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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 00:04

 

«Essayer d’expliquer le début de l’apparition de la vie par le hasard, c’est admettre que lors de l’explosion d’une imprimerie, il ait pu se former un dictionnaire tout seul.»

Edwin Couklyn, biologiste américain


           En ce mois de Ramadhan, de ressourcement spirituel s’il en est, nous présentons, après les précédentes contributions sur le temps et les religions, le soufisme dans l’Islam, une réflexion sur le sens de la vie à la lumière des données sur la création de l’Univers. De tout temps, les hommes se sont posés les questions suivantes fruit d’une inquiétude légitime: qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons nous? Comment expliquer l’ordre superbe de l’Univers, depuis la délicate harmonie d’une humble fleur des champs, jusqu’à la splendeur sombre de la voûte étoilée? Suffit-il de laisser agir les lois de l’Univers pour qu’à partir du hasard naisse naturellement la vie - ou faut-il imaginer qu’au-delà des choses visibles, il y a encore autre chose, une Intelligence discrète- un dessein-, qui animerait la matière et lui donnerait souffle?(1)
 

          Depuis les premières interrogations de prêtres égyptiens il y a de cela plus de quatre mille ans, l’histoire de la découverte du ciel et des étoiles, a évolué constamment: le big bang semble être une théorie qui se tient. L’astronome Edwin Hubble établit par ses observations au télescope en 1924 la nature extragalactique des nébuleuses. L’Univers venait encore de s’agrandir. Pourtant, cet immense univers se révéla n’être qu’un tout petit hameau perdu au sein d’une immense galaxie. Et maintenant, cette immense galaxie elle-même n’était plus qu’une goutte parmi une infinité d’autres gouttes, contenant chacune une infinité d’étoiles. Avec dans l’une des gouttes de cette pluie cosmique, notre Soleil, microscopique, quelconque, anonyme, entraînant autour de lui ce misérable atome de pierre et d’eau qu’est notre Terre.

       Mais, imaginons alors ce qu’était l’Univers il y a mille ans, par exemple: il était évidemment plus petit, puisque depuis mille ans les galaxies se fuient les unes les autres. Et de même, il y a un million d’années, ou un milliard d’années, l’univers était encore plus petit...En remontant le temps de cette façon, on arrive nécessairement à un instant où toutes les galaxies étaient réunies en un seul point; de la même façon que si on filme l’explosion d’une grenade qui projette des éclats dans toutes les directions, lorsqu’on passe le film à l’envers, on voit tous les éclats revenir en arrière et se réunir à nouveau en un seul point. Ainsi, les observations de Hubble semblaient indiquer que l’univers dans son entier était en expansion, depuis cet instant lointain où, pour la science, il avait jailli du néant.

        
  Le big bang nous a fait découvrir une histoire imprévue et fantastique. Il a eu une naissance, grandiose, il grandit maintenant, et peut-être connaîtra-t-il un jour la vieillesse, et la mort. L’histoire connue commence alors que l’univers avait déjà atteint l’âge de 10-43 secondes. - le temps de Planck- Avant, on ne sait rien. Cette période inconnue est d’une brièveté inouïe: a cet «âge» de 10-43 secondes l’univers était vraiment tout petit: il était alors des millions de milliards de fois plus petit qu’un atome! Il était chaud, une fièvre gigantesque, cosmique! Des milliards de milliards de degrés! Puis, pour une raison inconnue que les scientifiques ne s’expliquent pas, le vide si vivant s’est mis à enfler. C’est comme si quelqu’un a donné le signal du début. En moins de temps, nous dit Françoise Harrois-Monin, qu’un battement de cil (entre 10--43  et 10-32 seconde), son volume a été multiplié par 1050 (10 suivi de 50 zéros)! Et sans que l’on sache pourquoi, sont apparues les premières particules de matière.(2)

    Après cette barrière fatidique des trois cent mille ans, des nuages de gaz se sont formés. Ils donnèrent naissance aux milliards de galaxies pendant près de 15 milliards d’années (les estimations varient de 14 à 16 milliards selon les différentes «écoles»). Il a donc fallu attendre des milliards d’années, attendre que protons et électrons s’unissent en atomes d’hydrogène, attendre qu’ils s’assemblent en étoiles, pour voir naître enfin ces atomes plus lourds, nos atomes; et c’est donc d’une «chose» minuscule que le monde est apparu, lors d’une explosion initiale. Les éléments qui composent notre corps sont ceux qui naguère fondèrent l’univers. «Nous sommes vraiment les enfants des étoiles. Nous sommes donc arrière-petits-fils du big bang»(3)

     
Entre 5,5 et 10,5 milliards d’années, notre soleil est formé, ainsi que les planètes du système solaire dont la Terre. De 6,2 à 11,2 milliards d’années, Il y a émergence de la vie. Les toutes premières cellules commencent à peupler la terre. Les premiers vertébrés apparaissent pendant l’Ordovicien. Suivent les dinosaures, les reptiles, les mammifères et les plantes. Il y a environ 7.000.000 d’années, des hominidés commencent à peupler l’Afrique. Homo sapiens se manifeste il y a plus de 100.000 ans. Le langage, la culture et les sociétés humaines sont créés. Quel est l’âge de la Terre? Les estimations les plus sérieuses à cette époque reposaient sur le texte des Ecritures. Il y était écrit que la terre avait été créée pour l’homme; «...car la terre m’appartient et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes.» «(Bible: Lévitique, 25, 23) En reprenant ces textes, l’archevêque James Ussher parvint à établir en une vie de labeur, en 1654, que la terre avait été créée le 26 octobre 4004 avant Jésus-Christ; à 9 heures du matin....»


Le réglage fantastique de l’apparition de la Terre, et de la vie

         
Le cosmos tout entier repose sur un petit nombre de constantes, inférieures à 15 (Constante de Planck, vitesse de la lumière, gravitation de Newton, zéro absolu, densité etc.). S’il y avait eu la modification d’une seule de ses constantes et le monde tel que nous le connaissons n’aurait pas pu se constituer. Un autre exemple de l’extraordinaire réglage: en augmentant de 1% à peine l’intensité de la force nucléaire qui contrôle la cohésion du noyau atomique nous supprimons toute possibilité aux noyaux d’hydrogène de rester libres: ils se combinent à d’autres protons et neutrons pour former des noyaux lourds. Dès lors, sans hydrogène, plus de combinaison possible avec l’oxygène pour produire l’eau indispensable à la naissance de la vie.

   
Si nous diminuons légèrement cette force nucléaire, c’est la fusion des noyaux d’hydrogène qui devient impossible, et alors, sans fusion nucléaire, plus de vie car plus de source d’énergie, plus de soleil. De même pour la force électromagnétique ou la force de gravité. Quels que soient les paramètres, disent les frères Bogdanov dans Dieu et la science, la conclusion est toujours la même: «Si l’on modifie un tant soit peu leur valeur, nous supprimons toute chance d’éclosion de la vie et si le taux d’expansion de l’univers à son début avait subi un écart de l’ordre de 10-40, la matière initiale se serait éparpillée dans le vide: l’univers n’aurait pu donner naissance aux galaxies, aux étoiles et à la vie.»

     
Les plus éminents mathématiciens ont procédé à des expériences de nombres aléatoires grâce à des ordinateurs, ils ont programmé des machines à produire le hasard. Les lois de la probabilité ont indiqué que ces ordinateurs devraient calculer pendant des milliards de milliards de milliards d’années (l’esprit ne peut envisager cette durée que comme infinie) avant qu’une combinaison de nombres comparables à ceux qui ont permis l’éclosion de la vie puisse apparaître. Autrement dit la probabilité pour que l’univers ait été engendré par le hasard est pratiquement nulle. Ilya Prigogine, prix Nobel de Chimie, affirme que le désordre n’est pas un état naturel de la matière mais, au contraire un stade précédent l’émergence d’un ordre plus élevé. Qu’est-ce qui peut provoquer la naissance d’une structure ordonnée au sein d’un chaos?

    Pourquoi l’univers est-il apparu? D’où vient cette colossale quantité d’énergie à l’origine du big-bang? Aucune loi physique déduite de l’observation ne permet de répondre Ainsi, «pour expliquer la fabuleuse précision du réglage, il faut postuler l’existence d’un principe créateur et organisateur». Telle est la conclusion de l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan auteur de la «mélodie secrète». Il compare même la probabilité que notre univers soit issu du hasard à celle d’un archer réussissant à planter sa flèche au milieu d’une cible carrée de 1 cm de coté, et située à l’autre bout de l’univers! Contrairement à Jacques Monod qui décrivait la vie comme un hasard de l’histoire et la venue de l’homme comme un «événement» qui aurait pu ne pas avoir lieu.

      
Autant dire que cette probabilité est quasi nulle, et que «l’origine de la vie paraît tenir actuellement du miracle, tant il y a de conditions à réunir pour la mettre en oeuvre.» (Francis Crick, prix Nobel de biologie). A ce stade, nous atteignons les limites de la science. L’étape suivante n’est pas de son ressort, mais de celui de la foi. Le fondement du monothéisme se résume à la règle suivante: tout être humain ne peut vivre sans un principe porteur de sens c’est-à-dire sans transcendance. Les religions révélées sont posées comme des révélations infaillibles. La Bible, les Ecritures et le Coran sont porteurs du sens de l’histoire dont la notion est nécessaire à toute espérance, celle du croyant comme celle de l’athée. Ces notions sont nécessaires pour découvrir les valeurs propres à tout ce qui est humain, toutes cultures confondues.

Ce que disent les religions
         
       La science laisse des multitudes de question sur le démarrage de la création, sans réponse. Est-ce-là que la foi intervient pour rassurer l’Homme quant à l’omniprésence d’une force immanente? Ou est-ce que nous sommes en présence d’une loterie; tout aurait pu ne pas avoir lieu. Le pape Pie XII, déclarait en 1951: «...il semble en vérité que la science d’aujourd’hui, remontant d’un trait des millions de siècles, ait réussi à se faire le témoin de ce "fiat lux!" initial, de cet instant où surgit du néant, avec la matière, un océan de lumière et de radiations...» Saint Augustin sera troublé par le problème de la création: Dieu ne venait-il pas d’être surpris en flagrant délit d’oisiveté, d’oisiveté éternelle: «Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? S’il était oisif, inactif, pourquoi... ne l’est-il pas resté dans la suite des temps, de même qu’antérieurement il s’abstenait de toute oeuvre?» (saint Augustin Les Confessions, XI, X). Pour lui, «le temps serait une "chose" comme une autre; il n’existerait pas par lui-même, et aurait été créé, au même titre que toutes les autres choses, le "jour" de la création. Il est donc vain de s’interroger sur l’histoire de l’avant-création, puisqu’il n’y avait alors ni temps, ni événements, ni histoire; il n’y avait que le néant et Dieu».

       
Pour Tsevi Mazeh professeur d’astronomie à l’université de Tel-Aviv: «La science ne peut nous dire ni le pourquoi ni le pour quoi; elle se limite, en un sens, aux détails techniques du fonctionnement du monde. Affirmer que Dieu était à l’origine, qu’Il a mis le monde en mouvement et fixé ses lois, ne pose, à mon avis, aucun problème. Quant aux interventions divines postérieures à la Création, j’y crois, mais je ne les comprends pas pleinement.» «Ma religion [le judaïsme orthodoxe] n’influence pas mon travail d’astronome, mais elle me conduit à admirer Dieu et la beauté du monde.»

          Il semble que dans le Coran et tout en se méfiant du Concordisme, l’idée d’expansion de l’Univers est relatée par le passage suivant: «Le ciel, Nous l’avons construit par Notre puissance: et Nous l’étendons [constamment]: dans l’immensité». (Coran. Sourate 51. Verset 47). «Nous l’étendons», signifie: «Nous le rendons plus vaste, Nous lui donnons un volume plus grand». Voici ce que dit Maurice Bucaille à ce sujet:. Ce qui a été traduit par «Nous l’étendons», est le participe présent du verbe «musieûna» du verbe «awsaea» qui signifie: élargir, rendre plus vaste, plus spacieux, lorsqu’il s’agit d’objets.(4) BR>«Les incrédules, n’ont-ils pas vu que les cieux et la terre formaient une masse compacte? Nous les avons ensuite séparés et Nous avons créé à partir de l’eau, toute chose vivante. Ne croiront-ils pas?» (Coran. Sourate 21. Verset 30). Les cieux et la terre s’appliquent à l’Univers. Le mot «Ratqan» signifie une masse compacte comme soudée. Le terme «Fafataqnahouma» s’applique à l’action de rompre avec une notion de puissance et de force.

        
En définitive dans le Coran- et dans les deux autres monothéismes-, le récit de la création est basé sur un Dieu transcendant. Il crée et recrée sans fatigue ni besoin de repos. Il ne se désintéresse pas de sa création dont le but est sérieux. Elle n’est ni l’effet d’un accident ou du hasard, ni un jeu ou une distraction pour lui, (Coran: III, 59; X, 3, 34; XXI, 16; XXXII, 5; XL, 68; L, 4; LV, 29). Cette création est l’oeuvre et la propriété de Dieu. Il la «cerne» de son omnipotence, de son omniscience, de sa volonté et de sa sagesse et tout entière elle le loue et le glorifie, (Coran: I, 1; X, 3; XL, 7; XVI, 4, 5; XVII, 70; XXI, 16; XXIV, 35,45; IV, 33; LXII, 1). Elle se situe dans le temps. Il lui est antérieur et son devenir est incessant; ce qu’il faut entendre par création en six jours,(Coran VII, 54; X, 3,31; XXV, 59; XLI, 9). (5)

       
Le récit du commencement est la description d’un comment. Le récit de l’origine est la révélation d’un pourquoi. On pourrait dire, avec une certaine approximation, que le discours scientifique est celui de la causalité et le discours de la foi celui de la finalité. Le récit du commencement parle à la lumière d’une science qui évolue de découverte en découverte et qui corrige périodiquement son discours. Cette claire distinction du domaine de la science et de celui de la foi a elle aussi son histoire. Mythes, religions et sciences s’avèrent complémentaires pour répondre à l’éternelle énigme: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? La religion n’est pas là pour combler les lacunes de notre savoir. C’est l’une des forces motrices de l’inspiration scientifique.(6)

 

1.Chems Eddine Chitour: Science, foi et désenchantement du monde. Réed. OPU 2007

2.Françoise Harrois- Monin: L’énigme de l’origine: Le Figaro Magazine: Cahier n°3, 1998.

3.D.Simmonet, H. Reeves, Joël de Rosnay,Y. Coppens: La plus belle histoire du monde, le secret
de nos origines. Editions du Seuil. 1996.


4.Maurice Bucaille:La Bible, le Coran et la science. Editions Sned Alger 1978.


5.Hamza Boubekeur, ancien recteur de la mosquée de Paris. Site Internet


6.Marcelo Gleiser: The Dancing Universe: From Creation Myths to the Big Bang Plume, 1998.


Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 23:37


«En temps de paix, le mercenaire dérobe; en temps de guerre, il déserte.»

 

 

 

      Environ 90 personnes ont été tuées le 1er septembre dans un bombardement de l’OTAN en Afghanistan. L’ONU avait auparavant demandé l’ouverture d’une enquête «approfondie». D’une façon tout à fait hypocrite l’UE fait part de son incompréhension. Bernard Kouchner a fait valoir que les Européens devraient revoir à la hausse leurs contributions financières. «Les taliban offrent 50 dollars par famille, ce qui permet de vivre un mois entier, alors que nous payons seulement la moitié. Bien sûr que nous devons payer plus».(1)

       Pour Bernard Kouchner, le sort de l’Afghanistan est une mercuriale au plus offrant, il dénie du même coup tout patriotisme aux Afghans qu’il traite indirectement de mercenaires au plus offrant même s’ils ont une façon de gouverner discutable; il sont chez eux. Apparemment, la démocratie aéroportée est infligée au peuple afghan pris en tenaille entre les taliban et les Occidentaux. Il faut le rappeler que près de 800 personnes dont deux tiers sont des civils, notamment des enfants, sont mortes en 2008. Le vrai mercenariat est du côté de la coalition qui fait la guerre aux peuples irakien et afghan en faisant appel à des mercenaires. Il est né dans le sillage de la «guerre de l’information» et de la doctrine du «zéro mort» suite aux guerres perdues du Vietnam et du Cambodge, expérimenté notamment au Kosovo dans les années 1990 par les forces de l’OTAN. Les Etats-Unis sont aujourd’hui déployés dans plus de 50 pays. Les raisons du recours à des sociétés militaires privées sont multiples: politiques: contourner le Parlement américain et éviter la critique populaire. Contourner le contrôle administratif: ne pas irriter l’opinion publique. Les morts BW ne sont pas décomptés comme des soldats.

Qu’est-ce qu’un mercenaire?

 

           Un mercenaire, du mot latin merces qui signifie salaire, est un combattant étranger aux parties en conflit, «spécialement recruté dans le pays ou à l’étranger» et qui «prend une part directe aux hostilités». Ce combattant doit également avoir un «avantage personnel» à participer à ce conflit, qui prend souvent la forme d’une rémunération «nettement supérieure à celle» de ses homologues de l’armée régulière. On peut citer la Légion étrangère française ou les Gurkhas anglais. Si, après un procès régulier, le soldat capturé est jugé coupable d’être un mercenaire, il peut s’attendre à être traité comme un simple criminel et peut aussi faire face à la peine de mort. Au cours de la Première guerre punique, les Carthaginois firent amplement appel à des mercenaires. Les républiques italiennes de la Renaissance firent souvent appel à des mercenaires, nommés condottieres, pour leur défense.(1)

         Les Britanniques ont utilisé des mercenaires suisses et allemands plus particulièrement dans leurs colonies d’Amérique. Depuis 1859, la Garde suisse pontificale est la seule force mercenaire autorisée par le droit suisse. Elle a pour mission de protéger le pape au Vatican. A partir des années 1960, des mercenaires sont présents dans plusieurs conflits en Afrique, comme au Katanga en République démocratique du Congo (RDC) (Bob Denart spécialiste français des coups d’Etat dans les républiques bananières) ainsi qu’au Yémen. A partir des années 2000, parallèlement à la disparition progressive du mercenariat traditionnel, se sont développées les sociétés militaires privées (SMP) anglo-saxonnes, parfois en renfort d’une milice. Afghanistan (DynCorp) et surtout en Irak (Military Professionnal Ressources Inc, Blackwater, Erinys, Aegis) depuis 2003.Ils fournissent différents services comme la protection d’installations, l’entraînement des troupes, la maintenance du matériel militaire et participent même, dans certains cas, aux combats armés.(2)


           La contribution suivante nous permet de comprendre le mécanisme de recrutement. « Londres, septembre 2004. Les locaux d’une société de sécurité, dirigée par un ancien officier d’infanterie français, sont le théâtre d’auditions un peu particulières. (...) La société de sécurité, qui recrute au nom de commanditaires souvent américains ou britanniques, leur propose une mission de 45 jours, rémunérée 7000 livres (10.200 euros), afin de protéger des sites sensibles en Irak. (...) Selon la direction générale de la sécurité extérieure (Dgse) [française Ndlt], qui a rédigé plusieurs rapports sur le sujet à la mi-novembre, «37 ressortissants français seraient actuellement employés par sept sociétés de sécurité privée en Irak». (...) En octobre 2005, c’est la société américaine Executive Security and Aviation Solutions (Esas) qui lançait une campagne de recrutement en France, afin de dénicher une cinquantaine de gardes de sécurité. (..) Il suffisait, pour s’inscrire, d’envoyer par e-mail son CV à l’adresse électronique de Glenn F. (...) Les mercenaires français travaillent donc pour une demi-douzaine de sociétés, essentiellement anglo-saxonnes. (...) Depuis le début des activités des sociétés de sécurité privées (SSP) en Irak, la Dgse a recensé quatre morts de nationalité française. Selon une estimation réalisée par les services secrets en juin 2005, les pertes des sociétés de sécurité, toutes nationalités confondues, atteindraient le chiffre de 238 personnes, pour un effectif global de 50.000 hommes, employés par quelque 400 sociétés. (...) » (3)

 

           « La seule société française à évoluer sur le marché irakien s’appelle Allied International Consultants and Services (Aics). (...) «On ne peut pas concurrencer les boîtes anglo-saxonnes, remarque Jean-Philippe L., on ne ramasse que les miettes. Jamais une société américaine ne fera appel à nous (....) Autre SSP en pointe, Aegis, qui compte d’anciens militaires et diplomates de haut rang dans son conseil de surveillance, a "gagné", elle, un contrat de 293 millions de dollars lancé par le Pentagone».(3)

 

            En Irak, plus de 180.000 salariés de sociétés privées assurent de nombreuses missions qui, dans d’autres conflits, auraient été confiées à des soldats. Cette véritable armée parallèle agit en toute impunité. Les armées occidentales n’arrivent plus à mobiliser assez d’hommes pour maintenir la paix ou mener des guerres (exemple: le conflit irakien). La guerre en Irak nécessite selon les experts 400.000 hommes sur le terrain. La coalition n’a réussi à réunir que 160.000 soldats (dont 130.000 américains) Les militaires manquants ont été remplacés par des contractants privés: 180.000 civils travaillent en Irak pour les armées occidentales. La CIA avait secrètement sous-traité à Blackwater la traque et la capture du chef d’Al Qaîda. Bien que le ministère des Affaires étrangères ait publiquement rompu avec Blackwater, cette société de sécurité privée bénéficie toujours de 400 millions de dollars de contrats avec le gouvernement américain. (...) Ces contrats illustrent la dépendance des autorités américaines à l’égard d’entreprises privées comme Blackwater. Derniers exemples en date, des projets d’assassinat contre des chefs d’Al Qaîda qui lui auraient été confiés par la CIA ont récemment été révélés, soulevant de vives réactions au Congrès le 21 août.(4)

 

           Blackwater est une multinationale rentable...1 milliard de dollars de contrats avec l’Etat américain. En 2006, le nombre de soldats de Blackwater déployés dans le monde était estimé à 23.000. Le chiffre d’affaires de Blackwater a augmenté de 80.000% entre 2001 et 2006.Premier contrat majeur: la protection de Paul Bremer en Irak (20 hommes de BW sont employés à 600 dollars par jour pour protéger le représentant US). On la trouve sous contrat en Irak, Afghanistan, Azerbaïdjan, Afrique orientale, Moyen-Orient, USA, 90% des revenus de Blackwater. Entre 2000 et 2007 Blackwater se vante que toutes les personnes ayant été sous sa protection n’ont jamais eu aucun problème. Entre 2005 et octobre 2007 on a dénombré plus de 195 incidents impliquant Blackwater. Dans 80% des cas les hommes de Blackwater ont tiré les premiers.

 

            «Que s’était-il passé lors de cette bavure de Blackwater? s’interroge le New York Times. Une fusillade au coeur de Baghdad impliquant la société de sécurité privée Blackwater, le 16 septembre, a soulevé la question de la responsabilité des mercenaires en Irak. Le New York Times, pour sa part, se base sur de récents témoignages pour revoir à la hausse les conditions et le bilan de cet incident meurtrier (...). D’après le quotidien américain, dix-sept personnes ont été tuées et vingt-quatre blessées lorsque les gardes privés ont "traité" ce qu’ils pensaient être une attaque-suicide. Le véhicule visé transportait en fait un jeune médecin et sa mère en route vers l’hôpital, qui allaient chercher le père de famille. Lorsqu’un garde a ouvert le feu dans leur direction, le médecin a été atteint mortellement à la tête, perdant ainsi le contrôle du véhicule, qui a continué de progresser vers le convoi de Blackwater. Les mercenaires ont réagi immédiatement en tirant des dizaines de balles qui ont tué la mère ainsi que de nombreux Irakiens qui tentaient de fuir.»(5)

 

 

       Jusqu’à ce jour, aucun homme de Blackwater n’a été inculpé car en juin 2004, Paul Bremer, peu avant son départ d’Irak, signe un décret qui empêche la justice irakienne de juger des contractants privés de l’armée américaine Cette situation leur accorde de fait une immunité quasi-totale. Quand les Etats-Unis ont envahi le pays en 2003 sans l’accord de l’ONU, la question juridique de l’occupation a été immédiatement posée, mais, dès la fin des combats, les principales puissances ont avalisé cette invasion par la résolution 1483 de mai 2003. Le 27 octobre 2008, le «Parlement» irakien a approuvé «l’accord de sécurité» entre Baghdad et Washington. L’occupation fut légalisée jusqu’au 31 décembre 2008. Ce texte prévoit un retrait des forces combattantes américaines d’ici 2011. (...) Au mieux, «l’accord de sécurité» fait revenir l’Irak aux années 1930 quand les Britanniques dirigeaient en sous-main le pays. Au pire, la Mésopotamie restera cette zone grise où soldats et mercenaires occidentaux agissent impunément au nom des multinationales...De plus, l’accord garantit une impunité totale aux Occidentaux armés qui ont agi en Irak depuis 2003 (article 12), or, mercenaires et soldats sont déjà soupçonnés ou coupables de multiples exactions rarement poursuivies aux Etats-Unis comme ailleurs...Les mercenaires sont donc assurés qu’ils n’encourent rien.

 

            Par la suite, les gouvernements américain et irakien ont cherché à résoudre le problème de la responsabilité des gardes privés en Irak. «Selon le New York Times, un projet de loi qui annule l’immunité dont bénéficient les sociétés de protection privées en Irak a reçu l’accord du gouvernement irakien mardi 30 octobre, et doit maintenant être approuvé par le Parlement. (...) Le journal new-yorkais établit un parallèle entre le projet de loi irakien et l’annonce, lundi 29 octobre dans la presse, de l’échec possible des poursuites aux Etats-Unis contre les gardes responsables de la fusillade du 16 septembre: "La décision du gouvernement irakien fait suite à des rapports indiquant que, pendant son enquête, le département d’Etat a promis aux gardes de Blackwater l’immunité contre d’éventuelles poursuites. Le 30 octobre, ce dernier a confirmé que des employés de Blackwater impliqués dans la fusillade s’étaient vu offrir une certaine forme d’immunité en échange de leurs dépositions."».(6)

 

        Mais, bien que Baghdad ait interdit à Blackwater d’opérer sur le territoire irakien après la fusillade de 2007, dans l’espoir de faire oublier son passé, Blackwater a d’ailleurs changé son nom, en février 2009, pour «Xe Services LLC». Xe assure toujours le transport aérien des diplomates américains qui y sont envoyés. Son contrat de deux ans, d’un montant de 217 millions de dollars, arrive à expiration le 3 septembre. ´´Mais nous en passer complètement ne serait guère envisageable dans les circonstances actuelles´´, avait déclaré la secrétaire d’Etat. D’ailleurs, le 3 septembre 2009, le département d’Etat américain a fait part de la prolongation du contrat de la société américaine Blackwater pour protéger la vie des diplomates américains en Irak, selon certaines sources d’information. Pourtant, le gouvernement de Nouri al-Maliki a interdit d’activité en Irak la société de sécurité Blackwater. C’est dire si la souveraineté de l’Irak est limitée...

 

         «Si l’on croit la théologie catholique "une guerre juste" doit obéir à trois conditions, (...) La première des trois conditions énoncées par saint Thomas est que la guerre ne peut être légitimement décidée que par l’autorité politique souveraine qui a pour fin principale de connaître et de promouvoir le bien commun de la cité ou société politique parfaite. (...) La deuxième condition de la guerre juste est que la guerre soit entreprise pour une cause juste (..°) La troisième condition de la guerre juste est ainsi la rectitude de l’intention de celui qui fait la guerre. L’autorité politique suprême peut entreprendre une guerre pour une cause juste mais en étant mue principalement par une intention mauvaise. (...) On pourrait ajouter une condition que saint Thomas n’affirme pas explicitement: il faut que le belligérant use de moyens militaires légitimes. Il n’est donc pas permis d’user de n’importe quel moyen militaire pour vaincre son ennemi. Il y a des actes qui sont toujours mauvais en eux-mêmes et il n’est jamais permis de les poser. L’intervention des armées américaines et anglaises en Irak, décidée sans l’assentiment du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies»(7) 

 

          Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant pas morales. Quand Bush avait envahi l’Afghanistan, c’était pour délivrer les Afghanes, maintenant c’est pour combattre le terrorisme. Et demain? Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis...

1.Un raid de l’OTAN fait 90 morts en Afghanistan: Le Monde.fr AFP, Reuters et AP 04.09.09

 

2.Les mercenaires Encyclopédie libre Wikipédia

 

3.Gérard Davet, Fabrice Lhomme, Profession: mercenaire français en Irak. Le Monde 25 112005

4.M.Landler, M.Mazzetti Washington a du mal à rompre avec Blackwater. NYTimes 24.08.09

5.Affaire BW: Que s’est-il vraiment passé le 16 septembre? Courrier international 03.10.2007.

6.Barnabé Chaix. Quelle responsabilité pour les mercenaires américains? Courrier International 31.10.2007

7.Qu’est-ce qu’une guerre juste? http://www.etudesfda.com/SPIP/spip.php?article48

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Ecole Polytechnique Alger. Enp-edu.dz

 

L’impunité des mercenaires

Nicolas Machiavel
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 23:50




 

«Les hommes t’interrogent au sujet de l’Heure. Dis: Dieu seul la connaît.» «Qui donc pourrait te renseigner? Il se peut que l’Heure soit proche!»
(Coran: Sourate XXIII, les Factions, verset 63)

 

     En ce début de millénaire, le temps est mesuré avec un précision diabolique. Il n’a jamais, cependant, été aussi insaisissable. Depuis plus d’un siècle maintenant, l’accélération des progrès de certaines techniques, principalement celles des communications, a contribué à raccourcir considérablement les durées. Ce début du XXIe siècle, dans les sociétés occidentales et par contagion dans les sociétés orientales, a vu la disparition des rites de passage qui se font de plus en plus rares. Rien ne vient plus marquer le passage entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. La tradition actuelle a perdu ses racines et a de la difficulté à scruter l’horizon. On esthétise la jeunesse dans une beauté plastique, dans un présent éternel, sans lui donner d’éthique, de sens. Les héros qu’offrent les massmédias à la jeune génération sont prisonniers d’une immortalité tragique. Vieillir est dévalorisé. Dans les sociétés traditionnelles, l’âge de la sagesse était valorisé en ce qu’il était le gardien et la mémoire des traditions. L’existence humaine et sociale était ainsi bouclée comme un cercle où l’expérience rencontrait la fougue, où la jeunesse échangeait avec l’âge mûr. La tradition, par le biais de la transmission, devenait presque éternelle. Aujourd’hui, tout est différent.



Qu’est-ce que le temps?

          Le temps nous affecte sans cesse, nous voudrions nous arrêter, et le regarder couler; peine perdue, nous sommes inexorablement dans le temps. Nul ne peut l’arrêter à l’aide d’un feu rouge, ni le suspendre à un portemanteau. Y a-t-il un début et une fin du temps? Le temps est-il rigide ou élastique. Le temps est toujours là, autour de nous, inexorable, silencieux, imperturbable dans cette feuille qui tombe, dans ce mur qui s’écaille, dans cette bougie d’anniversaire qui s’éteint, dans ces rides sur le visage de notre mère. Les traitements et crèmes de toutes sortes n’arrêtent pas le cours inexorable, mais donnent l’illusion factice de la jeunesse, c’est-à-dire l’impossible arrêt du temps Un système ordonné a une entropie minimale. Avec le temps, l’entropie ne fait que croître, la vieillesse et la mort sont donc une augmentation du désordre de l’organisme. Ceux qui vivent vieux, arrivent à contrôler la cinétique de détérioration des cellules, c’est-à-dire en définitive, à freiner l’augmentation rapide et désordonnée de l’entropie.

 

        Depuis les années 20 du siècle dernier, les scientifiques sont convaincus que l’univers a vu le jour à partir du néant à la suite d’une explosion reconnue sous le nom de ´´big-bang ´´. En deçà du big-bang qu’y avait-il? Ici, honnêtement, la science ne sait plus que balbutier, et parle en termes pittoresques de «soupe primitive». En d’autres termes, la science tente de nous expliquer comment l’Univers a vu le jour après le «mur de Planck», soit 10-43 seconde, avant c’est pour la science, le mystère, d’autant qu’elle est incapable de nous expliquer-est-ce bien son rôle?- pourquoi cette chaîne causale des événements. De plus l’idée que la création de l’Univers est le fruit du hasard et non le résultat d’une conception volontaire pose problème. Aujourd’hui, certains scientifiques appellent l’élaboration extraordinaire de la vie le ´´principe anthropique´´: ce principe stipule que tout ce qui existe dans l’Univers, jusqu’au plus petit détail, est soigneusement arrangé pour rendre la vie humaine possible. D’autres, émules de Jacques Monod, s’en tiennent au hasard. Pour les croyants, il est erroné de penser que l’Univers ait été créé en vain. Il est dit dans le Coran: ´´ Je n’ai pas créé le ciel et la terre et tout ce qu’il y avait entre ces deux éléments sans aucun but. C’est l’opinion que tiennent les mécréants. ´´(1) 

 

Le temps de la science

 

      Il y a au moins deux sortes de temps: le temps physique, objectif, celui des horloges, et le temps subjectif, celui de la conscience. Le premier est censé ne pas dépendre de nous, il est réputé uniforme et nous savons le chronométrer. Le second, le temps que l’on mesure de l’intérieur de soi, dépend évidemment de nous et ne s’écoule pas uniformément: sa fluidité est même si variable que la notion de durée éprouvée n’a qu’une consistance très relative. A l’instar du fleuve, le temps a un cours: il s’écoule inexorablement du passé vers l’avenir. Le principe de «causalité» indique qu’une cause ne peut qu’être antérieure à ses effets, de ce fait, on impose au temps d’avoir une direction à moins de remonter le temps...Admettre le modèle du big-bang, pour un physicien, c’est reconnaître l’impossibilité d’extrapoler indéfiniment vers le passé à l’aide des lois de la physique.

 

         Nous ne savons donc rien de l’origine de l’Univers, rien non plus de l’origine du temps. Nous pouvons comprendre que l’Univers a eu une histoire. Est-ce à dire qu’il a eu un début? Est-il apparu dans un temps lui préexistant, ou bien son émergence a-t-elle été contemporaine de celle du temps? Le temps de la physique est réputé uniforme et ne dépend pas de nous. C’est le temps qu’affiche nos montres. L’étalon est la seconde défini comme la durée de 9 192 631 770 périodes de l’onde électromagnétique émise ou absorbée par un atome de césium 133 lorsqu’il passe d’un niveau d’énergie à un autre. Bien sûr, on peut tenter de définir le temps: dire qu’il est ce qui passe...quand rien ne se passe; qu’il est ce qui fait que tout se fait ou se défait; qu’il est l’ordre des choses qui se succèdent; qu’il est le devenir en train de devenir; ou, plus plaisamment, qu’il est le moyen le plus commode qu’a trouvé la nature ou Dieu pour que tout ne se passe pas d’un seul coup.(2)  

 

         Le temps est subjectif, il ne s’écoule pas uniformément, le temps psychologique est un caoutchouc, il a ses rythmes et variations. Chacun sait qu’une minute passée à attendre un feu rouge ou le bon vouloir d’un agent de police, peut paraître une éternité, contrairement à une minute passée à converser en bonne compagnie. Le temps de l’ennui est interminable, celui de la joie est intense et très bref, même si dans une expérience personnelle, il dure plus longtemps que celui de l’ennui. Comment alors concilier les deux temps? Ne peut-on pas dire, alors, que le bonheur, c’est une contraction du temps de l’ennui, et une dilatation de celui de la joie?

 

Le temps et les relgions


         Chacun de nous mourra. Loin de pouvoir tuer le temps, c’est lui qui nous dévore. Chacun sait constamment qu’un moment doit survenir où il n’y aura plus d’avenir; le présent s’efface devant le passé.. Le temps nous est donc compté, nous n’avons qu’une part plus ou moins épaisse en termes de durée, mais une part finie. C’est pourquoi toute évocation du temps est chargée d’angoisses, de spleen, de fantasmes, d’espérances, voire aussi de résignation. Cette nostalgie est une constante de la nature humaine. Nous voulons nous révolter contre la mort, en pensant au paradis, à la réincarnation, à procréer pour laisser une trace de nous-mêmes sur terre. C’est là, pour les croyants, que les «religions» entrent en scène pour apaiser nos angoisses sans les faire disparaître. Elles deviennent seulement plus apprivoisées. C’est donc dans les religions que le caractère ´´construit´´ de la perception du temps apparaît de la façon la plus évidente. Le trait fondamental de tous les systèmes est que le temps n’est pas homogène. Ils identifient toujours un ´´moment central´´, un moment ´´de plénitude´´, qui représente l’embryon vital, mais aussi la synthèse et la récapitulation, de la totalité du temps.(3)

 

          Pour le Christianisme, ce moment est la naissance du Christ. Pour les Musulmans, la date fondamentale est le 16 juillet de l’année 622 de notre ère, date de la Hijra ou ´´émigration´´, et sera appelée l’Hégire. Pour les Juifs, la date fondamentale est celle de la création d’Adam et Ève, fixée en l’an 5767 avant l’année 2009. Selon le Judaïsme, le temps est créé par Dieu.
Dans le livre de la Genèse (chapitre 1), Dieu a créé, non seulement le monde entier, mais également le temps et toute sa structure: une semaine de sept jours, un mois de dix-huit jours et une année de douze ou treize mois. Dieu a créé le temps, et c’est dans le temps et par le temps dont Il dispose souverainement qu’Il crée tout son ouvrage, c’est-à-dire l’Univers et, en particulier, l’homme. D’où l’importance accordée dans le récit de la Genèse au temps de la création, émergeant d’un monde chaotique, le tohu bohu. Le temps y est considéré comme cyclique à travers les fêtes juives. Ainsi, la célébration de la Pâque actualise cette fête chaque année. De même, l’étude de l’Écriture accentue l’actualité de l’histoire biblique. Cette dernière rejaillit sur l’histoire présente, mettant en valeur l’importance de l’observance de la Loi et de l’éthique.

         Pour saint Augustin, les événements sont les filins tissés de l’étoffe du temps. «Qu’est-ce donc que le temps? Si personne ne me le demande je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus.» Voilà ce qu’en pensait saint Augustin. À l’heure où st Augustin a rédigé ses Confessions, il y a tout lieu de penser, que pour se repérer dans le temps, il avait à sa disposition un cadran solaire, un sablier, peut-être même une clepsydre.

 

          Dans l’Islam, il faut souligner que les 5 fondements (arkane) de l’Islam segmentent pour le croyant le temps au temps. En effet, la ´´chahada´´ (déclaration de foi) est censée être répétée tout le temps, la prière est accomplie 5 fois par jour, le jeûne (Ramadhan) est exigé une fois par an, la ´´zakat´´ (don proportionnel aux biens) distribuée une fois par an, enfin le pèlerinage (hajj) à la Mecque une fois par an à une période bien déterminée.(5)

 

           Dans une conférence intitulé les «Sciences de l’homme et de la société appliquées à l’étude de l’Islam», le professeur Mohamed Arkoun s’interrogeait sur le rapport de la vérité au temps dans le Coran, il écrit: «....Mais au temps coranique constitué par le temps fini de la vie terrestre totalement articulé au temps infini de la vie éternelle, le temps céleste servant ainsi de cadre et de référent obligé au temps terrestre en tant que durée vécue. Le temps coranique est un temps plein: chaque instant de la durée vécue est remplie par la présence de Dieu actualisé dans le culte, la méditation, la remémoration de l’Histoire du Salut, la récitation de la Parole révélée, la conduite éthique et légale conforme aux "ahkam"».

 

             «On voit la source des malentendus: ne considérer que le temps chronologiste des faits tels que cherche à les établir l’historien "moderne"- entendons coupé, précisément, du cadre temporel de l’entendement instauré par le Coran et plus généralement, les Ecritures de la Tradition monothéiste- c’est refuser de pénétrer dans cette historicité spécifique comprise et vécue comme le rapport maintenu de la vérité à ce que j’ai appelé le temps plein, par opposition au temps éclaté de la séparation radicale des instances du séculier (le politique, le mondain, le profane) et du religieux (le spirituel, la vie terrestre articulée à la vie éternelle, le sacré; en Islam, Din Dunya, Dawla).»(6) 

 

          Dans la sourate XVIII du Coran «La Caverne», le temps est décrit en termes de relativité. Cette sourate rappelle la légende chrétienne des sept dormants d’Ephèse. Ces derniers endormis dans une caverne, se réveillent deux ou trois siècles plus tard, ils pensent avoir dormi un jour et une partie d’un jour. La relativité du temps nous amène une fois de plus à faire le distinguo entre le temps subjectif et le temps objectif.(7)

 

          En Occident, la connaissance du temps a fait des progrès extraordinaires depuis la Renaissance qui correspond au déclin inexorable du monde musulman qui ne fait que suivre et consommer. L’empire ottoman vermoulu, puissance tutélaire battue par les impérialismes européens, n’a pas su prendre à temps les virages technologiques rendus nécessaires par la marche du monde.. L’Histoire retiendra que Haroun Er Rachid offrit à Charlemagne un clepsydre qui mesurait le temps. C’est dire si ce fut une révolution technologique majeure pour l’époque. Charlemagne envoya comme cadeau au calife de Baghdad des..lévriers. Nous payons de nos jours ce «roukoud» au quotidien et un homme de science israélien a bien raison d’écrire ceci: «En Occident on créé des puces (d’ordinateurs), vous les Arabes vous vous cherchez des poux dans la tête»

 

          Quel sera le temps de l’humanité à venir? Le retour en force du religieux fait, les calendriers d’origine religieuse ne sont pas près de mourir. Et il est bien qu’il en soit ainsi, car ces calendriers ont su créer et enraciner des fêtes, des coutumes et des valeurs d’une intensité et qualité extraordinaires. Pour le professeur Pierre Boglioni: «De plus en plus, à côté des temps forts traditionnels de chaque culture, émergent des fêtes qui renvoient non à des dates d’un passé spécifique (juif, chrétien ou musulman), mais à des moments structuraux de l’expérience humaine universelle: fête du père, fête de la mère, fête de la nature, fête du travail, fête de l’amitié. Peut-être, un jour, la fête la plus importante, la plus intense et la plus sacrée, chez tous les peuples et dans tous les calendriers, sera la fête de la paix universelle et irrévocable entre tous les peuples. Cette fête sera la synthèse ultime des valeurs que tous les calendriers ont voulu transmettre, depuis le début du temps humain. L’humanité aura alors la même mesure du temps, celui de l’avènement de la sagesse»(3).


1.Coran: Sourate Sad: 27.

 

2.Etienne Klein. Bulletin du C.I. R Études Transdisciplinaires n° 12 - Février 1998

 

3.Pierre Boglioni Université de Montréal.

 

4..Saint Augustin. Op.cité p.330).

 

5.Omar Saadi Elmndjra. Le temps est maître du XXIe: http://www.multimania.com /

 

6.M.Arkoun: Islam dans l’histoire: Maghreb-Machrek.p.5-24, n°102. (1983).

 

7.Coran: Sourate XVIII; La Caverne, versets 17 à 25).

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 23:43

«Notre armée est pure (...), elle ne tue pas d’enfants. Nous avons une conscience et des valeurs et, à cause de notre morale, il y a peu de victimes [palestiniennes].»


Des généraux israéliens dans Tsahal, film réalisé par Claude Lanzmann


Le 25 septembre 1994, Claude Lanzmann déclarait que son intention était de présenter une armée juive pourvue, selon lui, de caractères moraux spécifiques par rapport aux autres armées Examinons rapidement la spécificité de Tsahal. Sans remonter loin dans l’histoire, dans un rapport adressé au secrétaire général de l’ONU le 21 octobre 1994, le commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban a attiré l’attention sur l’emploi par Israël, dans le sud du Liban, d’obus antipersonnel, dits «obus à fléchettes», armes interdites par la 4e convention de Genève (Le Monde, 25 octobre 1994).Depuis, Israël bafouant toutes les conventions a avoué, récemment, qu’elle a utilisé du phosphore à Ghaza pour combattre le Hamas. Voilà pour l’une des facettes de la moralité. Examinons l’autre face de la pureté de Tsahal.


Tout est parti d’un article du plus grand quotidien suédois, Aftonbladet qui a «scandalisé» Israël. Il concerne justement l’implication de l’armée israélienne dans un trafic d’organes. L’auteur suggérait que les soldats israéliens tuaient de jeunes Palestiniens et volaient leurs organes. Israël a répondu avec colère à cet article, accusant la Suède de publier un article accusant ´´les Juifs de crime rituel´´ et demandant que les autorités nationales condamnent officiellement l’article. ´´Dans son article ´´Våra söner plundras på sina organ,´´ qui se traduit par ´´ on pille les organes de nos fils´´ Donald Bostrom raconte l’histoire du rôle d’Israël dans le ´´scandale international de transplantation d’organes´´ et comment lui-même a été témoin d’une attaque contre un jeune homme palestinien par les soldats israéliens en Cisjordanie en 1992. ´´Des personnes disparaissent et on les ramène après qu’une autopsie ait été pratiquée sur eux. Nous pensons qu’ils volent leurs organes´´, ont -ils dit à Bostrom, d’après lui. ´´En 1992, sur 133 Palestiniens qui avaient été tués, 53 avaient été autopsiés, selon Bostrom. Les corps avaient été autopsiés à l’Israel’s Abu Kabir Forensic Institute, (Institut médico-légal d’Abu Kabir d’Israël) et plus tard rendus à leurs familles. (...) »


« Dans les années 90, il se souvient comment certaines mères palestiniennes n’étaient pas autorisées à laver les corps de leurs fils morts qui leur avaient été rendus. ´´Il y a simplement trop de questions restées en suspens´´, insiste-t-il. ´´Tout spécialement quand c’est bien connu qu’Israël est - selon des révélations faites dans un magazine du New York Times en 2001 - ´´l’une des nations les plus actives sur le marché international du trafic d’organes´´. ´´ En Israël, et dans une autre poignée de pays, dont l’Inde, la Turquie, la Russie et l’Irak´´ selon les révélations faites par Michael Finkel, ´´ les ventes d’organes sont menées presque ouvertement. En Israël, il y a même un accord tacite du gouvernement sur cette pratique de système national de santé - le programme d’assurance couvre une partie, et parfois tous les frais de transplantations arrangées.´´(1) Le même journal «récidive» le dimanche soir 23/8. Le nouveau rapport montre les témoignages d’une famille palestinienne du village d’Amatin. La mère du martyr, Bilal Ghaneim, a dit dans ce rapport que les soldats sionistes ont remis le corps de leur fils après avoir été tué, le 13 mai 1992, par un hélicoptère de l’entité sioniste et ont fait retourner son corps après plusieurs jours. Elle a dit que le corps de leur fils était dans un sac noir après qu’on a pris ses dents et ouvert sa poitrine ».


Un autre scandale en son temps mais qui a été «oublié» est l’affaire de l’hôpital Abu Kabir qui disposait d’un grand stock d’organes dont on se doutait de la provenance. Ceci a amené le procureur général de l’Etat, Elyakim Rubinstein, à ordonner à la police de lancer une enquête contre le professeur Yehuda Hiss, directeur de l’Institut médico-légal d’Abu Kabir. Hiss est l’objet d’une longue liste d’accusations depuis un comportement inapproprié en tant que professionnel médical à des actes criminels comme la vente illégale et des transactions d’organes et de parties du corps, l’ablation d’organes de personnes décédées sans consentement et de donner un état inexact des organes présents dans le corps restitué. Une perquisition effectuée à l’institut a découvert d’importants stocks d’organes prélevés illégalement sur des cadavres. Ces dernières années, il s’avère que les dirigeants de l’institut ont donné des milliers d’organes à la recherche sans y être autorisés, tout en entretenant un stock d’organes à Abu Kabir. L’article date de 2002, soit deux années après le retrait des troupes sionistes du Sud Liban ; retrait au cours duquel l’armée sioniste n’aurait essuyé aucune perte. Alors d’où viennent ces milliers d’organes si ce n’est des corps des Palestiniens assassinés par l’armée la plus morale du monde?(2)


L’affaire ne s’arrête pas là. On s’aperçoit par ailleurs qu’il y a des ramifications aux Etats-Unis. Pour le Jérusalem Post du 26 juillet : ´´Un retentissant scandale de corruption entre New York et Israël. Cinq rabbins, trois maires de l’Etat du New Jersey et deux députés ont été arrêtés jeudi par le FBI. Les charges sont graves : pots-de-vin, extorsion de fonds, blanchiment d’argent et même trafic d’organes. (...) Un autre suspect, Levy-Izhak Rosenbaum, 58 ans, est accusé de trafic de reins, récupérés de donneurs israéliens. Il les aurait obtenus pour 10.000 dollars avant de les revendre 160.000 dollars. Le FBI a mis les moyens pour ce gigantesque coup de filet : plus de 300 agents ont été mobilisés pour arrêter les 44 suspects. D’après le procureur du New Jersey : «Il semblait que tout le monde voulait prendre part à l’action. La corruption était généralisée et envahissante.» Les politiciens ont vendu leurs services aux rabbins qui «masquaient leur activité criminelle de grande envergure derrière une façade de rectitude». Les goniffs achetaient des reins, en Israël, à des «personnes vulnérables» pour 10.000 dollars et, ensuite, les acheminaient vers leurs associés rabbiniques qui les revendaient 160.000 dollars aux Etats-Unis. (Associated Press, 25 juillet 2009).(3)


Déjà en 2002, Nancy Scheper-Hughes, professeur à Berkeley, avait alerté le FBI sur le fait que Rosenbaum était un intermédiaire pour un gang international de trafic de reins. Il se servait de villageois moldaves comme donneurs. Il leur promettait des emplois aux Etats-Unis, puis les contraignait à «donner» leurs reins à des receveurs qui se faisaient passer pour des membres de sa famille, et il les menaçait avec un pistolet s’ils résistaient.(4)


Dans le même ordre, deux médecins israéliens et trois autres personnes, soupçonnés de trafic d’ovules humains, ont été arrêtés et mis en détention en Roumanie. Les deux gynécologues israéliens sont accusés «du trafic d’ovules humains, réunion de malfaiteurs, et pratique illégale de la médecine,» a indiqué à l’AFP le procureur en chef du département du crime organisé de la Roumanie, Codrut Olaru. Le consul général israélien à Bucarest, Lili Ben-Harush, a identifié les Israéliens détenus comme étant le professeur Nathan Levitt et Dr Genya Ziskind. Ils sont suspectés de recruter des femmes roumaines âgées entre 18 et 30 ans et de les payer 800 à 1000 leis ($271 $338) pour leur ovules, et revendent ensuite les ovules entre 8000 à 10.000 euros ($11,339-$14,174) aux femmes qui requièrent une fertilisation artificielle, a rapporté le quotidien roumain Gardianul.(5) Toujours avec la Roumanie, le journal israélien de gauche Haaretz faisait état, dès décembre 2001, des doutes des autorités roumaines vis-à-vis d’une une agence israélienne d’adoption, soupçonnée de participer à une conspiration de trafic d’organes à l’échelle internationale.(6)


Le trafic d’organes n’est pas la seule activité lucrative illégale de la médecine israélienne. Toujours selon le quotidien Haaretz (article de Zvi Zrahiya et Jonathan Lis du 23 octobre 2006), des docteurs du Kaplan hospital de Rehovot et du Hartzfeld geriatric hospital de Gedera ont effectué des ´´expériences médicales´´ sur des patients, entraînant la mort de douze d’entre eux. Et il ne s’agit pas de ´´cas isolés´´, puisque douze médecins sont impliqués. Aucun de ces Mengele israéliens n’a été arrêté - ce serait sans doute trop ´´antisémite´´...Le trafic d’organes a toujours été la marque des guerres dissymétriques. Si l’idéologie du IIIe Reich explique d’une certaine façon l’eugénisme à grande échelle, et le travail «scientifique de Mengele», il est alors compréhensible que des trafics d’organes soient faits en temps de guerre. Ainsi, des prisonniers serbes ont eu certains de leurs organes prélevés par des Albanais pendant la guerre du Kossovo. Carla del Ponte l’ancienne procureur du TPI (Tribunal pénal international) décrit cela dans son ouvrage : « The hunt : Me and the criminals ». Ed. Feltrinelli 2008 : «Les victimes un rein en moins étaient enfermés jusqu’à ce qu’ils soient tués pour prélever d’autres organes.»


«Le ministre suédois Carl Bildt, sur son blog, où il compare malicieusement la nécessité de laisser s’exprimer toutes les opinions au sujet d’Israël avec la tolérance accordée, par le Danemark en 2006, à la publication des caricatures du Prophète Mohammed. Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeld s’est impliqué sur la question, estimant que "personne ne pouvait exiger du gouvernement suédois qu’il viole sa propre Constitution".(...) En 2006, la plupart des médias occidentaux invoquaient le principe de la liberté de la presse pour publier les caricatures du Prophète Mohammed, malgré les émois suscités dans la communauté musulmane, inquiète d’y voir une forme déguisée d’islamophobie. Dans les prochains jours, la controverse sera-t-elle sérieusement traitée par les journalistes occidentaux avec la même "envergure", malgré les accusations, par certains, de sensationnalisme crypto-antisémite? Ou bien, démontrant la loi récurrente, du "deux poids, deux mesures", le scandale sera-t-il progressivement confiné aux médias alternatifs et étouffé, dès lors, dans le débat public? L’avenir proche le dira.»(7)


Il faut toutefois remarquer que le trafic d’organes n’est pas une spécificité de tel ou tel pays. Cependant et comme nous allons le voir dans le cas de la Chine que l’on brandit souvent, ce pays assume «sa méthode». Brice Pedroletti écrit à ce propos : «La Chine doit ´´mettre en place aussi vite que possible un système adéquat pour les dons d’organes conformément aux standards internationaux´´, a déclaré le vice-ministre de la Santé chinois, Huang Jiefu, lors du lancement, le mardi 25 août, d’un nouveau système, géré par la Croix-Rouge chinoise, pour encourager le don d’organes après la mort. L’objectif est de ´´juguler le marché informel des organes et de remédier à la pénurie´´, selon l’hebdomadaire Caijing, dans un contexte où ´´la vaste majorité des organes proviennent de prisonniers exécutés et du marché noir´´. (...)Les prisonniers exécutés qui, selon le China Daily, constituent 65% des ´´donneurs´´, ´´ne sont certainement pas une source appropriée pour les transplantations d’organes´´, a reconnu le vice-ministre de la Santé».(8)


La vraie compassion croisée entre les Palestiniens et Israéliens Nous rapportons dans ce qui suit un cas de générosité qui transcende la douleur. Dans le camp de Jénine, les photos de martyrs s’affichent ostensiblement sur les murs. La grande majorité des gens vivant ici ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille. Je m’arrête devant l’image d’un petit garçon, un petit brun aux yeux brillants, il doit ne pas avoir plus de 12 ans. Juste en dessous, on peut lire : «Ahmed Khaldi, mort sous les balles des soldats israéliens en 2005.» On me propose de rencontrer le père de l’enfant. Celui-ci m’accueille avec un grand sourire, les mêmes yeux que son fils, le visage est serein. Je me demande comment on peut arriver à vivre après que la chair de sa chair ait pu disparaître de la sorte? Ahmed est mort en 2005 à l’âge de 11 ans. Comme chaque jour, il sortait jouer avec ses potes dans les rues du camp. Il y a eu cette incursion israélienne, Ahmed portait une arme en plastique. Le soldat israélien a visé juste : trois balles sont venues se loger dans le corps de l’enfant, des balles fatales. Dans un hôpital, un enfant israélien attend une greffe du coeur. Un médecin demande au père d’Ahmed de faire don du coeur de son fils. Il accepte. «Le corps de mon enfant servira de symbole de paix et montre à quel point nous voulons la paix», dira le père de l’enfant décédé. Nous voici avec lui, quatre ans après le terrible drame, ses yeux paraissent fatigués, mais aucune «haine» qu’on puisse déceler dans son discours. Il boit son café lentement. : «Ce n’est pas un problème de personne ni de religion, c’est l’occupation qui nous empêche d’avoir une vie normale.»(9)


Cet exemple n’est pas unique : une maman israélienne a fait de même, comme rappelé dans une célèbre allocution de Nouréini Tidjani-Serpos de l’Unesco devant Yasser Arafat en 1997. [...] Récemment, les parents d’un enfant israélien victime d’un accident mortel de la circulation ont décidé de faire don du coeur de leur fils à une fillette palestinienne qui, autrement, aurait été condamnée à mort à cause d’une maladie cardiaque irréversible. Quand la mère de la fillette arabe s’est rendue chez la mère du garçon israélien pour la remercier de ce geste, la maman juive a dit que, par ce don, son fils continuait à vivre, à travers la fillette.(10)


Que peut-on en conclure? Le trafic d’organes est une caractéristique de beaucoup de pays, c’est une industrie florissante. Ce qui est nouveau, c’est l’implication d’une armée que l’on nous dit pure et qui fait qu’elle se sert dans le vivier de la banque d’organes ambulante constituée par les Palestiniens. Est-ce moral de la part du peuple élu? La question reste posée.


1.Donald Bostrom : Våra söner plundras på sina organ´´ (Aftonbladet Kultur) 17 août 2009


2.http://www.allbusiness.com/middle east/israel/102262-1.html 4 janvier 2002


3.S.Landau : The Kidney Broker and the Money Laundering Rabbis. CounterPunch, 7.08.2009


4.Science, medicine and anthropology. 27 juillet 2009, http://www.somatosphere.net/


5.La Roumanie fait sauter un réseau israélien de trafic d’ovules humains. Alterinfo 27.08.2009


6.http://www.haaretz.co.il/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=105107&sw=Romania.


7.Hicham Hamza : Israël accusé de trafic d’organes, 24 août 2009 site oumma.com


8.Brice Pedroletti. La Chine veut lutter contre le trafic d’organes. Le Monde 28.08.09


9.Un enfant israélien reçoit le coeur d’Ahmed, tué par un soldat de Tsahal Sanâa H. En voyage 24/08/2009


10.Unesdoc.unesco.org/images/0010/001099/109904f.pdf


Pr Chems Eddine CHITOUR


Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 23:26

VDIDA :L’hommage à toutes les mères
 «Tu agréeras Dieu lorsque tu seras heureux des calamités qui s’abattent sur toi tout comme tu es heureux des bienfaits qui descendent jusqu’à toi, car tout vient de la part de Dieu.»

Rabi’ate al ‘addaouiya

 

 

       30 août 1979. Le ciel nous tombe sur la tête. Notre mère Vdida se meurt; Vdida est morte. En ce mois béni de Ramadhan, je veux apporter mon témoignage à travers un vécu auprès d’une mère exceptionnelle que Dieu a rappelée à Lui, de l’importance et de l’éducation d’une mère et de la nécessité de lui donner toute l’attention, tant il vrai que sans les mères, il n’y aurait pas d’identité propre bien ancrée dans l’histoire.

 

          Je veux évoquer le cheminement exceptionnel de cette mère, de cette maman comme celui de toutes les mamans du monde qui, à bien des égards, constituent les ciments des sociétés. Dix jours plus tôt, Vdida se plaignait de maux de ventre et tout en souffrant en silence, elle ne voulait pas nous effrayer, nous dûmes l’amener à l’hôpital. Le diagnostic fut sans appel: pancréatite: «Un coup d’éclair dans un ciel serein.» Opération immédiate en vain; transfert dans des conditions épiques à Paris (hôpital de la Pitié).

 

L’affection d’une mère

            Sa dernière inquiétude alors qu’elle était sur son lit trachéotomisée fut de s’adresser à nous, en nous interrogeant du regard si nous étions correctement hébergés. Nous la rassurâmes, elle ferma les yeux en signe de compréhension. A l’article de la mort, elle ne pensa pas à elle, elle pensait à notre confort. Je ne puis m’empêcher de me rappeler une histoire, parmi des milliers, qu’elle nous racontait avec son savoir-faire et qui permet mieux que mille discours de prendre la mesure de l’affection d’une mère. C’est une maman qui suit son fils, qui l’amène au plus profond de la forêt et qui l’abandonne. Vinrent à passer des cavaliers qui trouvent la maman en pleurs. «Qu’as-tu el hadja? Ne pleure pas, nous allons te reconduire chez toi, n’aie pas peur!» D’une façon admirable, la maman répond: «Je n’ai pas peur pour moi, mais j’ai peur pour mon fils, il fait nuit et les loups peuvent le manger!» Cette histoire parmi tant d’autres nous permet de mesurer, mais le peut-on réellement? l’amour d’une mère qui a suivi aveuglément son fils qui voulait s’en débarrasser et qui n’a pas pensé un seul instant à sa propre sécurité mais à celle de son fils. 

           Ma mère mourut deux jours après à 2000 km de son pays qu’elle n’avait jamais quitté, elle mourut dans l’indifférence froide d’un corps médical qui a perdu toute humanité et compassion. J’ai dû supplier une infirmière qui me disait: «Votre mère a des nuits agitées» en lui demandant de lire quelques phrases rassurantes que je lui ai écrites dans notre langue: «Labesse, Outgoudhara, Yalla Rabbi» «n’aie pas peur, Dieu viendra à notre secours». Il paraît qu’elle eut pendant cette nuit-là un sommeil apaisé avant le grand sommeil... 

 

           Qui est au juste Vdida? mot affectueux que nous utilisions à la place de Khadidja. En un mot comme en mille, Vdida est une Maman avec tout ce que cela comporte comme affection. Ma mère - solide paysanne du terroir - avec un bon sens mâtiné par des citations tirées du vécu d’un Islam simple, un Islam tolérant fait de crainte de Dieu, de traditions et de superstition. Il est vrai qu’à l’époque et au regard du désastre actuel, l’Algérie ne s’est pas dissoute durant la longue nuit coloniale culturellement et cultuellement, grâce à nos mères à qui on ne rendra jamais assez hommage. Leur relation simple à la vie dénuée de tout calcul mesquin était en définitive, un «art de vivre», qui leur permettait de rayonner et de goûter en toute simplicité, toute humilité, à la vie avec des repères identitaires et des approches sur le sens de la vie que ne renieraient pas les plus grands philosophes tant ils sont frappés du bon sens. Elle n’avait pas fait d’études, mais elle était plus érudite que nous. Une anecdote cependant, elle apprit, rien qu’en écoutant mon père apprendre à mon frère la table de multiplication. Elle la faisait répéter plusieurs fois à mon frère pour lui éviter d’encourir le courroux de mon père. 

 

         Tout en étant pieuse, notre mère Vdida aimait la vie - une vie simple - qui ne fut pas facile pour elle. Imaginez le pays kabyle au plus fort de la Seconde Guerre mondiale avec le marché noir, la misère sans nom pour les indigènes et la chape de plomb d’une colonisation qui pensait durer mille ans après les massacres à grande échelle de mai 1945. Elle garda vaillamment le cap avec mon père et nous fûmes élevés et instruits en profitant de tous les interstices de tolérance permis par le pouvoir colonial. 

 

          Nous fûmes des «voleurs de feu» pour reprendre l’élégante expression de Jean El Mouhoub Amrouche. Ma mère était une croyante tolérante qui ne voyait que le bien et pour ainsi dire jamais le mal. Une croyance simple consolidée par un Islam maghrébin de quatorze siècles à des années lumière du «m’as-tu-vu actuel» qui fait que la foi individuelle est plus vue dans le regard des autres que vécue personnellement. La foi s’étant refroidie en rites, nous, nous contemplons un pays qui a perdu ses repères et qui adapte ceux des autres. 

 

        Bien plus tard, j’ai découvert ainsi les personnages pour nous mythiques et non des moindres dont elle nous parlait, le soir au coin du feu. J’ai découvert Rabi’ate el ‘addaouya une mystique qu’elle prenait en exemple. Bien des années plus tard, j’ai su par la littérature, que Rabi’a fut l’un des premiers mystiques de l’Islam à avoir dépassé la démarche ascétique pour appeler à l’union parfaite avec Dieu et la célébrer dans des poèmes d’une brûlante ferveur et ceci bien avant Hallaj et les maîtres du soufisme.

 

      Elle nous parlait aussi de l’imam El Medjdoub, ce poète errant. Je me souviens de quelques vers qu’elle nous récitait avec verve: «La Tkhamam La Tdabar, La Tarfad Al-ham Dima, Al-Falk Ma ho Msamar, Wa La Dania Mkima» «Ne pense pas trop et ne cherche pas trop. Ne prends pas la tristesse éternellement. Les planètes ne sont pas fixes - et la vie n’est pas éternelle.» Nous étions en extase devant les récits des souhaba, ces compagnons du Prophète (Qsssl) qui ont fait la grandeur de l’Islam. Pendant ce temps à l’école, on nous apprenait que nos ancêtres étaient gaulois... et gare à celui qui l’oubliait.

 

           Je me suis souvent interrogé comment ma mère, cette fille du plus profond du terroir, était arrivée à connaître le cheminement voire les sacerdoces des maîtres soufis. Elle apprit le Coran en écoutant et en imitant les autres dans une atmosphère familiale imprégnée de la crainte de Dieu Avec sa «foi du charbonnier», elle nous disait souvent: «Mimouna ta’rafe Rabbi oua Rabbi ya’rafe Mimouna», «Mimouna connaît bien Dieu et Dieu connaît Mimouna». Nous devinons vaguement que Mimouna avait une foi chevillée au corps mais qui ne s’embarrassait pas de rituel!!!
       Chaque matin que Dieu fait, ma mère la première levée, faisait sa prière de l’aube, faisait le café tout en écoutant son émission préférée celle de Cheikh - son maître à penser - qui fut très proche d’elle en pensée et en «art de vivre». Il est vrai que Cheikh Kettou fut peut-être l’un des derniers à s’adresser aux Algériens en leur parlant avec leur langue de l’Islam maghrébin vieux de 14 siècles. 

 

         Un Islam authentiquement maghrébin fait de tolérance, qui respecte la culture, se l’approprie et en définitive a permis aux Maghrébins de vivre leur foi sans en faire un fonds de commerce ou sans importation de rites et d’habitudes, notamment vestimentaires aussi respectables soient-elles dans leur contexte, à des années-lumière de notre civilisation.

          On ne guérit pas de l’absence de sa mère. Mieux: quoi qu’on dise, on ne s’en remet pas. Trente ans après, notre mère nous manque cruellement. C’est comme une amputation, c’est comme une douleur lancinante qui se réveille à l’occasion de n’importe quel événement aussi anodin soit-il. Ma mère disait cela, faisait cela, traitait les choses comme cela. Plus d’une fois, les leçons de bon sens inculquées avec amour par nos mères nous servent de repères même dans des situations inextricables. Il serait vain de rapporter toutes les maximes de bon sens pétries d’humanisme et d’amour du prochain. Ce bréviaire d’une vie simple, elle nous l’avait inculqué.

Le coeur de la famille

       Au-delà de l’hommage à toutes les Vdida du Monde, par ce témoignage je m’adresse en définitive, à toutes et tous qui n’ont jamais grandi quand il s’agit de parler de leur mère, ils sont toujours des enfants. Puissent-ils ne jamais oublier l’amour d’une mère dans leurs actes quotidiens et avoir de la compassion pour les mères; toutes les mères. Notre pays se grandirait en misant sur la formation des jeunes filles, futures épouses et mères. Chacun sait que la mère au coeur de la famille, est la mieux placée pour détecter les changements de comportement chez ses enfants qui peuvent signaler des états de conflits intérieurs ou avec d’autres, ce qui leur donne une efficacité particulière de façon innée.

         Il est de ce fait, de la plus haute importance pour ce pays que sa culture survive, se consolide et que ses traditions se perpétuent. La mondialisation et la «modernité débridée par parabole interposée» ont fait plus de dégâts dans l’imaginaire de nos jeunes que la colonisation française en 132 ans. Le pays et partant la société algérienne, devraient trouver les moyens de se protéger culturellement et même cultuellement en promouvant un contre-discours basé sur le savoir, l’histoire, le décryptage des grands enjeux du monde, au lieu de faire uniquement dans l’éphémère des émissions dites de variétés et naturellement le soporifique du football. La place des mères est de ce fait prépondérante, car tout commence au berceau. Il y a matière à se réapproprier nos repères identitaires mis à mal par une mondialisation ou plus exactement une mondialatinisation qui va jusqu’à laminer les cultures qui ne rentrent pas dans le moule.

(

Pr Chems Eddine CHITOUR

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 00:05

 Liberté 29 aout 2009

“Pourquoi donc cette crainte de disparaître à travers la mort ? Le prochain mois je mourrai et des ailes me grandiront ? Lorsque je planerai plus haut, je deviendrai comme les anges. Ce que tu ne peux pas t’imaginer. Ça je le serai”

Djallal Eddine Erroumi

 

            En ce mois béni de Ramadhan, je veux apporter un témoignage à travers un vécu auprès d’une mère exceptionnelle que Dieu a rappelé à Lui, de l’importance et de l’éducation d’une mère et de la nécessité de lui donner toute l’attention, tant il est vrai que sans les mères, il n’y aurait pas d’identité propre bien ancrée dans l’ histoire 30 août 1979. Le ciel nous tombe sur la tête. Notre mère Vdida se meurt ; Vdida est morte. En ce triste jour nous voulons évoquer le cheminement exceptionnel de cette mère, de cette maman comme celui de toutes les mamans du monde qui à bien des égards constituent les ciments des sociétés.


           Dix jours plus tôt, Vdida se plaignait de maux de ventre et tout en souffrant en silence, elle ne voulait pas nous effrayer, nous dûmes l’amener à l’hôpital. Le diagnostic fut sans appel ; Pancréatite : “Un coup d’éclair dans un ciel serein.” Opération immédiate en vain ; Transfert dans des conditions épiques à Paris (hôpital de la Pitié )  “Ya Rabi ma tdjarahliche el kebda” que l’on peut rendre à peu en français par la traduction suivante : “O ! mon Dieu, faites que je n’apprenne pas de mauvaises nouvelles.” Sa dernière inquiétude alors qu’elle était sur son lit trachéotomisée fut de s’adresser à nous, en nous interrogeant du regard si nous étions correctement hébergés. Nous la rassurâmes, elle ferma les yeux en signe de compréhension. Elle pouvait mourir en paix. 


        À l’article de la mort, elle ne pensa pas à elle, elle pensait à notre confort. Je ne puis m’empêcher de me rappeler une histoire, parmi des milliers, qu’elle nous racontait avec son savoir-faire et qui permet mieux que mille discours de prendre la mesure de l’affection d’une mère. C’est une maman qui suit son fils qui l’amène au plus profond de la forêt et qui l’abandonne. Vinrent à passer des cavaliers qui trouvent la maman en pleurs. “Qu’as-tu el hadja ? Ne pleure pas, nous allons te reconduire chez toi, n’ai pas peur !” D’une façon admirable la maman répond : “Je n’ai pas peur pour moi, mais j’ai peur pour mon fils, il fait nuit et les loups peuvent le manger !” Cette histoire parmi tant d’autres nous permet de mesurer, mais le peut-on réellement ? l’amour d’une mère qui a suivi aveuglément son fils qui voulait s’en débarrasser et qui n’a pas pensé un seul instant à sa propre sécurité mais à celle de son fils.

Ma mère mourut deux jours après à 2000 km de son pays qu’elle n’avait jamais quitté, elle mourut dans l’indifférence froide d’un corps médical qui a perdu toute humanité et compassion. J’ai dû supplier une infirmière qui me disait “votre mère a des nuits agitées”, en lui demandant de lire quelques phrases rassurantes que je lui ai écrites dans notre langue : “Labesse, Outgoudhara, Yalla Rabbi” , “n’ai pas peur, Dieu viendra à notre secours”. Il paraît qu’elle eut pendant cette nuit-là un sommeil apaisé avant le grand sommeil…


           Qui est au juste Vdida ? mot affectueux que nous utilisions à la place de Khadidja. En un mot comme en mille, Vdida est une Maman avec tout ce que cela comporte comme affection. Ma mère  — solide paysanne du terroir —, avec un bon sens mâtiné par des citations tirées du vécu d’un Islam simple, un tolérant fait de crainte de Dieu, de traditions et de superstition. Il est vrai qu’à l’époque et au regard du désastre actuel, l’Algérie ne s’est pas dissoute durant la longue nuit coloniale culturellement et cultuellement grâce à nos mères à qui on ne rendra jamais assez hommage. Leur relation simple avec la vie, dénuée de tout calcul mesquin était en définitive, un “art de vivre”, qui leur permettait de rayonner et de goûter en toute simplicité, toute humilité à la vie avec des repères identitaires et des approches sur le sens de la vie que ne renieraient pas les plus grands philosophes tant ils sont frappés au coin du bon sens. Elle n’avait pas fait d’études mais elle était plus érudit que nous. Une anecdote cependant, elle apprit, rien qu’en écoutant mon père apprendre à mon frère la table de multiplication. Elle la faisait répéter plusieurs fois à mon frère pour lui éviter d’encourir le courroux de mon père . 


         Tout en étant pieuse, notre mère Vdida aimait la vie — une vie simple —, qui ne fut pas facile pour elle. Imaginez le pays kabyle au plus fort de la Seconde Guerre mondiale avec le marché noir, la misère sans nom pour les indigènes et la chape de plomb d’une colonisation qui pensait dur mille ans après les massacres à grandes échelle de mai 1945. Elle garda vaillamment le cap avec mon père et nous fûmes élevés et instruits en profitant de tous les interstices de tolérance permis par le pouvoir colonial. Nous fûmes des  “voleurs de feu” pour reprendre l’élégante expression de Jean El Mouhoub Amrouche 

            
Ma mère était, à sa façon, une croyante tolérante qui ne voyait que le bien et pour ainsi dire jamais le mal. Une croyance simple, consolidée par un Islam maghrébin de quatorze siècles à des années lumières du “m’as-tu vu actuel” qui fait que la foi individuelle est plus vue dans le regard des autres que vécue personnellement. La foi s’étant refroidie en rites, nous, nous contemplons un pays qui a perdu ses repères et qui adapte ceux des autres. Il n’est que de voir cette errance identitaire vestimentaire et culturelle, accentuée par un discours à mille lieux du vécu historique culturel de chacun au profit d’une métropole moyenorientale ou pire encore d’un Occident tentateur véritable mante religieuse. 

         
Bien plus tard, j’ai découvert ainsi les personnages pour nous mythiques et non des moindres dont elle nous parlait, le soir au coin du feu – et, à ce propos, on ne mesurera jamais assez les dégâts de la télévision en ce sens qu’elle a contribué à disloquer le ciment familial. J’ai découvert Rabi’ate el ‘addaouya une mystique qu’elle prenait en exemple. Bien des annéesplus tard, j’ai su par la littérature, que, Rabi’a fut l’un des premiers mystiques de l'Islam à avoir dépassé la démarche ascétique pour appeler à l’union parfaite avec Dieu et la célébrer dans des poèmes d’une brûlante ferveur et ceci bien avant Hallaj et les maîtres du soufisme.

 Elle nous parlait aussi de l’imam el Medjdoub, ce poète errant. Je me souviens de quelques vers qu’elle nous récitait avec verve : “La Tkhamam La Tdabar----La Tarfad Al-ham Dima , Al-Falk Ma ho Msamar----Wa La Dania Mkima” .“Ne pense pas trop et ne cherche pas trop. Ne prend pas la tristesse éternellement. Les planètes ne sont pas fixes — et la vie n'est pas éternelle.” Nous étions en extase devant les récits des souhaba ces compagnons du Prophète qui ont fait la grandeur de l’Islam. Pendant ce temps, à l’école, on nous apprenait que nos ancêtres étaient gaulois … et gare à celui qui l’oubliait.

         
Je me suis souvent interrogé comment ma mère, cette fille du plus profond du terroir était arrivée à connaître le cheminement voire les sacerdoces des maîtres soufis. Elle apprit le Coran en écoutant et en imitant les autres dans une atmosphère famiiale imprégnée de la crainte de Dieu, avec sa “foi du charbonnier” elle nous disait souvent : “Mimouna ta’rafe Rabbi oua Rabbi ya’rafe Mimoua”,   — Mimouna connaît Dieu et Dieu connaît Mimouna —, nous devinons vaguement que Mimouna avait une fois chevillée au corps mais qui ne s’embarrassait pas de rituel !!!
         
Chaque matin que Dieu fait, ma mère la première levée, faisait sa prière de l’aube, préparait le café tout en écoutant son émission préférée celle de Cheikh Kettou qui fut très proche d’elle en pensée et en “art de vivre”. Il est vrai que Cheikh Kettou fut peut-être l’un des derniers à s’adresser aux Algériens en leur parlant avec leur langue de l’Islam maghrébin vieux de 14 siècles. Un Islam authentiquement maghrébin fait de tolérance, qui respecte la culture, se l’approprie et en définitif a permis aux Magrébins de vivre leur foi sans en faire un fonds de commerce ou sans importation de rites et d’habitudes, notamment vestimentaires aussi respectables soient-elles dans leur contexte, à des années lumières de notre civilisation. Il arrivait à ma mère d’être si touchée par un verset, un hadith ou une explication du cheikh qu’elle se mettait à pleurer en silence : une pluie silencieuse qui laisse des larmes sur une vitre, comme je l’ai surprise plus d’une fois. À mon regard interrogateur, elle me disait “takhacha’ate”, elle était touchée au plus profond d’elle et elle finissait toujours par : “Koullach fani”, “Tout à une fin inéluctable.”

         
Cela ne l’empêchait pas d’être coquette avec son souek (que je lui achetais au marché) et son khol qu’elle avait des difficultés à broyer et son henné (Hannate el Hadjla constituant à l’époque le nec plus ultra de la mode), elle faisait des miracles, elle devenait encore plus lumineuse. Je suis sûr de rencontrer le sentiment de beaucoup d’entre-nous en parlant de cela : Époque bénie. Elle aimait la vie pour elle et pour les autres en essayant avec ses moyens de soulager les douleurs, les tristesses, ne serait-ce qu’en leur racontant une histoire drôle d’une façon théâtrale. À juste titre, beaucoup la pleurèrent sincèrement. 

          
Sa dernière prémonition. Imaginez une petite bâtisse construite par mon père finalement terminée. Vdida fait sa prière dans la cour et prévoyait d’y revenir après le Ramadan pour s’y installer définitivement. Après sa prière, elle eut cette réflexion en citant un poème : “Ya bani dar el ghrour, ya matoual’e bi’ha laoue tabni fi’ha el ksour tarhale oua tkhali’a,”  “ô celui qui construit une demeure tentatrice, même si c’était un palais, tu as vocation à disparaître et à l’abandonner.” Elle mourut dix jours après. 

         
On ne guérit pas de l’absence de sa mère. Mieux, quoi qu’on dise, on ne s’en remet pas. Trente ans après, notre mère nous manque cruellement. C’est comme une amputation, c’est comme une douleur lancinante qui se réveille à l’occasion de n’importe quel évènement aussi anodin soit-il. Ma mère disait cela, faisait cela, traitait les choses comme cela. Plus d’une fois, les leçons de bon sens inculquées avec amour par nos mères nous servent de repères même dans des situations inextricables. Elle disait souvent :  “Khaliha li Rabbi”, “Moul nya yaddi”, Celui qui est de bonne foi est le gagnant ; “Ya sa’dak ya fa’al el khir”, “heureux celui qui fera des bonnes actions”. Il serait vain de rapporter toutes les maximes de bon sens pétris d’humanisme et d’amour du prochain. Ce bréviaire d’une vie simple, elle nous l’avais inculqué.

         
Je m’adresse en définitive à toutes et à tous qui n’ont jamais grandi quand il s’agit de parler de leur mère, ils sont toujours des enfants ; Puissent-ils ne jamais oublier l’amour d’une mère dans leur actes quotidiens et avoir de la compassion pour les mères toutes les mères. Notre pays se grandirait en misant sur la formation des jeunes filles, futures épouses et mères. Chacun sait que la mère au coeur de la famille, est la mieux placée pour détecter les changements de comportement chez ses enfants qui peuvent signaler des états de conflits intérieurs ou avec d’autres ce qui leur donne une efficacité particulière de façon innée. 

            Il est de ce fait, de la plus haute importance pour ce pays que sa culture survive se consolide et que ses traditions se perpétuent. La mondialisation et la “modernité débridée par la parabole interposée ont fait plus de dégât dans l’imaginaire de nos jeunes que la colonisation française en 132 ans”. Cette “modernité débridée” véritable prozac a totalement rendu erratique le comportement de nos jeunes sans repères et il faut bien en convenir, la morale à l’ancienne ne paie plus. Les solidarités intergénérationnelles ont disparu. Si c’est cela la modernité, on peut s’interroger réellement sur son apport. Quand on voit nos pères et nos mères dans des  “Dar el ‘adjaza” de véritables mouroirs, un concept que nous ne connaissions pas car il était étranger à nos valeurs, nous devrions être scandalisés par leur sort, et tordre le coup au mimétisme ravageur qui fait que nous singeons l’Occident et l’imitons non pas dans ce qu’il a de science conquérante, mais dans tous ses travers qui ont vu les cellules familiales voler en éclat.

        
Sans aller jusqu’à interdire les paraboles, le pays et partant la société algérienne, devraient trouver les moyens de se protéger culturellement et même cultuellement en promouvant un contre-discours basé sur le savoir, l’histoire, le décryptage des grands enjeux du monde au lieu de faire uniquement dans l’éphémère des émissions dites de variétés et naturellement le soporifique du football. La place des mères est de ce fait prépondérante, car tout commence au berceau. Il y a matière à se réapproprier nos repères identitaires mis à mal par une mondialisation ou plus exactement une mondialatinisation qui ne fait pas de place aux autres cultures

C. E. C.
* Professeur à l’Ecole Polytechnique d’Alger

 

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 00:01

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz


« Une vie sans religion est une vie sans principes et une vie sans principes est un bateau sans gouvernail. »


Gandhi


En ce mois de piété, il nous a paru intéressant de donner un éclairage sur la mystique musulmane notamment représentée par le soufisme. En ce XXIe siècle de tous les dangers, la quête spirituelle est devenue ringarde et mieux encore, chaque religion croit détenir la vérité allant même jusqu’à aboutir à un choc des civilisations.

Qu’est-ce que le soufisme ?

Les mystiques de l’Islam ont souvent souligné l’indigence de la raison humaine ; ils se plaisent à rappeler que le terme arabe ´´aql´´ (´´esprit´´, ´´raison´´) signifie étymologiquement l’entrave, le lien. Un maître syrien du XVIe siècle se livrait ainsi à un jeu de mots - intraduisible en français - en écrivant que ´´les juristes musulmans (fuqahâ’) sont prisonniers de leur mental (bi-’uqûli-him ma’qûlûn)´´. Pour les soufis, il ne s’agit aucunement de rejeter cet instrument qu’est la raison, mais de lui assigner une place relative, contingente, face à cet Absolu que le spirituel musulman a pour but. Pour les soufis, le mystère de l’Unicité divine est ineffable ; il ne sied pas à l’homme de l’évoquer car la perception qu’il en a est obligatoirement en deçà de la réalité. Un maître de l’Ecole de Baghdad de la première période disait que le tawhîd à son stade ultime ´´aveugle le clairvoyant, confond celui qui raisonne et stupéfait celui qui est sûr de son jugement´´.(1)


Le « tassawwuf » a pour but de conduire au degré de l’excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui, par la purification du coeur, conduirait à la sincérité spirituelle (ikhlâs), celle par laquelle ´´on connaît´´, par laquelle ´´on voit´´. L’exercice spirituel que les soufis privilégient est le dhikr (remémoration, souvenir) ; il s’agit d’une pratique consistant à évoquer Allah (Dieu) en répétant Son Nom de manière rythmée. Le dhikr est considéré comme une pratique purificatrice de l’âme. Une autre pratique régulière est la récitation de poèmes à caractère spirituel, notamment la louange du Prophète Mohammed (Qsssl).


Un verset du Coran : « Reste en compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur ne désirant que Son agrément. » (Coran XVIII ; 28) peut s’appliquer aux soufis. Pour les soufis eux-mêmes, leur voie est reconnue par les quatre écoles juridiques (madhhab) sunnites, et les quatre fondateurs sont reconnus pour être eux-mêmes des soufis au sens véritable du mot, c’est-à-dire des saints et par les chiites comme une expression de la foi islamique. Ibn Khaldûn et Ghazâlî rappellent par exemple que « Shâfi‘î s’asseyait devant [le soufi] Shaybân al-Râ‘î, comme un enfant s’accroupit à l’école coranique, et lui demandait comment il devait faire en telle et telle affaire. »


Dans le soufisme, l’Être suprême est Dieu auquel on accède - c’est-à-dire accéder à Son agrément - par l’Amour de Lui. La première phase est donc celle du rejet de la conscience habituelle, celle des cinq sens, par la recherche d’un état d’´´ivresse´´ spirituelle, parfois assimilé à tort à une sorte d’extase ; les soufis eux-mêmes parlent plutôt d’« extinction » (al-fana’), c’est-à-dire l’annihilation de l’ego pour parvenir à la conscience de la présence de l’action de Dieu. Cette première étape réalisée, le soufi doit revenir au monde extérieur qu’il avait dans un premier temps rejeté ; le lexique des soufis désigne cette phase par différents termes qui correspondent à autant d’aspects de ce second voyage : al-baqâ, la ´´subsistance ou la permanence´´, la lucidité (sahw), le retour (rujû’) vers les créatures. Cette description sommaire a forcément un caractère très schématique : comme le montre la littérature soufie, ce processus est bien plus cyclique que linéaire, et l’interprétation des termes du lexique soufi est par nature ésotérique. Les maîtres soufis distinguent trois phases dans l’élévation de l’âme vers la connaissance de Dieu : d’abord l’âme gouvernée par ses passions. Le postulant à l’initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd [murîd], (novice ; nouvel adepte ; disciple). Vient ensuite le degré de l’âme qui se blâme elle-même, c’est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l’initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (voyageur) itinérant, allusion au symbolique « voyage intérieur ». Puis le troisième et dernier niveau est celui de l’âme apaisée.(1)


Chaque maître du soufisme (shaykh) s’entoure d’un groupe de disciples et anime une confrérie, ou haqiqa, fondée par un grand maître des siècles passés. Il possède une méthode pour l’accession à l’unité divine, et nul ne peut remettre en cause la validité de son enseignement du moment qu’il se réfère à l’Islam. L’ascension vers Dieu passe par les exercices pratiqués dans les confréries : veilles (sahar), jeûnes (siyâm), danses (derviches tourneurs), litanies (dhikr, littéralement, « rappel » du nom de Dieu), contrôle respiratoire. Plusieurs soufis furent victimes de persécutions. Ibn Mansour al Halladj, soufi de Baghdad, fut crucifié en 922 après un long procès. Louis Massignon rapporte cela dans un livre remarquable : La Passion d’Al Hallaj. Ibn Taymiyyah et Ibn Al-Qayyim (XIVe siècle) ont dénoncé les dérives du soufisme, mais ils avaient non seulement de l’estime pour certains soufis qu’ils jugeaient conformes à l’orthodoxie, tels que Al-Junayd, mais plusieurs sources attestent qu’ils étaient eux-mêmes rattachés au cheikh soufi Abd al Qadir al-Jilani. L’école rationaliste et réformiste de Muhammad Abduh et de Mohammed Rachid Rida s’opposait au soufisme, considéré comme une des principales raisons de la décadence des musulmans, par son supposé encouragement du fatalisme et de l’inertie.(1)


L’Histoire ne trouve trace des premiers groupes de soufis qu’à Koufa et Bassorah à partir du VIIIe siècle de l’ère chrétienne, puis à Baghdad au IXe siècle. Les XIIe siècle et XIIIe siècle marquent pour le soufisme le passage à une structuration et une organisation beaucoup plus formelles : c’est ce qu’on appelle les confréries (turuq, pluriel de tarîqa). Les exemples d’islamisation de l’Afrique de l’Ouest par la Tidjaniyya et la Qâdiriyya, ou de la résistance menée contre les Russes aux XIXe siècle et XXe siècle par une population musulmane majoritairement rattachée à la Naqshbandiyya le montrent abondamment. La Shâdhiliyya, fondée au XIIIe siècle, est une confrérie d’origine maghrébine qui s’est diffusée à partir de l’Égypte dans une grande partie du monde musulman. La branche ifriqiyenne de la Shâdhiliyya est notamment représentée par Â’isha al-Mannûbiyya (m. 1267). Le modèle de sainteté qui se forme dans son hagiographie se rattache à celui du majdhûb « l’extatique » dont la pratique est aux marges des normes sociales de l’époque. Le majdhûb partage avec le cheikh ummî plusieurs traits, comme l’´´état d’enfance´´. Il est aussi appelé ´´fou de Dieu´´ car sa raison lui a été ´´ravie´´ (de la racine J-Dh-B) par Dieu, le plus souvent de façon abrupte. Pour Ibn ’Arabî le vrai majdhûb n’est pas déficient : son esprit est saisi et retenu (mahbûs) auprès de Dieu et jouit de la contemplation divine. Ce qui caractérise le majdhûb est son insouciance des normes sociales et religieuses. Ainsi, un des ´´fous de Dieu´´ qu’a rencontrés Ibn ’Arabî traite d’aveugle la foule à laquelle il s’adresse, car celle-ci croit que ce sont des colonnes qui soutiennent le plafond de la mosquée où ils se trouvent, alors que lui voit, à la place des piliers, des hommes invoquant Dieu.


Le fait de voir Dieu par l’oeil de la foi et de la certitude nous a libérés de tout recours à la pensée discursive, disait Abû l-Hasan al-Shâdhilî (m. 656/1258), La sphère de la sainteté s’étend au-delà du champ du mental, car elle est fondée sur le dévoilement spirituel (kashf). Cette dernière phrase a été prononcée par le ´´grand cadi´´ égyptien Zakariyyâ al-Ansârî (m. 926/1520), qui fut lui aussi un soufi. Elle résume fort bien la position des spirituels de l’Islam sur le ´´rationnel´´ ; en effet, le but du soufisme n’est-il autre que de parvenir à la sainteté (walâya) ? Le même savant affirme ailleurs que la connaissance de Dieu passe par la ´´gustation spirituelle´´ (dhawq), qui efface les arguments de la raison et ceux venant de l’enseignement transmis (dalâ’il al-’aql wa shawâhid al-naql).


Les soufis distinguent la science acquise (al-’ilm al-kasbî), encore appelée la science spéculative (al-’ilm al-nazarî), de la science octroyée par grâce divine (al-’ilm al-wahbî). Pour Ibn ’Arabî, le ’ilm wahbî est fondamental puisqu’il constitue la modalité de toute prophétie : al-nubuwwât kullu-hâ ’ulûm wahbiyya, écrit-il. De fait, on constate qu’à partir du XIIIe siècle grosso modo, le dévoilement intuitif (kashf), l’inspiration (ilhâm), la ´´vision certaine´´ (yaqîn) - sont davantage reconnus qu’auparavant comme méthodes d’investigation des réalités spirituelles. Al-Ghazâlî, précurseur dans ce domaine, voyait déjà dans la science du dévoilement (’ilm al-mukâshafa) le moyen d’accéder à la ´´perception sûre et directe´´ (al-’iyân al-ladhî lâ yushakku fîhi) de ces réalités.(1)


Evoquons deux figures du phare du soufisme. D’abord Rabi’ate el ‘addaouya, une mystique qui fut l’un des premiers mystiques de l’Islam à avoir dépassé la démarche ascétique pour appeler à l’union parfaite avec Dieu et la célébrer dans des poèmes d’une brûlante ferveur et ceci bien avant Hallaj et les maîtres du soufisme Ensuite, Djalaleddinn Rumi, le fondateur de l´ordre des derviches tourneurs. Il naquit en 1207 à Balkh, (Afghanistan). C’est un mystique, poète, penseur. Rûmî, l’auteur du Mesnevi, imposant recueil de milliers de vers, célèbre dans tout le monde arabo-musulman, est connu sous le nom de Mevlana (le Maître). Rûmî est le fils d’un théologien et maître soufi réputé : Bahâ od Dîn Wahad (1148-1231), surnommé « sultan des savants » (Sultân al-’Ulama), dont le livre Ma’ârif fut longtemps le préféré de Rûmî. En 1227, un disciple de son père Burhân od Dîn Muhaqqîq Tirmidhî (? - 1240) le rejoignit et devint son maître spirituel pendant neuf ans avant qu’il n’envoie Rûmî étudier en Alep et à Damas où il rencontra Muhyî od Dîn Ibn ul ‘Arabî. Tout comme le père de Rûmî, il était membre de l’ordre Kubrawiyyah.


Rûmî ne revint qu’en 1240 à Konya où il se mit à enseigner la loi canonique. La ferveur mystique qui l´animait était telle que l´on raconte qu´un jour, tandis qu´il se promenait dans le bazar de Konya, il entendit, passant par le souk des bijoutiers, la sonorité cristalline du marteau de l´orfèvre ciselant l´or. À ces sonorités célestes, son âme « s´envola » et il se mit à tourner sur lui-même dans une danse extatique, au sein de la foule médusée. Il est dit que c´est de cet événement que naquit la célèbre danse des derviches tourneurs. C’est à Konya, en Turquie, qu´il s´éteint en 1273. Le 6 septembre 2007 l’Unesco a célébré le 800e anniversaire de la naissance de Rûmî.


Quelques conseils de Roumi : sois comme l’eau courante pour la générosité et l’assistance. Sois comme le soleil pour l’affection et la miséricorde. Sois comme la nuit pour la couverture des défauts d’autrui. Sois comme la mort pour la colère et la nervosité. Sois comme la terre pour la modestie et l’humilité. Sois comme la mer pour la tolérance. Parais tel que tu es ou bien sois tel que tu parais.


Si Dieu est infini et que nous sommes des êtres limités, il est raisonnable de croire que nul d’entre nous ne peut appréhender complètement Sa nature. « On peut dire que si l’Islam est un corps, le soufisme en est le coeur », explique cheikh Khaled Bentounès. il faut considérer le soufisme comme un style de vie par lequel le croyant, le mourid, voue son existence entière à réaliser l’unicité avec Dieu. Son moyen le plus imparable pour cela est le « dhikr », l’évocation permanente de Dieu. Le soufisme n’est pas un Islambis. Dans certains cercles occidentaux, on tend à présenter le soufisme comme une alternative à l’Islam avec le sous-entendu que l’Islam « canonique » est « belliqueux, archaïque et arriéré », alors que le soufisme serait pacifique, tolérant et oecuménique.(2)

La civilisation de l’éphémère Le XXe siècle né dans l’enthousiasme et salué comme l’aube d’un nouvel âge d’or s’est achevé dans le désabusement convaincu d’avoir apporté le crime et la misère aux trois quarts de la planète, ainsi que le désespoir aux générations futures. L’individualisme est devenu la règle, la prospérité ayant balayé les idéologies, la consommation a eu raison de l’esprit de liberté. Le libéralisme sauvage se caractérise par une extension de la vision mercantile à des domaines non marchands comme la culture, l’art, la religion et la science. Retournez en tous sens les règles du marché, vous n’y trouverez jamais celle d’honnêteté, d’honneur, de solidarité, de dévouement sans lesquelles le lien social se dénoue. Les sociétés occidentales sont minées de l’intérieur, par des contradictions insurmontables, une absence complète de repères. L’Occident malade de la croissance, mortellement atteint pour avoir fait de l’homme un agent géologique qui ne cesse d’accélérer le désordre est contagieux dans ce qu’il a d’attirant et d’éphémère 


Les sociétés musulmanes devant le vide sidéral proposé par leurs gouvernants se jettent à corps perdu dans cette civilisation de l’éphémère. Pendant des siècles, l’homme a visé la maîtrise de la nature, sans tenter de s’y insérer ; saura-t-il à temps s’assurer la maîtrise de soi ? Cette société fondée sur la concurrence et l’anonymat, fonctionne de telle façon que l’homme y devient un loup pour l’homme. Devenu un matricule anonyme, informatisé à outrance, ses possibilités intellectuelles, son potentiel génétique, ses performances physiques sont les seuls paramètres que lui demande la Société du Web.2. Son aptitude à la générosité, son amour du prochain, ses interrogations métaphysiques ou religieuses n’entrent pas en ligne de compte dans son classement social.


Cette malnutrition spirituelle lui donne les pouvoirs d’un Géant pour satisfaire les besoins d’un nain pervers. En définitive, on constate que la foi s’est refroidie en rites et en mythes. Comme l’écrit R. Garaudy : Les sagesses et les prophétismes des trois mondes nous ont enseigné que l’homme ne devient humain que par une lutte incessante contre la prétention de son petit « moi » égoïste à s’ériger en valeur absolue. Le refus du moi individualiste est déjà dans le dépouillement total des grands visionnaires de l’Inde et des soufis musulmans. Abou Yazid El Bistami écrit : « Quand le moi s’efface, alors Dieu est son propre miroir en moi ».(3)


1.Amir Akef. Du dépassement de la raison dans le soufisme - vendredi 4 juillet 2008 Oumma.com


2.Mustapha Benfodil. Aux origines de la Tariqa Alawiya, El Watan juillet 2009


3.R.Garaudy. Appels aux vivants. p. 226. Editions du Seuil. 1979


Pr Chems Eddine CHITOUR


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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 23:29

Pr Chems Eddine CHITOUR

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«Ne vous inquiétez pas, M.Obama», répond Megrahi dans son interview. «Je n’ai que trois mois (à vivre).»

Abdelbasset Al Megrahi


                 C’est par ces mots - testament - que monsieur Megrahi s’adresse à l’Occident en demandant la permission de mourir dans son pays. En l’absence de toute humanité, la libération fut un tollé général en Occident. «Mon message aux communautés britannique et écossaise est que je montrerai des éléments (pour me disculper) et leur demanderai d’être mon jury», «S’il y a une justice en Grande-Bretagne, je serai acquitté ou le verdict sera annulé parce qu’il n’est pas solide. C’est une erreur judiciaire», dit-il au Times. Déjà peu enthousiasmées par sa libération, les capitales occidentales ont vu dans l’accueil triomphal à Tripoli un nouveau motif d’irritation. «Voir quelqu’un qui a commis un meurtre de masse, être accueilli en héros à Tripoli est profondément troublant, profondément affligeant», a estimé le ministre des Affaires étrangères britannique, David Miliband.


        La Maison- Blanche a, quant à elle, évoqué un spectacle «scandaleux et dégoûtant», pendant que Paris regrettait une démonstration de joie susceptible de «heurter» les familles des victimes. La presse britannique a estimé samedi que ni Londres, ni Edimbourgh, ni Tripoli n’étaient sortis grandis de la libération d’Abdelbasset Al Megrahi, libéré jeudi par l’Ecosse, et qu’il serait désormais difficile de connaître la vérité sur l’attentat de Lockerbie pour lequel il avait été condamné. Le quotidien Financial Times juge que Londres a trouvé, avec cette libération, un «excellent moyen de se tirer d’affaire» en faisant tout reposer sur l’Ecosse. «Les familles des 270 victimes de l’attentat de Lockerbie ont été abandonnées. Il faut encore enquêter pour savoir tout ce qui s’est passé», défend le FT. De son côté, le Daily Mail estime que la Grande-Bretagne a été humiliée par la Libye tandis que le tabloïd The Sun qualifie l’accueil triomphal reçu par Al-Megrahi à Tripoli de «spectacle écoeurant (...) scandaleux mais inévitable».(1)


        «Les parents des victimes britanniques se disent convaincus que Megrahi est innocent contrairement aux parents des victimes américaines qui sont contre la libération de Megrahi. Il semble d’ailleurs que "le deal" est qu’il renonce à faire appel. Retour en arrière sur le jugement de l’affaire Lokerbie: Pour Michaël Carmichael, l’affaire Lokerbie est un Labyrinthe kafkaïen, il écrit: "Avec ses 270 victimes, Lockerbie fut l’acte terroriste le plus grave sur le sol britannique et le plus odieux perpétré jusque-là contre les Étas-uniens. (..)" Au moment de la tragédie, un groupe extrémiste palestinien soutenu par l’Iran fut choisi comme principal suspect, mais, deux ans plus tard, quand Saddam Hussein sauta sur le Koweït, le feu des projecteurs de la suspicion se déplaça sur la Libye. (...) Sous le poids écrasant des sanctions draconiennes, la Libye eut finalement la sagesse de donner des membres de son propre appareil de renseignement, ce qui pourrait l’aider à organiser la levée des restrictions commerciales paralysantes. Le temps passant, deux malheureux Libyens, Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi et Al Amin Khalifa Fhimah, furent extradés et envoyés dans une obscure base militaire états-unienne appelée Camp Zeist. Le 31 janvier 2001, un jury composé de trois juges écossais déclara Megrahi coupable et acquitta Fhimah. Megrahi écopa d’une peine d’emprisonnement à vie, destinée à l’obliger à purger au moins 27 ans de prison». «(...) Pendant les huit ans qui s’écoulèrent entre-temps, les avocats représentant Megrahi ont plaidé en faveur d’un nouveau procès. En 2007, la Scottish Criminal Cases Review Commission (Sccrc) soumit l’affaire Megrahi devant la Justiciary, la Cour d’appel écossaise, une évolution qui aurait pu conduire à son acquittement. La raison de la décision de la Commission était explicite: des éléments de preuve à décharge ont été écartés lors du premier procès. Dans son annonce officielle, la Commission déclara: Le requérant (Megrahi) a pu être victime d’un déni de justice.»(2)


            «Pour aggraver les choses, au fil des ans, les fonctionnaires du renseignement et de la police révélèrent qu’ils étaient en possession de preuves démontrant l’innocence de Megrahi et selon lesquelles d’autres acteurs connus de la communauté internationale se sont rendus coupables des atrocités. Pour ne raconter qu’un seul incident bizarre, Susan Lindauer, une assistante du Congrès états-unien, témoigna que le Dr Richard Fuisz, qui fut employé par la CIA, avait informé qu’il savait comme un fait que Megrahi n’était pas impliqué dans l’attentat de Lockerbie, et qu’il pouvait identifier les auteurs, "si le gouvernement me le permet". Après avoir fait ses preuves connues, Lindauer fut chargée avec un agent irakien et un tribunal fédéral de bâillonner rapidement le loquace Dr Fuisz. (...) Lockerbie reste une tragédie captivante et énigmatique. Les victimes méritent une enquête impartiale, mais, avec tout ce temps passé, la probabilité de connaître un jour les auteurs de Lockerbie diminue. La posture judiciaire actuelle dans cette affaire est insoutenable.(...)». On voit donc que cette «affaire» n’est pas limpide et on peut s’interroger sur le refus des autorités occidentales (tous les pays occidentaux ont intervenu).


          Mieux encore, Pierre Pean dans un ouvrage met en cause la responsabilité du juge français Bruguières et d’un enquêteur américain avec lequel il travaillait aussi sur l’autre affaire: celle de l’attentat de l’avion de l’UTA. Résumons ses investigations: «Le 21 décembre 1988, un Boeing de la PanAm s’était désintégré au-dessus de Lockerbie. Bilan: 259 morts. Le procès de deux Libyens inculpés dans cette seconde affaire vient de s’achever à La Haye sur un verdict contesté: (...) pourtant, au début de l’enquête, les pistes menaient à des groupuscules palestiniens, mais aussi à Damas et à Téhéran.. L’été 1990, avec l’éclatement de la crise du Golfe et l’enrôlement de la Syrie et de l’Iran dans la coalition anti-irakienne, les Etats-Unis, suivis par le juge français Jean-Louis Bruguière, décident d’abandonner ces indices et de se concentrer sur les responsabilités libyennes. Les enquêteurs se replient alors, pour incriminer la Libye, sur le témoignage extrêmement fragile, recueilli à Brazzaville, d’un Congolais, Bernard Yanga, lié aux services de son pays.» «Un homme va voler au secours du juge Bruguière, "Tom" Thurman, agent spécial du FBI, qui fait partie de la prestigieuse unité Explosifs, chargée de trouver la signature des bombes et explosifs utilisés dans les actions terroristes. (...) Thurman n’a absolument pas une attitude scientifique. Il se forge une opinion ou "on" lui en souffle une, et il tente ensuite de la "prouver" scientifiquement. (...)»(3)


           «Un an et demi après le début de l’enquête sur l’explosion de l’avion de la PanAm, Tom Thurman "découvrit" un fragment de circuit imprimé, grand comme un bout d’ongle, qui aurait été à l’origine de l’explosion de la valise piégée. Une commission rogatoire présenta une photo de ce fragment à Edwin Bollier, patron de la société suisse Mebo AG, pour identification à la mi-juin 1990. Il reconnut une pièce pouvant provenir d’un lot qu’il avait vendu aux services secrets libyens, mais il eut ensuite beaucoup de mal à examiner la pièce elle-même. Il ne vit deux fragments du fameux timer qu’en septembre 1999, en Ecosse, au procès de Lockerbie. Après examen au microscope, lui et son conseiller conclurent qu’il ne provenait pas d’un timer vendu aux Libyens, que ce bout de timer n’avait pas été connecté électriquement, c’est-à-dire qu’il n’avait pas servi, et surtout que ce n’était pas le même que celui figurant sur la photo qu’on avait montré à Edwin Bollier en 1990! En mai 2000, la justice écossaise lui demande d’examiner un bout du même timer: cette fois-ci, la pièce a été carbonisée! Le fabricant suisse n’hésite pas à clamer sur tous les toits, ou plus exactement sur son site Internet, que les fragments qui lui ont été montrés par le juge écossais ont été modifiés et qu’il s’agit là d’une manipulation: "C’est un faux créé par le FBI pour accréditer la thèse de la culpabilité libyenne. Ce que j’ai vu ne peut pas venir de Mebo."»(3) 


           «Jusqu’au début de l’été 1990, le juge Bruguière travaillait donc sur la piste du FPLP-CG et des milieux chiites, piste qui devait conduire ses pas vers Damas et Téhéran, lorsqu’arriva le rapport congolais qui désignait la Libye. Le revirement se produisit à la même date que dans l’affaire de Lockerbie et, dès le début, on y voit la main américaine. Mais les Américains, comme le juge Bruguière, avaient conscience de la fragilité du seul témoignage de Bernard Yanga»..(...) Avant même de prévenir le juge Bruguière, la machine américaine se met en marche pour associer Londres et Paris dans une mécanique répressive à l’égard de Kadhafi, laquelle aboutira à la mise sous embargo de la Libye. (..) L’accusation du juge Bruguière reprend intégralement les conclusions du FBI, sans faire état des contestations de ces conclusions par les spécialistes français. Les affirmations de Tom Thurman ont pourtant déclenché une double contre-enquête: l’une menée par la 6e Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj) et la direction de la surveillance du territoire (DST), l’autre par le laboratoire scientifique de la préfecture de police. Les conclusions des policiers sont formelles: «On ne peut pas démontrer que notre bout de minuteur provient du premier lot acheté par l’usine de Fribourg ou du deuxième lot modifié par le Libyen.» Le juge Bruguière ne mentionne pas davantage la contre-enquête faite au printemps 1993, après celle du FBI, par le laboratoire scientifique de la préfecture de police sous la direction du commissaire Claude Calisti. (...) Malgré les contestations conjointes de la 6e Dcpj, de la DST et du laboratoire de la PP, le juge Bruguière a préféré croire Tom Thurman, le spécialiste de la fabrication de preuves...(...) Une partie de cet acharnement s’explique par la personnalité du juge Bruguière (...) Ses méthodes, souvent perçues comme expéditives, en font un juge particulier (...).(3) 


           Mieux encore; il y a deux ans, un coup de théâtre: selon le Figaro, la déposition d’un ingénieur en électronique suisse pourrait remettre en cause la responsabilité de la Libye dans l’attentat: «J’ai menti dans mon témoignage sur l’attentat de Lockerbie.» L’homme qui a fait cette déposition officielle devant la police de Zurich est l’un des principaux témoins à charge contre la Libye Cette rétractation solennelle, effectuée le 18 juillet 2007 par l’ingénieur en électronique suisse Ulrich Lumpert, pourrait avoir un effet décisif sur le sort du Libyen Abdelbasset Al Megrahi, haut responsable des services secrets de Tripoli, qui purge une peine de prison à vie près de Glasgow. L’ingénieur, avait alors reconnu une pièce à conviction essentielle: un fragment de «retardateur», élément électronique destiné à déclencher une explosion à une heure déterminée, fabriqué par son employeur, la société zurichoise Mebo. Ulrich Lumpert revient aujourd’hui sur ses déclarations et ajoute un élément capital: il assure avoir «volé» ce retardateur dans le laboratoire de Mebo et l’avoir remis à un policier écossais lié à l’enquête, dont il cite le nom. Cette affirmation accrédite une thèse entretenue par de nombreuses personnes, journalistes, magistrats et même parents de victimes: il y aurait eu «manipulation» dans l’enquête, pour incriminer la Libye, alors que les premières pistes menaient à un groupuscule palestinien prosyrien. (...) La justice écossaise a autorisé fin juin le condamné libyen à faire appel, sur la base d’éléments accréditant la possibilité d’une erreur judiciaire. Mais le fameux retardateur n’en faisait pas partie. Les aveux d’Ulrich Lumpert pourraient ajouter un élément à décharge. Et aider à résoudre un problème qui alourdit toujours les relations entre Londres et Tripoli, qui a toujours clamé l’innocence du prisonnier de Glasgow.(4)


          Encore une fois, nous assistons à une justice à deux vitesses. Si la mort dans des conditions atroces des passagers de la Panam est inexcusable, on reste dubitatif sur les faits que les parents des victimes acceptent un dédommagement de 10 millions de dollars par personne et que de plus ils s’acharnent sur un mourant. Personne ne parle plus de «l’accident», admirons au passage l’euphémisme de la doxa occidentale pour qualifier l’attaque d’un avion iranien en 1988 par un missile américain. Le 3 juillet, 1988, le vol 655 de Iran Air volait sur le golfe Persique allant de Dubaï à Bandar Abbas. Selon la version américaine des événements, le croiseur naval américain «USS Vincennes» a pris l’avion de ligne pour un avion de chasse iranien et l’a abattu avec un missile tuant les 16 membres de l’équipage et les 274 passagers. L’Iran considère toujours cet accident comme un «acte de barbarie contre la nation» malgré le fait que les États-Unis se sont excusés et ont promis de dédommager financièrement les proches des victimes. Les parents attendent toujours. il n’y aura vraisemblablement pas de suite et pour cause, c’était un accident. Quand à El-Gueddafi qui étrenne les 40 ans de goulag de son peuple, la richesse insolente du sous-sol libyen lui permet toutes les extravagances personnelles mais celles aussi de ses enfants dont le dernier s’est particulièrement illustré en Suisse par un comportement exécrable. La Suisse qui l’avait arrêté à juste titre, a dû, devant les pressions éhontées, faire machine arrière et présenter des excuses D’aucuns présentent cela comme une victoire de la diplomatie libyenne, c’est une tragique erreur! Un potentat qui est là depuis la nuit des temps prend en otage les espoirs de tout un peuple sous le regard méprisant d’un Occident bien obligé de composer: pétrole oblige. On prête à Hannibal le fils par qui les scandales arrivent, l’intention de remplacer son père. L’impasse libyenne paraît durer mille ans.

1.Al-Megrahi libéré: «Une décision guidée par des intérêts politiques» Le Monde avec AFP 22.08.09


2.Michael Carmichael: Lockerbie et le labyrinthe kafkaïen Global Research,, 21 août 2009


3.Pierre Pean: Les preuves trafiquées du terrorisme libyen Le Monde Diplomatique Mars 2001


4.Lockerbie: un témoin capital affirme avoir menti http://www.lefigaro.fr/international/20070827.FIG000000327_lockerbie_un_temoin_capital_affirme_avoir_menti.html


Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 21:52
        Prof. Chems Eddine CHITOUR
« La guerre en Afghanistan ne réduit pas le risque terroriste et, loin d’améliorer la vie des Afghans, sème la mort et la désolation dans tout le pays. La Grande-Bretagne n’a rien à faire dans ce pays. »

Joe Glenton, un jeune déserteur britannique

 
Ce jeudi l’Afghanistan, nous dit-on, a rendez vous avec l’histoire. Elle va élire « démocratiquement » à la magistrature suprême le candidat désigné par Les Etats-Unis, en l’occurrence l’inamovible Karzaï. Hamid Karzaï, né le 24 décembre 1957 à Kandahar. Depuis décembre 2001, il est président de la République islamique d’Afghanistan. Il fait ses études en Inde. Il fait partie d’un petit mouvement de résistance afghan pro-royaliste, et est nommé vice-ministre des Affaires étrangères lorsque les moudjahidins prennent Kaboul en 1992. Il collabore ensuite avec les talibans mais, après la prise de Kaboul en 1996, il refuse le poste de représentant des talibans à l’ONU proposé par le mollah Omar. Hamid Karzaï est repéré dans les années 1990 par Zalmay Khalilzad, un afghan naturalisé aux États-Unis à l’époque ambassadeur des États-Unis en Afghanistan. Le Département d’État décide de le promouvoir comme futur président. Le 13 juin 2002, il est élu président pour deux ans par la Loya Jirga (assemblée coutumière des chefs de clans). Le 9 octobre 2004, soutenu par les États-Unis, il remporte le scrutin. Son autorité se limite à la capitale Kaboul.

« Malgré le foisonnement de candidatures à la présidentielle (41), écrit Zafar Hilaly, la compétition devrait vraisemblablement se résumer à un duel entre le président sortant et l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah. (…) Voilà pourquoi le Pachtoune Hamid Karzai, issu de la plus importante communauté ethnique afghane (40 % de la population), les poches garnies de billets qu’il peut distribuer à loisir et flanqué d’une administration locale à ses ordres, est le favori incontestable.(…) Pour les Pakistanais, Hamid Karzai est une vieille connaissance. Son parti pris contre le Pakistan, d’abord contenu, s’est épanoui sous l’influence des Tadjiks de l’Alliance du Nord, qui vouent au voisin la même haine que les extrémistes hindous. Son rapprochement avec l’Inde en témoigne.(…) L’actuel chef de l’Etat afghan a forgé une alliance militaire avec l’Inde qui, selon certains, représente une menace non négligeable pour la sécurité du Pakistan. Intelligent, habile, corrompu et capable de tirer profit de toutes les situations, Hamid Karzai n’en est pas moins un dirigeant faible, un homme flexible comme un roseau, doté, pour reprendre les mots d’un président américain [Theodore Roosevelt], de “la colonne vertébrale d’un éclair au chocolat” – ce qui explique probablement pourquoi Washington l’a choisi pour en faire son représentant en Afghanistan. Le Pakistan et l’Afghanistan sont pourtant condamnés à coopérer. Le président pakistanais Asif Ali Zardari a eu, semble-t-il, raison de traiter Hamid Karzai en ami ». (1)

« Tout le monde s’accorde à penser que les Américains ne tiendront en Afghanistan guère plus de deux ou trois ans. Et, à moins qu’il ne parte avec eux, comme le président Thieu du Vietnam [en 1975], c’est l’homme que les Afghans se choisiront comme chef de l’Etat, le 20 août, qui présidera aux destinées du pays après leur départ. (…) A Washington non plus, personne ne retient son souffle : l’identité du vainqueur importe peu, car ce sont les Etats-Unis qui mèneront la barque afghane dans le futur proche ». (1)


Que devient le peuple afghan dans cette tragédie qui dure depuis plus de trente ans avec l’invasion de l’URSS ? On sait que les talibans avaient jusqu’ici appelé au boycott de ces élections, invitant les Afghans à prendre les armes contre les « envahisseurs » étrangers, les troupes internationales qui ont renversé le régime taliban fin 2001. Aujourd’hui, fortes de 100 000 hommes, les troupes de la coalition de l’Otan sont chargées avec les forces afghanes de veiller à la sécurité des élections. Les Afghans oseront-ils défier ces menaces directes pour aller soutenir des politiciens souvent discrédités ou corrompus ? Risqueront-ils leur vie pour voter pour le président Hamid Karzaï, dont la réélection semble déjà garantie de toute façon mais dont l’autorité s’affaiblit ? Un chiffre : en mars 2008, après plus de six ans de combat, selon les données de l’Afghanistan Conflict Monitor se référant au total de ceux qui ont péri dans cette guerre, il dépasse les 8000 personnes en 2007. Nous aurions un total estimé entre 20.000 et 25.000 morts entre octobre 2001 et juin 2008. (2)


Ajoutons à cela les bavures appelées pudiquement « dommages collatéraux » par drones interposés. D’ailleurs, obnubilé par la doctrine « zéro américain mort » on apprend que dans un article paru dans le Washington Post, que le Pentagone avait publié une proposition pour embaucher des « agents de sécurité », c’est-à-dire des mercenaires, pour accomplir certaines tâches pour lesquelles l’armée américaine ne dispose pas de personnel suffisant. Comme si cela ne suffisait pas, l’armée américaine réfléchit, en plus des drones qui font des ravages, au développement de robots sophistiqués pour être déployés sur les terres de conflits à la place des hommes. Pour les questions éthiques on verra plus tard… « A la prison de Bagram, écrit Mireille Delamarre, sont enfermés de nombreux détenus afghans, souvent pendant des mois voire des années, sans qu’ils puissent bénéficier de l’aide d’un avocat ou sans même savoir le motif de leur incarcération. Bagram est l’équivalent de Guantanamo en Afghanistan ». (3)


Dans la première année de guerre en Afghanistan, le coût financier de la guerre s’élèverait à $1 milliard par mois. Les États-Unis ont déjà envoyé 6000 missiles et bombes sur le sol afghan. Le coût de certains missiles s’élève à $1 million pièce. L’argent coule à flot et le peuple n’en voit pas la couleur. Une nouvelle faune détourne les ressources provenant principalement des Etats Unis. Cette nouvelle élite est en fait constituée des personnels d’agences d’aide étrangères gouvernementales ou non gouvernementales. « Cela pose une nouvelle fois, écrit Patrick Cockburn, la question de la complicité active à une guerre coloniale de ces agences et de leur personnel, dans un pays touché par une pauvreté extrême et ravagé par des années de conflits armés. Le mode de vie style "cage dorée" dévoile la vérité dans toute sa laideur concernant l’aide étrangère en Afghanistan. De vastes sommes d’argent sont gaspillées par des agences d’aide occidentales pour leur propre personnel en Afghanistan alors que l’extrême pauvreté poussent de jeunes afghans à combattre pour les Talibans. Actuellement les Talibans paient 4$ pour une attaque contre un barrage de police dans l’ouest du pays, mais les consultants étrangers à Kaboul, dont les salaires sont payés avec les budgets des aides pour l’étranger, peuvent bénéficier de salaires compris entre 250000$ et 500000$ par an".

« Les dépenses élevées pour payer, protéger et loger dans des conditions luxueuses les responsables occidentaux gérant les aides permet de comprendre pourquoi l’Afghanistan occupe la 174 ème place sur 178 sur une liste de l’ONU classant les pays selon leur richesse. En 2006, Jean Mazurelle, le directeur de la Banque Mondiale de l’époque, a calculé qu’entre 35 et 40% des aides ont été "mal dépensées". Il y a eu de nombreuses attaques contre des étrangers à Kaboul et des attentats suicide ont été selon les Talibans efficaces pour concentrer la plupart des expatriés dans des quartiers sécurisés où les conditions de vie peuvent être luxurieuses mais où on mène une vie aussi confinée que dans une prison. "J’étais dans la province du Badhakshan dans le nord de l’Afghanistan où vivent 830 000 Afghans, la plupart dépendant pour leur subsistance de l’agriculture," a dit Matt Waldman, directeur politique et conseil d’Oxfam à Kaboul. "La totalité du budget du bureau local de l’agriculture, irrigation et bétail, qui est extrêmement important pour les paysans au Badakhstan, est juste de 40 000$. C’est le salaire d’un consultant expatrié à Kaboul pendant quelques mois." (…) « Le programme d’aide international est plus important en Afghanistan car le gouvernement a peu de sources de revenus. Les dons des gouvernements étrangers constituent 90% des dépenses publiques. L’aide est bien plus importante qu’en Irak, où le gouvernement a des revenus pétroliers. En Afghanistan, le salaire mensuel d’un policier est seulement de 70$ ce qui n’est pas suffisant pour vivre sans toucher des pots de vin ». (4)


Alors qu’un attentat-suicide a frappé samedi 15 août le centre de Kaboul, les rebelles islamistes harcèlent les forces de sécurité afghanes et les troupes de l’Otan pour terroriser la population et empêcher les élections de jeudi Le spectaculaire attentat-suicide commis à Kaboul samedi 15 août révèle en tout cas de sérieuses brèches dans la sécurité de la capitale afghane. L’Otan et les Américains se rendent compte que la partie ne sera pas facile. Les Talibans se battent bien et occasionnent des pertes sérieuses. Dans une interview au quotidien de Wall Street, le 11 aout 2009, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition.


Dans un entretien à CNN dimanche 9 aout, Susan Rice, l’Ambassadrice états-unienne à l’ONU, a confirmé pleinement cette perspective : « Je m’attends à dix années supplémentaires d’engagement des Etats-Unis, et je prévois que le coût de [cet engagement] sera bien plus grand que celui de la guerre d’Irak. Nous voulons investir ce qui sera nécessaire pour atteindre cet objectif ». D’ailleurs le président Obama a encore répété que la guerre ne sera ni facile ni rapide. Il a annoncé vouloir « gagner les cœurs et les esprits » des Afghans afin de retourner la population contre les insurgés. En clair, réduire les frappes aériennes, notamment dans les zones peuplées. Une stratégie qui n’a pas échappé aux talibans. Ils ont remis en circulation leur petit guide de conduite du combattant islamiste, datant du mois de mai, dans lequel il est recommandé de préserver les civils pour gagner leurs coeurs. Depuis Bruxelles, le 28 juillet, David Miliband, le ministre des Affaires étrangères britannique, a envoyé au président afghan un message "sans équivoque", narre le quotidien anglais Times. Alors que des élections générales doivent avoir lieu le 20 août en Afghanistan, il a appelé Hamid Karzai pour lancer le dialogue avec les talibans modérés. Réponse du berger à la bergère : « Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai », a déclaré le porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.


Quel serait en définitive la raison de cette guerre ? Ecoutons ce plaidoyer : « Motif principal de la guerre en Afghanistan en 2001, la guerre au terrorisme en Afghanistan est devenu un objectif secondaire mais préalable à la réalisation des enjeux militaro-pétrolier de la région. Il en est de même pour la démocratisation, la sécurisation et la stabilisation du pays. Ces objectifs secondaires auxquels s’ajoutent la reconstruction et l’aide humanitaire forment la base de la propagande de justification de l’intervention militaire occidentale en Afghanistan. (…) La majorité des gens normaux dans le monde sont sincèrement préoccupés par le sort fait aux femmes en Afghanistan mais il serait naïf de penser que l’administration Bush et les généraux de l’OTAN en ait fait un enjeu stratégique. C’est le dernier de leurs soucis sauf que c’est un motif vertueux très commode pour manipuler l’opinion publique. Donc la démocratie et la libération des femmes afghanes sont des motifs très secondaires, mais des arguments vertueux utiles pour la propagande de guerre ». (5)


Que dire en conclusion ? L’Otan, dit-on, est désarmée face à l'emprise talibane. L’analyse suivante nous parait pertinente : « (…) La vraie question est : quelle histoire l’Afghanistan est-elle en train d’écrire ? Il suffit de parcourir les rues de Kaboul, la capitale, et d’interroger les habitants sur la signification que le mot démocratie a pour eux. Les plus âgés disent qu’ils n’en savent rien, que ce mot n’évoque rien pour eux. D’autres, plus jeunes, observent que cette démocratie correspond à une augmentation de l’insécurité, et à une licence des mœurs qui, s’ils ne la réprouvent pas ouvertement, les gêne, car elle ne colle pas avec leurs traditions, même celles qui sont antérieures à l’époque talibane. En réalité, le problème le plus important de l’Afghanistan réside dans la méthode. On a voulu plaquer sur ce pays aux traditions, spécificités et fonctionnement très particulier, des recettes types, éprouvées mais adaptées à nos sociétés occidentales. Un fait tout simple : l’organisation de l’Afghanistan repose sur un système tribal et de pouvoirs locaux, villageois même. Il ne s’agit pas là des fameux chefs de guerre, mais de chefs de village, de tribus… Pas forcément talibans, ou fondamentalistes. Comment, alors, un président élu, même démocratiquement pourrait-il avoir une légitimité ? Mixer le respect de ces traditions avec une dose de démocratie peut permettre aux Afghans d’écrire leur propre histoire, tout en donnant un rôle d’acteur aux Occidentaux » (6)


Les Afghans forment une vieille civilisation. Ils sont harassés et fatigués de mourir tous les jours pour un pouvoir aussi pourri que les précédents. A Florence Aubenas qui les a côtoyés, ils avouent : « On ne touche que la poussière des 4x4, pas les milliards. » Sept ans après la chute des talibans, ni la communauté internationale ni le gouvernement afghan n4ont été à la hauteur des espoirs qu'ils avaient suscités. Et les Afghans souffrent toujours autant des rivalités claniques, de l4incompétence de leurs dirigeants, et surtout de la corruption. « Ils regrettent le temps des talibans. C'est tout dire »( 7)


A n’en point douter, ces élections ne changeront rien à la donne. On aurait cru que la grandeur des Etats-Unis sous l’ère Obama aurait permis l’avènement de la paix. Il ne faut pas oublier que les talibans, quand ils étaient en odeur de sainteté, avaient un bureau de recrutement à New York pour drainer l’internationale islamique contre « el kouffar » - les soviétiques - et disposaient des fameux lance-roquettes Stinger qui avaient fait des ravages dans les chars russes.


C.E. Chitour


1. Zafar Hilaly : Hamid Karzai prêt pour un second mandat The News18.08.2009


2. C.E. Chitour : Afghanistan La mort d4enfants au nom des valeurs de l'Occident 1 09 2008


3. Mireille Delamarre Les US ont de plus en plus recours aux sociétés sous traitantes http://www.planetenonviolence.org 18 Septembre 2008


4. Patrick Cockburn Profiteurs : De Guerre A Kaboul .The Independent 01/05/09


5. http://objection_votre_honneur.monb...


6. Storytelling : Quelle histoire pour l’Afghanistan ? http://storytelling.over-blog.fr/


7. Florence Aubenas. Voyage dans un pays en miettes : Le Nouvel Observateur N° 31 07 2008


URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Inutile-election-Le-peuple-afghan-pris-au-piege.html

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 00:31

 «La vérité, la justice et la compassion sont souvent les seules défenses contre le pouvoir impitoyable.»

Aung San Suu Kyi

 

 

 

     Dans l’actualité de cette semaine, un fait en apparence anodin, vient nous rappeler que le combat pour la liberté et la dignité humaine est de tous les lieux, de tous les temps et nous interpelle même à des milliers de kilomètres. Il s’agit en l’occurrence d’Aung San Suu Kye d’une dame frêle mais déterminée et qui fait trembler les militaires de son pays non pas par sa puissance de feu mais par sa puissance de paix, et d’entêtement à voir son pays libre et démocrate. Une dame qui vit sobrement loin de ses enfants qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années pour cause de «prison», qui n’a pas vu mourir son mari et qui a tout perdu sauf l’honneur, la dignité et la satisfaction d’un combat juste pas pour des raisons matérielles. C’et peut-être le premier prix Nobel de la paix «non manipulé», de l’histoire des Nobel, par l’Occident. On se souvient des Nobel de Sadate, Begin, Lech Valesa, Soljenitsyne et tant d’autres qui ont vu leurs services rendus couronnés par justement le prix Nobel bref tous les serviteurs de la cause de l’Occident.

 

     Cette dame est birmane et vient d’être une fois de plus assignée à résidence pour 18 mois. Au-delà de la «manipulation probable» de l’information du fait de ce tollé hypocrite des pays occidentaux, nous remarquons au passage qu’aucun pays arabe ou musulman ne s’est ému ou autosaisi de cette cause pour la liberté laissant une fois de plus, le champ libre à la doxa occidentale et à son magister moral mâtiné comme nous le verrons, d’intérêts en l’occurrence bassement matériels.

Brève radioscopie du Myanmar

 

     Le Myanmar (Birmanie) est un pays d’Asie du Sud-Est continentale avec une surface de 678.500 km² ayant une frontière commune avec l’Inde, le Bangladesh, le Laos, la Chine et la Thaïlande. Il est bordé par la mer d’Andaman au sud et par le golfe du Bengale au sud-ouest, avec environ 2000 kilomètres de côtes au total. Sa population est de près de 50 millions d’habitants Le pays a acquis son indépendance au Royaume-Uni le 4 janvier 1948. Pays riche en matières premières, il fait l’objet de «sollicitude». Il est tenu d’une poigne de fer par une junte militaire depuis plus de vingt ans

 

        Qui est Aung San Suu Kyi qui ose ainsi  défier une junte bien «assise»? Fille du leader de la libération Aung San (assassiné en 1947), Suu Kyi est née à Rangoon en 1945, juste avant que la Birmanie ne se libère de la tutelle colonisatrice de la Grande-Bretagne. Sa mère est diplomate et Suu Kyi est élevée en Inde et en Grande-Bretagne. Elle fait des études de philosophie, d’économie et de sciences politiques à Oxford. Elle poursuit une carrière académique jusqu’à ce qu’elle rentre en Birmanie, en 1988, pour soigner sa mère malade. Influencée par la philosophie et les idées du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, Suu Kyi et ses amis politiques fondent, en 1988, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) qui remporte presque 80% des sièges lors des élections de 1990. Les militaires au pouvoir vont refuser le résultat démocratique sorti des urnes. Depuis, Suu Kyi, appelée «la Dame», continue de résister. Le LND lutte pour le retour de la démocratie dans le pays. La junte a une position ambiguë envers l’opposante Aung San Suu Kyi, qui est très populaire dans le monde suite à son prix Nobel de la paix en 1991. Sa popularité et son statut de fille du symbole et héros national Aung San, lui procurent une certaine protection, d’autant qu’elle ne veut pas quitter le pays et est insensible aux offres de corruption. Face à ce dilemme, la junte a donc placé l’opposante en résidence surveillée. Aung San Suu Kyi est entrée dans sa 14e année de détention le 24 octobre 2008. Le 4 mai 2009, un Américain, John Yettaw, gagne la résidence de Aung San Suu Kyi en traversant un lac public à la nage. Il est hébergé pendant deux jours par Aung San Suu Kyi entrainant ainsi leur arrestation et leur jugement. Aung San Suu Kyi est condamnée le 11 août 2009 à 18 mois d’assignation à résidence suite à un décret de Than Shwe réduisant la peine initiale de moitié. Ce jugement très controversé, la rend inéligible pour les élections de 2010 à moins d’une grâce exceptionnelle.

 

         Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé une déclaration édulcorée sur la Birmanie se contentant d’exprimer sa «grave préoccupation». On apprend aussi que la médiation du sénateur démocrate a permis pour la première fois pour les Etats-Unis de prendre langue ave les dirigeants du Myanmar mais aussi de faire libérer l’Américain par qui le procès est arrivé et de voir dans le même temps la prisonnière en résidence surveillée.

 

     On peut s’interroger sur la longévité du pouvoir des militaires qui, selon les normes occidentales, bafouent les droits de l’homme en toute impunité depuis plus de vingt ans. Cela rappelle un autre dictateur à qui on a reproché de brimer son peuple et que l’on a pendu sans coup férir pour prendre son pétrole et laisser le chaos. Avec le Myanmar c’est différent, nous avons là aussi un pouvoir militaire qui règne sans partage, qui -aux dires des Occidentaux- tue, vole, pille enrôle des enfants, tue des moines bouddhistes. Et il ne se passe rien mis à part des campagnes hypocrites de dénonciation et de résolution du Conseil sans lendemain. Il existerait trois raisons: la première est que le monde bouddhiste est quoi qu’on dise uni. La Chine puisqu’il s’agit d’elle est toujours contre des sanctions pour ses protégés d’autant que le Myanmar l’a aidée dans les années difficiles. De plus, il recèle des réserves d’hydrocarbures et enfin il est de la même essence religieuse.

 

        Curieusement, cette «situation» de ni paix ni guerre arrange les Occidentaux qui poussent l’hypocrisie jusqu’à faire des résolutions dures qui sont naturellement refusées par la Chine. Pendant ce temps, les affaires continuent avec les mêmes. Pour Danielle Sabaï: «La dictature birmane doit essentiellement sa survie aux investissements financiers mirobolants que des Etats peu regardants comme l’Inde, la Chine, la France n’hésitent pas à faire dans le pays. Les tentatives de faire pression au niveau politique ont fait long feu. La politique de l’Association du Sud-Est asiatique (Asean) envers la Birmanie en est une brillante illustration. La Birmanie est devenue membre de l’Asean en 1997.»(1) 

 

        «Pour rappel, le 6 septembre 2007, le Parlement européen condamnait les violations des droits de l’homme et accusait la junte birmane d’être une menace pour l’Asie du Sud-Est... les membres de l’Union européenne se sont en fait, accordés sur le plus petit dénominateur commun. Si quelques Etats sont favorables à une politique plus ferme envers la Birmanie, la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne et la Pologne s’y sont jusqu’à présent opposées. Leur position s’explique en particulier par les intérêts économiques qu’ils ont développés dans le pays. Malgré des appels réguliers à la libération d’Aung San Suu Kyi, la diplomatie française, par exemple, s’est toujours montrée attachée à la défense des investissements financiers français dans le pays. Elle n’a pas hésité à soutenir la compagnie Total, l’un des plus importants investisseurs en Birmanie, accusée d’avoir eu recours au travail forcé. L’entreprise dirige l’exploitation des champs gaziers de Yadana, qui rapporte au gouvernement birman entre 200 et 450 millions de dollars américains annuellement, soit environ 7% du budget estimé de l’Etat birman» (...) Les pays voisins, notamment l’Inde et la Chine, étant de gros consommateurs des matières premières que la Birmanie possède en abondance, ont décidé de fermer les yeux sur les violations systématiques des droits de l’homme et de l’enfant.(...) La Chine et la Birmanie ont toujours entretenu des relations de bon voisinage ».

 

          « En 1991, les dirigeants chinois furent les premiers à vendre des armes, des avions, des frégates et autres équipements militaires à la junte. La Chine a aussi beaucoup investi dans les infrastructures birmanes. C’est un gros importateur de bois et minerais en provenance de la Birmanie. Depuis le début de l’année 2007, le soutien de la Chine à la Birmanie s’est considérablement accentué. (..) L’Inde, quant à elle, a attendu le 26 septembre, premier jour où la junte birmane a envoyé la troupe et tué plusieurs moines et civils, pour «exprimer sa préoccupation» concernant la répression des mobilisations. (...) La politique de soutien entre Jawaharlal Nehru et Aung San, héros de l’indépendance nationale birmane est décidemment bien loin. Dans un contexte de tension, l’Inde n’a pas hésité à dépêcher le 23 septembre son ministre du Pétrole de l’Union Murli Deora...Il s’agissait pour l’Inde de voir dans quelle mesure, d’une part, elle pourrait exploiter des gisements d’hydrocarbures découverts en Birmanie (...). L’Inde est déterminée coûte que coûte à renforcer ses relations avec la Birmanie pour limiter le terrain à la Chine.(...). Ainsi, selon Human Rights Watch, l’Inde aurait offert des hélicoptères de combat légers, du matériel de pointe pour les avions de combat et des avions de surveillance navale en échange d’une politique contre les rebelles indiens qui utilisent la Birmanie comme base arrière de leur mouvement d’indépendance.(1)


           «La Thaïlande est le troisième investisseur en Birmanie et le premier destinataire du gaz naturel birman qui a rapporté à la junte 1 milliard de dollars US pour la seule année 2005-06, montant qui a doublé l’année suivante. (...) Enfin, la Corée du Sud est une illustration parfaite de l’hypocrisie et du double langage, que de nombreux pays utilisent quand il s’agit de la Birmanie. Daewoo International n’a pas hésité à exporter des équipements militaires, de la technologie et à construire une usine d’armement sur le territoire birman.(..). D’un autre côté, Daewoo International, qui détient 60% de trois champs de gaz naturel en Birmanie, vient de découvrir un nouveau gisement de 219.2 milliards de mètres cubes de gaz exploitable, le plus grand gisement jamais découvert par une entreprise coréenne et l’équivalent de 7 années de consommation de gaz pour l’ensemble de la Corée du Sud. Le gouvernement coréen a très vite fait savoir qu’il désirait voir le gaz arriver dans son pays»(1)...


Ethique contre business pétrolier

 

           Les pays voisins de la Birmanie, contrairement à l’Europe et aux Etats-Unis, ne s’intronisent pas en donneurs de leçons en matière de Droits de l’homme et de libertés. Le double langage de ces derniers leur permet d’avoir bonne conscience-vis-à-vis de leur opinion- à faible frais mais continuent à faire des affaires business as usual. Parmi les pays occidentaux, deux se détachent par leur ambivalence: il s’agit des Etats-Unis dont les compagnies pétrolières Unocal puis Chevron ont continué à exploiter le gaz birman indépendamment des sanctions. Il s’agit aussi de la France avec Total qui, non seulement exploite sans vergogne le gaz, consolide la junte par ses royalties mais de plus, est accusée avec preuve par les organisations des droits de l’homme d’avoir fait travailler des enfants.

 

             Ecoutons Arnaud Dubus: Nicolas Sarkozy a réagi, hier, à la condamnation d’Aung San Suu Kyi, en demandant à l’Union européenne d’infliger de nouvelles sanctions à la Birmanie «tout particulièrement dans le domaine de l’exploitation du bois et des rubis». «La mise en place de sanctions se heurte bien souvent à l’intérêt des Etats, dont la France qui, comme beaucoup d’autres, commerce avec les généraux via ses industries pétrolières», observait en 1994 Bernard Kouchner dans le livre Dossier noir Birmanie (éditions Dagorno). Kouchner a changé son fusil d’épaule en 2003, en rédigeant pour Total un rapport payé 25.000 euros, dans lequel il blanchissait la compagnie pétrolière. Aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, Kouchner expliquait en mai 2009, alors que l’UE réfléchissait à la possibilité de cibler Total pour sanctionner la Birmanie, que si la compagnie française se voyait interdire d’opérer, la Chine prendrait aussitôt le relais.(2) 

 

          Preuve ultime: dans une déclaration au quotidien Le Monde en juillet 1996, Aung San Suu Kyi, place Total au premier rang des soutiens dont bénéficie le régime de Rangoon.Tous les faits rapportés sont connus et dénoncés depuis des années dans le monde entier. Mais voici que Total reconnaît avoir dû protester contre les méthodes de l’armée birmane, que lors d’un débat dans une Fnac à Paris, le pétrolier confesse tardivement avoir indemnisé 400 Birmans, forcés au travail par l’armée sur le gazoduc. Voici qu’un témoin affirme avoir vu l’armée obliger des villageois à déminer le terrain avec leurs pieds et sauter sur des mines.

 

             «Pourquoi, s’interroge Rue 89 dans une contribution du 14 août, s’arrêter au bois et aux rubis: n’importe quoi, du moment que ça ne sert pas à se chauffer, cuisiner, s’éclairer ou partir en week-end?. Parce que bon, dans le cas particulier de la France il y a l’entreprise Total, très présente dans le pays d’Aung San Suu Kyi. De même pour les Britanniques il y a BP, pour les Américains Exxon ou Chevron-Texaco mais au final, Total a en ex-Birmanie la plus grosse part du gâteau.»

 

            Ici comme ailleurs, et c’est de bonne guerre, la France ménage ses intérêts: le cas du Niger en est un exemple récent, d’un côté, un coup d’Etat constitutionnel, de l’autre, du pétrole prêt à jaillir et des mines d’uranium. Et au milieu, la France et Areva, qui détiennent une part non négligeable du métal tant convoité avec la mine d’Imouraren. Face à ce dilemme, «la France se fera-t-elle l’avocate du Niger? s’interroge L’Observateur Paalga. L’Union européenne (UE) a indiqué son intention de revoir sa coopération si le président Tandja obtenait la possibilité de se représenter. La France se désolidarisera-t-elle de l’UE?» Il est hors de doute que si les pays occidentaux et les autres -qui eux, ne donnent pas de leçons de démocratie- voulaient la liberté pour les peuples harassés sous le joug des dictatures, ce sera alors, l’avènement d’un monde nouveau où chacun serait jugé à l’aune de sa valeur ajoutée et non en fonction d’une hypothétique naissance du côté du bon hémisphère, avec une bonne couleur de peau et naturellement avec une essence spirituelle y afférente. Ne rêvons pas!


1.Danielle Sabaï - La crise birmane. ses fondements et l’urgence de la solidarité: assez d’hypocrisie, des actes! 30.09.2007. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article7609

2.Arnaud Dubus. - Punir la junte: et après? Le Monde 12/08/2009

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

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