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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 00:09


«Chaque minute environ, dix enfants meurent des suites de carences alimentaires, soit un enfant toutes les six secondes. Ce qui représente 5 millions de décès par an. La malnutrition représente au moins 30% de la mortalité infantile dans le monde.» (FAO)

 

         Voilà l’état de désespérance du monde en 2009. Pendant que Sylvio Berlusconi offre des livres rares à 150.000 euros aux chefs d’Etat du G8, pendant les trois jours du G8, un simple calcul montre que plus de 40.000 enfants seraient morts de faim. Il y a un an, écrit Olivier Tales, des «émeutes de la faim» éclataient dans 38 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique centrale et du Sud. Les pays riches promettaient une aide de 15 milliards d’euros. Un an plus tard, seulement 10% des promesses ont été versés. Les céréales deux fois plus chères qu’il y a quatre ans, c’est une tendance de fond. «La faim avait reculé jusque dans les années 1995-1996, malgré la croissance démographique, avant de repartir à la hausse au début des années 2000» D’après les estimations de la FAO, il faudrait dépenser 30 milliards par an dans le développement de l’agriculture pour éradiquer la malnutrition dans le monde d’ici à...2050.(1)

 

          Un enfant meurt toutes les six secondes. En l’an 2000, les États membres de l’ONU se sont engagés sur huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), à atteindre d’ici à 2015. Dans son rapport d’étape 2009, publié lundi 6 juillet, l’ONU constate que les grands progrès dans la lutte contre la pauvreté et la faim commencent à ralentir, voire à s’inverser à cause des crises économiques et alimentaires mondiales. 1,20 milliard de personnes sont victimes de la faim. Les huit pays les plus industrialisés se sont engagés à mobiliser ´´au moins 15 milliards de dollars sur trois ans´´, voire finalement 20 milliards de dollars. Pour rappel, ces 20 milliards arrachés au forceps représentent 1,5% du marché des armes, 2% de la publicité aux Etats-Unis et 0,5% des 4000 milliards qu’il a fallu trouver en quelques semaines pour sauver le capital. Pour sauver la planète, l’AIE demande 400 milliards de dollars par an pendant vingt ans!

Comment perpétuer le système ?

 

        Encore une fois, les puissants de ce monde se sont donné rendez-vous pour discuter de la manière de perpétuer un système profondément injuste maintenu à flot à coups de subventions mirobolantes qui auraient dépassé les 3 000 milliards de dollars. Joseph Stieglitz avait bien raison d’affirmer que les pays industrialisés privatisent les bénéfices au profit exclusif des actionnaires et mutualisent les pertes aux dépens des contribuables. Par ailleurs, les acteurs du G8 ont débattu pendant trois jours des principaux sujets qui agitent le monde à l’heure actuelle: l’Iran, le climat, le pétrole, le système financier et la transparence fiscale auront été abordés avec plus ou moins d’insistance, mais sans réellement parvenir à des objectifs précis à court terme. S’agissant de la crise économique: l’économie chinoise repart. M.Obama a fait part, selon M.Sarkozy, d’un ´´frémissement´´, tandis que M.Berlusconi estime que la crise est ´´derrière nous´´. Le G8 note donc des ´´signes de stabilisation´´, mais précise que ´´la situation reste incertaine´´ et que ´´des risques importants continuent de peser sur la stabilité économique et financière´´. Les stratégies de sortie de crise ´´varieront d’un pays à l’autre en fonction de la situation nationale de l’économie et des finances publiques´´.

 

           S’agissant des changements climatiques, rien de nouveau sous le soleil. Tout est renvoyé à 2050. L’accord «historique» du G8 de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre avant 2050, conclu cette semaine à L’Aquila (Italie), a été immédiatement condamné par les groupes verts et qualifié de «vague» et d’insuffisant pour stopper le réchauffement mondial, en l’absence d’un objectif concluant de mi-terme. Le G8 de L’Aquila laissera le sentiment d’un rendez-vous manqué sur le changement climatique, à cinq mois pourtant de l’accord attendu à Copenhague. Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU regrette l’absence d’objectif à moyen terme en 2020, même s’il se félicite de l’objectif du G8 de réduire de 80% les émissions des pays industrialisés d’ici 2050.´´

 

        Damien Demailly, chargé du programme énergie et climat au World Wild Fund (Fonds mondial de la nature), considère que les engagements des pays du G8 sont trop timides. Il craint que ce manque de volonté n’entraîne un échec des négociations lors du prochain sommet sur l’environnement à Copenhague, en décembre. La communauté scientifique s’accorde à dire qu’une augmentation de la température moyenne de la planète, de 2 °C, serait catastrophique. Le rapport de 2007 du Giec (le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat créé par l’ONU) parle du ´´point de rupture´´. Si le climat se réchauffe trop, les pergélisols (sols gelés en permanence) pourraient fondre et libérer un stock important de méthane, l’un des principaux gaz responsables de l’effet de serre.

 

          Les pays du G8 se sont engagés à ce que le réchauffement climatique ne dépasse pas 2°C et à réduire leur émission de gaz à effet de serre de 80% d’ici à 2050. Ces engagements auront-ils un réel impact sur la lutte contre le réchauffement climatique? Surtout, l’absence d’engagements à court terme bloque les négociations avec les pays émergents. «Les grand pays émergents refusent-ils de réduire leurs émissions? Pour eux, le ´´deal´´ est clair: les pays industrialisés ont une part importante de responsabilité dans le réchauffement climatique et doivent montrer l’exemple. Ils ont émis des gaz à effet de serre pendant un siècle, pour se développer. Ils doivent maintenant réparer leur ´´dette climatique´´ et accompagner les pays émergents dans leurs efforts pour réduire leurs émissions. Pour résumer, les pays émergents posent deux conditions aux pays industrialisés: s’engager à réduire de 40% leurs émissions d’ici à 2020 et leur apporter un soutien financier. A ces conditions, ils sont près à s’engager sur l’habitat, le transport ou encore les énergies renouvelables. Cependant, les pays industrialisés n’ont pas chiffré le montant de l’aide qu’ils étaient prêts à apporter. Des études de l’ONU, et d’autres instances, estiment cette aide à 160 milliards de dollars par an. Les pays émergents réclament de leur côté 200 à 300 milliards de dollars.»(2) 

 

    On comprend ainsi pourquoi l’Inde refuse de se fixer des limites concernant l’émission de gaz à effet de serre tant que les pays développés, les États-Unis notamment, n’en auront pas fait autant. ´´Nous voyons aujourd’hui les conséquences de plus de deux siècles d’activité industrielle et de modes de vie liés à une consommation importante, qui se sont déroulés dans les pays développés, a déclaré le chef du gouvernement indien. Ils doivent en assumer la responsabilité historique.´´ Face à cette impasse, Barack Obama déclare: ´´Nous sommes d’accord pour dire que les pays développés comme le mien ont la responsabilité historique d’être à la tête de cet effort´´, a néanmoins reconnu le président américain, promettant que ´´par le passé les Etats-Unis ont parfois failli à leurs responsabilités´´. ´´Que les choses soient claires, cette époque est révolue´´. occasion unique qui risque de ne plus se représenter´´, a-t-il déploré, selon un porte-parole.    

              L’Agence internationale de l’énergie (AIE) juge que ´´beaucoup reste à faire´´ pour atteindre les objectifs du G8 sur le climat. ´´Les investissements dans l’efficacité énergétique et dans les technologies propres doivent être multipliés par quatre pour maintenir l’augmentation moyenne de la température mondiale sous les 2°C´´, a indiqué l’AIE, chiffrant l’investissement nécessaire à ´´400 milliards de dollars supplémentaires par an pendant les vingt prochaines années...(3) ´´

Le problème des prix du pétrole

 

           Le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique Gordon Brown ont réclamé la définition d’une ´´fourchette de prix´´ du brut. Les dirigeants du G8 sont tombés d’accord pour estimer qu’un juste prix du pétrole devait se situer entre 70 et 80 dollars le baril. Le président russe Dmitri Medvedev a condamné toute cartellisation du marché du pétrole. Le président Sarkozy s’est exprimé à ce propos dans le Wall Street Journal mercredi 8 juillet 2009: «Comme chacun sait, les prix internationaux du pétrole sont fixés par les banquiers d’affaires de Wall Street. Ces prix définissent à leur tour la demande de dollars à l’echelle internationale, c’est-à-dire, la quantité de crédit que nous donnons à l’économie américaine en faillite. Lorsque le pétrole monte, le dollar monte. Problème: depuis deux ans, lorsque le pétrole monte, c’est l’euro qui monte. Les banquiers d’affaires de Wall Street décident alors de faire baisser brutalement les prix du pétrole qui est passé de 147,50 dollars en juillet à 32,40 dollars en décembre 2008.

 

            Du même coup l’euro est redescendu à 1.25 dollar à la fin de l’année 2008 Mais un nouveau problème est apparu au printemps 2009: le pétrole remonte contre l’avis des banquiers d’affaire de Wall Street, et l’euro redécolle à 1,40 dollar. Le prétexte donné pour la fixation des prix du pétrole est irrecevable: la ´´volatilité des prix´´! Alors que lorsque le pétrole est passé l’an dernier de 147$ à 32$, personne n’y trouvait rien à redire.» Voilà que l’on veut réglementer un prix d’une matière première sans tenir compte des forces du marché, tordant ainsi le coup à l’essence même du capitalisme quand des «intérêts supérieurs» sont en jeu.

 

G 5, G8 , G14,  G 20 ou G 192  Que choisir ?

 

           Les présidents Sarkozy et Lula proposent d’accueillir la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud et l’Egypte pour étendre le G8 à un G14 au plus tard en 2011. En réunissant, est-il écrit dans une contribution de «Attac», le sommet du G8 sur un champ de ruines. (...) D’ores et déjà on sait que ce sommet n’aura servi à rien: la sortie de la crise économique et financière sera plus que jamais soumise aux aléas de la météorologie boursière; quant à la crise écologique, l’objectif pourtant insuffisant de réduction de 50% des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050 (80% pour les pays industrialisés), qui fait apparemment consensus au sein du G8, ne s’accompagne d’aucun objectif précis pour 2020. Ce qui explique en partie la réaction du Forum des économies majeures (MEF), tenu simultanément, qui refuse de s’engager sur le moindre objectif chiffré pour 2050 tant que rien n’est prévu à l’horizon 2020.
Il est clair en tout cas que ce G8 inutile et incongru ne possède aucune légitimité. (...) C’est aussi l’avis du président brésilien Lula, selon qui «le G8 n’a plus de raison d’être», et qu’il lui préfère le G20, «plus représentatif et plus proche des réalités de la crise». Telle n’est pas l’opinion d’«Attac»: le G20 n’a pas plus de légitimité que le G8, et le président Lula n’est pas habilité à s’exprimer seul au nom de l’ensemble des pays d’Amérique du Sud. Face à une crise dont les habitants des pays les plus pauvres sont les principales victimes, c’est à l’ensemble de la communauté internationale de prendre des décisions, autrement dit à l’Organisation des Nations unies. Ni G8, ni G20, mais G192! Nous sommes d’accord Attac France.(4)

L’économiste Oscar Ugarteche qui observe depuis plus de trente ans les flux et reflux des richesses du monde s’inquiète des effets d’une crise née au Nord mais qui se propage au Sud et à l’Est (...) La hausse de taux d’intérêt et la chute des prix des matières premières vont avoir des effets catastrophiques sur les Etats du Sud déficitaires. La question d’un effacement des créances des pays les plus pauvres va revenir sur le tapis! Cette dette est absurde, elle est le produit d’une accumulation d’intérêts et n’a plus rien à avoir avec les prêts d’origine. De plus, son montant est ridiculement bas si on le compare aux sommes injectées, par exemple, pour réactiver l’économie étasunienne. (...) Je constate qu’au sommet des Nations unies sur la réforme du système de Bretton Woods, les grands Etats en développement, membres du G20 -ainsi que l’Allemagne et les Pays-Bas -n’ont pas voté avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Aux côtés du G77, ils ont clairement dit que l’ONU était la seule instance légitime à dessiner les institutions financières mondiales. Alors, je me demande: qu’est-ce que ce G20? Ne serait-ce pas plutôt un G2 à la recherche de légitimation?(5)

 

           «Et si on arrêtait tout, écrit Pierre Haski, reprenant le même argumentaire? Si on remettait à plat la manière dont sont prises les décisions sur cette planète? Si on profitait de la crise, de l’arrivée d’Obama, de l’absence de superpuissance absolue, pour recréer, comme après la Seconde Guerre mondiale, une architecture internationale plus adaptée au monde actuel? (...) Depuis, le G8 se cherche. A quoi sert-il, au-delà de son objectif affiché de coordonner les politiques économiques mondiales? Faut-il le remplacer? Oui, assurément. Comment faire émerger une architecture adaptée à une autre époque? Le cadre de G20 est évidemment plus représentatif. Mais il n’est pas nécessairement plus légitime.(...) Alors pourquoi ne pas remettre tout ça à plat? Une sorte de remake de ce qui s’est produit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les représentants de 50 Etats se sont retrouvés du 25 avril au 26 juin 1945 à San Francisco, pour élaborer la Charte des Nations unies, et la naissance de cette organisation mondiale bâtie sur les ruines de la Société des nations (SDN) d’avant-guerre".

"Aujourd’hui, l’ONU est dépassée et rendue d’autant plus obsolète que sa réforme est bloquée par les égoïsmes des détenteurs du droit de véto, et son inefficacité accrue par un secrétaire général inexistant, le pâle Ban Ki-moon. Trouver un système qui allie l’objectif démocratique initial des Nations unies, et la coordination économique du G8, tout en tenant compte impérativement de l’émergence de la Société civile internationale: voilà un enjeu mondial de taille, qui dépasse de loin le pathétique sommet de L’Aquila.
»(6)

 

 

1.Olivier Talles. Face à l’insécurité alimentaire les fonds manquent - La Croix 10 juillet 2009

2.Damien Demailly: Les pays du G8 devraient montrer l’exemple - Le Monde 09.07.09

3.Climat: les résultats du G8 sont insuffisants estime Ban Ki-moon Nouvel Obs.com 10 07 2009

4.Ni G8, ni G20,: http://www.france.attac.org/spip.php?article10177

 

5.Oscar Ugarteche:’’Un ordre où les Etats pauvres financent les déficits des riches ne peut être que précaire’’ Propos recueillis par Benito Perez. Le Courrier (Suisse) Le 23-06-2009

6.Pierre Haski: Le G8 patine, il est temps de réinventer le monde - Rue89 | 05/07/2009

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Ecole Polytechnique  Alger 
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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 14:22

 

 

 

 

 Professeur C. E. Chitour

 

 

        Depuis plus de deux mois, l’école polytechnique est profondément perturbée par la décision de soustraire la formation des deux premières années, socle indispensable et qui a fait ses preuves dans sa nouvelle version depuis plus de vingt-cinq ans. Ce qui caractérise ce dossier “classes préparatoires”, c’est l’aspect approximatif dans la préparation. Voilà, en effet, une idée généreuse dans l’absolu qui nous trotte dans la tête depuis une vingtaine d’années et qui chaque fois a été différée pour une raison ou une autre. L’école polytechnique est loin d’être la perfection ou l’excellence, encore qu’il faille définir ce qu’est l’excellence selon la direction concernée du ministère. On nous dit que ce sont les grandes écoles qui forment l’excellence. Qu’est-ce qu’une grande école ? Et qu’est-ce que l’excellence anonnée à tout bout de champ ? Je ne le sais pas ! Je sais, par contre, comment au quotidien tenter d’améliorer l’acte pédagogique que je dispense.

              L’école qui a capitalisé, depuis près de cinquante ans et avant, qui a formé plus de 10 000 ingénieurs, plus de 1 000 thèses de magistère et de doctorat, est alignée avec de jeunes établissements qui débutent dans la longue marche de la formation supérieure. L’école polytechnique, qui renferme en son sein plus d’une centaine de docteurs (professeurs et maîtres de conférences), va réapprendre à former avec une collaboration qui va nous hisser au niveau de l’excellence requis. Il faut donc comprendre que l’école ne forme pas pour l’excellence, soit ! Mais pourquoi alors le produit de cette école s’évapore et ne profite pas à l’Algérie ? Pourquoi alors profite-t-il justement dans une grande majorité à ceux qui viennent nous apprendre comment enseigner ? Chose que nous aurions voulu qu’ils fassent pendant les cinquante années d’indépendance pendant que nous tirions la langue tout seuls à défaut de l’avoir fait pendant les 132 ans précédents pour ces Algériens qui étaient des “voleurs de feu” pour reprendre l’élégante expression de Jean El-Mouhoub Amrouche. Qu’on se le dise ! En 132 ans, la positivité de la colonisation se compte sur les doigts d’une seule main. L’école polytechnique en a formé mille fois plus en trois fois moins de temps.

          La question que nous sommes en droit de nous poser est la suivante : l’école polytechnique a-t-elle rempli sa mission historique, elle la mère de la technologie du pays, en créant avec ses enseignants la technologie à l’USTHB et dans mille autres lieux du pays ? Est-ce un complot contre le pays ? Pour démolir insidieusement les dernières défenses immunitaires ? On doit au gouvernement actuel le fait que notre facture a été multipliée par trois du fait que tout est importé et que l’on ne sait plus rien faire. Dans ces conditions, on peut comprendre qu’il faille se passer de l’école et des diplômes en général du fait que l’on ne peut leur offrir que des CDD format couffin de solidarité à 80 euros à quelques encablures de  l’Europe ! C’est  en  fait de cela qu’il s’agit ! Au lieu de s’évertuer à faire de la diversion, faire miroiter le retour aux expatriés qui ont choisi de faire leur vie à l’étranger — grand bien leur fasse —, il eut été plus sage de retenir ces jeunes qui fuient le pays par centaines, ceux-là ne sont pas refoulés ; ils participent au concept de l’émigration choisie en Europe. Quand un corps perd son sang, la première chose à faire est d’arrêter l’hémorragie.

 

À quoi alors serviraient ces cadres que l’on nous promet qu’ils sortiront “des pôles d’excellence” ? Il est fort à parier que qu’ils seront ghettoïsés comme les autres, et ce seront des candidats potentiels à la “harga du neurone”. En fait, c’est triste à dire nous ne savons pas ce que nous voulons. Au lieu d’essayer de créer du neuf à partir de rien, on veut créer en remettant en cause une école qui existe, qui fonctionne et qui, bon an mal an, forme près de deux cents ingénieurs et qui a un rang honorable dans le gotha des écoles d’ingénieurs à l’échelle internationale, sans pour autant s’introniser grande école pôle d’excellence et autres canulars. Une grande école ne se décrète pas, elle se construit laborieusement au quotidien grâce aux enseignants sans grade qui entretiennent fébrilement la flamme hésitante de la science dans ce temple du savoir ; l’école polytechnique n’a jamais été contre la nécessité de se remettre en cause constamment. Ce que nous avons essayé d’expliquer à ces messieurs, c’est que l’enseignement intégré actuel à l’école est un tout ; il y a une harmonisation continuelle entre les sciences fondamentales et la spécialité. Nous avons plusieurs fois affirmé que des classes préparatoires sans un environnement protégé (hébergement et restauration) ne serviront à rien.

 

             Ceci doit être un complément indispensable de la formation car pour le reste, je ne vois pas ce que l’on pourrait nous “apprendre” de plus par cette coopération dont on nous dit qu’elle nous sortira de notre ignorance. Si nous avions été consultés, on aurait pu proposer à ces messieurs de nous mettre en contact avec “l’autre bord” pour demander une aide qui nous permettrait vraiment de nous lancer dans de nouvelles spécialités rendues nécessaires par la marche du monde.

 

         Pour toutes ces raisons, ce qui arrive à l’école doit intéresser les décideurs car traiter avec condescendance ou par le mépris la communauté des enseignant(e)s est facile à mater, les enseignants combien de divisions ? pourrait-on dire pour paraphraser Staline. Déstabiliser, voire casser la dynamique d’une école qui a fait ses preuves est facile. Ce qui est difficile sera de construire, de faire émerger de nouvelles flammes qui entretiennent fébrilement la flamme du savoir. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas car que l’on ne se trompe pas de combat, ce qui arrive à l’école confirme que nous ne sommes pas réellement indépendants malgré le rituel du 5 Juillet.

 

         Indépendant un jour, dépendants 365 jours. Ce qui arrive à l’école est la consécration d’une érosion lente, sûre et que l’on veut irrévocable, sauf s’il y a un sursaut du même type que la Révolution de 1954, en ne s’installant pas dans la fatalité. Qui se souvient des centres de formation professionnelle et des lycées techniques qui ont été – réforme oblige — démolis sans alternative ? Qui se souvient du lycée de Dellys, du lycée mythique du Ruisseau avec des proviseurs hors normes ? Non, il n’est pas juste de laisser faire ! Ce qui arrive à l’école participe de la même entreprise de démolition de nos dernières défenses immunitaires du pays. L’école polytechnique est à mettre au niveau de Sonatrach en termes de ressources humaines pérennes. Personne n’imagine que Sonatrach disparaîtra d’autant qu’en tant que pays rentier paresseux, nous “pompons frénétiquement une ressource qui appartient aux générations futures”. Qui peut dire si Sonatrach va exister dans trente ans quand la dernière molécule d’hydrocarbure aura été bradée ?

          En un mot comme en mille, l’école polytechnique disparaît en tant qu’école intégrée où l’élève ingénieur acquiert un savoir, un savoir-faire et même un savoir-être dus à une lente cohabitation des élèves de première à la cinquième années. Il faut le savoir, les programmes de l’école sont spécifiques du fait justement que nous avons la capacité intellectuelle de demander plus à nos élèves dans un environnement, il faut bien le dire, spécifique, maîtrise des quotas et sélections sévères à l’entrée. Nos élèves ingénieurs sont traités comme nos enfants toute démagogie mise à part. Pourquoi alors cet acharnement ? Est-ce à dire que nous avons fait tout faux depuis près de 50 ans ? Est-ce à dire que les 10 000 ingénieurs formés, c’est du bas de gamme, les 1 000 thèses soutenues ne sont pas valables et, enfin, que le corps magistral (une centaine d’enseignants de rang magistral, autant que plusieurs université réunis) n’est pas à la hauteur ?

 

         Pourquoi alors nos promotions “s’évaporent” pour plus de la moitié pour aller faire tourner les laboratoires outre-Méditerranée sans espoir de retour ? Il faut bien convenir que c’est cela l’émigration choisie et donc qu’en définitive, c’est un produit qui, sans être exceptionnel, est de qualité. À titre d’exemple, une grande université de la région parisienne ne compte pas moins de 22 professeurs anciens de l’école polytechnique d’Alger.

 

      La question que je pose : “Pourquoi ne pas mettre ces classes préparatoires à l’épreuve, tout en ne sacrifiant pas ce qui marche ? Cela va même plus loin, l’école est prête au concours à la fin des deux ans des classes préparatoires en prenant justement un quota de ces classes préparatoires qu’elle formerait et “formaterait avec son génie propre” pour, à la fin, se mettre en compétition dans le cadre d’un concours d’entrée en spécialité. Et alors nous verrons le poids réel de chaque système. Le vrai problème du pays n’est pas le niveau à améliorer ou aller vers une quelconque excellence, mot creux et sonore. Le vrai problème est celui de retenir cette élite, cette aristocratie du neurone qui n’a rien à voir avec la provenance familiale tant il est vrai que le recrutement étant national, nous avons des brillants élèves issus de familles pauvres de l’Algérie profonde.
Il faut savoir que le travail de sape a commencé avec la création des écoles supérieures “hors université”, terme barbare s’il en est qui ne correspond à rien de connu. Par la suite, on publie la liste des grandes écoles, et on voit l’école polytechnique avec 11 spécialités, 110 professeurs et maîtres de conférences (2/3 du staff) côtoyer de jeunes établissements monospécialité avec un corps de rang magistral insignifiant. Pourquoi cela et qu’est-ce que cela cache ?

 

           Ce qui est tragique, c’est que la disparition de l’école dans sa conception actuelle ne dérange personne, ni la société civile ni même les partis politiques. Il nous faut aller vers de nouvelles légitimités. Ce 5 Juillet qui marque l’indépendance un jour de 1962 nous conforte dans la conviction que les autres 364 jours, nous faisons tout pour augmenter notre dépendance. Nous ne savons plus rien faire ; les dollars de la rente remplacent la créativité, quand des pommes font 15 000 km pour venir d’Argentine à un prix qui défie l’entendement, c’est qu’il y a quelque chose de déréglé dans le corps social algérien. Quand parler de patriotisme économique est un sacrilège pour les intégristes de la mondialisation, la question qui se pose est : quand est-ce que nous allons nous mettre au travail en offrant une perspective future à ces jeunes pour qu’elle ne se consume pas, qu’elle ne pratique pas la harga mortelle de la mer ou celle plus soft après un diplôme ?

  

       L’année dernière, nous avons eu la diversion d’un drapeau symbole par foyer honteusement sous-traité à un opérateur téléphonique, cette année nous avons la “zerda du Panaf”. Mais dans tout cela, est-ce que le destin de l’école est définitivement scellé car il ne faut pas se tromper de combat : sous-traiter la formation de l’élite est la preuve la plus tangible et la plus tragique du néocolonialisme qui, à des degrés divers, fait que l’Afrique est recolonisée inexorablement à distance. Non, l’Algérie du million de martyrs mérite un meilleur sort.



Professeur C. E. Chitour

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 10:10

 

«La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera.»

André Malraux

 

  On assiste de nos jours en Europe à des tentatives lancinantes pour stigmatiser toujours et toujours la communauté musulmane, pour attiser les tensions, et semer la méfiance et la haine, tout cela accompagné par un contexte de crise qui ne fait qu’aggraver toutes les peurs. Tout ceci dans un contexte nébuleux de lieux communs concernant les préjugés contre l’Islam visant à ne présenter que le côté «fondamentaliste» propre à toutes les religions révélées. Les médias occidentaux acquis dans leur immense majorité à ce discours tendent graduellement vers une lepénisation des esprits par une doxa incantée comme une certitude. Qu’est au juste la doxa? Pour l’encyclopédie Wikipédia, la doxa est l’ensemble - plus ou moins homogène - d’opinions (confuses ou non), de préjugés populaires ou singuliers, de présuppositions généralement admises et évaluées positivement ou négativement, sur lesquelles se fonde toute forme de communication, sauf par principe, celles qui tentent précisément de s’en éloigner telles que les communications scientifiques et tout particulièrement le langage mathématique. La doxa (du grec äüîá, doxa, «opinion»), est, dans la philosophie de Parménide, l’opinion confuse que l’on se fait sur quelqu’un ou sur un aspect de la réalité, par opposition au vrai chemin d’accès à la vérité.

 

               L’Express a publié une enquête début 2006 sur la montée de l’Islam en Europe. L’un des points d’appui de cette enquête tourne autour de la position de Malraux vis-à-vis de l’Islam. Malraux lors de la campagne présidentielle en 1974 écrivait: «Politiquement, l’unité de l’Europe est une utopie. Il faudrait un ennemi commun pour l’unité politique de l’Europe, mais le seul ennemi commun qui pourrait exister serait l’Islam.» Cette position sans nuance a été affirmée bien avant l’idélogie des néoconservateurs aux Etats-Unis qui ont tout fait pour créer le clash que l’on sait et qui a duré huit ans sous l’ère de G.W. Bush. Déjà en 1956 au plus fort de la guerre d’Algérie, Malraux en visionnaire traçait à sa façon le chemin à des idéologues comme Huntington et surtout Bernard Lewis. Que disait-il?: «La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera.» «C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’Islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’Islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis "musulmane", je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard! Les "misérables" ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.»(1)

       «Pendant des décennies, écrivent Eric Conan et Christian Makarian, la plupart des pays ont compté sur leur force d’attraction et d’intégration pour que ces nouveaux fidèles se fondent dans leurs modèles. Ils s’aperçoivent aujourd’hui que certaines revendications remettent en question leurs propres valeurs. En France et chez ses voisins.(...) l’actualité européenne de ces derniers mois donne en effet l’impression que dans la plupart des pays membres, l’Islam est devenu sinon un ennemi, du moins un problème commun. Partout semble décrétée «la fin de la dictature de l’euphémisme», selon la formule du ministre français de l’Intérieur annonçant que nous sommes "en guerre" contre le "djihadisme global". En 1989, l’Europe avait cru sortir des tensions de l’Histoire avec l’effondrement de l’hydre soviétique. (...) Comme si, dans l’histoire longue du continent, la parenthèse refermée de la courte confrontation Est-Ouest du XXe siècle laissait à nouveau la place au face-à-face entre Islam et Occident balisé par quelques dates immémoriales dans l’histoire de l’Europe et du monde musulman: 732, la victoire de Poitiers; 1492, la reconquête de la péninsule Ibérique; 1571, la bataille de Lépante; 1683, le siège de Vienne, et 1918, la chute de l’Empire ottoman. Une histoire qui a laissé des traces profondes dans la vie quotidienne des Européens, dont beaucoup trempent tous les jours un "croissant" dans leur café sans savoir que ce rite date de la défaite de la "Horde" (l’armée turque) devant les remparts de Vienne»(2)

          «Aujourd’hui, la plupart des pays européens révisent cette vision optimiste en reconnaissant, de manière simultanée, avoir négligé deux phénomènes plus puissants que prévu. D’une part, l’intensité de la crise du monde musulman face à la modernité: les violents conflits internes que connaît cette religion, au bénéfice croissant des islamistes - dont des milliers de musulmans dans le monde sont les premières victimes - se propagent sur le sol européen. D’autre part, la redécouverte de la prégnance religieuse dans une Europe qui s’en était affranchie au point de ne même pas vouloir en garder trace dans le préambule de sa Constitution. L’Européen moyen qui feuillette vaguement un quotidien gratuit dans le métro, s’étonne de voir son voisin psalmodier sur le Coran avec une ferveur oubliée, y compris en Espagne ou en Italie.»(2)

Deux voies

 

        «Gilles Kepel, qui l’étudie depuis vingt ans, explique que cet islam de l’Ouest, divisé, n’a pas encore choisi entre deux destins: soit un aggiornamento à valeur exemplaire pour le reste du monde, soit devenir la tête de pont d’un prosélytisme qui, à en croire les plus exaltés, assurerait la troisième - et victorieuse - expansion islamique sur le sol européen» (...)Cet abandon par l’Europe de ses propres valeurs a ainsi livré des millions d’individus à la propagande très organisée du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, créé en 1997 pour fédérer 27 organisations islamiques sur le continent. (...) Si la vieille Europe est malade, c’est surtout d’oublier le prix des valeurs que son histoire a forgées. Elle semble en être lasse ou honteuse au point de ne pas entendre ceux qui, au sein de cet islam en convulsion, lui rappellent combien ce trésor doit être protégé et préservé des extrémistes qui veulent le détruire. (...) Publiée l’été dernier, la fiction Mosquée Notre Dame de Paris, d’Elena Chudinova, fait un tabac dans les librairies de Russie. L’auteur imagine la France en 2040, sous l’emprise de l’Islam, devenu majoritaire et proclamé religion d’Etat, avec application de la charia. Un groupe de chrétiens se lance dans la résistance armée.(2)

 

      On remarque que l’Islam est chaque fois associé à la violence en faisant l’impasse sur les textes sur la violence occidentalo-judéo-chrétienne qui est apocalyptique. Entre immigration et conversions, la religion musulmane fait de plus en plus d’adeptes sur le Vieux Continent. Voilà trempé dans le vitriol l’état d’esprit des biens-pensants européens qui dénient à l’Islam tout apport civilisationnel, le contenant dans un catalogue de règles antidémocratiques et surtout qui asservissent la femme; cheval de bataille de l’Europe qui veut libérer la musulmane pour en faire un objet, certes libre mais esclave d’une vision matérialiste et consumériste qui lui fait perdre son rôle de matrice de la cohésion familiale et partant responsable de l’effritement des valeurs de la société occidentale. Pourtant, à toutes les époques il s’est trouvé des penseurs, des poètes, des intellectuels, en un mot, occidentaux qui ont loyalement décrit l’Islam.

 

        Alphonse de Lamartine (1865) a écrit: «Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mohammed! A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand?» Georges Bernard Shaw, protestant, dramaturge, prix Nobel de littérature en 1925, disait du Prophète Mohammed, dans l’Islam authentique,1935: «J’ai toujours eu une grande estime pour la religion prêchée par Mohammed parce qu’elle déborde d’une vitalité merveilleuse. Elle est la seule religion qui me paraît contenir le pouvoir d’assimiler la phase changeante de l’existence, pouvoir qui peut la rendre si alléchante à toute période. J’ai étudié cet homme merveilleux, et, à mon avis, loin d’être un antéchrist, il doit être appelé le Sauveur de l’humanité.» 

 

    A défaut de citer tous les spécialistes de l’Islam conquérant, citons un deuxième intellectuel qui a idéologisé la croisade contre l’Islam, Bernard Lewis, dont la plus grande majorité de sa carrière l’avait fait connaître à l’époque comme un spécialiste de la Turquie qui, au passage, ne reconnaissait pas en tant qu’historien la doxa occidentale là aussi, qui veut que les Arméniens aient subi un génocide de la part des Turcs. Depuis, il a enfourché, le dada de la croisade contre l’Islam.

          Ce brusque revirement sur le tard de Bernard Lewis qui se mit à attaquer lui permit de servir de référence à l’adminsiration américaine sous Goerges Bush. Examinons l’analyse d’Alain Gresh du Monde Diplomatique à ce propos : « M.Bolkestein a déclaré incompatibles au début des années 1990 les valeurs des immigrés musulmans et celles de son pays. Evoquant récemment le projet d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et la «pression migratoire», il mettait en garde: «Si cela devait arriver, la libération de Vienne, en 1683, n’aurait servi à rien.» Nous «les» avions arrêtés à Poitiers...Nous «les» avions arrêtés devant Vienne...Nous «les» arrêterons encore...Pour renforcer sa démonstration, il citait l’historien Bernard Lewis: «L’Europe sera musulmane d’ici à la fin du siècle.»(3)

 

     «(...) Depuis l’accession de M.George W.Bush à la présidence des Etats-Unis, Bernard Lewis est devenu un conseiller écouté, proche des néoconservateurs, notamment de M.Paul Wolfovitz. (..) Pourtant, sans réduire ses recherches à ses engagements, les uns comme les autres sont traversés par un fil rouge: le monde musulman est pétrifié dans une opposition fondamentale à l’Occident. Dès 1957, il "découvre" le choc des civilisations: Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux lorsqu’on s’aperçoit qu’ils résultent, non pas d’un conflit entre des Etats ou des nations, mais du choc entre deux civilisations. Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l’Ouest et leur conquête de la Syrie, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne chrétiennes, le "grand débat", comme l’appelait Gibbon, entre l’Islam et la chrétienté s’est poursuivi avec la contre-offensive chrétienne des Croisades et son échec, puis avec la poussée des Turcs en Europe, leur farouche combat pour y rester et leur repli. Depuis un siècle et demi, le Moyen-Orient musulman subit la domination de l’Occident - domination politique, économique et culturelle, même dans les pays qui n’ont pas connu un régime colonial (...). Je me suis efforcé de hisser les conflits du Moyen-Orient, souvent tenus pour des querelles entre Etats, au niveau d’un choc des civilisations.» (...) «Le coeur de l’idéologie de Bernard Lewis à propos de l’Islam est que celui-ci ne changera jamais, souligne Edward Saïd, (...) que toute approche politique, historique ou universitaire des musulmans doit commencer et se terminer par le fait que les musulmans sont des musulmans.» Et sans doute quelque scientifique américain découvrira bientôt un gène de l’Islam, gène qui expliquera ce qui «les» différencie du reste de l’humanité civilisée.(3) 

 

        Alors comment les différents Etats européens doivent réagir vis-à-vis de ce phénomène? Et surtout quelle est la position de cette coalition impérialiste et sioniste qui domine, tire les ficelles et tente d’orienter nos sociétés. Devant cette veillée d’armes entretenue entre un Islam piètrement défendu en se focalisant sur l’accessoire et en oubliant l’essentiel, comment aller vers l’autre avec une parole désarmée et se mobiliser et à mettre les moyens pour ouvrir les canaux de dialogue et de communication entre l’ensemble des citoyens, pour mieux se connaître, se comprendre, dissiper les peurs, les préjugés et les malentendus et oeuvrer ensemble à construire la nouvelle communauté internationale.


        Les musulmans ont besoin de retrouver l’essence du message originel. Ils ont besoin d’un nouveau souffle capable de faire en sorte que la Foi ne se refroidisse pas en rites pervertis par les hommes. Ils ont besoin de nouveaux Djamel Eddine Al Afghani qui seront de leur temps des penseurs qui pensent non pas en fonction de la doxa occidentale, mais en fonction d l’apport réel   à la communauté humaine  . Nous devons tourner le dos aux exégèses auto-proclamés ces intellectuels européens d’origine arabe qui s’autorisent au nom de leur racine et de leur « Islam dit des Lumières », et qui , en voulant plaire  voire se faire une « place au soleil en Occident »   font  assaut d’allégeance pour présenter, en fait, un Islam soft discrédité, sans aspérité un  Islam édulcoré où la foi s’est refroidie en rites et en folkhlore.  une grande partie Pour être crédibles, il nous faut l’être d’abord chez nous en militant pour l’avenir de sociétés endogènes fascinées par l’avenir. Malek Bennabi disait que les sciences morales, sociales et psychologiques sont aujourd’hui plus nécessaires que les sciences de la matière qui constituent plutôt un danger dans une société où les hommes restent ignorants d’eux-mêmes. Mais il est infiniment plus difficile de connaître et de faire de l’homme une civilisation que de fabriquer un moteur ou d’habituer un singe à porter une cravate....(4) Nous sommes d’accord.

 

1.André Malraux, le 3 juin 1956 Valeurs Actuelles n° 3395 paru le 21 Décembre 2001-

2.Eric Conan, Christian Makarian, Enquête: montée de l’islam en Europe. L’Express 26/01/2006

3.Alain Gresh: Bernard Lewis et le gène de l’Islam. Le Monde Diplomatique

4.Malek Bennabi : Vocation de l’Islam. p. 32. Rééditions Anep 2006.

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Un nouveau souffle
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 10:08

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