de lois votées qui peu à peu restreignent la liberté de la presse ou d'expression, je ne sais combien de fois qu'ils tentent de diviser les Français entre eux... et ils viennent nous parler d'Union Sacrée, des sanglots dans la voix? » (6)

« A la télé on ne voit que Zemmour, Le Pen et maintenant Houellebecq, à la radio on ne parle que du problème musulman, de l'immigration ou du terrorisme, ils jouent là-dessus depuis si longtemps... et on vient s'étonner de l'horreur commise aujourd'hui? Il fallait bien que ça arrive malheureusement. Le monstre créé par nos gouvernants avec l'appui de nos médias est une auto-réalisation de la peur qu'ils ont insufflée, de la haine qu'ils ont disséminée.» (6)

Et ils viennent nous parler poursuit Caleb Irri de Charlie Hebdo. Plus personne ne lit Charlie Hebdo, tous les politiques le méprisaient, il était à la limite de la faillite. Que les choses soient claires, cela n'enlève rien à l'humanité des pauvres victimes de ce drame atroce, Pas d'amalgames disent-ils, mais qui va remplir ses adhésions sinon le FN, qui va vendre des livres sinon Zemmour et compagnie? Ils ont créé la peur et la haine, et ils voudraient nous faire croire qu'ils défendent l'amour et la paix? ça me dégoûte. Et tous les citoyens vont comme un seul homme sortir dire «non au terrorisme», ce qui pour eux signifie «non aux musulmans», alors qu'ils ne sont pas foutus de sortir dans la rue pour défendre leurs libertés quand les lois qui les leur suppriment sont votées en leur nom! Et pour finir: ces pauvres malheureux n'ont pas été tués «pour la liberté d'expression» comme on le voit partout mais pour provoquer la haine entre les communautés, voire les nations. Pour faire naître la peur chez des hommes et des femmes affaiblis par une propagande anti-islam bien utile et engendrer le chaos à l'intérieur des Etats déjà malmenés par la crise. Ce sont les musulmans, les vrais, qui ont le plus à craindre dans tout ça, car à voir comment les choses se passent aujourd'hui, il est fort possible que cela retombera in fine sur eux (...)»(6)

En définitive, nous sommes pour la liberté d’expression et les « domaines d’expression » sont vastes et inépuisables . Cependant, nous pensons que toute liberté doit se donner ses propres limites librement consenties par le corps social. Le délit du blasphème sous une forme ou une autre devrait selon nous être re-questionné à la lumière des dérives graves d’une expression débridée qui s’apparente à la liberté du renard dans le poulailler qui contribue à la sédimentation lente et sûr d’un sentiment de malaise et on a beau avoir une ouverture d’esprit, le matraquage systématique et récurrent des attributs d’une religion devient à la longue destructeur du ciment social dont la République est garante . On ne peut pas traiter n´importe comment avec désinvolture sous couvert de l’humour et de l’effronterie gauloise voire de mépris et plus grave encore d’une façon délibérée pour faire mal et in fine créer le chaos pour diaboliser une communauté ce qui constitue le fondement de la foi de millions de croyants.

Les hommes politiques occidentaux pour des raisons électoralistes mais aussi et souvent par conviction profonde (le syndrome de la bataille de Poitiers étant toujours présent dans les imaginaires), n´ont pas de considération pour le monde musulman. Les idéologues bien connus, les Zemmour Finkielkraut, Houellebecq ont tous les médias à leur disposition pour déverser leur haine contrairement à des personnalités courageuses et honnêtes comme Esther Benbessa, Edgard Morin, Rony Braumann, nous amèneront le choc des civilisations que Samuel Huntington avait appelé de ses voeux.

Pourtant, la laïcité à la française bien comprise, c’est-à-dire équidistante des religions prône en théorie, un modèle de société de loin préférable aux modèles communautaristes. Seule une prise de conscience globale sans arrière-pensée permettra à tous les Français qu’ils aient des espérances religieuses ou pas , de barrer la route à ces semeurs de haine. On l'aura compris, cela passe par la nécessité du respect mutuel et une vigilance de tous les instants pour que la République à fore volonté intégratrice soit comme le dit si bien Renan un plébiscite de tous les jours.


1 Chems Chitour http://www.legrandsoir.info/la-defaite-de-la-pensee-peut-on-ecrire-sous-contrainte.html

2. http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/francaise-musulmane-refuse-nom-dallah-soit-associe-a-cette-haine-256965


3. Matthieu Vasseur. http://www.contrepoints.org/2014/01/14/153157-les-dangereuses-metastases-de-la-loi-gayssot


4.CamilleBordenet http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/02/17/charlie-hebdo-peut-on-invoquer-le-delit-de-blaspheme-en-france_4368062_3224.html


5.http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/08/la-france-frappee-au-c-ur-de-sa-nature- laique-et-de-saliberte_4551971_3232.html

6.Caleb Irri http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ putains-d-hypocrites-161643 8 01 15

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/208709-charlie-hebdo.html

Professeur Chems Eddine Chitour

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 19:45

«Ce qui est certain ce fut sa fidélité aux combats pour la justice et le respect de l'humain. C'est ainsi que dans Afrique 50 il s'appliquera à dénoncer le colonialisme à une époque où on ne transigeait pas sur la défense de l'Empire français.» (A propos de la mort de René Vautier (L'Humanité du mardi 6 janvier 2015)

René Vautier, qui est mort en Bretagne le 4 janvier 2015. est un réalisateur et scénariste français. L’Algérie perd un ami sincère un compagnon de lutte qui au péril de sa vie a choisi le camp des damnés de la Terre qui se battaient pour leur indépendance. Ils se battaient sans moyen mais avec la certitude de vaincre du fait que leur cause était juste. Dans ce combat âpre sanglant et sans merci René Vautier a fait un long chemin pour venir en tant que Français dire non au colonialisme non à la barbarie. Il le fit en prenant le risque d’être pris pour un traitre, mais sa quête de liberté pour les peuples opprimés , comme il le fit avec le film « Afrique 50 » fut plus forte. Sa caméra fut à bien des égards, un appor précieux pour la révolution, il donnait une visibilité supplémentaire à la Révolution du point de vue médiatique.


Qui est René Vautier?

Il mène sa première activité militante au sein de la Résistance en 1943, alors qu'il est âgé de 15 ans, ce qui lui vaut plusieurs décorations. Il est décoré de la Croix de guerre à 16 ans, responsable du groupe «jeunes» du clan René Madec, cité à l'Ordre de la Nation par le général Charles de Gaulle pour faits de Résistance (1944).

René Vautier faisait partie d'une espèce presque complètement disparue: celle des cinéastes engagés, voyant dans le 7e art une arme de dénonciation, l'instrument d'une prise de conscience. Les images, cet ancien résistant, diplômé de l'Idhec au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les a utilisées pour toutes les causes: pour la décolonisation via son premier film,Afrique 50 premier film anticolonialiste français (il reçoit la médaille d'or au festival de Varsovie.). Ce film en 1950, lui valut treize inculpations et une condamnation; contre le capitalisme (notamment Un homme est mort, 1951); contre l'oubli des exactions commises pendant la guerre d'Algérie: Avoir vingt ans dans les Aurès, primé à Cannes en 1972, reste son film le plus célèbre, qui montre un peloton d'appelés endoctriné par un officier tortionnaire, etc. Sa vie aussi était un engagement, depuis la Résistance, donc, jusqu'au FLN, puis au Centre audiovisuel d'Alger. En 1973, il s'était lancé dans une longue grève de la faim pour que le documentaire Octobre à Paris, de Jacques Panijel, consacré au massacre d'Algériens le 17 octobre 1961, obtienne un visa de sortie. Il avait eu gain de cause. (1)

L'engagement au service de la bonne cause de l'indépendance de l'Algérie

Il rejoint l'Algérie clandestinement par les maquis dès 1956 et participe à la lutte révolutionnaire pour l'indépendance de l'Algérie du FLN. Il tourne dans les Aurès, les Némentchas, ainsi qu'à la frontière tunisienne, filmant les maquisards de l'ALN. Il décroche, en 1958, l'Ours d'argent au Festival de Berlin. C'est à ce moment-là qu'il entre en contact avec le FLN-ALN. Il part filmer dans les Aurès Nemenchas et à la frontière tunisienne, le long du barrage électrifié par l'armée française. Un jour, dans une opération, il est blessé et un bout de caméra restera à jamais planté dans sa tête.

Le grand public a pris conscience de son existence en 1972, lorsque Avoir vingt ans dans les Aurès a été présenté à Cannes, à la Semaine de la critique. Le film racontait la désertion d'un soldat français en Algérie qui refusait l'exécution sommaire d'un prisonnier algérien.
En Tunisie il tourne deux courts métrages avant de gagner l'Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne deux documentaires, Une nation, l'Algérie, aujourd'hui perdu et L'Algérie en flammes. Cette collaboration lui vaut d'être poursuivi par les autorités françaises et René Vautier reste en exil jusqu'en 1966. (2)

D'Avoir vingt ans, Louis Marcorelles dira dans ces colonnes qu'il s'agit du «film le plus libre, le moins conformiste que nous ayons vu en France depuis longtemps». En 1985, lors du procès qui oppose Le Canard enchaîné à Jean-Marie Le Pen au sujet des tortures infligées par ce dernier pendant la guerre d'Algérie, l'hebdomadaire produit le témoignage d'une des victimes du lieutenant Le Pen, Ali Rouchaï que le cinéaste a tourné à Alger. (3)

Ce réalisateur à la vie mouvementée, entre fuite, prison, grève de la faim, menaces et condamnations, se revendiquait comme «le cinéaste français le plus censuré». Il était notamment l'auteur de Afrique 50, devenu le premier film anticolonialiste du cinéma français, qui a été censuré pendant quarante ans et lui a valu une condamnation à un an de prison. Son regard s'est beaucoup porté sur la guerre d'Algérie, avec notamment une Nation l'Algérie (1954), pour lequel il a été poursuivi pour «atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat», Algérie en flammes (1958), et surtout Avoir 20 ans dans les Aurès. Ce dernier film, son oeuvre la plus connue, avait reçu le Prix de la critique internationale au festival de Cannes en 1972. Ce film passa à la télé, mais «par erreur», remarquait-il avec humour. René Vautier, c'est l'homme à qui l'on doit la fin officielle de la censure politique au cinéma en France. (4)

Un commentaire d'un internaute à propos de ce film mérite d’être rapporté: Je n'ai vu qu'»Avoir 20 ans dans les Aurès», juste montrer l'humain embarqué dans une galère absurde et sanglante. La mort de l'enfant, qui va boire à la rivière, d'une balle perdue valait tout autant comme prise de position que toutes les démonstrations théoriques sur l'absurdité des guerres coloniales d'un Merci Monsieur Vautier. Votre film m'a aidé à comprendre les silences et les larmes de mon père (lequel a eu vingt ans dans les Aurès) quand, gamin de six ou sept ans, je lui demandais: «Alors Papa, t'as tué plein de méchants en Algérie?» Reposez en paix et, si vous croisez mon papa, saluez-le de ma part.»

Des maquis des révolutionnaires algériens, jusqu'à la création du Centre audiovisuel d'Alger et de Ciné-Pop après la libération du pays, l'Algérie a marqué à jamais la vie d'homme et de cinéaste de René Vautier. Considéré à juste titre comme le père du cinéma algérien, il est nommé directeur du Centre audiovisuel d'Alger (de 1962 à 1965). Il y est aussi secrétaire général des Cinémas populaires. Il filme les premiers jours de l'Indépendance algérienne et tente de créer un dialogue, grâce à la vidéo, entre les peuples français et algérien. Il se lance dans la formation des jeunes cinéastes, en créant un centre audiovisuel, pierre angulaire du cinéma national. Il met aussi en chantier le projet des cinémas populaires, destiné à faire connaître le cinéma, et les oeuvres universelles aux populations de l'intérieur du pays. (5)

La place est trop limitée ici pour dire tout ce qu'on doit au cinéaste. Citons L'Algérie en flammes, Dzazaïrouna (présenté devant l'ONU). Peuple en marche, vibrant documentaire, sera le premier réalisé par le cinéaste dans l'Algérie indépendante, en 1963. Il collabora à d'autres films, comme L'aube des damnés de Rachedi et Chroniques des années de braise de Hamina. En 1966, les poursuites étant levées en France, il rentre chez lui, en Bretagne où il crée une coopérative ouvrière de production.

Un film qui lui a valu plusieurs inculpations et condamnations, au point d'être déchu de sa nationalité française. Pendant quatre ans, René Vautier a jeté les bases du cinéma de l'Algérie indépendante, formé des dizaines de cinéastes et ouvert plus de 400 ciné-clubs dans le cadre de son concept des «ciné-Pops». C'est vous dire que l'Algérie vient véritablement de perdre l'un de ses meilleurs enfants qui lui a beaucoup donné durant la Révolution et après l'indépendance. Adieu René pour ce que tu as fait pour l'Algérie, pour avoir sauvé l'honneur de ton pays la France, la Patrie de Robespierre qui vomit l'autre France fasciste de Le Pen. J'espère que l'Algérie te rendra hommage en organisant un week-end où l'on verra tes films et où l'on discutera de ta conception du cinéma pour 'éclairer'' les futurs cinéastes sur cet art si vivant et si menacé par le fric et les lessiveuses des cerveaux. (6)


L'engagement post-indépendance pour la création du cinéma en Algérie

René Vautier chantant Min Djibalina, (« De notre Montagne » l’un des chants les plus emblématiques de la révolution) dans une des archives du JT de l'ENTV, est un moment de grande émotion à faire pleurer. Mais à son décès, comme tout le long de sa vie, aucun hommage officiel digne de ce nom ne lui a été rendu par les hautes autorités officielles. C'est connu, la mémoire des faits et des hommes qui ont marqué l'histoire, Algériens ou étrangers, est bien défaillante et surtout très sélective.

Un maquisard de la révolution mais aussi le bâtisseur du Cinéma algérien post- indépendance a tiré sa révérence nous laissant dans la bouche un goût de culpabilité. Avons-nous fait en tant qu'Algériens rendu hommage de son vivant à cet ami de l'Algérie? Ou devons-nous continuer à faire des communiqués laconiques avec le «minimum syndical» pour dire qu'il a aidé en l'oubliant aussi vite.

Est-ce à dire que l'Algérie a peur de regarder son histoire en face? Déjà que l'histoire de ce pays est occultée - Trente siècles d'histoire passent à la trappe, et il est mal venu de parler de la civilisation amazighe qui, 18 siècles avant l'avènement de l'Islam peut témoigner de dynasties, de rois d'aguellids dont le plus célèbre Massinissa, qui régna jusqu'en 148 avant Jésus Christ, battait monnaie ce qui est un attribut de souveraineté. Il a fallu plus de dix siècles pour qu'émergent bien plus tard les nations européennes comme la France après la mort de Karl der Gross (Charlemagne empereur d'Occident).

Pourquoi nous n'assumons pas notre histoire avec ses parts d'ombre et de lumière? Justement, pour parler de la glorieuse révolution de Novembre, elle fut une épopée en ce sens qu'elle mit un point final - nous l'espérons- à la colonisation. Mais il faut savoir que l'Algérie eut à bouter ou à assimiler huit envahisseurs durant son histoire. Pour la période récente le moment est venu d'écrire l'histoire rien que l'histoire toute l'histoire, sans verser dans l'invective les attaques ad hominem surtout quand les mis en cause sont absents et que certaines plaies sont encore sanguinolentes. L'écriture de l'histoire est une affaire trop sérieuse pour la confier aux politiciens surtout s'ils en font des fonds de commerce qui, outre le fait qu'ils créent une atmosphère irrespirable contribuent sûrement à un effritement du vivre-ensemble que nous appelons de nos voeux.



L'écriture de l'histoire libre de l'idéologie

Connaitre enfin, la glorieuse Révolution de Novembre doit être pour les jeunes une source de ressourcement. mais on l'aura compris il est nécessaire de la libérer des tenants de l'orthodoxie qui s'intronisent «famille révolutionnaire» à l'exclusion des autres Algériens Dans ce cadre, une chape de plomb s'exerce sur toutes autres contributions surtout si elle est le fait de Français, voire d'Algériens de souche comme certains juifs algériens qui eux aussi ont défendu l'Algérie.

Jusqu'à quand nous ne reconnaîtrons pas tous ceux qui ont participé à la Révolution quels que soient leurs bords? Quand je discute avec les jeunes, ils sont étonnés de savoir qu'ils y eut des Français, des juifs algériens qui ont participé à la Révolution. Ce qu'on leur apprit était que tous les Français étaient les énnemis des Algériens René Vautier rejoindra la cohorte de l'armée de l'ombre à laquelle l'Algérie souveraine ne veut pas rendre un hommage franc et massif des plus hautes autorités. Il est vrai qu'à l'échelle individuelle l'apport de chacun est modeste mais c'est la somme de tous ces apports aussi modestes soient-ils qui fait que l'Algérie est devenue indépendante.

Le fait que les gardiens de l'orthodoxie ne veulent pas partager, dénote de leur part une ingratitude mais aussi déconstruit leur discours sur l'exclusivité de la lutte qui ne fut l'apanage que des seuls Algériens.

Qui parmi les jeunes a entendu parler du couple Claudine et Pierre Chaulet qui a permis modestement à la Révolution de durer en exfiltrant d'Alger Abane Ramdane, au péril de leur vie? Qui se souvient de Daniel Timsit médecin juif qui se revendiquait algérien et prit sa part du feu dans la révolution dans l'Alger des Parachutistes. La liste est longue. Citons Francis Jeanson le philosophe «porteur de valise». Au plus fort de la guerre d'Algérie, il met en pratique ses idéaux anticolonialistes en créant le Réseau Jeanson chargé de transporter des fonds à destination du FLN. Francis Jeanson sera jugé par contumace, reconnu coupable de haute trahison, et condamné en octobre 1960 à dix ans de réclusion. Remercié par le président de la République lors de sa visite officielle en France en 2002 et pour son aide à la révolution algérienne il répondit «Vous ne connaissez de la France que Bugeaud et Bigeard. A partir de maintenant retenez que nous sommes l'autre face de la France, nous sommes l'honneur de la France.»

Qui se souvient de Hélène Cuénat qui nous a quittés récemment? Militante communiste elle passe outre aux consignes du parti hostile au FLN: «C'est, dit-elle au nom de la «solidarité» et de l'«amitié entre les peuples» qu'elle rejoint l'action de Francis Jeanson. Il ne s'agissait pas de «faire la révolution en Algérie, non, c'est un problème français que nous devions régler, celui de notre colonialisme, qui entraînait la France là où nous ne souhaitions pas aller. Les Algériens étaient en première ligne, c'est bien le moins de les avoir aidés. Nous n'étions pas des tiers-mondistes. Nous n'étions pas des pieds-rouges». (7)

Devant ces géants qui ont contribué aussi modestement soit-il avec toute la force de leur conviction et en bravant les interdits de classe, de nationalité, honnis par leurs pays, nous devons nous incliner. C'est assurément des justes qui nous permettent d'être sereins dans l'écriture de notre histoire et d'avoir foi dans la condition humaine. Le colonialisme fut abject mais il est injuste de jeter la même opprobre à tous ceux, européens ou juifs, qui ont vécu sur cette terre bénie d'Algérie et le moment est venu d'entamer une démarche d'apaisement.

L'Algérie a besoin de tous ses fils et si des fautes ont été commises par les aînés en quoi les enfants seraient-ils coupables? Interrogeons-nous en notre âme et conscience si notre Révolution a été un long fleuve tranquille avec d'un côté les gentils et de l'autre les méchants. Nous avons tout à gagner d'une écriture sereine et généreuse de l'histoire trois fois millénaire de ce pays. Assumée par tous elle contribuera au vivre-ensemble et coupera du même coup la route à tous les aventuriers à la recherche de fonds de commerce.


1. http://www.telerama.fr/cinema/ le-cineaste-rene-vautier-est-mort,121140.php

2.Thomas Sotinel Mort de René Vautier, cinéaste combattant Le Monde.fr 04.01.2015

3. http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/01/04/mort-du-cineaste-francais-rene-vautier_4549027_3382.html#rPmrUdIgA9ptEfu8.99


4. Décès du cinéaste anticolonialiste René Vautier Le Figaro.fr avec AFP 04/01/2015


5. Militant de la lutte anti-colonialiste: Le cinéaste René Vautier n'est plus El Moudjahid 4.01.2015

6.Ahmed Rachedi El Watan 4 01 2015


7.Hélène Cuenat, La Porte verte, préface de Francis Jeanson, Éditions Bouchêne, Saint-Denis, 2001

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/208505-un-destin-pour-les-bonnes-causes.html

Pr. Chems Eddine Chitour

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 19:43

Dieu a dit: «Il y aura des hommes grands et il y aura des hommes petits. Il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches. Il y aura des hommes blancs et il y aura des hommes noirs. Et tous seront égaux mais ce sera pas facile. Et il y en a qui seront noirs, petits et moches et pour eux ça sera très dur!»

Coluche

François Hollande a inauguré lundi 15 décembre 2014 le Musée national de l'histoire de l'immigration. Un lieu méconnu des Français et dont l'histoire a été tumultueuse. Lancé après le 21 avril 2002, et ouvert en octobre 2007, il n'a jamais été officiellement inauguré par Nicolas Sarkozy. Ce musée décrit en creux plus d'un siècle de rapine, de douleur, de sang et de larmes. Gageons que le président du Conseil scientifique, un natif d'une ancienne colonie, aura à coeur de restituer les trophées des têtes des révolutionnaires algériens exposés comme des animaux empaillés au Musée de l'Homme..

Le discours de François Hollande sans être transcendant a permis de remettre les pendules à l'heure et à restituer quelques vérités. Pour François Hollande l'immigration est une chance et il s'en prend à ceux qui voient la France en petit. Quelques phrases du discours permettent de cerner les thèmes abordés: «Parmi les «poilus» de 14-18, on compte 180.000 Algériens, 60.000 Tunisiens, 37.000 Marocains, 134.000 soldats d'Afrique noire et 34.000 Malgaches. Cette diversité est une chance si nous savons la valoriser, l'enrichir, la dépasser par une volonté commune de vivre ensemble (...) Nous allons créer des «passeports talents» qui ouvriront un droit au séjour de 4 ans pour les chercheurs et étudiants étrangers. Cette laïcité nous devons l'ériger en valeur fondamentale. Je souhaite donc qu'elle soit célébrée partout le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905, et en particulier dans les écoles. C'est la peur d'une religion, l'Islam, qui est d'une façon inacceptable présentée par certains comme incompatible avec la République». (Discours de Hollande sur l’immigration)

Pour Matthieu Croissandeau, Hollande s'est tu pendant deux ans avant de donner son sentiment sur ce que devrait être l'immigration: «Avec son discours sur l'immigration, François Hollande n'a rien inventé. Mais il a posé un marqueur, et pas seulement pour réactiver le bon vieux clivage gauche-droite, comme le suspectent ses opposants. Il aura donc fallu attendre deux ans et demi pour entendre une parole forte sur l'immigration au sommet de l'Etat. Et il faut bien le reconnaître, ce fut long. De la faribole, des pains au chocolat au fantasme du grand remplacement, les incendiaires de la pensée n'ont pas eu cette patience, agitant semaine après semaine le chiffon du rejet des étrangers et de leurs descendants. Entre-temps, l'opinion s'est crispée. La parole raciste s'est libérée. Le FN se targue aujourd'hui d'être devenu le premier parti de France et Zemmour triomphe. (1)

«Fallait- il du courage pour tenir aux Français un discours de raison sur leur rapport à l'autre? Les socialistes ont longtemps louvoyé sur ce sujet, incapables de battre en brèche les accusations qui leur étaient faites d'angélisme et d'aveuglement. Par lâcheté ou tactique, ils ont trop souvent cédé ce terrain à leurs adversaires, se contentant de promettre des gestes forts lorsqu'ils étaient dans l'opposition pour finir, une fois installés au pouvoir, par s'inscrire dans les pas des gouvernements précédents. Cet impensé n'a fait que des déçus, de part et d'autre: chez tous ceux qui estiment, comme Nicolas Sarkozy, que l'immigration est une menace pour notre façon de vivre, comme chez les immigrés eux-mêmes qui éprouvent un sentiment d'abandon» (1).

«François Hollande a rappelé quelques saines évidences. Oui, la France est un vieux pays d'immigration qui a accueilli des étrangers depuis deux siècles, sous les effets conjoints et successifs de l'industrialisation, de la décolonisation et de la mondialisation. Non, la France n'est plus un pays d'immigration massive comme elle le fut lorsqu'elle manquait de bras, il y a soixante ans. Oui, il faut rendre aux immigrés la place qu'ils occupent dans le récit national. Non, la France n'a rien à gagner à se replier sur elle-même dans la peur et «le sentiment de dépossession». (...) certains ne verront dans ce discours tardif qu'une énième apologie du «vivre-ensemble». D'autres regretteront qu'au-delà de quelques mesures symboliques il n'en ait pas annoncé davantage, à commencer par le droit de vote des étrangers aux élections locales qu'il avait pourtant fait le serment d'instaurer.» (1)


L'immigration, chance ou menace pour la France ?

Un débat récurrent sur l'immigration. Ont-ils des assistés qui volent le pain des Français ou participent-ils réellement à la richesse du pays? Il semble qu'à travers toute l'Europe, les études montrent notamment en Allemagne et au Royaume-Uni les immigrés rapportent plus qu'ils ne coûtent à l'Etat. Pour Jean-Marc Zaninetti il est nécessaire de définir de quoi parle-t-on?: «Selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l'intégration écrit-il,, un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l'étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées. À l'inverse, certains immigrés ont pu devenir français, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et immigrée ne se confondent pas totalement: un immigré n'est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d'immigré est permanente: un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition. C'est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l'origine géographique d'un immigré».(2)

«Combien d'immigrés vivent en France? 5,5 millions d'immigrés, soit 8,7% de la population française totale. On observe une légère accélération de l'immigration depuis le tournant du siècle, au recensement général de 1999, on ne comptait encore que 4,3 millions d'immigrés, soit 7,4% de la population résidente recensée. 37% des immigrés sont originaires d'Europe. Les grandes vagues d'immigration polonaise, italienne, espagnole et même portuguaise sont largement révolues, mais la libre circulation au sein de l'Union européenne a favorisé plus récemment l'installation de nombreux ressortissants européens d'origine diverse, dont un nombre substantiel (...)» (2)

Pour l'auteur «on est passé de l'immigré variable d'ajustement pour l'emploi: l'étranger qui mange le pain des Français a une nouvelle forme de rejet double à la fois sur le plan du travail mais et c'est nouveau le nouveau discours de l'inassimilable eux et nous 60% des Français bien travaillés par la droite et l'extrême droite pensent que l'immigration est le deuxième problème de la France avant les salaires la retraite (2)...»

L'immigré est mal vu partout en Europe surtout s'il est arabe et encore plus s'il est musulman. La crise aidant les amalgames entre mal-vie sociale, compétition pour la pénurie et sentiment religieux. Ainsi, en Italie à titre d'exemple, le phénomène de rejet est visible: «Né dans la périphérie de Rome, le mouvement s'oppose à la présence des immigrés. «Droit au logement, droit au travail, nous ne les avons pas, ils ne les auront pas.» Le 15 novembre, ce sont près de 5000 personnes qui protestaient dans le centre de Rome pour demander un plus grand contrôle de l'immigration et plus de sécurité. «On reproche à ces immigrés leur position de privilégiés.» Ce sentiment d'infériorité par rapport au dernier arrivé est partagé par les riverains des banlieues les plus dégradées de la ville. Si, dix ans après la France, l'Italie s'apprête à vivre sa crise des banlieues, les manifestations et les causes du malaise sont loin d'être similaires...» (3)

Il y a assurément une régression voulue et entretenue à la fois par une presse aux ordres, hostile aux étrangers et aux musulmans en particulier. De plus, les attentats au Moyen-Orient avec les armes occidentales où on met en scène des extrémistes que l'on présente comme des barbares coupeurs de tête est du pain bénit pour les partis extrêmes dans les pays européens. En Suède, pays cité en exemple pour sa tolérance cette semaine, une mosquée a été incendiée deux fois...

Pour François Hollande, l'immigration est une chance et il s'en prend à ceux qui voient la France en petit. Immigration: les raisons de la montée en puissance du sentiment de rejet des Français. L'immigration a légèrement progressé en France en 2012, mais elle reste moins forte qu'en Allemagne. On est passé de l'immigré variable d'ajustement pour l'emploi: l'étranger qui mange le pain des Français a une nouvelle forme de rejet double à la fois sur le plan du travail mais et c'est nouveau, le nouveau discours de l'inassimilable eux et nous, 60% des Français bien travaillés par la droite et l'extrême droite pensent que l'immigration est le deuxième problème de la France avant les salaires, la retraite...


L'immigration en Europe

Interrogé sur le sentiment de rejet de l'étranger en France, en effet selon un sondage Odoxa pour i-Télé et Le Parisien - Aujourd'hui en France, 60% des Français se prononcent contre l'extension du droit de vote aux élections municipales aux étrangers, le sociologue Christophe Bouillaud: tous les sondages menés en France depuis 2011-2012 en témoignent, le sentiment xénophobe augmente. D'une part, le phénomène semble profondément lié à l'approfondissement de la crise économique. Plus elle s'intensifie et dure, plus le sentiment «anti-étranger» se renforce. Par ailleurs c'est exactement la même chose qui se produit dans d'autres pays européens un peu moins en crise, comme la Suède, par exemple (4).

«D'autre part, dans une moindre mesure, le fait que la gauche soit au pouvoir joue un rôle dans le rejet grandissant des étrangers, puisque la gauche se présente comme leur étant plus favorable que la droite. La crise économique aidant, les Européens, comme les Britanniques notamment, hésitent moins à se dire plus intolérants vis-à-vis des étrangers. Les Français seraient frappés du «syndrome du bouc-émissaire», consistant à imputer la responsabilité de leurs difficultés économiques aux immigrés?» (4)

«Le sentiment des Français à l'égard des immigrés peut être ainsi qualifié, mais seulement à la marge, car pour l'essentiel, il ne vient pas de là. En réalité, beaucoup de Français ont l'impression qu'il n'y «en aura pas assez pour tout le monde». (...) Les Français ne rendent pas les étrangers responsables de leurs maux, ils considèrent simplement que la place vient à manquer. C'était la fameuse phrase de l'ancien leader populiste néerlandais Pim Fortuyn au début des années 2000: «Les Pays-Bas sont pleins». (4)

«J'aurais tendance poursuit le sociologue Christophe Bouillaud à douter de la réalité de la politique multicultariste du gouvernement. (...) Le succès du livre d'Eric Zemmour, Le suicide français, montre qu'une grande partie de l'opinion croit que le gouvernement fait tout pour encourager l'installation de cultures étrangères sur le sol français. Cela relève de la croyance, car si l'on regarde dans le détail la politique menée par le gouvernement, il apparaît comme évident que ce dernier est bien revenu de cette idée de multiculturalisme. Sa politique est surtout assimilatrice; il suffit de voir sa posture en matière de laïcité. D'ailleurs, la France n'a jamais tellement favorisé l'émergence du multiculturalisme . C'est le poids des étrangers dans la vie publique en général qui est pointé du doigt. Pour résumer, je dirais que tout ce qui a trait aux étrangers tend à énerver de plus en plus les Français, qu'il s'agisse des capitalistes qataris qui rachètent nos magasins, des Européens qui nous imposent des règles, ou les gens présumés étrangers en bas de chez nous qui font du bruit.» (4)


Le commentaire suivant, à la suite de l’article cité, selon nous résume ce que devrait être un citoyen à l'ombre des lois de la République: «Il est dit dans la Constitution: tous les Français naissent égaux en Droits», je propose d'ajouter «Et en devoirs». Comme celui de payer ses impôts et ne pas aller dans des paradis fiscaux. Comme celui de respecter la laïcité. Et de connaître l'histoire de la France et de respecter ses Symboles. Voilà quelques devoirs. La religion, l'attachement au pays des ancêtres, cela doit rester dans le cadre du privé. Ou du folklore. On endosse alors le costume ancestral, cela passe très bien. Les Occitans comme les Bretons ont créé des associations où ils parlent leur langue ancestrale lors de fest noz ou de felibre.» (5)

Seul bémol il n'y a toujours pas de vrai consensus sur le sens de la laïcité qui doit être équidistante des religions. Ainsi, les Crèches de Noël exposées çà et là avec ostentation sont une entorse à la laïcité, on invoque une exception celle de la tradition de la France séculaire fille aînée de l'Eglise et dont le fond rocheux de la religion berce d'une façon invisible l'imaginaire des Français. Soit! Les Français sont chez eux dans leur droit, leur culture, leur espérance mais quid de la laïcité toute, la laïcité, rien que la laïcité? Tout le monde y gagnerait à admettre qu'elle est de fait à géométrie variable. Tant pis pour ceux qui ne sont pas d'accord! Surtout ceux, pour qui Coluche prévoit un destin difficile. Ainsi va le Monde !

1 .http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141217.OBS8058/hollande-et-l-immigration-apres-le-silence-le-sursaut.html


2.Jean-Marc Zaninetti L'immigration, chance ou menace pour la France Atlantico.fr 15 12 2014


3. http://www.fdesouche.com/548739-les-italiens-sopposent-en-masse-presence-immigres.


4. http://www.atlantico.fr/decryptage/immigration-raisons-montee-en-puissance-sentiment-rejet-francais-christophe-bouillaud-1904251.html#mGy0tAHs0XkA59UZ.99


5. Yvette Lansade commentaire de l'article: http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141217.OBS8058/hollande-et-l-immigration-apres-le-silence-le-sursaut.html


Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour /208160-les-trophees-de-la-nostalgie-de-l-empire.html

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 19:02

«Contrairement à Éric Zemmour, je ne crois pas que le peuple français se constitue dans le ventre des femmes françaises mais à partir de l’école, de la politique et de la République. Et lorsque le peuple devient constituant, il s’approprie collectivement son avenir en définissant les droits qui sont les siens. Il faut donc, par cet acte-là, en quelque sorte, refonder la France elle-même, l’idéal républicain et le mettre en partage dans toute la population.»

Jean-Luc Melenchon (politicien français)

Encore une fois dans l’impunité la plus totale on attise la haine entre Français. Chacun sait, en effet, que le microcosme intellectuel en France est squatté par certains intellectuels qui pensent que leurs élucubrations sont parole d’Evangile et qu’à ce titre, elles doivent formater l’imaginaire des Français de toutes conditions que cela soit l’auditeur distrait qui écoute une station de radio ou celui qui prend son temps de regarder les émissions audiovisuelles.

C’est un fait que, pratiquement, sur toutes les chaînes on ne voit qu’eux, à croire que la richesse culturelle se résume à ces «certitudes» martelées en boucle. Est-ce à dire que la pensée intellectuelle française est tellement stérile qu’elle n’a que ça à mettre en avant ou est-ce un maillage intelligent plus nocif que cent divisions puisqu’il formate l’imaginaire des Français et, insidieusement leur dicte d’une façon inconsciente le rapport à l’Autre quand il s’agit du toujours allogène, bien qu’il soit là depuis plusieurs générations, qu’il soit mélanoderme ou encore plus grave, appartenant à celle de l’antéchrist: l’Islam?

Qui est Eric Zemmour?

Eric Zemmour est un récidiviste, personne n’ose lui dire qu’il tient des propos nauséabonds. Il faut reconnaître cependant qu’il a trouvé le bon filon. Dans la mal-vie actuelle française il joue la corde sensible de l’étranger pensant à tort qu’il est de l’autre bord après avoir donné en pâture aux Français les Arabes, les Noirs et que cela lui a permis d’avoir une visibilité médiatique qui, au passage, lui permet une impunité des polémiques programmées qui font vendre ses torchons, le voilà qu’il s’attaque maintenant à l’Islam en opérant une synthèse à partir d’un concept celui de sa douce France dont les «Français de souche» -implicitement il nous jure qu’il en fait partie- seraient envahis et à terme, il y aura le grand remplacement.

Pourfendeur heureux des Arabes, lui-même émigré de la deuxième génération, Eric Zemmour, dont le père juif natif d’Algérie, se veut carrément «plus royaliste que le roi». Il parle de l’histoire de France, se veut français de souche par procuration alors que ce terme n’a pas de signification réelle. Il en rajoute au grand bonheur de tous ceux qui règlent leurs comptes avec l’Arabe, voire avec le musulman par juif interposé.

Hichem Hamza écrit à ce propos:

(…) Alors que ses propos, relatifs aux «trafiquants, pour la plupart, noirs et arabes» ont déchaîné les passions sur le Web, (…) Loin d’être une bévue regrettable, l’attitude de Zemmour résulte davantage d’une posture réfléchie et stratégique. (…) Eric Zemmour qui affirma lors d’un débat, et sans la moindre preuve statistique à l’appui, que «90 à 95% des mineurs délinquants sont noirs ou arabes». (….) Zemmour récidive en commettant un nouvel ouvrage, Mélancolie française, consacré à l’Histoire de France. Le titre sibyllin évoque la tristesse qui se serait emparée de la nation, affligée, de ne pas avoir accompli sa mission quasi divine, sa destinée manifeste, de succéder à l’Empire romain. (…) Aux yeux du journaliste, la France de 2010 est comparable à un Empire submergé par de «nouveaux barbares» – comprenez les immigrés afro-maghrébins – qui refuseraient de se «romaniser» ou de sassimiler. (….) (…) Défense de l’existence des races, banalisation de l’arabophobie et de l’islamophobie, nostalgie de la domination occidentale, lepénisation des esprits, apologie de la haine sous couvert de liberté d’expression(1)

Qu’est-ce qu’un Français de souche?

On sait que l’un des marqueurs identitaires mis en avant par le Front national pour discriminer entre les allogènes et les indigènes est l’expression «Français de souche» qui renvoie à une présence beaucoup plus ancienne sur le sol français. «Cette expression postule qu’il existe deux groupes de personnes. Le critère existe, c’est le clivage entre les Nous et les Eux résultant du sentiment d’appartenance: les Nous de souche et les Eux, les allogènes issus de l’immigration. Pour le géographe Hervé Le Bras, «La notion de «Français de souche» n’existe pas dans le droit français, qui prend en compte les concepts de citoyenneté, de nationalité française, de droit du sol et de droit du sang. Hervé Le Bras souligne que «la politisation de la question de l’immigration a conduit le Front national à utiliser le terme pour opposer des Français de référence aux Français d’origine étrangère». (..) les Français «descendent tous d’immigrants à un certain horizon temporel».(2)

On l’aura compris, cette expression Français de souche se veut exclusive et ne fait pas de place à une autre façon d’être français telle que Français par les services rendus, voire plus importants, s’agissant «Français par le sang versé». On ne naît pas Français, on le devient. Doit-on le devenir en se dépouillant de son moi originel en s’affranchissant des coutumes, des traditions familiales, voire des impératifs gastronomiques exogènes? Est-ce que mourir pour la France, c’est être Français par le sang versé ou faut-il encore une autre allégeance?

Par ailleurs un petit rappel, à tous les Zemmour, Finkielkraut et autre Marine Le Pen sur les origines arabes, musulmanes de Français de souche qui étaient là bien avant le XIXe siècle avec l’arrivée massive des Italiens, Portugais et des pays de l’Est.

Pour l’islamologue Sadek Sellam, contrairement à ce que l´on affirme, l´installation des musulmans en France ne date pas du XXe siècle au contraire, elle serait séculaire: «La France avait une relation pluriséculaire avec l´Islam quand elle passa des rapports interétatiques à des contacts directs avec les musulmans. Ce passage eut lieu juste après la mise en application de l´Alliance conclue entre François 1er et Soliman le Magnifique en 1535. Quand eurent lieu les expulsions des Morisques, ces musulmans restés en Espagne après la chute de Grenade en 1492, Henri IV autorisa l´accueil d´une partie d´entre eux. il laissa une partie de ces exilés riches et instruits s´établir en France où ils introduisirent la céramique et le ver à soie…Le nombre de Morisques restés en France est évalué entre 70.000 et 150.000. Certains sont restés visibles jusqu´à la Première Guerre mondiale. Ces anciens musulmans devinrent pour la plupart protestants et certains catholiques. Installés principalement dans le sud de la France. Ils prirent des noms qui rappellent leurs origines maures (Maurin, Morand…)» (3)

Pour sa part, le docteur Gustave Le Bon parle de l’assimilation heureuse avec le temps: «Bien que le séjour des Arabes en France n’ait été constitué que par une série de courtes invasions, ils ont laissé des traces profondes de leur passage dans la langue, et [...] ils en ont laissé également dans le sang. L’ethnologie nous en fournit la preuve, en retrouvant, après tant de siècles, des descendants des Arabes sur plusieurs parties de notre sol. Dans le département de la Creuse, dans les Hautes-Alpes, et notamment dans plusieurs localités situées autour de Montmaure (montagne des Maures), dans le canton de Baignes de même que dans certains villages des Landes, du Roussillon, du Languedoc, du Béarn.» (4)

Allogène européen contre allogène maghrébin musulman

Jacques Chirac, parlant de l’Algérie, disait qu’un Français sur sept a des racines algériennes, c’est peut-être vrai. Si on compare objectivement les parcours d’un émigré dont les parents et arrière-grands-parents ont donné leur sang et leur sueur pour la grandeur de la France, ont maîtrisé la langue dissertée sur Voltaire avec un communautaire qui viendrait des Carpates d’un village reculé de Pologne ou de Hongrie, ou pire encore, ont eu des parents qui ont combattu la France. On est en droit de se demander finalement ce que c’est qu’être français et comment dans le même mouvement, un émigré de la cinquième génération – un paléo maghrébin- reste toujours dans l’imaginaire de certains français un émigré, le marquage identitaire est là, il est indélébile. Comment dans le même temps l’émigré européen cesse d’être étranger et d’être marqué indélébilement.

L’identité religieuse – fond rocheux de la fille aînée de l’Eglise – qui, a bien des égards, berce d’une façon invisible la société française serait une explication. L’appartenance réelle ou supposée à la religion chrétienne lui donnerait un avantage décisif et ceci dans un pays laïc et où la République se tient, en théorie, équidistante des spiritualités Dans leur immense majorité, les émigrés veulent vivre avec dignité. Leur culture devrait être perçue comme une richesse par la France. La provenance originelle a de moins en moins d’importance en regard de l’idée de nation dont, à juste titre, Ernest Renan disait qu’elle devrait être un «plébiscite de tous les jours». (5)

Le Grand Remplacement

L’idée du «Grand Remplacement» de plus en plus répandu postule que la France serait, à terme, remplacée par les Arabes et pire par les musulmans. Nolwenn Le Blevennec nous décrit comment cette idée est prise au vol et tient lieu de fonds de commerce des fossoyeurs du vivre-ensemble: «Décryptage. «Le grand remplacement», l’expression qui dénonce le prétendu «remplacement» du peuple français par d’autres peuples, plaît depuis longtemps dans les milieux d’extrême droite. Grâce aux éditorialistes Eric Zemmour ou Ivan Rioufol et à la famille Le Pen, elle occupe de plus en plus d’espace médiatique. Le concept a été théorisé par Renaud Camus, Selon lui, les immigrés sont en grande partie responsables de la «nocence» (atteinte à la nature et à la qualité de vie (…) L’expression s’est épanouie dans les milieux d’extrême droite. (…) Depuis quelques mois, elle prend une autre ampleur. Elle accompagne probablement la politique de Robert Ménard, maire de Béziers (Hérault (…) A chaque fois qu’il peut, Ivan Rioufol emploie l’expression (on la lit encore dans un édito à propos de l’affaire Leonarda, en octobre 2013).(6)

Eric Zemmour se charge, quant à lui, de la populariser à la télévision. Il utilise l’expression lors de ses face-à-face avec Nicolas Domenach sur i>Télé. Quand Zemmour valide la notion de «Grand Remplacement»! Un grand moment de télévision, que ce vendredi 11 avril 2014 sur i> télé Éric Zemmour accouche d’une conviction profonde le «Grand Remplacement» est une réalité! C’est une première, le concept de Renaud Camus a été repris sur un grand média. (6)

Les propos graves de Zemmour sur l’inéluctabilté de la déportation des musulmans

Fort de son impunité et ses protections médiatiques, Zemmour dévoile sa haine de soi- n’est-il pas un juif, paléoberbère algérien-, son racisme, ses propos d’Éric Zemmour, au ´´Corriere della Sera´´ sur le départ forcé des musulmans de France. Il conforte les uns dans l’idée que l’âme catholique française est en péril, les autres qu’il n’est qu’un sombre islamophobe. Le journaliste a créé autour de lui une communauté, des inconditionnels, sensibles à sa ferveur. Et s’est fait nombre d’ennemis.(7)

Pour Jean-Luc Melenchon, Eric Zemmour n’est pas seulement l’homme qui fournit une doctrine commune et un cadre de références historiques pour l’unification des droites et de l’extrême droite. Il est journaliste. Sa présence discourante deux fois par semaine sur une des plus influentes radios du pays est sans doute un puissant appui? La corporation avant tout. Il peut tout dire. Rien ne lui sera reproché car «il est de la maison».. Zemmour dit ce qu’il veut. Il est de la corporation». Je reproduis, poursuit Jean-Luc Melenchon, les propos de Eric Zemmour au journal italien Corriere della Sera «Les musulmans ont leur Code civil, c’est le Coran. Ils vivent entre eux, dans les périphéries. Les Français ont été obligés de s’en aller.» «Je sais, c’est irréaliste mais l’Histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 que un million de pieds-noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d’Algérie pour revenir en France? Ou bien qu’après la guerre, 5 ou 6 millions d’Allemands auraient abandonné l’Europe centrale et orientale où ils vivaient depuis des siècles?» «Je pense que nous nous dirigeons vers le chaos. Cette situation d’un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile. Des millions de personnes [vivent ici], en France, [mais] ne veulent vivre à la française.» (…) vivre à la française?» «Cela signifie donner à ses enfants des prénoms français, être monogame, s’habiller à la française, manger à la française, du fromage par exemple. [Blaguer] au café, faire la cour aux filles. (…).» (8)

Zemmour ne se contente pas seulement d’attiser les haines en parlant de chaos et de guerre civile. Il convoque l’histoire et rappelle l’exode des Français d’Algérie, boosté par l’OAS, il le qualifie de déportation et de ce fait justifie indirectement une réciprocité vis-à-vis des Français musulmans qui sont là depuis plusieurs générations

Pour le CRI l’Association antiraciste :

« Avec ses pseudos-théories, Eric Zemmour cherche depuis déjà bien longtemps à donner un fond idéologique à l’islamophobie, en voulant rendre présentable un discours qui n’est en fait que celui de la haine et de l’obscurantisme. Les propos tenus dans le Corriere della Sera du 30 octobre 2014 prennent place dans une dérive très dangereuse pour la société française, car Eric Zemmour vise à donner des arguments aux pires xénophobes, encourageant à des actes qu’il serait dans l’impossibilité totale de contrôler. C’est le mécanisme même de l’incitation à la haine, et c’est en cela que nous ne pouvons rester sans réaction devant ces propos. Grace à l’irresponsable soutien des médias qui, pendant des années, ont accordé complaisamment des tribunes à ce chauffard de la pensée – déjà condamné pour incitation à la haine raciale – ces théories font des ravages dans la société française, qu’Éric Zemmour appelle à se préparer à une guerre civile contre les musulmans. Ces propos, qui n’ont plus rien à voir avec les idées mais résultent du discours de haine, méritent une réponse judiciaire. (9)

L’entretien au Corriere a également provoqué l’indignation de l’Observatoire national contre l’islamophobie, Cela n’ira pas plus loin. Il y a une véritable conspiration du silence et tout le monde y trouve son compte, la droite, l’extrême droite, le Crif, la gauche caviar. Les Arabes se rapprochent dangereusement de la situation des juifs des années 1930 du siècle dernier, des nuits de cristal se profilent à l’horizon et à force de tolérer on finit par accepter. On comprend que Dieudonné, dont la mort sociale a été décidée, constate que, malgré son dérapage, Zemmour n’a pas été sanctionné: «Il faut être juif pour avoir la liberté d’expression en France.»

Zemmour n’est pas seul, on trouve aussi beaucoup de Français de souche par procuration qui en rajoutent, je pense notamment à Finkielkraut et son «racisme anti-blanc» lui aussi émigré de la 3e génération, venu défendre la race blanche en danger existentiel, pour lui, le racisme anti-blanc est une réalité et il ne cesse d’entretenir comme Zemmour, le brasier de la partition. Un autre qui participe à la curée d’autant plus que ça fait vendre est Michel Houellebecq dont toute la réputation est basée sur l’injure et la haine viscérale des Arabes et surtout des Musulmans. Lui aussi parle à sa façon de grand remplacement Pour cela il a collationné tous ses fantasmes et sa bile dans un ouvrage « Soumission ». Le journal Le Point dont on connait aussi l’empathie pour les Musulmans en fait une présentation généreuse. Lisons : « L’écrivain imagine la France sous un régime islamique « Soumission » est un roman d’anticipation . Nous sommes en 2022 et la France est sous régime islamique. (…) Telles sont les questions qui traversent le nouveau roman de Michel Houellebecq. On les voit déjà sabre au clair , nos petits soldats de l’indignation permanente, on les voit déjà défourailler les lucky Luke du commentaire en 140 signes : Quoi l’auteur est donc devenu identitaire frère de lait goncourisé d’Eric Zemmour ? » (10)

On le voit la déportation est en marche puisque des idéologues du mal sont en train de normaliser auprès des foules Tristes perspectives pour les Arabes et les Musulmans qui à n’en point douter risquent de connaitre des nuits de cristal dans toute l’Europe. Il n’y a pas de pasteur Niemöller comme lanceur d’alerte… : « Quand ils sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit, Je n’étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, Je n’ai rien dit, Je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait personne pour protester »

Tout est dit.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes

1.Hicham Hamza: De quoi Zemmour est-il le nom? Site Oumma.com.10 mars 2010.

2.Français de souche: Encyclopédie Libre Wikipédia

3.Sadek Sellam: La France et ses musulmans. 1895-2005 Fayard.

4.Gustave Le Bon: La Civilisation des Arabes (1884),, éd. La Fontaine au Roy, 1990

5.http://www.mondialisation.ca/ epitre-aux-francais-de-souche-vous-vous-trompez-de-combat/5390391

6.http://rue89.nouvelobs.com/ 2014/06/11/grand-remplacement-lidee-raciste-propage-252747

7.http://www.lepoint.fr/societe/ zemmour-la-vaine-haine-20-12-2014-1891340_23.php#xtor=CS3-190

8.http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/12/15/zemmour-se-lache-en-italie-deporter-cinq-millions-de-musulmans-ca-peut-se-voir/#article2

9.http://www.legrandsoir.info/ zemmour-l-incendiaire-islamophobe.html

10.Houellebecqq : Extension du domaine de la Charia . Le Point 18 au 25 décembre 2014

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_ du_professeur_chitour/207767-lutter-contre-le-grand-remplacement-par-la-deportation.html

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 19:00

«Il reste à inventer les idées qui feront vivre le bonheur, une année est une pincée de secondes dans l'horloge du temps. La perte du temps passé est irréparable, alors employons le présent pour faire de notre avenir un bon usage. Les années apprennent peu à peu, à tout homme, que le bonheur est une décision de chaque instant, et dépend uniquement de notre façon de penser.»

Citation prise de l’internet

L'année 2014 fut l'année de toutes les peurs, de toutes les tragédies, de toutes les larmes pour les peuples faibles. Le mot Annus horribilis («année horrible») pour caractériser l’année 2014, est l'expression par laquelle fut qualifiée l'année 1992 par la reine Élistabeth II du Royaume-Uni, pour des problèmes ayant trait à la famille. Que dire alors si ces problèmes étaient planétaires. L'année 2014 fut assurément une année horrible surtout pour lesdamnés de la Terre Cette année particulièrement riche en événements tragiques ne pousse effectivement pas à l'optimisme pour 2015.

De la situation en Syrie et en Ukraine au virus Ebola, au feuilleton sanglant de Boko Haram et surtout à la tragédie palestinienne qui a vu un énième épisode de l'impunité pour plus de 2200 morts dont une majorité d'enfants. La bande de Ghaza est à genoux après trois guerres en six ans et un blocus israélien de huit ans. Des dizaines de milliers de blessés, parmi eux un nombre considérable d'enfants, de femmes et de personnes âgées. Ghaza détruite à 70%. Un crime contre l'humanité est perpétré sous le regard passif, voire complice des pays occidentaux donneurs de leçons sur les droits de l'homme.

En cette fin d'année 2014, les Palestiniens de Ghaza sont encore très loin de voir le bout de leur tunnel. La communauté internationale avait promis, le 12 octobre, 5,4 milliards d'aide à la bande de Ghaza dévastée par 50 jours de guerre cet été mais, elle exige des Israéliens et des Palestiniens qu'ils reprennent sérieusement les négociations de paix. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, s'est montré très ferme lors de cette conférence internationale des donateurs: la communauté internationale est prête à financer mais plus question de se contenter de cessez-le-feu. Il faut reprendre les négociations de paix qu'il avait impulsées en 2013 avant qu'elles n'échouent en avril, a-t-il insisté. On attend toujours ces négociations. Au contraire, les rodomontades de Abou Mazen quant à porter la reconnaissance de l'Etat de Palestine (après la reconnaissance du bout des lèvres de l'Europe) n'impressionnent plus personne et surtout pas les Israéliens qui viennent de décider de la construction de plusieurs milliers de logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Il est à parier qu'en 2017 date de l'année du centenaire de la lettre de Lord Balfour qui, après Dieu a promis une seconde fois une terre aux juifs, les Palestiniens qui se battent depuis un siècle n'auront toujours pas de Terre à eux.


Les évènements de 2014

L'analyse suivante bien qu'un peu excessive nous explique les fondements des crises qui ont maturé en 2014: «On dit que l'année 2014, comme toutes les années depuis 1914, s'inscrit dans la logique des événements qui sont, directement ou indirectement, liés au premier grand conflit mondial qui a éclaté au début du XXe siècle. Cent ans après la déclaration de ce qu'elle devait être 'la der des ders'', le monde continue à subir les séquelles du premier grand conflit mondial engagé dès le début du XXe siècle. La 'guerre de cent ans'' des temps modernes. L'Europe dans ses tentatives de sortir de l'engrenage qu'elle a elle-même provoquée, continue à se heurter aux crises géopolitiques qui, en 2014, secouent aussi bien ses territoires périphériques (Ukraine) que ses régions voisines au Proche-Orient (Irak, Syrie) et du Sud méditerranéen (Libye, Égypte)».(1)

«L'année 2014 est l'année de la destruction des États fantoches créés par le partage de Sykes-Picot des territoires arabes de l'ancien Empire ottoman. L'État islamique proclamé en Irak et en Syrie n'a que faire de ses lignes frontalières artificiellement établies par les puissances coloniales. L'EI (Da'ech en arabe) sème la terreur, provoque la mort d'innocents, pratique la purification ethnique. Un régime de barbarie s'abat sur une région, jadis berceau de la civilisation humaine.» (1)

A ce niveau de réflexion, il est nécessaire de nuancer notamment en définissant la barbarie. De ce fait il aurait été honnête de signaler le Rapport qui accable la CIA américaine concernant la torture depuis le 11 septembre 2001 partout dans le monde, bien que ce rapport soit passé à la trappe, les médias l'ayant oublié, ils préfèrent zoomer sur Da'ech attisant de ce fait toutes les peurs des Occidentaux pour que leurs imaginaires effacent graduellement la frontière qui existe entre un Islam de paix et de concorde et l'image qu'en donnent les extrémistes qui sont à des degrés divers des enfants des officines des services secrets américains britanniques et pakistanais... «L'année 2014, pour l'Ukraine, est toute aussi dramatique. Une guerre civile qui, nourrie par les ingérences de puissances étrangères, laisse dégager une odeur nauséabonde de Guerre froide. «L'Occident», les États-Unis, l'UE, l'Otan, porte une lourde responsabilité pour son soutien indéfectible au gouvernement de Kiev dans la guerre contre les insurgés du Donbass et pour son encouragement à une orientation politique et économique exclusivement pro-occidentale. Mais la Russie joue aussi, dans ce conflit, un rôle aussi grave. L'annexion de la Crimée, l'appui politico-militaire apporté d'une façon inconditionnelle aux insurgés russophones de l'Est n'a fait qu'attiser les tensions et ériger un nouveau mur.» (1)

Il y eut aussi la tragédie syrienne qui perdure avec des milliers de morts. Il y eut aussi Da'ech un Frenkenstein devenu incontrôlable...Il y eut Ebola avec 7500 morts à la clé. On ne parle plus ni de la progression du virus ni des vaccins miracles qu'aucun labo ne veut produire parce qu'il n'y a pas de marché! Il y eut le grave conflit avec la Russie à propos de l'Ukraine. L'Empire voulant avec ses vassaux mettre à genoux la Russie qui ne résigne pas à rentrer dans le rang des sujets.

Une autre mauvaise nouvelle pour les rentiers de l'Opep. La chute des prix du pétrole depuis le mois de juin près de 300 milliards de dollars qui ont fait le beurre des pays consommateurs. Un pays comme la France a eu une manne inespérée d'une dizaine de milliards qui lui permet d'envisager 2015 avec une croissance de 0.3%! Pendant ce temps l'Algérie plus de 5 milliards de dollars. Une note d'optimisme cependant, la démocratie fragile en Tunisie qu'il faut saluer avec cependant, la remarque de l'atavisme arabe qui veut qu'on s'accroche au pouvoir à près de 90 ans. Enfin, nous ne devons pas oublier l'exploit du robot Philae qui a atterri sur la comète «Schoumi» à près de 600 millions de km et qui nous envoie des informations sur le début de la formation de l'univers. Il y eut enfin une éclaircie lors de la Coupe du monde de football qui a apporté un peu d'accalmie.


2015, une année critique et trouble

Après treize ans de guerre de l'Alliance en Afghanistan, les forces de Kaboul vont prendre le relais contre les taliban le 31 décembre. Tiendront-elles le choc? Rien n'est moins sûr, les taliban reviendront et en fait 13 ans de guerre pour rien avec un solde de tout compte à la manière vietnamienne après la victoire du Vietmin. Les Occidentaux se bousculent pour se retirer comme ils l'ont fait en Irak après avoir mis à l'essai sans succès la démocratie aéroportée... «2014, lit-on dans la contribution suivante, se termine avec la décision de Barack Obama de rétablir des relations avec Cuba, après un demi-siècle de blocus et d'attaques contre la souveraineté de l'île. La joie que suscite la nouvelle doit être nuancée. Le rapprochement se produit au moment où les États-Unis d'Amérique montrent des tendances confirmées envers la provocation de conflits et de guerres, comme faisant part d'une stratégie visant à créer un chaos systémique pour continuer à dominer. (2)

L'année qui se termine a été l'une des plus tendues et intenses, puisque la Maison-Blanche a déployé un ensemble d'initiatives qui peuvent mener à la guerre entre des pays qui possèdent des armes atomiques. Le cas le plus critique est celui de l'Ukraine. Washington a ficelé un coup d'État à la frontière russe, avec l'intention de transformer l'Ukraine en plate-forme pour la déstabilisation et, éventuellement, l'agression militaire contre la Russie. La stratégie US vise à établir un cercle militaire, économique et politique autour de la Russie, pour empêcher tout rapprochement avec l'Union européenne. (...) La situation chaotique que la Syrie, le Soudan, l'Irak et la Libye traversent est une claire démonstration qu' une «stratégie du chaos», a été dessinée comme le dénoncent plusieurs analystes, comme un moyen pour redessiner les relations de pouvoir en leur faveur. Cela demeure un mystère que les puissantes forces militaires occidentales ne peuvent abattre l'État islamique, les soupçons grandissent sur le fait que l'organisation terroriste travaille pour la même stratégie que celle que favorise le Pentagone». (2)

«Apparemment, parce qu'il est encore tôt pour savoir si la Maison-Blanche négocie un virage dans sa politique extérieure, l'intention de prioriser le rôle de l'Amérique latine existe. L'analyse du journal chinois le Quotidien du Peuple, va dans cette direction. «La stratégie des États-Unis d'influer sur la zone l'Asie-Pacifique a été une décision dépassée et ils s'en rendent compte. Maintenant, les États-Unis bougent leurs pièces vers d'autres routes. La normalisation des relations avec Cuba essaie d'éliminer la grande pierre pour sa participation active sur les sujets de l'Amérique latine, et glisse par une adaptation discrète sur l'échec de sa stratégie pour entrer en Asie-Pacifique» (Quotidien du peuple le 19 décembre 2014). Tout indique que 2015 sera une année difficile, durant laquelle les tendances vers la guerre, la déstabilisation et le chaos systémique progresseront probablement exponentiellement.» (2)

Selon toute vraisemblance donc, 2015 sera pire. Il y a de fait un bras de fer qui se durcit. Le monde occidental n'arrive plus à suivre. Il veut s'imposer par la force et imposer le dollar aussi. Le conflit avec la Russie donnera lieu à un conflit plus ouvert avec les pays du Bric et notamment avec la Chine qui, d'après le FMI dépassera prochainement les Etats-Unis. La Russie résiste et résistera aidée notamment par la Chine et aussi les pays du Bric. Les conflits seront de plus en plus exacerbés. A partir du contexte mondial actuel et des objectifs stratégiques des puissances militaires engagées, étatiques comme terroristes, il est possible d'identifier par avance les zones les plus susceptibles de connaître une explosion de violence. Pour Alain Rodier: «Sur le plan économique, ce qui est en train de se passer en résultante de la crise ukrainienne, est une véritable catastrophe.

Nous sommes désormais dans une logique de «perdants - perdants» en dehors des États-Unis qui ne sont pas autant liés que l'Europe occidentale à la Russie. Washington pense que la protection assurée par l'Otan dont ils sont les premiers contributeurs, vaut bien quelques sacrifices de la part des pays ainsi «protégés». Si les objectifs de Washington (faire tomber Poutine et contraindre la Russie à rentrer dans le rang des puissances moyennes) et de Moscou (échapper à l'étranglement américain qui se fait en partie grâce à l'Otan et aux sanctions économiques) sont clairs, ceux des pays européens le sont moins.» (3)

«Cependant poursuit Alain Rodier, jamais Moscou n'abandonnera la Crimée considérée comme vitale sur le plan stratégique en raison de l'obsession de l'encerclement de la Russie et l'accès aux mers chaudes; les raisons «historiques» avancées sont plus sujettes à caution; le Dombass peut éventuellement être «négocié» mais ce sera long et difficile, surtout pour les populations locales. Les grands perdants, non seulement sur le plan économique, ce qui va être ravageur pour les citoyens, mais aussi sur le plan politique, l'Europe ayant fait preuve de sa cacophonie et de son alignement sur Washington, seront les pays européens.»(3)

Les incidents aériens ne sont que des gesticulations (de part et d'autre) destinées à influencer les opinions publiques. Il semble qu'il y a des «docteurs Folamour» dans les deux camps. Je ne pense pas au président Obama mais aux néocons américains que l'on trouve aussi bien chez les républicains que chez les démocrates (au premier rang desquels se trouve Hillary Clinton). Aussi étonnant que cela puisse paraître, je ne pense pas non plus au président Poutine qui a une grande expérience à l'international et des vues beaucoup plus larges que ne le laissent entendre de nombreux observateurs politiques. S'il devait être renversé, il est fort probable qu'il serait remplacé par un nationaliste beaucoup plus intransigeant et beaucoup plus agressif que lui.» (3)

«La baisse des cours du pétrole est le résultat de la volonté de l'Arabie saoudite et de ses alliés du Golfe persique; - les Russes sont aussi visés car leur soutien indéfectible aux régimes chiites de Baghdad et de Damas passe mal. Là, Washington jubile mais se trompe sur la capacité de résilience du peuple russe; à savoir que ce dernier tiendra et fera bloc autour de ses dirigeants. Enfin, l'Iran, l'adversaire prioritaire de Riyadh, voit ses revenus diminuer d'autant et accentuer la crise économique que traverse le pays. (3) Cent ans après 1914, l'Europe fête dans la nostalgie la «der des ders» tout en se préparant à une autre guerre non plus en Europe mais dans les coins les plus reculés pour s'emparer de force de richesses indispensables à son ébritété énergétique. Les gouvernants ont moins en moins de prise sur les évènements qui se décident à Wall Street La City.


2015 en Algérie

Sans vouloir jouer les pythies, certains événements de 2014 se prolongeront. L'année 2015, ne sera pas un long fleuve tranquille. La chute des prix du pétrole laissera des traces et il est faux de croire que l'on puisse la surmonter avec un logiciel à l'ancienne. Au-delà des oppositions à la politique du gouvernement il y a des invariants incontournables.

Nous ne pouvons plus compter sur la rente. La transition énergétique doit être mise en oeuvre d'une façon franche et non à dose cosmétique. Les économies d'énergie doivent faire l'objet d'un plan Marshall qui devrait mobiliser toute la société à qui il faut expliquer les enjeux pour qu'elle adhère à une réussite.

Dans ce cadre, les médias de tout support ont une responsabilité particulière pour faire réussir cette transition qui s'étalera au moins jusqu'en 2030. Le ministère de l'Information devrait changer radicalement de façon de faire, sans verser dans la propagande il est des causes sacrées qui transcendent les partis. L'avènement d'une Algérie de l'intelligence qui tourne le dos à la rente est la seule façon pour l'Algérie de tenir son rang, sinon, la somalisation nous guette. A nous tous de déjouer ces diaboliques scénarios.


1. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/2014-un-triste-bilan-161169


2.Raúl Zibechi: La Jornada. 26 décembre 2014. http://reseauinternational.net/2015-une-annee-critique-et-trouble/ Mexico,


3. http://www.atlantico.fr/decryptage/va-peter-et-points-chauds-2015-planete-sont-alain-rodier-jean-vincent-brisset-1916068. html#Gk7JpZj6hMQbv6fv.99

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/207969-2014-l-annee-de-toutes-les-peurs-de-toutes-les-tragedies.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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