Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 11:26

Une contribution concernant les données archéologiques confrontées à la réalité du message biblique a attiré mon attention. J'ai voulu connaître les fondements de la Bible et du même coup la place de Moïse dans le récit à la fois dans le judaïsme, ce que dit l'archéologie de cette période mais aussi comment le prophète Moïse est perçu dans le Coran.

On sait que l'Histoire des Hébreux nous est essentiellement connue par la Bible. « La Bible est un ensemble d'épopées, de récits mythologiques, de poèmes, de prières formulées par des prophètes ainsi que de textes juridiques. Elle a été rédigée par des érudits ou scribes juifs, principalement entre l'an 500 et l'an 150 avant Jésus-Christ. Ils expliquent que le peuple hébreu a noué une alliance avec un Dieu unique, Yahvé. La plupart des événements que relate la Bible sont censés se dérouler au IIe millénaire avant J.-C. (...). Elle est considérée comme largement mythique mais contient néanmoins quelques informations ethnologiques utiles aux historiens et aux archéologues. (1)

Selon la Genèse (le premier livre de la Bible), Dieu noue avec Abraham une alliance. Il l'engage à quitter sa contrée et à partir vers la terre de Canaan, ainsi nommée d'après Cham, l'un des fils de Noé. Après une longue errance, la petite troupe s'établit enfin dans le pays de Canaan, «où coulent le lait et le miel», sous la conduite d'Isaac et de son fils Jacob. (..) L'Exode, deuxième livre de la Bible, raconte que Joseph, fils de Jacob et petit-fils d'Isaac, devient, du fait de sa grande sagesse, le Premier ministre du Pharaon. Il invite alors ses onze frères et une partie des Hébreux à le rejoindre en Égypte, à la recherche d'un mieux-être. Bientôt victimes de vexations, les Hébreux se libèrent du joug égyptien et reviennent à Canaan, la «Terre promise», sous la conduite du prophète Moïse.» (1)



L'historicité de Moïse

«Moïse lit-on sur Wikipédia est vraisemblablement le personnage le plus important de la Bible hébraïque, recevant la Loi pour le judaïsme, préfigurant Jésus-Christ pour le christianisme et précédant le prophète Mahomet pour l'islam. (...) Il n'existe cependant aucune trace historique de son existence en dehors de la tradition, ce qui en fait une figure mémorielle et non historique le Moïse de la foi étant bien plus connu que le Moïse de l'histoire. En islam, Moïse - sous le nom de Moussa - est le prophète le plus présent dans le Coran, cité à cent trente-six reprises. Il fait partie des «grands prophètes», considéré comme l'un des messagers envoyés par Allah et annonce le prophète Mahomet. (...) Moïse. est le seul des prophètes à avoir entendu directement Dieu lorsqu'il reçoit les tables de la Loi, ce qui lui vaut le titre de kalîm Allah - «interlocuteur de Dieu». Pharaon donne l'ordre à son peuple d'éliminer les nouveau-nés mâles et de ne laisser vivre que les filles. Le frère de Moïse s'appelle Aaron. Après sa naissance, sa mère Yokheved cache l'enfant durant trois mois puis l'abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive (le 6 sivan). La fille du pharaon qui se baignait avec des courtisanes, trouve l'enfant et décide de l'adopter (inspirée dans ce geste par l'ange Gabriel, selon le midrash), bien qu'ayant immédiatement deviné que l'enfant était hébreu.» (2)

Analogie de la naissance de Moïse avec celle du roi Sargon

«D'un point de vue «scientifique», nul universitaire, écrit Thomas Römer, professeur de la chaire «milieux bibliques» au Collège de France ; ne soutient plus l'historicité d'Abraham, et celle de Moïse. Le récit de la naissance de Moïse ressemble de près à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien. Certes, le thème de l'enfant exposé et miraculeusement sauvé est largement répandu dans le folklore (Romulus et Remus, Cyrus, Horus...); néanmoins, c'est le récit de la naissance de Sargon qui se rapproche le plus du récit de la naissance de Moïse. Les deux protagonistes ne connaissent pas leur père; leurs mères respectives les cachent dans un premier temps, pour les confier ensuite au fleuve. Les deux enfants sont placés dans une caisse enduite de bitume; ils sont trouvés et adoptés par leurs bienfaiteurs. Cette adoption légitime la royauté de Sargon et introduit Moïse dans la cour du roi égyptien. La légende de Sargon a été mise par écrit au plus tôt au VIIIe siècle av. J.-C., la première histoire de Moïse ne peut donc être antérieure à cette époque. Les scribes judéens construisent la figure de Moïse à l'image du fondateur mythique de la dynastie assyrienne pour revendiquer la supériorité du dieu qu'il sert.» (3)

«Un méchant roi, une belle princesse, un nouveau-né, un coffre-berceau-corbeille, un fleuve, un abandon: c'est un schéma connu, celui des naissances de Romulus et Remus, d'Apollon, d'Adonis, de Moïse. La source de ces récits se trouve à Babylone, vers - 2450. Un texte mésopotamien raconte la naissance de Sargon Ier, roi de Babylone. D'origine modeste, cet enfant adopté est le fondateur du premier empire de l'Histoire: celui d'Akkad et de Sumer. Comme Moïse, Sargon est jeté au fleuve dans un panier. Sa mère lui donne le jour en secret, le dépose dans une corbeille fermée avec du bitume, l'abandonne sur le cours de l'Euphrate. Akki, un puiseur d'eau, le recueille, l'adopte et fait de lui son jardinier. La puissante déesse Ishtar l'ayant pris sous son aile protectrice, il devient un grand roi. Cette histoire, qui court jusqu'aux confins de l'Inde et du Tibet, a dû inspirer les scribes juifs lors de la rédaction de l'Exode.» (4)

Stéphane Foucart résume le mythe en écrivant: «Une femme craint pour la vie de son enfant. Elle le dépose, dans un panier, sur les eaux du fleuve. La nacelle dérive, l'enfant est recueilli. Bien sûr, son destin est de changer le monde. On connaît l'histoire: c'est celle de Moïse, «sauvé des eaux». Mais ceux qui l'ont écrite se sont inspirés, jusque dans ses détails, de celle de Sargon d'Agadé. Du nom de ce roi qui unifie la Mésopotamie au milieu du IIIe millénaire avant notre ère et fonde, ainsi, le premier empire. Que les compilateurs du récit biblique s'en soient inspirés n'est pas extravagant.» (5)


L'analogie est parfaite et troublante à un détail près, celui du bitume qui est introuvable en Egypte.... «Je suis Sargon, le roi puissant, le roi d'Agadé. Ma mère était une grande prêtresse. Mon père, je ne le connais pas. (...) Ma mère me conçut et me mit au monde en secret. Elle me déposa dans une corbeille de jonc, dont elle ferma l'ouverture avec du bitume.» Le même geste maternel - le calfatage du berceau à l'aide de bitume - est rapporté dans le récit biblique à propos de Moïse, alors que le bitume, matériau typiquement mésopotamien, est presque introuvable en Egypte... «Elle me jeta dans le fleuve sans que j'en puisse sortir, poursuit la légende de Sargon. Le fleuve me porta; il m'emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d'eau. Aqqi, le puiseur d'eau, en plongeant son seau me retira du fleuve. Aqqi, le puiseur d'eau, m'adopta comme son fils et (...) me mit à son métier de jardinier. Alors que j'étais ainsi jardinier, la déesse Ishtar se prit d'amour pour moi et c'est ainsi que pendant cinquante-six ans, j'ai exercé la royauté.» (5)

Qu'en est-il du récit biblique tel que l'Exode, ou les dix plaies de l'Egypte écrit Nicolas Smaghue ? L'archéologue Israël Finkelstein et l'historien archéologue Neil Asher Silberman, ont confronté dans une étude le fait biblique avec la réalité archéologique La Bible dévoilée, leur ouvrage de synthèse présente le résultat de recherches archéologiques permettant, selon les auteurs, d'éclairer les événements rapportés par la Bible. Les travaux eurent lieu entre les années 1970 et les années 2000. Cette période a vu l'abandon de ce qu'on a appelé l'archéologie biblique (entre 1900-1970), au profit d'une démarche sans a priori appuyée par des méthodes de datation de plus en plus précises. Il en a résulté une remise en question de l'historicité d'une grande part des récits bibliques, notamment sur l'origine des anciens Israélites, l'exode et la conquête de Canaan.» (6)

« Le suspense tourne court, poursuit Nicolas Smaghue car très tôt les archéologues affirment que «ce sont des récits qui ont été cousus ensemble à partir des souvenirs, des débris d'anciennes coutumes, de légendes sur la naissance des différents peuples de la région et de préoccupations suscitées par les conflits contemporains» (...) Les épisodes traitent successivement des «Patriarches», de l'«Exode», des «Rois» et du «Livre». La série suit ici l'ordre édifié par les livres de l'Ancien Testament. (..) Très vite, des incohérences historiques apparaissent dans le texte au niveau des datations, notamment et mettent en doute leur existence. Ces anachronismes vont permettre de découvrir les véritables écrivains de ce passage de la Bible. (...) L'histoire de Moïse et de l'Exode du peuple juif vers la Terre de Canaan, que la Bible situe pendant la période du règne de Ramsès II sont de bons exemples. De nombreux écrits égyptiens de l'époque, une seule timide référence à un déplacement massif de population sémite a pu être retrouvée (une stèle commémorant, à la fin du XIII° siècle av. J.C., la victoire du pharaon Merneptah sur le peuple d'Israël). La réalité des événements s'en trouve donc, considérablement affectée. On se demande donc si L'Exode a eu lieu?» (6)

«Pour les archéologues, conclut Nicolas Smaghue , il n'est pas possible qu'une foule d'esclaves hébreux aient pu fuir vers le désert et la mer Rouge, sans rencontrer les troupes égyptiennes ou sans qu'il en reste au moins des traces dans les archives étatiques. L'absence de vestiges archéologiques dans le Sinaï, où les compagnons de Moïse ont, selon la Bible, erré pendant 40 ans est une preuve suffisamment troublante pour douter. Il semble toutefois que la Bible décrive davantage dans cet épisode le VIIe siècle av. J.-C. que l'époque supposée de l'Exode évoquée dans la Bible. Au final, il s'agit de la construction d'une saga nationale mythique à une époque où l'Egypte menace le roi de Juda (VIIe siècle av. J-C).» (6)

Pour Henri Ticq du journal Le Monde, , commentant à son tour l'ouvrage: «La Bible dévoilée» (7): «La migration des patriarches (Abraham, Isaac, Jacob), l'épique sortie d'Egypte où le peuple juif avait été réduit en esclavage et la conquête de Canaan, la terre promise par Dieu, ont-elles réellement existé (...). Ainsi, Zeev Herzog, professeur d'archéologie à l'université de Tel-Aviv, souligne «qu'aucune démarche scientifique ne prouve la réalité de cette sortie d'Egypte, des grandes années d'errance dans le désert et de la conquête de la Terre promise». (8)

«Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, poursuit Henri Tincq , n'ont en effet aucun doute sur l'inauthenticité des grands récits fondateurs. Pour eux, la Bible est une géniale reconstruction, littéraire et politique, de toute l'histoire du peuple juif, qui correspond à l'émergence du royaume de Juda (royaume israélite du Sud) comme puissance régionale au VIIe siècle avant Jésus-Christ. Une époque où le royaume d'Israël (royaume israélite du Nord), autrefois plus prestigieux que Juda, passe sous la coupe de l'Assyrie voisine et où l'empire assyrien amorce son déclin. Autrement dit, la grande saga des patriarches, d'Abraham aux fils de Jacob, n'a aucun fondement historique, assurent Finkelstein et Silberman. Les noms de personnages et de lieux cités n'ont aucune «preuve» archéologique. Le récit des patriarches n'est qu'une sorte de «préhistoire pieuse» du peuple juif, écrite au VIIe siècle avant J.-C. par des auteurs pour servir l'ambition territoriale du royaume de Juda.» (8)

«Le récit de la sortie d'Egypte est tout aussi fictif. Compte tenu du rapport des forces à l'époque présumée de l'événement (XIIIe siècle avant Jésus-Christ), il est impossible d'imaginer la fuite hors d'Egypte de 600.000 esclaves hébreux qui auraient franchi des frontières alors puissamment gardées, et traversé le désert jusqu'à Canaan malgré la présence des troupes égyptiennes. Toutes les explorations archéologiques le prouvent, y compris dans la région la plus proche du mont Sinaï, lieu supposé de la révélation de Dieu à Moïse et des Dix Commandements.» (8)

La Bible compile ainsi des traditions diverses et originelles, raconte dans l'Exode, par exemple, les épisodes de la lutte séculaire avec l'Egypte des pharaons, vaincue par le pouvoir du dieu d'Israël et le statut miraculeux de son peuple. La grande saga biblique sert ainsi la vision militaro-religieuse du roi de Juda et entre en résonance avec les lecteurs du VIIe siècle avant Jésus Christ , rappelle leurs souffrances et les comble d'espoir pour le futur.



L'armée égyptienne de l'exode biblique Une confirmation de l'Exode

Roger Vetillard rapporte une curieuse découverte qui conforterait le récit de l'Exode: «Des archéologues égyptiens annoncent qu'ils ont découvert des restes qui pourraient être ceux de l'Armée égyptienne de l'exode biblique. Le ministère égyptien des Antiquités égyptiennes a annoncé en octobre dernier qu'une équipe d'archéologues sous-marins aurait découvert ce qu'il reste d'une armée égyptienne du XIVe siècle avant J.-C., au fond du golfe de Suez, à 1,5 km au large de Ras Gharib. L'équipe est tombée sur une masse gigantesque d'ossements humains noircis par l'âge. L'équipe du professeur Abdel Muhammad Gader, a d'ores et déjà récupéré plus de 400 squelettes différents, ainsi que des centaines d'armes et pièces d'armure, et les restes de deux chars de guerre, sur une surface d'environ 200 m². Ils estiment que plus de 5000 autres pièces paraissent être dispersées sur une zone plus large, ce qui suggère qu'une armée de grande taille a péri sur ce site. (9)

« De nombreux indices sur le site ont permis au professeur Gader et à son équipe, de conclure que ces éléments pourraient être liés au célèbre épisode de la sortie des juifs hors d'Egypte sous la conduite de Moïse et d'Aaron. Toutefois, les soldats paraissent être morts sur un sol sec, car aucune trace de bateaux ou navires n'a été trouvée dans la région. Cette découverte étonnante apporte la preuve, qu'un récit célèbre de l'Ancien Testament pourrait avoir une base historique ». (9)

Que faut, il en conclure? En dehors du fait religieux, la science archéologique n'a aucune certitude pour le moment, il y a des faits à confirmer ou infirmer. La croyance ou la non-croyance ne rentre pas en jeu quand il s'agit de foi. Cependant la science ne chasse pas la foi car L'astrophysicien Hubert Reeves souligne que même si « on a longtemps pensé que la science allait chasser la fonction religieuse, c'était une erreur. »

Science et religion n'abordent pas les mêmes questions : La science décrit les phénomènes, les mécanismes, les principes auxquels nous sommes soumis, en un mot le « comment » de l'existence. L’académicien Pierre Karli ajoute à juste titre que la science ne s’occupe aps de nos états d’âme : « notre soif de signification et d'espérance n'est pas prise en compte par la science car on ne sait pas l'introduire dans les équations ! ». La foi s'intéresse aux questions existentielles concernant le sens de la vie, la présence de l'au-delà, l'existence de Dieu, la relation des Hommes avec Lui, et s'oriente donc sur le « pourquoi » de l'existence. Cela rappelle le fameux procès de Galilée ou son avocat s’adressant aux inquisiteurs leur déclare : « Galilée ne vous pas comment on va au ciel, mais comment est le ciel »



1. http://www.herodote.net/1800_avant_JCa_nos_jours-synthese-267.php%20-%20Bible

2. Moïse: Encyclopédie Libre Wikipédia

3., http://charismata.free.fr/?p=1878 Le Monde de la Bible n° 196, mars 2011.

4. http://www.historia.fr/mensuel/817/sargon-ier-lautre-roi-sauve-des-eaux-18-12-2014-134289


5.Stéphane Foucart http://www.lemonde.fr/ete-2007/article/2007/08/14/sargon-l-ambitieux_944372_781732.html#0kBYrCrqSzJV4gvy.99


6. Nicolas Smaghue vendredi 27 juillet 2007 : http://clio-cr.clionautes.org/la-bible-devoilee-les-revelations-de-l-archeologie-editions.html#.VQRaeY7z12E


7. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman. La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, Traduit de l'anglais par Patrice Ghirardi. Bayard Editions.


8 Henri Tincq http://www.lemonde.fr/ vous/article/2002/06/06/deux-archeologues-contestent-la-realite-historique-de-la-bible_279000_3238.html#smL5u4OEfq0A6t5I.99


9. Roger Vetillard 12/12/ 2014 http://www.metamag.fr/metamag-2521-L-ARM%C3%89E-%C3%89GYPTIENNE-DE-L-EXODE-BIBLIQUE.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/212689-quand-la-science-ebranle-la-foi.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Repost 0
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 14:34

«Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.» Guillaume d'Orange

Une grève des enseignants encore une pourrait-on tellement ce genre de sport national est rentré dans les mœurs. On dit que pour avoir une école performante il faut y mettre le prix! C’est en partie vrai , cependant force est de constater que l’optimum n’est pas recherché ce qui amène chaque année à la construction de milliers de classes de centaines de CEM de dizaines de lycées , véritable tonneau des Danaïdes avec une population galopante des moyens d plus en plus limités et un budget principalement dédié à la masse salariale . Le manque d’imagination est que nous courons en début de chaque année après les places pédagogiques ignorant superbement l’acte pédagogique. Des solutions existent pour optimiser les moyens notamment avec la double vacation mais le plus grand effort est celui de l’élévation du niveau de l’éducation.

De ce fait du faible niveau et de sa place marginale dans l’échelle des valeurs actuelles , où le paraitre est plus payant que l’être , ou l’avoir est plus payant que le savoir on comprend pourquoi l'école ne fasse plus rêver et que l’ascenseur social soit en panne. Beaucoup de parents d'élèves cherchent des stratégies d'évitement, certains se saignent aux quatre veines pour payer des heures d'enseignement, d'autres se détournent carrément de l'école et investissent les clubs de foot pour y inscrire leurs enfants. Il est vrai que l'inversion des valeurs en Algérie fait que des bacs -5 peuvent se retrouver avec des salaires mensuels équivalents à ceux d'un enseignant pendant plusieurs années. C'est d'ailleurs, une règle générale, tout est bon à prendre. et pour cause.

Naturellement, à l'aune de ces exemples qui malheureusement servent de repères à la jeunesse, les doléances des enseignants sont des broutilles et travailler dans l'informel des heures supplémentaires en monnayant les notes peut paraître anodin. Il n'empêche que ce sont les formateurs des générations futures et, du point de vue de l'éthique, ils sont condamnables. En Algérie, les écoles privées de la capitale croulent, dit-on, sous la demande de nantis nationaux qui peuvent payer de 850.000 DA à 270.000 DA par an pour assurer un avenir meilleur à leur progéniture. A qui donc la faute?


La lente descente aux enfers du système éducatif

Le système éducatif algérien ne s'est pas écroulé d'un coup, c'est un long délitement qui a commencé avec l'école fondamentale, mais qui s'est accéléré pendant la décennie noire pour arriver à l'état lamentable où nous sommes: à peine 30% d'une classe d'âge arrivent à décrocher le baccalauréat qui lui-même a été démonétisé. De plus, cette descente aux enfers a été accélérée par la disparition progressive des baccalauréats mathématiques et mathématiques techniques, qui fait que nous avons un «ventre mou» qui ne correspond à pas grand-chose en termes de compétence et une hypertrophie des baccalauréats de lettres et sciences «douces» -pour ne pas dire sans que cela ne soit un gros mot ; sciences molles- qui ne mènent pas loin.

Ajouter à cela le recul de l'Etat pendant près de vingt ans devant des revendications abscons telles que la ‘atba, le seuil minimal c'est-à-dire que l'épreuve du baccalauréat est indexée non pas sur le programme mais sur la performance la plus faible des lycées. Résultat des courses: nous recevons à l'université des étudiants «non structurés» qui ne maîtrisent rien et qui ont été formatés à ânonner plutôt qu'à réfléchir. Pour couronner l'état de déliquescence actuel, les jurys du baccalauréat sont indépendants du supérieur il fut une époque où c'était l'enseignement supérieur qui désignait les présidents de jurys parmi les enseignants du supérieur qui avaient de l'expérience ou on parlait d'agrégation; où en sommes-nous maintenant?

L'éducation se porte mal et les grèves n'arrangent rien. Il est d'ailleurs incompréhensible que les syndicats ne s'intéressent pas de façon assidue à l'acte pédagogique, le dernier rapport sévère de l'Unesco est un avertissement et devrait nous interpeller. De ce fait, être contre une charte des droits et devoirs des acteurs de la communauté de l'éducation est incompréhensible. La compétence est individuelle et l'avancement devrait avoir lieu principalement au mérite. Les syndicats qui segmentent les trois paliers - chacun ayant ses ouailles - sont d'accord sur une chose entre eux. Ils demandent des promotions de douf'a, ( mot voulant dire contingent, fournée, cohorte) bref pas d’individualité à évaluer c'est l'ancienneté qui prime , avec le bon et le mauvais. C'est très porteur comme électorat mais cela ne règle pas le problème de l’éducation

De mon point de vue cette posture militante un scandale! Car au lieu d’élever le niveau on lamine par le bas Au lieu d'aller vers l'agrégation, on lamine les compétences. A tort les enseignants syndicalistes pensent que c'est la loi du nombre qui amènera des acquis.

Supposons que la tutelle lâche, la grève s'arrête; des milliers d'enseignants passeront à travers les mailles du filet sans qu'ils n'aient été évalués sur leur savoir. Le résultat nous le verrons dans quelques années avec un niveau de plus en plus bas et une fois de plus, l'Unesco nous admonestera... Il est nécessaire que les syndicats sachent qu'il ne faut pas brader le niveau. On s'étonne ensuite qu'elle soit désertée pour des horizons meilleurs. L'école, cela devrait être ce que nous avons de plus précieux. Quelles que soient les chapelles politiques.


Les dérives les plus criardes

L’un des points d’achoppement est une retraite après 25 ans d’enseignement. Outre le fat qu’à ma connaissance aucun pays du monde ne verse dans cette gabegie, il n’y a aucun argument en faveur de cette utopie. Sont ce des mineurs ? sont ce des besogneux où la pénibilité se voit chaque jour dans l’acte de travail ? Non ! Pourquoi une retraite après 25 ans ? On peut comprendre que ce n’est pas la fatigue mais un autre métier plus lucratif Certains enseignants demandent une retraite anticipée. . Ainsi, 45 ans, au moment où l'enseignant est dans la force de l'âge avec un capital de savoir et de savoir faire, il s'en va. Tout simplement parce qu'il a un autre centre d'intérêt qui est de monnayer son savoir. Les cours supplémentaires sont plus lucratifs. Il semble que les grévistes sont en majorité des professeurs de mathématiques, physique, philosophie, français; il est plus que jamais nécessaire que l'éthique s'installe.



L'école informelle et le chantage au baccalauréat

La plaie constituée par l'informel des cours nous interpelle tous. Certains enseignants du secondaire font dans l'informel, ils activent sans scrupules (parce que dispenser des cours chez soi, dans des conditions pédagogiques souvent déplorables, et ne pas payer l'impôt y afférent, relève de l'informel et leur confère une image exécrable). Les chasseurs de prime immoraux qui ne savent pas ce que c'est que l'éthique d'une vie au service de la société sont à l'image de ce couple cité par monsieur Tessa qui n'est pas le seul. En effet ils sont nombreux dans le secondaire qui profitent de la détresse des parents et en plus qui trichent en se donnant un vernis d'excellence en n'acceptant dans leurs cours que ceux qui ont des moyennes 14+ qui, naturellement, réussiront au bac dans tous les cas.

D'une façon pertinente Ahmed Farrah décortique la mécanique du chantage à la grève et le corollaire du soi-disant rattrapage reprenant les dires d'un inspecteur général de l'éducation il écrit: «Le mobile de toutes ces grèves paraît opaque (...) L'école publique est, aujourd'hui malmenée, en dépit du règlement des revendications salariales des enseignants; le retour de la contestation est un prétexte pour la déstabiliser davantage. Entre-temps, des dizaines de milliers d'heures de cours sont perdues et impossibles à rattraper. En démocratie, les jours de grève ne sont pas payés, en Algérie on les rattrape mais virtuellement, et tout le monde est content, sauf les dindons de la farce que sont les élèves qui préparent le baccalauréat. Cette situation a créé une attitude dangereuse dans le comportement des élèves candidats au baccalauréat qui désertent les classes et vident les lycées, pour se consacrer à leur examen hors des établissements scolaires. Ces conditions favorisent la sélection des élèves par l'argent, les parents qui le peuvent, faisant de plus en plus appel à des cours privés fort onéreux. Cet état de fait s'est manifesté il y a une dizaine d'années déjà, par la généralisation des cours privés dans des locaux bondés, souvent des garages pour voitures, insalubres, pas chauffés, situés dans des quartiers populeux, dangereux la nuit, quant aux cours particuliers à domicile, ils ne sont accessibles qu'aux plus aisés.» (1)

Pour Rachid Brahimi faisant le même constat de dérive de l'éthique: «Non, nous ne pouvons pas éradiquer ces cours, car ils obéissent à la loi de l'offre et de la demande, celle-ci émanant de l'élève ou (et) de ses parents. Et si des enseignants sont mercantiles, il ne faut pas oublier que les avides d'un gain plus important, plus rapide et moins fatigant, sont légion au niveau d'autres secteurs d'activité. Cependant, il est tout à fait scandaleux que des élèves soient soumis au chantage de leurs enseignants qui les obligent insidieusement à prendre des cours payants et gratifiés par un gonflement de notes. Dans ce cas de figure, puisque l'élève et l'enseignant fréquentent le même établissement, une forte implication des associations parentales pourrait remédier à ce racolage.» (2)

Pourquoi une charte de l’éthique ?

Dans ces conditions et plus que jamais il nous faut moraliser les comportements et sanctionner les dérives. Dans ce dossier, comme dans celui de l’amélioration de la pédagogie les syndicats sont aphones. Ce ne sont pas des fonds de commerce , car il risquent de ne pas être suivis par la base….

Plus que jamais nous devons codifier les droits et les devoirs des acteurs de la famille universitaire. Une charte est l'aboutissement d'une codification d'un vivre-ensemble au sein de la famille de l'éducation. Les différents acteurs ont en commun l'amour de l'école et concourent chacun à son niveau à l'élévation du niveau de l'éducation dans une atmosphère d'harmonie. Chacun des acteurs, enseignants, élèves, parents d'élèves, administration des moyens, doit s'y retrouver sans qu'il y ait une interférence dans les prérogatives. A titre d'exemple, l'administration des établissements devrait avoir un strict rôle de stratège en termes de recherche d'harmonie et d'intendance - aussi respectueux soit-il - et de mise à disposition des moyens. Elle doit s'interdire toute interférence dans le pédagogique.

On l'aura compris, il ne devrait pas y avoir de place pour les «petits arrangements» pour plaire à la tutelle, aux parents, aux autorités du coin... Seul le savoir doit émerger. En fait, tout tourne autour de la compétence et l'abnégation de l'éducateur; on ne devient pas enseignant par accident mais surtout par vocation. Dans ces conditions il existe un fil rouge en chacun de nous qui est celui de l'éthique qui fait que nous ne devons pas tricher ni dans nos enseignements en réchauffant au fil des ans le même enseignement sans réel apport nouveau, ni dans nos façons de noter, de nous présenter devant les élèves qui -il faut bien le dire- d'une façon ou d'une autre sont formatés par l'image que nous leur donnons.

Les syndicalistes qui ne veulent pas entendre parler de la charte devraient s'interroger sur leur rôle premier. Est-ce seulement de revendiquer des logements, et de l'avancement sans effort? Certes je suis de ceux qui se battront pour la dignité de l'enseignant qui devrait être à l'abri du besoin, mais le rôle du syndicat - en principe ce sont des enseignants, même s'ils ont largué les amarres, ils ne devraient pas avoir un comportement de grévistes classiques en ce sens qu'ils ont entre les mains une denrée malléable fragile et difficile à remobiliser une fois démobilisée, l'enfant. Il est vrai qu'il faille faire preuve de pédagogie trouver les dénominateurs communs autour de l'épanouissement de l'élève, à prendre à témoin les parents d'élèves et en définitive mettre en accusation, le mot n'est pas assez fort, ces enseignants qui sont rentrés dans l'éducation sans sacerdoce et, pourrait-on dire pour certains d'entre eux- heureusement le petit nombre- par effraction. La charte permet de clarifier les droits de chacun - ce sont plus que des devoirs -ce sont des responsabilités tant il est vrai que d'eux - les gardiens du temple- dépendra l'avenir du pays.


L'Ecole finlandaise et l'Ecole algérienne: deux visions du monde

Ou en sommes nous dans l’échelle des valeurs et de la pertinence du système éducatif algérien ? Pour le savoir lisons cette contribution de Samir Fraga à propos du système éducatif finlandais classé premier à l’échelle européenne ; Il écrit : « La grande loi sur l'école est votée en 1968. Elle prévoit l'unification de la scolarité obligatoire dans le service public et une formation beaucoup plus approfondie pour les enseignants. Le financement des écoles est du ressort des municipalités, ainsi tout est pris en charge, le soutien scolaire, le transport, la cantine, les dépenses de santé et toutes les fournitures scolaires durant l'école fondamentale qui dure de 7 ans jusqu'à l'âge de 16 ans. Les classes sont équipées de TV, lecteur DVD, ordinateur, rétroprojecteur (utilisé aussi par les élèves pour valoriser leur travail). Il existe aussi des salles conçues spécialement pour accueillir les élèves et leurs parents. Le modèle est basé sur une grande valorisation des professeurs, sélectionnés pour leurs qualités pédagogiques, lors d'un concours très strict, et laissés libres, une fois devant leur classe, de développer leurs propres méthodes éducatives. Les Finlandais, fiers de leur système scolaire, remarquent d'ailleurs qu'il est aussi difficile pour un candidat d'être admis en maîtrise de pédagogie que de devenir médecin. Seul un candidat à l'enseignement sur dix parvient à son but.» (3)

«Le métier d'enseignant poursuit Samir Fraga requiert cinq années d'études universitaires, dont une bonne partie (minimum un an) est consacrée à la pédagogie. Les salaires sont dans la moyenne occidentale, nettement plus élevés que les salaires français. Avec 20 élèves par enseignant, l'école finlandaise a l'un des meilleurs encadrements en Europe. On attend beaucoup de l'enseignant, «chaque élève compte», l'enseignant finlandais n'est pas le maître autoritaire qui donne un savoir magistral mais un éducateur professionnel qui est en communication profonde avec chaque élève.» (3)

Qu'en est-il de l'Algérie? Sur les 144 pays étudiés par le Forum économique mondial, le système éducatif algérien est classé à la 131e place (Mali 118e), on conserve la même place, dans la qualité du management des écoles (France 8e, Maroc 47e), dans l'enseignement primaire, l'Algérie est classée 129e (Maroc 108e) et dans l'accès à Internet en 132e place (Ethiopie 119e) dans le taux de scolarisation au cycle primaire, l'Algérie est à la 49ème place, quant à la formation du personnel on est à la 142e place (Mauritanie 141ème).

Si par essence je suis solidaire avec les enseignants, notamment sur l'injustice des classes surchargées par rapport aux classes qui ne le sont pas, en leur âme et conscience combien préparent leurs cours au-delà des deux ou trois premières années? Combien se documentent d'une façon régulière? Combien passent six heures par semaine dans les corrections en dehors des compositions? Justement, une charte de l'éthique pour laquelle il faut sincèrement remercier la ministre de l'Education en l'encourageant à ouvrir ce chantier est là pour moraliser la pratique de l'enseignement et séparer le bon grain de l'ivraie.

Pour l'histoire, une charte de l'éthique a été confectionnée dans le supérieur et pour y avoir avec d'autres collègues investi une expérience de plus de trente ans, nous ne comprenons pas que l'enseignement supérieur ne la mette pas en oeuvre! On s'étonne ensuite du malaise structurel actuel et des graves dérives éthiques. Mais ceci est une autre histoire.

Nous récoltons dès à présent les fruits de trente ans d'errance qui nous ont conduits de l'école fondamentale aux réformettes des vingt dernières années que pourtant nous avions tenté de corriger lors du débat sur l'Ecole au début de l'an 2000.

Les syndicalistes ne devraient pas oublier qu'ils sont avant tout des enseignants qui doivent donner l'exemple dans leur enseignement mais aussi pour militer pour une école de la réussite qui ne laisse personne sur le bord de la route. Il est éminemment important pour des syndicats de s'inquiéter de la déliquescence de l'acte pédagogique, du tsunami dans les têtes de nos enfants confrontés aux perturbations des grèves. Au Japon, le gréviste met un brassard mais continue son travail. Si le droit de grève est permis encore faut-il raison garder et ne pas le brandir comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête des enfants et des parents! Rien ne peut se faire sans un consensus social sur l'école. L'insuffisance de débats de fond fait que personne ne se sent concerné par l'école. Il est de mon point de vue un deal qui transcende les divergences des uns et des autres. L’Ecole ne doit pas servir de caisse de résonance des convulsions sociales

L’Ecole devrait être ce que nous voulons faire de mieux pour ce pays dans un contexte mondial de plus en plus chaotique. Nous devons cesser d'être dans la dictature de l'urgence. Pour des problèmes de fond et de consensus, c'est l'avenir des jeunes que nous devons avoir en tête. L'avenir se construit ici et maintenant prenons le dur chemin de la science, du savoir, de la sueur. Ce serait dramatique de ne pas tirer toutes les conséquences car ce semblant de victoire à la Pyrrhus consacre de fait la défaite de la pensée.

1. Ahmed Farrah http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5210581

2. Rachid Brahmi http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5210583

3. Samir Fraga http://www.lequotidien-oran.com/?archive_date=2014-12-01&news=5206572

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/212419-la-defaite-de-la-pensee.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans Algérie
commenter cet article
8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 12:38

«Refuser de faire la paix avec des gens avec lesquels on est en guerre, cela signifie continuer de faire la guerre».

Jérôme Lambert, député socialiste français

La guerre imposée au peuple syrien dure depuis près de quatre ans. Un organe autoproclamé comme indépendant, à partir de Londres compte les morts et les évalue à 200.000 morts qu'il impute naturellement au gouvernement légitime syrien. Les oppositions off-shore pour reprendre la judicieuse expression de René Naba, ont fait long feu, de Burhan Ghalioun universitaire français et à l'occasion à Madame Kodmani fille d'une dignitaire du régime (son père était ambassadeur en France), l'opposition au fil des ans s'est effilochée. Bachar tient toujours malgré toutes les coalitions, il s'est même permis le luxe d'être réélu pour un nouveau mandat. On a même accusé Assad de gazer son peuple et l'histoire retiendra qu'il n'en est rien; la ligne rouge a pourtant été franchie selon les critères américains, mais Obama a décidé de ne pas bombarder Damas, il sera suivi par la Grande-Bretagne qui, du fait d'un vote aux communes négatif, s'est retirée de la coalition. Le feuilleton gazage s'est arrêté avec le veto russe et sa proposition de détruire le stock d'armes chimiques. Ce qui fut fait. Reste la France et son obsession de punir Assad


Hollande voulait «punir» Assad

De fait, la rhétorique guerrière de Hollande fait appel au bien et au mal. Hollande se voit défendre la veuve et l'orphelin syriens . Faut-il «punir» Bachar al-Assad? écrit le philosophe Philippe-Joseph Salazar. Pour justifier une potentielle attaque en Syrie, François Hollande l'affirme: si le régime syrien a utilisé l'arme chimique contre sa population, il faut le corriger. Légitime-t-on une guerre par le châtiment? «La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents», disait François Hollande il y a quelques jours. (...) «Punition», «châtiment», ces mots ont été bannis de tout discours politique depuis des années. (...) Sans compter que se réactive un argumentaire néocolonialiste et impérialiste: nous, grande civilisation occidentale, sommes dépositaires des vrais principes moraux... Nous voilà revenus au XIXe siècle. Au nom de la démocratie, on envoie les canonnières.(...) Nous sommes au-dessus de la Charte. Nous sommes le bien absolu. On retrouve la rhétorique de la «mission civilisatrice», mais sous une forme inattendue (...) (1).


On se souviendra que Hollande n'a pas puni Assad du fait que Obama ne l'a pas accompagné. Lâché à la fois par Hollande et par Cameron Hollande ne voulait prendre de risques inutiles

La situation présente: Où en est-on actuellement?

Le conflit aurait pu encore durer sur une ancienne cinétique celle de l’impasse Souvenons nous : Aucune des conférences (Génève I et II), malgré tout le savoir du diplomate algérien Lakhdar Brahimi envoyé spécial à la fois des Nations Unies et de la Ligue Arabe , n’a pu aboutir à la résolution de la crise syrienne crée par l’Occident de toute pièce par un Occident sûr de lui et dominateur qui pensait la régler à la libyenne. Ce ne fut pas une promenade de santé et le peuple syrien est en train de payer pour un conflit qui le dépasse .

Cependant depuis juin 2014, la donne a changé. Il est vrai que les médias aux ordres n'ont pas cessé et continuent de diaboliser Assad. Cette contribution de Kristien Pietr, permet de décrire la situation après l'avènement d'un nouveau venu, Daesh, qui a changé totalement le paysage politique au Proche-Orient. Nous lisons: «Dans la foulée du «printemps arabe», certains esprits ont désigné le président syrien Bachar al-Assad comme le Satan des temps modernes - «un individu qui ne mérite pas de vivre» selon Laurent Fabius... Quel est donc le crime commis par le président syrien pour déclencher une telle haine? Posséder la 3e armée mondiale, à l'exemple de Saddam Hussein? Rien de tout cela! Comme dans chaque État souverain, le dirigeant syrien a dû réprimer les émeutes, mater les affrontements interreligieux et les rebelles armés.» (2)

«Une coalition hétéroclite s'est formée contre le pouvoir syrien, soutenue par les rois du pétrole et dirigée depuis Londres. Des milliers de «conseillers» militaires étrangers entraînent les volontaires en Turquie, en Jordanie, en Irak et, sur le terrain opérationnel, en Syrie. Face à cette coalition contre nature, le président syrien ne peut compter que sur le soutien de la Russie et de l'Iran (présent depuis fort longtemps dans le sud-est de l'Irak)»(2).
«Malgré ces aides occidentales, complétées par des brigadistes recrutés en Europe, mais surtout de katibas arrivant de toute la planète, Damas ne cède pas et, bien au contraire, reprend des positions stratégiques. Après des années de guerre, ces «gentils rebelles djihadistes» deviennent subitement infréquentables! Comprenne qui pourra... Dès la prise de Mossoul par les salafistes, la communauté internationale opère un revirement à 180°. À cette occasion, les djihadistes ont mis la main sur les arsenaux de 4 divisions de l'armée irakienne (formées et équipées par les USA) et aussi sur un trésor de guerre de 425 millions de dollars en dépôt à la banque centrale de la ville. Le sigle arabe de Daesh - «ad-dawla al islamiyya fi-l Iraq wa-scham» - remonte à sa création en 2006, quand Al Qaîda en Irak forme, avec cinq autres groupes djihadistes, le conseil consultatif des moudjahidines en Irak. (...) »(2)

« Il est surprenant de constater que c'est l'armée de Bachar al-Assad qui livre maintenant des armes aux Kurdes assiégés à Kobané, alors que la Turquie assiste tranquillement à leur massacre.» En outre, il faut aussi noter que toute tentative de regroupement ou de création de républiques nationalistes arabes, qui aurait pu s'inspirer de la doctrine et de l'idéologie de Michel Aflak, a été sabotée par les USA et la CIA, à commencer par la destitution de Mossadegh en 1953. (...) Il est grand temps de stopper les élucubrations des dirigeants américains. Oui, après le soldat Ryan, il faut sauver le président Bachar!» (2)


La décantation : Un nouveau Proche-Orient avec Assad ?

Les ennemis d'hier sont les alliés d'aujourd'hui. Pour Thiery Meyssan fondateur du site Voltaire.org du fait de l'évolution rapide de la situation au Proche-Orient, Barack Obama étudie de nouvelles options: «depuis plusieurs mois écrit-il, Barack Obama tente de modifier la politique états-unienne au Proche-Orient de manière à éliminer l'Émirat islamique avec l'aide de la Syrie. Mais il ne le peut pas, d'une part, parce qu'il n'a cessé de dire des années durant que le président el-Assad devait partir, et d'autre part, parce que ses alliés régionaux soutiennent l'Émirat islamique contre la Syrie. Pourtant, les choses évoluent lentement de sorte qu'il devrait y parvenir bientôt. Ainsi, il semble que tous les États qui soutenaient l'Émirat islamique ont cessé de le faire, ouvrant la voie à une redistribution des cartes.»(3)
Thierry Meyssan pense que tout est lié à l'accord Etats-Unis-Iran, qui permettrait à Barack Obama d'avoir les mains libres, notamment vis-à-vis d'Israël surtout s'il y a une nouvelle équipe élue en Israël à partir du 17 mars «Le monde attend écrit-il, la conclusion d'un accord global entre Washington et Téhéran (...) Il porterait sur la protection d'Israël en échange de la reconnaissance de l'influence iranienne au Proche-Orient et en Afrique. Cependant, il ne devrait intervenir qu'après les élections législatives israéliennes du 17 mars 2015 (...) Dans ce contexte, les élites états-uniennes tentent de s'accorder sur leur politique future, tandis que les alliés européens des États-Unis se préparent à s'aligner sur ce que sera la nouvelle politique US.»(3)

Plusieurs scénarii sont sur la table poursuit Thierry Meyssan, le plus probable serait de reprendre langue avec Bachar Al Assad pour détruire Daesh. Il écrit: «La recherche du consensus aux États-Unis. Après deux années de politique incohérente, Washington tente d'élaborer un consensus sur ce que devrait être sa politique au «Proche-Orient élargi». Le 10 février, le National Security Network (NSN), un think tank bipartisan qui tente de vulgariser la géopolitique aux États-Unis, publiait un rapport sur les options possibles face à l'Émirat islamique. Il passait en revue une quarantaine d'opinions d'experts et concluait à la nécessité d'«endiguer, puis de détruire» l'Émirat islamique en s'appuyant d'abord, sur l'Irak, puis sur la Syrie de Bachar el-Assad».(3)

«Durant les derniers mois, plusieurs facteurs poursuit-il, ont évolué sur le terrain. L'«opposition modérée» syrienne a totalement disparu. Elle a été absorbée par Daesh. Au point que les États-Unis ne parviennent pas à trouver les combattants qu'ils pourraient former pour construire une «nouvelle Syrie». (...) Israël a cessé le 28 janvier 2015 (riposte du Hezbollah à l'assassinat de plusieurs de ses leaders en Syrie) son soutien aux organisations jihadistes en Syrie. Durant trois et demi, Tel-Aviv leur fournissait des armes, soignait leurs blessés dans ses hôpitaux militaires, appuyait leurs opérations avec son aviation (..) Le nouveau roi d'Arabie saoudite, Salmane, a renvoyé le prince Bandar, le 30 janvier 2015, et interdit à quiconque de soutenir l'Émirat islamique. (;;)Identiquement, la Turquie semble avoir également cessé de soutenir les jihadistes depuis le 6 février et la démission du chef du MIT, ses Services secrets, Hakan Fidan.»(3)

Thierry Meyssan décrit six options, l'une d'elle serait: «Affaiblir, puis détruire l'Émirat islamique, en coordonnant des bombardements états-uniens avec les seules forces capables de le vaincre au sol: les armées syrienne et irakienne. C'est la position la plus intéressante parce qu'elle peut être soutenue à la fois par l'Iran et par la Russie. (...) Ces éléments permettent aisément de prévoir l'avenir: dans quelques mois, peut-être même dès la fin mars, Washington et Téhéran parviendront à un accord global. Les États-Unis renoueront le contact avec la Syrie, suivis de près par les États européens, France comprise. On découvrira que le président el-Assad n'est ni un dictateur, ni un tortionnaire. Dès lors, la guerre contre la Syrie touchera à sa fin, tandis que les principales forces jihadistes seront élimées par une véritable coalition internationale» (3)


La visite de quatre élus français à Damas à l'insu du plein gré de l’Elysée…

Pour ne pas être en reste, le gouvernement français tente de prendre le train en marche. Il envoie au feu...des critiques quatre parlementaires, qui font -consentant- le chemin de Damas pour reprendre langue avec Assad. Ils le font certainement pas pour plaire à Assad, mais de deux maux il faut choisir le moindre; La peur inspirée par Daesh impose cela. Ainsi, quatre sénateurs et députés français ont défié la diplomatie française en se rendant à Damas et en rencontrant Bachar Al Assad. Le Lundi 23 février deux députés, Gérard Bapt (PS, Haute-Garonne) et Jacques Myard (UMP, Yvelines) sont à Beyrouth. Deux sénateurs, Jean-Pierre Vial (UMP, Savoie) et François Zocchetto (UC, Mayenne) sont déjà à Damas. Ces quatre parlementaires appartiennent aux groupes d'amitiés franco-syriennes à l'Assemblée nationale et au Sénat. C'est la première visite d'élus français à Damas depuis le début de la guerre en Syrie en 2011. Elle a lieu à titre privé, insistent-ils. (...)» (4)

«L'homme-orchestre du voyage est Jérôme Toussaint. Il explique que ce voyage se justifie tant sur le plan humanitaire qu'en raison de la présence des chrétiens d'Orient en Syrie et du maintien à Damas du lycée français Charles-de-Gaulle. De plus, les attentats de janvier en France prouvent la nécessité de rouvrir le dialogue sécuritaire avec Damas pour combattre les réseaux djihadistes. (...) Dans les faubourgs de la capitale syrienne, la circulation est dense, la ville est grise, les visages marqués par la fatigue et quatre ans de guerre. La délégation est invitée à la résidence du mufti de la République, Ahmad Badr Al-Din Hassoun, Il est entouré de deux patriarches, le grec-catholique Grégorios III Lahham, et le grec-orthodoxe Youhanna. Les trois hommes ont à coeur de convaincre les élus français que leur ennemie n'est pas la République laïque syrienne, exemple unique dans la région d'une parfaite coexistence entre sunnites et minorités, disent-ils, mais bien les djihadistes de Daesh et leurs commanditaires, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.»(4)

Naturellement, ils ont été désavoués, à la fois par le président, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, mais on peut être certain que le debriefing... Les parlementaires en mission, dénoncent des «postures»politiques et l'hypocrisie de ceux qui savaient. Car rien n'avait été laissé au hasard. Ils affirment qu'avant de partir, Gérard Bapt avait averti le ministère des Affaires étrangères, opposé au voyage et dont la position depuis le début du conflit n'a pas varié: haro sur Bachar Al Assad et soutien à une coordination de l'opposition pourtant en pleine déliquescence. À l'Élysée, le député socialiste s'était entretenu avec Jacques Audibert, conseiller diplomatique de François Hollande, et Emmanuel Bonne, de la cellule diplomatique.» (4)



Comment parler à Assad à qui on souhaite la mort?


La décantation est en train de se faire, on préfère la peste de Assad au choléra de Daesh. Renaud Girard reporter international au Figaro interviewé par Alexandre Devecchio déclare qu'il faut aller combattre Daesh en s'alliant avec Assad: «(...)Ils ont eu raison de faire ce voyage, ne serait-ce que pour se rendre compte de l'état de la route entre la frontière libanaise et Damas, de l'état de la capitale. Il faut bien comprendre que la diplomatie ne se fait pas avec ses amis. C'est l'art de parler à ses adversaires ou à ses rivaux. On peut reprocher beaucoup de choses à Bachar el-Assad, mais ce n'est pas une raison pour ne pas lui parler. Car Bachar el-Assad incarne la Syrie: il n'incarne certainement pas 95% de la population, mais rien ne prouve qu'en cas d'élection réellement libre, il n'emporterait pas la majorité.»(5)

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ont fait l'énorme erreur de fermer l'ambassade, qui était pour nous la place où nous pouvions parler au régime et surtout obtenir des renseignements. La position française est intenable car elle ne prend pas en compte la notion d'ennemi principal. Nous avons remplacé le général Kadhafi par les amis de Bernard-Henri Lévy. Cela n'a pas marché et nous sommes face à un désordre total.» (5)

«Selon un sondage Ifop, une majorité de Français condamne cette initiative. Cependant, le débat sur la nécessité de dialoguer avec le régime syrien est désormais ouvert. Jean-Christophe Lagarde a jugé que l'exécutif français avait fait preuve «d'hypocrisie» en condamnant ce déplacement. 44% des Français souhaitent rétablir un dialogue «compte tenu de la menace que continue de représenter l'Etat islamique (EI) en Syrie comme en Irak». (...) les voix réclamant une reprise de la discussion avec Damas se multiplient, face à la menace croissante représentée par les jihadistes de l'Etat islamique, et leurs recrues étrangères susceptibles de revenir commettre des attentats en Occident.

On s'acharne à dire que les droits de l'homme sont bafoués par le régime Assad. Outre le fait que c'est un gouvernement légitimement élu, on lui sait gré de tenir et de sauver ce qui reste de la Syrie pour éviter un scénario à la libyenne. Certes, Assad n'est pas poussin de la première éclosion, il doit passer la main. Il rentrera alors dans l'histoire pour avoir résisté au nouvel ordre qui, sous couvert de mots creux, liberté, démocratie est une prédation.

1. Philippe-Joseph Salazar http://leplus.nouvelobs.com/contribution/932288-syrie-hollande-veut-punir-assad-l-inquietant-retour-de-la-morale-en-politique.html 04-09-2013

2. K. Pieter http://www.les4verites.com/international/daesh-les-americains-et-bachar-al-assad


3. Thierry Meyssan 2 03 2015 http:// www.mondialisation.ca/lavenir-du-proche-orient/5434402


4. http://www.la-croix.com/Actualite/ Monde/La-delicate-visite-de-quatre-elus-francais-a-Damas-2015-03-04-1287224

5. http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/02/26/31002-20150226ARTFIG00385-parlementaires-francais-a-damas-la-diplomatie-ne-se-fait-pas-avec-ses-amis.php


6. http://actu.orange.fr/france/vous-avez-la-parole/la-france-doit-elle-renouer-les-liens-avec-bachar-al-assad-magic_CNT000000815LK.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/ 212116-l-inevitable-chemin-de-damas.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
commenter cet article
5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 20:40

«Les socialistes français, c'est comme les pigeons de la cathédrale. Quand ils sont en haut, ils vous chient dessus. Quand ils sont en bas, ils vous bouffent dans la main.» Propos attribués à

Martin Schult, président du Parlement européen

Une fois de plus la Grèce se signale par la détresse de son peuple après la victoire de Syriza qui nous a fait croire que les choses pouvaient changer. «La Grèce de l'Antiquité écrit Jean-Marie Berniolles, a été le berceau miraculeux d'une philosophie dépouillée d'une spiritualité, d'un recours au divin qui étaient pourtant partie intégrante de la culture grecque. La Grèce a ainsi légué à l'Europe, une philosophie, une pensée, une culture profondément méditerranéenne qui a été prolongée par la civilisation arabe à son apogée après Rome, qui lui ont permis de développer les sciences, la littérature, les arts... indépendamment d'une église par ailleurs très pesante. En cela nous devons beaucoup à la Grèce. Changer la société, ce qui est un impératif parce que le système ultralibéral a mis l'humanité à l'arrêt au niveau économique et l'a dégradée sur le plan de la morale, alors que pour survivre elle doit s'adapter et progresser, nécessite une profonde réflexion notamment sur les mécanismes d'exploitation des peuples et de l'être humain.» (1)

«Des premières aides de plusieurs centaines de milliards à l'arrivée du parti-austérité, Syriza, au pouvoir en passant par les vives tensions avec ses partenaires européens et notamment l'Allemagne, revivez la chronologie de cinq années de crises profondes en Grèce dont l'avenir au sein de la zone euro reste incertain. D'abord, un déficit qui explose. Puis, des aides financières colossales conditionnées par des mesures drastiques. Exaspérée de payer pour des riches exonérés d'impôts, asphyxié financièrement, les Grecs se tournent fin janvier vers celui qui leur promet de mettre fin à «cinq années de souffrances et d'humiliations»: Alexis Tsipras, chef de file du parti de gauche. Le nouveau Premier ministre doit s'incliner face à la «realpolitik» européenne qui lui accorde quatre mois de sursis mais lui a fait renoncer à ses principales promesses de campagne. Ce qui provoque la colère des Grecs qui n'hésitent pas à parler de «trahison» et celle de certains de ses...propres ministres. Et pour enfoncer le clou: la validation définitive de l'accord est suspendue, une nouvelle fois, à l'humeur de députés...allemands. Une vraie tragédie grecque!»(2)


Quelles sont les raisons de ces échecs?

J.M.Berniolles pense que: «L'échec de méthodes traditionnelles devrait inciter les états-majors syndicaux, ainsi que les partis politiques engagés dans des projets de changement de système, à réfléchir et à proposer des analyses ouvrant la voie à des méthodes de luttes plus efficaces. Il n'en est rien et nous verrons que Syriza s'est présenté à cette phase d'affrontement avec les représentants du système, complètement démuni à cause d'une absence totale de réflexion de fond qui l'a empêché d'utiliser des atouts majeurs. Avec, en plus, la croyance naïve qu'il lui était possible de diviser les pays des traités européens et notamment de s'appuyer sur la France, afin de contrer l'Allemagne, le gardien rigide d'un système ultralibéral maintenant inscrit dans les institutions européennes.» (1)

«La grande capitulation des responsables politiques devant le système a notamment permis aux banques privées de mettre la main sur la monnaie. Un laxisme complet a permis à l'ingénierie financière de créer beaucoup de produits dérivés, d'utiliser des paradis fiscaux et des filières de transferts de capitaux discrètes. (...) Aujourd'hui nous sommes sous le joug d'un capitalisme financier qui se trouve au-delà des pays, y compris l'Angleterre et les USA qui abritent les deux plus grandes places financières, et qui n'est pas rattaché à une culture... Une sorte de pouvoir supérieur occulte. Dont une arme majeure est constituée par son emprise sur la monnaie. (...) La Grèce est devenue le pays des accords européens le plus sinistré. A partir d'un premier défaut de paiement en 2012, dont la charge a été renvoyée sur le secteur public, les exigences de l'eurogroupe et l'action de la Troïka, BCE, Commission européenne et FMI, ont conduit à la ruine de ce pays avec une chute vertigineuse de son PIB, un appauvrissement dramatique de sa population et un littéral dépeçage de ses richesses au profit d'intérêts privés. (...) Parce que la Grèce est incapable de payer même les simples intérêts de sa dette et d'avoir une mince marge de manoeuvre budgétaire. Il s'agit aussi d'imposer à la Grèce de ne pas revenir sur les privatisations qui permettent aux intérêts privés d'exploiter les richesses grecques. L'emblématique membre de Syriza, Manolis Glezos, ne s'y est pas trompé qui a dénoncé un habillage de mots pour cacher une capitulation devant l'eurogroupe.» (2)

La capitulation grecque

C'est par ces mots guerriers et sans consession, qu'Eric le Boucher, avec une rare délectation s'est fait plaisir et avec un langage qui ne l'honore pas, traite d'une façon désinvolte la douleur du peuple grec et les tentatives de ses leaders de garder un semblant de dignité face à une Allemagne représentée par son ministre des Finances Wolfgang Schaüble, qui ne connaît qu'un mot «Nein!».

Nous lisons: «Contrairement aux rodomontades, le gouvernement grec a fini par accepter les conditions de la troïka. Une dure leçon pour les populistes d'extrême gauche comme d'extrême droite. Le quotidien allemand Bild raconte cette histoire inouïe. Le gouvernement grec a envoyé une lettre à Bruxelles, jeudi 19 février, qui énumérait ses nouvelles propositions dans la difficile négociation avec ses partenaires, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI. La fameuse troïka dont le gouvernement grec ne voulait plus entendre parler! Une lettre de capitulation sous conditions: Athènes accepte de se plier à l'intégralité de ce que demande la troïka mais que c'est provisoire, il y aura 'des inflexions à venir''. L'Allemagne sitôt cette missive connue a répondu sèchement: c'est 'nein''. (...) La Grèce doit revenir à la situation d'avant-l'élection législative, au programme d'aide signé par son prédécesseur. Point. Et c'est l'accord qui a été finalement conclu vendredi 20 février en dépit des tentatives de comunication d'Athenes pour sauver la face.»(3)

Prenant le parti de l'Allemagne - toujours du côté des forts- il écrit: «Ce qui est devenue l'hystérie allemande contre les Grecs de Syriza, à force d'avoir été insultés, constamment comparés aux nazis, et appelés «à payer», toujours «à payer» pour un pays qui triche en permanence et qui continue de filouter avec les disciplines européennes. J'avais vu cette colère monter en Allemagne mais je n'imaginais pas qu'elle avait atteint ce niveau. Les Grecs le paient cher. La deuxième leçon vient de l'incroyable impréparation de Syriza. Ce parti populiste prétendait gouverner son pays sur une ligne opposée à celle de ses prédécesseurs depuis le début de la crise des dettes en 2010. (...) Il croyait que le peuple grec ayant voté, tous les autres peuples européens, soit allaient se soulever pour les rejoindre, soit allaient accepter le nouveau programme du valeureux gouvernement Tsipras. C'était une naïveté complète, une méconnaissance totale des lois européennes, une erreur grave sur le rapport de force (...) Le malheur vient non pas du constat. (...) Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a passé son temps à faire le gros malin dans les réunions, sur les TV et sur les réseaux sociaux, sans avoir de programme précis, concret, qui sache jouer finement avec les engagements passés, et qui soit acceptable. (...) Son pays paie aujourd'hui très fort ses fanfaronnades et sa totale incompétence. (...) Mais voilà, le succès des populistes vient de ce qu'ils vendent du rêve... Que leurs électeurs regardent ce qui s'est tristement passé en Grèce.».(3)

La santé économique de l'Allemagne

On sait que les pays du Sud de l’Europe ont une santé économique et financière chancelante comparée aux pays du « Nord » Justement parmi ceux-ci la locomotive de l'Europe, l'Allemagne affiche une santé économique insolente. « Tous les comptes publics de l'Allemagne sont au vert L'excédent des comptes publics s'est révélé légèrement plus important que prévu, à +0,6% du PIB en 2014. Au total, l'Allemagne fait état de recettes supérieures de 18 milliards d'euros à ses dépenses. Après la croissance révisée à la hausse à 1,6% et un excédent commercial record à 217 milliards d'euros. Avec un an d'avance le gouvernement d'Angela Merkel est parvenu à équilibrer son budget dès 2014. De la Commission européenne au FMI, on souhaiterait que Berlin utilise ses marges de manoeuvre budgétaires pour stimuler davantage la croissance européenne.»(4)

La situation sérieuse de la dette de la France

Dans la même charrette que les pays du Sud, on trouve la France qui fait cependant l’objet d’un traitement spécifique . Un autre mordu du néolibéralisme, Jean- Marc Sylvestre fantasme sur le couple franco-allemand et s'en prend à la gauche d'après lui responsable de la situation économique peu enviable de la France. Ecoutons-le: «La situation économique comparée dans les deux pays qui est sans doute le premier sujet de discussion et de vexation. L'économie allemande et surtout les entreprises allemandes ont désormais les moyens d'organiser des rattrapages de salaires importants, notamment dans l'industrie avec un smic qui est désormais plus élevé qu'en France. (...) Ceci étant, le gouvernement allemand et le ministre de l'Economie acceptent de plus en plus mal les critiques qui leur sont adressées, et la majorité de ces critiques à peine feutrées viennent de France. Encore un effort, mais le Parti socialiste français est parti pour prouver que si l'Allemagne est devenue aussi forte c'est en affaiblissant les autres pays de la zone euro. Pas mal. Ils sont riches parce que nous (qui) sommes pauvres. Bravo!». (5)

«Que de lâchetés, laxisme, mensonges et erreurs insultantes vis-à-vis de l'Allemagne de notre côté! Comment pourrons-nous jamais rattraper les conséquences des mensonges, louvoiements et autres manoeuvres de basse politique de ceux que nous appelons nos dirigeants? Même caricatural, Martin Schultz a trouvé le meilleur raccourci possible et il a raison! Les exécutifs de gauche français et grec (ordre alphabétique:-) sont dans la même logique de roublardise et de gain de temps (en espérant un miracle). Ils ne maîtrisent rien et essayent toutes les combines les plus foireuses pour faire illusion auprès de leur électorat bas de plafond. Les Grecs finiront par quitter l'Europe et l'Euro...mais auront gagné quelques mois (et quelques millions) et partiront avec une dette encore un peu plus grosse en faisant un bras d'honneur! La chancelière n'a d'autre choix que de les laisser se vautrer dans leur bauge et de «laisser faire la nature»!» (5)

Le déficit budgétaire supérieur à 4%

Pourtant cette année la France a été aidée d'une façon conséquente par la baisse drastique des prix du pétrole qui lui a fait gagner 8 milliards d'euros. Selon une dépêche de l'AFP du 25 janvier. Bruxelles a accordé mercredi, de justesse, un nouveau délai à la France jusqu'en 2017 pour ramener son déficit sous la barre des 3%, mais entend serrer la vis au pays abonné aux dérapages budgétaires.

Curieusement le deux poids, deux mesures s'applique à la deuxième économie de la zone euro qui a jusqu'ici toujours bénéficié de la clémence de la Commission: elle a déjà obtenu deux délais pour ramener son déficit sous 3% et son projet de budget 2015 n'a pas été retoqué malgré des insuffisances en termes de réduction du déficit structurel.

Une situation, lit-on la dépêche de l'AFP qui irrite ses partenaires, qui y voient un traitement de faveur. Le scénario d'un délai de trois ans hérissait au plus haut point certains membres de la Commission, dont son représentant allemand Gunther Oettinger, chargé de l'Economie numérique. Lundi, dans les pages du quotidien économique Handelsblatt, il protestait contre le possible octroi d'un tel répit à Paris. L'objectif pour 2017 est jugé peu crédible par de nombreux analystes, compte tenu du calendrier politique. La France se montre sereine sur sa capacité à réduire son déficit public à 3% du PIB d'ici 2017 après un énième sursis (...) Une largesse de trop pour de nombreux pays européens qui ont été contraints à des efforts budgétaires sur des périodes plus courtes et soupçonnent un traitement de faveur.»

Pour rappel La dette de la France progresse plus vite que son PIB. De 1980 à 2010 elle est passée de 20% à 80% du PIB. Les remboursements deviennent lourds: près de 50 Mds par an. Toutes les recettes de l'impôt sur le revenu ne suffisent pas au remboursement de la dette. La barre des 2000 milliards s'approche, elle pourrait être franchie cette année.

On comprend alors la colère des Allemands face à ce traitement d faveur visà vis de l’Allemagne par le commissaire européen Pierre Moscovici : « La décision de Commission européenne d’accorder à Paris deux ans supplémentaires pour réduire son déficit public a suscité les critiques acerbes du centre-droit allemand, qui dénonce une application des règles budgétaires à la carte. La France aura un peu plus de temps pour ramener son déficit public sous la barre des 3 % de son PIB annuel en échange de nouveaux efforts sur le front des réformes économiques et d'une réduction plus importante que prévu du déficit structurel (hors effet de conjoncture) en 2015. La « clémence » de la Commission face à Paris, mauvais élève du respect des règles du Pacte de stabilité et de croissance depuis des années, n'a pas été du goût de tous. Au Parlement européen, Herbert Reul, le président du groupe de centre-droit allemand, parle d'une « déception amère » (6)

Angelika Niebler, présidente du groupe de l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) au Parlement, a également exprimé sa déception face à la décision de la Commission. La Commission ne remplit pas son rôle de protecteur du pacte de stabilité et de croissance, a-t-elle déclaré. (…) Les États membres aussi étaient hésitants à ce sujet. Le fait que la Commission utilise son pouvoir de décision pour agir en faveur des mauvais élèves en matière de déficit et ce, sans aucune sanction, est une provocation », s'est indignée Angelika Niebler. Pour Herbert Reul, il peut paraître « déroutant qu'un gouvernement rebelle comme celui de la Grèce se retrouve piégé dans un litige concernant sa dette, alors que les cas d'autres pays sont maniés avec des pincettes ». (6)

Justement, Michel Lhomme résume d'une façon magistrale l'amère réalité du mythe de Sisyphe grec Nous l'écoutons: «L'accord intervenu à Bruxelles, entre la Grèce et les 18 membres de l'Eurogroupe, ne serait-il pas un modèle de mensonges et d'impostures? (...) La Grèce demeure plus que jamais dans l'impossibilité de rembourser ses dettes et aucune réforme interne ne peut lui permettre de retrouver sa compétitivité économique étranglée par une monnaie unique inadaptée. (...) Le diktat imposé par l'Allemagne pour poursuivre la dévaluation interne, qui est en fait une véritable purge pour le peuple grec, est à proprement parler une déclaration de guerre à tous les peuples du Sud de l'Europe et indirectement à la France de demain. (...) Depuis plus de cinq ans, l'austérité décidée par le FMI et ceux que l'on nomme la «troïka» ont provoqué des dégâts insupportables pour la société grecque. Les responsables sont les prévaricateurs, ceux qui, en complices de la banque Goldman Sachs, ont détourné les finances publiques, et l'institution européenne elle-même, pervertie par les lobbies financiers, qui a détruit l'économie grecque déjà fragile en anéantissant l'agriculture, en favorisant la concentration urbaine sur les métropoles. (...) Au rythme actuel de ses remboursements, la Grèce ne pourra jamais de toute façon rembourser cette dette, largement supérieure à son PIB. La solution est dans l'annulation pure et simple des dettes comme dans le cas des pays d'Amérique latine dans les années 80-90 (...)» (7)

Malgré ses douze travaux d'Hercule, du fait du mythe de Sisyphe toujours recommencé avec une dette ingérable, c'est de fait une victoire à la Pyrrhus que la victoire de Syriza. Sombres jours pour le peuple grec à moins d'un miracle car les peuples européens ne sont pas encore mûrs pour briser leurs chaînes.


1.JMBerniolles: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-triste-demonstration-grecque-164205


2.Guillaume Errard http: //www.lefigaro.fr/ conjoncture/2015 /02/27/20002-20150227ARTFIG 00004-finances-crise-politique-tensions-sociales-cinq-ans-de-tragedie-grecque.php

3. http://www.slate.fr/story/98241/capitulation-grecque-europe-dette


4.Nicolas Barotte http://www.lefigaro.fr/ conjoncture/2015/02/24/20002-20150224ARTFIG00204-tous-les-comptes-publics-de-l-allemagne-sont-au-vert.php


5.http://www.atlantico.fr/decryptage/entre-hollande-et-merkel-c-est-fini-jean-marc-sylvestre 2026053.html#sBCBDPkhYShjj E0i.99

6.http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/lallemangne-outree-par-la-clemence-de-bruxelles-sur-le-deficit-francais

7.MichelLhomme http://metamag.fr/metamag-2712-LA-GR%C3%88CE--repousser-et-attendre-encore-quatre-mois-Pourquoi-un-tel-defaut-de-realisme-.htmltml

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
commenter cet article
28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 12:06

«La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.»

Constitution française de 1958

«La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes [...].»

Loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat

Pendant près d'un siècle le texte de la loi de 1905 ne fut pas interrogé. Il a fallu pour cela l'avènement d'une visibilité de l'islam des Français musulmans des nouvelles générations, pas celles des tirailleurs sur les champs de bataille ou celle des tirailleurs bétons, les fameux chibanis. En 2003, la loi subit un changement en ce qui concerne le port de signes religieux ostensibles à l'école. Dans le même ordre, l'exception cultuelle de l'Alsace-Lorraine est plus que jamais affirmée par le Conseil constitutionnel en février 2013.

Pour rappel , en 2004, Nicolas Sarkozy s'interrogeait sur une possible modification de la loi de 1905 sans toutefois en remettre en cause les fondements. Il propose de donner à l'État les moyens de pouvoir contrôler efficacement le financement des cultes, de libérer le culte musulman français de la tutelle de pays étrangers et ainsi de pouvoir limiter l'influence de ces pays sur la communauté musulmane de France. Ce contrôle impliquerait comme effet secondaire des facilités accordées par l'État en matière de formation des agents des cultes, en mettant par exemple à disposition des enseignants pour les matières non religieuses pour la formation des prêtres, pasteurs ou imams.

Si la République est en théorie, équidistante des spiritualités elle doit dans une même considération s'adresser aux unes et aux autres des religions. Sait-on que pendant le mois de janvier il y eut plus de 200 actes islamophobes autant que durant toute l'année 2014. Qui en parle ? Certainement pas la presse dans son ensemble à quelques rares exceptions inaudibles. Par contre, on connait dans l’heure qui suit et en boucle le moindre petit incident concernant la communauté juive Les musulmans doivent-ils s'organiser pour se défendre comme le fait d'une façon illégale le Crif avec le Bétar organisation paramilitaire qui a pignon sur rue à Paris?


Le dérapage contrôlé du Crif

On peut reprocher beaucoup de choses au Crif mais pas sa lucidité et son analyse du futur. De par sa proximité avérée avec Israël il accuse sans discontinuer les jeunes des banlieues d'importer le conflit israélo-palestinien en France. Pire encore, il se permet d’accuser nommément les jeunes d’antisémitismes : «Toutes les violences aujourd'hui sont commises par des jeunes musulmans», a affirmé le président du Conseil représentatif des institutions juives ». Il a confirmé que «tous les terroristes» qui ont «récemment commis des actes antijuifs se réclamaient de l'islam», en jugeant qu'on lui faisait «un mauvais procès». Il a juste réduit de 1 pour mille à «1 pour 10.000» la proportion de cette minorité. Regrettant que Dalil Boubakeur, le président du Cfcm (Conseil français du culte musulman) ait décidé de ne pas se rendre au dîner du Crif en signe de protestation contre «des attaques aussi graves qu'infondées contre la composante musulmane de France» (1).

Ce que Roger Cuikierman ignore ou a oublié c'est que pendant la Seconde Guerre mondiale les dynasties maghrébines ont protégé les juifs de l'Inquisition durant la Reconquista. Ça ne justifie pas l'antisémitisme mais non plus de mettre tous les musulmans dans le même panier. Pas un mot aux musulmans qui sont les justes parmi les justes, notamment ceux de la Mosquée de Paris qui ont sauvé près de 1500 personnes juives. Ce sont des musulmans kabyles qui ont diffusé un tract «ammarach nagh» «comme nos enfants», à tous les musulmans pour sauver les juifs. Naturellement, pas un d'entre eux ne figure au mémorial de Yad Vachem qui honore les «Justes». ceux qui ont sauvé les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ce dérapage étant contrôlé , il en est un autre plus assumé .De fait, on reste rêveur devant sa lucidité concernant l'avenir. Roger Cuikierman annonce que Marine Le Pen est irréprochable n'hypothéquant pas ainsi l'avenir dans une République dirigée par l'extrême droite.

Le tribunal dinatoire du gouvernement et des élites gouvernementales

C'est un rituel, en février de chaque année le CRIF convoque le gouvernement au complet et les élites et examine lors d'un dîner,- le tribunal dinatoire de la formule heureuse pour une fois d’Alain Finkielkraut- leur contribution et allégeance au Crif. 700 invités triés sur le volet dont 200 hommes politiques célébrités, journalistes… Ainsi, le chef de l'État faisant son exposé a précisé les quatre «piliers» du «plan contre le racisme et l'antisémitisme» qu'il avait annoncé en janvier. Il a annoncé de son côté des «sanctions plus rapides et plus efficaces» contre «les propos de haine» relevant du «racisme», de l'«antisémitisme» et de l'«homophobie».

Des «sanctions plus rapides et plus efficaces» vont être prises contre «les propos de haine» relevant du «racisme», de l'«antisémitisme» et de l'«homophobie», a annoncé François Hollande lors du dîner du Crif. «J'ai souhaité que ces propos ne relèvent plus du droit de la presse mais du droit pénal», a-t-il affirmé. Il a souhaité que soit «renforcé le caractère aggravant d'un délit au caractère antisémite». François Hollande promet des sanctions contre la «lèpre» de l'antisémitisme. Il a annoncé un renforcement de l'arsenal répressif contre «tout propos de haine» raciste ou antisémite. «C'est comme une lèpre qui revient toujours quand les civilisations croient s'en être débarrassé». De l'antisémitisme, il a ensuite glissé sur la lutte contre le terrorisme, reliant entre eux tous les événements de ce début d'année.

On le voit, la spécificité de la communauté juive est plus que jamais affirmée, forte de près de 600.000 personnes, le Crif fait un véritable hold-up en s'arrogeant le droit de parler au nom de tous les juifs, ce qui est loin d'être le cas. Ceux qui sont contre la «politique du Crif de semer la haine sont traités de juifs honteux. Autant on admire des personnalités comme Edgard Morin, Maurice Szafran, Esther Benbessa, Rony Brauman qui ne renient rien de leur identité mais qui disent le droit, autant nous sommes contre les visées et manoeuvres du Crif qui en plus de provoquer comme il vient de le faire contre les musulmans mais qui a toujours deux fers au feu.

Sentant le vent électoral tourner, Roger Cuikierman lance une sonde envers le FN et annonce que Marine Le Pen est irréprochable mais que c'est son entourage qui ne l'est pas. Même son rétropédalage ne convainc pas. Souvenons-nous en 2002 avec les 18% de Jean-Marie Le Pen au premier tour des élections qui opposa Chirac à Le Pen, le président du Crif, toujours le même, déclarait: au quotidien israélien Haaretz: «Qu'il espérait que la victoire de Le Pen dimanche servirait à réduire l'antisémitisme musulman et le comportement anti-israélien, parce que son score est un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles.» Il ne se sent pas concerné et il désigne à Le Pen la communauté à abattre. Le Crif se place pour les élections de 2017, il semble convaincu de la victoire du FN M.Cuickierman est constant dans son acharnement contre les Arabes et les musulmans.


La montée de l'antisémitisme est une idée fausse

Les actes commis sont-ils antisémites? N'en déplaise à Roger Cuikierman, ils ne le sont pas. L’antisémitisme existe, surtout en Europe, c’est un vieux contentieux qui date de la crucification du Christ. Uri Avnery écrivain israélien militant pour les droits des Palestiniens, membre de la gauche radicale et pacifiste convaincu décrit l’historique et remis les pendules à l’heure : «L'antisémitisme progresse. Partout en Europe il pointe sa vilaine gueule. Partout les juifs sont en danger. (...) Absurde. Presque aucun des événements alarmants qui se sont produits en Europe dernièrement - en particulier à Paris et Copenhague - où des juifs ont été tués ou attaqués - n'avaient quoi que soit à voir avec de l'antisémitisme. Toutes ces atrocités ont été commises par de jeunes musulmans, la plupart arabes. Ils étaient partie prenante de la guerre en cours entre Israéliens et Arabes, qui n'a rien à voir avec l'antisémitisme. (...) »(2)

Pour l’auteur les juifs n’ont pas le monopole du mot anti-sémite. « En théorie écrit-il , arabe et antisémite est un oxymore, puisque les Arabes sont des sémites. En fait, les Arabes sont peut-être plus sémites que les juifs, parce que les juifs se sont mêlés aux gentils depuis des siècles. Alors, pourquoi de jeunes musulmans en Europe tirent-ils sur des juifs, après avoir tué des dessinateurs qui avaient insulté le Prophète? Selon les experts, la raison fondamentale est leur haine profonde de leurs pays d'accueil, où ils se sentent (à juste titre) méprisés, humiliés et discriminés. Dans des pays comme la France, la Belgique, le Danemark et bien d'autres, leur colère violente a besoin d'un exutoire.» (2)

«Mais pourquoi s’en prennent ils aux juifs poursuit Uri Avnery? qui avance deux raisons : «Il y a au moins deux raisons principales : la première est locale. Les musulmans français sont essentiellement des migrants d’Afrique du Nord. Au cours de la lutte désespérée pour l’indépendance de l’Algérie, presque tous les juifs algériens ont pris le parti du régime colonial contre les combattants locaux. Quand tous les juifs et beaucoup d’Arabes ont émigré d’Algérie en France, ils ont emporté leur lutte. Depuis qu’ils vivent maintenant côte à côte dans les ghettos surpeuplés autour de Paris et ailleurs, leurs haines mutuelles ont subsisté et entraînent souvent de la violence.» (2)

«La seconde raison poursuit Uri Avnery, est le conflit sioniste-arabe en cours : il a commencé avec l’immigration en masse de juifs en Palestine, et il se poursuit avec une longue liste de guerres qui se déploient pleinement de nos jours. Pratiquement tous les Arabes dans le monde et la plupart des musulmans sont émotionnellement impliqués dans le conflit. Mais qu’est-ce que les juifs de France ont à voir avec ce conflit lointain ? Tout ! Quand Benjamin Netanyahou ne rate pas la moindre occasion de déclarer qu’il représente tous les juifs dans le monde, il rend tous les juifs du monde responsables des politiques et des agissements israéliens. Quand les institutions juives en France, aux USA et ailleurs s’identifient entièrement et sans critique à la politique et aux opérations d’Israël comme la récente guerre contre Gaza, elles se transforment volontairement en victimes potentielles d’actes de revanche. La direction juive française, le Crif, vient encore de le faire». (2)

«Aucune de ces raisons n’a rien à voir avec l’antisémitisme déclare l’écrivain. Il attribue cela au contentieux bimillénaire entre les Chrétiens et les Juifs pour aboutir finalement à Hitler. « L’antisémitisme écrit-il fait partie intégrante de la culture européenne. Bien des théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène tout à fait illogique, qui frise le trouble mental collectif. Quant à moi, ma théorie préférée est religieuse. Partout en Europe, et plus tard également en Amérique, les enfants chrétiens ont entendu dès leurs premières années les histoires du Nouveau Testament. Ils apprennent qu’une foule juive a crié pour obtenir le sang de Jésus, le doux et bon prêcheur, alors que le préfet romain, Ponce Pilate, tentait désespérément de lui sauver la vie. (…). La vision des méchants juifs exigeant la mort de Jésus est imprimée dans l’inconscient des multitudes chrétiennes et elle a inspiré une haine des juifs à chaque nouvelle génération. Résultat : massacres, expulsions en masse, inquisition, persécution sous toutes ses formes, pogroms, et enfin l’Holocauste ». (2)

Uri Avnery rend justice aux Musulmans pour avoir protéger les Juifs :« Il n'y a jamais eu rien de semblable dans l'histoire musulmane. Le Prophète a eu quelques petites guerres avec des tribus juives voisines, mais le Coran contient des instructions strictes sur le commerce avec juifs et chrétiens, «Peuples du Livre». Il fallait les traiter équitablement et ils étaient exemptés de service militaire en échange d'un impôt. Au fil du temps il y a eu quelques rares flambées anti-juives (et anti-chrétiennes) ici ou là, mais les juifs en terres musulmanes s'en tiraient mille fois mieux qu'en pays chrétiens.» (2)

«Avec honnêteté Uri Avnery parle de la contribution des juifs à l'âge d'or andalou: «Si ce n'avait pas été le cas, il n'y aurait pas eu cet Age d'or de la symbiose culturelle judéo-arabe dans l'Espagne médiévale. Il aurait été impossible pour l'Empire ottoman musulman d'accepter et d'absorber presque tous les réfugiés juifs, par centaines de milliers, chassés d'Espagne par les rois catholiques Ferdinand et Isabelle. L'éminent penseur juif Maïmonide («l'Aigle de la Synagogue») n'aurait pu devenir le médecin et conseiller du prestigieux sultan musulman Salah-al-Din al-Ayubi (Saladin).» (2)

Pour Uri Avnery: «Le conflit actuel a commencé comme un choc entre deux mouvements nationaux: le sionisme juif et le nationalisme arabe laïc, qui n'avait que très peu de connotations religieuses. Mes amis et moi ont mis en garde à de nombreuses reprises, mais à présent le conflit est en train de devenir religieux - une calamité aux répercussions cruelles. Rien à voir avec de l'antisémitisme. Alors, pourquoi toute la machine de propagande israélienne, y compris tous les médias israéliens, clament-ils que l'Europe vit une montée catastrophique d'antisémitisme? Afin d'appeler les juifs européens à venir en Israël (dans la terminologie sioniste: à «faire leur alya»). (...) Quoi qu'il en soit, les atrocités de Paris et de Copenhague n'ont rien à voir avec de l'antisémitisme.» (2)


Un islam de France aseptisé est en contradiction avec la loi de 1905

Les attentats de janvier ont un coupable: le Cfcm : Le Conseil Français du Culte Musulman Le ministre de l'Intérieur vient de lancer une réforme sur les institutions de l'islam de France. L'annonce faite consiste donc à refondre les institutions de l'islam de France. Cette décision, acte de fait de la fin de la légitimité du Cfcm. (...) Cette politique de reprise en main par l'Etat de la communauté musulmane en France (car c'est bien de cela qu'il s'agit) montre que l'autonomisation encadrée et finalement assez libérale est un échec patent. La nouvelle instance qui, on ne change rien on recommence, consistera en un Cfcm élargi pour mieux l'encadrer, discutera de questions précises qui ne relèveront pas de théologies mais de l'organisation du culte n'est pas sans poser de questions sur la réelle volonté d'intégration des musulmans en France. En effet, quelle religion autre que l'islam possède une instance similaire pour se rendre républico-compatible? (3)



Une charia républicaine a-t-elle encore une légitimité religieuse?

«La nouvelle instance pose donc très clairement le lien entre intégration et islam. En cherchant à obtenir des garanties sur la compatibilité républicaine des futurs imams par la validation d'un diplôme d'université, (...) Pas sûr que ce «contrat de confiance» soit à la hauteur des défis lancés dans la société française sur les questions d'intégration, de dérives fondamentalistes et de dialogue interculturel. L'objectif affiché est donc la construction d'une élite musulmane en France qui pourra être le porte-voix d'une communauté. De plus, la constitution de ce nouvel organisme constitue un pas de plus vers une société multiculturelle.
D'autre part, cette instance pourra décider des adaptations que l'islam doit mettre en place pour se conformer à l'esprit républicain. En d'autres termes cela consiste ni plus ni moins à mettre en place une charia républicaine. (...) L'enjeu est d'ici de pouvoir construire des agencements compatibles avec la République et la culture française. Cette charia républicaine en devenir est donc une arme à double tranchant: rendre les musulmans solubles dans la société française ou affirmer l'identité musulmane en France. (3)

En clair nous allons avoir des imams républicains avec un islam soft sans épaisseur, laïco-compatible. Contrairement aux autres religions qui conservent le privilège de former les gens du culte, la République va expurger du Coran tout ce qui est incompatible selon son entendement avec ce qu'elle attend de l'islam de France. La loi de 1905 est de fait, rétorquée concernant la deuxième religion de France. Pourtant le premier article de la Loi de 1905 par les mots «assure» et «garantit» un culte, il n’est nullement question de s'immiscer dans son contenu. La République pourra-t-elle interférer de la même façon dans la formation des hommes du culte du judaïsme et du christianisme?

La France étant un vieux pays d’essence chrétienne elle accepte des spiritualités allogènes à condition qu’elle ne perturbe pas son fond rocheux chrétien devenu laïc du fait que la République s’est appropriée une grande partie des attributs de l’Eglise Dans l’Islam il n’y a pas de clergé, chacun est comptable de ses actes vis à vis de Dieu . En fait le vrai problème est celui de l’intégration de ces jeunes en errance et malgré les appels à la vindicte de Roger Cuickerman, ce n’est pas un problème de guerre de religion mais un simple problème de justice sociale. Les Français musulmans dans leur majorité connaissent leurs limites, ils souhaitent vivre un Islam apaisé mais pas aseptisé à l’ombre des lois de la République


1. Judith Waintraub: Le président du Crif déclenche une vive polémique Le Figaro. 24/02/2015

2.Uri Avnery http://reseauinternational.net/ la-montee-de-lanti-semitisme-est-une-idee-fausse/

3. http://www.liberation.fr/politiques/2015/02/25/le-gouvernement-lance-la-reforme-de-l-islam-de-france_1209626


Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/211641-est-ce-la-solution.html

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans islam
commenter cet article
26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 16:36

«Le spectacle du monde ressemble à celui des Jeux olympiques: les uns y tiennent boutique; d'autres paient de leur personne; d'autres se contentent de regarder.» Pythagore

Rituellement et épisodiquement on utilise le 24 Février pour «revivre» la dimension historique du 24 Février qui fut à l'époque et à bien des égards une seconde indépendance.

Cependant, cette symbolique s'est refroidie en rites car dans un contexte international de plus en plus erratique, nous sommes restés avec un logiciel qui n'a plus cours. Du fait que nous sommes toujours tributaires de l'étranger pour notre survie. En effet, les tensions internationales, la spéculation financière et la politique immorale des rentiers du Golfe font que le prix du brut a connu une chute drastique, exactement l'inverse de ce qui s'est passé le 24 février 2012 où il atteignait 125 $.

De plus, l'avènement des gaz de schiste est une nouvelle donne qui permettrait dit-on - AIE dixit - aux Etats-Unis de redevenir le premier producteur de pétrole. Depuis 1971, nous avons extrait du sous-sol environ 2 milliards de tep, qui ont été responsables à des degrés divers d'une pollution de 5 milliards de tonnes de CO2 qui stationneront dans l'atmosphère encore pendant 120 ans.

Si on continue à ce rythme de production débridée de 1,5 million de barils/jour, malgré les découvertes importantes de Sonatrach en pétrole et gaz conventionnels rien ne pourra étancher cette ébriété énergétique, même pas le gaz de schiste qui viendrait à maturité- si toutes les précautions sont prises- vers 2025

Historique de la rente

Pour l'histoire, de 1965 à 1978, l'Algérie a engrangé 22,5 milliards de dollars. Il y eut la création d'une trentaine d'entreprises d'envergure internationale dont la Sonatrach, la Sonelgaz et la Snvi. De 1979 à 1991, c'est à près de 125 milliards de dollars de rente. Cette époque est marquée par le programme antipénurie; l'importation massive de biens de consommation donnait à l'Algérien l'illusion qu'il était «arrivé» et qu'il appartenait à un pays développé. Tragique erreur que la chute des prix du pétrole de 1986 est venue brutalement nous rappeler et le début de la démolition des pans entiers de l'industrie.

De 1999 à 2014, c'est près de 700 milliards de dollars. Au total, c'est près de 900 milliards de dollars en 53 ans; qu'avons-nous fait si ce n'est d'avoir investi dans le social sans réelle création de richesse à même de diminuer notre dépendance. L´essentiel de l´industrie pétrolière en aval actuelle date de cette époque. Nous sommes bien contents d´avoir reçu en héritage, une capacité de raffinage de 22 millions de tonnes des complexes de pétrochimie. Car depuis, nous n'avons pas continué l'effort dans l'aval mais dans l'amont.

Nous ne prenons pas assez en compte des leçons de l'Histoire. La crise de 1986 créée par l'Arabie saoudite qui a amené le pétrole à moins de 10 $/baril a été renouvelée à partir de juin 2014 quand la même Arabie saoudite, écrasant l'Opep décide avec les rentiers du Golfe de noyer le marché. Résultat des courses: le pétrole peine à dépasser les 60 dollars après une chute de plus de 50 dollars depuis juin 2014. Nous sommes dépendants pour notre nourriture à 80% de l'étranger. Nos dépenses ont été multipliées par quatre, record de 55 milliards de $ dont 7 milliards de dollars pour les voitures.


La situation actuelle: optimisme mesuré

Sur la base des réserves actuelles et au vu de la consommation et des velléités d'exportation nous nous dirigeons inexorablement vers un tarissement des réserves conventionnelles. Certes, les dernières découvertes incitent à un optimise prudent. Au risque de me répéter, il est anormal qu'une politique vigoureuse d'exploitation d'un immense territoire de près de 2, 4 millions de km2 ne fasse pas l'objet d'une prospection intensive. A titre d'exemple, la densité de forage aux Etats-Unis est cent fois plus importantes que celle de l'Algérie. Notre pays n'a pas dit son dernier mot! On peut alors se poser la question pourquoi donner l'illusion que c'est le gaz de schiste qui va sauver l'Algérie?

En clair, qui nous permettra de continuer à vivre sur la rente! C'est un très mauvais signal que l'on donne à tout le monde. D'abord, à ceux qui pourraient croire d'une façon paresseuse que la rente est éternelle et qu'ils pourront continuer à gaspiller sans aucune création de richesse puisque le gaz de schiste veille sur leur sommeil. Ensuite, aux habitants de In Salah, qui craignent à raison une exploitation immédiate avec une technologie non mâture qui dévaste l'environnement.

Comment expliquer simplement les choses?

Il y a de mon point de vue un déficit de communication dès le départ. Nous devons sans tarder rétablir la confiance; les habitants de In Salah comprennent ce que c'est le gaz de schiste, il y a des compétences mais ils sont inquiets.

Peut-être une bonne nouvelle, il semble qu'il existe deux nouvelles techniques qui remplaceraient la fracturation avec l'eau et les gaz de schiste. En effet, la première technique d'extraction exothermique non hydraulique n'utiliserait ni eau, ni solvant, ni acide, ni explosif. Cette nouvelle technologie, d'abord développée en Chine, a ensuite été reprise au Texas. N'utilisant que des composants inertes et non caustiques, aucun risque de toxicité n'est à prévoir avec cette nouvelle méthode. Comment cela est-il possible? Grâce à une fracturation pneumatique au lieu d'une fracturation hydraulique. Ce serait en effet des gaz chauds que l'on utiliserait pour perforer la roche à la place de liquide. En particulier l'hélium, qui a l'étonnante capacité de multiplier son volume par 700 lorsqu'il passe de l'état liquide à l'état gazeux! (1)

La deuxième technique est celle de Pulse Technology plasma (PPT) renonce aux produits chimiques toxiques et exploite des impulsions de plasma L'augmentation moyenne de la production pour les premières 27 puits américains traités avec la technologie impulsion de plasma est de 295% . La technologie PPT est réputée être un moyen écologique pour effacer colmatage la sédimentation des zones de drainage et pour permettre au pétrole et au gaz d’être extrait. La technologie utilise des vibrations, ou des impulsions de plasma généré électriquement pour réduire la viscosité, augmenter la perméabilité et à améliorer le flux de pétrole et de gaz à la surface pour l'extraction. De plus La technologie n’est pas seulement conçue pour être respectueuse de l'environnement; elle est également conçue pour augmenter la production et réduire les coûts de production . (2)

Toute l'intelligence serait d'expliquer simplement et calmement les enjeux en posant la problématique du futur dans le cadre plus large qui est celui de l'existence ou de la disparition de l'Algérie dans les prochaines décennies car c'est de cela qu'il s'agit. Voulons-nous être une zone grise ouverte à tout vent ou voulons-nous avoir l'ambition de garder notre rang, rente ou pas, et à ce titre ce n'est pas le gaz de schiste qui nous sauvera! Seul un projet de société consensuelle le fera car la vraie question qui se pose est qu'est-ce qu'être algérien en 2015?

Devons-nous nous identifier à notre tribu, notre «aççabya» au sens d'Ibn Khaldoun dans le monde du Web 3.0 où le monde est un village! Devons-nous nous identifier à notre région? Ou devons-nous prôner et marteler que nous sommes tous algériens et ce qui doit nous différentier c'est notre valeur ajoutée, ce que nous apportons à ce pays en termes de savoir et de savoir-faire. Car de mon point de vue, cette affaire du gaz de schiste est une mauvaise querelle que l'on fait avant tout à l'Algérie.

De mon point de vue, il est absolument nécessaire d'expliquer où nous voulons aller. L'Algérie de 2030 c'est-à-dire demain qu'est-ce que c'est? un tube digestif qui brûle les dernières gouttes de pétrole ou de gaz avant de retourner à l'âge préhistorique si on ne se prépare pas! Un proverbe arabe saoudien illustre de façon tragique la condition des Arabes: «Mon père chevauchait un chameau, moi je roule en cadillac, mon fils vole en jet, son fils chevauchera un chameau.»

Il y a à n'en point douter une fatalité contre laquelle nous devons nous battre. Nous devons nous interroger si les gaz de schiste -ainsi présentés- sont un nouveau miracle pour l'Algérie ou est-ce une malédiction de plus qui renvoie aux calendes grecques la mise en ordre de ce pays. Je n'ai rien contre l'exploitation des gaz de schiste qui doivent être bien encadrés, c'est une réserve stratégique qui ne doit être exploitée que si les conditions techniques ne sont pas aussi désastreuses qu'elles ne le sont actuellement. Dans tous les cas, j'en appelle à un débat national dans le cadre d'une transition énergétique inéluctable que nous subirons si nous ne prenons pas l'initiative de le faire.

Un 24 Février du futur indexé sur la sobriété énergétique et la formation des hommes.

Actuellement nous épuisons frénétiquement l'énergie, croyant être malins alors qu'il serait plus sage de n'exploiter que le strict nécessaire, sachant que notre meilleure banque est notre sous-sol. Par ailleurs, on achète n'importe quoi. On achète des équipements électroménagers qui sont des gouffres d'énergie électrique (four, frigidaire). Des voitures qui dépassent toutes 150 g de CO2 par km. Chose qui est interdite en Europe. Parce que la norme en Europe est de 120 g. Donc c'est 30% d'énergie qui va dans l'atmosphère. A ce rythme de gaspillage frénétique de nos ressources, l'Algérie a épuisé sans discernement ses ressources, véritables défenses immunitaires. Ce sera, à Dieu ne plaise, le chaos.

Imaginons que nous sommes en 2030. La population sera de 55 millions de personnes. Pour la consommation interne en supposant un modeste développement qui nous fera passer de 1 tonne de pétrole consommée par habitant et par an à seulement 2 tonnes, c'est 110 millions de tonnes à mobiliser. Nous les aurons de moins en moins, ce qui va se ressentir d'une façon drastique sur notre rente car étant mono-exportateur, il nous faudra chercher d'autres sources de production de richesse pour entretenir le fonctionnement du pays avec au moins 15 milliards de dollars pour la facture alimentaire. A ce rythme de gaspillage frénétique de nos ressources, l'Algérie a épuisé sans discernement ses ressources, véritables défenses immunitaires. Ce sera le chaos, nous ferons partie de ce qu'on appelle les zones grises, comme la Somalie actuelle.

Imaginons par contre, un gouvernement fasciné par l´avenir, la première chose à faire c´est de miser sur l´intelligence et le savoir. Chacun sait par exemple, que le modèle énergétique algérien prenant en compte les profondes mutations du marché énergétique mondial dans un contexte d´évaporation, est à inventer. En fait, rien ne peut remplacer un effort national pour la définition d´un modèle énergétique qui part de l´identification de l´ensemble des gisements de ressources qui ne peuvent être seulement matérielles (fossiles et renouvelables), la société civile qui devra être convaincue de la nécessité de changer de cap: passer de l'ébriété énergétique à la sobriété énergétique. Le maître mot en tout, est l'autonomie, la production nationale qu'il faut encourager.

Nos gisements sont sur le déclin. La stratégie à mettre en oeuvre consistera justement à un triple objectif: assurer une relève graduelle par les énergies renouvelables, modérer et dimensionner notre production en fonction des stricts besoins de l'Algérie. Faire la chasse au gaspillage qui représente un gisement perdu d'au moins 20%, selon l'Aprue. Le meilleur gisement d'électricité dans le pays, c'est l'électricité que l'on ne consomme pas, c'est l'essence que l'on ne consomme pas.

Le rôle du système éducatif

Une évidence: Pour prendre en charge ce challenge, tout revient en définitive à la formation des hommes. L'éducation se porte mal et les grèves n'arrangent rien. Il est d'ailleurs incompréhensible que les syndicats ne s'intéressent pas de façon assidue à l'acte pédagogique, le dernier rapport sévère de l'Unesco est un avertissement et doit nous interpeller. De ce fait, être contre une charte des droits et devoirs des acteurs de la communauté de l'éducation est incompréhensible. La compétence est individuelle et l'avancement devrait avoir lieu principalement au mérite.

S'agissant du supérieur, au vu des défis qui nous attendent, une bonne partie des enseignements du supérieur devraient être revus, notamment dans les disciplines technologiques pour prendre en charge les nouveaux défis. Comment par exemple contribuer à construire ses propres centrales solaires éoliennes, ses propres digesteurs de biomasse? En un mot, comment mettre en place la machine de la création de richesse? Une réponse possible: le recours d'une façon massive à l'université, à la richesse dans le cadre de mémoires d'ingénieur, de thèses de magistère ou de doctorat pour créer graduellement un savoir et une expertise pour aboutir à construire soi-même sa propre centrale.

La mise en place d'une base technologique qui mise sur l'université, sera à n'en point douter, le creuset des «start-up» notamment dans le domaine de l'énergie, permettrait de donner une perspective aux milliers de diplômés. Le modèle énergétique qui fera préalablement l'inventaire de notre potentiel énergétique proposera des applications visant à substituer le «tout-gaz naturel ou tout-pétrole» par ce «fameux bouquet énergétique».

Nul doute que ce seront des milliers d'emplois qui permettront de mettre en musique ce plan Marshall pour une transition énergétique pour les vingt prochaines années. l'université a un rôle majeur dans la formation des ingénieurs, des techniciens capables de prendre en charge cette utopie à notre portée. J'ambitionne pour mon pays un nouveau 24 Février de l'intelligence d'une transition énergétique pour le XXIe siècle avec les outils des nouvelles technologies. Rien ne doit alors, s'opposer à une remobilisation de l'université qui doit faire preuve d'imagination, qui doit former des créateurs de richesse. Parmi les grands défis du pays, ceux de l'énergie, de l'eau, de l'environnement et de l'autosuffisance alimentaire devraient être des axes structurants de notre recherche.

Le secret de la gouvernance est justement de mobiliser le plus grand nombre autour d'une utopie seule capable de sauver l'Algérie quand la rente ne sera plus là. En fait, il faut passer de la situation où personne ne se sent concerné à une situation où tout le monde, à des degrés divers, se sent concerné. Faire la chasse au gaspillage qui représente un gisement perdu d'au moins 20%. Le développement durable est avant tout une rupture avec le gaspillage tous azimuts des denrées alimentaires notamment du pain, de l'énergie, de l'eau. De ce fait, il y a lieu de substituer au régime de subvention actuel un système de compensations ciblées et directes au profit des couches les plus défavorisées de la société afin de restaurer l'esprit de justice sociale et de mettre fin à la contrebande existant dans le commerce des carburants.

La mise en place d'un plan Marshall pour les énergies renouvelables doit se faire et chaque calorie épargnée par substitution aux énergies fossiles et des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, biomasse, déchets ménagers..) soit par exemple, que l'énergie solaire à potentiel thermique est estimée à 40.000 milliards m3 de gaz/an, soit l'équivalent de 10 fois le champ de Hassi R'mel. De par le monde, l'énergie solaire est compétitive avec le gaz naturel. Il nous faut nous adosser à des locomotives capables de nous faire gagner du temps et de l'argent, la Chine, l'Allemagne sont toutes indiquées. A titre d'exemple, les Chinois, qui participent à la construction d'un million de logements, peuvent intégrer l'installation des chauffe-eau solaires. En moyenne, un appartement dépense près d'une demi-tonne de pétrole pour le chauffage, soit pour les deux millions de logements construits, l'équivalent d'un million de tonnes qui peuvent être épargnés, soit l'équivalent de 700 millions de dollars!

Par ailleurs, la richesse du Sahara, ce n’est pas seulement les énergies fossiles, la disponibilité d’une nappe phréatique de 45.000 milliards de m3, c’est aussi et surtout ce que l’on pourrait faire pour développer l’agriculture. Faisons du Sahara une seconde Californie, pour conjurer les changements climatiques et diminuer la dépendance alimentaire, l'Algérie fertilisera une bande de 6 millions d'hectares, en 10 à 15 ans. Grâce à ces 6 millions d'hectares, l'eau des nappes phréatiques, et une agriculture, l'Algérie pourra créer des industries performantes, exportatrices à travers le monde entier et créatrices de millions d'emplois. Nous aurons ainsi gagné la bataille du développement.

En définitive Le maître mot en tout est l'autonomie, la production nationale qu'il faut encourager par la création de nos outils. La meilleure énergie est celle que l'on ne gaspille pas, dit-on. On devrait ajouter que pour le pays, la meilleure énergie c'est sa jeunesse qui devra être partie prenante de son avenir.

1. http://www.legazdeschiste.fr/focus-technique/23012015,gaz-de-schiste-vers-une-fracturation-plus-propre,1190.html#KGIdVBxDpiggEbq2.99

2. http://oilprice.com/Energy/Crude-Oil/Roman-Abramovich-Invests-15M-in-New-US-Fracking-Technology.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans Algérie
commenter cet article
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 14:22

«La liberté absolue raille la justice. La justice absolue nie la liberté. Pour être fécondes, les deux notions doivent trouver l'une dans l'autre leurs limites.»

Albert Camus (L'Homme révolté)

Un vent mauvais souffle en France pour les Français musulmans qui, inexorablement sont assimilés par les médias judéo-laïcos-chrétiens confondus à des islamo-fascistes dans l'imaginaire des Français. Qu'on en juge! Après la disparition tragique de l'équipe de la rédaction du journal Charlie hebdo, nous assistons à une atmosphère qui nous rappelle celle qui a précédé les attaques contre la communauté juive en Allemagne, sauf que cette fois-çi l'hystérie n'est pas dirigée contre les juifs, mais surtout contre les musulmans et les Arabes. Dans ce qui suit nous allons rapporter une lettre qu'aucun média n'a publiée parce qu'elle ne va pas dans le sens de la diabolisation des musulmans, c'est celle du général français à un officier musulman. Le général français de corps d'armée Henri Poncet né le 4 octobre 1949 à Oran, commandeur de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du Mérite est issu d'une famille de catholiques pratiquants. Dans cette lettre, il s'élève contre les opérations de manipulation des émotions suscitées par les attentats contre le journal satirique Charlie Hebdo. Il confirme de ce fait, tout ce qui se dit sur la grosse machine propagandiste

antimusulmans.

La lettre courageuse du général de corps d'armée Henri Poncet

Lisons cette lettre qui est à bien des égards un condensé de tolérance, de vivre-ensemble mais aussi de lucidité: «Mon capitaine, cher Djamel, rentrant des Etats-Unis quelques jours après les actions terroristes qui ont frappé la France, j'ai pris connaissance de ta longue lettre. (...) Tu me dis ton malaise ressenti depuis ces tragiques attentats alors que tu viens de rentrer d'une mission de plusieurs mois particulièrement éprouvante dans le Sahel. (...) Tu sais très bien que dans quelques jours des millions de Français se précipiteront dans les bouchons qui mènent aux stations de ski, alors qu'à lire les unes des journaux «Nous sommes en guerre». (...) Je m'étonne par ailleurs que personne n'ait évoqué la possibilité de proclamer l'état d'urgence prévu par la loi, cadre juridique qui simplifierait la mise en oeuvre d'un certain nombre de mesures. Pour mémoire, il a été proclamé en 2005 dans certaines banlieues. Je comprends ton malaise, car je me rappelle ton regard inquiet alors que, jeune sous-officier tu venais d'être affecté à mon état-major et que, dans le cadre du petit tour que j'aimais faire régulièrement, j'étais entré à l'improviste dans ton bureau. Tu avais tout de suite vu que j'avais remarqué ton tapis de prière plié dans un coin. «Pratiquant?», t'avais-je demandé. Tu m'avais répondu par l'affirmative et j'avais vu ton soulagement quand j'avais ajouté: «Soldat français et musulman, pas de problème».(1)

Traitant de la liberté d'expression, le général se réfère à Camus cité plus haut: «Tu me dis également que tu t'es refusé de participer à un quelconque rassemblement. Je le comprends. L'élan émotionnel et spontané a été récupéré pour initier une opération de manipulation des foules qui a engendré ces manifestations de très grande ampleur. Je te rassure, si j'avais été en France, je m'en serais également abstenu. La liberté d'expression n'excuse pas tout et ne justifie en rien le droit à la caricature outrancière que j'assimile à l'insulte la plus méprisable. D'ailleurs, j'ai un peu de mal à comprendre comment l'on peut emboucher les trompettes du vivre-ensemble sans un minimum de respect de l'Autre en particulier vis-à-vis de tout ce qui touche à son espace symbolique ou sacré, qu'il soit profane ou religieux. J'ai un peu de mal à comprendre comment on peut brandir l'étendard d'une laïcité dévoyée en insultant l'Autre, et tu sais que, chrétien, je suis attaché à une laïcité bien comprise qui rassemble autour de valeurs communes, une laïcité dont la signification doit être repensée. Il faut regarder la réalité en face. La France d'aujourd'hui est faite de communautés. (..) Je peux plus sérieusement rappeler ce qu'a écrit Et toujours dans L'Homme révolté, [Camus, ndr] évoque cette limite en se référant aux Grecs et à «Némésis, déesse de la mesure, fatale aux démesurés». Il s'interdit de transgresser la limite pour rester à «hauteur d'homme». C'est cela le respect de l'Autre, ce message que Lyautey nous a laissé pour conquérir les coeurs.» (1)

Faisant le procès de la classe politique qui joue avec le feu pour des motifs bassement électoralistes il conclut: «(...) Mais la classe politique, toutes catégories confondues, a voulu cacher son incurie et son incapacité à exercer les fonctions régaliennes de l'Etat depuis près de vingt ans. Alors, se serrant les coudes, elle a joué à fond sur l'émotionnel pour ne pas se retrouver en position d'accusé par le peuple. Tu connais bien cela. On avait travaillé là-dessus pour les actions d'environnement et de déception. C'est la sixième stratégie de manipulation des foules parmi la liste des «Dix stratégies de manipulations» à travers les médias élaborée par le linguiste américain Noam Chomsky. On feint de découvrir que les zones de non-droit se sont multipliées en France, que tout ou presque est permis dans les prisons, que l'exercice de l'autorité est devenu un souci majeur dans les établissements scolaires, que le courant le plus rétrograde de l'islam, le wahhabisme financé par des théocraties arabes, a pénétré nos banlieues. Je pourrais continuer à égrainer ces multiples problèmes de la société française connus depuis des années, mais évacués à coup de rodomontades ou de subventions pour acheter la paix sociale. Tu sais tout cela, toi qui as passé ta jeunesse dans une de ces banlieues en crise. (...) De ton armée, Djamel, tu as le droit d'être fier, fier de toi-même, de tes frères d'armes. Tu peux regarder le drapeau de ton régiment sans baisser les yeux. Tu as droit au respect de tes concitoyens, de ton pays, de ton commandant en chef, parce que tu te bats pour la liberté, l'égalité et la fraternité.» Mes respects, mon capitaine.(1)

A ce plaidoyer pour la sérénité entre Français, les internautes qui ont commenté cet article saluent sans exception le courage du général et ce plaidoyer pour la tolérance Verbatim de quelques réactions: «C'est bien, mon général; quel média, à part celui qui vous a retenu, va diffuser votre lettre afin qu'elle soit lue par un maximum de citoyens responsables? (...) je partage tout à fait votre analyse, les Français sont manipulés et ne voient pas plus loin que la tendance du jour!!! Bravo au capitaine Djamel et respects à vous soldats de la France!! (...) Merci pour cette lettre à notre frère d'armes. Lettre émouvante et pleine de vérités sur nos politiques et la faillite de l'Etat qui comme vous l'écrivez s'est caché derrière l'émotionnel en fuyant ses responsabilités. (...) Merci général, d'avoir exprimé si simplement ce que nous sommes si nombreux à partager dans un silence imposé. Politiquement correct oblige! Au nom de la liberté d'expression vue par les sectaires et intolérants qui nous gouvernent, nous n'avons que la liberté de nous taire. Merci pour nous tous, ceux qui sont appelés «la majorité silencieuse». (...) Il est dommage que les médias n'aient pas le courage de regarder la réalité en face, politiquement corrects probablement! Merci à l'Asaf de nous avoir transmis votre courrier Et le nôtre ne font même pas de «belles ordonnances». (1)


Les musulmans islamo-fascistes?

A l'autre bout du curseur, il n'est pas fait crédit aux musulmans de France d'être aussi des Français eux qui sont sommés à chaque fois de se disculper pour des actes terroristes fruit d'une boîte de Pandore ouverte, que l'on ne veut pas refermer par l'apaisement, au contraire, on diabolise à tout-va «ces pelés, ces galeux d'où viennent tous nos maux».
Ainsi Manuel Valls a utilisé lundi 16 février pour la première fois le terme d'islamo-fascisme et appelé les juifs à rester en France. «Pour combattre l'islamo-fascisme, puisque c'est ainsi qu'il faut le nommer, l'unité doit être notre force», a déclaré le Premier ministre sur RTL. «Il ne faut céder ni à la peur, ni à la division. Mais il faut en même temps poser tous les problèmes: combattre le terrorisme, mobiliser la société autour de la laïcité, combattre l'antisémitisme. (...) Il faut désormais une rupture. (...) «Mon message aux Français juifs est le suivant: la France est blessée comme vous, et la France ne veut pas votre départ. Elle vous dit une nouvelle fois son amour, son soutien et sa solidarité. Cet amour est bien plus fort que les actes de haine, fussent-ils répétés.» (2)

Revenant sur la rhétorique de la peur qui brouille l'entendement des Français, il déclare: «Il faut dire la vérité aux Français (...) Il faut s'habituer à vivre avec cette menace terroriste qui est le fruit d'organisations internationales particulièrement barbares mais aussi d'individus radicalisés sur notre sol, qui sont des Français et qui peuvent retourner leurs armes, leurs couteaux, leurs armes à feu, contre nous, contre des militaires, contre des citoyens.» (2)

On le voit, les musulmans n'existent pas dans la solution mais sont le problème. En clair, tout citoyen français musulman est un terroriste potentiel et d'ailleurs cela peut commencer tout petit, n'a-t-on pas vu des gamins de 8 ans être entendus par la police?

Le clin d'oeil néo-conservateur de Manuel Valls

Pascal Riché nous donne l'historique de ce mot islamo-fasciste utilisé par Bush et propose un autre mot à sa place, mais toujours avec le même sens: «Le rapprochement écrit-il, entre islamisme et fascisme avait été fait par les néo-conservateurs dans les années 2000. Tiens, revoilà un joli mot-polémique, l'islamo-fascisme. Il ressurgit cette fois dans la bouche du Premier ministre, Manuel Valls. (...) Pourquoi, après tout, ne dirait-on pas «islamismo-fascisme»? C'est toute une religion, arguent-ils, qui est stigmatisée par ce mot-valise. (...)» (3)

Ainsi, après le 11 septembre, poursuit Pascal Riché, les néo-conservateurs s'emparent du mot qui a la force de l'oxymore (jusque-là, les fascistes n'aimaient pas trop les musulmans). Le 6 août 2006, le président Bush, sous leur influence, l'a utilisé dans un discours. Un an plus tard, l'écrivain Alan Dershowitz lance sur les campus universitaires «la semaine de vigilance contre l'islamo-fascisme», soulevant un tollé... En France, quelques intellectuels, qui partagent en grande partie l'idéologie néo-conservatrice en vogue outre-atlantique, défendent également le concept: c'est le cas de Bernard Henri-Lévy, André Glucksmann, Alain Finkielkraut ou Pascal Bruckner, par exemple. (...)» (3)



Pourquoi condamnons-nous l'antisémitisme et pas l'islamophobie?

La banalisation du terme est devenue naturelle d'autant qu'il y a une véritable conspiration du silence pour ne pas dénoncer l'islamophobie dans les pays occidentaux. Ainsi, parlant du deux poids, deux mesures entre l'antisémitisme qui est une marque déposée- pourtant les Arabes sont aussi des Sémites- et l'islamophobie William Saletan écrit: «(...) Certains gouvernements musulmans, exaspérés par une vidéo anti-islam à l'origine de manifestations et d'émeutes dans leurs pays, se demandent pourquoi les insultes à destination du prophète Mahomet sont considérées comme de la libre expression, alors que la diffamation des juifs et la négation de l'Holocauste n'en sont pas. Et nous n'avons aucune bonne réponse à leur donner. Si nous voulons être en droit de prêcher la liberté d'expression à travers le monde, nous devons la mettre réellement en pratique. Et pour ce faire, nous devons bazarder nos législations sur les discours de haine». (4)


«(...) Pour le président égyptien, la liberté d'expression ne devrait pas permettre des discours qui sont «faits pour inciter la haine» ou «dirigés contre une religion spécifique». Le président pakistanais a pressé la «communauté internationale» à «criminaliser» les actes qui «mettent en péril la sécurité mondiale en faisant un mauvais usage de la liberté d'expression». Et quand un journal français a publié des dessins tournant Mahomet en ridicule, le Premier ministre de ce pays a rappelé que les lois françaises protégeant la libre expression s'appliquaient aussi aux caricatures.(...)» (4)

«Du Pakistan à l'Iran poursuit l'auteur, en passant par l'Arabie saoudite, l'Egypte, le Nigeria et même au Royaume-Uni, des musulmans se gaussent de notre rhétorique sur la liberté d'expression. Ils pointent du doigt les lois européennes interdisant la remise en question de l'Holocauste. Le 24 septembre, sur CNN, les questions du président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont donné du fil à retordre au journaliste britannique Piers Morgan «Pourquoi, en Europe, est-il totalement interdit de mener des recherches sur cet événement? Pourquoi certains chercheurs sont en prison? Vous croyez en la liberté de penser et d'opinion, oui ou non? Le lendemain, l'ambassadeur du Pakistan aux Nations unies, s'adressant au nom de l'Organisation de la coopération islamique, déclarait devant le Conseil des droits de l'homme: «Nous savons tous qu'il existe en Europe, et dans d'autres pays, des lois qui imposent des restrictions, par exemple, aux discours antisémites, à la négation de l'Holocauste ou aux insultes racistes. Nous devons donc admettre, une bonne fois pour toutes, que l'islamophobie et les discriminations sur la base d'une religion ou d'une croyance sont des formes contemporaines de racisme et doivent être traitées comme telles. Ne pas le faire serait un parfait exemple de deux poids, deux mesures. Le traitement accordé à l'islamophobie, dans la loi comme dans la pratique, doit être égal à celui de l'antisémitisme.» (4)

Concluant son plaidoyer WilliamSaletan déclare: «Il a raison. A travers toute l'Europe, des lois interdisent n'importe quelle forme d'expression qui «minimise», «banalise», «sous-estime», «minore», «conteste» ou «remet en doute» les crimes nazis.(...) Les infractions à ces lois sont passibles de peines de prison pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement. Mon affaire préférée concerne un Français qui avait saisi la Cour européenne pour faire valoir son droit à la liberté d'expression, conformément à l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. Denis Leroy est dessinateur. Un de ses dessins représentant l'attentat du World Trade Center a été publié le 13 septembre 2011 dans un hebdomadaire basque avec la légende suivante: «Nous en avions tous rêvé... Le Hamas l'a fait.» Ayant été condamné à une amende pour «apologie du terrorisme». (...) La Cour a estimé qu'à travers son dessin, Denis Leroy glorifiait la destruction de l'impérialisme américain par la violence. (..) Comment pouvez-vous justifier la condamnation de tels faits, tout en défendant les dessinateurs et les réalisateurs qui ridiculisent Mahomet? Vous ne le pouvez pas. Soit vous les censurez tous, soit vous n'en censurez aucun. Si on me donne le choix, j'irai dans le sens d'Obama. «Les efforts pour restreindre la liberté d'expression, a-t-il mis en garde les Nations unies, peuvent vite devenir un outil pour réduire au silence les critiques et opprimer les minorités.» (4)

Les Français musulmans sont-ils des islamo-fascistes potentiels? Si rien n'est fait, le clivage de la société française travaillée dans le sens de l'intolérance aboutira à l'expulsion de ces scories de l'histoire. C'est tout le vœu de ceux, qui à l'instar de Zemmour et tant d'autres mettent en garde contre le grand remplacement! Sombres jours pour ces Français entièrement à part.



1.Général Henri Poncet 24 01 2015 http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-la-lettre-du-general-henri-poncet-ancien-commandant-des-operations-speciales-au-capitaine-djamel.html


2 .http://www.huffingtonpost.fr/2015/02/16/manuel-valls-islamo-fascisme-juifs-rester-france_n_6690402.html?xtor=AL-32280680

3. http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20150216.OBS2604/islamo-fascisme-le-clin-d-oeil-neo-conservateur-de-manuel-valls.html


4.WilliamSaletan http://www.slate.fr/story/62681/ hypocrisie-discours-haine-islamophobie-antisemitisme-homophobie-liberte-expression

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/211071-le-necessaire-apaisement.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
commenter cet article
12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 14:01

«Je ne suis pas un symbole. Ma seule activité consiste à écrire. Chacun de mes livres est un pas vers la compréhension de l'identité maghrébine, et une tentative d'entrer dans la modernité. Comme tous les écrivains, j'utilise ma culture et je rassemble plusieurs imaginaires.»

Assia Djebar (interview au Figaro)

Vendredi 7 février, l'académicienne Assia Djebar s'éteignait à Paris à l'âge de 78 ans. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a adressé un message de condoléances à la famille de la défunte: «J'ai appris avec une profonde tristesse, la nouvelle de la disparition de la romancière algérienne de renommée mondiale, Assia Djebar, Fatma-Zohra Imalayène laissant derrière elle un long parcours jalonné de succès durant lequel elle effleura, avec sa plume, le summum de l'art et de la littérature auxquels elle a rendu gracieusement leurs lettres de noblesse. L'Algérie perd en la personne d'Assia Djebar une grande figure de la littérature algérienne et universelle connue pour son enracinement, son engagement, ainsi que la profondeur et la justesse de ses écrits.»

De son côté, le président de la République française a rendu hommage, «à cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son œuvre, entre l'Algérie et la France, entre le berbère, l'arabe et le français».

«Avec la mort d'Assia Djebar lit-on sur le journal Le Figaro, c'est une grande voix de la littérature maghrébine de langue française qui s'éteint. Citée à plusieurs reprises pour le prix Nobel de littérature, le 16 juin 2005 était une date particulièrement importante pour elle dans une carrière pourtant riche. Ce jour-là, l'Académie française l'accueillait en son sein. C'était une première, car Fatma-Zohra Imalayène, qui avait pris le pseudonyme d'Assia Djebar dès son premier roman paru en 1958 chez Julliard, La Soif, était le premier écrivain d'origine algérienne et de culture musulmane à siéger sous la Coupole. (...) Il est juste dommage que, par la suite, elle fut peu présente quai de Conti. (...), Assia Djebar était une habituée des premières. Cette fille d'instituteur avait été la première femme à être admise à l'École normale supérieure de Sèvres, en 1955. Elle était également habituée aux grandes récompenses littéraires même si elle n'obtint pas le Nobel. De nombreux prix importants lui ont été décernés, surtout à l'étranger, notamment en Allemagne (Le Prix de la paix des éditeurs allemands, sorte de prélude au Nobel), aux États-Unis et en Italie. Elle a été traduite dans une vingtaine de langues, sa bibliographie comportant une vingtaine de titres: (...)Cinéaste, elle a été primée au Festival du film de Berlin et à la Biennale de Venise. (1)

«Dans la préface de son livre Les Alouettes naïves Assia Djebar donnait l'explication de sa démarche littéraire et de son combat politique, en parlant de "tangage incessant». «Soyons francs, écrivait-elle, tantôt notre présent nous paraît sublime (héroïsme de la guerre de libération) et le passé devient celui de la déchéance (nuit coloniale), tantôt le présent à son tour apparaît misérable (nos insuffisances, nos incertitudes) et notre passé plus solide (chaîne des ancêtres, cordon ombilical de la mémoire).» Il reste à aller au bout de ce programme-là. Car tout ça n'est qu'un début. Assia Djebar collabore bientôt à Tunis à El Moudjahid, le journal du FLN; se lance dans une grande fresque de la Guerre d'Algérie, mais racontée du point de vue des femmes, avec Les Enfants du nouveau monde (1962); s'inspire de son expérience à El Moudjahid pour raconter la vie des maquis dans Les Alouettes naïves (1)

Pour Raphaëlle Leyris du journal Le Monde: «Pour écrire, Assia Djebar s'était placée sous le double signe, apparemment contradictoire, de la consolation (le sens d'«Assia») et de l'intransigeance («Djebar»,; elle ne quitta jamais un état d'entre-deux - entre deux pays, entre deux langues. (...) L'année de l'indépendance de l'Algérie, la voit revenir à Alger et y enseigner à la faculté l'histoire (jusqu'en 1965) puis la littérature francophone et le cinéma (entre 1974 et 1980). Durant les années 1970, elle se consacre au cinéma, orienté autour de l'arabe dialectal, avec le long-métrage La nouba des femmes du Mont Chenoua, présenté à la Biennale de Venise, en 1979 où il obtient le Prix de la Critique internationale, puis La Zerda et les Chants de l'oubli qui sera primé au Festival de Berlin de 1983 comme «meilleur film historique». Assia Djebar écrit également une thèse consacrée à... son propre travail, qu'elle soutiendra en 1999: «Le roman maghrébin francophone, entre les langues et les cultures: 40 ans d'un parcours: Assia Djebar 1957-1997.» (2)


La chape de plomb sur son œuvre

« Nul n’est prophète en son pays » dit l’adage. Ceci c’applique bien à l’ostracisme de la bêtise à l’endroit d’une géante de la littérature universelle Pour rappel, en 2007 lors de l'ouverture de l'évènement culturel «Alger, capitale de la culture arabe» le chef de l'Etat a prononcé un discours inaugural, incitant tous les présents à saisir l'opportunité offerte par l'année 2007 pour mettre en évidence l'identité et toute la richesse de la culture algérienne. Au cours de son intervention, le président de la République a indiqué que «nous nous sommes donc réjouis de l'élection à l'Académie française d'Assia Djebar dont nous apprécions hautement la contribution à l'universalité de notre culture, exprimée dans la langue de Voltaire mais avec l'Algérie dans l'âme», cependant, il faut rappeler que l'accession de l'écrivaine Assia Djebar à l'Académie française a été totalement ignorée, notamment par le département de la culture et à sa tête, Khalida Toumi. alors que cette dernière a revêtu l'habit vert des Immortels depuis le 5 juin 2005. (3)


Pourquoi alors, la chape de plomb culturelle et éducative sur l'oeuvre d'Assia Djebar? N'a-t-elle pas servi la Révolution en tant qu'intellectuelle rédactrice de talent du journal fondateur El Moudjahid à Tunis? N'a-t-elle pas servi le pays d'abord en tant qu'enseignante? N'a-t-elle pas porté haut et fort, cette fierté algérienne dans ses textes? Le monde lui reconnait une légitimité mais pas l'Algérie, car rares sont les colloques sur son oeuvre. Il faut bien en convenir, nous sommes du fait d'une «colonisation mentale qui attend d'être déprogrammée», plus enclins à organiser des colloques sur Camus qui amènent des retours sur investissement que de rendre hommage sans arrière pensée sans m’as-tu vu sans attente de retour d’ascenseur à cette enfant du pays ,qui au passage , de l’avis des connaisseurs mérite diton le Prix Nobel plusieurs fois, n’était ce les pressions de tout ordre, l’indifférence de son pays d’origine et la frilosité des « gens du Nobel » qui ont du reculer aussi devant le fait que c’était une femme, une Algérienne, et une musulmane bref une inconnue ,qui là aussi ne donne pas de retour sur investissement pour les « gens du Nobel »


Le non-reniement de sa condition: le procès du colonialisme

Pourtant, quelle belle réussite aurait faite le Nobel en consacrant avec mérite, une Femme, une Musulmane une Algérienne, dont le pays a du payé une dîme de 200.000 morts à la camarde pour combattre l’hydre terroriste . Si ces « gens du Nobel » avaient seulement lu le discours d’Assia Djebbat qui est un condensé de sa vie, d’écrivaine de talent, de femme, de résistante, à la barbarie de moderne… La fierté d'Assia Djebar, s'est manifestée justement au sein de la plus haute instance culturelle de la France, à savoir l'Académie Française .

Dans son discours, elle a tenu à rappeler quelques faits d'armes, devoirs des races supérieures, à en croire Jules Ferry: «L'Afrique du Nord, du temps de l'Empire français, - comme le reste de l'Afrique de la part de ses coloniaux anglais, portugais ou belges- a subi, un siècle et demi durant, dépossession de ses richesses naturelles, déstructuration de ses assises sociales, et, pour l'Algérie, exclusion dans l'enseignement de ses deux langues identitaires, le berbère séculaire, et la langue arabe dont la qualité poétique ne pouvait alors, pour moi, être perçue que dans les versets coraniques qui me restent chers.» (4)

Assia Djebar fait sienne les positions tranchées d'Aimé Césaire avec tout le bien qu'il pense du colonialisme: «Le colonialisme écrit-elle, a vécu au jour le jour par nos ancêtres, sur quatre générations au moins, a été une immense plaie! Une plaie dont certains ont rouvert récemment la mémoire, trop légèrement et par dérisoire calcul électoraliste.» «Mesdames et Messieurs poursuit-elle, le colonialisme vécu au jour le jour par nos ancêtres, sur quatre générations au moins, a été une immense plaie! Une plaie dont certains ont rouvert récemment la mémoire, trop légèrement et par dérisoire calcul électoraliste. En 1950 déjà, dans son «Discours sur le Colonialisme" le grand poète Aimé Césaire avait montré, avec le souffle puissant de sa parole, comment les guerres coloniales en Afrique et en Asie ont, en fait, "décivilisé" et "ensauvagé", dit-il, l'Europe.» (4)

Son franc-parler a fait qu'elle n'allait pas souvent à l'Académie et lors d'une interview, elle s'interrogeait sur ce que réellement l'Académie attendait d'elle.



Les repères identitaires: son combat de toujours

Réaffirmant son identité plurielle, elle déclare son arrimage à la sphère arabo-islamique en parlant des heures de la civilisation andalouse. Elle rend responsable la France coloniale qui en imposant le français aux Algériens a créé chez eux une réaction vers un ressourcement identitaire. «Je voudrais ajouter, en songeant aux si nombreuses Algériennes qui se battent aujourd'hui pour leurs droits de citoyennes(...) je me destinais à la philosophie. Passionnée, étais-je à vingt ans, par la stature d'Averroes, cet Ibn Rochd andalou de génie dont l'audace de la pensée a revivifié l'héritage occidental, mais alors que j'avais appris au collège l'anglais, le latin et le grec, comme je demandais en vain à perfectionner mon arabe classique. (...) En ce sens, le monolinguisme français, institué en Algérie coloniale, tendant à dévaluer nos langues maternelles, nous poussa encore davantage à la quête des origines.» (4)

Cela ne l'empêche pas de parler d'acculturation heureuse: «(...) La langue française, la vôtre, Mesdames et Messieurs, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même; tempo de ma respiration, au jour le jour: ce que je voudrais esquisser, en cet instant où je demeure silhouette dressée sur votre seuil. (...)» (4)

Modestement elle partage l'honneur qui lui est fait avec tous les intellectuels algériens: «La sobriété s'imposait, car m'avait saisie la sensation presque physique que vos portes ne s'ouvraient pas pour moi seule, ni pour mes seuls livres, mais pour les ombres encore vives de mes confrères - écrivains, journalistes, intellectuels, femmes et hommes d'Algérie qui, dans la décennie quatre vingt- dix ont payé de leur vie le fait d'écrire, d'exposer leurs idées ou tout simplement d'enseigner... en langue française.»(4)

La fierté d'appartenir à une Algérie, terre trois fois millénaire de culture

Assia Djebbar parle d'un autre arrimage amazigh: «Il serait utile peut-être de rappeler que, dans mon enfance en Algérie coloniale (on me disait alors «française musulmane») alors que l'on nous enseignait «nos ancêtres les Gaulois», à cette époque justement des Gaulois, l'Afrique du Nord, (on l'appelait aussi la Numidie), ma terre ancestrale avait déjà une littérature écrite de haute qualité, de langue latine... J'évoquerai trois grands noms: Apulée, né en 125 ap. J.-C. à Madaure, dans l'Est algérien, étudiant à Carthage puis à Athènes, écrivant en latin, conférencier brillant en grec, auteur d'une oeuvre littéraire abondante, dont le chef- d'oeuvre L'Âne d'or ou les Métamorphoses, est un roman picaresque dont la verve, la liberté et le rire iconoclaste conserve une modernité étonnante.... Quelle révolution, ce serait, de le traduire en arabe populaire ou littéraire, qu'importe, certainement comme vaccin salutaire à inoculer contre les intégrismes de tous bords d'aujourd'hui. Quant à Tertullien, né païen à Carthage en 155 ap. J.-C, qui se convertit ensuite au christianisme, il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont son Apologétique, toute de rigueur puritaine (...) » (4)

« En plein IVe siècle, de nouveau dans l'Est algérien, naît le plus grand Africain de cette Antiquité, sans doute, de toute notre littérature: Augustin, né de parents berbères latinisés... Inutile de détailler le trajet si connu de ce Père de l'Église: (...) son retour à Thagaste, ses débuts d'évêque à Hippone, enfin son long combat d'au moins deux décennies, contre les Donatistes, ces Berbères christianisés, mais âprement raidis dans leur dissidence. (...) Ainsi, ces grands auteurs font partie de notre patrimoine. Ils devraient être étudiés dans les lycées du Maghreb: en langue originale, ou en traduction française et arabe.» (4)

Assia Djebar profitant de cette illustre tribune que la réception à l'Académie française, fait un plaidoyer pour la langue arabe: "rappelons dit-elle, que pendant des siècles, la langue arabe a accompagné la circulation du latin et du grec, en Occident; jusqu'à la fin du Moyen Âge. Après 711 et jusqu'à la chute de Grenade en 1492, l'arabe des Andalous produisit des chefs- d'oeuvre dont les auteurs, Ibn Battouta le voyageur, né à Tanger; Ibn Rochd le philosophe commentant Aristote pour réfuter El Ghazzali, enfin le plus grand mystique de l'Occident musulman, Ibn Arabi, voyageant de Bougie à Tunis et de là, retournant à Cordoue puis à Fez.la langue arabe était alors véhicule également du savoir scientifique (médecine, astronomie, mathématiques etc.). Ainsi, c'est de nouveau, dans la langue de l'Autre (les Bédouins d'Arabie islamisant les Berbères pour conquérir avec eux l'Espagne) que mes ancêtres africains vont écrire, inventer. Le dernier d'entre eux, figure de modernité marquant la rupture, Ibn Khaldoun, né à Tunis, écrit son Histoire des Berbères en Algérie; il finira sa vie en 1406 en Orient; comme presque deux siècles auparavant, Ibn Arabi. Pour ces deux génies, le mystique andalou, et le sceptique inventeur de la sociologie, la langue d'écriture semble les mouvoir, eux, en citoyens du monde qui préférèrent s'exiler de leur terre, plutôt que de leur écriture.»(4)

Avec courage elle avance une explication sur la nuit de l'intellect qui s'en est suivi dans le monde musulman: «Cette stérilité des structures annonçait, en fait, en Algérie, la lame de fond de l'intolérance et de la violence de la décennie quatre-vingt-dix. (...) Elle conclut en souhaitant au monde la guérison: «Mesdames et Messieurs, c'est mon voeu final de «shefa'» pour nous tous, ouvrons grand ce «Kitab el Shefa'» ou Livre de la guérison (de l'âme) d'Avicenne/Ibn Sina, ce musulman d'Ispahan dont la précocité et la variété prodigieuse du savoir, quatre siècles avant Pic de la Mirandole, étonna lettrés et savants qui suivirent... Je ne peux m'empêcher pour conclure, de me tourner vers François Rabelais, qui, à Montpellier, pour ses études de médecine, dut se plonger dans ce Livre de la guérison (...).»(4)

Que peut-on en conclure? Ce sont ces géants de la pensée qu'il sera plus que jamais nécessaire de faire connaître à cette jeunesse pour en tirer une légitime fierté. Pourtant, nous avons la pénible impression que l'Algérie peine encore à être une et indivisible culturellement. On constate des développements culturels séparés et le vivre-ensemble est en train de se déliter au profit de aççabyah mortifère. La culture ce n'est pas seulement ramener à prix d'or des troubadours ou le soporifique du football pour amuser les jeunes et leur faire oublier leur quotidien, c'est aussi militer pour ce désir de vivre ensemble en leur donnant des repères identitaires qui leur évitent l'errance. C'est enfin réhabiliter l''histoire vraie de ce pays et donner à chacun son dû à l'aune de son apport à cette immense Algérie.

A sa façon, Assia Djebar, ignorée superbement chez elle de son vivant, s'en est allée dignement, fièrement, sans m'as-tu-vu.. Comme Mostefa Lacheraf et bien d'autres, elle marqua son époque. Ces lignes de Victor Hugo tirées des Misérables me semblent aussi appropriées, pour les avoir proposés dans une contribution en hommage au professeur Aoudjhane disparu sans la reconnaissance de la nation:

«Elle dort quoique le sort fut pour elle bien étrange ».

« Elle vivait, elle mourut, quand elle n'eut plus son ange »

« La chose simplement d'elle-même arriva »

« Comme la nuit se fait quand le jour s'en va.»



1. http://www.lefigaro.fr/livres/2015/02/07/03005-20150207ARTFIG00082-assia-djebar-une-immortelle-disparait.php

2.Raphaëlle Leyris: Mort de l'académicienne Assia Djebar Le Monde.fr 07.02.2015

3. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/01/14/print-2-48149.php


4.Assia Djebbar: Discours de réception à l'Académie française 2005

Article de référence :http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour /210592-adieu-a-l-immortelle.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans Algérie
commenter cet article
5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 12:45


«Vivre simplement pour que simplement d'autres puissent vivre...»

Gandhi

Un mal récurrent, fruit de la civilisation du toujours plus est l'obsolescence programmée (OP). L'obsolescence est le nom donné à l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement. Face à la prise de conscience du public, certains pays tentent de légiférer pour limiter le recours à l'obsolescence ou au vieillissement programmé. La non-durabilité planifiée est dénoncée de nos jours, notamment par des mouvements écologistes ou en faveur de la décroissance, ainsi que par plusieurs organisations de défense du consommateur. L'obsolescence programmée constitue un effet pervers de la société de consommation. (1)

L'impact écologique direct est beaucoup plus préoccupant. La surconsommation crée un surplus de déchets, indépendamment de l'état de fonctionnement effectif des produits techniques mis au rebut ou de l'état d'usure des objets d'usage. L'exportation en masse de produits d'occasion en fin de vie, mais aussi de déchets, des pays de grande consommation vers des zones géographiques demandeuses de produits même périmés, ou bien où le stockage est négociable à moindre coût, est d'autant plus problématique et expose classiquement les pays receveurs à des nuisances spécifiques sur les sites de décharge de grande envergure. Le problème est aggravé du fait que cette pollution peut menacer les ressources en eau potable de ces zones, certaines régions étant encore alimentées en eau potable par des puits (1).

Pour Brooks Stevens, designer industriel américain, 1954, «c'est inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire». C'est le consommateur sous influence dont parle si bien le philosophe Dany Robert Dufour. Pour The Economist: «L'obsolescence programmée est une stratégie d'entreprise dans laquelle l'obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d'acheter de nouveaux produits et ser-vices que les fabricants proposent pour remplacer les anciens.» (1)

En France, l'Agence pour les économies d'énergie (Ademe), a publié en juillet 2012 une «Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques», dans laquelle elle précise la notion d'obsolescence programmée. L'obsolescence par incompatibilité est principalement observée dans le secteur de l'informatique, cette technique vise à rendre un produit inutile par le fait qu'il n'est plus compatible avec les versions ultérieures. On retrouve encore une fois ce type d'obsolescence dans les imprimantes, dans lesquelles les cartouches qui ne sont pas ou plus produites par le fabricant ne peuvent être remplacées efficacement. (1)

Obsolescence. Qui est le vrai coupable?

Damien Ravié tente de situer les responsabilités: «Depuis 2011 écrit-il, et la sortie du documentaire Prêt à jeter, l'obsolescence programmée sur Arte, on a vu se former un front de protestation contre ces pratiques non seulement coûteuses pour nos porte-monnaies. Tout le monde sait que les téléphones fixes duraient beaucoup plus longtemps que les téléphones mobiles (...) Damien Ravie fait le procès du fabricant en premier lieu et du consommateur bien sûr! «Le consommateur (surtout occidental) est un enfant gâté. Qui veut tout, tout de suite, et moins cher. Il veut tout, question de confort trois télés, deux tablettes, deux ordinateurs, deux voitures, et tant pis s'il ne les utilise pas, il a juste besoin de posséder... il veut tout de suite: Il veut moins cher (...) Enfin, on n'arrête pas de lui répéter qu'il faut consommer, alors il obéit. A qui? Qui commande sournoisement les comportements des citoyens pour les transformer en vulgaires consommateurs? Vous avez deviné, c'est «la publicité», servie en abondance par «les médias» qui en vivent: on nous promet une vie plus belle, une santé de fer, un couple heureux, des enfants sages, des amis vraiment sympas, une vie tellement plus remplie. Difficile de résister. (...) Et si la responsabilité était partagée?» (2)



L'obsolescence programmée des produits désormais sanctionnée en France

Il va être désormais possible en France écrit Laetitia Van Eeckhout, de saisir la justice sur certaines pratiques industrielles visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement. Dans le cadre du projet de loi sur la transition énergétique, adopté par l'Assemblée nationale mardi 14 octobre, les députés ont décidé que l'obsolescence programmée pourra être punie comme une tromperie. «Une fois cette définition introduite dans le code de la consommation, explique Nadia Boeglin de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), cette pratique, devenant un délit, pourra désormais être sanctionnée au même titre que les autres types de tromperies.» Elle pourra alors entraîner jusqu'à deux ans de prison et 300.000 euros d'amende. (...) La loi oblige désormais le fabricant ou l'importateur de produits à informer le vendeur de la période pendant laquelle, ou de la date jusqu'à laquelle les pièces détachées indispensables à l'utilisation des produits sont disponibles sur le marché. Et elle a porté de un à deux ans le délai de garantie légale (3).

Il reste que nous ne sommes qu’au début , l’application n’a pas eu lieu soit par inapplicabilité soit par retour à une position vertueuse des fabricants …



Réparation citoyenne: la parade à l'obsolescence programmée

Comment lutter contre l'obsolescence programmée? Deux pistes écrit Damien Ravié ont, peut-être, la capacité de changer les choses à une échelle suffisante: ce sont les solutions qui privilégient l'usage des biens plutôt que leur possession. D'un côté on a l'économie de fonctionnalité, où une entreprise ou une collectivité propose des services (le transport, par ex.) au lieu d'un bien (une automobile). Le consommateur devient usager: il ne s'attache pas à l'objet (qui est interchangeable). En second lieu, la consommation collaborative constitue un secteur prometteur et en pleine expansion, comme en témoigne le succès d'Uber (services de taxi/covoiturage). D'autres start-up visent à partager/louer toutes sortes de biens: outillage, appareils à fondue, machine à laver, et même son chez soi. Dans ce modèle, on divise les consommateurs en deux espèces: les propriétaires qui mutualisent leur bien et en retirent des bénéfices, et les utilisateurs qui ne possèdent pas de bien, mais qui s'en fichent du moment qu'ils peuvent en profiter. Un état d'esprit qui pourrait bien s'imposer en douceur, chez les jeunes générations. Le bien cesse d'être un objet de fierté qu'on affiche, ou qu'on garde jalousement à l'abri; il redevient... un simple objet, dont on cherchera à maximiser l'utilité. (2)

Une start-up de covoiturage mondiale serait en capacité de créer un label «consommation collaborative» pour certains véhicules adaptés, mais aussi pour les machines à laver «à partager». Des produits qui seraient plus durables donc meilleurs pour l'environnement et moins coûteux pour le propriétaire. De nombreuses alternatives émergent pour répondre et réagir à l'obsolescence programmée. Des plateformes d'échanges entre utilisateurs s'organisent autour de la réparation à l'instar du site américain iFixit. En parallèle, de nouveaux modèles économiques fondés sur l'écoconception se développent et les labels environnementaux commencent à prendre en compte la durée de vie du produit pour informer le consommateur. Lorène Lavocat propose de faire appel à l'expertise citoyenne! Damien Ravié a créé Commentreparer.com, un site web participatif pour apprendre à restaurer, dépanner, ou raccommoder nos objets. Lancé en 2011, le site Commentreparer.com marche comme un forum. Chaque mois, près de 300.000 personnes visitent le site. «Les entreprises ne sont pas seules responsables de l'obsolescence rapide des produits.» Il souligne que les consommateurs acceptent... et même encouragent «la stratégie commerciale de course aux prix les plus bas». Autrement dit, en plébiscitant des objets moins chers, en guettant les nouveautés, nous favorisons l'essor de produits peu durables. (4)



La civilisation du toujours plus: est-il trop tard pour sauver la planète?

Le bonheur est désormais assimilé à consommation. Jamais au cours de l'histoire il n'a été produit autant de richesses, mais 80% des ressources de la planète sont consommées par seulement 20% de la population. Les spécialistes du marketing s'efforcent de nous vendre de plus en plus d'objets inutiles, pour faire croire aux consommateurs que l'accumulation matérielle est une fin en soi. Pourtant, il existe une possibilité de s'en sortir en tant qu'humain en allant vers le développement durable, en partageant, en allant vers la sobriété énergétique et la frugalité, en respectant les rythmes de la nature. Misons sur un avenir apaisé, misons sur le développement durable. Il ne faudrait plus «maximiser» la croissance, mais le bien-être et le bonheur. Avec raison en 1997 et dans un autre cadre plus large qui est celui de la dicature du marché, , Pierre Bourdieu, avec sa lucidité coutumière, se posait la question «des coûts sociaux de la violence économique et avait tenté de jeter les bases d'une économie du bonheur.» (5)



Posséder ou partager: la seconde vie des choses

Faut-il continuer à amasser de l'éphémère coûteux et générateur de déchets? Martin Denoun et Geoffroy Valadon en parlent: «Dans le nouveau monde qui se dessine caractérisé par une pénurie inexorable d'énergie, des changements climatiques de plus en plus récurrents et catastrophiques, faut-il continuer au nom de la boulimie du consommer éphémère, voire inutile? La solution ne passe-t-elle pas par le partage et surtout l'impérieuse nécessité de donner du temps aux choses. Et si l'usage ne correspondait pas nécessairement à la propriété? (...) Nous avons dans nos foyers de nombreux biens que nous n'utilisons pas: la perceuse qui dort dans un placard et ne servira en moyenne que treize minutes dans sa vie, les DVD visionnés une ou deux fois qui s'entassent, l'appareil photo qui attrape la poussière plus que la lumière, mais aussi la voiture que nous utilisons en solitaire moins d'une heure par jour ou l'appartement vide tout l'été. La liste est longue. Et elle représente une somme impressionnante d'argent comme de déchets futurs.» Telle est, en substance, l'approche des théoriciens de la consommation collaborative. Car, assène avec un grand sourire Rachel Botsman, l'une de leur chef de file: «Vous avez besoin du trou, pas de la perceuse; d'une projection, pas d'un DVD; de déplacement, pas d'une voiture!». (6)

Comment mieux utiliser et partager ce qui existe plutôt que posséder davantage. Dans le même ordre du partage: «Est-il indispensable de posséder une voiture que l'on utilise 2 à 5% du temps plutôt que de louer son usage où et quand on en a besoin? Est-il judicieux de se déplacer «en solo» quand on peut covoiturer? L'Ademe (Agence française pour les économies d'énergie) donne des pistes de «sobriété». Nous lisons: «Comment le consommateur peut-il réduire significativement la quantité de déchets qu'il produit et participer ainsi à la mise en place d'une économie circulaire? Les Français semblent en 2010 98% à avoir déjà donné une seconde vie à un objet quelconque. Ainsi, le réemploi n'est plus exclusivement associé à des situations de grande pauvreté et se pare d'une image positive, celle du consommateur «malin». En 2012, près de la totalité des Français (98%) déclarent avoir déjà pratiqué le réemploi et l'on estime à 1 250 millions d'euros par an le chiffre d'affaires lié au réemploi et à la réutilisation. L'impact sur l'environnement s'en fait d'ailleurs sentir: on estime qu'en 2011,825.000 tonnes de déchets ont été évitées grâce au réemploi et à la réutilisation, participant ainsi au développement de l'économie circulaire. (6)



Et en Algérie?

Un constat: les Algériens ont perdu le sens de l'économie, la disponibilité excessive de tout, stérilise toute recherche tendant à éviter le gaspillage; l'Algérien de 2015 pense que tout lui est dû. Nous avons perdu le sens de l'économie et de la durabilité des choses. Nous avons 35 millions de portables dont la durée de vie est de trois ans en moyenne. Cela veut dire qu'il a un moyen de recycler 3 millions de portables/an.

Nos greniers périclitent d'équipements inutilisés qui peuvent avoir une seconde vie si cette philosophie du partage que nous nous vantons d'avoir de par notre culture et notre religion existait réellement. Justement, nous ambitionnons de mettre en place une transition énergétique vers le développement durable. Nous ne savons pas ce que sont les économies du fait d'une consommation débridée où les utilités sont gratuites et il est dangereux de continuer à dire que la vérité des prix n'est pas à l'ordre du jour. Il nous faut compter le moindre centime et rompre avec le gaspillage.

Nous «produisons», 12 millions de tonnes de décharges. Les décharges sont des trésors si on sait y faire! Ce sont des milliers de tonnes de produits recyclables à l’infini qui peuvent être extraits notamment le verre, les métaux , les plastiques et même le papier. Sans compter la possibilité de mettre en place des installations de biogaz

Il en est de même de la récupération de l'eau de pluie. Nos aînés récupéraient l'eau de pluie au nom de l'autosuffisance Il existe des dispositifs où chacun peut recueillir jusqu’à 25 %de l’eau qu’il consomme dans l’année

S’agissant e l’optimisation de la ressource est-il nécessaire aussi de construire de nouveaux bâtiments et équipements publics quand ceux existants sont sous-utilisés? Dans ce cadre le système éducatif algérien dans son ensemble possède un parc de bâtiments le plus important du pays sous-utilisé avec un entretien coûteux pour une faible rentabilité A taille égale une université occidentale reçoit deux fois plus d'étudiants que nos universités, elle est opérationnelle deux fois plus de temps dans la journée. Ce qui est demandé à l'école ou à l'université c'est d'améliorer constamment le niveau.

Conclusion

Jamais au cours de l'histoire il n'a été produit autant de richesses, mais 80% des ressources de la planète sont consommées par seulement 20% de la population. Les spécialistes du marketing s'efforcent de nous vendre de plus en plus d'objets inutiles, pour faire croire aux consommateurs que l'accumulation matérielle est une fin en soi. Une société qui consomme toujours plus ne peut respecter l'environnement et épuise tôt ou tard les ressources essentielles à la vie. Il ne s'agit pas de se priver ou de vivre dans la frustration. Vivre simplement, c'est de ne pas succomber aux tentations inutiles et de résister au diktat des marques. C'est vivre mieux avec moins, c'est être responsable. (...) Nous possédons de plus en plus de biens matériels, sommes-nous de plus en plus heureux? (7)

L'alternative est dans la sobriété, ne pas s'éblouir de la nouveauté, ne pas faire dans le mimétisme de l'Occident; rouler en 4x4, un portable vissé à l'oreille, ce n'est pas cela le développement. L'éco-citoyenneté est un combat qui commence à l'école et se poursuit par la suite dans la vie de tous les jours de chacun d'entre nous. C'est à ce titre que les générations futures trouveront une Algérie prospère qui réhabilite le travail en le mettant à l'honneur.



1.L'obsolescence programmée: Encyclopédie libre Wikipédia

2. http://www.commentreparer.com/pages/voir/id/72/Obsoleseence-le-vrai-coupable

3. Laetitia Va Eeckhout http://www lemonde.fr/planete/article/2014/10/151-obsolescence-programmee-des-produits-desormaissanctionee_4506580_3244.html#Fjaypogyhm 6R6AMi.99

4. Lorène Lavocat http://www. reporterre.net/Reparation-citoyenne-la-parade-a-127 012015

5.Chems Eddine Chitour http:// www.legrandsoir.info/La-civilisation-du-toujours-plus-Est-il-trop-tard-pour-sauver-la-planete-html


6. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/posseder-ou-partager-le-lien-a-la-place-du-bien/5354629

Article de référence :http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/210130-symbole-d-une-societe-du-gaspillage.html

Pr. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Repost 0
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 19:11

«L'enfant a le droit à une protection contre toutes les formes de sévices, de négligence, d'exploitation et de cruauté, y compris une protection spéciale en temps de guerre et une protection contre les mauvais traitements infligés dans le cadre du système de justice pénale. L'enfant est libre d'exprimer des opinions et a le droit de donner son avis sur des questions qui ont une incidence sur sa vie sociale, économique, religieuse, culturelle et politique. (Convention des droits de l'enfant Unicef )

On a tout dit du 11 septembre français et des conséquences qui ont suivi, notamment en termes de durcissement des sanctions à l'encontre des personnes soupçonnées de terrorisme. Dans la droite ligne américaine un Patriot act est en train d'être mis en place dans la patrie des droits de l'homme et du citoyen. Avec un rare unanimisme trans-partisan, chacun a fait preuve d'imagination pour punir à défaut de comprendre. Car c'est de cela qu'il s'agit; au lieu de traiter les racines du mal, on traite les conséquences Certes, comme tout pays qui se sent agressé, la France a le droit et le devoir de se protéger et de protéger ses citoyens contre un adversaire. Mais est-ce moral d'y aller sans discernement? Suite à la circulaire du 12 janvier promulguée par Christiane Taubira, appelant les procureurs à la plus grande fermeté, le ministère de la Justice a déjà engagé plus de cent procédures pour «apologie de terrorisme». C'est ainsi qu'une trentaine de personnes ont déjà été condamnées, parmi lesquelles des déficients mentaux, des personnes en état d'ébriété... ou des enfants. Le Collectif contre l'islamophobie en France a dénoncé, mercredi, une convocation qui, selon lui, «illustre l'hystérie collective dans laquelle la France est plongée depuis début janvier».


A partir de quel âge on est responsable de ses actes?

Deux récits concernant deux enfants de neuf et huit ans nous permettent de nous rendre compte objectivement de ce qui s'est passé. Le premier récit concerne un enfant de neuf ans
Sur le blog de Médiapart, nous lisons le récit poignant suivant: «Le papa d'Ayman, raconte ce qu'il a enduré avec son fils (9 ans) ces derniers temps: ´´Le jeudi 15 janvier à 10h00 j'ai reçu un appel de la gendarmerie de Villers-Cotterets nous demandant de me présenter avec mon fils le même jour à 15h30, pour des faits survenus le 8 janvier. Une fois rentré à la maison je lui ai demandé, s'il s'était passé quelque chose à l'école la dernière semaine. Il m'a indiqué que rien ne s'était passé de particulier. Je lui ai alors demandé comment s'était passée la minute de silence qui a suivi l'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo. Il m'a indiqué que deux enfants n'avaient pas respecté la minute de silence mais que lui l'avait parfaitement respectée.» (1)
«C'est alors que je l'ai informé que nous étions convoqués à la gendarmerie pour des faits s'étant déroulés le 8 janvier Nous nous sommes présentés le 15 janvier. Nous avons appris les faits reprochés, mon fils aurait perturbé la minute de silence en criant 'Allah akbar, vive le Coran''. Mon enfant a donc été entendu. Il a indiqué avoir respecté la minute de silence et que deux enfants ne l'avaient pas respectée. Après 1 heure d'audition, le gendarme lui a fait signer sa déposition, ainsi qu'à moi-même, étant le représentant légal. (...)Lors de mon audition, j'ai indiqué avoir toute confiance en mon fils et en ses déclarations. Je me suis senti obligé de justifier le pourquoi de notre croyance et son comment... J'ai indiqué clairement avoir été blessé, outré et choqué par cette convocation. J'ai demandé à ce que toute la vérité soit faite sur cette affaire et sur les dysfonctionnements qui ont pu conduire à l'audition d'un enfant de 9 ans, pendant ses cours, en gendarmerie.» (1)

«A la suite de cela poursuit le père, j'ai mené mon enquête via d'autres enfants présents et surtout j'ai rencontré le directeur de l'école de mon fils (Léo Lagrange à Villers-Cotterets). Il m'a indiqué que mon enfant n'avait causé aucune perturbation et qu'au contraire, il avait participé activement aux travaux éducatifs qui ont suivi les assassinats. A la suite de ces investigations, certain de l'innocence de mon fils, je me suis rendu à la gendarmerie de Villers-Cotterets le 23 janvier pour déposer une plainte pour faux témoignage. Ma plainte a été enregistrée par un nouveau gendarme.(..) Nous retrouvant dans une situation où les amalgames et insultes à caractère racial se multiplient, j'ai également demandé au gendarme des renseignements sur ces propos racistes et j'ai explicité le cas de mes enfants. En conclusion, je me demande comment justice va pouvoir être rendue à mon fils et notre famille?» (1)


L'affaire de Ahmed terroriste en herbe, sans le savoir

Cette deuxième affaire est encore plus poignante. Nous lisons la contribution de Françoise Petitdemange: «Me Sefen Guez Guez, l'avocat du petit Ahmed, relate ainsi les événements qui ont eu lieu à Nice: 'Tout a commencé le 8 janvier, au lendemain de la tuerie à Charlie Hebdo. Ahmed, 8 ans, était en classe avec ses camarades de CE2, quand on lui a demandé s'il était ´´Charlie´´. Lui a répondu: ´´Je suis du côté des terroristes, car je suis contre les caricaturistes du prophète.´´» (2)

«Plusieurs questions se posent ici: est-ce le rôle des enseignant(e)s de demander, dans le cadre d'une école, qui plus est d'une école primaire, à un enfant de 8 ans, s'il est ´´Charlie´´? Comment peuvent-ils(elles) demander à un musulman s'il est ´´Charlie´´? Autrement dit, s'il est du côté des caricaturistes qui ont sali, de façon obscène et ordurière, le Prophète Mahomet? En vertu de quel droit, des enseignant(e)s, peuvent-ils(elles) inciter un enfant de 8 ans à parler contre sa religion, celle de ses parents, celle de ses ancêtres?» (2)

«Pour l'avocat, L'affaire aurait pu s'arrêter là. Mais le 21 janvier, le directeur de l'école décide de déposer plainte, pour deux infractions: ´´apologie du terrorisme´´ contre Ahmed, et ´´intrusion´´ contre son père. Effectivement, l'enfant étant très perturbé et isolé depuis les faits, son père l'a accompagné jusque dans la cour de récréation à trois reprises après le 8 janvier, avant de se voir interdit d'accès. Trois reprises qui lui ont valu cette plainte pour intrusion.» [Idem.] L'enfant, «perturbé et isolé», n'aurait-il pas reçu des menaces de ses petits camarades chauffés à blanc par l'hystérie politico-médiatico-éducative? L'attitude d'un père, n'est-elle pas de protéger son enfant? Voici cet enfant de 8 ans pris dans le tourniquet des mots d'adultes: ´´apologie du terrorisme´´...» (2)

«Me Guez Guez, lui, a davantage les pieds sur terre que les hommes et femmes politiques de notre pays et que les enseignant(e)s de cette école de Nice qui, tous comptes faits, s'en prennent à la parole d'un enfant: «Mercredi, à la question du policier qui voulait savoir s'il connaissait la signification du mot ´´terrorisme´´, Ahmed a eu, selon son avocat, une réponse qui en dit long: ´´Non, je ne sais pas´´.» [Idem] Qui pourrait donner une définition du mot «terrorisme», par les temps qui courent? Les bombes qui, depuis des décennies, tombent, la nuit, le jour, sur l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, la Syrie, le Mali, etc., ne sont-elles pas des instruments de terreur? ce sont des dizaines, des centaines de milliers (...) d'hommes, de femmes, d'enfants qu'elles ont massacré(e)s et qu'elles continuent à massacrer.» (2)

«... Cela fait des années que les médias mainstream bassinent les citoyen(ne)s avec des réparties injurieuses contre la religion musulmane. Est-il simplement... correct d'attaquer ce qui est du domaine du sacré chez l'Autre? (...) Non, ce n'est pas un simple fait divers... L'affaire est grave. Beaucoup plus grave que ne le croient tous ces parangons de vertu qui attaquent la liberté d'expression d'un enfant de 8 ans, au nom de la liberté d'expression de qui, au juste? La rupture avec les valeurs républicaines? Il faudrait déjà que les hommes et les femmes politiques ne fussent pas en rupture avec les valeurs humaines... Pour Me Sefen Guez Guez, très en colère: «On est face à une hystérie collective. Mon client a 8 ans! Il ne réalise pas la portée de ses propos. C'est insensé.» Maintenant, les enfants de 8 ans, s'ils sont musulmans, peuvent être considérés comme des vecteurs du terrorisme et interrogés par la police française.» (2)

Entendu à 8 ans pour apologie du terrorisme: que s'est-il vraiment passé?

Sous la plume de Anne Sophie Hojlo du Nouvel Obse. Nous avons une version complémentaire qui nous apprend que le contentieux était plus ancien: «L'audition d'un enfant de 8 ans mercredi dans le cadre d'une audition libre au commissariat de Nice (Alpes-Maritimes) pour ´´apologie d'acte de terrorisme´´ suscite la polémique, Le 8 janvier dernier, écrit-elle, un débat est organisé dans une classe de CE2 de Nice après l'attaque survenue la veille à Charlie-Hebdo. Un élève tient des propos «inadmissibles», selon les mots du rectorat des Alpes-Maritimes. «Je ne suis pas Charlie, je suis avec les terroristes», a reconnu avoir lancé le petit garçon. Selon le rectorat, il aurait également refusé de participer à la minute de silence en mémoire aux victimes. Ce qu'il nie aussi, selon son avocat. En guise de punition après ses propos, le directeur lui aurait lancé «Tu ne participeras pas», en le retenant par la main.

Interrogé, le rectorat donne une version des faits très succincte. Il refuse en particulier d'évoquer les propos tenus par l'élève et son père. Il dément toute plainte contre l'enfant: ses propos ont simplement été signalés par l'école auprès d'une cellule de protection de l'enfance des Alpes-Maritimes. C'est cette cellule qui a prévenu la police.´´ «Après ce signalement, le père est venu à l'école menacer le directeur. L'élève est diabétique et doit prendre de l'insuline.» Le père a accusé l'équipe éducative de le laisser mourir. Après l'altercation, le directeur a porté plainte contre le père. Il a ensuite été convoqué avec l'enfant au commissariat.» (4)


La version de l'avocat

«Maître Sefen Guez Guez avocat de Ahmed décrit un acharnement et des violences du directeur, contre lequel le père a porté plainte pour coups et blessures. Après avoir dit «Je ne suis pas Charlie», il est envoyé dans la classe du directeur. Ce dernier lui attrape la tête et la tape trois fois sur le tableau en répétant «qui t'a dit ça? «Personne», répond l'enfant.» ´´Le directeur lui met ensuite des ciseaux dans les mains en lui ordonnant «Tue ce qui ne te plaît pas». Puis on ne lui donne pas son insuline à l'heure prévue, en lui disant: Tu souhaites la mort aux autres, pourquoi tu ne mourrais pas? «Tu vas pouvoir goûter à la mort.» Le lendemain, il raconte qu'il joue aux archéologues», et que le directeur lui lance Arrête de creuser, tu ne vas pas trouver de mitraillette pour tous nous tuer.» (3)
«´´Le père a eu vent des répercussions contre son fils à l'école, du fait que les autres enfants le traitaient de terroriste, et il l'a accompagné à l'école pendant 3 jours, sous l'oeil d'un enseignant, puisque les entrées d'école sont contrôlées dans le cadre du plan Vigipirate. «Il s'est expliqué avec le directeur, lui annonçant qu'il allait porter plainte. Comme il ne parle pas bien français, cela a pu être interprété comme des menaces. Il a ensuite fait l'objet d'un signalement au commissariat pour intrusion, et son fils pour apologie du terrorisme. Ils ont reçu chacun une convocation.» (3)

Une autre affaire concerne cette fois-ci un enfant de 14 ans. L'affaire commence le 9 janvier dernier. Alors qu'un professeur de français en collège propose à ses élèves «un débat» sur l'attentat de Charlie Hebdo, un élève intervient et s'exclame: «Ils ont eu raison. Le 14, convocation chez le principal, ses parents apprennent son exclusion pour une semaine, le principal, porte plainte à la police contre l'enfant. Et le lendemain, alors que la famille se rend au commissariat afin d'être entendue, l'adolescent est placé en garde à vue pour une durée de vingt-quatre heures. Le 17 janvier au matin, l'adolescent est présenté menotté au juge pour une mise en examen pour apologie de terrorisme. Cette histoire surréaliste, rapportée par Rue89, n'est qu'un énième épisode des dérives de la justice en ce mois de janvier. (4)

Pourtant le croyons-nous, il y a violation manifeste de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant art.2.2 et art. 3. Un enfant confié à l'école n'a pas à subir de pressions psychologiques ni d'intimidation, par toute personne, a fortiori par une personne en autorité. Ces enfants ont visiblement subi un traumatisme inadmissible et... durable

A contrario dans le nouveau Patriot Act à la française, un scénario cauchemar serait le suivant: A 8 ans, c'est trop tard... Il faut créer une brigade de policiers spécialistes pour intervenir de façon musclée dans les maternités des zones sensibles (...) Création de centres d'assimilation. Tous les enfants nés de parents vivant dans les quartiers dits sensibles surtout si la famille est de confession musulmane et à l'exclusion des enfants dont les familles sont de confession juive (ce serait de l'antisémitisme), seront retirés à leur famille. Ils seront enfermés dans les centres d'Assimilation, afin de leur enseigner la bonne façon de penser et de faire. Ils seront autorisés à sortir du centre après avoir réussi toutes les épreuves de pensée, d'obéissance, de soumission et d'action pour le bien de la nation (sic). Une citation prise de l'Internet (tribut 29 01 2015 BFM/TV) résume par une boutade à elle seule la dérive du droit «Tolérance zéro dès la crèche! Si un enfant balbutie un mot défendu comme ´´terroriste´´ direction le commissariat immédiatement! Non mais! Ce ne sont pas les marmots qui vont faire la loi.» Tout est dit en dérision rattrapée par la triste réalité


Est-cela la France «mère des arts des armes et des lois»? Sans avoir la prétention de porter des jugements de valeur, nous avons la pénible impression que la politique à l'endroit des Français musulmans est dénuée d'équilibre. S'il est vrai que le terrorisme est une plaie qu'il faut combattre à tout prix, il est néanmoins vrai que les Français musulmans ne devraient pas être ostracisés-ils sont les boucs émissaires d'un conflit planétaire qui a ses racines ailleurs. Dans tous les cas, traumatiser des enfants est non seulement contre-productif, mais de plus il ne résout pas le fond du problème qui est celui d'une intégration apaisée.

On est en droit de s’interroger où est la conscience intellectuelle française ? Où sont les gardiens du Temple censés dire le droit ? Où est l’Unicef ? Où est Amnesty international ? Pas la moindre petite protestation de principe à une France qui a largué son magister moral Imaginons un instant un enfant juif de 8 ans arrêté et malmené par la police qui l’interroge alors qu’il n’est pas encore en situation de discerner l’importance des mots, toutes les foudres du monde s’abattrait sur les contrevenants ! En ce soixante dizième anniversaire de la Shoah où on se recueille à la mémoire de ceux qui ont péri des mains de la barbarie, nulle empathie pour des enfants qui ont pourtant la même humanité



1. http://blogs.mediapart.fr/blog/rachid-barbouch/310115/un-enfant-de-9-ans-accuse-dapologie-au-terrorisme


2. http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-j-cuny/290115/wikipedia-ostracise-francoise-petitdemange- et-michel-j-cuny

Anne-Sophie Hojlo http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150129. OBS1220/entendu-a-8-ans-pour-apologie-du-terrorisme-que-s-est-il-vraiment-passe.html


4. http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/20/apologie-dacte-terrorisme-jai-leve-main-jai-dit-ils-ont-eu-raison-257212

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/209922-tolerance-zero-des-la-creche.html

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
commenter cet article