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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 13:14

 

«Les Juifs de France n´ont d´avenir que si la France reste une nation; il n´y a pas d´avenir possible pour les juifs dans une société multiculturelle, parce que le pouvoir des groupes antijuifs risque d´être plus important.»

 

Alain Finkielkraut

 

    C´est par ces phrases que depuis plus d´une quinzaine d´années le philosophe Alain Finkielkraut combat la communauté musulmane déniant de ce fait à la République d´être une société multiculturelle exception faite, on l´aura compris, de la culture Yddish fondement de son identité originelle. Ce faisant, il ne perd pas une occasion de mettre de l´huile sur le feu en attisant les haines et en désignant du doigt les Arabes, les Noirs, et les Antillais. Il explique le mal-être français par le brunissement des Français.   D´où est issu  Finkielkraut? C´est un émigré polonais de la deuxième génération qui n´est pas marqué au fer rouge quant au numéro de son ascendance. Né en 1949, il se veut plus français que les Français de souche et à ce titre, se découvrant aussi un zèle de bénédictin pour la cause sioniste. Il «dérive» sans arrêt, dans l´impunité la plus totale, profitant de l´indulgence du pouvoir et de l´inexistence d´un contre-pouvoir d´intellectuels d´origine maghrébine ou plus généralement arabe capable de lui donner la réplique. Ce n´est pas demain que Malek Chebel, Tahar Ben Djelloun ou Abdelwahab Meddeb répliqueront à Alain Finkielkraut! Au contraire, ces intellectuels sont sans aspérités, au besoin, ils piétinent leur identité originelle.

 

   Pour rappel, les Juifs polonais, n´étaient pas en odeur de sainteté en Pologne. Dès les années trente et pendant la Seconde Guerre mondiale, certains des massacres perpétrés par les nazis furent menés avec l´appui, voire la participation active, des habitants comme lors du massacre de Jedwabne au cours duquel entre 300 à 1600 Juifs furent torturés et mis à mort par une partie des habitants de Jedwabne. On recense 32 autres villes où des pogroms se déroulèrent On comprend dans ces conditions que Finkielkraut père ait fui la Pologne.



      Alain Finkielkraut est un philosophe éclectique, certes, brillant, mais faisant de la défense d´Israël un sacerdoce . Il   diabolise   tout ce qui pourrait entacher une République française qu´il veut blanche aseptisée, libre de tout arabe et mélanoderme, pour lui responsables du  mal-être français.

 

   Tentons de rapporter en honnête courtier quelques-unes de ses prouesses.

Fustigeant Mai 68, il y   ajoute l’anti-sémitisme  qui d’après lui ,libère la parole. « Au nom de la lutte contre une pensée unique, qui serait composée d´un soixant´huitardisme d´arrière-garde, d´un antiracisme dogmatique et d´un antisémitisme larvé, il est aujourd´hui possible de dire à peu près tout et n´importe quoi. Ces propos d´Alain Finkielkraut, rapportés par le quotidien israëlien Haaretz expliquent donc que la prise en compte des diverses cultures qui composent la France au fil des métissages et de l´immigration est en soi une menace pour les juifs. Comprenez bien aussi qu´une société multiculturelle se résume à une lutte de pouvoirs entre les parties qui la composent ».

 

 Dans le viseur de Finkielkraut, l’Islam  et les immigrés quand biem mêùme is seraient de dixième génération. « Aujourd´hui, nous dit-il en substance, toujours selon Haaretz, il serait impossible de critiquer les immigrés. Et on voit bien, en effet, dans quelle espèce d´estime ces derniers sont tenus dans le débat public quand on ne parle que d´irrégularités administratives, de polygamie voire à l´occasion de rites barbares organisés dans les appartements de banlieue. Quand, pour la dernière fois, a-t-on parlé d´immigration sans parler d´insécurité? Il y a quelques mois, Finkielkraut, malgré les explications des renseignements généraux qui ne purent que constater le malaise social à l´origine des émeutes de 2005, affirmait que nier la dimension ethnico-religieuse de ces émeutes était sacrifier à cette bien-pensance de plomb.

 

    Dans un petit livre réjouissant qui s´embarrasse moins d´idéologie qu´il ne s´intéresse aux faits, le journaliste Sébastien Fontenelle explique comment Alain confond, quand ça l´arrange antisémitisme et antisionisme. Finkielkraut tient des propos nauséabonds et se pose en victime dès qu´on les conteste, criant au procès et en réclamant presque un.(1)

 

    Il n´est pas étonnant de ce fait, qu´Alain Finkielkraut joue le rôle du redresseur de torts à sa façon, ainsi, il prend la défense de Brice Hortefeux après la condamnation du ministre de l´Intérieur à 750 euros d´amende pour injure raciale De plus, «Interrogé sur l´attaque de la flottille par l´armée israélienne, Alain Finkielkraut affirme que l´attaque de Tsahal n´était pas appropriée». «C´est un fiasco». Il ajoute cependant: «Mais ce n´est pas ce qu´on entend. On assiste à un véritable déferlement de haine, comme s´il s´agissait d´un crime contre l´humanité. Et ce n´est même pas non plus un crime contre les humanitaires, car si les militants de ces bateaux étaient des humanitaires, ils auraient accepté que la marchandise soit déchargée dans un port israélien à des fins de contrôle et acheminée par la route à Ghaza».

 

    Après ses déclarations sur l´équipe «black, black, black», Alain Finkielkraut avait été repris de volée par le monde du football, Lilian Thuram en tête. Il ne critique pas les joueurs pour ce qu´ils font, mais pour ce qu´ils sont: des jeunes issus de la diversité et des banlieues. Pascal Boniface eut à réagir contre ce parti pris injuste. «Après un crochet par Jérusalem, passant sans transition de Ghaza au Mondial, et de la déconfiture des Bleus à nos banlieues, Finkielkraut, le philosophe tout terrain, mais à la pensée unilatérale, ne pouvait trouver plus belle opportunité que celle offerte par la tragi-comédie footballistique, pour déverser avec gourmandise sa théorie du chaos social au service d´une cause subliminale, toujours en toile de fond, même si elle se joue au Proche-Orient. La jubilation de Finkielkraut sur les ondes d´Europe 1 est très perceptible lorsqu´il va jusqu´à préconiser la composition de la future équipe de France, en fonction de critères qui lui agréent, du niveau culturel requis, jusqu´au profil type du joueur idéal, plutôt» gentleman «que» voyou, de la génération caillera, les considérations ethnique et religieuse étant clairement citées.(2)


    «On se rappelle qu´en 2005, ce philosophe s´était gaussé de l´équipe» black, black, black «dans une interview au journal Haaretz, où il attribuait l´origine de la crise des banlieues à un problème ethnique. Par la suite, il s´était offusqué que des Français puissent vibrer lors de la qualification de l´équipe d´Algérie. Sur Europe 1, il a déclaré: «On a plutôt envie de vomir avec la génération caillera, il est temps de ne plus sélectionner des voyous arrogants et inintelligents et de sélectionner des gentlemans. Il faut prendre acte des divisions ethniques et religieuses qui minent cette équipe. (...) Il y a finalement une logique dans la pensée de Finkielkraut. Les Noirs et les Arabes sont des voyous, les joueurs de l´équipe de France sont principalement des Noirs qui viennent des banlieues; ils sont donc des voyous. (...) Peut-on expliquer la débâcle actuelle par les divisions ethniques et religieuses? Une fois encore, Alain Finkielkraut semble obsédé par la question ethnique ou religieuse à laquelle il ramène tout. Le problème est un problème d´individu ou de groupe, pas un problème de religion ou d´origine ethnique. (...) Faut-il rappeler à Alain Finkielkraut, chantre de l´homogénéité, que même l´équipe d´Israël est diverse puisqu´il y a des Arabes qui en font partie?»(2)

 

   En fait, Alain Finkelkraut est avant tout un communautariste pro-israelien, et qui se permet de donner des leçons de patriotisme à la France entière! Il devrait le savoir, lui et tant d´autres charriant la misère, désignant la «caillera» le philosophe, l´intellectuel sinon la représentation des inégalités. Il s´est targué de parler de la Cité oubliant son pendant, la banlieue, qui n´est autre que la représentation géographique, ethnique et sociale d´une mise au banc de la Cité.

 

    Finkelkriaut passe le plus clair de son temps à défendre la République contre les assauts du démon communautariste, mais que fait-il finalement? Défendre les intérêts de sa communauté, devenant ainsi lui-même un communautariste.  Alain Finkielkraut rejette le concept d´une Société française multiculturelle. La nation n´est pas une notion statique. Passé commun et vouloir- vivre collectif, la Nation se nourrit d´apports successifs des groupes qui viennent la rejoindre. Je n´ose pas le penser mais j´espère qu´A-F acceptera, au même titre que les juifs, les Polonais, les Italiens l´ont fait que les apports noirs et arabes viennent enrichir la nation française....Pourquoi Finkelkraut dit-il systématiquement qu´une société multiculturelle est incompatible avec le concept de nation? Qu´y a-t-il d´antinomique? Ne pouvons-nous pas tous être français, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, athées, agnostiques, blancs, noirs, jaunes, arabes...?


Les Antillais aussi

 

   Alain Finkielkraut n´en veut pas seulement aux Français comme lui, mais toujours Arabes et musulmans dans sa classification  , il a aussi une dent contre les Antillais qu’il accuse d’être des assistés de la République. Le philosophe antillais Raphael Confiant lui répond: «Depuis quelques semaines, le philosophe Alain Finkielkraut se répand dans tous les médias, en particulier sur les radios juives, pour stigmatiser les Antillais, en particulier les Martiniquais, au motif que ces derniers seraient tout à la fois des "assistés" et des antisémites. (...)Mais venons-en maintenant à la question de l´antisémitisme des Antillais. Et là, que l´on me permette d´énoncer une vérité d´évidence: la Shoah est un crime occidental! Comme l´a été le génocide des Amérindiens, Le terme de "crime contre l´humanité" est une hypocrisie.(...) Ce ne sont pas les Juifs vivant dans les pays arabes, les Séfarades, qui ont dû fuir comme des dératés pour s´en aller construire un Etat où ils seraient enfin libres mais bien les Juifs d´Europe, les Ashkénazes, parce qu´ils avaient compris qu´ils ne pouvaient plus vivre sur ce continent. (...) » (3)

 

« Ma question à Alain Finkielkraut est donc simple, naïve même: pourquoi après avoir subi tant d´avanies de la part de l´Occident vous considérez-vous quand même comme des Occidentaux? Pourquoi un ministre des Affaires étrangères d’Israël s´est-il permis de déclarer récemment: "Nous autres, Occidentaux, nous ne nous entendrons jamais avec les Arabes car ce sont des barbares." Comment, monsieur Finkielkraut, peut-on se réclamer de l´Occident après avoir subi l´Inquisition, les pogroms, les chambres à gaz et la rafle du Vel d’Hiv? Un ultime point tout de même: quand vous déclarez, sur Radio communauté juive, que nous détesterions Israël "parce que ce n´est pas un pays métissé", je préfère croire que vous voulez rire. Quel pays est plus muticulturel et plus multilingue qu´Israël avec ses blonds aux yeux bleus russophones, ses Noirs d´Ethiopie (Falashas) parlant l´amharique, ses Séfarades au type sémite et souvent arabophones et même ses Juifs hindous et chinois?»(3)

 

« Non, ce que ne supporte pas Finkielkraut, c´est que des noirs et des arabes «menacent» notre belle République; ainsi, le problème que ces jeunes d´immigration maghrébine et africaine posent se substitue aux problèmes auxquels est confrontée l´éducation nationale dans son ensemble. Au fond, il a à peu près le même raisonnement que Zemmour, et on a l´impression qu´il appartient au «jeune musulman» de façon essentielle, et non pas circonstancielle, de saper les fondements de notre démocratie. (...) Mais le plus grand danger de cette lancinante mise au pilori est l´oubli dans lequel elle nous plonge du racisme quotidien auquel sont confrontés ces Français musulmans, dont le problème n´est pas de vouloir s´intégrer, mais d´y être invités. (...) Quelle vision a donc Alain Finkielkraut de cette société française, divisée entre sa jeunesse noire et arabe et le reste, des Français bien comme il faut?"(4)

 

   A l´autre bout de la communauté juive, il se trouve des Juifs tolérants, ouverts, des humanistes, Edgar Morin est l´un d´eux. Philosophe d´origine juive, il a été condamné on s´en souvient par la cour d´appel de Versailles, en juin 2005, pour «incitation à la haine raciale» pour avoir écrit à propos d’Israël : «On a peine à imaginer qu´une nation de fugitifs issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l´histoire de l´humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui et à l´exception d´une admirable minorité en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier». Les juifs d´Israël, descendants des victimes d´un apartheid nommé ghetto, ghettoîsent les Palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. Les juifs qui furent victimes d´un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Les juifs victimes de l´inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, «bouc-émissarisent» Arafat et l´Autorité palestinienne, rendus responsables d´attentats qu´on les empêche d´empêcher ».

 

  Déjà dans L´Arche, n°533-534 de juillet-août 2002, Alain Finkelkraut, s´en prend également à Edgar Morin, osant même écrire «Aucun Le Pen au monde ne va aussi loin», et qualifiant le texte de l´article publié dans Le Monde de «Manifeste de la haine antijuive». En définitive, cet empêcheur de vivre- ensemble, cet intolérant ce «Fidèle d´Israël,  ne supporte pas ces enfants d´immigrés bruyants, revanchards et indomptables à l´école. Ils corrompent son idéal et son vieux monde. En haut de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le Paris populaire, là où son grand-père avait ouvert la petite maroquinerie reprise, il y a maintenant des magasins où l´on vend des djellabas, des voiles et aussi des burqas, une boucherie halal et un peu plus bas une mosquée.» (....) n´a plus aucune indulgence. La question sociale n´est pas la sienne. Il ne veut plus rien entendre des traumatismes de l´histoire. La repentance coloniale n´a, dit-il, produit que la haine de la France. Il ne veut pas se rappeler que les pères de ces enfants, arrivés il y a quarante ans, étaient durs à la tâche et silencieux. Il parle de mode de vie incompatible.(5)

 

  Tout est dit. On comprend que les idéologues comme son ami Pascal Bruckner ont formaté durablement les imaginaires des dirigeants actuels. Il n´est plus question de « Nation comme un plébiscite de tous les jours, un vouloir-vivre collectif » pour citer Ernest Renan.
Sombres jours pour les mélanodermes et les Arabes.

 

1.Daniel de Almeidahttp://societe.fluctuat. net/blog/15726.html30.03.07

 

2.http://pascalboniface.blogs.nouvelobs.com/2010/06/21/finkielkraut-all-whites-all-right.html

3.Raphael Confiant http://www.bondamanjak.com/martinique/28-a-la-une/41-raphael-confiant-repond-a-alain-finkielkraut.html2 Avril 2005

 

4.Mazarine Pingeot Alain Finkielkraut commet une Zemmourienne. blogNouvelObs.25/05/2010

5.http://toutsurlachine.blogspot.com/2010/06/portrait-alain-finkielkraut-itineraire.html

 

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Ecole Polytechnique enp.edu.dz

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 13:11

 

 «Si tu ne peux pas distribuer de la nourriture, distribue au moins des bonnes paroles»

 

Proverbe africain

 

    Ce proverbe s’applique comme un gant à la méthode du G8 en face de l’Afrique. En effet, les pays les plus industrialisés du Monde, le G8, se sont d’abord retrouvés seuls au Sommet du Canada, ensuite ils ont élargi le sommet au G 20 et ils ont accordé quelques instants aux pays africains qu’ils encouragent à persévérer dans les réformes, c’est-à-dire une ouverture débridée de leurs marchés, distribuant ça et là des satisfecits et «des promesses qui n’engagent -comme le dit si bien l’ancien président français Jacques Chirac- que ceux qui y croient». Promesses qui ne nourrissent pas le milliard d’hommes qui vit au-dessous du seuil de pauvreté. De quoi ont -ils parlé? Est-ce du malheur des déshérités? Des changements climatiques et des réfugiés économiques et climatiques? Est-ce qu’ils ont parlé de la dénucléarisation du Monde? Non! ils ont parlé de la façon de continuer à gérer les ressources qu’ils n’ont pas et qui se trouvent «ailleurs».

   Les Etats-Unis et l’Europe rapportent une dépêche de l’Associaced Press sont, notamment divisés sur la réduction des déficits. Malgré les appels américains à ne pas abandonner trop vite les mesures de soutien à l’économie, l’heure est à la rigueur budgétaire en Europe, ébranlée par la grave crise de la dette grecque. Les dirigeants du G-20 sont également divisés sur la réforme de la régulation financière. En Europe, la priorité semble désormais la réduction des déficits après la crise grecque qui a ébranlé la confiance dans les finances d’autres pays de l’Union européenne et dans l’euro. «Sans croissance maintenant, les déficits augmenteront davantage et saperont la croissance future», ont également averti le secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner et le chef du Conseil national économique de la Maison- Blanche, Lawrence Summers, dans une tribune publiée mercredi dans le Wall Street Journal. Timothy Geithner a enfoncé le clou en appelant l’Europe à «faire le choix de mettre en oeuvre des réformes et des politiques susceptibles de déboucher sur des taux de croissance plus élevés à l’avenir». (...) Avant même le début des discussions, les Etats-Unis ont enregistré deux succès, avec une décision des gouvernements européens visant à renforcer la confiance dans leurs banques par la mise en oeuvre de tests de résistance.(1)


Washington n’a pas apprécié les récentes mesures d’austérité mises en place en Europe, notamment en Allemagne et en Grande-Bretagne. La semaine dernière, le président américain, Barack Obama a envoyé un courrier très officiel à l’ensemble des pays européens, pour les mettre en garde contre les risques d’une austérité précipitée. Les pistes à l’étude sont nombreuses. La taxe sur les banques, vient d’être acceptée par l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France réunies. Quant aux Etats-Unis, ils n’y sont, a priori, pas opposés, En tout état de cause, cette fois-ci ce sont les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui refusent, en effet, que leur système financier, qui a bien résisté à la crise, paie le prix de l’inconscience des autres Etats. Au final, il y a fort à parier pour qu’aucune mesure emblématique ne sorte de ce G20. Les engagements pourraient bien ressembler à quelque chose dans ce goût-là: «Les Etats s’engagent à faire en sorte que leurs banques se secourent d’elles-mêmes en cas de crise!»(2)



La Chine dit oui

 

On apprend que la Chine a répondu aux doléances américaines, à savoir, réévaluer le yuan; la Banque centrale de Chine a décidé d’un cours pivot de 6,7896 yuans contre le dollar. Il est de ce fait au plus haut depuis cinq ans. Après une semaine de fluctuations du cours pivot du yuan, surveillées de près par Pékin, les experts confirment le changement de cap du navire économique chinois, même si l’impact à court terme reste limité. (...) Si l’appréciation se fera donc en douceur pour laisser aux entreprises le temps de s’adapter, les économistes s’attendent à une légère amputation du PIB sur le long terme. (...) Au final, souligne l’économiste Yann Moulier Boutang, «les entreprises à forte intensité de main-d’oeuvre ne pourront s’en sortir qu’en incorporant davantage de travail qualifié et en se spécialisant dans des produits qui ont une élasticité-prix de la demande faible». En revanche, les sociétés étrangères implantées en Chine ou qui exportent vers la Chine devraient profiter de la hausse du pouvoir d’achat des ménages, notamment dans le secteur des produits de luxe, mais aussi dans le secteur automobile, high-tech et agroalimentaire. (...) Les pays d’Asie du sud-est seront enfin doublement avantagés par rapport à leur concurrent chinois: non seulement leurs exportations deviendront subitement moins chères, mais elles seront accélérées par la hausse de la demande chinoise.(3)


Pour le site Attac, ce Sommet n’apportera rien, parce qu’il ne traite pas des vrais problèmes. Lisons le commentaire: «(...) Mais bien qu’ils portent une responsabilité écrasante dans la dérive du système économique international et dans la dérégulation des marchés financiers qui en est à l’origine, ce G20 s’annonce comme une nouvelle mascarade. Les derniers G20 ont abouti à des plans de relance et des aides massives aux systèmes financier et bancaire, sans qu’en contrepartie ceux-ci soient soumis à de nouvelles régulations. La récession et les plans de relance ont causé d’importants déficits publics, prétextes à de vastes plans de rigueur sociale qui imputeront la note aux salariés, retraités et chômeurs. Mais ils refusent en même temps toute proposition conséquente de taxation de la finance. Le sachant, les Européens proposent pour la galerie, de mettre à l’étude une taxe mondiale sur les transactions financières, demandée par de nombreuses organisations. Mais si les Européens veulent vraiment le faire, pourquoi ne pas le décider au niveau européen? (...)»

 

«Pour sauver la face, le communiqué final du G20 indique, dans sa version préliminaire qui a fuité, que le G20 veut combattre les causes de la crise financière... mais ne propose que la création d’un groupe d’experts sur la corruption financière. Même les paradis fiscaux et judiciaires semblent avoir disparu des discussions. Pire, les pays s’engagent à ouvrir encore davantage les marchés de biens et de services (dont les services financiers!) et à continuer d’éliminer les derniers instruments de protection dont disposent les gouvernements ou les régions vis-à-vis du tout marché. (...) Les gouvernements du G20 réaffirment leur foi dans le libre marché, pourtant au fondement de cette profonde crise structurelle. Comme des fidèles qui ne croient plus, ils psalmodient de vagues promesses de "reprise verte" et de "croissance mondiale durable" et réaffirment leur détermination à atteindre les Objectifs de développement du Millénaire, alors même qu’ils s’en éloignent année après année».

 

«Pour Attac, c’est le désarmement de la finance qui constitue l’urgence. Il passera, notamment par les mesures suivantes: la mise en place immédiate d’une taxe sur les transactions financières au plan mondial à un taux suffisant pour avoir un effet régulateur sur les marchés financiers et dégager les fonds nécessaires pour la lutte contre le réchauffement climatique et la pauvreté; la suppression des paradis fiscaux; des politiques de relance passant par le soutien des services publics et la reconversion écologique de l’économie, plutôt que par l’austérité et l’érosion des salaires et retraites».(4)

 

Que devient l’Afrique dans tout ça? Les sept chefs d’Etat ou de gouvernement africains seront à Muskoka au «segment Afrique» du Sommet du G8, pour «un dialogue» avec leurs homologues des pays membres de cette institution sur les moyens de renforcer le «partenariat Afrique/G8, initié à l’occasion du lancement du Nepad en 2001». Le Nepad a été conçu comme un plan global pour sortir le continent de la pauvreté. Cet ambitieux plan de développement visait à attirer les investissements étrangers en contrepartie d’un engagement des Etats africains à une «bonne gouvernance», à la fois politique et économique. On dit que les pays du G8 encouragent les pays africains à persévérer. Pour rappel, toujours au Canada en 2002, les mêmes promesses ont été faites. En effet, comme l’écrivait à l’époque Marie Joannidis, le Sommet du G8 à Kananaskis au Canada devait être celui de l’Afrique. (...)



Un écran de fumée

 

Présenté comme la réunion de la «dernière chance» pour les Africains, sollicités depuis un an pour préparer des projets susceptibles de réussir l’examen de passage des bailleurs de fonds, ce sommet a surtout été celui des promesses, qui devraient être tenues à condition que les pays du continent respectent la bonne gouvernance économique et politique. (...) Malgré les propos «optimistes» de leurs quatre représentants au sommet - les chefs d’Etat algérien, nigérian, sénégalais et sud-africain - ils ne peuvent que constater qu’ils ne bénéficieront que d’une partie - et sous condition - des nouveaux concours promis lors de la conférence sur le financement du développement à Monterrey au Mexique. (..) De cette façon, nous appuierons l’objectif du Nepad. Nous contribuerons ainsi à faire en sorte qu’aucun pays qui s’attache vraiment à lutter contre la pauvreté, à instaurer une bonne gouvernance et à engager des réformes économiques ne se voie refuser la chance de réaliser les Objectifs du Millénaire faute de moyens financiers..(5)

 

Ce discours est le même que celui du Sommet de Dublin, de 2005; là encore le G8, comme l’a souligné le président Abdelaziz Bouteflika, avait promis une aide à l’Afrique de 25 milliards de dollars. A peine 7 milliards de dollars ont été difficilement consentis. Même discours, mêmes promesses en définitive, indifférence. Plus que jamais, à l’instar de la Chine, l’Afrique ne doit compter que sur elle-même.

 

En fin de compte, le G 20 n’est qu’un écran de fumée. Tout au plus on peut parler d’un G11 (le G7 et le G4 du Bric). Le reste du Monde ne compte pas. Le G8 décide d’octroyer 5 milliards de dollars à la santé maternelle. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants meurent de faim et du fait des violences collatérales d’un marché des armes évalué à 1200 milliards de dollars. Pour Jacques, Diouf il faut annuellement 50 milliards de dollars pour «contenir» la famine. L’APD promise moult fois n’est toujours pas au rendez vous. Sur les 50 milliards de dollars promis, à peine la moitié a été versée. Des pays comme la France ou l’Italie trainent les pieds mais donnent des leçons d’humanisme....

 

«Lorsqu’on parle des hommes et des femmes politiques qui sont présentement réunis, on parle de monarques absolus.(...) Les politiques appliquées par ces gens sont incontestables. Ils décident pour tous; du plus humble au plus riche. (...). Surtout que leurs politiques affectent des milliards d’êtres humains en en laissant beaucoup croupir dans la misère. En ce XXIe siècle, les riches ont réussi à établir leur société totalitaire où ils sont les seuls à décider ce qui est bon pour tous; ce qui est bon pour tous est d’abord ce qui est bon pour eux. Et les décideurs politiques sont soit des riches qui ont été portés au pouvoir dans leur pays. (...) Au XXIe siècle, ils ont perfectionné leur stratégie, ils ont réussi à établir leur pouvoir pour l’éternité.»(6)


   On ne parle plus d’environnement, de taxe carbone, de Giec ou de changement climatique alors que la crise financière est derrière eux. Il serait intéressant de connaître le bilan carbone du Sommet du G20 qui a vu le gouvernement canadien dépenser en fastes, sécurité et autres frais de bouche, 1 milliard de dollars pour trois jours, dans le même temps ces pays qui totalisent 90% des 60.000 milliards de dollars ne peuvent pas mettre 50 milliards pour éradiquer la faim.


  Camille Loty Mallebranche résume magistralement cet état du Monde Comme à Babel - la tour mythique de l’échec par la confusion et l’incommunication - l’érection d’un monde selon l’arrogance d’une catégorie humaine pour dominer autrui, plutôt que la communication pour l’élévation commune, n’atteindra point le ciel de l’humanité fraternelle mais échouera toujours fatalement dans les pires malentendus, les plus injustes clivages sociaux et le choc des alterhumanités. Babel est le sens perdu en route quand l’homme cesse d’être la fin de l’action politique. La politique internationale avec la dictature financière des banquiers, l’imposture dénucléariste imposée à certains Etats en épargnant d’autres, nous place devant l’imbroglio d’une logique de la force qui nous ramène au monde selon Bismarck où c’était entendu que la diplomatie fût l’expression hypocrite de la force menaçant bellicistement les plus faibles et où le gros bâton prédominait dans les relations interétatiques . La bête ogresse et dévorante exprimait sa position par le vieil apophtegme: «La force prime le droit.» »


«Babel évoque la frénésie dominatrice et la posture conquérante qui passe nécessairement par la violence inquisitrice et exterminatrice. Là où il fallait partager le savoir et les acquis avec l’autre et ainsi rendre plus forte l’humanité commune, des hommes se sont cachés derrière l’identité comme une claustration substantialisée, une tour matérialisée pour se distancier en vue d’assujettir d’autres humains afin de les réifier et les utiliser....Babel est aussi la métaphore de l’incomplétude de toute entreprise humaine où prédomine l’orgueil dédaigneux de l’humain, où quelques-uns veulent se déifier par la supériorité technique ou technologique.
Le Christ disait, "à quoi sert-il à un homme de conquérir le monde, s’il doit y perdre son être!". En transposant cela en politique, posons la question: à quoi rime la gloire des faiseurs d’empire, si tout le contenu de l’écoumène devenu leur butin par la violence, les déshumanise et les fait monstres qui expédient ad patres l’humanité, l’écosystème et leur propre avenir dont ils amorcent fatalement l’effritement?
» (7)


Non! le Monde ne va pas bien! Un monde où la détresse des faibles ne compte pas? Où la valeur d’une personne comme c’est le cas, est indexée sur sa valeur marchande, sur son compte en banque. Ce monde-là est voué à la ruine. Au risque d’être un naïf invétéré, je veux croire en un monde meilleur. La mondialisation -laminoir et le néolibéralisme carnassier sont un cauchemar dont il faut se réveiller. Les défis qui attendent la terre ne sont pas ceux des individus ou de groupes d’individus. Ils frapperont indifféremment les forts comme les faibles. La fin du pétrole et les changements climatiques de plus en plus erratiques et qui ne semblent pas ou plus intéresser les grandes puissances. C’est une erreur.



1.Les déficits budgétaires au menu du G20 à Toronto Nouvelobs.com avec AP 25.06.2010

2.Julie de la Brosse: Les trois matchs du G20 L’Expansion.Com 25/06/2010

 

3.Hélène Duvigneau: Yuan flexible, les vraies conséquences pour la Chine 25/06/2010

4. Attac France, G20: Pas de plans de rigueur prévus pour la finance 25 juin 2010 http://www.france.attac.org/spip.php?article11519

5.Marie Joannidis G8-Nepad http: //www.rfi.fr/fichiers/mfi/economiedeveloppement/614.asp

 

6.Les membres du G20: Des monarques absolus- site bellaciao.org.fr25 juin 2010

7.Camille Loty Mallebranche. Babel ou le sens rompu et perdu dans la civilisation. Site Oulala.net 24 juin 2010

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp.edu.dz

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 13:07

«Les armes doivent s’incliner devant les toges.»

Proverbe romain

Stanley McChrystal, l’architecte de la guerre Otan - taliban, a été remercié après avoir donné une interview très critique à l’égard de l’administration Obama. Il a été, à la tête des forces alliées en Afghanistan remplacé par le général David Petraeus, homme clé de la guerre en Irak. Vingt-quatre pour le général Stanley McChrystal. heures après la publication très critique sur la stratégie de l’administration Obama, le chef des forces américaines et alliées en Afghanistan a été révoqué . «C’est un changement d’homme, pas de stratégie», a insisté le président démocrate. Il a d’ailleurs, réclamé de son équipe, minée par des conflits internes, un effort d’unité sur le dossier afghan. Rendant hommage à la carrière de Stanley McChrystal, Barack Obama a affirmé le voir partir «avec un regret considérable», mais «il s’agit d’une bonne décision pour la sécurité nationale et nos soldats», a-t-il insisté.

«Le limogeage par Barack Obama du général McChrystal, écrit Mathilde Gerard, devrait permettre de poser la question «de l’incohérence de la stratégie d’Obama en Afghanistan», juge quant à lui le Huffington Post, qui souligne qu’à de nombreuses reprises, McChrystal a critiqué publiquement ses supérieurs civils et dénoncé leur «vision à court terme», notamment leur volonté d’établir une stratégie de «contre-terrorisme» qui, selon McChrystal, ne pouvait conduire qu’à un «chaos-istan». Pour Politico, le choix de David Petraeus comme remplaçant de McChrystal est celui d’un «acteur politique à poigne, que les avocats de la poursuite de l’action militaire en Afghanistan espéraient voir en place avant l’échéance de 2011». Le général Petraeus est, en effet, réputé être proche des républicains et partisan d’une action militaire continue».(1)

Les raisons sont ailleurs

Les taliban ont, de leur côté, annoncé jeudi 24 juin qu’ils étaient indifférents au limogeage du chef des forces internationales en Afghanistan. «On se moque de savoir qui commande, McChrystal ou Petraeus. Notre position est claire. Nous combattrons les envahisseurs jusqu’à leur départ», a ainsi déclaré un porte-parole du commandement. Pour rappel, les tensions entre l’officier et l’Exécutif américain sont apparues au grand jour au moment où les forces internationales sont engagées dans deux offensives cruciales face aux taliban dans le sud de l’Afghanistan, et subissent de lourdes pertes avec 70 soldats tués depuis le début juin. Au total, 290 militaires étrangers sont morts dans le cadre des opérations militaires en Afghanistan depuis le début de l’année. Un chiffre : en mars 2008, après plus de six ans de combat, selon les données de l’Afghanistan Conflict Monitor se référant au total de ceux qui ont péri dans cette guerre, il dépasse les 8000 personnes en 2007. Nous aurions un total estimé entre 20.000 et 25.000 morts entre octobre 2001 et juin 2008.

Est-ce que l’on peut comprendre qu’un général soit remercié pour des propos aussi malveillants quand on sait toute l’importance de la guerre en Afghanistan? Est-ce pour les propos que ce général a tenus à propos de l’intransigeance qui minerait tout effort des solutions au Moyen- Orient et partant, sur le conflit afghan?

Pour Agatha Kovacs, la raison est à chercher dans la débâcle malgré les milliards de dollars gaspillés et dont les Afghans ne voient pas la couleur. Ecoutons-la : «En réalité, écrit Agatha Kovacs, l’éviction du chef militaire en Afghanistan serait due à son incapacité à reconquérir le district Marjah, lors de «l’opération moshtarak» il y a quelques semaines, et plus encore, suite à l’annulation de l’offensive dans la province de Kandahar, fief de la résistance afghane.» Il faudrait néanmoins, être naïf pour voir là la vraie raison de l’éviction du chef militaire de l’Otan en Afghanistan. D’ailleurs, selon le Canard Enchainé, à la direction du renseignement militaire, on affirme d’ailleurs, que l’état-major a reçu l’ordre de Sarkozy de ne pas revendiquer un quelconque partage des responsabilités. (...) Le patron du Pentagone, Roberts Gates, admet implicitement l’existence d’un tel «merdier». Dimanche 20 avril, interrogé par la chaîne Fox N, il a déclaré : «Il est beaucoup trop tôt pour évaluer si la mission en Afghanistan est en train de réussir ou non.»

"Puis il a laissé entendre que l’objectif fixé par Obama - un retrait partiel de l’Afghanistan en juillet 2011 - ne pourra être obtenu. Confirmation quelques heures après l’émission de Fox News : 10 soldats (américains, britanniques et australiens) trouvaient la mort sous les coups de la résistance afghane.(...) L’opération de la reconquête du district de Marjah, menée récemment au sud de l’Afghanistan a été, de l’aveu même du général MacChrystal, un échec. La résistance afghane a regagné la région et n’a pas hésité a exécuter les traitres qui avaient collaboré avec l’ennemi américain. (...) Ce constat a conduit McChrytal à annuler l’offensive qu’il envisageait de mener dans la province de Kandahar, ce qui a contrarié les plans de l’administration américaine, et a finalement décidé, aujourd’hui, le président Obama à limoger McChrystal au bénéfice du général Petraeus. Comme le relève un article de l’hebdomadaire américain Times du 14 juin dernier, les États-Unis ont déjà dépensé 26 milliards de dollars uniquement pour former l’armée afghane du traitre Karazaï. Une «farce» aux frais des contribuables américains. La nomination de Petraeus ne changera rien à la donne, pour les États-Unis et l’Otan, cette guerre est définitivement perdue.» (2)

Naturellement, les morts afghans sont le plus souvent victimes de drones. Ecoutons Sarah Daniel nous décrire la nouvelle guerre à distance expérimentée en Afghanistan. «Des avions sans pilote sillonnent le ciel de l’Irak, de l’Afghanistan et surtout du Pakistan. Commandés à des milliers de kilomètres de distance, ce sont les yeux et les oreilles de l’armée et des services de renseignement américains. Ce sont surtout de nouvelles machines à tuer qui bouleversent l’histoire militaire. Le 5 août 2009, dans la soirée, Baitullah Mehsud, chef des taliban pakistanais et assassin présumé de Benazir Bhutto, prend le frais avec son épouse sur la terrasse de sa maison, dans un village du Sud-Waziristan. L’image capturée par la caméra infrarouge d’un avion sans pilote Predator qui survole la région à plus de 3000 mètres d’altitude montre distinctement le taliban sous perfusion pour soigner son diabète. Quelques secondes plus tard, il ne reste plus de Mehsud que des fragments de torse".

"Deux missiles Hell Fire tirés par un drone téléguidé des Etats-Unis ont eu raison du chef des taliban ainsi que de sa femme, de ses beaux-parents et de sept de ses gardes du corps. Après avoir accompli cette mission au Waziristan, les agents quittent le quartier général de la CIA, à Langley, dans la banlieue de Washington, pour rentrer chez eux. Le seul risque qu’ils ont pris ce jour-là? Rehman Malik, le ministre de l’Intérieur du Pakistan, décrit le bombardement filmé par le drone à une journaliste de l’hebdomadaire américain The New Yorker. «On pensait que les films de James Bond étaient des contes de fées, mais c’est la réalité !», a-t-il expliqué, impressionné par les images de l’attaque." (3)

"Aujourd’hui, il existe plus de 300 types de drones. Du micro-drone, le Nano Flyer, qui ne pèse que quelques grammes, au Global Hawk, de la taille d’un Airbus, l’imagination des fondus de technologie militaire n’a plus de limites. Dans les airs, mais aussi au sol et sous l’eau, ils mettent sans cesse au point de nouveaux outils, qui vont des robots démineurs aux robots brancardiers ou aux transporteurs de bardas, par exemple. Les services secrets américains ne jurent plus que par ces machines bourrées d’électronique, qui peuvent tester les défenses adverses, surveiller les frontières et, le cas échéant, éliminer des ennemis sans mettre en danger la vie des soldats américains. De plus, dans le cas des drones, elles coûtent moins cher que l’aviation classique".

"Les Etats-Unis disposent d’environ 7000 drones. Et, selon le général Norton A. Schwartz, chef d’état-major de l’armée de l’air, pour la première fois de son histoire, en 2010, l’US Air Force va former plus d’opérateurs de drones que de pilotes de chasse. (...) Pour désigner les gens qui se dispersent en courant lorsqu’ils entendent ce bruit lointain de tondeuse à gazon, certains opérateurs de drones les comparent à des «insectes». Un vocable qui illustre assez bien la distance qui s’opère lorsque l’on tue par écran interposé. Dans un rapport d’un cercle de réflexion spécialisé dans le contre-terrorisme, New America Foundation, Peter Bergen et Katherine Tiedemann estiment que les drones frappent un tiers d’innocents, que l’armée américaine appelle des «dommages collatéraux». (...) Un homme a raconté au Guardian de Londres qu’il avait rapporté chez lui un morceau de chair qui était tout ce qui lui restait de son fils.» (3)

Voilà ce à quoi s’exposent au quotidien les taliban victimes pudiquement de «dommages collatéraux». Les Afghans forment une vieille civilisation. Ils sont harassés et fatigués de mourir tous les jours pour un pouvoir aussi pourri que les précédents. Malgré tout, l’armée américaine est enlisée dans le bourbier. Pourquoi les Etats-Unis s’entêtent-ils à exporter une démocratie aéroportée ; est- ce la condition de la femme afghane qui les émeut? L’Afghanistan occupe la 174e place sur 178 sur une liste de l’ONU classant les pays selon leur richesse. Est-ce la réalité? Quel serait en définitive la raison de cette guerre?

Pour Michel Chossudovsky, : "La guerre contre l’Afghanistan est une «guerre de ressources» à but lucratif. Au vu des vastes réserves afghanes de gaz naturel et de pétrole, «la guerre en vaut la peine». Le bombardement et l’invasion de l’Afghanistan en 2001 ont été présentés à l’opinion publique mondiale comme une «guerre juste», une guerre contre les taliban et Al Qaîda, une guerre pour éliminer le «terrorisme islamique» et établir une démocratie à l’occidentale. Les dimensions économiques de la «guerre mondiale au terrorisme» (Gmat) sont rarement mentionnées et la «campagne de contre-terrorisme» post-11 septembre a servi à occulter les objectifs réels de la guerre des États-Unis et de l’Otan".

"Selon un rapport conjoint du Pentagone, de l’US Geological Survey (Usgs) et de l’Usaid, on dit maintenant de l’Afghanistan qu’il possède des réserves minières inexploitées et «jusqu’alors méconnues», estimées péremptoirement à un billion de dollars. (New York Times, U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan - NYTimes.com, 14 juin 2010). Un mémo interne du Pentagone mentionne par exemple, que l’Afghanistan pourrait devenir «l’Arabie Saoudite du lithium», une matière première-clé dans la fabrication de piles pour les ordinateurs portables et les BlackBerrys. «Il existe ici un potentiel sensationnel», a affirmé le général David H. Petraeus, commandant de l’United States Central Command [...] «Il y a beaucoup de «si», bien sûr, mais je crois que cela est potentiellement très important». Est-ce que les découvertes sont récentes?"

Non, répond l’auteur qui poursuit : "(...) Que l’administration états-unienne reconnaisse qu’elle a seulement pris connaissance des vastes richesses minières du pays après la publication du rapport de 2007 de l’Usgs, constitue une esquive flagrante. Les richesses minières et les ressources énergétiques de l’Afghanistan (incluant le gaz naturel) étaient connues à la fois des élites des milieux d’affaires et du gouvernement états-uniens avant la guerre soviéto-afghane (1979-1988). Des études géologiques menées par l’Union soviétique dans les années 1970 et au début des années 1980 confirment l’existence de vastes réserves de cuivre (parmi les plus grandes de l’Eurasie), de fer, de minerai à haute teneur en chrome, d’uranium, de béryl, de baryte, de plomb, de zinc, de fluorine, de bauxite, de lithium, de tantale, d’émeraude, d’or et d’argent (Afghanistan, Mining Annual Review, The Mining Journal, juin, 1984). «Ce n’est pas un secret que l’Afghanistan possède de riches réserves, particulièrement du cuivre au gisement d’Aynak, du minerai de fer à Khojagek, de l’uranium, du minerai polymétallique, du pétrole et du gaz» (RIA Novosti, 6 janvier 2002) : (...)"

"On dit de l’Afghanistan qu’il est un pays de transit pour le pétrole et le gaz. Toutefois, peu de gens savent que les spécialistes soviétiques y ont découvert d’énormes réserves de gaz dans les années 1960 et ont construit le premier gazoduc du pays pour approvisionner l’Ouzbékistan. Alors qu’on a nourri l’opinion publique d’images d’un pays en développement déchiré par la guerre et sans ressources, la réalité est tout autre : l’Afghanistan est un pays riche tel que le confirment les études géologiques de l’ère soviétique." (4)

Partir ou rester?

On comprend mieux la stratégie américaine : terminer la guerre tout en y restant pour exploiter les richesses, quitte à s’entendre avec les taliban, comme l’écrit Ahmed Rashid. Ecoutons-le : "A dix-huit mois du retrait américain, Washington, Islamabad et Kaboul cherchent à entamer des discussions avec les islamistes. Reste à créer les conditions favorables au dialogue. (...) Dernièrement, de hauts responsables de l’armée et des services de renseignements pakistanais ont proposé de servir d’intermédiaires dans les discussions entre les dirigeants taliban, les Américains et Karzaï. «Nous souhaitons que des pourparlers s’engagent dès maintenant - et pas dans dix-huit mois, quand les Américains partiront. Mais ces derniers doivent nous faire confiance et s’en remettre à nous», m’a déclaré un haut gradé pakistanais. (...) Mais parler avec les taliban ne peut pas se résumer à une simple coopération secrète entre services de renseignements ou au fait que la CIA verse des pots-de-vin aux commandants taliban pour qu’ils mettent bas les armes.» (5)

"Cet arrangement a alimenté un vaste racket de protection géré par un réseau opaque de chefs de guerre, de chefs de bande, de responsables afghans corrompus, et peut-être d’autres personnes», déclare le représentant démocrate John Tierney, président de la sous-commission. En sous-traitant à des entreprises privées la protection des convois américains d’armes et de ravitaillement en Afghanistan, le Pentagone finance indirectement les chefs de guerre et peut-être même les taliban, indique une enquête effectuée par une commission du Congrès et présentée par le New York Times"(6)

La guerre en Afghanistan n’est pas une "guerre juste". C’est, à n’en point douter, une guerre atroce pour s’pour accaparer des matières premières. Les dommages en pertes humaines se chiffrent par milliers et ne font plus la différence entre les combattants -appelés dans la doxa occidentale des terroristes, alors que sous d’autres cieux ce sont des patriotes- et la population civile. Tout cela pour le confort de pays occidentaux dont Georges Bush nous disait que "le niveau de vie ne se négocie pas" Ainsi va le monde..

1. Mathilde Gérard : Obama réaffirme son autorité mais ne clarifie pas sa position sur l’Afghanistan. Le Monde.fr 24.06.10

2. Agata Kovacs. Les véritables raisons de l’éviction du général McChrystal par le président Obama 23 juin 2010, Mecanopolis

3. Sarah Daniel : La guerre des drones. Nouvel Obs 27. 05. 2010

4. Michel.Chossudovsky www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19884 24 06 10

5. Ahmed Rashid : L’heure est à la négociation avec les taliban. Courrier internat. 26.01.2010

6. Le Pentagone accusé de financer les chefs de guerre afghans. Le Monde.fr 22.06.10

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp.edu .dz

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 20:11

 

Sur la torture en Algérie: "Pourquoi n’as-tu pas fermé ta gueule?" lance-t-il, au téléphone, au général Aussaresses qui vient d’écrire un livre sur la torture en Algérie.

 

Général Bigeard "L’Express, 7 juin 2001"

 

   Le général de corps d’armée Marcel Bigeard s’est éteint le 18 avril 2010 à l’âge de 94 ans. La classe politique française lui a rendu hommage. Tous ont souligné sa bravoure au service de la France. Tous ont «oublié» de parler de sa face sombre en Algérie. Ce n’était pas seulement le parachutiste qui a emprunté les casquettes de l’Afrika Corps de Rommel, ce n’était pas aussi les défilés, le clinquant, les médailles, c’est aussi la torture. Pour Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy: «En Algérie, Bigeard a accompli la mission qu’on lui avait confiée. Je pense qu’il l’a fait là aussi avec beaucoup d’intelligence, beaucoup d’humanité.»

 

  Nous allons traiter de l’humanité de Bigeard en la comparant avec celle de trois autres généraux témoins privilégiés de la guerre d’Algérie, il s’agit de Massu, d’Aussaresses et de  de La Bollardière. Petite biographie du général Bigeard: l’officier le plus décoré de l’armée française avec vingt-six citations, dont vingt-trois à titre individuel et seize à l’ordre de l’armée... En d’autres temps, il aurait fini maréchal d’Empire. Parachutiste des troupes coloniales, il part très rapidement en Indochine. Il poursuivra ses aventures indochinoises lors de trois séjours successifs, avant d’être parachuté sur Diên Biên Phu, dont il sera l’un des derniers défenseurs, jusqu’à la chute, en mai 1954. Il est promu lieutenant-colonel à titre exceptionnel. Prisonnier du Viet-Minh, il sera libéré à l’été 1954. Durant la bataille d’Alger, en 1957, il fait ce qu’il appelle avec un brin de dégoût, son «métier de flic».(1)


La torture

Justement nous allons décrypter ce «métier de flic» en traitant de la torture qui est consubstantielle, il faut le souligner, de l’entreprise coloniale. La torture pendant la Guerre d’Algérie a été pratiquée sur les populations algérienne et française par les forces coloniales dans des proportions qui, selon l’historien Pierre Vidal-Naquet, concerneraient des centaines de milliers d’Algériens. Estimation confirmée depuis, par la thèse de doctorat de l’historienne Raphaëlle Branche. Elle a aussi été employée à une moindre échelle et de manière non systématique sur des harkis et des Européens par le FLN et l’ALN comme le montre l’ouvrage «La guerre d’Algérie» sous la direction des historiens Benjamin Stora et Mohammed Harbi,(...) La torture policière existait déjà largement en Afrique du Nord avant l’insurrection de 1954, comme en témoigne la mise en garde lancée, dès cette date, par l’écrivain François Mauriac. Elle avait été systématiquement utilisée lors de la colonisation du pays, notamment lors de la campagne du général Bugeaud. Mais elle fut consacrée et institutionnalisée comme arme de guerre par l’armée, à laquelle on donne tous les pouvoirs, lors de la «bataille d’Alger», qui fut, en 1957, un «point de non-retour» à cet égard.(2)

 

 Depuis, la conquête coloniale, la torture est un procédé courant des forces de l’ordre en Algérie qui l’utilisent pour terroriser les populations autochtones et obtenir des informations sur les emplacements de silos à grains lors de la conquête coloniale, meurtrir des suspects, et terroriser les indigènes, s’inscrivant avant tout dans une démarche de haine et de déshumanisation. (...) Marc Ferro, dans Le livre noir du colonialisme, écrit: «Ceux qui travaillent sur les régimes totalitaires n’ont lu Hannah Arendt que d’un seul oeil, semble-t-il. Ils ont omis de s’apercevoir qu’au nazisme et au communisme, elle avait associé l’impérialisme colonial. Entre ces régimes, en effet, il existe une parenté qu’avait bien repérée le poète antillais, Aimé Césaire, au moins en ce qui concerne nazisme et colonialisme.»(2)


S’agissant de la Guerre d’Algérie, selon l’historien J.-Ch. Jauffret: «Le dérapage commence à partir du moment où les Ponce Pilate de la IVe République, toujours parfaitement informés de tout ce qui se fait en Algérie, laissent aux militaires l’initiative, en vertu de la loi d’urgence de 1955 et de celle des pouvoirs spéciaux de 1956.» La théorie de la guerre contre-révolutionnaire, élaborée à l’École supérieure de guerre (ESG) par Lacheroy, Trinquier et Jacques Hogard, est sous-tendue par une idéologie nationale-catholique élaborée par la Cité catholique, groupe intégriste dirigé par Jean Ousset, ex-secrétaire personnel de Charles Maurras, le fondateur de l’Action française. 

 

 Analysant cette doctrine, le sociologue Gabriel Périés écrit ainsi: «Le militaire atteint, théologiquement, la ´´véritable charité´´ thomiste, en faisant de la souffrance infligée, et ressentie par le suspect, l’instrument de la rédemption de celui-ci, donc de sa culpabilité.» Le 10 février 1957, le général Massu, à la tête de la 10e Division parachutiste (DP) à Alger, qui n’ignore pas en outre que des ouvriers catholiques ont pris les armes aux côtés du FLN, fait diffuser les «Réflexions d’un prêtre sur le terrorisme urbain» du père Delarue, aumônier de la division, co-écrit avec le colonel Trinquier, qui élabore une casuistique pour justifier la torture (...)(2).

 

Il y a de ce fait, un lien direct entre la torture et la religion, le cardinal Feltin encourageait les soldats à aller casser du fell au nom des valeurs chrétiennes. Même Bigeard en parle dans une interview à l’Express du 15 mai 1958. Il déclare à ce propos, pendant la guerre d’Algérie: «Il y a vingt ans que nous nous faisons corriger, il faut que cela change. On ira jusqu’au bout. Le stage, dynamique et pratique, doit sortir des gens qui auront la foi des Croisés, qui seront reformés au physique comme au moral... Il faut donner l’exemple de l’effort et de l’esprit offensif. Je veux vous voir quitter le centre gonflés à bloc et décidés à casser du fellagha...» De plus, des communistes, des progressistes, des membres des centres sociaux ont été arrêtés, détenus au secret, torturés à Alger dans les premiers mois de l’année 1957, par le 1er RCP mais aussi par d’autres. (...) Majoritairement constitué d’anciens SS et de fascistes hongrois, recrutés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le 1er REP, commandé par intérim par Hélie Denoix de Saint-Marc (et qui comptait en ses rangs Jean-Marie Le Pen), lancera le coup d’envoi du putsch en marchant sur Alger le 21 avril 1961.

 

De 1959 à 1961, Edmond Michelet, ministre de la Justice, s’efforce à son tour de «lutter» contre la torture. Mais Michel Debré, Premier ministre, obtient finalement du général de Gaulle, président de la République, qu’ Edmond Michelet quitte ses fonctions, ce qui «libère la brutalité» policière selon l’historien Alain Dewerpe. À Paris, le préfet de police, Maurice Papon, qui avait eu d’importantes responsabilités dans le Constantinois, importe les méthodes utilisées en Algérie en métropole, en particulier durant les semaines qui précèdent le massacre du 17 octobre 1961 puis celui de Charonne en février 1962.(2)

 

Dans Le Monde, le 22 juin 2000, une ancienne militante de l’ALN, Louisette Ighilahriz, accuse le colonel Bigeard alors qu’elle était torturée à l’état-major de la 10e division parachutiste du général Jacques Massu, à Hydra. «J’ai souvent hurlé à Bigeard: Vous n’êtes pas un homme si vous ne m’achevez pas. Et lui me répondait en ricanant: Pas encore, pas encore», témoigne-t-elle. «J’ai été torturée au Paradou, à Hydra, sur les hauteurs d’Alger, qui était le siège de la 10e DP (division parachutiste), commandée par le général Massu. [...] Bigeard était à deux pas de moi. Et le gros zèbre qui me torturait en personne sous les yeux de son chef, c’était le capitaine Graziani [...] Bigeard ne sortait de sa bouche que des propos orduriers que je n’oserais pas, par décence, vous rapporter. Vous pensez bien, une femme combattante! Je vous passe les sévices que j’ai subis. Ils sont tout simplement innommables. C’était très dur, quoi! Ils se sont acharnés contre moi. Je faisais tout sur moi, je puais. C’était de la putréfaction... [...] Que Bigeard démente ou reconnaisse ce qu’il a fait, je resterai toujours, à travers des milliers de cas d’Algériennes et d’Algériens, sa mauvaise conscience. [...] Du 28 septembre au 26 décembre 1957, je suis restée à la 10e DP. Ils me torturaient presque tous les jours.» Le 15 décembre 1957, le commandant Richaud l’a visitée dans sa cellule et l’a fait soigner à l’hôpital Maillot de Bab el Oued. (...)Le commandant Richaud l’a fait transférer à la prison civile de Barberousse, à Alger. Elle a été condamnée à cinq ans de prison par le juge militaire.(3)



Du Penthotal pour Ben M’hidi

 

En novembre 1984, Marcel Bigeard a admis, lors d’une interview au journal Algérie Actualité, qu’il avait utilisé le Penthotal (ou «sérum de vérité») pour faire parler Larbi Ben M’hidi, l’un des plus importants chefs du FLN: «On va pas torturer Ben M’hidi, quand même! (...) Dans ce même entretien, le général révèle qu’il s’est trouvé "Paris, de livrer vivant aux services spéciaux" le responsable algérien, "le plus grand résistant, le plus passionné, qui respirait la pureté". Pendant des années, Bigeard a nié la torture pour finalement admettre qu’elle était un mal nécessaire.» Il nie l’avoir pratiquée dans l’interview avec Florence Beaugé: «Le général Massu déclare au Monde qu’il vous a vu pratiquer personnellement la gégène.» Ah non! Non! Je n’aurais même pas pu regarder ça. «Il l’a même écrit dans l’un de ses livres, Le Soldat méconnu, publié en 1993 aux éditions Mame.»

 

Nous y voilà, s’agissant de l’orfèvre de l’horreur Paul Aussaresses décrit par le menu sa basse besogne: «Tous les matins, avec Trinquier, je faisais mon rapport à Massu et lui racontais ce qui s’était passé la nuit précédente. (...) Parfois, je disais à Massu: "On a ramassé untel" et je le regardais dans les yeux avant d’ajouter: "On le tuera demain." "Massu poussait un grognement, et je prenais cela pour un oui". Une nuit, je m’en souviens, Bigeard m’a dit: "J’ai capturé le groupe terroriste de Notre-Dame-d’Afrique, une bande de tueurs dont je ne sais pas quoi faire". Que pouvait-on faire? Livrer ces hommes à la justice? Trinquier et moi, on va alors chez Massu, et Trinquier lui suggère: ´´Tu ne crois pas qu’on devrait les envoyer dans le maquis (autrement dit les flinguer)? Massu a répondu: "Un maquis éloigné!"»

 

Le même Aussaresses, 40 ans après, ne renie rien. A une question de Florence Beaugé: «Quelle serait votre réaction si l’Etat français en venait un jour à faire une sorte de repentance à propos de l’Algérie?» il répond: «Je serais contre. On n’a pas à se repentir. Pour ma part, je ne me repens pas.»(4) En 2000, le général Massu déclara que «le principe de la torture était accepté; cette action, assurément répréhensible, était couverte, voire ordonnée, par les autorités civiles, qui étaient parfaitement au courant». Il ajoute: «J’ai dit et reconnu que la torture avait été généralisée en Algérie (...) On aurait dû faire autrement, "Non, la torture n’est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien s’en passer."».(5)

 

Un seul général en activité un seul, Jacques de La  Bollardière, a  condamné ouvertement la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. En 1957, il tente par tous les moyens de dénoncer «certains procédés» en vigueur dans la recherche du renseignement en Algérie. Sa prise de position publique lui vaut une sanction de soixante jours d’arrêt...«Compagnon de la Libération.» Ses titres de résistance sont, en effet, des plus glorieux. «Je pense qu’il était hautement souhaitable qu’après avoir vécu notre action et partagé nos efforts, vous fassiez votre métier de journaliste en soulignant à l’opinion publique les aspects dramatiques de la guerre révolutionnaire à laquelle nous faisons face, et l’effroyable danger qu’il y aurait pour nous à perdre de vue, sous le prétexte fallacieux de l’efficacité immédiate, les valeurs morales qui, seules, ont fait jusqu’à maintenant la grandeur de notre civilisation et de notre Armée.»

 

  Jacques de La Bollardière s’est toujours référé à son éthique chrétienne, [Contrairement au cardinal Feltin qui proclamait que la «terreur doit changer de camp» pour affirmer le devoir de chacun de respecter la dignité de l’autre. Il a écrit: «La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain.»
«Vers le début de janvier 1957, tout s’accéléra soudain et devint menaçant. [...] Des directives me parviennent, disant clairement de prendre comme premier critère l’efficacité et de faire passer en priorité les opérations policières avant toute pacification. Des femmes musulmanes atterrées, viennent m’informer en pleurant que leurs fils, leur mari, ont disparu dans la nuit, arrêtés sans explication par des soldats brutaux en tenue camouflée et béret de parachutistes. [...] »

 

« Je refuse d’exécuter cet ordre reçu dans des conditions irrégulières et que je juge scandaleuses; Je demande à être reçu par le général Massu. Je ne peux accepter son système qui conduira pratiquement à conférer aux parachutistes, jusqu’au dernier échelon, le droit de vie et de mort sur chaque homme et chaque femme, français ou musulman, dans la région d’Alger... Je lui demande ce que signifierait pour lui une victoire pour laquelle nous aurions touché le fond de la pire détresse, de la plus désespérante défaite, celle de l’homme qui renonce à être humain. (...) Je lui dis qu’il va compromettre pour toujours, au bénéfice de la haine, l’avenir de la communauté française en Algérie et que pour moi la vie n’aurait plus de sens si je me pliais à ses vues. Je le quitte brusquement.»(6)


   En définitive, tout ce beau monde fut amnistié même Aussaresses qui déclare avoir tué de ses mains une vingtaine d’Algériens, ne répondra pas à la justice des hommes. Des lois d’amnistie ont été promulguées après la guerre En 1982, intervient l’«ultime normalisation administrative», la «révision de carrière». L’OAS a été réhabilitée. Seule le général de La  Bollardière, n’a pas été réhabilité pour avoir été contre la torture. Si la torture était pratiquée aussi dans l’autre camp, il n’y a pas cependant de concurrence victimaire du même ordre. C’est dire si le mal est profond. La France n’est pas prête d’assumer sa faute.

 

1.Jean Guisnel: Le général Bigeard, parti pour la gloire. Le Point.fr 19.06.2010

 

2.Torture pendant la Guerre d’Algérie Wikipédia, l’encyclopédie libre.

 

3.Lila réclame le jugement de ses tortionnaires L’Humanité, 29 juin 2000;

 

4.Aussaresses: «Je me suis résolu à la torture...» Florence Beaugé, Le Monde 23.11.2000

 

5.Florence Beaugé, Torture en Algérie: le remords de Massu Le Monde, 21 juin 2000

 

6.Jacques de Bollardière: Bataille d’Alger, bataille de l’homme éd. Desclée de Brouwer 1972.

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 20:10

«La dissimulation est aux affaires ce que l’alliage est à la monnaie: un peu est nécessaire, trop la discrédite»

 

Proverbe iranien

 

   Il y a près de 60 ans, le 19 août 1953 Mossadegh était sacrifié par le Shah d’Iran pour s’être opposé aux multinationales anglaises et américaines. Les Britanniques lui reprochent d’avoir nationalisé les gisements pétroliers d’Iran. Nationaliste farouche, il rejette une offre de l’Anglo-Iranian Oil Company de partager par moitié les profits et, dès le 1er mai 1951, fait voter la nationalisation. Le Royaume-Uni menace en représailles de saisir les «bateaux pirates» transportant du «pétrole rouge». Les marchés occidentaux se ferment au pétrole iranien, occasionnant une grave crise dans le pays et un conflit aigu entre le Premier ministre et le souverain, Réza Pahlévi. En août 1953, Mossadegh dissout le Majlis. Mais le 16 août 1953, Mohammed Réza shah envoie ses gardes au domicile de son Premier ministre pour l’arrêter. Surprise! les gardes de Mossadegh désarment ceux du roi... et ce dernier doit fuir son pays pour l’Italie dans la précipitation. Dans les deux jours qui suivent, les habitants de Téhéran manifestent bruyamment leur joie et déboulonnent les statues du shah. Le shah déchu peut heureusement faire confiance aux services secrets occidentaux. La CIA américaine et le MI6 britannique apportent leur soutien au général Fazlollah Zahedi qui organise le 19 août un coup d’État dans les règles. La résidence de Mossadegh est bombardée et le Premier ministre ne doit son salut qu’à une fuite par une échelle. Le shah peut bientôt revenir et faire juger Mossadegh. Celui-ci est condamné à mort. Les compagnies pétrolières retrouvent leurs biens et tout rentre dans l’ordre! Un détail: l’Anglo-Iranian Oil Company devient la British Petroleum (BP). L’éviction de Mossadegh consacre l’échec de la première tentative d’un pays du tiers monde d’acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles.(1)



Le remake

 

Près de 60 ans plus tard, toujours pour l’énergie, Ahmadinejad est en train de subir une déstabilisation programmée qui risque de l’emporter au profit d’un gouvernement plus «ouvert», plus conciliant bref qui fait ce que l’Occident exige de faire, à commencer par arrêter son programme nucléaire. Mercredi 9 juin, ce même Occident a réussi à faire passer une quatrième résolution imposant des sanctions encore plus drastiques contre l’Iran. Comment les membres du Conseil de sécurité ont voté tout en rappelant qu’il faut 9 votes pour valider une résolution, les voix des cinq membres comprises (pas de véto). Effectivement, 12 pays ont voté pour, une abstention, le Liban, deux pays ont voté contre la résolution, il s’agit des parrains de l’accord de Téhéran arraché à l’Iran et qui reprend dans ses grandes lignes les conditions américaines. Les autres pays ont tous voté pour y compris le président du Conseil de sécurité, en l’occurrence, l’ambassadeur du Mexique. Cette résolution est passée parce que deux pays, en l’occurrence la Chine et la Russie ont «lâché» l’Iran.

 

   D’abord, la Chine, ce revers dans la position est à première vue incompréhensible, la Chine a besoin de beaucoup de pétrole et de gaz de la part de l’Iran. De plus, le commerce entre les deux pays est florissant: 7 milliards de dollars en 2005, 30 milliards de dollars en 2009 et une prévision de 50 milliards de dollars prochainement. Une explication est donnée. Si on sait que la Chine a pesé le pour et le contre, elle tient au commerce avec l’Iran, mais elle tient encore plus à ses relations avec les Etats-Unis. Peut-être même que la Chine a reçu des assurances qu’en cas de conflit, l’Arabie Saoudite sera là pour ravitailler sur instruction des Etats-Unis. «L’Iran doit accorder la plus grande attention à la décision du Conseil de sécurité», écrit le quotidien officiel d’informations internationales Huanqiu Shibao,(..) C’est là où le rôle de la Chine en tant que «facteur d’équilibre» est particulièrement important.(...) Sur la question nucléaire iranienne, la position chinoise n’a pas changé. «La Chine continue de s’opposer à la prolifération nucléaire, tout en incitant toutes les parties à ne pas quitter la table des négociations. Alors qu’elle ne pouvait faire autrement que d’accepter les sanctions. (...) La Chine ne se défausse pas et ne renie pas ses principes, mais c’est en grand pays politique qu’elle fait face à une situation de crise.» (2)


    S’agissant de la Russie, sa solidarité avec l’Iran n’a jamais été totale. Certes, la Russie construit la centrale nucléaire de Bouchehr depuis dix ans. Certes, la Russie arme l’Iran, mais il ne faut pas oublier l’histoire au début du XXe siècle le mouvement des «réformateurs perses», qui voulait propulser dans la modernité, a été contrecarré dans son action par les puissances occidentales et la Russie tsariste! C’est alors que les convoitises suscitées par le pétrole allaient se faire jour, en particulier dès la fin de la Première Guerre mondiale, lors des grands bouleversements territoriaux qui allaient en découler. La désagrégation de l’Empire ottoman fut incontestablement l’élément majeur des grandes transformations de la géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Le protectorat britannique fut imposé en 1919. Il n’empêche que jamais l’Iran ne fut autant convoité et manipulé par les puissances occidentales et les Soviétiques, tout à la fois à cause de son pétrole et de sa situation géostratégique.


    Pour revenir aux deux pays qui ont voté contre pour la première fois, le Brésil et la Turquie, qui ont oeuvré à une médiation dans ce contentieux, par l’accord le 17 mai 2010 à Téhéran, accord qui stipule en gros, l’acceptation de l’Iran des exigences des Américains et de leurs alliés, les réactions de ces deux pays sont différentes. Pourtant, au Brésil, des voix s’élèvent contre la gestion de cette «affaire». «En votant le 9 juin à l’ONU contre les sanctions imposées à l’Iran, le Brésil a commis une erreur lourde de conséquences pour son avenir, affirme l’expert brésilien des relations internationales Heni Ozi Cukier. La position du Brésil est étrange, à contre-courant de ce qui se passe dans le monde. Même les pays alliés de l’Iran ont pris position pour les sanctions. Le Brésil et la Turquie sont entrés dans la discussion sans en comprendre véritablement les enjeux. Il est bien clair désormais que l’accord brésilien [signé avec l’Iran] n’a aucune valeur et que le Brésil s’est trompé. (...) Les deux pays ont voulu être leaders sur une question sans en avoir la capacité. Je dirais que le Brésil a amoindri ses chances d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Autrement dit, en soutenant l’Iran, le Brésil va à contre-courant de tout ce qu’il est par essence et de ce qu’il essaie d’obtenir politiquement, c’est-à-dire le siège de membre permanent.»(3)

 
   En clair, c’est le sauve-qui-peut! Le Brésil officiel se tait. En l’espace de 10 jours, la Turquie vient de subir deux revers, d’abord, l’abordage de son bateau, le meurtre de ses 9 ressortissants dans l’impunité la plus totale et, le fait que sa coproposition pour le règlement de la crise iranienne n’est même pas examinée. Nul doute que la Turquie devra réévaluer ses relations avec l’Iran, la cause palestinienne si elle veut encore s’accrocher au wagon de l’Occident
Le président Mahmoud Ahmadinejad a jugé la nouvelle résolution de l’ONU «sans valeur», ajoutant qu‘«elle pouvait être mise à la poubelle». Alors qu’une partie de la presse officielle iranienne a choisi de passer les sanctions sous silence, d’autres journaux s’en prennent violemment aux Occidentaux. «Il nous semblait écrit Hamid Amidi, que les pays occidentaux se donneraient le mal d’étudier sérieusement l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran, le Brésil et la Turquie Mais ils n’ont fait que donner une réponse à la va-vite, quelques heures avant de voter une nouvelle résolution contre la République islamique aux Nations unies. Cela montre aussi le peu de valeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea) et son absence de poids face au Conseil de sécurité.»(4)


    Pour rappel, la résolution très coercitive, prévoit, notamment des mesures contre des banques iraniennes à l’étranger qui pourraient être soupçonnées de liens avec des programmes nucléaires ou militaires. Elle appelle également à une vigilance accrue à l’égard de toutes les banques iraniennes, y compris la banque centrale d’Iran. Elle prolonge l’embargo de l’ONU sur les ventes d’armes à Téhéran et établit une liste noire d’entreprises et d’individus visés par les sanctions.

Des intérêts divergents

 

Dans la «question iranienne», écrivent Manlio Dinucci et Tommasco Di Franscesco, sont ainsi en jeu des intérêts divers et opposés. Il y a la Turquie, laquelle, avec sa position géostratégique entre Moyen-Orient et Europe, ne veut plus être un simple homme de troupe des Etats-Unis mais aspire à un rôle autonome de plus grand poids. Faisant référence aux Etats-Unis, le président turc Erdogan a déclaré: «Nous en sommes au moment où il s’agit de discuter si nous croyons à la supériorité de la loi ou à la loi des supérieurs. S’ils ont encore des armes nucléaires, quelle crédibilité ont-ils pour demander à d’autres de ne pas en avoir?.» La Russie est en train de faire de même: Gazprom a signé en mars dernier un gros contrat avec la société iranienne Nioc. S’insère dans ce cadre la «guerre des oléoducs et des gazoducs» qui décidera, à travers quels corridors énergétiques le pétrole et le gaz de la Caspienne doivent être transportés vers les pays consommateurs.» (5)

 

   Pour rappel, le 12 juin marque l’anniversaire de la «révolution verte» téléguidée par l’Occident. Les réformateurs représentés par M.Moussavi et M.Karoubi sont toujours restés fidèles à une évolution dans le cadre du régime islamique et ne souhaitent pas renverser le régime. Avec du recul, on peut penser que l’Iran s’oriente à petits pas vers l’après-Ahmadinejad.(6)

 

    On l’aura compris, même si Ahmadinejad tombe, les suivants continueraient sur la ligne théocratique et aucun ne se permettrait de remettre en cause le programme nucléaire qui fait l’objet d’un large consensus de la société. Pour Thomas Erdbrink, du Washington Post, «avec le scrutin du 12 juin 2009, l’Iran a connu un véritable séisme. (...) Le peuple iranien lutte depuis un siècle pour mettre en place une forme de gouvernement représentatif. La moindre des choses que les Occidentaux peuvent faire pour le soutenir, c’est de ne pas succomber à leurs impulsions punitives. (...) Ni la pacification de l’Irak, ni l’apaisement de l’Afghanistan, ni le rapprochement entre Israéliens et Palestiniens ne pourront se faire sans une intervention de l’Iran. Depuis les années 1930, si ce n’est plus, l’Iran avance en zigzaguant entre une occidentalisation à marche forcée et une théocratisation imposée d’une main de fer, interdisant le port du voile, puis le rendant obligatoire, mettant en place un pluralisme avant de l’écraser, ouvrant la société avant de la fermer à double tour. Il est temps pour les Etats-Unis d’aider l’Iran à sortir de son isolement. Mais ce ne seront pas des sanctions vides de sens qui pourront le faire, encore moins des bombes.»(7)


   Même approche du journal The Boston Globe. «Un Iran nucléarisé virtuellement, à l’instar des grandes puissances (Allemagne, Japon), pourrait satisfaire les dirigeants iraniens. De plus en plus nombreux sont ceux qui, à Washington, se résignent à l’idée de voir Téhéran capable de fabriquer une bombe atomique. Et envisagent une politique intégrant un tel développement. Tôt ou tard, l’Iran disposera des moyens nécessaires à la fabrication d’armes nucléaires. Pour les Etats-Unis et leurs alliés, le défi est aujourd’hui de composer avec cette réalité, aussi déplaisante soit-elle. Fin avril, The New York Times a rendu publique une note de service confidentielle dans laquelle le ministre de la Défense, Robert Gates, expliquait en substance que les Etats-Unis n’avaient pas de stratégie efficace à long terme pour contrer les ambitions nucléaires de Téhéran.
Dans ce contexte, si la stratégie des sanctions échoue, il n’y a plus que deux options: soit lancer une opération militaire, soit se faire à l’idée que l’Iran possède la bombe atomique. La plupart des experts s’accordent à dire qu’une opération militaire ne ferait, au mieux, que retarder de quelques années tout au plus l’acquisition de la bombe par Téhéran. (...) »

 

 « Par ailleurs, ouvrir un nouveau front contre un pays musulman serait la dernière chose que les Etats-Unis peuvent se permettre, tant sur le plan politique qu’économique, ce dont Robert Gates est parfaitement conscient. (...) La seconde possibilité consiste donc à apprendre à vivre avec un Iran disposant de l’arme nucléaire. La secrétaire d’Etat, Hillary Clinton a, par exemple, laissé échapper, il y a quelque temps, que les Etats-Unis pourraient étendre leur bouclier nucléaire au-dessus de nos alliés du Moyen-Orient, comme nous l’avons déjà fait avec le Japon, afin de les dissuader de fabriquer leur propre bombe. Les Iraniens ne sont pas suicidaires. Ils savent qu’Israël possède des centaines d’armes nucléaires. L’Iran peut être contenu, comme l’a été l’Union soviétique. (...) En réalité, la meilleure chose que nous puissions faire est de chercher à convaincre l’Iran d’opter pour un statut de puissance nucléaire «virtuelle»: cela signifie que le pays disposerait de la capacité nucléaire, mais ne fabriquerait pas de bombe. Cette solution serait satisfaisante pour l’orgueil national - un paramètre dont l’importance est trop souvent sous-estimée - et la volonté iranienne de se doter d’un moyen de dissuasion face à de nouvelles menaces.» (8)


    En fait, nous pensons que l’Iran d’Ahmadinejad, continuera à se battre pour ce qu’elle pense être son bon droit, d’autant que l’Occident est très mal placé pour dicter la norme. Quand il s’agit de punir les faibles, l’Occident se légitime en convoquant la communauté internationale. Quand il s’agit d’Israël, la communauté internationale est priée de se taire. Pour la boucherie contre des humanitaires, pas de vote du Conseil de sécurité! Israël sort indemne, aucune sanction contre elle. Mieux encore si on doutait de son impunité, d’après le Times du 1er juin, dans l’illégalité la plus totale, Israël pré-positionne des submersibles équipés d’armes nucléaires offerts par l’Allemagne au large des côtes iraniennes au cas où... Plus jamais il ne faut traiter comme quantité négligeable des petits pays par la population mais puissants par leur savoir. «Koumcha nhal khir man chouair dhabbane»!! «  Une poignée d’abeille vaut beaucoup mieux que des couffins de mouches » dit un proverbe du terroir algérien. Le Monde arabe et musulman l’apprend à ses dépens.

1.René Castillon. L’enjeu pétrolier www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19530819

2.» La Chine a agi en «grand pays responsable»: Huanqiu Shibao 10.06.2010

 

3.Maria Carolina Abe: «Le Brésil s’est tiré une balle dans le pied» Folha de São Paulo 10.06.2010
4.Hamid Amidi: Les Occidentaux ne veulent pas discuter, Kayhan10.06.2010

 

5.Manlio Dinucci et Tommaso Di Francesco: Nucléaire et pétrole dans le grand jeu iranien Mondialisation.ca. 31 mai 2010

 

6. Sharareh Omidvar. Le Monde Diplomatique Vers un Iran post-Ahmadinejad 10 juin 2010

 

7. Thomas Erdbrink, Colum Lynch. La stratégie de Téhéran. The Washington Post 09.06.2010

 

8. H.D.S. Greenway: Il faut s’habituer à un Iran nucléarisé. The Boston Globe 29.04.2010

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 20:08

A un génie qui lui demande de formuler un voeu, le citoyen algérien lambda demande à ce que sa grand-mère morte soit ressuscitée. Dénégation du génie. Deuxième voeu: «Je veux que l’Equipe d’Algérie gagne la Coupe.» Après réflexion, le génie se résout à ramener à la vie, la grand-mère...

 

    Pendant un mois, la planète est sommée de vibrer au rythme du roi football. Comment le football opère? Cet engouement planétaire fait partie de la stratégie du néolibéralisme qui crée des besoins chez l’individu qui devient de ce fait esclave du divin marché, pour reprendre l’expression du philosophe Dany Robert Dufour. Cependant, les dégâts du néolibéralisme ne sont pas les mêmes selon que l’on soit au Nord comme au Sud. Examinons pour commencer le phénomène de société dans les pays du Sud.

 

   Le philosophe Fabien Ollier dresse un état des lieux sans concession de cette grand-messe planétaire orchestrée par «la toute-puissante multinationale privée de la Fifa». «Il suffit, écrit-il, de se plonger dans l’histoire des Coupes du Monde pour en extraire la longue infamie politique et la stratégie d’aliénation planétaire.(...) L’expression du capital le plus prédateur est à l’oeuvre: les multinationales partenaires de la Fifa et diverses organisations mafieuses se sont déjà abattues sur l’Afrique du Sud pour en tirer les plus gros bénéfices possibles. Un certain nombre de journalistes, qui ont travaillé en profondeur sur le système Fifa, ont mis en évidence le mode de fonctionnement plutôt crapuleux de l’organisation. (...). Le déploiement sécuritaire censé maintenir l’ordre, assurer une soi-disant paix civile, n’est autre en réalité que la construction d’un véritable état de siège.(...) Tout cela relève d’une diversion politique évidente, d’un contrôle idéologique d’une population. En temps de crise économique, le seul sujet qui devrait nous concerner est la santé de nos petits footballeurs. C’est pitoyable. Il existe en réalité une propension du plus grand nombre à réclamer sa part d’opium sportif. (...).(...) Trop d’intellectuels ont succombé aux «passions vibratoires» et aux «extases» sportives; ce sont eux qui légitiment à présent, l’horreur sportive généralisée: violences, dopage, magouilles, crétinisme des supporters, etc. (...) A mon sens, il n’est pas seulement le reflet, le football est également producteur de violences sociales, générateur de violences nouvelles. Il impose un modèle de darwinisme social. Cela tient à sa structure même: le football est organisé en logique de compétition et d’affrontement. Jouer ce spectacle par des acteurs surpayés devant des smicards et des chômeurs est aussi une forme de violence. (...)La symbolisation de la guerre n’existe pas dans les stades, la guerre est présente. Le football exacerbe les tensions nationalistes et suscite des émotions patriotiques d’un vulgaire et d’une absurdité éclatants. (...)» (1)

 

Hypnose collective

  Nous l’avons vu avec un certain match Algérie-Egypte, qui a failli amener la rupture des relations diplomatiques!La même analyse, sans concession, nous est donnée par Samuel Metairie: «Aujourd’hui, écrit-il, c’est le Grand Soir tant attendu par la majorité de la population de ce Globe. Vendredi 11 juin 2010, enfin s’ouvre en Afrique du Sud la plus grosse compétition de football de la planète, où les humains de toutes les nations, du peuple aux élites politiques et économiques, vont pendant un mois de matraquage médiatique aveuglant, pouvoir, à coeur joie s’adonner à la satisfaction universelle de leurs pulsions serviles, cyniques et mercantiles. (...) Et l’institution du football fait croire à ses admirateurs qu’elle leur donne des gages de bonheur en substitut des substrats de frustrations et de déceptions, confortant la petite société dans l’hypnose collective pour la rendre malléable, corvéable à merci. (...) Bref, ainsi, va-t-on, une fois de plus, pouvoir laver nos cerveaux d’hommes rationnels en oubliant enfin la crise économique, les profits actionnariaux, le chômage volontairement entretenu, la précarité, la faim du Tiers-Monde, l’exploitation des dominés, les expropriations de terres par les trusts agroalimentaires, la crise écologique, le scandale de la marée noire en Nouvelle-Orléans, la guerre au Moyen-Orient (...)»(2)

   «Trente-deux équipes, dont une vingtaine issues de pays occidentaux, vont pouvoir fouler les pelouses de leurs crampons, et servir les bas instincts pulsatifs de milliers d’hommes et de femmes peuplant les stades en jouant aux gladiateurs des temps modernes. Sauf que ces gladiateurs sont devenus des hommes d’affaires intouchables, dont le salaire mensuel (disons honoraires ou dividendes) correspond, à plusieurs années de travail d’un salarié français moyen. Juste pour pousser une balle avec ses potes jusqu’à 30 ans, pendant que de plus en plus de Français vont être obligés de travailler jusqu’à 65-70 ans. (...) Une question vient à l’esprit: si le football était vraiment un sport, ne pourrait-on pas payer ces gens raisonnablement, à hauteur du salaire minimum? Ne pourraient-ils pas reverser ce capital vers ceux qui en ont besoin, aux pauvres oubliés par l’Occident, aux peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, au lieu de prendre l’Afrique pour une cour de récréation? (...) Aux quatre coins du monde, surtout dans les pays plus pauvres, c’est partout la même logique du capitalisme: l’appareil économique occidental s’implante, génère des marges commerciales et des bénéfices. Il fait de l’argent sur place en exploitant la main-d’oeuvre locale, et rapatrie ses capitaux dans les grandes banques européennes. (...)»

   D’après la Fifa, chaque nation présente en Afrique du Sud recevra une dotation d’au moins 8 millions de dollars, une somme qui augmente en fonction du parcours de l’équipe: un quart de finaliste gagnera par exemple plus de 11 millions d’euros, et le champion du monde, environ 25 millions d’euros. Les clubs des joueurs engagés touchent aussi des dotations, pour un total de 40 millions de dollars. 278.5 millions d’euros seraient distribués aux équipes participantes. A raison de 8,2 millions d’euros par équipe. Chaque joueur aura une indemnité de 1600 dollars par jour. Cette indemnité cessera le lendemain de l’élimination de l’équipe des joueurs. La Fifa va recevoir environ 2.1 milliards d’euros uniquement avec les droits TV auxquels il faut ajouter les nombreux sponsors qui doivent verser plus d’un milliard d’euros. (3)

 

   Justement, pour parler de l’indécence des sommes colossales perçues, il faut savoir par exemple, que dix joueurs les mieux payés dont David Beckam, Ronaldinho Gaucho, Whyne Rooney ont reçu en une année 135 millions d’euros en salaires, primes, droits de sponsoring... soit en moyenne 20 millions de dollars par individu (55.000 $/jour, contre 2$/jour en moyenne pour un Africain) ou encore le salaire journalier du joueur est équivalent à ce que reçoivent deux Africains sur une carrière de 32 ans). C’est ça le scandale du marché du néolibéralisme, de la mondialisation laminoir qui font que ce que la société a accumulé pendant des siècles risque de disparaître sous les coups de boutoir du «Divin marché» où la valeur d’un individu, c’est de plus en plus ce qu’il peut rapporter, et ce qu’il peut consommer et non ce qu’il recèle comme culture et savoir. On comprend alors, l’illusion de l’éducation, notamment dans les pays du Sud où l’éducation est la dernière roue de la charrette.

 

  On est loin de l’aspect noble du sport. On peut penser valablement que cette dimension du sport pour le sport avec les «magiciens» du ballon comme Di Stefano, Kopa, Pélé, Garrincha, et tant d’autres, s’est arrêtée avec, il y a une vingtaine d’années, pour laisser place au vedettariat et aux salaires démentiels. On rapporte que le mathématicien russe, Grigori Perelman, a ignoré le prix d’un million de dollars. D’après la Voix de la Russie, le mathématicien russe Grigori Perelman a ignoré le prix d’un million de dollars qui lui était attribué par l’Institut mathématique de Clay pour avoir prouvé l’hypothèse de Poincaré. Le lauréat n’est pas venu à la cérémonie de la remise du prix qui s’est passée mardi 8 juin dans le cadre d’un symposium mathématique à Paris. Le Russe s’était déjà vu décerner en 2006 la médaille Fields, considérée comme le «Nobel en mathématiques», qu’il avait refusée. Le mathématicien et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, Michel Broué, s’est réjoui de l’attitude de Grigori Perelman en déclarant que «l’activité des mathématiques était jusqu’à maintenant, par nature, protégée de la pourriture financière et commerciale, j’emploie ce terme volontairement. Mais je pense que c’est sans doute une des raisons qui font que Perelman dit et veut dire qu’il ne veut pas travailler pour le fric ni pour les récompenses. C’est une chose, il travaille pour l’honneur de l’esprit humain.» (4)

 

   A l’autre bout du curseur, il y a des intellectuels qui trouvent que le football joue un rôle social indéniable. Pascal Boniface, le directeur de l’Ifri (Institut français des relations internationales écrit: «(...) À feuilleter les journaux, à regarder la télévision, écouter la radio, le football semble concentrer contre lui toutes les critiques. (...) Il déchaîne la violence, nourrit le racisme, provoque l’abrutissement des foules, fait triompher la brutalité, le dopage, la corruption, et favorise le déferlement de l’argent roi. (...) Le football ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité. (..) Le football occupe une telle place dans la société, démesurée aux yeux mêmes de nombreux responsables. (...) On attribue au football la cause de problèmes dont il n’est que le reflet. (...) Le racisme? Le football en est plus victime que coupable (...) Il est effectivement anormal et inacceptable que des supporters lancent des injures racistes à un joueur. (...) Le football est essentiellement démocratique, il n’y a pas de raison, d’hérédité ou de réseau social. Chacun est sur la même la ligne de départ. (...) Le football, c’est le vouloir vivre ensemble. Il occupe une place indispensable dans la société où il anime la vie. (...) Une critique récurrente porte sur les dérives de l’argent. Les stars du football gagnent, en effet, des sommes considérables, des salaires mensuels qui donnent le vertige, des salaires annuels qui peuvent dépasser les gains de toute une vie. Les stars d’aujourd’hui gagnent en un mois ce que gagnaient celles d’il y a une génération en un an et celles d’il y a deux générations en une carrière, et encore. (...) Mais est-ce le football qui doit être condamné ou la loi du marché? Les salaires qui leur sont proposés ne sont que le reflet de cette dernière (...) L’argent drainé par le football est sans comparaison par rapport à celui qui circule dans la plupart des autres sports (...) Le football écrase la concurrence. (...) Ce sont les médias, le public et les sponsors qui décident au final qu’il faut investir sur le football, qu’il faut montrer du football parce que cela attire le public. (...)» (6)

 

   Qu’en est-il de l’opium du football en Algérie? Pour le sociologue Zoubir Arrous, le foot n’est plus un jeu sportif, mais plutôt un enjeu politique et financier.(..) Ainsi, nous pouvons dire qu’il y a, dans le cas de l’Algérie, un véritable conflit entre le stade et la mosquée. (...) La paix sociale grâce au foot ne dure pas dans le temps. L’après-match ou l’après-foot est la période la plus dangereuse sur le plan social. Le citoyen revient à son état normal et parfois critique. (...) Le foot peut faire l’objet d’un contrat social dans les sociétés qui n’ont pas de crise et qui ne cherchent pas de changement. Le foot est aujourd’hui devenu la nouvelle religion.(6)

 

   En Algérie, l’Ecole ne fait plus rêver. Elle ne joue plus son rôle d’ascenseur social et ne discrimine plus entre «ceux qui jaillissent du néant» et les laborieux et les sans-grade qui cumulent en une carrière ce que perçoit un joueur en une saison. Il est vrai que la contagion du jeu et du mercato a envahi l’Algérie. «Le marché des transferts de joueurs de football écrit M.Gemill, s’est enflammé cette année en Algérie! Les prix exigés par les supposés agents de joueurs et les sommes offertes par les clubs ont doublé, voire triplé. Même si certains n’ont de footballeur que le nom qu’ils portent, loin du professionnel qu’on recherche, ils engrangent des revenus faramineux eu égard aux sommes exorbitantes exigées pour leur transfert. Ces joueurs d’un niveau juste moyen, pouvant inscrire seulement un but pendant toute une saison. Les primes de signature se négocient au minimum à 900 millions de centimes (90.000 euros) pour n’importe quel jeune joueur qui s’est distingué lors du précédent exercice et grimpent jusqu’au milliard et demi de centimes, voire deux (200.000 euros) pour les joueurs confirmés et les rares attaquants.» (7)

Les injonctions du marché

   De ce fait, certains parents l’ont bien compris, ils cherchent pour leurs enfants la rampe de lancement la plus juteuse en termes de fortune rapide, ils ne cherchent pas la meilleure école pour leurs enfants, mais le meilleur club pour inscrire leurs enfants, il existe de véritables circuits où il faut être connu pour placer son enfant et le must consiste à suivre l’évolution de son enfant lors des entraînements. C’est un placement sûr qui peut valoir de la devise... On dit que nous allons vers le professionnalisme! Nous n’arrêtons pas de singer et d’appliquer à la lettre les injonctions du «marché». Quelle est la valeur ajoutée pour le pays d’un joueur par rapport à un universitaire besogneux qui doit se réincarner à titre d’exemple, plusieurs fois pour atteindre la prime donnée en une fois à un joueur lors de cette Coupe du Monde?

 

  Pour revenir à cet opium qui nous met sous influence, on dit que les adversaires de l’Algérie ne sont pas des enfants de choeur, on dit que l’équipe de football a subi un entraînement de Marines. On l’a dit contre l’Angleterre qui a eu toutes les peines du monde et qui s’en sort avec un nul malgré sa réputation avec Rooney. La Slovénie n’est pas en reste, qu’il nous suffise de nous souvenir qu’elle est la digne héritière de la défunte Yougoslavie qui avait une équipe de qualité. Victime d’une épidémie de blessures, l’Algérie se présente diminuée contre la Slovénie. Pour l’attente de ces jeunes en panne d’espérance, je souhaite bon vent à notre équipe et qu’elle aille le plus loin possible.

 

1. Fabien Ollier: «La Coupe du Monde, une aliénation planétaire» Le Monde.fr 10 06 2010

 

2. Samuel Metairie Quand l’Occident dissimule son colonialisme... Le Grand soir 12 juin 2010

 

3. Stephane de Satukin: LeMonde.Fr avec AFP 07.06.10

 

4. Le Canard Républicain Agoravox 10 juin 2010

 

5. Pascal Boniface www.iris-france.org/ docs/pdf/2008-livre-blanc-football.pdf

 

6. http: //forumdesdemocrates.over-blog.com/article-le-foot-gage-de-paix
- 52088209.html

 

7. M. Gemmill Algérie: Le marché des transferts s’enflamme. La Tribune 5 juillet 2009.

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 20:06

 

«Prenez une salle de spectacle à Bruxelles où sont réunis un grand nombre d’artistes du pays. Dans un micro, une voix dit aux Flamands de s’installer à droite, aux Wallons à gauche (ou le contraire, peu importe). Des voix s’élèvent alors: «Et nous les Belges, on se met où?»

 

Histoire belge

 

    Un coup d’éclair dans un ciel serein ! Les indépendantistes flamands de la NVA,  ont remporté le scrutin dimanche 13 juin. Pour autant, ils se déclarent de grands partisans de l’Unité européenne, en laquelle ils voient une chance de dissolution de la Belgique dans le cadre d’une Europe des régions. Comment ce pays que l’on croyait stable est en fait vulnérable? Tout remonte à 1830.La révolution belge de 1830 conduit à une seconde indépendance et l’établissement d’un État neutre sous l’autorité d’un gouvernement provisoire et d’un congrès national. Avec l’installation de Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha comme premier roi des Belges, la Belgique devient une monarchie constitutionnelle et une démocratie parlementaire. L’unionisme entre catholiques et libéraux, à la construction d’un État libéral et une Constitution qui était en avance pour l’époque. Par l’initiative de son deuxième roi, Léopold II, qui a acquis l’État indépendant du Congo comme possession privée après la Conférence de Berlin en 1884-1885, la Belgique devient un empire colonial en 1908.

 

«Grand vainqueur des élections législatives du 13 juin, écrit Robert Sollé, l’indépendantiste flamand Bart De Wever prône "l’évaporation" de la Belgique. Rien de moins! Certes, la Belgique a toujours manqué de solidité, mais on ne l’imaginait pas déjà en liquidation. Plusieurs facteurs favorisent cette évaporation. La chaleur, d’abord, et il est vrai que ça chauffe au pays de la frite. Le vent, ensuite, et tout le monde a entendu siffler le vent mauvais des récriminations nationalistes. La Belgique, en ébullition, changera-t-elle d’Etat? Il est trop tôt pour le dire.»(1)

Séisme et tsunami

 

Le quotidien francophone Le Soir analyse les résultats de ce scrutin qui pourrait remettre en cause les fondements de l’Etat belge. «Un tremblement de terre». Un résultat «historique». Même si elle était attendue, la victoire des nationalistes flamands de la N-VA [Nouvelle Alliance flamande] a provoqué des réactions à la mesure de son importance. La N-VA est incontournable en Flandre C’est un véritable «tsunami» De Wever. Les nationalistes flamands remportent quelque 30% des voix au nord du pays. Leur président Bart De Wever est de loin, le recordman de voix, de préférence au Sénat, dépassant très largement le demi-million de voix. Cela se traduirait pour la N-VA par 27 sièges à la Chambre contre 17 au CD&V [chrétiens-démocrates], 13 au SP.A [socialistes flamands] et 13 à l’Open VLD [libéraux]. Le PS grand vainqueur du côté francophone: s’il ne s’agit pas, là, d’un tsunami, c’est toutefois une «victoire éclatante», reconnue par tous, du MR à Ecolo. Les deux vainqueurs du jour, Bart De Wever (N-VA) et Elio Di Rupo (PS), ont chacun à leur manière appelé au dialogue pour surmonter la crise communautaire avant de se consacrer aux urgences socioéconomiques.(2)


    S’agissant du vainqueur, «Il est considéré comme le politicien le plus marrant, le plus intelligent...et le plus dangereux», note le quotidien progressiste De Morgen (...) Républicain (antimonarchiste), séparatiste et flamingant, De Wever concède une certaine arrogance et préfère se qualifier de «patriote flamand». «Bart De Wever est l’avatar flamand de Berlusconi», estime pour sa part Guido Fonteyn dans Le Vif/L’Express. Bart De Wever, un néo-Berlusconi. (3)

 

Populiste et télégénique, le président de la N-VA indépendantiste, Bart De Wever, peut à présent caresser son rêve de voir un jour la Belgique s’«évaporer». L’Anversois de 39 ans, à l’embonpoint marqué, historien de formation et père de quatre enfants, a réussi son pari. Son parti est passé de 3% en 2003 à 29% en 2010. Né dans une famille proche de l’extrême droite flamande. S’il se dit patient et modéré, Bart De Wever ne cache pas que son but ultime: une Flandre indépendante, membre à part entière de l’Union européenne. Comme étape «intermédiaire», avant «l’évaporation» de la Belgique, il propose une Belgique «confédérale», où les régions auraient plus de pouvoir que le gouvernement central, réduit à s’occuper de questions comme la défense ou les affaires étrangères.

 

  «A propos de confédéralisme, écrit Bart Eeckhout, on peut déjà noter ceci: il n’existe nulle part dans le monde un pays confédéral stable et actif, à savoir une alliance entre des entités nationales fédérées qui décident ensemble de former un Etat. Le confédéralisme se termine soit par une refédéralisation, comme en Suisse, soit par la division d’un pays. Plus que la monarchie, c’est la dette publique d’environ 333,7 milliards d’euros (97% du PIB) et l’imbroglio autour de Bruxelles qui apparaissent comme l’actuel ciment négatif entre les Belges du Nord et du Sud.»
Philippe Ledent, économiste chez ING parle de l’hypothèse de la séparation Flandres -Wallonie, écoutons-le: «La scission entre la Wallonie et la Flandre me paraît politiquement et économiquement impossible. Sur le plan économique, le principal obstacle au démantèlement de la Belgique est la colossale dette publique de l’Etat fédéral qui s’élève à 333,7 milliards d’euros (97% du PIB). (5)

 

« Même sur le plan politique, malgré la victoire des nationalistes du N-VA, la scission n’est pas envisageable. La Flandre n’a pas dans l’immédiat intérêt à se séparer de sa voisine wallonne car il se pose le problème de la région de Bruxelles. La Flandre est beaucoup plus prospère que la Wallonie. En 2008, elle représentait 58% de la richesse du pays, contre seulement 24% pour la Wallonie. A court terme, il est clair que l’arrêt des transferts entre les deux régions entraînera un choc négatif important sur l’économie wallonne. L’arrêt des transferts budgétaires permettra au gouvernement flamand de réduire la pression fiscale sur les ménages et les entreprises. Le pouvoir d’achat pourra augmenter entraînant une hausse de la consommation. Cependant, il ne faut pas oublier qu’abolir les transferts aurait pour conséquence de fortement appauvrir les Wallons. (...) Mais aujourd’hui, l’écart entre les deux régions reste très important, le rattrapage sera long et difficile. Et surtout, il impliquera une prise de conscience des autorités wallonnes des faiblesses de leur économie et de la nécessité de profondes réformes structurelles impopulaires.»(5)


    Peu avant les élections, l’inquiétude des Belges était palpable : « L’implosion du Royaume de Belgique est-elle pour bientôt? A la veille des élections générales, voyage chez les Flamands, partagés sur l’avenir de leur pays. En 1968, des milliers d’étudiants flamands de l’université de Louvain dépavaient les trottoirs et défilaient aux cris de «Walen Buiten!» (Wallons, dehors).(...)Les Flamands obtinrent satisfaction. Les francophones plièrent bagage pour aller fonder, entre vaches et betteraves, une nouvelle université en Wallonie. Cette «victoire de Louvain» est une étape importante du long combat mené par les Flamands depuis la création du Royaume de Belgique en 1830, pour être considérés comme des citoyens à part entière et imposer leur langue à égalité avec le français.. (..) Léonie van Tielborgh estime aussi que «l’indépendance de la Flandre, ce n’est pas sérieux». (..) «Par son grand-père et à l’école, elle a aussi compris l’un des mythes fondateurs de la conscience flamande: les soldats flamands morts durant la guerre de 14-18, pour n’avoir pas compris les ordres que leur donnaient leurs officiers francophones. (...) Confédéralisme, le mot est dans la tête de tous les Flamands. Une manière élégante de se séparer sans divorcer, et de vider progressivement l’Etat central des prérogatives qui lui restent.»(6)

 

Dans un texte oecuménique, de jeunes intellectuels belges originaires des trois communautés du pays ont publié le même jour dans un quotidien francophone et un néerlandophone le plaidoyer suivant: «Laboratoire de l’Europe, carrefour des civilisations, le pays doit rester uni.(...) Etre belge, n’est-ce pas avoir l’humilité d’accepter d’avoir besoin de l’autre pour se définir? Etre belge, c’est accepter de ne pas être belge à soi tout seul. C’est accepter qu’une partie de nous, nous échappe. "Un pays n’est pas quelque chose de géographique", disait Brel. Etre belge, c’est plus qu’une réalité, c’est un état d’esprit. On trouvera toujours des raisons de se séparer. Aujourd’hui, ce sont les tensions linguistiques sur fond d’écarts sociaux, demain ce pourraient être les questions religieuses. Nous vivons à une époque où nos identités sont davantage à construire qu’il y a cinquante ans. (...)» (7)

 

« Avec sa mixité, sa diversité de cultures - la rencontre des mondes latin et germanique - et ses richesses linguistiques, la Belgique a été et reste un des laboratoires de l’Europe. Depuis toujours, nous sommes un carrefour de civilisations. (...) Ce qui se passe en Belgique, la méfiance de l’autre et le repli sur soi, est la boîte de Pandore de tous les Etats membres de l’UE. Les minorités linguistiques existent partout en Europe, à l’exception du Portugal. Demain, ce seront l’Ecosse, la Catalogne, les minorités slovènes en Autriche. Si nous ne sommes pas capables de vivre ensemble, qui en Europe l’est encore? (...) Les universités et les partis politiques ont été scindés et nous n’avons jamais eu de médias unitaires bilingues. (...) Mais les hommes politiques n’en portent-ils pas une part très lourde dans la crise actuelle?. Brel, encore lui, ne chantait-il pas: «On a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux»? Ne laissons pas à une poignée de politiciens le monopole de notre avenir. Exigeons de vrais hommes d’Etat, dignes de ce nom, pas des politiciens.(7)


Processus d’implosion

 

Regis Mex analyse d’une façon lucide le processus d’implosion belge. Ecoutons-le: «En ces temps de crise, écrit que ce soit d’un point de vue géopolitique, financier ou social, il est un petit pays européen dont on omet sans doute à tort de parler: la Belgique. En effet, cette dernière n’échappe pas aux conséquences de l’avancée des mesures visant à concrétiser un gouvernement mondial, ce qui ne peut être autrement, puisque la capitale belge, Bruxelles, est également la capitale de l’Europe. (...) Bien que cette cohabitation ait déjà connu plusieurs heurts, les choses ont pris de l’ampleur depuis trois ans, période pendant laquelle le peuple belge a assisté à une augmentation du nationalisme flamand et à la radicalisation du discours séparatiste. (...)» Dans son livre La marche irrésistible du Nouvel Ordre Mondial, Pierre Hillard nous disait ceci, en 2007: «Parler de l’éclatement de la Belgique est une vieille Arlésienne depuis la fondation de ce pays en 1831, en particulier avec la reconnaissance de son indépendance et de sa neutralité lors de la Conférence de Londres(...)»(8)


     « Le véritable coup de semonce a été lancé à la fin de l’année 2005 avec la signature d’un manifeste de 250 pages intitulé Pour une Flandre indépendante en Europe. C’est sous l’égide d’une cinquantaine d’hommes d’affaires, de journalistes et de professeurs d’université flamands, dit «groupe de Warande», qu’un document a vu le jour. Rappelant le retard économique de la Wallonie et le coût financier pour la Flandre, ce texte affirme: Á l’intérieur de la Belgique, la Flandre a évolué d’une région pauvre, sous-développée, vers une communauté à part entière avec sa propre langue, sa propre culture, un niveau de vie relativement élevé et ses propres caractéristiques et objectifs économiques et sociaux. (...) Ce texte rappelle le coût économique de la Wallonie sur le bon fonctionnement de la Flandre. (...) Cette disparité économique entre ces deux blocs entraîne des tensions croissantes entre Flamands et Wallons. Cette tension est rehaussée par l’édification de l’Union européenne, ce qui n’arrange pas les choses. Comme le souligne avec beaucoup de justesse un des membres du «groupe de Warande», Rémi Vermeiren: «Vu le nombre croissant de compétences européennes d’une part, et de compétences régionales d’autre part, il ne reste en fin de compte plus tant que ça de la Belgique.» Ces propos sont en fait valables pour l’ensemble des pays de l’Union européenne. En effet, nous assistons à l’édification d’un État européen parallèlement à la délégation de pouvoirs politiques, financiers, administratifs etc. aux régions, ces dernières traitant de plus en plus avec l’autorité supranationale de Bruxelles. Entre ces deux pôles, l’État national est pris dans un véritable étau. Vidé de sa substance, l’État belge n’est plus en mesure de freiner l’implosion du pays dont les oppositions culturelles accélèrent les envies d’indépendance des Flamands.(8)


«(...) Face à la partition programmée de la Belgique, de nombreux Wallons tournent leur regard vers la France. (...) En effet, si la France accepte d’intégrer avec son accord la Wallonie au corps national, nous risquerions d’ouvrir une véritable boîte de Pandore. (...)Si la France accepte d’intégrer la Wallonie; les Basques, les Catalans d’Espagne pour ne citer qu’eux, ne manqueraient pas d’exiger d’intégrer leurs frères de sang français au sein d’une même entité territoriale(...) Il est concevable aussi qu’une Flandre indépendante se rattache aux Pays-Bas formant ainsi une vaste entité néerlandophone. (...) Nous avons donc là un bel exemple parmi d’autres des services que peut rendre cette crise aux processus de mondialisme et d’unification européenne, qui, si elle peut se faire, ne le pourra que sur les décombres des nations.».(8)


    La Belgique est un laboratoire! Tout ce qu’il s’y passe n’est pas anodin et est effectivement à mettre en lien avec le projet d’un «nouvel ordre mondial» (NOM) qui est dans son étape «assassinat des Etats-nations». Cette crise programmée va générer un chaos réorganisateur comme le disait Condoleezza Rice, (Ordo Ab Chaos). Ce qui se passe en Belgique semble être une «expérience de masse» qui ne doit pas nous être indifférente. A qui le tour? Pour que rien ne s’oppose au néolibéralisme qui n’a rien à faire des Etats-nations faibles, s’intéressant surtout aux consommateurs, les Etats doivent disparaître au profit d’entités plus «flexibles» L'Occident  a adoubé sans coup férir la partition de la Yougoslavie, puis de l'Irak, et encourage l'atomisation  d'autres puissances au nom,   en théorie de la liberté des peuples, mais en fait de l'accessibiltié d'une façon facile et rapide aux richesses de ces Etats  ( Kurdes, Darfour...)  Les pays comme l'Espagne, la France ont , juste , retour des choses,  aussi du mouron à se faire au nom de la liberté des peuples....


1.Robert Sollé: Molécules Belges. Le Monde 15 06 2010

 

2.Olivier Mouton: La victoire éclatante des indépendantistes flamands. Le Soir 14.06.2010

 

3.Bart De Wever, le Flamand qui voudrait voir la Belgique s’«évaporer» NouvelObs. 14/06/10

 

4.Bart Eeckhout: Le charlatanisme pur et dur des nationalistes. De Morgen10.06.2010

 

5.Elodie Grangié:Interview de Philippe Ledent: La Flandre...la Wallonie? 14/06/2010

 

6.La Flandre à mille temps. Liberation.fr 12/06/2010

 

7.Q. Martens, L. A. Nobels, A. de Lame, S. Siegers: L’art d’être belge De Morgen 10.06.2010

 

8.Régis Mex: La Belgique, une victime du Nouvel ordre mondial? AlterInfo 11 Juin 2010

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 20:04

« Il y a quelques rares pays au monde où je me sens chez moi. Je crois qu'avec le Maroc, j'ai des rapports de fraternité... nous avons un destin commun.

                          

       Bernard Kouchner

 

        Ce cri du coeur du ministre français joint à tant d’autres, expliquerait peut-être le statut avancé que l’Union européenne a octroyé au Maroc. Rien à voir, cependant, avec celui octroyé à Israël en décembre 2008 où pratiquement, Israël a les privilèges d’un pays membres de l’Union sans en avoir les contraintes. Il n’empêche que le Maroc est bien vu par l’Europe et c’est tant mieux.

 

      Avant d’arriver à la conclusion sur le statut avancé, il faut souligner que l’Union européenne avait organisé à Barcelone un séminaire «le Maroc et l’Union européenne. Vers un statut avancé, dans l’Association euroméditerranéenne» les 1er et 2 mars 2007, sous l’organisation de l’Iemed et le haut patronage de la Commission européenne. Ainsi, dans les conclusions de la 7e session du Conseil d’association UE- Maroc tenu au Luxembourg, le 13 octobre 2008 nous lisons: «L’Union européenne se réjouit vivement de la tenue de la septième session du Conseil d’association qui marque une nouvelle étape dans le développement de la relation entre l’Union européenne et le Maroc. Le partenariat avec le Maroc a une valeur fondamentale pour l’Union européenne, compte tenu du rôle qu’il joue non seulement au Maghreb et en Afrique, mais dans toute la région méditerranéenne. Le Maroc s’est toujours distingué par sa vision et sa force de proposition au sein de la politique européenne de voisinage comme du Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée.»

 

   De fait, l’Union européenne (UE) a accordé au Maroc le statut avancé que Rabat réclamait depuis 2004. Le résultat est un renforcement des relations entre le Royaume chérifien et les 27 pays membres de l’Union: sur le plan politique, ce statut avancé prévoit l’organisation de sommets réguliers UE-Maroc et la participation du Maroc aux opérations européennes de gestion de crise. Sur le plan économique, ce statut inclurait la «mise en place d’un espace économique commun», s’inspirant des règles régissant l’Espace économique européen (l’UE plus la Suisse, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein). De plus, le Maroc pourrait participer à quelques agences européennes: Eurojust, Europol, l’Agence européenne de la sécurité aérienne ou l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies.

 

   L’Union européenne (UE) a conclu sept accords euro-méditerranéens d’association entre 1998 et 2005. Un autre pays voisin, la Tunisie, a déposé, aussi, en novembre 2008 une candidature pour obtenir un statut avancé avec l’Union européenne (le même statut que l’Ukraine, Israël, la Moldavie...). Les discussions ont été entamées, en juin 2009, à Tunis, par le Comité d’association Tunisie-Union européenne (UE). Un accord a été trouvé, sur «la formation d’un groupe de travail dans la perspective d’un statut avancé qui serait accordé par l’UE à la Tunisie», a déclaré le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires européennes, Diego Lopez Garrido, à l’issue d’une réunion avec le commissaire européen en charge de la Politique de voisinage, Stefan Füle, et le ministre tunisien des Affaires étrangères, Kamel Morjane.(1)

 

    Qu’en est-il du tard venu dans le Maghreb, en l’occurrence l’Algérie et de sa relation avec l’Union européenne? Beaucoup moins ambitieuse, depuis au moins deux ans, l’Algérie a demandé la révision de l’Accord avec l’Union européenne. Le ministre des Affaires étrangères l’a encore souligné lors de la réunion de Luxembourg avec son vis-à-vis, Miguel Angel Moratinos, dont le pays préside l’Union européenne. Le ministre algérien a justifié la demande du gouvernement algérien par le fait, notamment que l’Accord d’association, dans son volet démantèlement tarifaire, a induit des pertes substantielles en recettes douanières pour l’Algérie de l’ordre de 2,5 milliards de dollars au titre de la période 2005-2009 avec une projection pour 2010-2017 d’environ 8,5 milliards de dollars. (..) M.Medelci a ainsi particulièrement regretté la pauvreté des investissements directs européens en Algérie et les nombreux freins qui continuent à contrarier la consécration du principe de la libre circulation des personnes. Deux aspects importants marginalisés au profit du volet commercial. «Mon pays, en signant l’Accord d’association, voulait développer une coopération globale qui couvrirait tous ses volets: politique, économique et commercial, culturel, social et humain. Or, jusqu’à maintenant, nous relevons clairement que le volet commercial a reçu une attention particulière par rapport aux autres», a-t-il mentionné, avant d’affirmer qu’il est de l’intérêt de tous que «la libre circulation des marchandises puisse s’accompagner d’une meilleure dynamique d’investissement et d’une meilleure mobilité des personnes». Evoquant la problématique de l’accès des produits agricoles algériens sur le marché européen, le ministre a démontré, par exemple, que les exportations agricoles ont non seulement reculé, mais que même la consommation des contingents tarifaires alloués à l’Algérie reste très faible.»



Profitable à l’UE

 

   Il est vrai que l’Accord d’association a profité beaucoup plus aux pays de l’UE pendant les quatre premières années de sa mise en oeuvre. Déjà en mai 2009, le directeur du commerce extérieur, M.Zaâf, s’exprimant lors d’une rencontre inaugurale du programme d’appui à la mise en oeuvre de l’Accord d’association, a mis en évidence que la balance commerciale hors hydrocarbures de l’Algérie reste «très déséquilibrée» en faveur de l’Union européenne. (...) Lors de son discours, ce responsable a fait remarquer que si la partie européenne a bien réussi à consolider ses parts sur le marché algérien, il est constaté, par contre, «une très faible présence des investisseurs européens en Algérie, notamment dans les secteurs hors hydrocarbures, l’absence d’un dispositif permanent de partenariat et une érosion d’année en année des préférences accordées à l’Algérie en 2002». (...) L’ambassadeur et chef de la délégation de la Commission européenne en Algérie, Mme Laura Baeza, a répondu tout bonnement que l’accès au marché européen «nécessite un travail d’adaptation pour les entreprises algériennes». Et de préciser: «C’est une question de conformité aux standards européens.».(2)


    Pourquoi, peut-on s’interroger, sommes-nous les mal-aimés de l’Europe? Est-ce que par exemple, la loi de finances 2009 a été très mal vue par l’Union européenne qui y a vu un frein à ses exportations et une forme de protectionnisme? Deux approches vont être présentées. Il y a d’abord, celle du professeur Mourad Ouchichi de l’université de Béjaïa qui pense que c’est de notre faute pour n’avoir pas mis en place les instruments et les politiques rendues nécessaires pour une insertion dans la mondialisation. Ecoutons-le: «L’Accord d’association avec l’UE est très mal négocié. L’Algérie est le dernier pays maghrébin à avoir signé l’accord avec l’UE. Il lui avait fallu plus de 6 ans (le début des négociations a eu lieu en 1996) pour prendre la décision de ratifier son accord. (...) Ceci dit, les lenteurs et les retards accusés dans la ratification de l’accord ne répondaient nullement au souci de vouloir obtenir des concessions économiques, mais plutôt pour arracher un soutien politique. (...) Après plus de 40 ans de gestion rentière et hasardeuse de l’économie nationale, il est évident que l’Algérie ne dispose pas d’entreprises fonctionnant selon les normes internationales. L’explication de cet état de fait n’est pas difficile; lorsqu’une entreprise n’est pas soumise aux pressions de la concurrence et quand celle-ci évolue dans un environnement rentier, elle perd sa vocation de créatrice de richesses pour devenir un canal de transmission de la rente. Compte tenu donc de la nature rentière et distributive de l’économie nationale l’entreprise algérienne n’est pas à la hauteur des standards internationaux en matière de qualité et de services. (...)

 

   L’accroissement du degré d’ouverture commerciale avec l’UE, qui se matérialise à travers le démantèlement des barrières tarifaires et non tarifaires, va entraîner des conséquences. (...) La soumission des secteurs protégés de l’industrie locale à la concurrence européenne provoquera des pertes certaines d’emplois.(...) Dès lors, il n’est pas excessif d’affirmer que l’ouverture de la ZLE, du moins dans ses débuts, conduira à des pertes d’emplois et provoquera l’exacerbation des crises sociales, voire politique. (...) Si l’Algérie n’a pas bénéficié de plus d’aides de l’UE, ce n’est pas parce que cette dernière n’en accordait pas, mais parce que l’Algérie n’utilise même pas ses parts. (...) En fait, pour bénéficier de ces aides, il faut au préalable présenter à la Commission européenne et ses différents organismes des projets concrets et viables. Or, nous avions constaté que les entreprises algériennes, contrairement aux sociétés marocaines et tunisiennes, n’avaient pas de visions claires de ce qu’elles voudront faire. L’Etat qui devait jouer le rôle d’accompagnateur ne l’a pas fait. Résultat, l’Algérie ne consomme même pas sa part des aides accordées par l’Union européenne. (...) Le pays possède les capacités financières suffisantes pour devenir en quelques années un géant économique régional, pourquoi pas continental (...). (3)


     Pour le professeur Mourad Ouchichi, c’est donc l’Algérie qui n’est pas à la hauteur des enjeux et qui compte sur sa rente plutôt que de se battre pour entrer dans la mondialisation. Est-ce cependant suffisant pour expliquer ce marasme dans les relations avec l’Union européenne? Le professeur Ali Mebroukine va plus loin, il s’interroge: «Est-ce que l’Algérie a besoin de l’Europe?» Ecoutons-le: «Nous assistons à une sorte de banalisation des relations entre l’Algérie et l’UE. La cause principale de cette banalisation transcende les jeux politiques d’appareils ou des groupes de pression à l’oeuvre en Algérie et en Europe et relève pour l’essentiel des effets induits par la mondialisation libérale et de la montée en puissance d’économies émergentes qui viennent de plus en plus fortement évincer l’Europe de sa zone de proximité Sud et Est de la Méditerranée. (...)» (4)

 

   Pour le professeur Ali Mebroukine, c’est d’une façon délibérée que l’Algérie s’est progressivement désarrimée de l’Europe au profit des nations émergentes. «C’est dit –il,  à partir des années 2000 que les autorités algériennes s’engagent dans une politique de diversification de leurs échanges, qui coïncide avec le moment où certains pays du Sud accèdent à un stade supérieur de leur développement, produisent et exportent des produits à haute valeur ajoutée et des services de qualité comparables à ceux offerts par les pays occidentaux, (il s’agit du Brésil, de l’Argentine, de la Chine, de la Corée du Sud, de la Turquie, de la Malaisie, de l’Afrique du Sud). La montée en puissance des nations émergentes, le dynamisme de leurs entrepreneurs, leurs énormes capacités d’adaptation mettent progressivement à l’écart les entreprises occidentales, principalement françaises, cependant que les grands travaux d’infrastructure et de réalisation des équipements collectifs (villes nouvelles, autoroute Est/Ouest, barrages, rail, etc.) sont attribués principalement à des entreprises asiatiques dont les offres commerciales et techniques sont jugées plus avantageuses pour le maître de l’ouvrage algérien. Cette tendance n’est pas près de s’arrêter ni même de s’interrompre. Il s’agit d’une dynamique structurelle qui conduit désormais à s’interroger sur les contours futurs que pourrait revêtir l’Union pour la Méditerranée (UPM) dont la France entend impulser l’âme et l’esprit. Progressivement, l’Algérie se donne les moyens de s’affranchir de la tutelle européenne, que ce soit sur le plan économique ou commercial. (...)(4)

L’avenir est ailleurs

 

« A tort ou à raison, les responsables algériens considèrent que les entreprises françaises ne sont pas disposées à contribuer à la réalisation de cette politique dont le pivot est le partenariat de type sociétaire, alors qu’au contraire, les entreprises brésiliennes, sud-africaines, sud-coréennes et malaisiennes entendent contribuer au développement de la production intérieure en aidant les entreprises algériennes à reprendre progressivement certains marchés de biens de consommation (pétrochimie, engrais, ciment, électrométallurgie) et, dans une deuxième phase, à étendre le mouvement en amont vers des industries intermédiaires où l’intensité capitalistique et l’échelle de production sont plus élevées (ce qui passe par la valorisation des outils d’engineering nationaux existants). De la même manière, c’est avec les entreprises américaines et chinoises que l’Algérie s’engagera sous peu dans la croissance verte et le green business (éoliennes, panneaux solaires, ampoules basse consommation, batteries pour véhicules électriques que l’Algérie devrait commencer à produire), alors surtout que la Chine est en train de bâtir son hégémonie sur le nucléaire, le solaire et même l’habitat écologique (...) La banalisation des relations économiques et commerciales entre l’Algérie et l’Europe s’explique donc par un contexte international objectif qui se traduit par un déclin relatif de l’Europe aussi bien sur le plan technologique, scientifique, culturel que commercial.» (4)


    Tout est dit. La vieille Europe perd du terrain. Nous sommes d’accord avec ces analyses sauf qu’il est illusoire de croire que les pays émergents vont nous aider à émerger. En toute objectivité, il n’y a pas eu de capitalisation de savoir-faire pour les 150 milliards dépensés pour le plan précédent avec un Reste à Réaliser tout au aussi important. Nous continuerons toujours à solliciter les Chinois, les Japonais, les Turcs pour les logements les routes, les barrages. Il n’y a pas de volonté d’adosser chaque m3 de gaz naturel ou chaque baril de pétrole exporté à la capitalisation d’un savoir-faire. Il n’y a pas de cap car les investissements ont surtout un caractère social. Construire 1,2 million de logements, construire des écoles des universités, des routes ne crée pas de la richesse ou de l’emploi d’une façon durable.

 

   Justement, à propos de développement durable, nous n’avons pas une stratégie multidimensionnelle, concernant l’avenir dans le domaine de l’énergie- nous appelons à une renaissance du Conseil national de l’énergie qui aurait à tracer le cap- de l’environnement, de la sécurité alimentaire et de l’eau. Si rien n’est fait, nous nous retrouverons en 2014 avec les mêmes problèmes. Au risque de me répéter, il nous faut associer l’université qui est actuellement en roue libre, car non partie prenante du destin du pays. On peut renoncer à cet Accord injuste qui rappelle l’hégémonie coloniale pour peu que l’on compte sur soi-même et avant tout sur ses élites. Avoir de la fierté c’est bien, la mettre en oeuvre, c’est mieux.


1.Union européenne: La Tunisie «désire» un statut avancé AFP -12 mai 2010

2.Ali Titouche: -Accord d’association avec l’Union européenne -L’Algérie perdante sur toute la ligne El Watan 13 mai 2009


3. Interview du Pr Mourad Ouchichi Propos recueillis par Ali Titouche El Watan

 

4. Ali Mebroukine: L’Algérie a-t-elle encore besoin de l’Europe? L’Expression 15 Juin 2010

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 20:03

 

«Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent»

 

Jean-Paul Sartre

 

    L’actualité immédiate nous a saturés cette semaine avec le calvaire d’une minorité ethnique: les Ouzbeks en territoire kirghiz. Il est remarquable de noter que ce XXIe siècle a vu des guerres de toutes sortes, d’abord religieuses: on dit que 3 conflits sur quatre concernent les musulmans. Il y a aussi des conflits ethniques et en l’occurrence, ce qui se passe au Kirghizistan est décrit ainsi. Il y a aussi les conflits territoriaux. Tous ces conflits jettent sur les routes des centaines de milliers de réfugiés. Il y a quelques jours, a été fêtée la «Journée des Refugiés». On a appris ainsi qu’il y aurait plus de 40 millions de déracinés de leur terre et qui, pour la plupart, s’installent, à vie, dans cette situation comme c’est le cas des Palestiniens. A côté de ces réfugiés «classiques», d’autres catégories de réfugiés ont apparu: les réfugiés économiques, à la recherche de l’eldorado, les réfugiés climatiques victimes des changements climatiques. Le Monde comprendra de plus en plus des apatrides.

 

Régis Genté analyse la crise kirghize. Les pogroms contre les Ouzbeks auraient fait des centaines de morts dans le sud du pays. Il n’y a guère que la haine interethnique qui puisse détruire avec autant d’acharnement. Och, la capitale du sud du Kirghizistan, rassemble dans certains quartiers, les ouzbeks, à ceux jadis ravagés par les hordes de Gengis Khan, le chef mongol. Dans l’avenue Mazalief, les maisons de thé, où les hommes ont l’habitude de passer le plus clair de leur temps, sont toutes ravagées. Qui sont les propriétaires de ces établissements? «Des Ouzbeks», (...) Plus un toit. Ici ou là, de la fumée s’échappe encore de décombres. L’odeur des pneus et des matières plastiques brûlés, empeste l’atmosphère(...) Les maisons ont été attaquées à coups de cocktails Molotov. Sur la plupart des murs, il est écrit sarty, ce qui veut dire quelque chose comme «sale commerçant radin». La communauté ouzbeke, 40% du sud kirghiz dont est issue l’immense majorité des victimes, a le tort d’être commerçante et de savoir faire fructifier ses affaires. Ceux qui ont survécu n’ont qu’une peur: être de nouveau pris pour cible.(1)

Selon le Cicr, plus d’un demi-million d’Ouzbeks du Kirghizistan se seraient réfugiés en Ouzbékistan voisin où des corridors humanitaires ont été ouverts. Pourquoi tant de haine? Avec le renversement du président Bakiev, le 7 avril dernier, le pays flirte avec le chaos. Kourmanbek Bakiev tente probablement de faire payer sa chute à ses tombeurs, le gouvernement provisoire actuel. La pauvreté, le manque de terre, l’ethnonationalisme cultivé depuis des années auront fait le reste, dans une région que les haines interethniques avaient déjà embrasé en 1990, faisant plus de 300 morts. Réunie le 14 juin en urgence à Moscou, l’Organisation du traité de la sécurité collective, qui regroupe sept pays de l’ex-Urss, a déclaré qu’elle «n’excluait pas d’utiliser tous les moyens» à sa disposition pour stabiliser une situation que le président russe a qualifiée d’«intolérable»(1).

Une véritable poudrière

 

Pour sa part, le Conseil de sécurité de l’ONU a «condamné» «les actes répétés de violence» dans la République d’Asie centrale du Kirghizistan et lancé un appel au «calme, à un retour à l’état de droit ainsi qu’à une résolution pacifique des différends». Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé qu’il envoyait «une aide et une équipe d’urgence» en Ouzbékistan. A Och, deuxième ville du Kirghizistan, des coups de feu sporadiques claquaient dans les rues où des corps calcinés et des maisons incendiées témoignaient de la violence des combats, a rapporté un journaliste de l’AFP.

 

Malgré les discours rassurants en provenance du gouvernement provisoire, la situation est loin d’être stabilisée dans le sud du Kirghizistan. (...) A Djalal-Abad, où le conflit s’est propagé, les rues sont vides, seulement sillonnées par des groupes armés, ou par des habitants qui tentent de protéger leurs maisons ou leur quartier.(...) Devant cette explosion de violence et de haine, les citoyens kirghiz cherchent les coupables. Pour autant, cette confrontation interethnique n’est pas née de nulle part. Les Kirghiz et les Ouzbeks vivent côte à côte depuis des décennies, parlent une langue très proche, et partagent la même religion, l’islam. Mais le territoire qu’ils se partagent est une véritable poudrière. La vallée de la Ferghana, où se sont déroulées les violences de ces derniers jours, est un territoire riche et fertile, morcelé depuis 1991 entre trois pays: le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. Les Ouzbeks, cultivateurs sédentaires, réputés pour leur sens du commerce, se sentent ici chez eux, et remettent en cause la légitimité des Kirghiz, ancien peuple de bergers nomades, sur ce territoire.(2)

 

Une autre explication est donnée par Asel Doolotkeldieva, spécialiste de l’Asie centrale, chercheuse au Ceri (France). Pour elle, «le conflit actuel est plus lié à une "mauvaise gestion par l’Etat de l’accès à l’éducation publique, à la médecine et aux services publics" qu’à des tensions ethniques entre Kirghiz et Ouzbeks. Doolotkeldieva reconnaît que "l’Etat n’a jamais mené de véritable politique dans le domaine des minorités nationales" et que les discordes interethniques ont toujours servi les objectifs politiques des hommes au pouvoir (et notamment le président déchu, Kourmanbek Bakiev). (...) la violence n’a pas explosé par hasard. Elle résulte au contraire d’une préparation et d’une organisation minutieuses. Les revendications de la communauté ouzbeke tout au long du mois de mai et l’incurie des hommes politiques kirghiz ont contribué à envenimer une situation déjà tendue».(3)

 

Etat pauvre d’Asie centrale, le Kirghizistan a une grande importance stratégique, accueillant à la fois une base militaire russe et une base militaire américaine cruciale pour le déploiement de troupes en Afghanistan. En fait, le Kirghizistan est l’otage d’une partie de poker qui le dépasse. En effet, depuis la fin de l’empire soviétique, le monde devint pendant près de deux décennies unipolaire avec l’hyper-puissance américaine suivant le mot heureux d’Hubert Védrine, avant que la Russie ne se redresse et qu’émergent de nouveaux pôles qui demandent leur part du pouvoir comme c’est le cas de la Chine.

 

Le journaliste américain F.William Engdahl analyse les cartes en main des trois acteurs qui souhaitent remporter la mise au Kirghizistan et dans la région. «Le scénario le plus improbable écrit F. William Engdahl, est celui d’une rébellion spontanée menée de l’intérieur même du pays. En effet le Kirghizistan est au centre de conflits d’intérêts entre puissances régionales et suprarégionales. (...) Au fin fond de l’Asie centrale, le Kirghizistan constitue ce que le stratège britannique Halford Mackinder aurait appelé un pivot (...) Des protestations à l’encontre du président Bakiev se sont élevées en mars dernier à la suite des révélations de soupçons de corruption aggravée pesant sur lui et des membres de sa famille. (...) Il a placé son fils et d’autres proches à des postes-clefs où ils ont engrangé de larges sommes d’argent - estimées à 80 millions de dollars par an - pour l’attribution aux États-Unis du droit d’installer une base aérienne à Manas, et pour d’autres contrats. (...) Au cours des révoltes du début du mois de mars, Mme Otounbaïeva a été nommée porte-parole du Front uni formé par tous les partis d’opposition. Elle appelait à l’époque les Etats-Unis à prendre une position plus active contre le régime de Bakiev et son absence de normes démocratiques; appel laissé manifestement sans réponse.»(4)
«Moscou était le premier à reconnaître le nouveau pouvoir et proposait 300 millions de dollars au titre d’une aide immédiate à la stabilisation, en transférant une partie d’un prêt de 2,15 milliards de dollars accordé par les Russes en 2009 au régime de Bakiev. Au départ, ces 2,15 milliards de dollars furent accordés juste après la décision de Bakiev de fermer la base militaire états-unienne de Manas; décision que les dollars US avaient cassée quelques semaines plus tard. Pour Moscou, l’aide russe et l’annonce de la fermeture de la base de Manas par Bakiev étaient liées.(...) Encore aujourd’hui, rien n’indique de manière claire si les décisionnaires agissaient de l’étranger ou non, et, le cas échéant, s’ils appartenaient au FSB russe, à la CIA ou à quelque autre service. Le 7 avril 2010, alors que Bakiev perdait le contrôle de la situation, les Etats-Unis auraient exfiltré le président et sa famille vers sa ville natale d’Och, (...) Plusieurs jours avant sa fuite, l’armée et la police s’étaient déjà ralliées à l’opposition menée par Otounbaïeva, attitude qui corrobore l’idée d’événements extrêmement bien planifiés par au moins une partie de l’opposition.»(4)



Une région très riche

 

F.William Engdahl explique que non seulement la position géographique du Kirghizistan est importante mais de plus, la richesse de son sol attire là encore, des convoitises. «Aujourd’hui, le Kirghizistan occupe une place de pivot géographique. Ce pays enclavé partage une frontière avec la province chinoise du Xinjiang, un lieu hautement stratégique pour Pékin. Plus encore, la vallée de Ferghana, à la situation politique explosive en raison de ses importantes richesses naturelles, se trouve sur une partie du Kirghizistan; (...) En termes de ressources naturelles, hormis l’agriculture qui représente un tiers de son PIB, le Kirghizistan possède de l’or, de l’uranium, du charbon et du pétrole. En 1997, la mine d’or de Kumtor a démarré l’exploitation de l’un des plus grands gisements aurifères du monde. (...) Le Kirghizistan possède également d’importantes ressources d’uranium et d’antimoine. Il bénéficie en outre de considérables réserves de charbon estimées à 2,5 milliards de tonnes, essentiellement situées dans le gisement de Kara-Keche, au nord du pays.»(4)

 

Pourtant, plus cruciale encore que les richesses minières, reste la principale base de l’US Air Force à Manas, ouverte dans les trois mois suivant le lancement de la «guerre globale contre le terrorisme» en septembre 2001. Peu après, la Russie installait sa propre base militaire non loin de Manas. Aujourd’hui, le Kirghizistan est le seul pays à accueillir à la fois des bases militaires états-unienne et russe, un état de fait peu confortable au bas mot. (...) Lors d’une déclaration au cours de sa visite officielle à Washington le 14 avril, le président russe Dmitri Medvedev exprimait ses préoccupations au sujet de la stabilité du Kirghizistan: «Le risque de voir le pays se diviser en deux parties - l’une au nord, l’autre au sud - est réel. C’est pour cela que notre devoir est d’aider nos partenaires kirghiz à trouver une solution de sortie en douceur de cette situation.»(...) De toute évidence, Washington et Moscou souhaitent ardemment imposer leur présence, quel que soit le gouvernement qui s’établira dans ce pays d’Asie centrale (...) L’une des questions les plus pressantes pour Washington est celle, vitale, de l’avenir de la base aérienne de Manas, située tout près de la capitale Bichkek. Dans un communiqué officiel du département d’Etat américain en date du 11 avril, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton insiste sur «le rôle important que le Kirghizistan joue en accueillant le centre de transit de l’aéroport de Manas».(4)

 

«(...) À l’époque, Akaiev proposa de céder au Pentagone sa plus grande base militaire de la région, celle de Manas. La Chine, qui partage une frontière avec le Kirghizistan, s’en alarma et, de concert avec la Russie, poussa l’Organisation du traité de coopération de Shanghai à s’y opposer et lança un appel au retrait des troupes présentes dans les bases états-uniennes d’Asie centrale. (...) Philip Shishkin du Wall Street Journal notait: Engageant une diplomatie de la Route de la soie et visant à la suppression des guérillas menées par les Ouïghours, les prises de position d’Akaiev pour aligner son pays avec Pékin exaspérèrent Washington qui voyait dans la Chine un obstacle à son programme d’expansion stratégique. (...) la chute du gouvernement prochinois du président Akaiev, tombé en disgrâce, ne sera pas une mince victoire pour la politique d’endiguement.»(4)

 

Analysant l’intervention du troisième acteur en l’occurrence, la Chine, on s’aperçoit que la «méthode d’approche» du pouvoir kirghiz est différente; La Chine ne met pas en place une base militaire, au contraire essaie d’aider au développement et à la stabilisation de la région. «Aujourd’hui, écrit F. William Engdahl, il parait logique que la Chine soit la puissance la plus intéressée par l’avenir politique du Kirghizistan. (...) Le Xinjiang est un carrefour vital au sein du réseau de pipelines acheminant les ressources énergétiques en Chine depuis le Kazakhstan et, à terme, depuis la Russie. Le Xinjiang abrite quant à lui d’importantes réserves de pétrole, indispensables à la consommation domestique de la Chine. (...) En juin 2001 la Chine, la Russie, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan signaient l’acte de naissance de l’Organisation du traité de coopération de Shanghai. Trois jours après, Pékin officialisait un prêt important au Kirghizistan pour l’acquisition de matériel militaire. (...) Pékin n’est pas un observateur passif des événements kirghiz. Clairement, la Chine s’apprête à jouer sa meilleure carte, la carte économique, pour s’assurer des relations plus étroites et bien plus amicales avec le nouveau gouvernement kirghiz, quel qu’il soit. En juin 2009, lors d’une assemblée de l’Organisation de coopération de Shanghai à Ekaterinbourg en Russie, le président chinois Hu Jintao a promis un fonds de 10 milliards de dollars pour un programme d’aide à venir, destiné aux Nations-membres d’Asie centrale: le Kazakhstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. Rien de ce qu’a promis Washington aux Kirghiz ne s’approche un tant soit peu de ces sommes. (...) Le ministre des Chemins de fer chinois a dévoilé l’un des projets les plus ambitieux du monde contemporain. Traversant le Kirghizistan, les lignes ferroviaires s’étendront à terme du Xinjiang jusqu’en Allemagne et même jusqu’à Londres vers 2025.(...) Pour la Chine, l’Afghanistan et le Pakistan sont deux éléments tout aussi vitaux dans son réseau de distribution et d’échanges vers l’Iran. (...) C’est dans ce contexte global que la stabilité politique au Kirghizistan est essentielle à la Chine.»(4)

 

On l’aura compris, ce seront toujours les faibles qui serviront de «variables d’ajustement» en cas de conflit. Les conflits vont devenir de plus en plus récurrents. Une tectonique des plaques est en train de reformater le Monde d’autant que les ressources, notamment énergétiques devenant rares, la compétition sera de plus en plus rude et malheur aux pays faibles qui disposent de ressources naturelles, ils seront assurément les premières victimes des puissants quelles que soient leurs idéologies. L’essentiel est de perpétuer leur puissance.




1.Regis Genté:les bandes armées font régner leur loi. Le Figaro International 14/06/2010

2.Mathilde Goanec: Kirghiz et Ouzbeks vivent dans la peur. Nouvelobs.com 15 juin 2010

 

3.Asel Doolotkeldieva: La crise au Kirghizistan est d’abord «socio-économique». Site France Culture 18.062010

 

4.F.William Engdahl: À qui profite la révolution au Kirghizistan?Réseau Voltaire13.06.2010

 

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 19:59

 

«Les armes doivent s’incliner devant les toges.»

Proverbe romain

Stanley McChrystal, l’architecte de la guerre Otan - taliban, a été remercié après avoir donné une interview très critique à l’égard de l’administration Obama. Il a été, à la tête des forces alliées en Afghanistan remplacé par le général David Petraeus, homme clé de la guerre en Irak. Vingt-quatre pour le général Stanley McChrystal. heures après la publication très critique sur la stratégie de l’administration Obama, le chef des forces américaines et alliées en Afghanistan a été révoqué . «C’est un changement d’homme, pas de stratégie», a insisté le président démocrate. Il a d’ailleurs, réclamé de son équipe, minée par des conflits internes, un effort d’unité sur le dossier afghan. Rendant hommage à la carrière de Stanley McChrystal, Barack Obama a affirmé le voir partir «avec un regret considérable», mais «il s’agit d’une bonne décision pour la sécurité nationale et nos soldats», a-t-il insisté.

«Le limogeage par Barack Obama du général McChrystal, écrit Mathilde Gerard, devrait permettre de poser la question «de l’incohérence de la stratégie d’Obama en Afghanistan», juge quant à lui le Huffington Post, qui souligne qu’à de nombreuses reprises, McChrystal a critiqué publiquement ses supérieurs civils et dénoncé leur «vision à court terme», notamment leur volonté d’établir une stratégie de «contre-terrorisme» qui, selon McChrystal, ne pouvait conduire qu’à un «chaos-istan». Pour Politico, le choix de David Petraeus comme remplaçant de McChrystal est celui d’un «acteur politique à poigne, que les avocats de la poursuite de l’action militaire en Afghanistan espéraient voir en place avant l’échéance de 2011». Le général Petraeus est, en effet, réputé être proche des républicains et partisan d’une action militaire continue».(1)

Les raisons sont ailleurs

Les taliban ont, de leur côté, annoncé jeudi 24 juin qu’ils étaient indifférents au limogeage du chef des forces internationales en Afghanistan. «On se moque de savoir qui commande, McChrystal ou Petraeus. Notre position est claire. Nous combattrons les envahisseurs jusqu’à leur départ», a ainsi déclaré un porte-parole du commandement. Pour rappel, les tensions entre l’officier et l’Exécutif américain sont apparues au grand jour au moment où les forces internationales sont engagées dans deux offensives cruciales face aux taliban dans le sud de l’Afghanistan, et subissent de lourdes pertes avec 70 soldats tués depuis le début juin. Au total, 290 militaires étrangers sont morts dans le cadre des opérations militaires en Afghanistan depuis le début de l’année. Un chiffre : en mars 2008, après plus de six ans de combat, selon les données de l’Afghanistan Conflict Monitor se référant au total de ceux qui ont péri dans cette guerre, il dépasse les 8000 personnes en 2007. Nous aurions un total estimé entre 20.000 et 25.000 morts entre octobre 2001 et juin 2008.

Est-ce que l’on peut comprendre qu’un général soit remercié pour des propos aussi malveillants quand on sait toute l’importance de la guerre en Afghanistan? Est-ce pour les propos que ce général a tenus à propos de l’intransigeance qui minerait tout effort des solutions au Moyen- Orient et partant, sur le conflit afghan?

Pour Agatha Kovacs, la raison est à chercher dans la débâcle malgré les milliards de dollars gaspillés et dont les Afghans ne voient pas la couleur. Ecoutons-la : «En réalité, écrit Agatha Kovacs, l’éviction du chef militaire en Afghanistan serait due à son incapacité à reconquérir le district Marjah, lors de «l’opération moshtarak» il y a quelques semaines, et plus encore, suite à l’annulation de l’offensive dans la province de Kandahar, fief de la résistance afghane.» Il faudrait néanmoins, être naïf pour voir là la vraie raison de l’éviction du chef militaire de l’Otan en Afghanistan. D’ailleurs, selon le Canard Enchainé, à la direction du renseignement militaire, on affirme d’ailleurs, que l’état-major a reçu l’ordre de Sarkozy de ne pas revendiquer un quelconque partage des responsabilités. (...) Le patron du Pentagone, Roberts Gates, admet implicitement l’existence d’un tel «merdier». Dimanche 20 avril, interrogé par la chaîne Fox N, il a déclaré : «Il est beaucoup trop tôt pour évaluer si la mission en Afghanistan est en train de réussir ou non.»

"Puis il a laissé entendre que l’objectif fixé par Obama - un retrait partiel de l’Afghanistan en juillet 2011 - ne pourra être obtenu. Confirmation quelques heures après l’émission de Fox News : 10 soldats (américains, britanniques et australiens) trouvaient la mort sous les coups de la résistance afghane.(...) L’opération de la reconquête du district de Marjah, menée récemment au sud de l’Afghanistan a été, de l’aveu même du général MacChrystal, un échec. La résistance afghane a regagné la région et n’a pas hésité a exécuter les traitres qui avaient collaboré avec l’ennemi américain. (...) Ce constat a conduit McChrytal à annuler l’offensive qu’il envisageait de mener dans la province de Kandahar, ce qui a contrarié les plans de l’administration américaine, et a finalement décidé, aujourd’hui, le président Obama à limoger McChrystal au bénéfice du général Petraeus. Comme le relève un article de l’hebdomadaire américain Times du 14 juin dernier, les États-Unis ont déjà dépensé 26 milliards de dollars uniquement pour former l’armée afghane du traitre Karazaï. Une «farce» aux frais des contribuables américains. La nomination de Petraeus ne changera rien à la donne, pour les États-Unis et l’Otan, cette guerre est définitivement perdue.» (2)

Naturellement, les morts afghans sont le plus souvent victimes de drones. Ecoutons Sarah Daniel nous décrire la nouvelle guerre à distance expérimentée en Afghanistan. «Des avions sans pilote sillonnent le ciel de l’Irak, de l’Afghanistan et surtout du Pakistan. Commandés à des milliers de kilomètres de distance, ce sont les yeux et les oreilles de l’armée et des services de renseignement américains. Ce sont surtout de nouvelles machines à tuer qui bouleversent l’histoire militaire. Le 5 août 2009, dans la soirée, Baitullah Mehsud, chef des taliban pakistanais et assassin présumé de Benazir Bhutto, prend le frais avec son épouse sur la terrasse de sa maison, dans un village du Sud-Waziristan. L’image capturée par la caméra infrarouge d’un avion sans pilote Predator qui survole la région à plus de 3000 mètres d’altitude montre distinctement le taliban sous perfusion pour soigner son diabète. Quelques secondes plus tard, il ne reste plus de Mehsud que des fragments de torse".

"Deux missiles Hell Fire tirés par un drone téléguidé des Etats-Unis ont eu raison du chef des taliban ainsi que de sa femme, de ses beaux-parents et de sept de ses gardes du corps. Après avoir accompli cette mission au Waziristan, les agents quittent le quartier général de la CIA, à Langley, dans la banlieue de Washington, pour rentrer chez eux. Le seul risque qu’ils ont pris ce jour-là? Rehman Malik, le ministre de l’Intérieur du Pakistan, décrit le bombardement filmé par le drone à une journaliste de l’hebdomadaire américain The New Yorker. «On pensait que les films de James Bond étaient des contes de fées, mais c’est la réalité !», a-t-il expliqué, impressionné par les images de l’attaque." (3)

"Aujourd’hui, il existe plus de 300 types de drones. Du micro-drone, le Nano Flyer, qui ne pèse que quelques grammes, au Global Hawk, de la taille d’un Airbus, l’imagination des fondus de technologie militaire n’a plus de limites. Dans les airs, mais aussi au sol et sous l’eau, ils mettent sans cesse au point de nouveaux outils, qui vont des robots démineurs aux robots brancardiers ou aux transporteurs de bardas, par exemple. Les services secrets américains ne jurent plus que par ces machines bourrées d’électronique, qui peuvent tester les défenses adverses, surveiller les frontières et, le cas échéant, éliminer des ennemis sans mettre en danger la vie des soldats américains. De plus, dans le cas des drones, elles coûtent moins cher que l’aviation classique".

"Les Etats-Unis disposent d’environ 7000 drones. Et, selon le général Norton A. Schwartz, chef d’état-major de l’armée de l’air, pour la première fois de son histoire, en 2010, l’US Air Force va former plus d’opérateurs de drones que de pilotes de chasse. (...) Pour désigner les gens qui se dispersent en courant lorsqu’ils entendent ce bruit lointain de tondeuse à gazon, certains opérateurs de drones les comparent à des «insectes». Un vocable qui illustre assez bien la distance qui s’opère lorsque l’on tue par écran interposé. Dans un rapport d’un cercle de réflexion spécialisé dans le contre-terrorisme, New America Foundation, Peter Bergen et Katherine Tiedemann estiment que les drones frappent un tiers d’innocents, que l’armée américaine appelle des «dommages collatéraux». (...) Un homme a raconté au Guardian de Londres qu’il avait rapporté chez lui un morceau de chair qui était tout ce qui lui restait de son fils.» (3)

Voilà ce à quoi s’exposent au quotidien les taliban victimes pudiquement de «dommages collatéraux». Les Afghans forment une vieille civilisation. Ils sont harassés et fatigués de mourir tous les jours pour un pouvoir aussi pourri que les précédents. Malgré tout, l’armée américaine est enlisée dans le bourbier. Pourquoi les Etats-Unis s’entêtent-ils à exporter une démocratie aéroportée ; est- ce la condition de la femme afghane qui les émeut? L’Afghanistan occupe la 174e place sur 178 sur une liste de l’ONU classant les pays selon leur richesse. Est-ce la réalité? Quel serait en définitive la raison de cette guerre?

Pour Michel Chossudovsky, : "La guerre contre l’Afghanistan est une «guerre de ressources» à but lucratif. Au vu des vastes réserves afghanes de gaz naturel et de pétrole, «la guerre en vaut la peine». Le bombardement et l’invasion de l’Afghanistan en 2001 ont été présentés à l’opinion publique mondiale comme une «guerre juste», une guerre contre les taliban et Al Qaîda, une guerre pour éliminer le «terrorisme islamique» et établir une démocratie à l’occidentale. Les dimensions économiques de la «guerre mondiale au terrorisme» (Gmat) sont rarement mentionnées et la «campagne de contre-terrorisme» post-11 septembre a servi à occulter les objectifs réels de la guerre des États-Unis et de l’Otan".

"Selon un rapport conjoint du Pentagone, de l’US Geological Survey (Usgs) et de l’Usaid, on dit maintenant de l’Afghanistan qu’il possède des réserves minières inexploitées et «jusqu’alors méconnues», estimées péremptoirement à un billion de dollars. (New York Times, U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan - NYTimes.com, 14 juin 2010). Un mémo interne du Pentagone mentionne par exemple, que l’Afghanistan pourrait devenir «l’Arabie Saoudite du lithium», une matière première-clé dans la fabrication de piles pour les ordinateurs portables et les BlackBerrys. «Il existe ici un potentiel sensationnel», a affirmé le général David H. Petraeus, commandant de l’United States Central Command [...] «Il y a beaucoup de «si», bien sûr, mais je crois que cela est potentiellement très important». Est-ce que les découvertes sont récentes?"

Non, répond l’auteur qui poursuit : "(...) Que l’administration états-unienne reconnaisse qu’elle a seulement pris connaissance des vastes richesses minières du pays après la publication du rapport de 2007 de l’Usgs, constitue une esquive flagrante. Les richesses minières et les ressources énergétiques de l’Afghanistan (incluant le gaz naturel) étaient connues à la fois des élites des milieux d’affaires et du gouvernement états-uniens avant la guerre soviéto-afghane (1979-1988). Des études géologiques menées par l’Union soviétique dans les années 1970 et au début des années 1980 confirment l’existence de vastes réserves de cuivre (parmi les plus grandes de l’Eurasie), de fer, de minerai à haute teneur en chrome, d’uranium, de béryl, de baryte, de plomb, de zinc, de fluorine, de bauxite, de lithium, de tantale, d’émeraude, d’or et d’argent (Afghanistan, Mining Annual Review, The Mining Journal, juin, 1984). «Ce n’est pas un secret que l’Afghanistan possède de riches réserves, particulièrement du cuivre au gisement d’Aynak, du minerai de fer à Khojagek, de l’uranium, du minerai polymétallique, du pétrole et du gaz» (RIA Novosti, 6 janvier 2002) : (...)"

"On dit de l’Afghanistan qu’il est un pays de transit pour le pétrole et le gaz. Toutefois, peu de gens savent que les spécialistes soviétiques y ont découvert d’énormes réserves de gaz dans les années 1960 et ont construit le premier gazoduc du pays pour approvisionner l’Ouzbékistan. Alors qu’on a nourri l’opinion publique d’images d’un pays en développement déchiré par la guerre et sans ressources, la réalité est tout autre : l’Afghanistan est un pays riche tel que le confirment les études géologiques de l’ère soviétique." (4)

Partir ou rester?

On comprend mieux la stratégie américaine : terminer la guerre tout en y restant pour exploiter les richesses, quitte à s’entendre avec les taliban, comme l’écrit Ahmed Rashid. Ecoutons-le : "A dix-huit mois du retrait américain, Washington, Islamabad et Kaboul cherchent à entamer des discussions avec les islamistes. Reste à créer les conditions favorables au dialogue. (...) Dernièrement, de hauts responsables de l’armée et des services de renseignements pakistanais ont proposé de servir d’intermédiaires dans les discussions entre les dirigeants taliban, les Américains et Karzaï. «Nous souhaitons que des pourparlers s’engagent dès maintenant - et pas dans dix-huit mois, quand les Américains partiront. Mais ces derniers doivent nous faire confiance et s’en remettre à nous», m’a déclaré un haut gradé pakistanais. (...) Mais parler avec les taliban ne peut pas se résumer à une simple coopération secrète entre services de renseignements ou au fait que la CIA verse des pots-de-vin aux commandants taliban pour qu’ils mettent bas les armes.» (5)

"Cet arrangement a alimenté un vaste racket de protection géré par un réseau opaque de chefs de guerre, de chefs de bande, de responsables afghans corrompus, et peut-être d’autres personnes», déclare le représentant démocrate John Tierney, président de la sous-commission. En sous-traitant à des entreprises privées la protection des convois américains d’armes et de ravitaillement en Afghanistan, le Pentagone finance indirectement les chefs de guerre et peut-être même les taliban, indique une enquête effectuée par une commission du Congrès et présentée par le New York Times"(6)

La guerre en Afghanistan n’est pas une "guerre juste". C’est, à n’en point douter, une guerre atroce pour s’pour accaparer des matières premières. Les dommages en pertes humaines se chiffrent par milliers et ne font plus la différence entre les combattants -appelés dans la doxa occidentale des terroristes, alors que sous d’autres cieux ce sont des patriotes- et la population civile. Tout cela pour le confort de pays occidentaux dont Georges Bush nous disait que "le niveau de vie ne se négocie pas" Ainsi va le monde..

1. Mathilde Gérard : Obama réaffirme son autorité mais ne clarifie pas sa position sur l’Afghanistan. Le Monde.fr 24.06.10

2. Agata Kovacs. Les véritables raisons de l’éviction du général McChrystal par le président Obama 23 juin 2010, Mecanopolis

3. Sarah Daniel : La guerre des drones. Nouvel Obs 27. 05. 2010

4. Michel.Chossudovsky www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19884 24 06 10

5. Ahmed Rashid : L’heure est à la négociation avec les taliban. Courrier internat. 26.01.2010

6. Le Pentagone accusé de financer les chefs de guerre afghans. Le Monde.fr 22.06.10

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