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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 20:02


«Albahrou ouara akoum oua al ‘adou amamakoum»

Paroles attribuées à Tarek Ibn Zyad lors de son arrivée en Espagne en 711

Ça y est! Ce que l'on craignait est arrivé, les prix du pétrole ont plongé à moins de 30 dollars (29,09 $ le baril le 15 janvier 2016 pour le Brent et 2,13 le million de BTU pour le gaz naturel coté au Nymex). Une nouvelle baisse des prix «ne peut être exclue», a déclaré Carsten Fritsch, analyste de Commerzbank à Reuters Forum Global Oil. Il a averti que 25 $ le baril «est tout à fait possible, mais pas beaucoup plus bas que cela». La production américaine s'établissait à 9,227 millions de barils avec une quantité de raffinage de 16, 423 millions de barils/jour au 8/01/2016. (1)

La différence étant importée ce qui amène interrogation: d'un côté, le Congrès autorise les Etats-Unis à exporter, de l'autre, ce pays importe 7,196 millions de baril/jour! La seule certitude est que les stocks de sécurité sont pleins à 482 millions de barils soit 60 jours d'importation et plus de 100 millions de barils/jour par rapport à la même période de 2015. Cela veut dire que la recommandation de l'AIE aux pays de l'Ocde leur permet indirectement de manipuler les prix et absorber des chocs en déstockant. Adam Smith et sa main invisible sont une vue de l'esprit à moins d'admettre qu'Adam Smith nous a bernés et qu'en fait il est manchot.

Un chaos mondial

Par ailleurs, les Bourses ne sont pas épargnées, il y a une sorte de sauve-qui-peut. «Depuis le début du mois en effet, lit-on dans un éditorial du journal Le Monde, les Bourses de Chine ont chuté de 20%, tandis que, à New York, Wall Street a reculé de plus de 8%. Cette baisse brutale est le reflet d'une triple crise - chinoise, pétrolière, américaine -, qui menace l'économie mondiale.(...) Le système[chinois] ne s'effondre pas, mais la deuxième économie du monde connaît des soubresauts dangereux pour ses partenaires. A commencer par la baisse du yuan. Pour l'instant, Pékin se bat contre les marchés pour freiner la dévaluation de sa devise - ses réserves monétaires ont fondu de plus de 100 milliards de dollars en décembre -, mais combien de temps sera-t-il possible de résister à la spéculation?» (2)

Le baril de brut est passé sous les 30 dollars, en recul de plus de 15% depuis le début de l'année. Au plus bas depuis douze ans, il entraîne avec lui l'ensemble des matières premières. Pour mémoire, l'or noir s'échangeait encore à 115 dollars il y a dix-huit mois. N'en déplaise aux automobilistes, ce prix est beaucoup trop bas. Jusqu'à 70 dollars, un pétrole bon marché est favorable à la croissance mondiale. En deçà, il a des effets récessifs: les pays producteurs sont obligés de réduire leurs importations et leurs investissements, ils se trouvent exposés à de graves risques politiques et sociaux, tandis que les compagnies pétrolières sabrent dans les investissements. Ce double choc se répercute sur les Etats-Unis. Les entreprises sont chahutées en Bourse. Contre-choc pétrolier oblige, le secteur de l'énergie est en chute libre, et les faillites qui se multiplient affectent, par ricochet, les valeurs bancaires (...) Mais l'activité de l'industrie s'est contractée ces derniers mois, pour retomber à son plus bas niveau depuis 2009, et la consommation marque des signes d'essoufflement. Bref, l'Amérique freine dangereusement, alors que la Réserve fédérale vient tout juste de remonter ses taux d'intérêt après des années d'argent facile.»(2)



Comment les prix du pétrole pourraient augmenter?

Les rentiers de l'Opep ne savent pas que la perte occasionnée par un dumping qui met les prix au plancher est de loin plus importante qu'une réduction de quota. Un petit calcul montre qu'une réduction de 10% de la production de l'Opep soit 3,1 millions de barils à répartir d'une façon équilibrée en réduisant la part de l'Arabie saoudite qui a pris les quotas de l'Iran du fait des sanctions et de l'Irak, permettrait de faire remonter les prix jusqu'à 60, voire 70 $. Les pays industrialisés, notamment pétroliers, américains ne verraient pas cela d'un mauvais œil. Pour l'Algérie passer de 1 million de barils/j à 30 dollars, voire moins à 800.000 barils /jour à 60 dollars le gain est évident. Mais qui va faire entendre raison aux rentiers du Golfe? Seule alors une injonction américaine leur fera entendre raison. Cela ne se fera pas car les Américains ont pour objectif de terrasser économiquement la Russie. Les producteurs américains ont des moyens de rebondir le moment venu.



L'équation iranienne

Nous savons que l'Opep est à la fois clouée au sol par les problèmes de parts de marché imposées par les Saoudiens, mais aussi par la rivalité entre ces deux pays. Alors que le conflit entre l'Iran et l'Arabie saoudite continue, un renforcement des liens entre les acteurs improbables pourrait être en cours.Israël et l'Arabie saoudite ont trouvé un terrain d'entente dans leurs efforts pour combattre l'influence iranienne dans la région, selon le Wall Street Journal. Alors que ces deux pays n'ont pas de relations diplomatiques formelles.
Les sanctions internationales contre l'Iran ont été levées. Selon l'Aiea Téhéran a respecté ses engagements. C'est un bon jour pour le peuple iranien puisque les sanctions vont être levées», a déclaré Mohammad Javad Zarif, cité par l'agence de presse Isna. Téhéran va revenir en force sur le marché pétrolier. «Elle va cibler l'Inde, et envisage d'augmenter les exportations de 500.000 barils par jour (bpj). L'Iran dispose de 22 très grands transporteurs de brut (Tgtb) flottant au large de ses côtes, avec 13 entièrement ou presque entièrement.» (3)



Les énergies propres: Embellie durable

Dans toutes ces incertitudes, le développement des énergies renouvelables ne connaît pas de ralentissement, au contraire! 2015 a été une bonne année pour l'installation de capacité d'énergie renouvelable, avec 64GW pour l'éolien et 57GW pour l'énergie solaire photovoltaïque soit une augmentation de près de 30% par rapport à 2014. Les investissements dans l'énergie propre ont bondi en Chine, en Afrique, aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Inde en 2015. Les investissements ont atteint 328.9milliards de $, en hausse de 4% par rapport à 2 014. Parmi les pays émergents citons le Mexique (4,2 milliards $, en hausse de 114%), le Chili (3,5 milliards $, en hausse de 157%), l'Afrique du Sud (4,5 milliards $, en hausse de 329%) et le Maroc (2 milliards $, partant de zéro en 2014). Ceci est dû à la baisse du coût de l'énergie solaire photovoltaïque, ce qui signifie que plus de capacité pourrait être installée pour le même prix. Au cours des 18 mois à la fin de 2015, le prix du Brent a plongé de 67% à partir de 112,36 $ à 37,28 $ le baril. Le gaz naturel aux États-Unis a chuté de 48% sur l'indice Henry Hub de 4,42 $ à 2,31 $ par million de British Thermal Units.» (4)

« Michael Liebreich, président du conseil consultatif à Bloomberg New Energy Finance, a déclaré: «Ces chiffres sont une riposte magnifique à tous ceux qui attendaient l'investissement de l'énergie propre à caler sur la chute des prix du pétrole et du gaz. «Le vent et l'énergie solaire sont actuellement adoptées dans de nombreux pays en développement comme une partie naturelle et importante du mix de production: le plus grand financement dans l'éolien terrestre était pour 1.6GW Nafin Mexique, $ 2,2 milliards environ. Le solaire thermique ou CSP développé par NOORo au Maroc, à 350 MW de 1,8 milliard $.»(4)

«La Chine a de nouveau été de loin le plus grand investisseur dans les énergies propres en 2015, augmentant sa domination de 17% à 110.5 milliards $. Les États-Unis ont investi 56 milliards $, en hausse de 8% sur l'année précédente L'Europe vit de nouveau la baisse des investissements en 2015, à 58.5 milliards $, en baisse de 18% sur 2014 et son chiffre le plus faible depuis 2006. Le Royaume-Uni est de loin le marché le plus fort, avec des investissements en hausse de 24% à 23.4 milliards de $. L'Allemagne a investi 10,6 milliards $, la France a connu encore une plus grande chute de l'investissement, de 53% à 2,9 milliards $. L'Afrique et le Moyen-Orient sont deux régions avec un grand potentiel pour l'énergie propre, compte tenu de leurs populations croissantes, ressources solaires et éoliennes abondantes. En 2015, ces régions combinées ont vu l'investissement de 13,4 milliards $, en hausse de 54% sur l'année précédente.» (4)



Qu'en est-il du gaz de schiste?

Plombée par des prix du pétrole bas, l'industrie des gaz de schiste a mangé son pain blanc. Il semble que de graves problèmes commencent à être visibles, à la gabegie d'eau douce utilisée, aux centaines de produits chimiques ajoutés, au non-traitement correct des eaux récupérées avec toutes les conséquences en termes de nuisances et de détérioration de la santé, il faut ajouter un phénomène dangereux celui des tremblements de terre. Une publication récente montre le sort peu enviable des habitants de l'Oklahoma: «Pour les habitants de l'Oklahoma, c'est presque devenu une routine. La terre tremble régulièrement. Le 6 janvier, deux séismes d'une magnitude de 4,7 et 4,8 ont secoué la région septentrionale de cet Etat du centre des Etats-Unis. En 2015, l'Oklahoma a recensé plus de 900 tremblements de terre d'une magnitude proche de 3, soit deux et demi par jour. Pour 2016, les prédictions ne sont pas meilleures ».(5)

« Selon le National Earthquake Information Center de Golden, dans le Colorado, la barre des mille séismes devrait être franchie. La région centrale du pays n'avait enregistré que 21 séismes de magnitude 3 et plus entre 1973 et 2008. L'Oklahoma n'est pas le seul Etat touché par des séismes induits par l'activité pétrolière et gazière. La Californie, le Dakota du Nord ainsi que le Texas connaissent le même type de phénomène. Dans certaines régions du Texas, des pétitions demandant l'arrêt du 'fracking'' ont été signées.» (5)


Outre ces anomalies, les gens ont du méthane et autres produits toxiques dans leurs eaux. Ils ont même mis en place des systèmes de ravitaillement en eau potable parce qu'ils développaient des maladies à force de consommer celle du robinet.


Que devons-nous faire dans le pays?

70% de la consommation énergétique nationale sont consacrés aux ménages, au transport et autres consommations sans production de valeur ajoutée, et seulement 30% dans l'industrie, cette tendance va dangereusement perdurer à moins d'une politique énergétique destinée à la réduire, à diversifier sa nature. Cela ne peut pas se faire sans une vision d'ensemble et la transition énergétique n'est pas de la responsabilité unique du ministère de l'Energie, mais de tous les autres secteurs. Nous devons aller vers le développement durable en mettant à profit d'une façon rationnelle les ressources de la rente pétrolière et gazière pour mettre en oeuvre la transition énergétique du pays.

Cette transition énergétique, qui nécessite l'adhésion de la société entière pour sa réussite, doit aussi se traduire par une sobriété énergétique et une utilisation pondérée des énergies fossiles». L'objectif étant de sortir définitivement de la rente d'une façon intelligente et, en même temps, laisser un viatique aux générations futures. En un mot, l'économie algérienne ne doit pas lier son avenir aux convulsions erratiques d'un baril de pétrole. Pour les experts, la réalisation de cette transition énergétique, une sorte de «plan Marshall», est nécessaire, englobant un modèle de consommation allant jusqu'à 2050.

Ce «plan Marshall» doit également revoir la question du soutien aux prix de l'énergie, qui est anormal car profitant aussi aux classes aisées. Les économies d'énergie, qui vont mettre fin à une consommation débridée, ne peuvent être opérationnelles que si un juste prix est pratiqué, Savons-nous que le prix du gaz naturel est facturé en Algérie 20 fois moins cher que son prix à l'international et que celui du gasoil est facturé 5 fois moins cher que dans les pays voisins?

La transition énergétique vers le Développement humain durable (il faut s'efforcer de ne laisser personne sur le bord de la route) que nous appelons de nos voeux doit aussi tenir compte de plusieurs paramètres, un large recours aux énergies renouvelables, la protection de l'environnement et surtout la rationalité dans la consommation. Il faut savoir en effet, que notre plus grand gisement d'énergie est celui des économies d'énergies évalué entre 10 et 20%. Cela veut dire que près de 5 à 10 millions de tonnes pourraient être épargnées et laissées aux générations futures.

Le solaire et l'éolien sont largement rentables dans tous les pays sauf, curieusement dit-on en Algérie! Pourquoi? Est-ce que la main-d'oeuvre est chère? Alors qu'elle est au moins trois fois moins chère! Est-ce que parce que le gisement solaire n'est pas assez incitatif, alors que l'on sait qu'il est presque trois fois plus important que celui de l'Allemagne en intensité et dix fois en surface! Est-ce que parce que nous n'avons pas de matière première (le silicium, alors qu'on nous annonce la découverte d' un gisement de 6 millions de tonnes). Est-ce que parce que nous n'avons pas les compétences? Nous produisons bon an mal an 150 000 diplômés! Que font-ils sinon verser dans l'informel! Est-ce qu'il n'y a pas d'entreprises qui s'y sont lancées dans le solaire malgré toutes les entraves bureaucratiques? non, rien de tout cela!

La raison est que les pouvoirs publics sans vision d'ensemble qui toucherait tout les départements ministériels,- c'est cela la transition énergétique vers le Développement humain durable que nous appelons de nos voeux - veulent tout faire et ne laissent pas l'initiative aux entreprises privées de se lancer moyennant des dispositifs d'accompagnement dans la production de panneaux solaires et de participation à cette stratégie d'ensemble dans le cadre d'une transition énergétique à expliquer aux citoyens et faire en sorte que chacun prenne sa part de responsabilité.

Une utopie mobilisatrice serait de décider dans les faits, pas dans le verbe, du développement du Sahara (un véritable Snat); Création de villes nouvelles adossées à des périmètres développés pour l'agroalimentaire avec la disponibilité d'eau d'électricité renouvelables. Si seulement 10% des 300.000 logements étaient dédiées aux villes nouvelles, ce sera une sorte de conquête intelligente du Sud. Plus globalement s'il est demandé aux citoyens de rationaliser leurs dépenses, notamment d'énergie, d'eau, alimentaires, ils le feront quand ils auront acquis la certitude qu'il y a une stratégie d'ensemble qui touche les faibles comme les puissants à des degrés divers.

Le citoyen lambda est prêt à faire des sacrifices si le fardeau de ces mesures d'ajustement est réparti d'une façon appropriée. A commencer par le train de vie de l'Etat qui peut et qui doit être réduit d'au moins 20%. Une mesure spectaculaire serait par exemple que la flotte de véhicules de l'administration se mette au sirghaz, que les véhicules importés possèdent la double carburation (avec le sirghaz) et que les dépenses de prestige sans valeurs ajoutées soient supprimées. Vive la crise si elle nous permet de nous réveiller ! Ce plan Marshall est encore finançable. «Albahrou ouara akoum oua al adou amamakoum» se serait exclamé Tarik Ibn Zyad lors de son arrivée en Espagne en 711. Mutatis Mutandis nous sommes dans la même situation. Le moment est venu de donner une utopie mobilisatrice à cette jeunesse en panne d'espérance.


1. http://oilprice.com/newsletters/free/opintel15012016


2. Le retour des tempêtes financières. Le Monde du 17 janvier 2016


3. http://www.reuters.com/article/us-iran-oil-exports-idUSKCN0UT098


4. http://about.bnef.com/press-releases/clean-energy-defies-fossil-fuel-price-crash-to-attract-record-329bn-global-investment-in-2015/


5.Stéphane Bussard http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/01/15/dans-l-oklahoma-le-gaz-de-schiste-provoque-des-seismes-arepetition_4847904_3244.html#l51Fs3YAXOSKZbwO.99

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/233549-il-faut-un-plan-marshall-du-developpement-durable.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 17:26

«Le patriotisme aujourd'hui c'est la démocratie»

Hocine Ait Ahmed (l'un des architectes de la glorieuse Révolution de Novembre)

Voilà un sujet de philosophie au baccalauréat, à proposer aux élèves de terminale qui sont plus âgés que l'âge auquel le jeune lycéen Hocine Ait Ahmed a commencé à militer. Qu'est-ce qu'être patriote au XXIe siècle et pourquoi nous avons besoin de réhabiliter la démocratie qui, comme chacun le sait existait dans nos assemblées du village «Thadjma'ethe»

Pour l'histoire on raconte que même Donat fut offusqué par la désignation des évêques autrement que par le vote pour celui qui est le meilleur pour diriger la communauté. Le donatisme et les circoncellions eurent à se battre il y a deux mille ans contre le pouvoir romain aidé en cela par un autre Berbère Augustin. C'est dire si la démocratie est consubstantielle de l'âme berbère. Qui connaît parmi les jeunes Algériens de ce XXIe siècle de tous les dangers, Ait Ahmed qu'ils découvrent suite à son décès loin de la mère patrie que les vicissitudes d'une histoire que l'on peut résumer en un mot, celle d'un homme debout qui a fait de la devise «+:ΛO+ Σ +[●ЖΣΨ+ » «Annaraz oula nakhnou» «Plutôt se briser que de rester à genoux», un sacerdoce d'une vie au service de la liberté et des droits humains? Ce cri de ces Algériens millénaires qui résument la résilience à huit envahisseurs différents depuis trois mille ans.

Qui connaît ce révolutionnaire de trente ans traqué dès son jeune âge de lycéen (16 ans), vivant dans la clandestinité et qui à vingt ans s'affirmait déjà comme un chef? Les jeunes actuels - non instruits dans l'histoire de leur pays, toute l'histoire rien que l'histoire- donnent l'impression d'une fausse indifférence et ce ne sont pas des documentaires, toujours les mêmes, que la Télévision nationale réchauffe et des déclarations tardives par des personnalités politiques qui pour la plupart n'ont pas vécu la glorieuse révolution.

Une leçon de vie

Pour nous rendre compte de ce feu sacré qui a entretenu la flamme de la vie de Ait Ahmed, ce sacerdoce qui animait les jeunes de ce temps et qui peut traduire la réalité du vécu de la foi en la révolution, en l'inéluctabilité de l'indépendance, je veux porter un témoignage discret anonyme de celles et ceux qui les ont portées. Justement, il m'a été donné d'écouter sur la Chaîne 3, le 26 décembre de 13h-14h le témoignage de cinq Algériennes - nos mères, nos soeurs, nos aînées- et de leur part de lutte pour une patrie fantasmée. Avec simplicité, avec des mots justes, avec conviction ces cinq jeunes filles à l'époque (autour de la vingtaine d'années) ont expliqué pourquoi elles ont décidé de se battre contre le pouvoir colonial, comment fut leur formation à la fois militaire et politique au sein du Malg, et ensuite comment elles ont traversé la frontière après leur formation, leurs marches éreintantes pour rejoindre leurs postes au maquis (jusqu'à 50 km), les rencontres avec des femmes rurales qui montaient la garde et qui ensuite faisaient tout ce qui était en leur possible pour atténuer la fatigue des moudjahidate, notamment en les nourrissant du mieux qu'elles pouvaient.

Ces lignes sont là pour rendre compte du feu sacré qui habitait ces révolutionnaires en herbe. La plupart de ceux qui ont fait la révolution étaient trentenaires. Ait Ahmed avait 30 ans juste lors du congrès de la Soummam. C'est dire si nous sommes des nains juchés sur les épaules de ces géants. Je ne vais pas redire tout ce que l'on sait et ne pas répéter les mêmes témoignages, je vais essayer de décrire pourquoi ce révolutionnaire au plein sens du terme a sacrifié sa jeunesse, une vie paisible en faisant, comme beaucoup, «le minimum syndical» pour la révolution et revendiquer ensuite sa part de butin déclinée d'une façon multiforme.

On peut peut-être ne pas comprendre- sans avoir la prétention de porter un jugement de valeur- certaines positions de l'un de ces pères de la Nation (le dernier des neuf historiques), mais on doit objectivement constater que ses positions de principe dénotent d'un caractère trempé. L'ancien président Liamine Zeroual a raison d'écrire dans un message à la famille du défunt, mais aussi, nous le revendiquons à toutes les Algériennes et tous les Algériens: «L'ancien combattant de l'indépendance est un «symbole d'abnégation, de rigueur, de ténacité et surtout de morale». «L'Algérie vient de perdre aujourd'hui un symbole et un grand patriote. C'est l'un des derniers pères de la nation qui disparaît. Son pays présent à tous les instants dans son coeur.» On comprend de ce fait que pour Ait Ahmed, le pays n'était pas libre, il était encore à libérer et Dieu sait de combien de jougs.


Qui est Ait Ahmed?

Sans aller jusqu'à rapporter l'historiographie officielle, rappelons quelques jalons de soixante-dix ans de combat pour l'indépendance de l'Algérie puis pour une Algérie démocratique.: «Lycéen à Ben Aknoun à l'âge de seize ans, il s'engage dans le Mouvement national, en adhérant au Parti du peuple algérien (PPA). Accusé de connivence avec le groupe des Berbéristes, il quitte la tête de l'OS et gagne l'Egypte où il va constituer avec Ben Bella et Mohamed Khider le premier noyau de la diplomatie de l'Algérie combattante. Son parcours est aussi jalonné d'exploits diplomatiques (conférence de Bandung en 1955), avant son arrestation avec quatre autres dirigeants du FLN dans le célèbre détournement d'avion, en octobre 1956.»(1) Puis ce fut le rapt de la France des six révolutionnaires dont Hocine Ait Ahmed et la prison jusqu'en 1962.

Les velléités autoritaires nées dès l'indépendance acquise ont poussé Hocine Ait Ahmed à choisir la voie de l'opposition politique pour perpétuer l'idéal de Novembre. «L'adoption du projet de Constitution dans une salle de cinéma, Le Majestic (actuelle salle Atlas de Bab El Oued), était une volonté délibérée d'humilier l'Assemblée nationale constituante.» Le président de l'Assemblée nationale, Ferhat Abbas démissionne de son poste pour protester contre la fascisation du pouvoir. «Ou c'est la fascisation morale, la mort pour notre peuple, ou bien la résurrection de notre Révolution.» En juillet 1963 il annonce sa démission de toutes ses activités officielles, alors qu'il était élu à l'Assemblée constituante. Le 29 septembre, il crée le maquis du Front des forces socialistes. Arrêté il fut mis en prison, il s'en évadera au bout de quelques mois pour reprendre définitivement le chemin de l'exil.» (1)

«L'Algérie, perd l'un des derniers pionniers du Mouvement national, mais aussi l'un des opposants les plus farouches et les plus coriaces au pouvoir. Depuis son retour d'exil en 1989, Ait Ahmed a réussi, grâce à son aura d'homme historique, à s'imposer rapidement sur la scène politique et à faire de son parti une force politique incontournable. Connu pour son slogan «Ni Etat policier ni Etat intégriste», son parti, le FFS, s'est toutefois peu à peu aligné sur la thèse favorable au retour du FIS. Son opposition à tous crins va l'amener en 1995 à pactiser avec le FIS et le FLN d'Abdelhamid Mehri autour du contrat de Rome, qui réclamait la réhabilitation du parti dissous, après l'interruption des législatives de 1992.» (1)


Le patriotisme est-il antinomique de l'identité?

L'une des convulsions du mouvement national vers l’indépendance, fut ce que l'on appelle ; la crise berbériste. «Elle a donné lieu à diverses interprétations. En effet, bien que l'élément déclencheur soit réel, la direction du PPA-MTLD saisit cette occasion pour régler ses comptes avec l'aile activiste du parti. Messali Hadj n'a jamais voulu, comme le dit si bien Mohamed Harbi, engager une épreuve de force contre le système colonial. Du coup, pour avoir le contrôle sur le parti, il montait une aile du parti contre une autre afin de rester maître du jeu. (...) Selon Ait Ahmed, la crise a eu pour point de départ l'agitation d'un seul militant, Rachid Ali Yahia. Finalement, au-delà de l'extirpation du germe berbériste, la direction du PPA-MTLD a su neutraliser le courant activiste dans sa globalité.» (2)

Dans le même ordre, l'historien Guy Perville nous apprend que: «(...) A la fin de 1936, Amar Imache se mit à contester l'autoritarisme et le culte de la personnalité de Messali. Dans L'Algérie au carrefour (1937), il mentionnait la vieille tradition républicaine des Berbères, mais il ne posait pas la question de la langue berbère, et il ne fut pas suivi par les nombreux militants kabyles Le premier manifeste de l'identité berbère serait-il donc le célèbre article du poète kabyle Jean Amrouche intitulé «L'éternel Jugurtha, Propositions sur le génie africain?» (3)

«Hocine Ait Ahmed a signalé dans ses Mémoires d'un combattant , poursuit l’auteur, l'existence d'un groupe de jeunes militants kabyles, internes au lycée de Ben Aknoun près d'Alger durant l'année scolaire 1944-1945. Ardents patriotes, ils étaient également soucieux de retrouver leurs racines culturelles et d'agir pour reconquérir l'indépendance de l'Algérie. L'un d'eux, Mohand Idir Aït-Amrane, composa un hymne patriotique en berbère, Aker amis n'mazigh (Lève-toi, fils d'Amazigh), et Hocine Ait Ahmed un autre hymne, qui furent tous les deux traduits en arabe. Leur nationalisme algérien s'exprimait principalement en français et en kabyle, ce qui ne les empêchait pas d'admirer les chants et les discours patriotiques en arabe. Certains, comme Hocine Ait Ahmed, Ali Laïmèche, Amar Ould-Hamouda et Omar Oussedik, interrompirent peu après leurs études pour se consacrer entièrement à la préparation d'un futur soulèvement (...) Entièrement dévoués à la cause nationale algérienne, ils eurent la surprise de constater peu à peu la méfiance de la direction du PPA envers tout ce qui ressemblait à du berbérisme. (..) Le vrai problème était l'autoritarisme de la direction du parti. Démocrates autant que patriotes, les militants de Grande Kabylie exigèrent la réunion d'un congrès après le retour de Messali en Algérie pour participer aux élections de novembre 1946.»(3)


«En juillet 1949, Mabrouk Belhocine, Yahia Hénine et Sadek Hadjérès diffusèrent leur étude à l'intérieur du PPA-MTLD sous la forme d'une brochure intitulée L'Algérie libre vivra, signée du pseudonyme arabo-berbère Idir el Watani (Idir le Patriote). Ses quatre éléments indispensables sont ´´le territoire, l'économie, le caractère national qui se traduit dans le mode de vie, la mentalité et la culture, le culte d'un même passé et le souci d'un même avenir´´. Ils montraient que ´´l'existence en Algérie de deux langues parlées n'empêche pas du tout la compréhension mutuelle des éléments qui les parlent´´, et que ´´la diversité, loin de nuire, est complémentaire et source de richesses´´. Et les Algériens n'en étaient pas moins tous unis dans la ´´ferme volonté d'édifier un Etat algérien UN et INDIVISIBLE où chacun aura sa place au soleil´´.» En effet, le prétendu ´´berbérisme´´ du prétendu complot de 1949 n'était qu'un nationalisme authentiquement algérien. Inspiré en partie de la théorie française de la nation fondée sur une volonté collective de vivre ensemble, il la dépassait en rejetant la tradition jacobine de l'uniformité linguistique imposée, et correspondait beaucoup mieux au modèle helvétique de la nation multilingue et multiconfessionnelle » (3).


Quelques positions de principe de Ait Ahmed

Au hasard des lectures sur Internet, je propose aux lecteurs, cette contribution posté par Anonyme, ce «message de Hocine Ait Ahmed en juillet 2003: «Chers compatriotes! L'histoire, nous ne pouvons pas, nous n'avons pas le droit de l'oublier, nous Algériens, l'histoire est toujours l'histoire des peuples qui la font. Des moments semblables sont déterminants pour chaque être humain, chaque femme, chaque homme est invité à se dépasser lui-même en s'accordant avec son prochain. Certains répondent à l'invitation de l'histoire et se hissent au-dessus de leurs calculs étriqués pour être à la hauteur du moment, d'autres cèdent à la facilité, aux manipulations, aux illusions de l'instant... Mais pour tous, il y a un avant, un pendant et un après ».

« (...) En 1992 poursuit Ait Ahmed, mais quelle aurait été la stratégie du FFS en cas de majorité absolue du FIS après le second tour? Notre souci permanent est le changement radical du régime et cela de manière progressive. Ni par la violence ni par la révolution, mais grâce à un processus ordonné et avec la volonté de préserver la paix civile. Ces élections étaient l'occasion d'amorcer ce changement. Le premier tour a montré la victoire relative du FIS et surtout son recul par rapport aux municipales de juin 1990. Il fallait respecter la suite du processus électoral. (...) Ce qui nous importait, c'était de continuer dans la légalité électorale et constitutionnelle. Je pense que l'interruption du processus électoral constitue une catastrophe pour notre pays et un grand coup pour son renom à travers le monde.»
Quand Ait Ahmed revient le 15 décembre 1989, après vingt-trois ans d'exil. Les Algériens sont venus nombreux, du fin fond de la Kabylie, sa région natale, mais aussi du reste du pays, lui souhaiter la bienvenue.: «Mon sentiment déclare-t-il est un sentiment de joie et de bonheur. J'ai quitté mon pays après m'être enfui de prison au printemps 1966. C'était un réel déchirement. Mais celui que je ressens aujourd'hui est plus grand encore parce que je me demande, à l'âge de soixante-trois ans, qu'est-ce que je peux faire?». «Essayer d'apporter une contribution de sagesse, une certaine expérience, mais d'abord, et avant tout, renforcer la paix civile en posant les problèmes d'une manière claire et nette.»

«Je suis conclut Ait Ahmed, pour tout ce qui tend vers la démocratie, mais la démocratie, c'est votre affaire à vous!» Tous les problèmes de l'heure sont abordés. «L'islam? C'est la religion de tous les musulmans. Nous devons veiller à ce que la politique n'exploite pas la religion. Nous demandons à l'islam d'apporter un plus à la démocratie, pas un moins.» «L'école et les langues? «je refuse que la langue soit assimilée à l'obscurantisme. J'ai toujours engagé mes amis politiques à apprendre l'arabe. J'engage mes compatriotes arabophones à apprendre l'amazighe (le berbère). «Quant au français, c'est une langue que nous connaissons. C'est un acquis que nous devons défendre.». «Je prends votre accueil comme un engagement de votre part à ne pas rester les bras croisés, à vous battre et à ne plus exercer la violence les uns envers les autres», a-t-il conclu.

Qui parlera de l'histoire du pays aux jeunes? Qui leur apprendra que l'histoire n'est pas une grande surface où on ne prend que ce qui nous intéresse, c'est de fait une vente concomitante où on revendique toute notre histoire sans en faire un fonds de commerce. Les Algériennes et les Algériens ont perdu en Ait Ahmed un de ces géants de la dernière période de l'épopée libératrice, une personnalité que l'on aurait pu écouter, nous faire revivre la révolution. Les jeunes sont étonnés de découvrir ce nom mythique d'héros de la Révolution au moment de sa mort- Ces jeunes qui ont soif de connaître l'histoire de l'Algérie, toute l'histoire, rien que l'histoire, et non pas des fragments édulcorés au goût du jour.

On l'aura compris, il ne restera plus que des personnes qui parleront de la Révolution par procuration, selon l'air du temps et nous aurons raté une étape importante dans l'édification de la Nation, celle de son histoire avec ses heurs et ses malheurs, ses zones d'ombre et ses périodes fastes. Les jeunes ne doivent pas continuer à être en apesanteur identitaire en perte de repères et dont l'imaginaire est ouvert à tous les vents mauvais de l'effritement identitaire. Reposez en paix cher maitre. Vous resterez pour nous un repère dans cette nuit de l'intellect.

1.http://www.algeriepatriotique.com/article/disparition-de-hocine-ait-ahmed-un-revolutionnaire-ne-et-un-opposant-irreductible
2.http://lequotidienalgerie.org/2012/07/17/les-verites-dait-ahmed-sur-la-crise-berberiste/
3. http://guy.perville.free.fr/spip/article. php3?id_article=168

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/232368-il-etait-une-fois-la-revolution.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 19:09

«Il n'y a pas de limite à ce que peut la volonté de l'homme»

Ferdinand de Lesseps (Fondateur du canal de Suez)


Cette boutade de Ferdinand de Lesseps est à méditer par les Algériens confrontés à une conjoncture difficile d'assèchement durable de la rente pétrolière, d'une situation internationale délétère du fait d'un partage du monde qui accouche dans la douleur, et ce qui ajoute à la difficulté des changements climatiques qui impacteront certainement notre pays, notamment en aggravant le stress hydrique. C'est peut-être le moment de faire une introspection et nous remettre fondamentalement en question pour évaluer dans le calme et la sérénité ce qui ne va pas proposer des solutions de court terme et se pencher sur le temps long, c'est-à-dire 2030 qui est à nos portes et plus loin encore 2040, 2050.


Justement dans ce cadre, le ministère de l'Aménagement du Territoire a pris l'initiative d'organiser les Assises du Schéma national du développement durable. Lundi et mardi ont été tenues, les Assises du Schéma national de l'aménagement du territoire» Nous sommes dans une étape d'évaluation et la tenue de ces assises constitue une opportunité pour évaluer le Schéma national de l'aménagement du territoire (Snat) sur la période 2010-2015», a déclaré dans son intervention M.Ghoul qui a indiqué que l'objectif que se fixent les autorités du pays consiste «à parvenir à un développement durable de nature à permettre au pays de ne plus compter sur les hydrocarbures». Les conclusions sont à saluer. Notamment la création d'un Observatoire de l'aménagement du territoire et l'importance de l'économie de la connaissance.


<strong>Qu'est-ce que le Snat?</strong>


Nous empruntons au préambule du document rédigé en 2010, les missions suivantes: «Le Schéma national d'aménagement du territoire (Snat) est un acte par lequel l'État affiche son projet territorial. Le Snat montre comment l'État compte assurer, dans un cadre de développement durable(...)Le Snat intègre dans un contexte de globalisation et de compétitivité au niveau mondial, l'insertion et le rayonnement de l'Algérie dans ses espaces naturels d'appartenance et d'évolution (Maghreb, Euro-Méditerranée, Afrique). Le Snat s'intéresse à une autre échelle du temps: le temps long (20 ans) c'est-à-dire la profondeur temporelle d'une génération. Le Snat repose sur trois fondamentaux avec trois échéances: l'échéance démographique (...) l'échéance économique avec comme corollaire la compétitivité et la mise à niveau des territoires. Elle correspond à la création de la zone de libre échange et l'entrée à l'OMC. L'échéance écologique qui exige la préservation du capital naturel et culturel dans une situation de stress hydrique et de rareté des sols et où la concurrence est de plus en plus forte entre usages et durabilité.


Le Snat intervient dans un environnement international caractérisé par: - l'émergence de nouveaux acteurs, - l'émergence d'une civilisation planétaire et polycentrique, - l'insécurité croissante, - le rôle-clé des nouvelles technologies, - le contexte énergétique à l'horizon 2030, - les grands enjeux de l'environnement planétaire et l'enjeu des changements climatiques.» (1) Dans le Snat 2025 on lit aussi: «L'élaboration du Schéma national d'aménagement du Territoire -Snat- est un enjeu national. (..) Il nous appartient désormais de préparer notre pays à affronter dans son organisation territoriale les grandes échéances de demain. Le monde autour de nous continue de changer. L'émergence de nouveaux acteurs économiques, le nouveau contexte énergétique, le rôle toujours croissant des nouvelles technologies, l'insécurité mondiale, l'enjeu des nouvelles émigrations sub-sahariennes, sont autant de défis auxquels nous devons nous adapter.


Le Snat 2025 est mis en oeuvre selon deux phases: Une première phase 2007-2015: durant laquelle la politique d'aménagement du territoire restera au cours de cette période principalement marquée par l'action volontaire de l'Etat. C'est la phase de mise en oeuvre immédiate du Snat 2025 à travers les 19 Schémas directeurs des grandes infrastructures et services collectifs d'intérêt national qui a déjà commencé. Une deuxième phase 2015-2025: c'est la phase partenariale, durant laquelle, l'Etat ayant mis en place les investissements structurants de sa politique d'aménagement du territoire, jouera de plus en plus un rôle de régulateur et d'arbitre laissant les opportunités d'actions importantes à une gamme plus large d'acteurs.» (2) Pour rappel et par la suite le 3 avril 2011 s'est tenue une conférence et le ministre de l'Environnement de l'époque déclarait que le schéma du Snat repose sur trois fondamentaux avec trois échéances, à savoir l'échéance démographique, l'échéance économique et enfin l'échéance écologique. Le Snat s'articule sur la proximité, place la réparation des multiples agressions subies par les territoires au coeur de la stratégie d'aménagement et d'occupation des espaces, précisant que 21 schémas sectoriels sont adoptés et 17 autres sont en cours.
<strong>
Le manque de coordination intersectorielle</strong>


Le Snat (2010-2030) a été bien rédigé, il contient une mine d'informations, qu'il faut naturellement actualiser. Cependant, y a-t-il un bilan chiffré sans complaisance des réalisations et des problèmes rencontrés dans l'exécution de ce Snat? La question est de savoir ce qui a été fait et est-ce que les 210.000 milliards du plan de développement ont été utilisés en tout ou partie? Durant ces assises caractérisées de l'avis des participants par une totale franchise l'accent a été mis sur les dysfonctionnements. Par ailleurs, pour la première fois dans ces assises a été pointée du doigt la cacophonie inter-département ministériel entravant la mise en oeuvre du Schéma national de l'aménagement du territoire. En effet, si le bilan n'est pas à la hauteur des espérances, la première cause serait due à l'absence de coordination entre les différents secteurs est l'une des contraintes qui entravent la mise en oeuvre du Schéma national de l'aménagement du territoire (Snat), ont relevé les experts qui recommandent d'accompagner ces plans d'outils d'application au niveau local.


«Le Snat (2010-2030) a été bien fait, mais il n'a pas été accompagné d'outils d'application de ses schémas directeurs au niveau local pour pouvoir assurer l'intersectorialité», estime Rachid Boukhechem, chercheur à l'Institut national de recherche agronomique d'Algérie (Inraa). L'absence d'intersectorialité a été à l'origine de stagnation et de retards de plusieurs projets de développement ainsi que de l'émergence de certaines problématiques territoriales, selon ces experts.


Le professeur Noureddine Messahel, de l'université de Sétif, a cité l'exemple de la réalisation de grands périmètres irrigués (GPI) de 80 000 ha dans l'est des Hauts-Plateaux, prévue par le schéma directeur 2010-2014 et dont les études n'ont pas été élaborées à ce jour, et ce, malgré la mise en service des transferts d'eau. Le morcellement du foncier agricole est l'autre problématique soulevée par les experts qui plaident pour la «sanctuarisation» des terres agricoles notamment celles situées aux alentours des grands centres urbains.


Le directeur général de l'Inraa, Foued Chehat, a précisé que le foncier agricole était «sacralisé» par la loi d'orientation agricole, «mais cela n'empêche pas l'existence de beaucoup de passe-droits, y compris dans des zones à haut potentiel», a-t-il dit. Pourtant, dans le même temps les lenteurs qui caractérisent la décision du secteur de l'agriculture par rapport à la distraction de terres agricoles constitue une contrainte sérieuse à l'avancement du programme de développement des énergies renouvelables», estime Baya Belarbi, responsable de l'engineering à Sktm.Concernant les énergies renouvelables, les intervenants étaient unanimes à souligner la nécessité de coordonner entre les différents secteurs.


Dans le précédent Snat il n'y avait pas la moindre allusion à l'économie de la connaissance. Dans ces assises, pour la première fois, il faut s'en féliciter; on parlera dans le thème: «Développement humain durable» de la valorisation des ressources humaines, et la nécessité de les placer au centre de tout projet de développement de l'élément humain, et l'acteur primordial. Pour les participants, «l'heure est à la dynamisation des activités des cinq secteurs locomotives de l'économie nationale que sont l'agriculture, l'industrie, le tourisme, les services et l'économie du savoir», relevant la nécessité de «redéfinir les fonctions des différents espaces nationaux dans le cadre d'une compétitivité territoriale et d'une économie diversifiée et durable».C'est à l'Ecole que devra être éduqué l'éco-citoyen de demain. C'est au lycée que l'on mettra en oeuvre le baccalauréat du Développement durable. C'est à l'université que devront être formés les cadres techniques sur les métiers du Développement durable avec aussi sa dimension humaine


<strong>Les villes nouvelles intelligentes </strong>


Pour se faire une idée des mutations à l'échelle mondiale nous citons l'exemple à suivre de l'ambition de l'Union européenne pour les villes intelligentes: «Les villes du futur seront différentes des schémas actuels et, qu'apparemment, le Snat va prolonger. A titre d'exemple, la Commission européenne a annoncé un nouveau programme de partenariat pour l'innovation de 365 millions d'euros par an. Ce programme vise à encourager le développement des technologies «intelligentes». Le partenariat européen pour l'innovation (EIP) permettra aux entreprises privées et à l'Exécutif européen de combiner leurs recherches sur l'énergie, les transports et les TIC dans le but de développer un nombre limité de projets approuvés. Les projets pourraient inclure des bus urbains électriques et silencieux qui utiliseraient la technologie numérique, la technologie satellite visant à améliorer le trafic routier, une application smartphone pour réserver des véhicules de location au biocarburant et des points de recharge rapides pour les voitures électriques (3). »


« La communication de l'UE sur ce programme a qualifié l'amélioration de l'efficacité et du développement durable dans les villes européennes d'engagement essentiel pour les objectifs à l'horizon 2020. Il a été des «capteurs minuscules qui récoltent l'énergie de l'environnement et agissent sur les vêtements, les voitures, les rues et le monde qui nous entoure». «Une ville intelligente, c'est une ville verte.» L'introduction de nouvelles technologies dans les villes pourrait prendre du temps en raison de «la lutte entre les intérêts particuliers et la difficulté de faire tomber les obstacles» dans des secteurs comme les TIC, les transports, l'énergie, la santé la gestion des déchets.» (3)


<strong>Les villes nouvelles en Algérie</strong>


Il n'est pas dans mon propos de minimiser le travail remarquable de tous ceux qui ont contribué depuis une vingtaine d'années à donner une visibilité au devenir de l'Algérie. Le bilan à faire et dont il faudra tenir compte notamment en matière de nécessité absolue de coordination qui dépasse les logiques sectorielles devra de mon point de vue être complété en tenant compte de la nouvelle donne à la fois interne (manque de ressources pour le financement d'où la nécessité du compter sur soi et de l'imagination pour chercher l'optimum) mais aussi externe pour s'approprier et faire sienne les tendances du futur, notamment en ce qui concerne l'urbanisme, le transport, l'énergie et les contraintes alimentaires dans un contexte marqué par la récurrence des changements climatiques qui devront faire partie de l'équation à résoudre.


Les participants aux assises ont pointé les dysfonctionnements qui pourront être en partie réglés justement par l'Observatoire du Snat qui va jouer, espérons-le, rôle de coordonnateur dans une vision du futur qui intègre le plan d'action de différents ministères, notamment l'Habitat, les Travaux publics, l'Intérieur, les Transports, l'Energie et les Ressources en eau.. Concomitamment, les villes nouvelles devraient être dotées des espaces culturels et éducatifs. On sait que l'importance des pressions sur les ressources naturelles, à l'horizon 2030, au sein des espaces densément peuplés, notamment au nord qui représente 4% du territoire où vivent 63% des Algériens. La concentration de la population et des activités sur le littoral produit des déséquilibres dans l'usage des ressources en eau, les sols et l'ensemble des espaces sont sensibles aux risques majeurs.


De ce fait, il était prévu dans ce Snat 2010 la création de Villes nouvelles qui auront trois missions: un levier de desserrement des pressions autour des grandes villes du Nord, un levier de redéploiement du peuplement et des activités vers les Hauts-Plateaux et le Sud et enfin un levier de rééquilibrage de l'armature urbaine et de son organisation spatiale. Il est dit que Les grandes villes vont tripler en 2030 et 30 nouvelles grandes villes moyennes passeront de huit actuellement à 87. Nous notons qu'une période supplémentaire de vingt ans a été proposée en souhaitant que cela ne soit pas une tentation pour différer le plus loin possible des décisions qui se doivent d'être prises actuellement.


<strong>Intelligence et innovation</strong>


Curieusement, le Sud n'a pas, de notre point de vue, été apprécié à sa juste valeur. Le Sud dans le document Snat n'accueillera selon les prévisions des experts du Snat qu'une seule grande ville! Pourtant, «Le développement du Sud constitue un enjeu spécifique lit-on sur le document du Snat de 2010. Il s'agit plutôt d'une conquête que d'une reconquête car ces espaces n'ont pas bénéficié de programme de développement économique et humain à la mesure des potentiels importants qu'ils recèlent. Le Sud, dont les principaux handicaps sont la dureté du climat et l'accessibilité, possède des potentiels importants à valoriser.»
N'est-il pas possible, alors, d'imaginer que les futurs programmes de logements soient inscrits en priorité pour le Sud?


Si seulement 200.000 logements sont construits dans le Sud; c'est au moins une dizaine de villes de 60 à 80.000 habitants à terme qui seront implantés en fonction des périmètres agricoles, du développement du rail, de la transsaharienne, des points d'eau et des centrales d'énergie renouvelable. Nous devons aller vers une transition énergétique, vers le Développement durable qui sera basée sur des états généraux qui doivent aboutir à un modèle énergétique flexible un bouquet énergétique qui mise d'abord sur les économies d'énergie. Chaque calorie exportée devrait correspondre aussi à l'acquisition d'un savoir-faire. «Il est nécessaire de développer à marche forcée les énergies renouvelables, solaire, éolien, géothermie avec 200 sources qui peuvent valablement être valorisées dans les stations thermales.


La création de villes nouvelles adossées à des périmètres agricoles irrigués dégorgeront le Nord sur la dorsale In Salah-Tamanrasset longue de 700 km avec la disponibilité de l'eau et de l'électricité renouvelable. C'est donc vers un nouveau schéma d'aménagement du territoire pour les années à venir que nous pourrions envisager en complémentarité avec ce qui a été retenu..


Les changements climatiques sont là. L'avancée du désert peut et doit être freinée. Le Barrage vert devrait être réhabilité avec la nouvelle vision du développement durable. La politique de grands travaux structurants à l'instar pourrait permettre la conquête intelligente du Sud. La richesse du Sahara, ce n'est pas seulement les énergies fossiles, la disponibilité d'une nappe phréatique de 45.000 milliards de m3, c'est aussi et surtout ce que l'on pourrait faire pour développer l'agriculture. La richesse du Sahara c'est aussi l'écotourisme, l'archéologie, les sources géothermiques à vocation multiples. Le système éducatif aura à jouer son rôle dans ce challenge.


1.Snat JO de la Radp n° 61 du 21 octobre 2010
2. Snat 2025
3.Bruxelles dévoile son programme d'innovation des «villes intelligentes» Euractiv 12 07 2012


Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/231747-intelligence-et-innovation.html


Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 20:08

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/230358-l-algerie-peut-elle-compter-sur-sa-jeunesse.html

«La fortune des aïeux s'épuisera, l'adresse des mains restera.»

Proverbe algérien

Une mutation sociologique à bas bruit et apparemment irréversible est en train de formater le devenir du pays dans un contexte de tarissement de la rente auquel elle ne s'est pas suffisamment préparée. C'est peut-être une bonne chose que cette prise de conscience parce qu'elle va nous permettre de ne compter que sur nous-même, nos savoirs, nos savoir-faire en dehors de toute velléité de compter sur l'utopie du retournement du marché ou celle encore plus improbable de l'aide de pays amis ou frères. Qui seraient les artisans de cette vision nouvelle du compter sur soi si ce n'est la jeunesse?

Dans cette contribution je veux proposer des pistes pour une sortie par le haut de la situation délicate actuelle en comptant sur la meilleure énergie du pays, celle de cette énergie inépuisable, dynamique, inventive, à savoir une jeunesse exubérante qui ne demande qu'à montrer son talent et Dieu sait qu'elle en a. Cependant, du fait d'une communication insuffisante les jeunes concernés au premier chef (ils représentent 75% de la population) semblent ne pas comprendre les enjeux actuels. Pour eux, l'essentiel est de développer des stratégies individuelles aussi inventives les unes que les autres à même de garder la tête hors de l'eau. Cela ne veut pas dire qu'ils vivent en vase clos.

Nous n'avons pas encore fait le tour de toutes les possibilités «offertes» par Facebook aux jeunes qui échangent, se mettent au courant et développent des liens. Pourquoi c'est toujours avec appréhension qu'ils sont vus du fait qu'ils seraient facilement manipulables? Une certitude, cependant c'est qu'ils sont pleins de vie! Et qu'ils arrivent tant bien que mal à naviguer dans un environnement quotidien que nous, adultes, nous n'arrivons pas à maîtriser. C'est un fait que les technologies de l'information et de la communication ont fait plus pour l'éveil des jeunes que toutes les leçons à l'ancienne, même celles des parents. Les jeunes nous échappent ils sont sur la Toile, ils ont plus d'amis «virtuels» en dehors de l'Algérie que d'amis réels en Algérie. Cependant, ces technologies ont leurs faces sombres.

A titre d'exemple, le viber est en train de se substituer aux opérateurs téléphoniques «gratuitement» apparemment sachant que rien n'est gratuit dans ce bas monde, il y a quelque part un big brother qui épie les faits et les gestes de tous ceux qui y sont abonnés et qui à un moment ou à un autre présentera l'addition.


A quoi rêvent ces jeunes?

Dans plusieurs de mes interventions j'avais mis en exergue la disparition graduelle des grands récits patriotiques et familiaux et même religieux parce que de mon point de vue, ils ont raté leur mutation pour être expliqués avec les technologies du Web 2.0. A titre d'exemple, la fête de l'Aïd est devenue virtuelle en termes de visites. Un simple SMS: le minimum syndical dirions-nous permet de faire ce qui reste de la symbolique du devoir sans parler avec la personne ou encore mieux en évitant de la voir.

On l'aura compris, tout ceci participe de l'effritement identitaire et peu de choses ont été faites pour l'endiguer. Car il n'y a pas de personnes responsables capables de parler leurs langages. Il s'ensuit alors des solutions à l'ancienne; des soporifiques comme les récitals où l'on ramène à prix d'or des troubadours pour venir divertir une jeunesse (qui ne représente pas toute la jeunesse du pays, notamment celle de l'Algérie profonde). C'est aussi le soporifique du football qui permet de vendre des moments de bonheur là aussi au prix fort en important des joueurs off-shore qui, une fois leurs chèques touchés, rentrent chez eux. C'est aussi la mosquée qui a ses fidèles formatés mais qui n'oublient pas pour autant à leurs façons les nouvelles technologies.

«Les jeunes Algériens lit-on sur une publication de DNA sont parmi les plus pessimistes du Monde arabe. Selon l'étude «Silatech» réalisée, en juin 2009, par l'Institut américain Gallup, les jeunes Algériens apparaissent désabusés, ayant peu confiance en leurs gouvernants. Si le mal-être des jeunes Algériens s'exprime par leur volonté de fuir leur pays, une grande partie des jeunes interrogés se dit «ligotée», incapable de mener la vie dont ils rêvent. (...) Les jeunes Algériens songent à fonder une vie de famille (40%), décrocher un bon poste d'emploi (32%) et mener une vie religieuse et spirituelle équilibrée (35%). La majorité des 15-29 ans aspirent à travailler à leur compte (46%). » (1)

« Seuls 32% des jeunes interrogés aimeraient intégrer une entreprise étatique et 15% voudraient travailler dans le privé. A la question de savoir s'ils prévoient de lancer leur propre entreprise dans 12 mois à venir, 30% des jeunes Algériens répondent par l'affirmative (contre 38% de Tunisiens et 19% de Marocains). Un esprit d'entreprise qui laisse les chercheurs américains pantois: seuls 4% d'Américains âgés de 15 à 29 ans, précise-t-on, songent à se lancer dans l'aventure ». (1)

« Pour autant, ils ne croient pas en leur chance de réussite. Les chercheurs de Gallup s'étonnent du fait qu'en dépit d'une croissance économique reboostée, les 15-29 ans soient aussi pessimistes: seulement 39% des jeunes Algériens croient en leur chance de réussir une entreprise et 36% croient en la volonté du gouvernement de les laisser conduire leurs affaires. C'est le plus faible taux dans toute la région du Monde arabe.» (1)

«Les jeunes Algériens se plaignent notamment des barrières érigées à leur encontre: moins de 25% pensent que le gouvernement algérien permettrait à n'importe qui de se lancer dans les affaires. 87% de la jeunesse algérienne se plaint de la corruption. A une question ouverte sur les obstacles à l'emploi, la plupart des jeunes soulignent que les postes de travail sont pourvus uniquement à ceux qui sont «connectés» à des réseaux bien établis. C'est-à-dire aux pistonnés. Les jeunes continuent, malgré tout, à se battre: 77% des jeunes Algériens participent à des stages de formation en vue d'optimiser leurs chances pour accéder à un bon poste d'emploi. (...) La jeunesse algérienne se révèle plus exigeante, en comparaison avec les pays voisins. Seuls 46% des Algériens se disent prêts à se déplacer dans une autre région de leur pays pour accéder à un emploi plus attractif alors qu'ils sont plus de 75% de Tunisiens et 60% de Marocains ».

« L'étude révèle, par ailleurs, que 26% des Algériens ont déjà refusé une offre d'emploi. 48% des jeunes ayant rejeté des propositions d'emploi en Algérie (les salaires étaient trop bas) (...) Les 15-29 ans seraient-ils à ce point désillusionnés qu'ils chercheraient à quitter leur pays par n'importe quel moyen? Seuls 42% des jeunes Algériens se disent libres de mener leur vie comme ils l'entendent. Une tendance assez faible en comparaison avec les Mauritaniens (65%), les Tunisiens (65%) et les Marocains (58%). Les jeunes ne se sentent pas «impliqués» dans les projets de leur pays envers le progrès. Ils gardent néanmoins leur esprit de débrouille, ultime tentative de survie: 82% des Algériens jugent que les jeunes font ce qu'ils peuvent pour s'en sortir.» (1)

Il est vrai que les jeunes élites se sentent marginalisées, ou pas entendues, alors qu'elles sont mues par une dynamique qui ne cherche pas de nouvelles idées qu'à impulser le changement et le renouveau et que leurs compétences dans différents domaines ont été plus d'une fois démontrées. De plus, les jeunes Algériens n'ayant pas régularisé leur situation vis-à-vis du Service national sont interdits de toute activité professionnelle.

En dehors de la débrouille pour vivre ou survivre, il se trouve, cependant des jeunes - peu nombreux- qui sont branchés sur ce qu'ils pensent être l'universel. On apprend par exemple que les jeunes sont branchés à la nouvelle musique Metal Algérien Traxx des noms aussi bizarres que ceux à une certaine époque du raï.

La contribution suivante nous raconte l'engouement pour ce nouveau soporifique: «Omar, vocaliste du groupe de Métal Algérien Traxx devant une foule de jeunes en liesse venus des quatre coins d'Algérie à Constantine (est) pour Fest 213, un rare festival de rock et métal. (...) Les participants font des «head-Bang» (mouvements circulaires de la tête, typiques de la danse métal) et des «walls of Death» («murs de la mort») constitués de deux rangées de personnes qui s'entrechoquent, le corps en transe, en libérant des rugissements. (...) Le métal algérien est né dans les années 1990, en pleine décennie noire de terrorisme. Il bénéficiait alors d'un relatif soutien de l'État, soucieux de lutter contre la propagation des idées intégristes. (...) »(2)

« Le gouvernement «conçoit des politiques culturelles qui servent à contrôler la pensée» et ne permettent pas aux citoyens «de s'épanouir dans leur culture diversifiée», regrette Malik Chaoui, activiste d'un groupe de travail indépendant sur la politique culturelle en Algérie (Gtpca). Mais les artistes alternatifs algériens ne s'avouent pas vaincus et trouvent des stratégies de contournement, utilisant largement les plateformes de diffusion Web et les réseaux sociaux. En juin, le Holi collectif, a lancé sur une plage de Béjaïa, à 250 km à l'est d'Alger, le «Holi Festival Algeria», première édition algérienne du Festival international des couleurs, inspiré du rite indien. Sur la plage, des milliers de jeunes ont dansé sur de l'électro tout en se jetant de la poudre de couleurs». (2)


Le mimétisme ravageur d'un Occident pervers

Dans le même ordre de l’effritement identitaire que d’aucun dénomment mode air du temps, bref la on se souvient que l'élection de Miss Algérie pour représenter les «valeurs algériennes» a été un flop. On flatte toutes les pulsions débilisantes avec les émissions de type «star'ac» encore un autre mimétisme, avec des chanteurs payés à prix d'or sans compter naturellement l'opium du peuple qui nous coûte les yeux de la tête, le football et le marécage de sa gestion avec des traitements scandaleux qui condamnent définitivement l'Ecole censée être un ascenseur social du mérite et du travail. Nous sommes encore des indigènes qui n'ont pas encore déprogrammé le logiciel de la soumission intellectuelle et de la colonisation mentale et de l'injonction au marché et à une culture dominante du fait que nos défenses culturelles immunitaires sont laminées.

Quelles sont ces «valeurs» qui consistent à singer dans sa dimension rétrograde un Occident pervers? Sont-ce celles qui pourraient nous permettre de conquérir le monde? Celle qui, au lieu de le suivre dans ce qu'il a de plus performant avec des valeurs comme celles de la science, de l'effort, de la sueur, du travail bien fait? Pendant que les Algériens s'occupent de se divertir en empruntant la pente dangereuse de la facilité le monde avance.

Justement, pour parler de discipline noble, les mathématiques, une information que l'Occident ne publie pas comme il se doit, celle de l'octroi de la médaille Fields équivalent du prix Nobel de mathématiques, en août 2014 pour la première fois à une Iranienne, une musulmane de 37 ans! Maryam Mirzakhani. Pour l'histoire, la Perse (Iran actuel) a toujours eu une grande contribution aux progrès mathématiques grâce aux grands hommes comme al-Khawarizmi (l'inventeur de l'algèbre), Omar Khayyam (Résolution des équations du 3e degré...) De nos jours, l´Iran est une puissance technologique, performante. Elle fabrique ses chars, ses avions et ses drones. Ses missiles sont divers, Par ailleurs, l'Iran a créé et a mis en orbite, son premier satellite. (3)

Malgré ces dérives, les jeunes, objet de toutes les manipulations, ne demandent qu'à vivre, étudier et faire preuve d'imagination. Une petite anecdote: des harraga en mer écoutent la radio et apprennent que l'Équipe nationale a battu la Zambie. Demi-tour vers la mère-patrie pour fêter l'évènement dignement. Tôt, le lendemain, les harraga repartent à l'aventure et risquent leur vie. Mohamed Si Baghdadi décrit admirablement ces jeunes qui en veulent (...).: «Pour qui connaît nos jeunes de près, pour qui leur parle et les écoute, la vérité est simple: ils sont loin de se chosifier sous l'effet de l'ennui. Non, l'ennui ne les chosifie pas. Bien au contraire, ils enragent, fulminent et veulent tout culbuter. Tout les stimule: l'ennui et l'injustice, la malvie et le mépris. Alors, en attendant, ils vivent, écrivent, composent et chantent du rap, comme Dadou Finomen, ou les jeunes du Club des poètes de Souk-Ahras, font de la musique comme les enfants de Timimoun, Béchar ou Kenadsa, dessinent et peignent comme les élèves de Karim Sergoua, photographient et exposent comme les jeunes de Flash Art, font du théâtre comme les comédiens de Fethi, inventent des contes qui parlent de leurs droits bafoués, de leurs droits à défendre et créent de nouveaux systèmes informatiques, technologiques et scientifiques.» (4)


Ce que je crois

Qu'allons-nous laisser aux générations suivantes? Les vrais défis du pays sont d'avoir une vision, non pas celle de suivre cette jeunesse dans l'air du temps, mais de lui indiquer le devoir envers le pays, par la contribution de chacun. À nous de nous organiser pour donner de l'espoir à cette jeunesse. Pour cela, seul le parler vrai, le patriotisme, la fidélité aux valeurs nous permettront enfin de bâtir une Algérie qui sortira de la malédiction de la rente pour se mettre au travail.

. Imaginons pour rêver qu'il y ait en Algérie des concours de performance en tout, en sport, aux jeux d'échecs, en mathématiques. Imaginons que nous disons à chaque écolier dans le cadre du Développement Durable qui ne doit pas être un slogan, à chaque étudiant d'être utile en plantant un arbre, c'est au total 10 millions d'arbres qui formeraient le plus sûr barrage contre le changement climatique. Imaginons cette jeunesse fascinée par l'avenir et prête à se défoncer pour le pays.

Donnons lui du grain à moudre en lui expliquant la transition vers un Développement Humain Durable. Les défis du pays sont immenses. Il serait indiqué de proposer une alternative crédible à ces jeunes. Quelle serait l'utopie mobilisatrice qui permettrait d'intégrer la vraie force vive de ce pays autour d'un projet en phase avec le développement du monde? Ayons confiance en nous-mêmes. Il est nécessaire de revisiter fondamentalement le système éducatif. Le développement ne peut se faire sans l'université qu'il faut impliquer. Nos dirigeants doivent écouter en toute humilité, sans condescendance, avant qu'il ne soit trop tard. Demain se prépare ici et maintenant...

Imaginons, pour rêver, que le pays décide de mettre en oeuvre dans le cadre du Développement Durable une politique de grands travaux. A l'instar de ce qu'a fait Franklin Roosevelt avec le New Deal, il nous faut une «armée du développement national», une réelle politique de grands travaux qui donnerait du travail et des opportunités de création de richesse à ces dizaines de milliers de diplômés Il mobilisera dans le cadre du Service national, véritable matrice du nationalisme et de l'identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de créer au Sud des villes nouvelles, de s'attaquer aux changements climatiques, d'être les pionniers d'une stratégie qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s'engage à marche forcée dans les énergies renouvelables.

En définitive, il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l'on avait à l'Indépendance en mobilisant, autour d'un cap. C'est peut-être cela qu'attend la Jeunesse.



1. http://www.algerie360.com/algerie/emploi-reussite-sociale-affaires-emigration-famille%E2%80%A6-a-quoi-revent-les-jeunes-algeriens/ Source de l'article: DNA-algerie


2. http://www.goodplanet.info/actualite/2015/11/23/en-algerie-metal-et-rock-resistent-au-carcan-de-la-culture-officielle/#sthash.YwxPBk4z.dpuf


3.Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/misere-morale-en-algerie-le-mimetisme-ravageur-dun-occident-pervers/5402123


4. Si Mohammed Baghdadi A Yasmina Khadra: Qui sont les vrais assassins? 25.01. 2009


5. Chems Eddine Chitour http://www.legrandsoir.info/A-cette-souffrante-Algerie-ma-part-de-verite.html

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 12:52

«Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.»

Guillaume d'Orange

Il m'a été donné d'animer une conférence dans le programme précurseur de la COP 21 à Marseille. Le thème que j'ai développé portait sur la stratégie algérienne en matière de transition énergétique et de développement durable. L'auditoire était composé de plus d'une centaine de doctorants venant de France et du Maghreb. J'ai d'abord donné mon point de vue sur les attendus de la COP 21 et ma conviction, malgré les effets d'annonce, et surtout l'engagement des «croyants» en un monde meilleur que la bataille est perdue pour les 2°C à ne pas dépasser sous peine d'apocalypse.

De fait, à grands renforts médiatiques avant même que la 21e conférence sur le climat n'ait lieu à Paris (COP 21) on présente cet événement comme étant une rupture: il y a un avant-COP21 et il y aura un après-COP 21. Comme d'habitude, le manque d'humilité donne l'illusion que cette nouvelle rencontre va sauver ou non l'humanité. Pourtant, nous verrons qu'il n'en est rien. Les hommes étant ce qu'ils sont et la réalité immuable étant ce qu'elle est, il est à craindre qu'une fois de plus, dès lors que les lampions médiatiques et les récupérations politiques seront faites, chacun continuera comme par le passé à faire ce qu'il veut malgré « des promesses qui, aurait dit un homme d'Etat français, n'engageraient que ceux qui y croient »

L'ambivalence du discours des pays industrialisés

Le discours des pays développés est ambivalent. On verse des larmes de crocodile sur les petits pays insulaires comme les Iles Maldives qui risquent de disparaître et dans le même temps, on continue à investir dans les énergies fossiles responsables de la débâcle climatique. Sait-on que plus de 900 milliards de tonnes de CO2 ont été émises depuis le début du XXe siècle presque exclusivement par les pays industrialisés et non pas par les pays du Sud non développés, mais qui sont aux premières loges quand il faut payer l'addition des convulsions climatiques.

Comment peut-on parler de promesses et de vision nouvelle vers le développement durable quand les pays industrialisés et, de plus en plus, les pays émergents investissent en masse dans les énergies fossiles? Ainsi, on apprend que ces pays ont dépensé plus de 600 milliards de dollars pour les énergies fossiles et ne s'entendent pas pour arriver à mettre en place un fonds de 100 milliards de dollars pour aider les pays du Sud à lutter contre les changements climatiques dont ils sont responsables?

Olivier Petitjean nous parle du cas de la France dont la position ambivalente s'apparente à la devise du curé de campagne: «Faites ce que je vous dis, mais ne faites pas ce que je fais.» Ainsi dit-il: «La seule banque à figurer parmi les sponsors officiels de la Conférence internationale de Paris sur le climat, BNP Paribas, écrit Olivier Petitjean, est aussi le leader français du financement des énergies sales, qu'il s'agisse de charbon, de gaz de schiste, de sables bitumineux ou d'autres sources fossiles. Pour toutes ces raisons, BNP Paribas est nominée cette année aux «prix Pinocchio du climat». Responsable à lui seul de près de 40% des émissions globales de dioxyde de carbone, le charbon est considéré comme l'ennemi numéro un du climat. Son extraction dans des mines et sa combustion dans des centrales électriques sont aussi une source majeure de pollution de l'air et de l'eau, dont le coût humain est souvent dramatique ». (1)

« On estime ainsi à 18.000 le nombre de décès prématurés causés en Europe par la pollution issue des centrales au charbon. Plus généralement, selon une étude rendue publique aujourd'hui par Oxfam France et les Amis de la terre, les cinq plus grandes banques françaises - BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Natixis et Crédit mutuel-CIC - ont investi collectivement pas moins de 129 milliards d'euros dans le secteur des énergies fossiles entre 2009, l'année du sommet de Copenhague sur le climat, et 2014. Leurs investissements dans les énergies renouvelables plafonnent, eux, à 18 milliards d'euros, soit sept fois moins! «Quand on sait que les cinq prochaines années seront cruciales pour infléchir la hausse des températures, les banques françaises doivent dès maintenant opérer un virage à 180° en sortant des fossiles à commencer par le charbon, et en finançant réellement la transition énergétique», souligne Alexandre Naulot d'Oxfam France».(1) (2)


Requête de l'Algérie pour contribuer à diminuer l'effet de serre

La contribution principale de ma conférence à la rencontre de Marseille, a consisté à présenter les efforts de l'Algérie pour une transition énergétique vers le développement durable. Cette option permettrait de désengorger la demande en énergies fossiles et en carburants. L'Algérie n’arête pas de subir les conséquences de l’errance climatique et ce sont des dizaines d’inondations de destruction de biens de morts de personnes auxquels elle a, affaire chaque année , du fait de ces pluies diluviennes alternées de sécheresse au premier rang desquels le Sahara constitue un laboratoire de visibilité en temps réel- il n’est pas besoin d’attendre 2030 pour cela- des régions arides de mémoire d’homme subissent des déluges avec des oueds (fleuves) qui gonflent démesurément emportant tout sur leur passage, notamment des ouvrages d’art dimensionnés pour des situations habituelles.

De plus, l’Algérie subit présentement le contre-choc pétrolier et n’a pas les moyens , ce faisant , d’une part de faire face à ces convulsions climatiques d’autres part de lutter efficacement pour réduire ses gaz à effet de serre , qui faut il le rappeler tournent au tour de 140 millions de tonnes (3,2 tonnes de CO2/habitant et par an) à comparer aux 10 tonnes pour l’Européen, aux 20 tonnes pour l’Américain et 30 tonnes pour le Qatari ou l’Emirati !!

Transition énergétique et cap sur le Développement Durable

Toutes ces contraintes lui commandent de revoir fondamentalement son modèle énergétique dans le sens de la rationalisation de la consommation par la chasse au gaspillage, l'investissement à marches forcées dans les énergies renouvelables, l'optimisation de la production de ses énergies fossiles pour réussir cette transition énergétique vers le développement durable, condition nécessaire d'un développement fécond, créateur de richesse qui n'hypothèque pas l'avenir des générations futures, tout en respectant la capacité d’absorption de la planète. Le modèle énergétique que se propose de mettre en place l’Algérie devra aboutir à un bouquet énergétique composé des énergies fossiles ( pétrole, gaz naturel, et même gaz de schiste quand la technologie sera mâture et respectueuse de l’environnement) dont la production et la consommation devront être rationalisées. Il comprendra aussi l’appel aux énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie..) dans le cadre d’un plan Marshall intégré et enfin la chasse au gaspillage qui peut nous faire gagner jusqu’à 20 % de l’énergie consommée avec son corollaire, une vérité graduelle sur les prix de l’énergie. L’objectif étant de répercuter les aides aux classes défavorisées directement et non pas sur les carburants, l’électricité ou l’eau

La rationalisation de la consommation : Consommer moins en consommant mieux

Justement, dans le cadre de la rationalisation de la consommation de carburant pour diminuer la pression sur les énergies fossiles L'utilisation d'une façon indirecte du gaz naturel avec la production d'électricité peut être aussi confortée par l'utilisation du GPL (sirghaz) comme carburant directement par une politique volontariste en creusant d'une façon conséquente le différentiel entre le gasoil et le GPL (sirghaz) par quatre leviers, à savoir

1° Aligner le gasoil sur l'essence et les porter à un niveau prohibitif du gaspillage au minimum 35 DA graduellement pour s'aligner sur les prix qui vont nous éviter l'hémorragie aux frontières; le renoncement aux importations coûteuses et la contribution réelle à la diminution du CO2. Dans le même temps porter symboliquement le prix du sirghaz à un prix de 10 DA pour bien montrer la volonté des pouvoirs publics à faire admettre que les prix ne sont pas figés.

2° Favoriser le GPL (sirghaz) en creusant les différentiels pour les vignettes (du simple au double par rapport aux véhicules à essence et prévoir dans un premier temps la gratuité des autoroutes pour les véhicules roulant au sirghaz

3° Le plus important est l'aide de l'Etat à la mise en place du dispositif de conversion au GPL (sirghaz) le prix moyen étant autour de 100.000 DA, l'Etat prendrait à sa charge 50% du coût pour permettre aux utilisateurs d'amortir leurs investissement dans des délais raisonnables. Pour une voiture qui roule 20.000 km/an pour 6 litres aux 100 cela fait 1200 litres achetés à 10 DA le litre cela fait un investissement de 12.000 DA. Si l'automobiliste utilise l'essence, le coût serait de 40.000 DA, le différentiel de 28.000 DA permettrait à l'utilisateur de pouvoir amortir la conversion au sirghaz au bout de deux ans. C'est jouable, d'autant que l'on s'acheminera dans les prochaines années à rationaliser la consommation d'essence et de gasoil en introduisant une carte, carburant annuelle pour un volume donné. Si l'automobiliste consomme plus, il le paiera à un prix plus élevé.

4° Pour que cette stratégie réussisse, il est nécessaire que l'Etat donne l'exemple en convertissant les parcs administratifs et ceux des sociétés au GPL. Il en sera de même des flottes captives comme les véhicules des chauffeurs de taxi et les véhicules de transport.

De plus, à l'instar de ce qui se passe en Europe, l'Algérie devrait encourager la double carburation essence/ électricité. Il faut savoir en effet, qu'un «plein» de 150 km en énergie électrique coûte 2 euros dans une voiture électrique en France. ​

De ce fait, dans les pays où la transition vers le développement durable a un sens les appartements, voire les habitations sont équipées de prises électriques pour voiture. Il y a là un excellent champ pour la création de richesse et la possibilité pour l'Algérie de réduire ses gaz à effets de serre

Le développement des énergies renouvelables

S'agissant des énergies renouvelables, j'ai décrit, lors de cette conférence, les ambitions du pays, à savoir 22000 MW d'ici 2030 axés principalement sur le solaire (70%) L’éolien (20%) la biomasse et la géothermie, la cogénération. La réalisation du programme permettra d’atteindre à l’horizon 2030 une part de renouvelables de près de 27% dans le bilan national de production d’électricité. Le volume de gaz naturel épargné par les 22 000 MW en renouvelables, atteindra environ 300 milliards de m3, soit un volume équivalant à 8 fois la consommation nationale de l’année 2014. Il est impossible d'atteindre cet objectif avec la cinétique actuelle (à peine 400 MW en construction et clés en main). Justement, pour atteindre cet objectif, il faudrait l’équivalent de 1500 MW par an jusqu’en 2030 avec un cout autour de 60 milliards de dollars. L’Algérie devra financer cet ambitieux programme mais chercher des sources de financement externe

Dans ce cadre, l'exemple du Maroc est édifiant. Ce pays dispose d'une stratégie énergétique depuis une dizaine d'années. Son ambition est d'arriver à 42% de son énergie d'origine renouvelable (14% hydraulique, 14% éolien, 14% solaire). Mieux encore, on apprend que ses ambitions sont revenues à la hausse: «50% d'énergies renouvelables. Et ce au Maroc, où la plus grande centrale à énergie solaire sera bientôt construite. Cette macro-centrale de production d'énergie, composée de quatre centrales d'énergie solaires géantes et d'éoliennes. Cette zone de production sera située entre le Sahara et Ouarzazate, l'ampleur du projet est telle que la structure sera la plus importante construction de solaire à concentration (CSP). Au lieu de panneaux photovoltaïques, le pays devrait ainsi produire la moitié de l'électricité qu'il a besoin d'ici 2020 et même en exporter, notamment en Europe. La structure aura une capacité de production de 580 MW. Une première partie de l'installation, Noor 1, sera installée dès la fin de l'année 2015 et aura une capacité de production de 160 MW. Pour Noor 1500.000 panneaux réfléchissants sont installés dans le désert sur 800 rangées et s'adaptent à l'heure de la journée de manière à suivre les mouvements du soleil. L'idée est, aussi, que le marché soit là aussi compétitif qu'il peut l'être aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud sans aucune subvention. Même le Moyen-Orient s'y est mis, sentant le vent tourner à raison du côté du pétrole. La Banque africaine pour le développement a injecté 9 milliards de dollars. (3)

Le Barrage vert: un projet structurant :


Le Barrage vert mis en place il y a plus de 40 ans est un projet structurant : il permettra la lutte contre les changements climatiques développement des énergies renouvelables et développement de l’agriculture L'Algérie ambitionne de réduire ses gaz à effet de serre. Or le bois fournit un combustible économique, renouvelable et au bilan carbone neutre. À la différence des énergies fossiles, l'accroissement forestier permettrait de compenser par la photosynthèse les émissions de CO2 issues de la combustion De plus, les arbres à croissance rapide (des variétés croissent de 1m par an), peuvent permettre à terme une industrie du bois pour le chauffage et l'industrie.

L'avancée du désert peut et doit être freinée. Le Barrage vert mis en place il y a 45 ans devrait être réhabilité, les efforts nationaux et l'aide internationale dans le cadre de la COP21 où l'Algérie devrait annoncer son ambition créeront un véritable microclimat sur une bande de 1500 km avec une profondeur de 20 km. Il est possible dans le cadre d’une vision d’ensemble de pouvoir optimiser à la fois, la lutte contre l’effet de serre, par la production d’électricité verte mais aussi la production de bois et aussi le développement d’une agriculture saharienne

La richesse du Sahara, ce n'est pas seulement les énergies fossiles, la disponibilité d'une nappe phréatique de 45.000 milliards de m3, c'est aussi et surtout ce que l'on pourrait faire pour développer l'agriculture. Faisons du Sahara une seconde Californie. Il est possible de jumeler les ambitions en termes d'énergies renouvelables en construisant des centrales solaires sur toute l'étendue de cette bande. La disponibilité d'eau et d'énergie électrique peut permettre l'avènement aussi d'une agriculture qui permettra au moins l'autosuffisance alimentaire. La richesse du Sahara c'est aussi l'écotourisme, l'archéologie, les sources géothermiques à vocation multiples.

L’Algérie pourra ainsi gagner à la fois son pari de la lutte contre les changements climatiques mais la bataille du développement durable . Pour cela, l’Algérie annoncer à la COP 21 son ambition mais proposer les voies et moyens d’y arriver si des financements multiples notamment le Fonds pour la lutte contre les changements climatiques pouvaient y contribuer



Le projet de gazoduc Algérie-Nigeria

Une autre vision structurante de la transition énergétique vers le développement durable et diminuer les GES, consiste à développer le gazoduc Algérie-Niger- Nigeria. Le projet de gazoduc transafricain écrit Anisse Terrai, entre l'Algérie et le Nigeria est un projet qui pourrait insuffler une dynamique vertueuse dans tout le Sahel. Trans-African gas pipeline (Tsgp). Il permettrait de transporter du gaz naturel nigérian vers l'Algérie, en passant, très probablement, par le Niger. La disponibilité des réserves de gaz naturel au Nigeria ne fait plus débat.(...) La réalisation du Tsgp implique l'extension du réseau algérien de gazoducs existants, déjà important. Les nouvelles canalisations se concentreront, essentiellement, dans l'extrême sud de l'Algérie et permettront de désenclaver de nombreuses localités. Sonatrach pourra ainsi développer des gisements de gaz naturel, auparavant inexploitables, vu leur éloignement du réseau de pipelines, récupérer le gaz associé torché dans certains champs de pétrole. Par ailleurs, le Tsgp générera des recettes supplémentaires avec les droits de passage et/ou les exportations incrémentales de gaz naturel et de GNL. (...) Le soutien de l'Union africaine (UA) est garanti pour sa part, le Tsgp figurant parmi les projets du Nepad. Le gazoduc renforcera l'intégration régionale entre membres de l'UA. Le Tsgp est un projet structurant et créateur de valeur. L'Algérie a beaucoup à gagner. La stabilisation de la région sahélienne, le développement de l'extrême Sud algérien et l'accroissement des revenus gaziers suffisent, à eux seuls, pour en faire une priorité nationale.» (4)



Les financements de ces ambitions

L'Algérie a pris des engagements dans le cadre de la COP 21, ses efforts pourraient être potentiellement plus opérationnels si elle pouvait disposer de financements avantageux. Pour ces deux grandes ambitions dans le cadre du développement durable: le Barrage vert, le gazoduc Nigeria-Algérie Ces deux projets sont structurants et permettraient le développement rapide des énergies renouvelables, le développement de l'agriculture. De plus, ce serait de grands gisements d'emplois et de désenclavement du Sud par la création de villes nouvelles pionnières qui désengorgeront le Nord et participeront, ce faisant à la création de richesse.

Il est important que l'Algérie annonce lors de la COP 21 cette ambition avec l'aide auprès de différentes instances de financement. C'est d'abord le Fonds Climat prévu de 100 milliards de dollars pour la lutte contre les changements climatiques, ensuite auprès de l'Union africaine car le soutien de l'Union africaine (UA) est garanti; le Tsgp figurant parmi les projets du Nepad. De plus, le gazoduc renforcera sans nul doute l'intégration régionale entre
membres de l'UA. Il reste même à solliciter la Banque maghrébine dont l'ouverture est prévue à Tunis fin 2015.

Il est connu en effet que l'intégration économique maghrébine assurerait 2 à 3 points de croissance supplémentaires par an pour chaque pays. Selon une étude du Fonds monétaire international (FMI). Enfin, la mise en place de la nouvelle banque asiatique sous l'égide de la Chine, pourrait dans le cadre d'un partenariat avec ce pays, nous permettre d'accéder aux crédits de cette banque. Si cette ambition était prise en charge, nul doute que nous assisterons à une nouvelle conquête du Sud avec même l'apport de la jeunesse, notamment dans le cadre du Service national. C'est ce type d'utopie mobilisatrice qu'attend la jeunesse pour déclencher un nouveau 1er Novembre pour ce XXIe siècle.

.

1.Olivier Petitjean http://www.bastamag.net/les-banques-francaises-investissent-largement-plus-dans-les-energies-sales-que


2. Http://www.fairfinancefrance.org/media/60889/banques-fran%c3%a7aises-quand-le-vert-vire-au-noir.pdf


3. Knies, Gerhard. Global energy and climate security through solar power from deserts. Trans-Mediterranean Renewable Energy Cooperation, 2006

http://www.consoglobe.com/maroc-centrale-solaire-cg#OYil5aOKQISrBjWW.99


4. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5220709

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/228927-les-requetes-que-l-algerie-fera-a-la-cop-21.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 11:21

«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau!»

Victor Hugo (Hymne)

L'Algérie a célébré le 61e anniversaire de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954 avec les mêmes documentaires, les mêmes réflexes, les mêmes têtes et le même message celui de faire comme on le dit le «minimum syndical» qui permet à la famille révolutionnaire dont on peut se demander qu'elle est sa valeur ajoutée, de réchauffer péniblement une symbolique à laquelle les jeunes qui, sans être éduqués dans le culte de la patrie, ont, au fond d'eux-mêmes, le «feu sacré» qui attend de s'exprimer. «La révolution se fera même avec les singes de la Chiffa» disait l'architecte de la Révolution, Mohamed Boudiaf.

On sait, comme l'a si bien décrit Mohamed Merzougui, l'un des 22 dans une émission de Canal Algérie -qui m'a paru suffisamment importante pour être rediffusée d'une façon itérative aux jeunes dans les lycées, les universités les maisons de jeunes- qu'après l'impasse entre les Centralistes et les Messalistes et devant un blocage qui pouvait durer mille ans, une troisième voie s'est faite jour le Crua (Conseil Révolutionnaire d'Unité et d'Action). Sous l'impulsion de Mohamed Boudiaf une nouvelle dynamique vit le jour, celle de passer à l'action armée seul langage -en définitive après des décennies de combat politique sans lendemain-que pouvait comprendre le pouvoir colonial.


L'appel du Premier Novembre

Souvenons-nous de l'Appel du 1er Novembre: «A vous qui êtes appelés à nous juger, Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l'étiquette de Front de Libération nationale, se dégageant de tous les partis et mouvements purement algériens, de s'intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. But: l'indépendance nationale par: la restauration de l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. (...) Algérien!(...) Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté; le Front de Libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne». (Appel du Premier Novembre).

Qui étaient ces révolutionnaires sans arme, sans moyens, sans troupes face à une colonisation qui paraissait durer mille ans? De simples citoyens autour de la trentaine d'âge, formés à la dure école de la vie et qui avaient une conviction gravée dans le marbre. Cette détermination non seulement sans faille vis-à-vis de l'adversaire commun était nécessaire et toutes les manoeuvres du pouvoir colonial pour atomiser le consensus ont échoué. A l'époque il n'y avait ni régionalisme, ni prosélytisme. Seule la cause de la lutte pour la liberté était sacrée.

Qui se souvient de ces Européens algériens de coeur qui s'impliquèrent dans la Révolution comme le fit le couple Chaulet ? Nous constatons avec tristesse et recueillement la mort de Mme Chaulet morte à la veille symbolique du Premier Novembre . Me Chaulet enceinte avec son mari Pierre, bravèrent les interdits et sauvèrent la Révolution en exfiltrant d’Alger, avec leur propre moyens ( une deux Chevaux) deux artisans de la révolution Krim Belcacem et Abane Ramdane.

Qui se souvient aussi, des universitaires et intellectuels qui sont morts pour la patrie? Qui se souvient de ces jeunes filles et jeunes garçons qui ont quitté les bancs du lycée ou de la faculté pour aller au maquis? La liste est longue. Qui se souvient, un exemple parmi des centaines, de Taleb Abderrahmane chimiste de formation, qui fut le concepteur des engins explosifs artisanaux piètres réponses aux bombes au napalm versées sur des mechtas sans défense. Taleb Abderrahmane a eu une mort digne en face de la guillotine d'après son bourreau qui eut des regrets le concernant. Le jour de son exécution, l'injustice française de ce temps voulait lui amener un imam pour lui rappeler la chahada; Taleb Abderrahmane lui dit froidement : «Prends une arme et rejoins le maquis».

A bien des égards, la Révolution a sa place dans le Panthéon des Révolutions du XXe siècle. Elle est, surtout, à ne pas se comparer aux autres. Elle a sa spécificité, ses douleurs et ses convulsions propres.... Il est indéniable que le peuple algérien a souffert pendant 132 ans, soit environ plus de 48 000 jours de malheur, de sang et de larmes que nous gardons encore dans notre ADN et qui expliquent dans une large mesure notre errance actuelle, l'Algérien de ce temps, jeune plein d'idéal, élevé à la dure ou même jeune lettré décida que c'en était trop. Dans un environnement avec une chape de plomb, une vingtaine de patriotes décidèrent du déclenchement de la révolution. Ce fut l'épopée que l'on racontera encore dans cent ans. En effet, au bout d'un processus de près de 2800 jours de bombardements, d'exécutions sommaires, de tueries sans nom, l'envahisseur fut chassé du pays. Le tribut payé fut lourd: des centaines de milliers d'Algériens morts plusieurs milliers de combattants morts, des milliers de villages brûlés et plus de deux millions d'Algériens déplacés avec des traumatismes que l'on gère encore de nos jours.


Messali Hadj, père oublié du nationalisme algérien

La Révolution Algérienne ,quoi qu’en disent les tenants de l’amnésie, n’ pas jailli du néant.Elle avait un fond rocheux constitué par les pionniers du mouvement national avec l’Emir Khaled dans les années dix- vingt puis avec l’avènement de l’Etoile Nord Africaine avec Hadj Ali, Imache et Messali. Pendant près de quarante ans, Messali Hadj eut à lutter avec ses camarades pour l'indépendance pure et simple de l’Algérie. Sa vie politique se confond avec ses années de prison, de déportation et de mise en résidence surveillée. L'histoire retiendra que c'était le seul à avoir appelé pour l'indépendance de l'Algérie au moment où les autres forces politiques prônaient le rattachement à la France dans le cadre du projet Blum-Violette.

Ecoutons ce que déclara Messali Hadj -qui n’y fut pas invité mais qui vint quand même après 48 heures de bateau ayant été libéré trois jours auparavant, - au meeting organisé le 2 aout 1936, par le Congrès musulman qui regroupait le Parti communiste avec Amar Ouzegane, les Ouléma avec Ben Badis, la Fédération des Elus du docteur Bendjelloul: «(....) Oui je salue notre peuple toujours fidèle à son passé historique. Cette terre bénie qui est la nôtre,cette terre de la baraka, n'est pas à vendre ni à marchander ni a rattacher à personne. C'est précisément pour cela que je suis venu assister à ce meeting au nom de l'Etoile Nord Africaine notre parti, votre parti qui est pour l'indépendance de l'Algérie. Cela doit être clair, nous repoussons toute tractation tout marchandage. Maintenant il nous faut nous organiser pour être fort et lutter pour rétablir ces objectifs.» (1)

Parlant de cette amnésie tenace à l’endroit de l’un des pionniers du mouvement national , l'historien Alain Ruscio écrit «Dans l'histoire du nationalisme algérien un point d'interrogation demeure: comment et pourquoi le père fondateur, Messali Hadj, a-t-il pu être désavoué, puis combattu, par ses fils spirituels, alors même qu'il avait été le premier à poser comme objectif non plus un aménagement du système colonial, mais la lutte pour l'indépendance? Au sein de la commission coloniale du Parti communiste français (PCF), le principal responsable était Abdelkader Hadj Ali; il fut secondé par des militants plus jeunes, dont Messali Hadj. En février 1927, à Bruxelles, lors du congrès de la Ligue contre l'impérialisme et l'oppression coloniale, le jeune Messali est chargé de présenter le programme de l'Etoile. Pour la première fois, du haut d'une tribune internationale, un orateur exige l'indépendance de la colonie algérienne et des protectorats tunisien et marocain: «L'indépendance de l'un de ces trois pays n'a de chances d'aboutir que dans la mesure où le mouvement libérateur de ce pays sera soutenu par les deux autres.» (2)

En fait , pendant plus de dix ans ce fut la Chappe de plomb concernant l’évocation de Messali Hadj, qui faut il le rappeler , n’eut la nationalité algérienne pour laquelle il a tant combattu , que vers la fin de sa vie. Il mourut d’ailleurs en terre étrangère loin de sa Terre « Cette Terre bénie de la baraka », pour le paraphraser . Il fut enterré à Tlemcen . On aura beuacoup reproché à Messali Hadj de n’avoir pas voulu prendre le train de la Révolution et d’avoir combattu le FLN. Ceci est admis. Mais souvenons nous , quand à la France fidèle à sa politique du « diviser pour régner » voulu l’associer dans la dernière année du conflit pour créer une troisième force et diviser encore les Algériens, Messali Hadj ne fut pas dupe , il déclina ouvertement « l’offre » laissant le FLN seul négocier.

«Dès le milieu des années 1970 une relecture de l'histoire commença à émerger. Parmi les pionniers, lit-on dans l'Encyclopédie Wikipédia, figure Mohammed Harbi qui a ouvert ce chantier d'investigation et de déconstruction de l'histoire officielle et inaugure une autre conception de l'écriture nationaliste de l'histoire. Il évoque les forces politiques algériennes en présence, avec, au centre, la figure de Messali Hadj, à cette époque bannie de l'histoire officielle en Algérie. Didouche Mourad, dans une lettre envoyée à Mohamed Boudiaf, disait que «chaque révolution a son leader et la Révolution algérienne a Messali El Hadj, si on le trahit la Révolution sera trahie et d'autres qui n'ont jamais rêvé d'indépendance vont cueillir ses fruits.» Il a fallu attendre près de vingt ans pour que finalement la Révolution puisse être déclenchée non par lui, mais par des militants du Mtld fondé par Messali Hadj après la dissolution par les autorités françaises de l'Etoile Nord Africaine co-fondé par Messali, Imache et Hadj Ali, ensuite le PPA fut dissous après le génocide de mai 1945.» (3)

Si nous voulons aller vers une société apaisée , il nous faut éviter de continuer à diviser, il nous faut éviter de se focaliser que le premier novembre. Il y eut beaucoup de premier novembre dans l’histoire tumultueuse de l’Algérie. Une histoire attestée de plus de trois mille ans pour la période historique. Pour le dernier segment de notre histoire, le moment est venu en ce premier novembre de déconstruire- paisiblement- le récit en cours sans attenter aux hommes la réalité des faits qui ont été imposés à l'indépendance par un FLN qui n'avait rien à voir avec le FLN Canal Historique

Souvenons nous, encore une fois, car les mots sont importants, Messali Hadj a été le seul à demander l'indépendance de l'Algérie pendant que les autres partis jouaient la corde politique parlant de l'assimilation et de l'aile protectrice de la France. Le 1er Novembre 1954 reste à juste titre, le dernier épisode symbolique du combat incessant du peuple algérien pendant plus de 30 siècles.


Le FLN Canal Historique a rempli sa mission

Que reste-t-il du FLN fondateur? Nul doute qu'il a rempli avec gloire et honneur sa mission historique Avons-nous été fidèles au serment du Premier novembre? Cette question nous devons nous la poser chaque fois que nous devons contribuer à l'édification du pays par un autre djihad par ces temps incertains. Cependant, il faut bien reconnaître que la génération post-indépendance reste peu informée de la réalité de cette Révolution, de la bravoure d'hommes et de femmes qui ont révolutionné le concept même du combat libérateur.

Trois Algériens sur quatre sont nés après l'Indépendance. Ils n'ont qu'un lointain rapport avec l'Histoire de leur pays. En son temps, le défunt président Mohamed Boudiaf affirmait que, justement, la «mission du FLN s'est achevée le 3 juillet 1962» au lendemain de l'indépendance de l'Algérie. En réalité, beaucoup pensent qu'il est grand temps de remettre ces trois lettres, symboles du patrimoine historique national, au Panthéon de l'Histoire.
Combien de jeunes connaissent ce texte fondateur?

Combien connaissent les grandes dates de l'histoire, trois fois millénaire, de leur pays? A l'Indépendance, nous étions tout feu tout flamme et nous tirions notre légitimité internationale de l'aura de la glorieuse Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s'est refroidie en rites sans conviction pour donner l'illusion de la continuité. Les combats d'arrière-garde de la culpabilisation ad vitam aeternam de l'ancienne puissance coloniale ne sont qu'un rideau de fumée qui cache une méconnaissance des enjeux du monde actuel.

Mais comment demander des comptes légitimes à la France et dans le même temps estimer par la bouche d'un responsable que la France nous a donné l'indépendance! Nul doute que les martyrs ont dû se retourner dans leur tombe. Si Larbi Ben Mhidi, Mohamed Boudiaf, Didouche Mourad et tant d'autres pionniers d'une Algérie de progrès fascinée par l'avenir revenaient parmi nous ils seraient assurément scandalisés. Le FLN post-indépendance donne l'image d'une coquille vide qui s'est démonétisée au cours du temps , s’acquoquinant avec tout les courants réactionnaires que le FLN de la révolution a combattu.

L'Algérie de 2015, qu'est-ce que c'est? Un pays qui se cherche? Surement ! Qui n'a pas divorcé avec ses démons du régionalisme, vivant malgré ses efforts, sur une rente factice car elle n'est pas celle de l'effort, de la sueur de la créativité. C'est tout cela en même temps!

Qu'est-ce qu'être indépendant quand on dépend de l'étranger pour notre nourriture, notre transport, notre habillement, notre vie quotidienne? L'Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. Car la situation mondiale est profondément dangereuse. Des alliances se nouent, se dénouent. Des pays disparaissent. Quoi qu´on dise, les regards sont braqués sur l´Algérie. Nous ne sommes pas à l´abri d´un tsunami, nos frontières sont de plus en plus vulnérables.

Pour un nouveau Premier Novembre de l'intelligence

Qu'avons-nous fait après l'indépendance? Comment avons-nous traversé le temps avec un héritage aussi prestigieux et qu'avons-nous fait? A l'indépendance nous tirions notre légitimité de l'aura de la révolution et beaucoup de pays avaient pour nous de la sollicitude. Le moment est venu d'avoir de nouveaux repères à même de donner une utopie à cette jeunesse. Comment peut-on parler du «Mach'al ( flambeau) du Premier Novembre» à transmettre aux jeunes si ces jeunes sont tenus soigneusement à l'écart du mouvement de la nation? La Révolution a été portée à bout de bras par des jeunes pour la plupart et qui ne dépassaient pas la trentaine! Les héros étaient des gens simples qui ont fait leur devoir sans rien attendre en échange. A bien des égards, en considération du combat titanesque de ces pionniers qui ont fait démarrer l'Algérie à l'indépendance, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants.

Le Premier Novembre de papa appartient à l'Histoire, par contre, l'Esprit de Novembre qui a fait que des jeunes par leur sacrifice suprême ont arraché l'Algérie des griffes du pouvoir colonial, doit être toujours en nous. Inventons un nouveau Premier Novembre mobilisateur qui puisse répondre aux défis du siècle concernant la sécurité alimentaire, le problème de l'eau, des changements climatiques et par-dessus tout le défi de l'énergie, et du système éducatif qui attend d'être reconstruit.

Cependant, par-dessus tout il y a nécessité de remettre la morale et l'éthique à l'honneur. Nous devrions avoir une démarche éthique dans nos comportements. Pour faire court, la Révolution de Novembre devra être réappropriée par la jeunesse. Il nous faut chaque fois réinventer le sens de l'Indépendance nationale. Le nouveau langage n'est plus celui des armes, mais celui de la technologie, du Web2.0, des nanotechnologies, du génome, de la lutte contre le réchauffement climatique et des nouvelles sources d'énergie du futur. Une révolution de l'intelligence est certainement la solution. Seul le parler vrai permettra à l'Algérie de renouer avec ce nationalisme qui contrairement n'est pas passé de mode, c'est un puissant stimulant. La légitimité révolutionnaire a fait son temps et les chahids et les rares survivants nous les porterons toujours dans nos coeurs.

Le moment est plus que venu pour la légitimité de la compétence, du neurone, celle capable de faire sortir l'Algérie des temps morts. Si on ne fait rien pour revitaliser le Premier Novembre avec cette symbolique, il disparaîtra alors que nous avons besoin plus que jamais d'un ciment fédérateur qui puisse assurer ce désir de vivre; le meilleur hommage que l'on pourrait rendre aux martyrs, c'est de mettre en place un système éducatif et une université performante. C'est cela le 1er Novembre du XXIe siècle.

Toutes ambitions à notre portée si on arrive à mobiliser par l'intelligence, tous les Algériennes et les Algériens. Pour faire court, la Révolution de Novembre devra être réappropriée par la jeunesse. Pour y arriver il nous faut changer de paradigme. Il nous faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert et en définitive donné leur vie n'est pas le FLN actuel. Il faut restituer le FLN marqueur indélébile de la dignité et de l'Histoire de l'Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non le laisser otage d'une «évanescente famille révolutionnaire» dont on ne connaît aucune prouesse capable d'être signalée.

Il est illusoire de croire que des cérémonies sans lendemain et à l’occasion des leçons de morale et de patriotisme à l´ancienne peuvent emporter l´adhésion d'une jeunesse facebookisée. Elle a besoin pour être convaincue d´une vision globale de société qui ne doit abdiquer aucune des composantes de sa personnalité. Le moment est venu de substituer aux rentes de situations, pour le bien de ce pays, une nouvelle échelle sociale basée sur le savoir et le savoir-faire et la méritocratie. Amen!


1. Messali Hadj Mémoires ( jusqu’en 1938) Edtions Anep. 2007

2.https://www.monde-diplomatique.fr/2012/ 06/RUSCIO/47882


3.Messali Hadj Encyclopédie Wikipédia

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/228650-plaidoyer-pour-une-nouvelle-mobilisation.html

Professeur Chems Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 19:51

«Al Bahrou ouraakoum oua al ‘adou amamakoume», «La mer est derrière vous et l'ennemi est en face de vous»

Tarik Ibn Zyad l'Algérien lors de la conquête de l'Espagne

JST10 Sonatrach: 1200 communicants et exposants. Des conférences, des tables rondes, plusieurs dizaines de communications et posters. Toutes ayant un objectif: faire le point sur les métiers de l'art. Le thème de cette année a, en gros, trait aux innovations technologiques. On peut remarquer avec plaisir, l'étroite symbiose entre l'université et l'industrie. Ce qui est un gage pour le futur. Les 10es Journées scientifiques et techniques de Sonatrach ont été mises à profit pour débattre des enjeux et relever les challenges auxquels Sonatrach devra faire face. Ces 10es journées marquent le 20e anniversaire de ces journées débutées en 1994, à un moment où on était bien seul. Il fallait montrer au monde, par l'organisation des Journées scientifiques que l'Algérie était debout qu'elle pouvait parler science malgré la terreur...

Dans son allocution, le P-DG de Sonatrach le docteur Amine Mazouzi, a expliqué la feuille de route: «L'entreprise demeure engagée par ses missions traditionnelles. C'est dans ce sens que M.Mazouzi a estimé que le groupe Sonatrach est conscient que son «rôle est de soutenir la croissance économique du pays en accroissant de manière économique et significative nos réserves en hydrocarbures pour augmenter les niveaux de production et répondre à la demande nationale et internationale en énergie.» Le P-DG de Sonatrach relève les challenges que représente le «nouveau contexte doublement contraignant, caractérisé d'une part par une baisse des prix du pétrole et, d'autre part, par des ressources en hydrocarbures nécessitant des investissements de plus en plus importants, car plus complexes à développer et à exploiter». Des défis qui marquent de leur empreinte la stratégie du groupe, où «l'efficience et l'optimisation des pratiques et des processus (...), deviennent un axe essentiel».



Ce que j'ai dit

J'ai dans la conférence du lundi parlé des enjeux géopolitiques, expliqué pédagogiquement ce qui nous attend, les causes possibles de guerre. Des guerres pour l'énergie qui ont démarré depuis vingt ans, des guerres pour l'eau. Des recoupages des Etats, de l'imminence des changements climatiques avec les conséquences comme les réfugiés climatiques, la faim, la soif, le désert, les maladies. Bref un décor d'apocalypse qui va impacter essentiellement les pays vulnérables. J'ai parlé rapidement de la COP 21 pour dire qu'il n'y a malheureusement rien à attendre de concret. Chacun remettant aux calendes grecques ses engagements alors que la maison brûle comme le disait, en son temps, le président Jacques Chirac: «La maison brûle et on regarde ailleurs.» J'ai ajouté, que «Le fait est que la dépendance chronique de l'Algérie à la ressource hydrocarbure en fait une cible dans les guerres énergétiques à venir.» Il estime que l'Algérie est menacée par une conjoncture minée par une suroffre artificielle et créée de toutes pièces. Bien plus que la crise économique, nous devons sans tarder mettre en place les outils à même d'éviter une réédition du scénario du contrechoc pétrolier de 1986.


Le constat

Nos réserves actuelles sont sur le déclin, à moins de découvertes majeures, vingt ans tout au plus de production. J'ai fait un plaidoyer sur la nécessité de mettre en place cette transition vers le développement durable. Tous les pays développés et certains pays en développement ont des modèles énergétiques qui permettent de prévoir à l'avance la consommation d'énergie en fonction de données actuelles et de l'évolution de plusieurs paramètres comme la population, les réserves en énergie fossiles, les potentialités en énergie renouvelables, l'évolution des changements climatiques, mais aussi et surtout les habitudes et la façon de consommer pour évaluer le taux de gaspillage de l'énergie. Les prix dérisoires de l'énergie sous toutes ses formes mais aussi les prix de l'eau font qu'il est pratiquement impossible de continuer à ce rythme de consommation débridée.

Sait-on par exemple que le gaz naturel que nous payons est facturé 20 fois moins cher que son prix à l'international, que le prix du gasoil est facturé 7 fois moins cher que celui de nos voisins, que le prix de l'eau à 5 DA est dérisoire, que le même mètre cube est facturé 20 fois plus ailleurs? L'Algérie est l'un des rares pays où le prix de l'essence est très bas. La vérité graduelle des prix bien expliquée aux citoyens sera admise d'autant que les classes à faible pouvoir d'achat paieront proportionnellement à leurs revenus. Il est anormal que le soutien des prix profite à tout le monde. Même le FMI recommande de cibler les catégories à aider.

Pour une transition énergétique en Algérie

Que faire, avant qu'il ne soit trop tard? La transition énergétique vers le développement durable est une nécessité. Consommer mieux en consommant moins économiser, recycler payer le juste prix pour l'énergie, l'eau; les matières premières importés est une nécessité. C'est aussi une justice. Faire en sorte que les classes à faible pouvoir d'achat soient épargnées. Cependant et dans tous les cas, l'Etat ne pourra pas continuer à mettre à disposition de l'énergie même à ceux qui peuvent payer. Il nous faudra penser à rationaliser la consommation pour faire en sorte que l' énergie soit durable... pour les futures générations.
Les économies d'énergie ne peuvent être opérationnelles que si un juste prix est pratiqué. La transition énergétique est une vision nouvelle qui nécessite la chasse au gaspillage et le payement d'un juste prix en fonction des tranches de revenus de chacun.

Cette transition énergétique vers le développement durable nous permettra aussi de tenir compte de plusieurs paramètres, la protection de l'environnement, la rationalité dans la consommation et un recours important aux énergies renouvelables d'une façon globale et d'une façon individuelle à la fois. Nous devons nous prendre en charge et être des citoyens responsables. Nos parents arrivaient à stocker l'eau de pluie. Nos parents faisaient des provisions de bois en été. Ce sont des milliers de tonnes de bois qui pourrissent et que l'on ne ramasse pas; pour en faire un combustible, voire un isolant dans les habitations comme c'est le cas du liège..

Ce sont autant de réflexes qui existent dans les autres pays et que nous avons perdus. Nous menons un train de vie qui ne correspond pas à la rationalité. Notre autonomie nous permettra de faire durer ce qui nous reste en réserves d'hydrocarbures plus longtemps, ce qui nous permettra d'assurer l'avenir des générations futures. Dans les modèles énergétiques proposés par les élèves ingénieurs pour 2030,l'accent est mis sur toutes les énergies fossiles et renouvelables (solaire, éolien, hydraulique) mais aussi sur la géothermie qui n'est pas exploitée.

Dans le même ordre, les coûts de revient de l'énergie devraient être optimisés entre les pertes sur le réseau et la perte de chaleur par les cheminées des centrales; il y a des marges à récupérer peut être 1 à 2 TWH, c'est-à-dire au moins 5% de l'énergie; en clair, c'est l'équivalent d'une centrale électrique de 1000MW que l'on peut économiser en allant vers la cogénération en changeant le mode de production, notamment des turbines à gaz...
Par ailleurs, nous avons 250 sources d'énergie géothermique qui peuvent contribuer valablement à remplacer les énergies fossiles (pétrole et gaz naturel), notamment dans le chauffage urbain, industriel mais aussi agricole. Nous arriverons, ainsi, à un bouquet énergétique où outre les énergies fossiles, le développement des énergies renouvelables, nous mettrons en oeuvre le plus grand gisement de l'Algérie, celui des économies d'énergie.

Le gaz de schiste est une énergie comme une autre. Il faut savoir qu'elle ne sera pas génératrice de rente. L'exploitation de cette richesse se fera quand la technologie sera mature et respectueuse de l'environnement. Le gaz de schiste aura toute sa place si on sait s'y faire, si on prend les précautions nécessaires par la mise en place d'une réglementation drastique, si on forme les compétences dans ce domaine et si enfin, on développe une veille technologique - en demandant à Sonatrach de former dès maintenant les futurs cadres à même de maîtriser valablement cette technique à même de suivre les meilleures méthodes d'exploitation.

Un plan Marshall pour les énergies renouvelables

Il nous faut aussi un véritable plan Marshall en sachant bien que le modèle énergétique est plus large car il englobe d'abord, un modèle de consommation à différents horizons 2030, 2050.A titre d'exemple, nous serons 55 millions d'habitants, nous consommerons peut-être 2000 kWh par habitant. Par an cela ferait 125 TWh, soit trois fois la puissance installée actuelle en électricité. C'est dire la quantité de panneaux solaires et d'éoliennes à mettre en place. Ceci ne concerne que l'électricité, il y a aussi les carburants, mais surtout le plus grand gisement qui est celui des économies d'énergie évalué à 20%. On peut économiser l'équivalent de 8 -10 millions de tonnes de pétrole par des gestes éco-citoyens.



La stratégie énergétique est une cause nationale qui transcende les partis

Cette stratégie est de mon point de vue un sous-ensemble d'une problématique globale qui est celle de passer d'un modèle de consommation où tout est gratuit et où personne n'est responsable vers un modèle de consommation vertueux où chaque calorie épargnée grâce à des économies est une calorie disponible pour l'exportation ou pour les générations futures. Il ne faut pas oublier que notre banque est notre sous-sol. De ce fait, cette transition énergétique devrait avoir le consensus du plus grand nombre. Car au moment de l'application, ce sont les citoyens avec un comportement ecocitoyen qui feront que cette stratégie réussira.

De plus, nous sommes convaincus que la transition énergétique est l'affaire de tous les départements ministériels, c'est l'école où l'apprentissage de l'écocitoyenneté se fera, c'est la formation professionnelle et l'enseignement supérieur qui auront à former les milliers de techniciens et d'ingénieurs, dont la formation qui a disparu devrait en toute logique être réhabilitée. C'est aussi les affaires religieuses où les prêches porteraient sur les dégâts du gaspillage, c'est évidemment l'environnement, l'éco-tourisme mais aussi le commerce qui devrait contribuer avec l'industrie et l'énergie à l'interdiction des appareils électroménagers et véhicules énergivores en électricité ou en carburant.

C'est enfin l'information qui devrait convaincre les chaînes publiques et privées de l'importance de cette cause nationale en faisant preuve de pédagogie. Nous avons une fenêtre de quatre à cinq ans, au plus, pour pouvoir mettre en oeuvre une politique volontariste basée sur un mix, mais surtout une sobriété énergétique.

L'exemple du carburant perdu dans les embouteillages «de l'ordre de 500.000 dollars/jour à Alger, soit l'équivalent de 120.000 tonnes de carburant, d'où la nécessité d'une politique des transports mais aussi d'utilisation de sirghaz et GNC», est à méditer l'industrie du recyclage qui constitue un trésor et une alternative économique. «Un calcul montre que le gain généré par le recyclage peut atteindre 800 millions d'euros, si toutes les décharges étaient exploitées rationnellement Le recyclage des déchets ménagers permettrait la récupération d'une grande partie du un million de tonnes de plastiques, un million de tonnes de papier et plusieurs milliers de tonnes de verre et de métaux. A cela s'ajoutent les milliers d'emplois qui seront créés par la chaîne de recyclage.

Intervenant lors de la table ronde que j'ai présidée et organisée dans le cadre des Journées scientifiques et techniques de Sonatrach intitulées «Le monde de l'énergie, atouts et défis de l'Algérie», Le Pr Rabah Kerbachi, de l'Ecole polytechnique d'Alger, a souligné, hier à Oran, que «l'Afrique n'est pas responsable de la situation du réchauffement de la planète car, elle émet très peu de gaz à effet de serre», il a estimé que tous les pays doivent participer à l'effort mondial contre le réchauffement climatique. Comme solution intermédiaire sur la route vers les énergies propres,

Le Dr Mahfoud Belhamel, ancien directeur général, suggère d'aller vers le gaz naturel, l'énergie la moins polluante parmi les énergies fossiles. Dans ce cadre, l'orateur a proposé la mise en place d'installations hybrides (gaz/solaire), qui est une solution de transition avant d'aller vers le tout-solaire. «On peut également aller vers les autres énergies propres comme la géothermie et le vent».



Place pour l'Algérie dans l'Opep

L'attitude de l'Arabie saoudite au sein de l'Opep n'a rien à voir avec le texte fondateur de l'Opep? à savoir la défense des intérêts des pays producteurs. Nous assistons à une politique de bradage. La situation actuelle est bien complaisante comparativement aux positions passées nées du dialogue entre le regretté roi Fayçal et le président Houari Boumediene, et qui avait abouti au premier choc pétrolier de 1973. En effet, la dégringolade des cours du brut ne semble pas affecter la stratégie de l'Opep, les cours restent accrochés très en deçà de la barre des 50 dollars, car plombés par une surabondance de l'offre; le cartel ne bouge pas d'un iota pour en réduire l'impact.

Bien au contraire. Loin de respecter les quotas de production fixés à 30 millions de barils/ jour, l'offre Opep continue d'augmenter. La production septembre a atteint une moyenne 31,68 de millions de barils par jour, contre 31,57 millions de bpj un mois auparavant. Plus que jamais l'utilité de l'Opep, est à prouver. De ce fait, dans une institution où - mis à part les rentiers du Golfe - personne n'est écouté, la sortie de l'Opep est à étudier sérieusement.


L'avenir: l'entrepreneuriat des jeunes et le développement durable

Belle initiative d'Ooredoo sponsor officiel de Injaz El Djazair. Des prix à des élèves ingénieurs à GEC (Green Shall Prevail) de l'Enstp (Ecole nationale supérieure des Travaux publics) dont le projet consiste à utiliser des engrais à 100% naturels, à caractère écologique, produits à base de déchets urbains exclusivement végétaux et emballés dans du carton recyclé, destiné au jardinage biologique, l'horticulture et à l'agriculture. Le 2e Prix du meilleur impact social a été attribué à Replay de l'Ecole nationale polytechnique (ENP). Le principe du projet primé consiste en l'organisation de jeux de société avec trois avantages, à savoir la publicité car il offre une plate-forme pour les partenaires, son autre sous-produit consiste en le recueil de grandes quantités de déchets recyclables. Le troisième Prix ou Prix du Meilleur Produit de l'année a été remis à Green Phoenix de l'Ecole des hautes études commerciales-Ehec. L'idée traduite en projet consiste en la collecte, le tri et le compactage de PET et d'aluminium, permettant de convertir les unités introduites en bons de réductions.

Dans ce cadre, il est possible de mettre en oeuvre cette utopie du développement durable en incitant les jeunes à créer des «start up dans ce domaine», Nous aurons des Ansej du développement durable et chaque année le salon d'exposition devrait primer les plus porteuses des start up et les aider à démarrer...

Plus largement, l'avenir ce sera ce que nous voulons qu'il soit. Point de fatalité, du travail, de la sueur, de l'intelligence. L'Algérie ne doit pas lier son avenir aux convulsions erratiques d'un baril de pétrole. Il nous faut sortir intelligemment de la rente en allant vers le développement durable. Il faut nous départir de la mentalité du «beylek» en passant de la situation actuelle où personne n'est concerné à la situation où chacun assume sa part de responsabilité, si on veut qu'il y ait un avenir pour ce pays.

Elle devrait faire l'objet d'un consensus qui transcende les clivages, car les faits sont têtus, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Nous devons prendre les devants dès maintenant. Nous sommes tous comptables devant l'Histoire et les générations futures. Ces dernières nous seront reconnaissantes d'avoir pensé à elles en leur laissant une Algérie de l'intelligence qui tourne le dos définitivement à la rente.

La sentence prêtée à Tarik Ibn Zyad est plus que jamais d’actualité. Nous n’avons pas le choix, nous devons affronter la dure réalité. Changer aujourd’hui , c’est éviter de subir demain. Le développement durable est pour nous plus qu’une nécessité , un nouveau mode de vie qui nous fera renouer avec les valeurs, de solidarité, de non gaspillage de respect de la nature. En un mot il nous permettra de sortir de l’ébriété procurée par une rente qui n’est pas le fruit de l’effort, pour aller vers une sobriété, une frugalité dont le maitre mot est l’effort pour une récompense méritée qui ne compromet en rien l’avenir des générations futures .

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/226942-resilience-et-cap-sur-le-savoir.html

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Chems Eddine Chitour - dans algerie
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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 14:23

Lors d’une interview sur la chaine 3 francophone, J’ai tenu à mettre l’accent sur trois principes essentiels qui pourraient permettre à l’Algérie de rebondir et de traverser cette mauvaise passe.

En premier lieu il y a lieu de militer inlassablement, pour conjurer l’effritement identitaire pour le vivre ensemble dans un monde de plus en plus inhumain et féroce envers les faibles. j’ai notamment appelé avant toute chose à édifier une nation. Un plébiscite de tous les jours dirait Ernest Renan. De ce fait il ne devrait y avoir ni opposition ni pouvoir : il y a le pays l’Algérie.

Je suis convaincu que la nation algérienne possède les atouts propres à la faire sortir de la crise, à la condition qu’il soit mis un terme à la dualité entre pouvoir et opposition et que des décisions politiques courageuses soient mises en branle. J’en appelle à un élan impliquant l’ensemble des Algériens, « qui doivent tous se sentir concernés », la jeunesse en particulier, à laquelle, il faut , avant tout expliquer les enjeux « du vivre ensemble » et la nécessité de s’accepter que l’on soit du Nord ou du Sud, de l’Est ou de l’Ouest.

En deuxième point j’ai beaucoup insisté sur le développement durable et la nécessité deconsommer moins en consommant mieux. Il faut changer de paradigme et aller vers la sobriété. J’ai donné quelques exemples de gaspillages notamment la nécessité de tris sélectifs et la responsabilité des collectivités locales

J’ai prôné une lutte sans merci contre l’« énorme » gaspillage observé dans différents secteurs, Il est impératif d’avoir une perception nouvelle par rapport aux richesses énergétiques et hydriques du pays. « L’énergie a un coût, l’eau a un coût, et il en est de même de tout ce que nous importons » Nous achetons le gasoil à 1$ le litre nous le bradons au consommateur à 13 Da soit 8 fois moins ! Le gaspillage se fait en partie par une hémorragie aux frontières du fait des couts élevés dans les pays limitrophes. Il y a nécessité de revoir tout cela et faire en sorte que les aides puissent aller à ceux qui ont en besoin ; car jusqu’à présent il est admis que 75 % de ces subventions de ces produits (eau, électricité, carburants, pain) profitent en priorité à ceux qui ont un fort pouvoir d’achat.

J’ai ensuite parlé de la vérité des prix et de la nécessité de cibler justement les aides aux classes nécessiteuses au lieu de faire des aides sur les couts.

Mettant en avant quelques chiffres, j’ajoute : « nous consommons, 1 million de tonnes de plastique chaque année qui demandent à être recyclés ». 1 million de tonnes de papier des dizaines de milliers de tonnes de verre. Le taux de recyclage est très faible.

Je parle enfin du défi du gasoil et de ses méfaits : Alger compte 2 millions de véhicules dont 1/4 est en circulation permanente, « une heure d’embouteillage entraine une perte en carburant d’une valeur de 500.000 dollars/jour. Soit près de 80 millions de dollars /an pour la seule ville d’Alger ! Sans compter la pollution occasionnée par les particules lors du la combustion du diesel, un problème de santé publique. J’ai pointé du doigts le fait que le métro et le tramway ne favorisent que les gens intra-muros qui en principe n’en ont pas besoin, car tous les ministères et les sièges sont concentrés au centre-ville . Ce sont ceux qui sont à la périphérique qui on en besoin. La politique de transports en commun est à adapter à cela

Enfin j’ai traité de la Ressource humaine et j’ai appelé à une économie de la Connaissance en citant le fameux exemple de Bill Gates reçu par le président français François Mitterrand :L’internet c’est le futur baril de pétrole. Nous devrions miser sur la technologie et les sciences exactes en réhabilitant les sciences de l’ingénieur laminées par la mise en place sans garde fous du LMD qui nous a fait perdre « nos défenses immunitaires » que constituent les formations d’ingénieurs et de techniciens ; Seules quelques écoles ont échappé à la curée.

Parlant des élites marginalisées j’ai affirmé que « nous avons, un gisement de connaissances et de savoir qui peut encore être mis à contribution même si les cadres sont à la retraite. L’Université doit jouer son rôle et rentrer dans la mêlée en contribuant au développement du pays et la formation des créateurs de richesses à la place de demandeurs d’emplois.

En définitive, sans avoir la prétention de jouer les pythies, j’ai affirmé que si nous continuons sur cette lancée de consommation débridée « dans trois années nous seront à sec ».

Seule une utopie mobilisatrice qui fédère tout le monde autour d’un projet, une transition énergétique vers le développement durable adossée à la sollicitation de l’université et des compétences quelques soient leurs latitudes pourra donner des raisons d’espérer à une jeunesse en panne d’espérance, qui a besoin de repères pour aller de l’avant

Amen.

Source de la vidéo : http://www.radioalgerie.dz/player/fr/video/invité-de-la-rédaction-de-la-radio-chaîne-3-chems-eddine-chitour

Pr. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans algerie
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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 13:04

«La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.»

Albert Einstein

Un coup d’éclair dans un ciel serein ! Volkswagen a fauté. C’est dire si nous tombons de haut. Le nec plus ultra de la précision du travail bien fait, de la rigueur venait de montrer sa face sombre, celle de faire de l’argent à tout prix , au risque de démolir une réputation bien établie mais écorné par cette affaire. Si dans l’absolu , c’est répréhensible, dans la réalité –surtout chez les constructeurs-, c’est de bonne guerre au nom de la nécessité du toujours plus. Plus de part de marché, plus d’argent, plus de personnes besogneuses écrasées dans la plus pure idéologie néo-libérale.

Le groupe automobile Volkswagen a reconnu avoir utilisé un logiciel pour fausser les résultats des tests antipollution pratiqués aux États-Unis sur ses véhicules à moteur diesel. L'entreprise a par la suite avoué que 11 millions de modèles à travers le monde étaient équipés de ce dispositif. Le groupe allemand vient d'admettre qu'il avait délibérément faussé les tests antipollution pratiqués aux États-Unis par l'Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) pour mesurer le niveau d'émission de gaz polluants des véhicules à moteur. La tricherie s'opérait grâce à un logiciel capable de détecter la procédure de test antipollution et d'activer les contrôles d'émission de gaz pour se conformer aux normes en vigueur. Comme l'explique l'association de consommateurs Consumer Report, les voitures munies de cet algorithme disposaient d'un «mode route» et d'un «mode test». Ce dernier est utilisé lors des contrôles d'émissions polluantes et de consommation qui s'effectuent sur des bancs de roulage où seules les roues motrices sont en mouvement. Cette situation devrait créer une alerte pour l'informatique du bord. En effet, les systèmes d'assistance à la conduite de la voiture interprètent cette situation comme dangereuse et pourraient activer les contrôles de traction et de stabilité (1).

D'où la présence d'un mode test pour que la procédure de contrôle puisse se dérouler sans encombre. Volkswagen n'est pas le seul constructeur à recourir à cette technique. Mais il se trouve que ce mode test a été configuré pour produire des résultats qui n'ont rien à voir avec l'utilisation en conditions réelles. Sur le banc de test, les voitures équipées de ce logiciel trompeur sont dans les clous des normes antipollution. Mais une fois sur la route, les émissions d'oxydes d'azote (NOx) atteignent quarante fois la norme. La supercherie a été découverte grâce aux travaux de chercheurs de l'université de Virginie-Occidentale qui ont collaboré avec l'ONG International Council on Clean Transportation (ICCT).(1)


Cet électrochoc mondial, car Volkswagen (la voiture du peuple) c'est à la fois le fleuron de l'industrie automobile allemande -c'est sous le IIIe Reich que les premières coccinelles sont sorties - mais aussi mondial, tant il est vrai que l'industrie allemande est synonyme de rigueur, de précision, de travail durable et sans commune comparaison avec ce que font les autres pays, mis à part peut-être Rolls Royce, ou dans les voitures de course Ferrari. Cette perturbation qui a fait perdre au groupe près de 25 milliards de dollars en trois jours, plus une éventuelle amende aux Etats-Unis de 16 milliards de dollars, laissera des traces. Curieusement, les autres constructeurs ne portent pas plainte pour tromperie et concurrence déloyale? Peut-être ne se sentent-ils pas très propres non plus?


Volkswagen: la partie émergée de l'iceberg du mensonge global!

En fait, Volkswagen n’est qu’un maillon d’une chaine de kleptocrates à l’échelle mondiale .Nous avons plus que jamais la certitude des actions maléfiques du marché du toujours plus, du tricher constamment, de l'obsolescence programmée... La contribution suivante résume magistralement les manoeuvres des fraudeurs qui se trouvent partout: «Volkswagen donc nous aurait menti et de fort belle manière, en insérant un petit programme informatique chargé de détecter les séquences de tests anti-pollution pour avoir de meilleures notes. Enfin, à mon avis, chez Volkswagen ils ne sont pas les seuls à mentir! (...) Non, mais il faut juste se rendre compte d'un truc, c'est quand même qu'on nous ment, juste en permanence... Si vous êtes soumis à un matraquage publicitaire c'est parce qu'il s'agit de vous faire acheter très cher, de mauvais produits, dont vous n'avez pas besoin, avec de l'argent que vous n'avez pas. Depuis le temps que l'on fabrique des voitures, les moteurs pourraient faire 1 million de kilomètres sans problème... (Obsolescence programmée)». (2)

«Donc on vous ment, tout simplement, à tous les niveaux et les entreprises ne sont pas en reste.L'ancien P-DG de la Pomme (Apple) vous vantait lors de show à l'américaine ses produits et ses tablettes type i-pad pour vous les vendre à vous et à vos enfants, tout en mettant ses enfants dans une école sans outils numériques comme toutes les stars de la silicon Valley car ils connaissent pertinemment les dangers du numérique sur le développement intellectuel. Les sociétés de téléphonie mobile passent tous les ans des provisions pour «risques sanitaires» tout en vous affirmant que vous coller un appareil à micro-ondes contre le cerveau est une excellent idée et que tout va bien se passer. L'industrie automobile vous ment, celle de la téléphonie vous ment. L'industrie pharmaceutique vous ment aussi. Ils ont besoin de malades, pas de bien-portants, principe que mon grand-père pharmacien avait bien compris, lui qui attendait comme le Messie la grippe... comment vont les affaires? «On aurait bien besoin d'une petite grippe»! L'industrie informatique vous ment, le complexe médiatique vous ment, les politiciens vous mentent.» (2)

«Nous vivons dans un monde de mensonge permanent guère reluisant. Volkswagen est l'une des plus grandes et des plus belles entreprises allemandes, voilà donc à quoi ils en sont réduits. De quoi relativiser le miracle allemand. Mais ce mensonge n'est que la toute petite partie émergée de l'iceberg du mensonge global. Vous n'êtes qu'un chiffre d'affaires potentiel. Votez avec votre consommation. N'achetez plus, car en consommant vous soutenez le complexe politico-médiatico-industriel qui vous ment, saccage la planète, détruit les liens entre les hommes et réduit notre humanité à ses plus bas instincts.» (2)



Qu'en est-il des normes de pollution incriminées?

On sait que les voitures consomment des carburants et émettent des gaz dangereux et des particules. La réglementation les normalisant a commencé aux Etats-Unis il y a quarante ans et en Europe depuis 1993. L'avenir c'est la voiture à LPG (sirghaz) ou mixte (avec l'électrique en ville, le sirghaz sur la route). Les normes antipollution évoluent régulièrement, pour être plus strictes, mais d'une manière générale, les pays européens, ont été extrêmement lents à mettre en place une législation coercitive. Euro 1: 01/01/1993. Euro 6: 01/09/2014. On aimerait aussi d'une future norme Euro 7, qu'elle règlemente les émissions de CO2, qui sont toxiques pour l'homme à partir de 5000 ppm, et gravement dangereuses pour la planète aux taux actuels. Les composés organiques volatils (C.O.V.) devraient également être règlementés, puisqu'ils sont aussi à la cause de sérieux problèmes de santé publique.» (3)

Et en Algérie?

Globalement, nous carburants ne répondent pas aux normes européennes de plus en plus drastiques. Cependant, il est évident que nous ne pouvons pas continuer ainsi. Le parc véhicules en Algérie étant en grande partie en diesel, la consommation dépasse les 10 millions de tonnes en diesel et 4 millions de tonnes en essence. Mieux encore, une partie de ces hydrocarbures s'évaporent par les frontières et l'hémorragie a fait qu'en 2013, nous avions importé pour 3,5 milliards de tonnes soit 3, 5 milliards de dollars. Nous achetons en dollars le litre le gas oil et nous le vendons à 13 DA soit près de huit fois moins; Il ne faut donc pas s'étonner de l'hémorragie aux frontières Ouest, Est,et Sud. Chez nos voisins le gaz oil est facturé à 80 DA. De plus notre gas oil ne répond pas aux normes Si on devait comparer les limites admissibles, on s'apercevrait que nous en sommes loin en Algérie. En Europe, les normes sont à 6 euros pour le Diesel, elles sont de 0,005 ppm (particules) et en Algérie, les normes Euro 2? de 0,08ppm (soit seize fois plus). S'agissant des Nox, en Europe la norme Euro 6 pour le diesel est de 0,17. Pour la norme Euro 2 en Algérie elle est de 0,7 (quatre fois plus). Ce qui se paiera inéluctablement au niveau de la santé des citoyens. Enfin il faut signaler que les essences contiennent une proportion d'aromatiques importante, certes elle gonfle l'indice d'octane, mais c'est encore un problème de santé publique inévitable.

Pour une stratégie du développement durable concernant les transports

Les transports en Algérie, c'est 40% de la consommation d'énergie. L'Algérie est le pays des paradoxes. L'Algérien est prêt à se saigner aux quatre veines pour avoir une voiture. Que vous soyez riches au point de vous permettre un véhicule à 5 millions de DA ou à 1 million de DA, vous payez l'essence bradée de la même manière. L'Algérie c'est le deuxième pays au monde (après le Vénezuela) où les carburants sont bradés. Dans l'environnement maghrébin, le gaz oil algérien est payé sept fois moins cher. Le gas oil algérien est payé douze fois moins cher qu'en France au cours officiel et près de vingt fois moins cher au cours parallèle. Du fait de la boulimie et de l'hémorragie aux frontières, Le gaz oil est importé à 1 dollar le litre et il est vendu huit fois moins au cours officiel et offert gratuitement à nos voisins... Cette situation ubuesque ne doit pas durer, l'ébriété énergétique devrait être derrière nous.

L'idéal, c'est de ne pas utiliser sa voiture mais circuler grâce aux transports en commun. C'est tout le challenge du futur. Les gains sont de 1à 10 en termes de carburants de pollution en moins, d'usure du moteur, de fatigue du chauffeur. On peut de même installer des stations pour le gaz naturel véhicule (GNV). GDF Suez en 2006 avait proposé de permettre à des particuliers d'installer un compresseur chez eux et d'alimenter leur véhicule GNV. Pourquoi ne pas doter les habitations de prises pour chargement de gaz naturel normal. Laissons le pétrole pour ses usages nobles, notamment la pétrochimie, voire pour exporter des carburants à forte valeur ajoutée au lieu d'importer des carburants.



Si on change de modèle de consommation vers le développement durable
Le sirghaz (GPL) pollue deux fois moins que l'essence et le gas oil, de plus il n'y a pas de NOx dangereux il n'y a pas émission de particules encore plus dangereuses, il n'y a pas d'aromatiques cancérigènes, il n'y aura pas d'hémorragie aux frontières car nos voisins ne sont pas outillés en systèmes de sirghaz, de plus il est impossible de le transporter en contrebande.

Si on veut réellement impulser rapidement l'utilisation du sirghaz (GPL) , les actions suivantes de bon sens énoncées et expliquées à travers les médias lourds et légers emporteront l'adhésion:

1°Limiter l'achat à ceux des véhicules ne consommant pas plus de 120g de CO2 au km (actuellement nous perdons près de 20% de la consommation car une étude faite à l'Ecole polytechnique a montré que sur les 25 marques de voitures entrant en Algérie, ma moyenne est de 140 à 145g de CO2/km en avertissant que nous allons à terme (2 à 3 ans) nous caler sur les normes européennes de 100 g au CO2.

2° L'installation de dispositif de sirghaz qui est au coeur de cette stratégie pourra être prise en charge dans le cadre de start-up avec obligation graduelle d'intégration en commençant par la cuve, les canalisations jusqu'à arriver au dispositif de pression et là les entreprises comme celle d'El Eulma des compteurs pourrait participer. L'Etat doit donner l'exemple à travers sa flotte captive des administrations, de la police des douanes de l'armée en essayant de convertir une grande partie du parc au moins en double carburation. Il en est de même des chauffeurs de taxis et des entreprises de transports publics (Etusa, bus, cars...)

3°Pour cela la prime de 20.000 DA en moins pour le sirghaz à l'achat de la voiture est dérisoire. Il y a un prix moyen qui doit être indexé sur le prix du sirghaz par rapport aux autres carburants. Si on garde les coûts actuels des carburants, un calcul simple celui qui veut placer un dispositif sirghaz à 100.000 DA ne gagne par an pour 20.000 km à 7 litres au cent, que 5000 DA,

Pour pouvoir amortir le prix de l'installation, il lui faudra vingt ans! Il n'attendra pas. De ce fait, les 20.000 DA octroyés ne sont pas significatifs. La prime devrait être égale au dispositif d'installation avec même une vignette verte deux fois moins chère que pour les véhicules utilisant l'essence et trois fois moins chère que le gas oil qu'il faut graduellement réduire en alignant dans une première étape son prix sur celui de l'essence autour de 35 DA, ce qui va créer un différentiel avec le sirghaz qui pourra être proposé à 15 DA

4° Il faut donner le temps aux opérateurs importateurs de véhicules de se retourner. Ils doivent faire partie de cette stratégie. Dans un premier temps un quota de 30% en double carburation devrait leur être demandé.

Pourquoi ne pas miser aussi sur le Gnlc?

Nous avons des réserves. Le GNLC ( Gaz naturel liquéfié carburant) est disponible. C'est une possibilité de valoriser le pétrole et les carburants qui pourront être exportés et qui rapportent beaucoup plus que le gaz naturel. Depuis trente ans il n'y a à ma connaissance que les deux pompes au GNC inaugurées en 1986.

Il a aussi beaucoup d'avantages comme le montre cette publication: «Le gaz naturel, produit lors de sa combustion 96% de particules fines et 70% d'oxydes d'azote (NOx) en moins qu'un moteur diesel, un moteur GNL émet également moins qu'un moteur diesel Euro. Ces quelques pourcentages confèrent au GNL un potentiel considérable. De plus, en termes de nuisances sonores, les moteurs gaz sont au moins deux fois plus silencieux. Certes, une motorisation GNL demande des investissements plus lourds qu'un camion diesel ou qu'un camion hybride (30% à 40% supplémentaires à l'achat). Ce surcoût est notamment dû aux réservoirs cryogéniques. Mais le GNL présente un avantage concurrentiel important par son prix très compétitif. Ce gain à la pompe permet aux transporteurs d'obtenir des retours sur investissements très rapides. Dès une utilisation annuelle de 50.000 km/an, la solution GNL offre un retour sur investissement de 5 ans. Pour un kilométrage supérieur à 150.000 km/an, c'est deux ans. Les premiers projets pilotes français permettant de démontrer l'intérêt et le confort de ces véhicules ont été lancés par Iveco en 2011 et Volvo en 2012 (en partenariat avec GNVert). Depuis, la réglementation concernant les véhicules circulant au GNL a été adoptée et la société Iveco sera le premier constructeur en France à offrir en grande série ses camions «tout GNL» dès la fin 2014 suivi par Renault Trucks (Groupe Volvo) et Scania l'année suivante. Aujourd'hui, plus de 200 camions. (4)

On le voit, L’Algérie devra plus que jamais compter sur soi . La panoplie des possibilités est féconde, l'essentiel est d'expliquer pédagogiquement aux citoyens cette transition énergétique vers le développement durable. Tous les secteurs sont concernés par la sobriété en tout. Le ministère de l'Information a une responsabilité particulière dans la préparation des espaces de discussion qui devraient concerner tous les médias publics et privés. Il ne s'agit pas d'un programme d'un gouvernement, il s'agit de trouver les voies et moyens à l'Algérie pour s'en sortir par le haut. Plus que jamais le consensus de la nation toute entière est indispensable.

Pour en revenir à Volkswagen, ce sera un feu de paille, car les loups ne se mangent pas entre eux. Un nouveau président du directoire a été élu rapidement, La chancelière demande une enquête qui aboutira à un non-lieu. Volkswagen paiera, et se remettra au travail. La ministre de l’écologie demande des contrôles aléatoires sur les véhicules. Nous lui souhaitons bonne chance…



1.Marc Zaffagni, Futura-Sciences Tests antipollution: comment Volkswagen a triché à l'aide d'un algorithme 22/09/2015

2.Charles Sanna http://insolentiae.com/2015/09/21/ volkswagen-la-partie-emergee-de-liceberg-du-mensonge-global-ledito-de-charles-sannat/

3.http://www.moteurnature.com/actu/normes.php

4° http://www.energie.sia-partners.com/20140924/ le-gnl-comme-carburant-routier-quel-potentiel-pour-la-france#sthash.Aunxmptv.dp

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/225967-comment-l-algerie-s-en-sortira.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 16:22

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a estimé que la crise actuelle constitue une opportunité pour l'Algérie afin d'opérer un cap vers une économie portée par le travail et la création des richesses.

Dimanche 20 septembre a eu lieu une réunion importante. Il s'agissait de se pencher sur la situation économique actuelle à la lumière des bouleversements que connaît la scène économique énergétique et politique internationale. Nous vivons en effet, une ère où l'énergie est devenue une variable d'ajustement des stratégies géopolitiques. La majorité des conflits a un soubassement qui a pour enjeu la disponibilité ou non de l'énergie. Les nations du monde doivent faire le choix d'une nouvelle ère énergétique.

Comme noté dans la note conceptuelle du Conseil National Economique et Social (CNES) : «Le retournement spectaculaire du marché international des hydrocarbures, a fortement impacté les indicateurs fondamentaux de l'économie nationale (déficit budgétaire en hausse constante, réserves de changes en baisse, trend inflationniste avéré, etc.), soulignant ainsi la forte vulnérabilité de notre économie aux chocs exogènes, notamment ceux résultant des fluctuations des cours internationaux des hydrocarbures et des denrées alimentaires. La croissance économique a été, jusqu'à présent, essentiellement tirée par la dépense publique, financée par les revenus des hydrocarbures.


Toujours d'après le Cnes, «les stratégies propres à renforcer la résilience de l'économie nationale, par une atténuation de son excessive dépendance nécessitent d'allumer de nouveaux moteurs de croissance, diversifier l'économie et la rendre compétitive en même temps que veiller à une répartition équitable des fruits de cette croissance, notamment par une politique pertinente des transferts sociaux, Face à l'amenuisement de ses ressources et aux multiples défis qui lui sont imposés par les bouleversements du marché pétrolier mondial, l'Algérie n'a d'autre alternative que celle d'adapter ses moyens aux besoins socio-économiques, mais aussi d'optimiser les instruments de sa croissance, en tenant compte de l'évolution des paramètres macroéconomiques, la crise du pétrole risquant de perdurer».

Le discours du Premier ministre

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a estimé que la crise actuelle constitue aussi une opportunité pour l'Algérie afin d'opérer un cap vers une économie portée par le travail et la création des richesses. «Ce n'est pas une question d'argent, mais de mentalités. Il faut faire une révolution dans les mentalités. Il faut travailler plus, il faut que les gens apprennent à dire je vais travailler, et non je vais au travail», a-t-il déclaré. Le Premier ministre a aussi esquissé les contours de cette révolution mentale. «Nous devons rationaliser l'utilisation des ressources et aux citoyens de ne plus gaspiller l'eau, ni le pain ni l'énergie. Que le fonctionnaire se mette en tête qu'il est au service du citoyen et qu'il n'est pas son tuteur. Que les banques comprennent que leur rôle est d'aller chercher des clients pour pouvoir mobiliser leurs épargnes.»

«Nous n'avons pas de positions dogmatiques ou figées mais nous maintenons le cap pour construire un État fort qui organise une société libre et solidaire avec les démunis. La justice sociale est partie intégrante du combat des Algériens, nous ne pouvons pas les heurter, il faut y aller doucement Nous avons réalisé une croissance de 6% hors hydrocarbures en 2014 et l'objectif de 7% est à notre portée.» Pour faire face à la chute des recettes budgétaires, le Premier ministre a évoqué la bancarisation de l'argent qui circule dans la sphère informelle de l'économie qui pourrait être mobilisé, selon lui, pour financer et le budget de l'État et les secteurs de l'économie formelle.(1)

L'Algérie a les moyens de surpasser la crise et d'opérer sa transition économique. La chute des prix du pétrole accentuée au second semestre 2014, pour poursuivre sur la même cadence à la baisse en 2015, sur la base d'un pessimisme prédisant le maintien de la tendance à la baisse des cours de l'or noir à moyen terme, a fait que l'État ait entrepris une série de mesures anticipatives destinées à amortir le choc. Rationalisation des dépenses, révision budgétaire et contrôle de la facture des importations sont parmi les mesures décidées pour juguler les effets de cette crise.

Le professeur Sid Ali Boukrami, ancien ministre, qui a piloté le premier panel a d'emblée situé les enjeux en décrivant la situation internationale et en affirmant que l'essentiel de la croissance en Europe est dû au transfert de rente des pays exportateurs vers les pays consommateurs.

Mourad Preure spécialiste de l'énergie, directeur du cabinet Emergy, a fait une projection des prix du pétrole à moyen terme. Pour lui, la chute des prix par le ralentissement de la croissance économique mondiale (+3% en 2014) et le fléchissement de la demande, l'abondance de l'offre et la forte progression du dollar américain. S'agissant des pétroles et gaz de schiste, il rejoint notre analyse que les ressources non conventionnelles sont portées par une bulle. La production des schistes américains atteindra son plafond l'année prochaine et leurs puits déclineront à la fin de la décennie. Il est vrai que le déclin des gisements conventionnels est un fait. Les super géants comme Gawahr en Arabie saoudite, Hassi Messaoud, sont sur le déclin.

Pour un baril découvert, on en consomme trois. Sur 2700 milliards de barils (le potentiel total de la Terre) 1700 milliards ont été consommés. Nous sommes réellement sur la pente déclinante, même si ça et là il y a des petits rebondissements (plateau ondulé). Comme je l'ai observé en intervenant, aucun des panélistes, mis à part Pr Omar Aktouf, n'a parlé indirectement des changements climatiques. Il faut savoir en effet, que si on veut régler le problème des 2°C d'élévation de température, comme certains spécialistes le recommandent il ne faut plus consommer d'énergie fossile.


La COP 21 va nous présenter des scenarii où on continuera toujours à brûler du gaz, du charbon et du pétrole. Ce dernier pouvant donner lieu en aval à des milliers de produits pétrochimiques est considéré comme un combustible. D'ailleurs, l'investissement dans l'aval a été proposé par une professeure d'économie de Annaba.

Abdelmadjid Attar ancien ministre, a mis en garde contre la hausse de la consommation énergétique en Algérie qui augmente selon ses termes, à un taux insupportable. Il a également souligné que l'Algérie n'est plus en mesure de produire les mêmes volumes qu'avant vu la dégradation des plus importants gisements pétroliers à cause leur surexploitation.

Sur un autre plan, le spécialiste en économie El-Mouhoub Mouhoud a estimé qu'il faudrait plutôt diversifier l'économie en s'intégrant dans la chaîne de valeur internationale. Pour ce faire, il a recommandé de surfer sur la vague de relocalisation à proximité des marchés, des usines ayant migré en Asie au début du mouvement de la mondialisation. Une relocalisation favorisée par la hausse des coûts de transport et de main-d'oeuvre.

Pour Areski Rabah, économiste au FMI, tout porte que nous sommes dans un scénario baissier le baril peut même descendre jusqu'à 20 dollars le baril. Pour lui des transitions sont en train de se faire; le fait de ne pas développer les énergies fossiles à temps peut se traduire, si la voiture électrique se développe, par l'inutilité de ces énergies. L'économiste du FMI parle enfin du choc de simplification de gouvernance et de formation à mettre en place.

Le Pr Khelif appelle à ne pas être obnubilé par la crise actuelle. C'est une crise comme par le passé. Lui aussi appelle à la diversification et au décloisonnement intersectoriel tant il est vrai que le problème de l'énergie est transversal. Ce que nous avons toujours proclamé.

Trois interventions ont retenu mon attention

Tout d'abord celle de Monsieur Morte Zabouri, de la division d'innovation et d'intégration de Ottawa Canada. Ce dernier a placé son intervention en décrivant une rupture avec l'ordre ancien. Il prend pour exemple la Chine qui a développé le concept de civilisation écologique versus Civilisation noire. Le scoop est que le monde passe graduellement à une économie post- carbone. Il cite le cas du Brésil qui investit des milliards de dollars dans la recherche. Il cite le cas de l'Allemagne qui arrive à produire 30% de son énergie à partir des énergies renouvelables. Pour lui 2020 est le moment de la rupture d'avec l'ordre ancien. Ce n'est plus la croissance qui est recherchée mais le développement qui peut augmenter même si la croissance est faible. S'agissant de l'Algérie, son avenir passe par le développement résolu de l'agriculture. Il est à remarquer que très peu ont parlé de l'agriculture parmi les panélistes.

Le professeur Taieb Hasni de HEC Montréal a fait parvenir sa contribution et nous a gratifiés à partir de Montréal de conseils pertinents et judicieux, notamment concernant la formation des hommes qui est le pivot de tout développement

Pour le Pr Omar Aktouf professeur à HEC Montréal, il faut repenser l'évolution de ce monde. La conception néoclassique libérale est dépassée. Il cite Einstein qui dit qu'on ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l'a créé. En clair, il faut changer de paradigme. Le pétrole n'est pas un combustible ni même un carburant, c'est la matière de base de plusieurs milliers de produits pétrochimiques. Par ailleurs, il cite le rapport de l'Ocde qui parle du mythe de la création du profit.

Pour lui, il faut penser l'économie autrement et tordre le coup au mythe du rattrapage. C'est le seul qui parle de la capacité de la Terre en parlant de l'overshoot day qui a été dépassé le 13 août de cette année. Depuis, nous vivons à crédit. A juste titre, si on continue comme cela il nous faudrait trois planètes en 2050. S'agissant de l'Algérie il note des causes structurelles. Il propose un emprunt national avec la condition de confiance du peuple. Il demande enfin à prendre exemple sur la Malaisie et sur la politique du Premier ministre Mahatir sur le développement auto centré tout en s'appuyant sur la formation et l'éducation


Développement durable et économie de la connaissance

Dans mon exposé, j'ai surtout insisté sur la nécessité d'une transition énergétique vers le développement durable sur les économies d'énergie qui sont à notre portée et qui peuvent nous permettre de faire des économies en millions de dollars, notamment le traitement des déchets, l'introduction du sirghaz et du CNC et la nécessité d'une politique graduelle mais résolue de vérité des prix. J'ai ensuite parlé de la formation.

Comment prendre appui en prenant résolument appui sur la connaissance? Le savoir et l'innovation demeurent assurément les garants ultimes d'une émergence légitimement revendiquée par l'Algérie. En 1977 le président Jimmy Carter évoque la crise énergétique et déclare: Si nous indexons le dollar sur les matières premières, son potentiel est grand, mais limité; si nous indexons le dollar sur la connaissance, alors son potentiel est infini.»

Il m'est agréable de signaler le cas d'un jeune Français, Idriss, Aberkane, brillant ingénieur mathématicien dont la devise est:«L'imagination vous emmène partout.» «Imaginez écrit-il, une économie dont la ressource est infinie. Imaginez une économie où, si vous donnez quelque chose, il vous appartient encore. Imaginez une économie où deux et deux font cinq. Imaginez une économie où le chômeur possède plus de pouvoir d'achat que le salarié. Si les matières premières sont finies, la connaissance est infinie. l'économie de la connaissance recouvre la totalité du développement durable. Car une économie croissante indexée sur les ressources, même renouvelables, n'est pas durable. Une économie croissante, indexée sur la connaissance, est durable. (...) En 1984 Steve Jobs rencontre François Mitterrand et affirme

«le logiciel, c'est le nouveau baril de pétrole». Trente ans plus tard Apple possède une trésorerie de la taille du PIB du Vietnam ou plus de deux fois et demie la totalité du fonds souverain algérien. L'homme le plus riche du monde n'est pas un pétromonarque mais un magnat du logiciel. La Corée du Sud, dont l'économie croit exponentiellement depuis les années 1950 sans quasiment aucune réserve de matière première, a expérimenté un ministère de l'Economie de la Connaissance, où quand Barack Obama courtise les meilleurs geeks de son pays comme Elon Musk et Taylor Wilson, et qu'il en nomme même - comme Steven Chu et Ernest Moniz - ministre de l'Energie, un poste autrefois dévolu aux vieux briscards des hydrocarbures.» (1)


On doit à Mohamed Seghir Babès, président du Cnes, d'avoir pu et su ménager les avis qui étaient au départ, divergents et les amener graduellement à un consensus admis partout et qui peut et qui devrait servir de feuille de route. Tant il est vrai qu'il est l'émanation d'avis d'experts, dont la seule ambition est de servir leur pays en dehors de toutes rodomontade ou de stratégies du ya qu'à...

Toutes les recommandations faites sont bonnes, mais nécessitent du temps pour les mettre en oeuvre. C'est notre plus grand adversaire. Nous devons inculquer un niveau paradigme basé sur la sobriété. Et le développement durable. Il nous faut nous engager sans atermoiements dans une transition énergétique qui nous permettra de mettre en place la vérité des prix de l'énergie de l'eau, tout en nous lançant d'une façon résolue dans les énergies renouvelables et le développement durable.

Nous devons revoir les programmes pédagogiques, particulièrement dans l'éducation et penser notamment au baccalauréat du développement durable dont les prolongements seront pris en charge dans les métiers aussi bien à la Formation professionnelle que dans l'enseignement supérieur. Retenons la nécessité de réhabiliter les mathématiques au même titre d'ailleurs que la formation d'ingénieurs qui a été laminée par le LMD pour pouvoir s'attaquer à la nouvelle économie qui n'est plus celle de l'industrie lourde mais celle de la Robotique, de l'intelligence artificielle, des nanotechnologies, des énergies du futur? Toutes contribuant à un développement durable lié à une sobriété qui laisserait un viatique aux générations futures.

La situation du pays impose un consensus politique sur les grands défis. La transition énergétique, le sauvetage du système éducatif ne doivent souffrir de mon point de vue aucun calcul, il y va de l'avenir de ce pays. En allant vers la science et en parlant vrai on incitera les jeunes à l'effort, à l'endurance et à la performance à partir du moment où ils adhèrent à la démarche. C'est par une adhésion de tout un chacun que nous surmonterons la crise qui peut, si elle est bien pensée, une réelle opportunité pour rebondir en tournant le dos à la mentalité du beylik et à l'illusion de la rente.


1. http://www.liberte-algerie.com/ actualite/le-gouvernement-a-lecoute-des-experts-233185


2 http://www.huffingtonpost.fr/idriss-j-aberkane/economie-de-la-connaissance_ b_5443212.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/225799-l-avis-pertinent-des-experts.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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