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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 09:01

«Quand tu lances la flèche de la vérité, prends soin avant de tremper la pointe dans du miel.» Proverbe algérien

La situation actuelle du pays est délicate, elle demande à chacun de nous de faire son introspection et de prendre position pour le plus grand bien de ce pays. Un état des lieux sans complaisance est nécessaire.



Etat des lieux

L'Algérie de 2014, c'est 39 millions d'habitants dont 90% n'ont pas connu le colonialisme. Et pourtant, le pouvoir continue à régner sur la légitimité révolutionnaire alliée avec les nouveaux riches. Cela ne veut pas dire que la Glorieuse Révolution, les martyrs et les moudjahidine sont à oublier, non! Simplement, nous sommes au XXIe siècle, de nouvelles légitimités basées sur le savoir, la compétence et l'amour du pays doivent prendre la relève graduellement mettant un terme à toute la satrapie de la famille révolutionnaire dont on peut se demander à juste titre quelle est sa valeur ajoutée si ce n'est en termes de jouissance sans mérite. Si on devait faire honnêtement le bilan des cinquante ans passés, nous avons dilapidé une rente de près de 800 milliards de dollars dont 600 milliards depuis l'année 2000.

Qu'avons-nous fait de perenne? Il est vrai que l'Algérie de 2014 est un grand pays riche, mais désespérément sous-développé avec toujours les mêmes interrogations. Après un cinquantenaire d'actions plus ou moins glorieuses, l'Algérie se retrouve à la croisée des chemins avec une société gérée encore par la «aççabya». Elle n'a pas permis l'émergence de la nation au sens du désir de vivre ensemble.

Nous sommes, en tant qu'intellectuels, en faute, nous avons une faillite morale pour n'avoir pas su dire «non!», «basta!» aux multiples dérives d'un système qui fait dans la «aççabya» un mode de gouvernance qui perpétue et fait de la Glorieuse Révolution de Novembre et dont nous fêtons le soixantième anniversaire, un fonds de commerce lucratif. Quelle est la priorité pour celui qui s'immole ou brave la mer? Un travail, une vie décente? Un avenir ou la liberté. Beckett disait qu'«un bulletin de vote ne se mange pas». Nous ne voyons dans le comportement des jeunes que la dimension «destruction», essayons de voir en eux des bâtisseurs. Quelle tragédie que des jeunes gens en arrivent à jouer leur vie à pile ou face dans des embarcations de fortune ou, pire, à offrir leur corps aux flammes; chaque harraga qui disparaît, chaque immolation sont des actes de désespoir et aussi des actes d'accusation contre notre indifférence.

Qui se souvient pour la période récente du 5 octobre 1988, qui a vu la fine fleur du pays être fauchée? Il fut, de mon point de vue, le déclencheur du vent de liberté des peuples arabes. Cet événement donnait l'illusion que tout était permis, que l'Algérien, ce frondeur, avait le droit au chapitre, il pouvait critiquer. Il était, en un mot, acteur de son destin. La démocratie semblait à portée de main. La vie politique s'alluma, les langues se délièrent et une formidable ouverture se dessina. tout était devenu possible. Mais le fol espoir allait vite retomber. Les Algériens perdirent pied et s'accrochèrent par réflexe atavique ou eschatologique aux discours les plus radicaux, les plus sectaires, les plus dangereux qui nous amenèrent à la décennie noire.

Un quart de siècle plus tard ou en sommes-nous? Force est de constater que nous sommes au point mort, que la régression n'a pas été féconde, que la «aççabya, le régionalisme, les passe-droits, la corruption sont devenus un sport national aussi pernicieux que celui qui a permis à des individus qui n'ont rien prouvé toute leur vie de se voir offrir des milliards de DA pour avoir tapé dans le ballon et avoir donné un peu de soporifique trompeur à une jeunesse en mal d'espoir. Donner en une fois à un joueur le gain d'un salaire d'un professeur besogneux pendant toute une vie est le plus mauvais message que l'on puisse donner contre l'école qui ne joue plus son rôle d'ascenseur social.


La gestion par la paresse intellectuelle est encore possible tant que nous pompons d'une façon frénétique une ressource qui appartient aux générations futures. Notre errance actuelle c´est aussi le gaspillage frénétique de nos ressources en hydrocarbures du fait de l´absence, là aussi, d´une stratégie et c´est enfin, la corruption, qui est là pour nous rappeler notre sous-développement. De plus, il nous paraît tragique d'annoncer urbi et orbi que l'Algérie a pour cinquante ans de réserve, notamment avec le canular du gaz de schiste. C'est un mauvais signal que les Algériens perçoivent ainsi: dormons, la rente veille sur notre gabegie avec le fameux adage «Ragda oua tmangi dima felcoungi» «Sommeil, boustifaille, et toujours en congé» voilà l'Homo algerianius du 20e siècle qui roule sur quelques neurones.

C'est enfin un système éducatif en miette, et une sous-culture folklorisée dans le sens du chant et de la danse, du farniente des Mille et Une Nuits pendant que le monde développé en est au Web 3.0, que la Chine a rattrapé les Etats-Unis. En 1963, nous avions le même niveau que la Corée du Sud, 50 ans plus tard, la Corée du Sud est 10e et nous 110e.

Dans l'Algérie actuelle tout est à prendre, les Algériens qui font leur travail, qui méritent durement leur salaire sont de plus en plus scandalisés par le m'as-tu-vu et les fortunes qui ont jailli du néant, de toute une faune dont l'unité de mesure est le milliard. J'en veux à cette culture qui a réussi à abrutir la jeunesse en lui proposant de «se divertir» pour oublier dans la plus pure tradition de «panem et circenses» «du pain et des jeux de cirque» de l'Empire romain sur le déclin, alors qu'il faut lui proposer de s'instruire, de connaître l'histoire de son pays, de la lecture, du théâtre, l'éducation, du travail, bref, de la sueur au lieu de soporifiques coûteux et sans lendemain..

Il n'y a jamais de place dans les journaux pour la science, la recherche, la prouesse des Algériens. Sait-on par exemple en dépit de ce que disent les nihilistes que la Recherche - malgré ses insuffisances réelles a permis à des chercheurs de participer à la construction d'un télescope spatial. Le salaire mensuel des vingt chercheurs retenus par la Nasa est équivalent à celui d'un footballeur du «mercato», encore un autre mot pour désigner un marché juteux. On croit aussi à tort que le football, des Messi, des Maradona, payés d'une façon ou d'une autre avec le pétrole des générations futures, les Aliens de l'Equipe nationale pour la plupart vivent dans d'autres cieux, ils viennent le temps d'un match recevoir la dîme et retourner chez eux, ils sont des exemples à suivre.

De fait, l´Algérie est devenue un tube digestif immense, l´Algérien veut tout et tout de suite et par un mimétisme ravageur, il n´emprunte à l´Occident que ce qu´il ne produit pas, mais qu´il peut pour le moment encore acheter. Avoir 40 millions de portables ou rouler en 4x4 et consommer d´une façon débridée l´énergie n´est pas un signe de développement. Le pouvoir, dos au mur, est confronté à toutes les révoltes, au lieu du parler vrai, tente de maintenir une stabilité apparente alors que les problèmes de fond attendent d'être abordés résolument

La course à la présidentielle
Cette présidentielle est marquée par l'avènement de personnes frappées par le Principe de Peter. Elles pensent que leur compétence réelle ou supposée dans un domaine donné, leur permet toutes les outrances, à telle enseigne qu'une caricature les a croquées en montrant une foule de clowns criant: «Moi aussi, moi aussi je veux me présenter.» Il y a de ce fait -comble d'ironie- des candidats à la présidentielle qui viennent nous dire comment il faut faire. Que connaissent ces donneurs de leçons à distance, qui se permettent de s'immiscer dans une Algérie qu'ils ont abandonnée au plus fort de sa détresse pour des cieux plus cléments. A ces intellectuels autoproclamés, il manque une vertu fondamentale: l'humilité et la retenue vis-à-vis de cette Algérie profonde, celle qui galère au quotidien. Je les invite à venir vivre et vibrer à la fréquence de la mal-vie des Algériens d'en bas et non pas à celle du Quartier latin derrière un verre ou celle encore dénuée d'humilité à partir de Montréal ou d'ailleurs. A tous les spécialistes du «Armons-nous et partez», qui donnent des conseils, qui savent au fond d'eux-mêmes que leur cinéma de la présidentielle a pour finalité d'avoir une visibilité aussi fugace que celle d'un météore soit-elle. «Etre un homme, disait Malraux, c'est réduire la part de la comédie.» Non messieurs, il s'agit du destin de l'Algérie, je vous invite à rentrer au pays vivre ses espoirs et ses déceptions, écouter ce que ces jeunes ont à dire, payer de leur personne, rattraper leur dette pour avoir fui ce pays quand il était à feu et à sang. Je les invite ´´ici et maintenant´´ à venir participer à une longue marche celle qui consiste à suer, à baver, à créer in situ en faisant fleurir cette jeunesse non pas à distance avec le «Y a qu'à...».

Un projet de société viable
Au-delà des libertés de la démocratie, de l'alternance à graver dans le marbre lors d'une nouvelle Constituante pour une deuxième République, il faut réconcilier l'Algérie avec son histoire et enseigner que 18 siècles avant l'avènement de l'Islam au Maghreb, il y avait un peuple, une identité, une civilisation. Massinissa battait monnaie quand l'Europe n'avait pas émergé aux temps historiques. Revendiquons nos racines amazighes sans en faire un fonds de commerce. Nous avons trop souffert du slogan «Nous sommes arabes, arabes, arabes» de Ben Bella. Une fois l'identité plurielle assumée, enseignée et traduite d'une façon apaisée dans les attributs de souveraineté, telle que la langue, les médias, il faut se mettre au travail et propulser l'Algérie dans ce XXIe siècle de tous les dangers.

Nous devons être en mesure de permettre à chacun de donner la pleine mesure de son talent, d'être utile, de gagner dignement son pain, non pas par des perfusions faisant des citoyens des assistés à vie ou des oubliés à vie. Tout travail mérite salaire. Distribuer la rente fera que rien de pérenne ne sera construit et tout retombera d'un coup une fois que la rente ne sera plus là pour couvrir les atermoiements et les errances.

L'exemple récent de Ghardaïa est à méditer. Il est nécessaire de réconcilier ce peuple avec son histoire. Si on ne doit pas invoquer la théorie du complot extérieur à tout bout de champ, force est de constater que le potentiel de l'Algérie ne laisse pas indifférent les grands de ce monde. A Dieu ne plaise, si on ne fait rien pour asseoir définitivement un Etat Nation, nous allons être soudanisés, voire irakisés, ou pire, somalisés. Nous ne sommes pas invulnérables !

Le moment est venu, le croyons-nous encore une fois, de réconcilier les Algériennes et les Algériens avec leur Histoire de telle façon à en faire un invariant qui ne sera pas récupéré d´une façon ou d´une autre. Le moment est venu aussi, une fois encore, de faire émerger à côté encore des légitimités historiques, les nouvelles légitimités du XXIe siècle. Chacun devra être jugé à l'aune de sa valeur ajoutée, non pas en tant que remueur de foule, voire comme professionnel de la politique.

Dans une génération, l´Algérie importera son pétrole, avec quoi, puisque présentement, il représente 98% de ses recettes. La société civile que nous devons contribuer à faire émerger devra être partie prenante du destin de l´Algérie. S´agissant de la stratégie énergétique, il est important de tout mettre à plat et tracer un cap qui nous permette d´aller vers la sobriété énergétique et miser sur les énergies renouvelables en n´extrayant du pétrole et du gaz que ce qui est strictement nécessaire au développement. Qu´on se le dise! Notre meilleure banque est notre sous-sol, c´est cela le développement durable.


Moi, président de la République


Sans être exhaustif, je propose cette anaphore qui sans être exhaustive donne une idée des mesures nécessaires si l'on veut conquérir le coeur des Algériens et s'imposer autrement que par les méthodes que la morale réprouve.

Moi, président, je mettrais tous mes efforts pour faire aboutir un projet de société consensuel en combattant le régionalisme, le népotisme et les déviations basées sur l'ethnie ou la religion.

Moi, président, je choisis de parler vrai et d'assumer une impopularité si j'ai la conviction que c'est la bonne voie pour mon pays, quitte à démissionner.

Moi, président de la République, je ferais de mon mieux pour consacrer les libertés individuelles

Moi, président, je rendrais l'espoir à cette jeunesse en lui donnant une utopie, un cap qui est la construction d'un Etat fort où seul le mérite sera pris en considération


Moi, président, je ferais du système éducatif et de la recherche le coeur de la stratégie pour une transition multidimensionnelle

Moi, président, je n'irais inaugurer que des réalisations de création de richesse, et pas de salles de classe ou d'amphis ou de logement

Moi, président, j'irais m'enquérir régulièrement de l'acte pédagogique dans les écoles, les lycées, les universités de la plus modeste recherche, dans le plus humble des laboratoires
Moi, président, je réhabiliterais le service national matrice du vivre-ensemble, j'irai encourager les bâtisseurs du développement national qui feront du Sahara une seconde Californie, qui construirons de nouvelles villes au Sud,

Moi, président de la République, je donnerais un sens au développement durable


Moi, président de la République, je protégerais les ressources fossiles en n'extrayant du sous-sol que ce qui est nécessaire, convaincu que notre meilleure banque est notre sous-sol. Le peu d'énergie qui reste, notamment le gaz de schiste ne sera exploitée que quand la technologie sera respectueuse de l'environnement


Moi, président de la République, je ferais la chasse au gaspillage sous toutes ses formes, je recommanderais aux imams de faire des prêches incitant les fidèles à l'économie, je mettrais en oeuvre l'apprentissage de l'éco-citoyenneté au lieu de l'égo-citoyenneté actuelle

Moi, président de la République, je réhabiliterais l'effort, le devoir bien fait en mobilisant les médias lourds pour mettre en valeur les efforts de ces méritants de la Nation

Moi, président de la République, je réhabiliterais le sport national, la performance pour l'idéal national et non pour l'argent

Moi, président, j'exigerais de tous les responsables de déclarer sur l'honneur leur patrimoine.
L'immense majorité de la jeunesse est en attente d'un Messie qui vibre à leur fréquence qui au lieu du «quararna», convainc et ne contraint pas.

En définitive, il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l'on avait à l'Indépendance en mobilisant, quand il y a un cap. Imaginons que le pays avec une nouvelle Constitution qui ancre la démocratie, décide de mobiliser dans le cadre du Service national, véritable matrice du nationalisme et de l'identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de s'attaquer aux changements climatiques, d'être les chevilles ouvrières à des degrés divers d'une stratégie énergétique qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s'engage à marche forcée dans les énergies renouvelables.

L'immense majorité de la jeunesse est en attente d'un Messie qui vibre à leur fréquence qui au lieu du «quararna», convainc et ne contraint pas. Le bonheur transparaîtra en chacun de nous par la satisfaction d'avoir été unis utiles, et en contribuant par un travail bien fait, par l'intelligence et la sueur, à l'avènement de l'Algérie de nos rêves. Il ne tient qu'à notre volonté de faire de nos rêves une réalité. Nous le devons, nous le pouvons. Faisons-le. Nos élites politiques sont comptables devant l'histoire.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 14:11

«Inutile d'ajouter quelque peur que ce soit, le peuple français sera de toute façon consulté par référendum»

François Hollande (président de la République française)

C'est par ces mots sans appel que que le chef de l'Etat français a tenu à rassurer les Français, à savoir que c'est à eux de décider de l'adhésion de la Turquie à l'Europe. Sachant que lors d'un dernier sondage, convoqué pour l'occasion, ils sont hostiles à 83% voilà qui est net, le battage médiatique visant à diaboliser la Turquie qui a la tare d'être musulmane et surtout d'être dirigée par un parti islamique ne date pas d'aujourd'hui, il a été accéléré durant le mandat de Nicolas Sarkozy. Il est vrai et il faut le regretter, l'AKP de par l'usure du pouvoir a dévié radicalement des espérances du début de l'an 2000. Nous nageons donc en pleine hypocrisie, la France de droite ou de gauche ne veut pas de la Turquie dans l'Union européenne qui, d'une façon incompréhensible, continue à fasciner la Turquie, alors que cette même Europe est sur un déclin pluridimensionnel.


La Turquie et l'inutile longue marche vers une Europe qui lui ferme la porte

Sur l'Encyclopédie Wikipédia nous lisons: «La Turquie a déposé sa demande d'adhésion à l'Union européenne le 14 avril 1987 (alors Communauté européenne). La Turquie est un membre associé de l'Union européenne (UE) et des communautés qui l'ont précédé depuis 1963. La Turquie a signé un accord d'Union douanière avec l'Union en 1995 et a officiellement été reconnue candidate le 12 décembre 1999 lors du sommet européen d'Helsinki. Les négociations commencèrent le 3 octobre 2005. La demande d'adhésion est devenue un sujet de controverse majeur parmi les élargissements en cours de l'Union européenne. Selon plusieurs sondages réalisés ces dernières années, la grande majorité des Européens et plus particulièrement des Français restent contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Malgré les réticences des populations des États européens, la procédure d'adhésion de la Turquie à l'Union est toujours en cours.» (1)


En fait, tout a démarré en 1959 quand l'Europe balbutiait avec la CEE (Communauté economique européenne). Le 11 novembre 1957, le Premier ministre turc présente son programme: il annonce que la Turquie entend participer aux initiatives telles que la Communauté économique européenne, et qu'elle souhaite que ces initiatives conduisent à une «Union politique européenne». Le 31 juillet 1959, dix-huit mois seulement après l'entrée en vigueur des traités de Rome, la Turquie a présenté sa demande d'association à la CEE. (1)

Depuis 1960, 20 pays ont rejoint l'Union dont le dernier pays, la Croatie, l'a fait en un temps record de moins de trois ans, grâce à l'Allemagne. Les défenseurs de l'adhésion turque avancent comme argument qu'il s'agit d'une puissance régionale importante de par son économie et son appartenance à l'Otan. Selon eux, celle-ci augmenterait la position de l'Union en tant qu'acteur géostratégique global; étant donné sa position géographique, et les liens économiques, politiques, culturels et historiques de la Turquie dans des régions riches en ressources naturelles aux alentours de la sphère d'influence politique de l'Union; tel que l'Est méditerranéen et les côtes de la mer Noire, le Moyen-Orient, le bassin de la mer Caspienne et l'Asie centrale. Si les tendances démographiques actuelles (2012) se poursuivent, la Turquie pourrait dépasser la population de l'Allemagne en 2019 avec 81 millions d'habitants. La Turquie deviendrait ainsi le pays le plus peuplé de l'Union européenne.» (1)



Les « reproches » impardonnables faits à la Turquie

Contrairement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, farouchement hostile à l'intégration de la Turquie, un pays de 75 millions d'habitants à très forte majorité musulmane, M. Hollande s'est montré très prudent sur cette perspective. Rappelant qu'il avait approuvé en 2004 la décision de l'un de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, d'engager ces négociations, il a toutefois souligné que «aucune date» n'était encore prévue pour la fin de ce processus.
En dehors du rejet viscéral de l'extrême droite et de la droite de Giscard, de Sarkozy, il fut une époque où le Parti socialiste français était favorable comme d'ailleurs l'a été le président Chirac. Deux écueils techniques, le problème des Kurdes et la condition de la femme.
La langue kurde a récemment été reconnue par les autorités turques. Depuis le 1er janvier 2009, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a inauguré une nouvelle chaîne publique TRT6 consacrée à la langue kurde. De plus, la peine de mort de Ocalan le leader kurde a été commuée en prison à vie, mais le problème kurde reste entier.

S'agissant des femmes, la Turquie a accordé le droit de vote aux femmes depuis 1930 (la France ne l'a fait qu'en 1946) Dans le même temps, elles ont obtenu le droit d'être élues députées au Parlement turc, ou d'être nommées ministres, Dans son second rapport du 11 janvier 2007 sur le rôle des femmes dans la vie sociale, économique et politique de Turquie, le Parlement européen rappelle que le «respect des droits de l'homme, et donc aussi de la femme, est une condition sine qua non de l'adhésion de la Turquie à l'UE». De même, il fait remarquer que «le cadre juridique relatif aux droits de la femme «apparaît globalement satisfaisant», mais sa mise en oeuvre réelle «accuse encore des carences». (1)
Les États membres de l'Union doivent unanimement donner leur accord pour que l'adhésion de la Turquie puisse avoir lieu. Un certain nombre de pays pourrait s'y opposer tel que l'Autriche, qui servit de rempart à l'Europe chrétienne face à l'Empire ottoman dont l'armée a assiégé deux fois Vienne en 1529 et 1683; et la France. Il faut remarquer que l'obligation de vote des Européens n'est requise que dans le cas de la Turquie. Enfin, sur les 35 «chapitres» d'adhésion à l'UE, seuls 14 ont été ouverts depuis 2004 et un seul a été clôturé en dix ans, à cette cadence, il faudrait 350 ans.


La mauvaise querelle du génocide arménien

Entre la France et la Turquie, les désaccords se sont accumulés ces dernières années. En premier lieu, la «question arménienne», depuis la reconnaissance du génocide de 1915 par le Parlement français en 2001. Le président français François Hollande a exhorté lundi la Turquie à faire son «travail de mémoire» sur les massacres de centaines de milliers d'Arméniens par l'Empire ottoman en 1915, lors de la première journée de sa visite d'Etat en Turquie. «Le travail de mémoire est toujours douloureux, mais doit être fait», a estimé M.Hollande lors d'une conférence de presse avec son homologue turc Abdullah Gül, dont le pays refuse de qualifier les événements de 1915 de «génocide».

Les relations franco-turques ont été émaillées de ce fait, de crises à répétition depuis l'adoption en 2001 par le Parlement français d'une loi reconnaissant le génocide arménien, suivie de tentatives législatives avortées pour en réprimer la négation. La France qui donne des leçons devrait balayer d'abord chez elle comme l'ont dénoncé à l'époque les députés turcs qui ont rappelé aux Français leur amnésie concernant les massacres de masse tout au long de la colonisation, qui ont fait perdre 2 millions d'habitants, les trente années suivant l'invasion de l'Algérie, les massacres de Sétif et enfin le million de morts lors de la révolution. Assurément, la France est mal placée pour juger d'un génocide, que plusieurs historiens et non des moindres comme Bernard Lewis- pourtant que l'on ne peut soupçonner d'affection envers les musulmans- ont nié qu'il s'agisse d'un génocide mais de massacres aussi abject soient-ils, mais tout à fait dans l'air du temps de la boucherie de la Première Guerre mondiale comme par exemple les assauts du général français Nivelle et de sa force noire qu'il consommait généreusement...

Hollande en voyageur de commerce

Sur le plan économique, les trois décennies d'hyperinflation ont longtemps constitué un frein majeur à la candidature de la Turquie à l'UE. Aujourd'hui, d'une part, l'économie turque connaît une forte croissance et d'autre part, la plupart des problèmes d'inflation se résolvent. L'inflation annuelle a été réduite à 6% ces dernières années.

L'aspect commerce est indéniable. «Notre présence est élevée, mais nous ne sommes pas au niveau qui est souhaité, et par la Turquie, et par la France (...) nous devons atteindre 20 milliards d'euros d'échanges commerciaux», a dit le président français, qui devait rencontrer mardi dernier à Istanbul des patrons français et turcs.

Le commerce franco-turc se porte bien et obéit à ses propres règles. Intégrer la Turquie serait pour les Français accélérer la construction du village global, c'est-à-dire l'anéantissement des différences culturelles entre les Etats. Hollande ne va pas faire la même erreur avec la Turquie. Les Français n'en veulent pas de toute façon, sauf quand il s'agit de commerce...

Les promesses sans lendemain de Hollande

Voulant à la fois donner des gages à son opinion, mais aussi à la Turquie pour des raisons uniquement matérielles, François Hollande a fait de l'acrobatie du grand écart. Il déclare sans conviction: «Ce «processus doit se poursuivre» mais «aucune date n'est prévue», a-t-il souligné à l'adresse d'une opinion française hostile à la perspective d'une entrée de la Turquie dans l'UE. «Nous ne sommes pas pressés», a souligné pour sa part le président turc Abdullah Gül, pour qui la crise politique que traverse actuellement son pays ne saurait influer sur le processus européen «essentiellement technique». Selon l'article 88-5 introduit en 2005 dans la Constitution française, parallèlement à l'ouverture des négociations avec la Turquie, toute nouvelle adhésion doit en effet être soumise à une consultation populaire à l'issue plus qu'incertaine. Depuis son élection en 2012, François Hollande s'est borné à constater que la question de l'entrée de la Turquie dans l'UE ne se poserait pas pendant son quinquennat, puisque les Européens ont exclu cette perspective avant 2020. (2)

Enfin, à l'extérieur, nous ne pouvons pas ne pas citer la position américaine. Plusieurs fois, les États-Unis ont soutenu l'entrée de la Turquie dans l'UE car ils considèrent cela comme un avantage géostratégique pour le monde occidental. Barack Obama a déclaré, dans un discours prononcé le 6 avril 2009 à Ankara, que la Turquie liait le monde musulman à l'Occident. Plusieurs politiciens ont déclaré qu'il n'était pas question de permettre l'ingérence des États-Unis dans la politique intérieure de l'Union. Ainsi, dans le Spiegel, Bernd Posselt (CSU) déclara que l'«UE n'est pas le jouet d'Obama». Selon lui, le président américain «essaye de récompenser les Turcs aux dépens des Européens, et en même temps d'affaiblir ou de miner l'intégration européenne». Il a d'ailleurs suggéré qu'Obama accueille «la Turquie comme 51e État». (1)

On passe sous silence que la plupart des différends sont en fait des problèmes de fond et les pseudo-discussions ne sont que d'hypocrites agitations. L'erreur est de confondre la Turquie à Erdogan qui ne sera pas forcément là lorsqu'elle rentrera dans l'Europe. La Turquie avec son dynamisme, la jeunesse de son peuple et sa position est une chance pour l'Europe La politique n'est pas que l'art de l'immédiateté. Elle est aussi l'art de l'anticipation, de la préparation du futur. Aujourd'hui, une majorité de Français refuse la Turquie. Demain contre un jerrycan combien seront-ils à avoir changé d'idée?

Qu'on le veuille ou non, la civilisation européenne est née sur les rives de la Turquie. Qui ne connaît Hérodote l'historien, Strabon le géographe, Thales de Milet, Paul de Tarse qui séjourna à Antioche et, qui ne connaît la Vierge qui termina ses jours à Ephèse et comme l'écrit ce sont les Turcs qui ont sauvé le protestantisme... En France, le bonnet phrygien de Marianne vient de Phrygie en Turquie. Il fut une époque où sous les coups de boutoir de la perfide Albion et de son mauvais génie, le coq gaulois, l'empire ottoman était appelé l'homme malade de l'Europe..(3)

Le Premier ministre turc Erdogan s'est fait l'écho d'un point de vue prévalant en Turquie, selon lequel l'UE serait un «club chrétien», dénué de fondement légitime. Il considère que c'est la raison principale du refus d'accepter l'adhésion d'un État musulman dans l'Union. Tout est dit. Pourquoi alors quémander en vain un strapontin. La Turquie doit faire sa mue, consacrer définitivement l'alternance et se tourner vers les pays émergents pour pouvoir évoluer en dehors de la vieille Europe rabougrie, revancharde qui rejoue les croisades.»
«Peut-on ignorer, écrit Ignacio Ramonet, que la côte égéenne de la Turquie, où se situe l'ancienne Troie, est l'aile orientale de la Grèce antique, berceau de la civilisation européenne? On se demande quels arguments «techniques» seront avancés demain pour retarder l'adhésion de deux autres Etats à majorité musulmane - la Bosnie et l'Albanie (...) » (4)

« Un commissaire européen, poursuit Ignacio Ramonet, M. Frits Bolkestein, est allé jusqu'à déclarer que si la Turquie était admise au sein de l'Union «la libération de Vienne [assiégée par les Turcs] en 1683 aurait été vaine.» Au cours de ce siège, les Viennois, réputés pour l'excellence de leur boulangerie, durent rationner la farine et fabriquer de petits pains auxquels ils donnèrent la forme de l'emblème des Ottomans: le croissant...» (4)

Assurément la « marche turque » immortalisée par Wolfgang Amadeus Mozart, n’a rien de divertissant pour le peuple turc qui se demande à quoi cela sert de courir à la conquête d’un Graal hypothétique alors que le vrai Graal celui de la conquête de la science et du savoir, dans un environnement de liberté est le plus sûr moyen d’atteindre le respect par les autres et de retrouver le respect de soi .



1. Adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Encyclopédie Wikipédia


2. Elizabeth Pineau: François Hollande rassure la Turquie sur son avenir Reuters 27 01 2014


3 http://www.monde-diplomatique.fr/ 2004/11/RAMONET/11588


4. http://www.planet-turquie-guide.com/ histoire_turquie.htm#Phrygie

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 14:17

«Il n'y a qu'un passé et il n'existe qu'un seul présent, par contre il y a une multitude de futurs, mais seul l'un d'eux se réalise.»

Philippe Geluck

Genève abrite depuis trois jours un nouveau round de négociations devant aboutir en théorie à la paix en Syrie. Des milliers de morts, des centaines de milliers de blessés, un peuple traumatisé qui a vu sa population s'enfuir hors de ses frontières et vivre un deuxième hiver dans le froid, la faim et la mitraille. Depuis quelques mois la coalition anti-Assad se fissure du fait de luttes internes des milices islamistes contre dit-on, une opposition laïque. Il semble que le pouvoir syrien gagne des points et la situation d'affaiblissement de la coalition l'arrange. Les parrains du malheur syrien sont les pays du Golfe qui inondent chacune les factions anti-Assad avec les armes occidentales. De l'autre côté, la Russie ravitaille le pouvoir syrien. Enfin le Hezbollah et l'Iran jouent le même rôle que la Turquie envers la coalition anti-Assad. Résultat des courses: les Occidentaux et la Russie disent qu'ils veulent la paix en Syrie, ils devraient peut-être commencer par un embargo sur les armes aux belligérants qui se retrouveraient à se battre avec des arbalètes, des épées ou des frondes comme au bon vieux temps des croisades, mais ceci est une autre histoire.

Un impair de taille: l'absence de l'Iran dé-invitée au dernier moment. L'invitation lancée par le Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies Ban Ki-moon à l'Iran à participer à la conférence de Genève 2, a bien failli faire annuler cette conférence avant même qu'elle ne débute. En fin de journée, le porte-parole du Secrétaire général revient sur cette invitation, et la retire, purement et simplement. Le même jour, la Grande-Bretagne dit «demeurait disposée à travailler avec l'Iran sur la question syrienne» selon Chine Nouvelle (Xinhua) du 21/01/2014

Les débuts chaotiques de Genève II

Personne ne pouvait parier un kopeck sur cette conférence, la première victoire de la paix est que la coalition anti-Assad plus divisée que jamais a accepté sous la pression américaine de venir à Genève avec une interprétation différente concernant la transition telle que décidée à Genève I. «La première journée de la conférence de paix sur la Syrie s'est achevée, mercredi 22 janvier à Montreux, sur une promesse des délégations du gouvernement syrien et de l'opposition de s'asseoir à la même table des négociations à partir du 24 janvier. (...) D'entrée de jeu, Sergueï Lavrov, le premier à prendre la parole, a planté le décor de cette rencontre. D'un ton sec et tranchant, il s'est livré à un réquisitoire contre l'opposition syrienne et ses parrains occidentaux.. Dans une allusion claire aux pays du Golfe, principaux bailleurs de fonds de la rébellion, et aux Etats-Unis, le chef de la diplomatie russe a vilipendé ceux qui «tentent de l'extérieur d'imposer leur modèle» à la Syrie. «Il ne faut pas regarder très loin», a-t-il poursuivi en faisant référence à la situation en Irak, pour comprendre que ces «tentatives ne peuvent que nuire « aux négociations engagées à Montreux.» (1)

Le chef de la diplomatie russe est rapidement passé sur l'ordre du jour officiel de la rencontre, à savoir la mise en place d'une transition politique, pour souligner que l'urgence du moment est d'éviter que la Syrie devienne une «base arrière du terrorisme international», reprenant ainsi l'argumentaire du régime. De surcroît, M. Lavrov a balayé d'un revers de la main les demandes d'ordre humanitaire réclamées par l'opposition, les qualifiant «d'artificielles».(...) John Kerry a ensuite répondu au discours combatif de Sergueï Lavrov, dans une intervention aux antipodes de celle de son homologue russe. Il a salué la décision«courageuse» de la CNS de se rendre à Montreux et a clairement recadré l'enjeu de la rencontre: le départ de Bachar Al-Assad. «Il n'est pas envisageable qu'un homme qui a conduit la répression brutale de son propre peuple puisse retrouver la légitimité de gouverner. Le droit de conduire un pays, a-t-il insisté, ne peut pas venir de la torture, des barils d'explosifs et des missiles Scud. Il provient du consentement du peuple.» (1)



Les enjeux

Nahed Attar nous décrit la situation: «Les deux seules interventions significatives de «Genève 2» écrit-il sont celles du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Mouallem, et de son homologue saoudien, M. Saoud al-Fayçal. La plaidoirie historique du premier pour la défense de l'État syrien - fondée sur ses valeurs nationales et civiles, son rôle régional, et sa combativité face à une horrible agression criminelle qui dure depuis bientôt trois années - s'est heurtée à celle du second, venu confirmer la politique haineuse du Royaume saoudien à l'égard de la Syrie, de sa civilisation et de son peuple.» (2)

Pour le journaliste, «le Président Bachar al-Assad n'est plus un sujet de litiges pour la majorité des Syriens. Et, alors qu'au début de 2013 il n'était qu'acceptable jusqu'à la fin de son mandat actuel, sa candidature aux présidentielles de 2014 est devenue une nécessité autant pour la Syrie que pour l'International. Plus personne ne discute du fait qu'il peut gagner les élections. Le gouvernement syrien est resté solidaire, et a progressé dans sa bataille politique; et l'État syrien a retrouvé sa capacité de gestion du pays avec une efficacité raisonnable en temps de guerre. L'opposition syrienne s'est désintégrée et s'est dispersée dans des pays moribonds; à savoir, le Qatar, la Turquie, et les derniers de ses sponsors atteints de la démence du perdant, dont l'Arabie Saoudite, la France, et les services troubles du renseignement régional et international; cette prétendue opposition étant désormais logée sous l'enseigne du takfirisme et du terrorisme bestial, qu'il s'agisse de Daecht, de Jabhat Al-Nosra, ou du Front Islamique, factions aussi monstrueuses les unes que les autres!(2)



L'interprétation différente de Genève I

Après les rodomontades du premier jour, les Occidentaux ont laissé Lakhdar Brahimi seul pour gérer l'ingérable. Il n'empêche qu'il réussit à mettre les belligérants à la même table. Les délégations de l'opposition et du régime syriens se sont retrouvées pour la première fois samedi autour de la table des discussions pour tenter de trouver une issue au conflit qui mine le pays depuis trois ans. Il s'agit des premières discussions en face-à-face entre les deux camps depuis le début du conflit il y a trois ans. Conformément au plan de Lakhdar Brahimi, les deux camps se sont retrouvés peu après 9 heures (GMT) dans la même pièce pour écouter pendant une trentaine de minutes le discours d'introduction du médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe. Les négociations auraient dû commencer vendredi, mais l'ONU et les Syriens ont perdu 24 heures après le refus de l'opposition de s'asseoir à la même table que le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem. Damas n'a pas accepté ce qui constitue une ligne rouge pour l'opposition et les Occidentaux: la reconnaissance par le régime du principe d'un gouvernement de transition conformément au texte adopté par les Russes et les Américains en juin 2012 lors de la conférence de Genève-1. Après d'intenses discussions avec les deux délégations, Lakhdar Brahimi avait finalement convaincu les protagonistes d'être présents samedi pour une première rencontre.


Qui est Lakhdar Brahimi?

Qui est cet illustre «inconnu» que les Occidentaux découvrent sur le tard en l'encensant du fait que c'est lui qui fait le difficile boulot de recoller les morceaux du puzzle syrien après les échecs de l'ONU et la compromission éhontée de la Ligue arabe qui a exclu la Syrie de la Ligue?

Olivier Ravanello nous en parle: «Il s'appelle Lakhdar Brahimi. «Brahimi l'Algérien» est un diplomate dans l'âme. Un homme de paix écoeuré de voir ses frères arabes s'entre-tuer en Syrie. Alors il a dit «oui» quand l'ONU lui a demandé l'impossible: être un pont entre le régime du dictateur Bachar el-Assad et l'opposition syrienne. Ce pont, il l'a toujours été. Ministre des Affaires étrangères algérien, il est l'artisan des accords de Taef qui marquent la fin des guerres du Liban. Déjà. Il fait aussi partie des Elders, groupes de vieux sages de la planète où l'on trouve aussi Jimmy Carter ou Kofi Anan, et que l'on envoie quand la diplomatie traditionnelle a échoué. Parce qu'ils connaissant tout le monde, qu'ils ont vu les dirigeants actuels en culottes courtes et qu'ils n'ont pas d'arrière-pensées. En l'occurrence, l'image est vraie. Bachar, Brahimi l'a vu en culottes courtes, enfant au palais de son père Hafez. (...) Brahimi voyage, parle, essaie de convaincre, de rapprocher les contraires. Inlassablement. Au début, les micros se tendaient devant lui. Mais rien. Brahimi est mutique et c'est comme cela qu'il a pu maintenir un climat de confiance avec ses interlocuteurs.» (3)

«Vendredi, à Genève, dans les salons d'un hôtel de luxe, le silence sera pesant. Et Brahimi sera seul au milieu. La délégation de l'opposition syrienne d'un côté et la délégation du régime envoyée par Bachar el-Assad de l'autre. Neuf d'un côté, neuf de l'autre. Entre eux, un abîme de haine. Brahimi n'a sûrement pas la réponse, mais il sera là. Et ses petits-enfants, de loin, le regarderont en se disant sûrement que papy est un sacré bonhomme...» (3).
Il est vrai que connaissant la susceptibilité des uns et des autres, l'ancien chef de la diplomatie algérienne, lit-on dans le journal Liberté, aura toutes les peines du monde à rapprocher les positions (...) Demeurant toutefois optimiste, Lakhdar Brahimi a, de son côté, qualifié les réunions d'hier à Genève de ´´semi-pas´´. ´´Demain il y aura un pas complet´´, a-t-il ajouté. (...) Ainsi, régime et opposition divergent sur l'interprétation du contenu de Genève I, signé entre les grandes puissances en 2012 et prévoyant une période de transition. Les opposants à Bachar al-Assad réclament que celle-ci implique nécessairement un départ du président, tandis que Damas rejette ce scénario et parle d'un gouvernement d'union. ´´Nous parlons d'un gouvernement d'union élargi mais pour y arriver, il faut voir qui représente cette opposition´´, a indiqué le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Moqdad.» (4)

Le bon début des négociations

Comment l'envoyé de l'ONU a-t-il fait pour réconcilier les deux parties, chose impensable à peine quelques heures auparavant. C'est que ce diplomate algérien chevronné s'est livré à un tour de passe-passe diplomatique des plus habiles. Afin de contourner le refus du régime de signer tout document écrit attestant de la mise en place d'une autorité de transition, il a en réalité obtenu des deux parties qu'elles se contentent d'une déclaration orale de l'envoyé de l'ONU prononcée l'après-midi en conférence de presse. «Si le régime ne le contredisait pas dans la foulée, alors cela équivalait implicitement à une acceptation des termes de Genève I»,(...) Un exercice diplomatique de haut vol permettant de contourner, certes provisoirement, cette épineuse question, sans mettre aucune délégation en porte-à-faux».
Grâce à un tour de passe-passe diplomatique de haut vol, l'envoyé de l'ONU Lakhdar Brahimi devrait permettre aux deux camps de véritablement négocier. Tout avait fort mal commencé à Genève. Jeudi soir, veille de la rencontre historique annoncée entre le régime de Bachar el-Assad et ses opposants, pour la première fois en trois ans de guerre, l'opposition recule, et indique qu'elle ne s'asseoira pas en face de responsables syriens. En cause, le refus de ces derniers d'accepter les termes de Genève I, première conférence internationale sur la Syrie, organisée sans Damas, qui avait conclu, résolution de l'ONU à l'appui, à la formation par «consentement mutuel» d'une autorité de transition ayant les «pleins pouvoirs exécutifs». (5)

L'infatigable Lakhdar Brahimi, a pourtant tout fait pour réunir les deux camps dans la même salle, sans pour autant qu'ils s'adressent la parole. Rien n'y fait. Des positions irréconciliables Pourtant, en fin de journée, c'est avec une excellente nouvelle que Lakhdar Brahimi revient de son marathon diplomatique. «Nous allons nous retrouver demain dans une même salle», annonce-t-il, soulagé, aux journalistes.

Autre bonne nouvelle: à en croire les diplomates présents dans les coulisses du palais des Nations, les deux délégations se seraient mises d'accord pour travailler jusqu'à dimanche sur un accès humanitaire aux populations syriennes, tout d'abord dans la ville de Homs, avant de se pencher à nouveau sur les questions politiques. «Homs est vraiment dans une situation d'encerclement terrifiante», soulignent-ils. «Elle possède, de surcroît, une dimension symbolique et politique forte. Si le régime ne fait pas obstacle, l'aide peut s'acheminer très vite», préviennent-ils.

On s'acheminerait a minima vers une aide humanitaire multiforme notamment des couloirs humanitaires. Les médias occidentaux qui reprennent les positions des Occidentaux martèlent que la solution n'est pas militaire, les mêmes qui ont armé la coalition tant qu'ils ont pu, ils s'aperçoivent que cette coalition est affaiblie par l'apparition des milices islamiques qui commencent à faire réfléchir l'Occident qui pense que la solution Bachar El Assad «laïc» n'est plus définitivement à rejeter en tout cas dans une période de transition, le temps d'éliminer les factions islamistes.

Bachar Al Assad qui ne méritait pas de vivre selon le ministre français Fabius, est en train de renaître de ses cendres. Il reste que l'alternance au pouvoir est inéluctable 12 ans de pouvoir, c'est trop. Il faut laisser la place mais dans des «élections propres et honnêtes» pas de celles que nous avons connues en Algérie en 1991.

Par qui se ferait alors l'alternance? Certainement pas par l'opposition off shore des Burhan Ghalioun le Franco-Syrien, plus inspiré en tant que chercheur, et les Kodmani qui se découvrent à 3000 km du Quartier Latin, une âme de révolutionnaire après avoir profité du système Assad père par leur père ancien ambassadeur du régime. Est-ce par l'opposition interne qui elle est restée à demeure, est nationaliste et qui n'accepte pas de vendre la Syrie à la première offre venue? La question reste posée.



1. A Genève 2, la promesse d'un dialogue entre Syriens Le Monde.fr | 22.01.2014

2.Nahed Hattar23/01/2014 Nahed Hattar http://www.mondialisation.ca/ bye-bye-geneve-bonjour-damas-1/5366177,

3.Olivier Ravanello http://fr.news.yahoo.com/blogs/ravanello/geneve-lakdhar-brahimi-seul-face-a-la-haine-syrienne-104657083.html

4.http://www.liberte-algerie.com/international/du-pain-sur-la-planche-pour-lakhdar-brahimi-les-negociations-syriennes-entre-regime-et-opposition-ont-failli-s-arreter-214487

5.http://www.lepoint.fr/monde/syrie-geneve-ii-comment-regime-et-opposition-se-sont-secretement-entendus-25-01-2014-1784203_24.php


Professeur Chems Eddine Chitour

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 09:18

«Dieu a dit: vous serez tous égaux, mais il y en a qui seront plus égaux que d'autres»

Coluche

Du 22 au 25 janvier se tient, à Davos, le rendez-vous des oligarques de la finance et du pouvoir planétaire. Une fois de plus ce rendez-vous a vu les mêmes refaire le monde à leurs idées et contrairement aux altermondialistes devenus aphones, les riches font de leurs désirs des réalités. Le Grand Soir c'est la règle et la crise l'exception.


Pourquoi Davos?

Le président-fondateur du Forum économique mondial (WEF), Klaus Schwab, explique en quelques phrases les secrets du forum: «Il a plusieurs composantes: un sens de l'innovation et de l'entrepreneuriat, doublé d'une culture du risque et de la réactivité, au service d'une vision. Ce Forum, je l'ai développé à partir de rien- uniquement de mes idées (...) Davos est une tribune d'échanges, formels et informels, qui met davantage en exergue ce qui nous unit, plutôt que ce qui nous sépare. Ce que je recherche aussi, c'est une très haute qualité. Haute qualité de l'organisation, des échanges, des intervenants. (...) A Davos il y a aussi des principes, auxquels je tiens beaucoup. Tous les intervenants sont des acteurs du présent. Chez nous, vous ne verrez jamais quelqu'un du passé. Nous n'invitons que ceux qui font l'agenda d'aujourd'hui et de demain. Nous voulons ainsi aussi entendre de nouvelles voix, des voix jeunes. (...) Ce sera une rencontre passionnante. Bien différente, dans son atmosphère, de celle de l'an dernier, où la crise de l'euro occupait encore tous les esprits. Lentement, la confiance revient. Aujourd'hui, je suis redevenu optimiste.» (1)

« Ne vient pas à Davos qui veut! Pour sa 44e édition, le sommet des puissants attend 2500 participants, tous conviés «sur invitation». 650 politiques de haut vol ont été sollicités, 300 ont répondu présents, dont 40 chefs d'Etat et de gouvernement, parmi lesquels les Premiers ministres David Cameron, le Britannique ou Dilma Roussef, la Brésilienne. (..) Mais, à Davos, il y a aussi, et surtout, des patrons, dont les entreprises font tourner la machine. Ils seront 1 500 leaders du privé, tous mécènes du World Economic Forum (WEF), qui organise le sommet de Davos.(2)

« Le ticket d'entrée peut aller jusqu'à 400.000 euros. Il semble que les patrons sont optimistes «le nombre de dirigeants qui prévoient une amélioration de l''économie mondiale au cours des douze prochains mois est passé de seulement 18% l''an dernier à 44%» aujourd'hui et ils ne sont «plus que 7% à attendre un recul» contre 28% en 2013, indique ce rapport, intitulé «Global CEO Survey».(2)


Des riches toujours plus riches, et des pauvres encore plus... pauvres

Comment est distribuée la richesse mondiale? Qui en profite? Y a-t-il un Smic de dignité sociale pour les revenus. Rien de tout ça! Dans un dossier rédigé par le journal Figaro, nous lisons: «A l'échelle mondiale la richesse des milliardaires a augmenté de 524 milliards de dollars l'an dernier pour atteindre 3700 milliards, selon Bloomberg. Les 300 personnalités les plus fortunées du monde disposaient de 3 700 milliards de dollars à la fermeture des marchés le 31 décembre 2013, soit 1,5 fois le PIB de la France. Bill Gates a vu sa richesse augmenter de 15,8 milliards de dollars en 2013. Le fondateur de Microsoft détient une fortune de 78,6 milliards de dollars, notamment dopée par la capitalisation boursière du groupe informatique qui s'est envolée de 88 milliards de dollars l'année dernière. l'homme d'affaires mexicain Carlos Slim est le deuxième homme le plus riche du monde avec une fortune de 73.8 milliards de dollars. La fortune des 400 Américains les plus riches a progressé de plus de 17% sur un an, pour atteindre le chiffre record de 2000 milliards de dollars, selon le classement du magazine Forbes. Si les milliardaires américains restent majoritairement âgés - 8% ont moins de 48 ans - Mark Zuckerberg. le fondateur du réseau social, Facebook, affiche la deuxième forte progression (+9,6 milliards). A 29 ans, il est la vingtième fortune.» (3)


En Chine, le nombre de milliardaires en dollars a passé cette année pour la première fois le seuil symbolique des 300. La deuxième économie mondiale compte précisément 315 milliardaires, soit 64 de plus qu'en 2012, affirme l'institut de recherche Hurun. Le patron du conglomérat géant Wanda, la fortune moyenne des 1000 Chinois les plus riches s'établit à 1,04 milliard de dollars. Lei Jun, propriétaire des téléphones portables Xiaomi, a grimpé le plus vite dans le classement avec une fortune multipliée par sept d'une année sur l'autre, à 2,6 milliards de dollars... Wang Jianlin qui a fait fortune dans l'immobilier, et qui possède les cinémas AMC, est à la tête d'un patrimoine estimé à 10,6 milliards d'euros par Forbes. (4)


Les inégalités en Occident

On serait tenté de croire que le niveau de vie est profitable à toutes les couches sociales dans les pays occidentaux industrialisés, il n'en n'est rien. Deux exemples. La première puissance économique d'Europe attaque l'année 2014 en position de force. Ses exportations se maintiennent à un haut niveau, permettant à sa balance commerciale d'être largement excédentaire. L'Allemagne est plus riche que jamais, en témoigne son PIB par tête. Avec 41,8 millions d'emplois, le pays n'a jamais compté autant d'actifs, mais n'a jamais compté, non plus, autant de pauvres. 15% de la population se situeraient sous le seuil de pauvreté.(5)

Mieux encore, le pays le plus riche de la planète a ses pauvres et ils sont nombreux : «L'Amérique est le plus inégalitaire des pays développés: 10% des actifs accaparent à eux seuls 50% des revenus. (...) Voilà trois années consécutives que le taux de pauvreté reste supérieur à 15%. On n'avait pas vu cela depuis 1965. Le revenu médian aux États-Unis a chuté de 4,4% depuis 2009, année du retour de la croissance. Pour les Noirs, le plongeon est de 11%. (..) Un rapport d'une commission du Congrès sur les inégalités, souligne que, de 1993 à 2012, ceux que l'on appelle ici le «top 1%», c'est-à-dire la frange des Américains les plus riches, a vu ses revenus réels grimper de 86,1%, tandis que le reste du pays n'a connu qu'une appréciation de ses revenus de 6,6%. L'Amérique est le plus inégalitaire des pays riches: 10% des actifs accaparent la moitié des revenus.»(6)


La réalité globale du Monde: gaspillage et misère

La moitié de la nourriture produite dans le monde serait gaspillée chaque année, soit entre 1,2 et 2 milliards de tonnes d'aliments, selon un rapport rendu public en janvier 2013 par les médias britanniques. «Entre 30 et 50%» des 4 milliards de tonnes de nourriture produites annuellement dans le monde «n'atteindront jamais un estomac humain», expliquent les auteurs du rapport de l'Institution of Mechanical Engineers (IMeche), un organisme qui vise à promouvoir l'ingénierie dans le monde. Intitulé «Global Food: Waste Not, Want Not», le rapport dénonce «des infrastructures et dispositifs de stockage inadaptés» et «des dates limites de vente trop strictes». Les auteurs pointent aussi du doigt le comportement des consommateurs, critiquant notamment les offres «un acheté-un offert» ou l'exigence de «perfection esthétique» du produit aux yeux des acheteurs. En Europe et aux Etats-Unis notamment, «jusqu'à la moitié de la nourriture achetée est jetée par le consommateur lui-même», poursuit le texte. Le gâchis est visible à tous les niveaux de la chaîne de production alimentaire: «550 milliards de mètres cubes d'eau» sont ainsi utilisés en vain pour faire pousser ces aliments perdus.» (7)

«Entre 2010 et 2012, lit-on dans cette étude,860 millions de personnes à travers le monde souffraient de malnutrition, selon l'organisation de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). «C'est aussi un gâchis inutile de terres, d'eau et de ressources énergétiques utilisées pour produire, transformer et distribuer cette nourriture», a souligné le Dr Fox. Le rapport recommande d'améliorer «les procédés et les infrastructures, tout en changeant l'état d'esprit du consommateur», ce qui permettrait d'offrir «60 à 100% de nourriture en plus» sans augmenter la production, tout en libérant du terrain et en diminuant la consommation d'énergie. En 2075, la population mondiale devrait atteindre environ 9,9 milliards d'habitants, selon l'ONU, soit quelque 2,9 milliards de bouches de plus à nourrir qu'aujourd'hui. En France, le gouvernement a annoncé vouloir s'attaquer au gâchis alimentaire. Chaque Français jette 20 à 30 kilos de nourriture chaque année dont 7 kilos d'aliments encore sous emballage.» (7).

Crainte des puissants: les inégalités. L'eau, l'Internet

De quoi ont peur les riches? Sans conteste, de perdre leurs privilèges : « Près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1% les plus riches, tandis que 99% de la population mondiale se partagent l'autre moitié, selon l'ONG Oxfam (...) Selon l'organisation internationale, la disparité des revenus est le risque global le plus susceptible de provoquer un «choc systémique» à l'échelle mondiale, devant les événements météorologiques extrêmes, le chômage et les cyberattaques. Le rapport, qui étudie 31 risques globaux, cite également les crises budgétaires ou une éventuelle crise de l'eau parmi les plus préoccupants. «Chaque risque examiné (...) pourrait provoquer une défaillance à l'échelle mondiale, mais c'est leur interconnexion qui accentue leurs effets négatifs au point qu'ensemble, ces effets pourraient être décuplés», estime Jennifer Blanke». Pour l'ONG, sept personnes sur 10 vivent dans un pays où les inégalités se sont creusées ces 30 dernières années. «Aux États-Unis, les 1% les plus riches ont confisqué plus de 95% de la croissance post-crise financière depuis 2009, tandis que les 90% les moins riches se sont appauvris.» (...)».(8)

Selon le World Economic Forum, les inégalités menacent la stabilité mondiale: «Le fossé persistant entre les revenus des citoyens les plus riches et ceux des plus pauvres est considéré comme le risque susceptible de provoquer les dégâts les plus graves dans le monde au cours de la prochaine décennie», indique le rapport annuel du Forum sur les risques mondiaux. (...) Le rapport cite aussi les crises budgétaires, une éventuelle crise de l'eau parmi les risques les plus préoccupants, ainsi que la menace croissante de «cybergeddon» (défaillance massive des systèmes informatiques), car la «dépendance croissante» à l'égard d'Internet rend le risque de défaillance systémique plus important que jamais, avertit le Forum.»(9)

Il reste à définir ce que c’est que la stabilité mondiale vue par les riches ; A n’en point douter , c’est celle d’un statu quo, chacun à sa place et de temps en temps les riches jetteront des miettes aux miséreux..



Le Davos et l'Algérie

Rituellement, l'Algérie y participe depuis plus une dizaine d'années. Des délégations lourdes vont s'informer aux frais du contribuable. Si on devait là aussi faire un calcul à minima de ces déplacements à titre d'exemple du président de l'APN qui certainement aura un staff avec lui d'au moins trois autres personnes, la virée à Davos coûtera au bas mot 300.000 euros soit au cours officiel 30 millions de DA. La question qui se pose est la suivante. Valait-il le coup d'aller écouter pour trente millions de DA, à moins que nos valeureux missionnaires viennent cette fois avec des acquis, des idées, des opportunités. Au risque de mettre les pieds dans le plat, on annonce que Christophe de Margerie, le patron de Total sera à Davos pour trois jours.

Si le président de l'Assemblée le rencontre, pourra-t-il lui poser la question qui n'a pas de prix: «Pourquoi Total à qui on a interdit de forer en France pour le gaz de schiste n'éprouve-t-il aucune gêne à venir saccager le Sahara pour chercher ce gaz de schiste, cet excrément de la Terre pour paraphraser Chavez? Si on devait objectivement faire l'inventaire des acquis et retombées pour notre pays, l'honnêteté nous commande de déclarer qu'elles sont nulles.

Conclusion

Est-ce que ces inégalités vont s'arrêter un jour? «Le mouvement de concentration, lit-on sur Agoravox, de la richesse, enclenché dans les années 1980 s'est accéléré avec la crise et il n'y a aucune raison que cela s'arrête (..)Le monde est globalement moins pauvre, comment pourrait-il en être autrement, mais terriblement plus inégalitaire. Moins de 10% de la population mondiale détient 82% du patrimoine mondial, alors que 3% vont à 70% des habitants. L'Amérique du Nord et l'Europe en possèdent 67%. Près d'un quart des Européens de L'Union européenne, soit 124,5 millions de personnes, étaient menacés de pauvreté ou d'exclusion sociale en 2012. (...) Le chômage, au niveau mondial, a presque atteint les 202 millions de personnes en 2013 soit une hausse de près de cinq millions de chômeurs par rapport à l'année précédente.(10)

Les inégalités extrêmes dégradent le vivre-ensemble, Elles renforcent le pouvoir des oligarchies, limitent l'accès à l'éducation et à la santé, l'égalité homme-femme. Peu à peu, l'organisation économique et sociale devient duale: le bas de gamme; Low-cost pour la grande masse et grand luxe pour les 1%. Quartiers résidentiels bunkerisés, pour les uns, logements précaires dans des quartiers périphériques pour les autres. Ce type de société, à l'apartheid social assumé, induit frustration et montée de la violence avec le développement d'économies souterraines. Nous connaissons bien cela en Algérie. Margaret Thatcher martelait ´´There Is No Alternative!´´ (TINA) «il n'y a pas d'autres alternatives». Dans ce monde, il y a toujours des gagnants dans une «économie casino» où l'effort est de loin marginal par rapport à la financiarisation-spéculation. Alphonse Allais avec son humour décapant: «Il faut prendre l'argent aux pauvres, d'accord, ils ne sont pas riches, mais ils sont nombreux.» Il a mille fois raison.

Les Riches sont des Aliens qui regardent les Terriens besogneux de loin, ils sont indifférents à la douleur et à la dignité humaine qui se décline notamment par un droit à l’éducation , un droit à un travail , un droit à un toit, en mot comme en mille, un droit à vivre décemment. Même l’altermondialisme que nous avions cru , un temps porteur de valeurs à même de contrer cette machine du diable de la mondialisation laminoir et du néo-libéralisme prédateur, s’est essoufflée ; Plus de Porto Allegre sonore, que j’avais en son temps, désigné comme étant le « Davos des pauvres ». Est-ce pour autant qu’il faille baisser la garde ? Non mille fois non ! Le combat continue. (11)


1.SabineSyfuss-Arnaud http://www.challenges.fr/economie/20140122. CHA9435/forum-de-davos-les-confidences-de-klaus-schwab.html#xtor=EPR-14-[Quot10h30]-20140122

2.SabineSyfussArnaud http://www.challenges.fr/journaliste/7327/sabine-syfuss-arnaud.html http://www.challenges.fr/economie/20140121.CHA9406/le-ticket-d-entree-a-davos-jusqu-a-400-00-euros.html


3.Théa Ollivier http://www.lefigaro.fr/argent /2014/01/04/05010-20140104ARTFIG00207-la-fortune-des-milliardaires-a-grimpe-de-plus-de-16-en-2013.php


4. http://www.lefigaro.fr/flasheco/2013/09/11/97002-20130911FILWWW00463-plus-de-300-milliardaires-en-chine.php

5.NicolasBarotte http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/01/13/20002-20140113ARTFIG00271-l-allemagne-est-plus-riche-que-jamais.php


6.Pierre-YvesDuguan http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/01/18/20002-20140118ARTFIG00280-aux-etats-unis-les-inegalites-se-sont-creusees.php


7. http://www.leparisien.fr/societe/alimentation-la-moitie-de-la-production-mondiale-jetee-a-la-poubelle-11-01-2013-2472149.php


8. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/01/21/20002-20140121ARTFIG00164-pres-de-la-moitie-des-richesses-mondiales-est-detenue-par-1-de-la-population.php


9. Alain Faujas http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/16/selon-le-world-economic-forum-les-inegalites-menacent-la-stabilite-mondiale_4349310_3234.html


10. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/3-6-milliards-de-petits-fauches-et-146813

11. Chems Eddine Chitour : le Davos des Pauvres. http://www.millebabords.org/spip.php?article5439

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 00:22

«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient»

Jacques Chirac ( ancien président de la France)

Le dernier discours d'Obama a fait l'objet d'une analyse par de nombreux pays et médias. Si les pays occidentaux amis peuvent être «rassurés qu'ils ne seront plus espionnés,» - ils ne peuvent pas faire autrement que d'y croire- les autres, tout les autres savent à quoi s'en tenir. Ils continueront à être espionner sans d'ailleurs savoir qu'ils sont espionnés. En fait, l'espionnage américain est sélectif. S'agissant des nations développées technologiquement, cela sera surtout un espionnage économique et technologique. En dehors des pays industrialisés occidentaux à qui Obama promet la paix, il reste les pays émergents au premier rang desquels la Chine qui est particulièrement surveillée à la fois sur le plan économique mais aussi sur le plan militaire. Tout est bon pour la déstabiliser... en vain.



Les révélations de Snowden

Tout est parti des révélations d'un transfuge de la CIA. «Edward Snowden, à l'origine des fuites sur le programme de surveillance américain Prism, a dérobé environ 1,7 millions de documents secrets relatifs aux opérations de renseignement menées par les forces armées états-uniennes, rapporte l'agence Associated Press se référant au Pentagone. La plupart des documents dérobés par le lanceur d'alerte contiennent des informations sur les opérations courantes de l'armée de Terre, de l'US Air Force et de l'US Navy, est-il indiqué dans un rapport secret du département militaire américain. (...) Début juin [2013], Edward Snowden, informaticien a révélé à deux quotidiens, le Guardian et le Washington Post, l'existence d'un programme informatique secret baptisé PRISM. Ce programme permet à la NSA et au FBI d'accéder à des données concernant des personnes vivant hors États-Unis via neuf géants de l'Internet, dont AOL, Apple, Facebook, Google, Microsoft, PalTalk, Skype, Yahoo! et YouTube et Verizon.(1)

Ce fut un tollé en Occident! Comment les Etats-Unis n'ont pas confiance dans leurs alliés les plus proches! Les Européens s'en remettent au bon coeur des Américains, pensant naïvement qu'ils avaient un statut privilégié. Ils s'aperçoivent qu'en face de l'Empire, c'est encore et toujours des vassaux

Les rodomontades de l'Europe en face de la détermination américaine

Sacrifiant à un rituel qui tient plus de l'amour-propre blessé que d'une réelle opérationnalité à laquelle eux-mêmes n'y croient pas, les Européens décident de «réagir». Nous lisons: «La commission du Parlement européen chargée d'enquêter sur les programmes de surveillance de la NSA en Europe a réagi assez négativement au discours du président Obama sur la réforme des activités des services de renseignements américains, vendredi 17 janvier. L'un de ses rapporteurs, le travailliste britannique, Claude Moraes, a réaffirmé les exigences européennes: «Les autorités américaines doivent mettre fin au système actuel de discrimination, dans lequel les citoyens européens ont moins de droits que les citoyens américains en matière de protection de la vie privée, y compris devant les tribunaux américains. Nous aurions préféré entendre un message plus rassurant sur ces questions.» (2)

«Selon lui, le discours du président Obama est d'autant plus décevant que l'Union européenne négocie depuis des mois avec les Etats-Unis sur ces points précis - notamment le droit pour un citoyen européen de porter plainte devant un tribunal américain pour violation de sa vie privée. (...) Par ailleurs, le 9 janvier, la commission avait décidé, par 36 voix contre 2, de solliciter le témoignage d'Edward Snowden, (...) L'audition se ferait par liaison vidéo entre Bruxelles et la Russie - en différé, pour des raisons de sécurité.» (2)

Nous sommes à peu près sûrs que cela ne se passera pas, et que cette menace est de fait un coup d'épée dans l'eau. On ne menace pas l'Empire, on demande humblement d'être adoubé par lui, quand bien même il est sur le déclin, sa capacité opérationnelle est intacte «En attendant, poursuit le journaliste, la commission d'enquête a publié un rapport préliminaire préconisant la suspension de plusieurs accords d'échange de données personnelles entre l'Europe et les Etats-Unis, le développement d'un «cloud» européen souverain, de nouvelles lois assurant une meilleure protection des lanceurs d'alerte, et la promotion de l'usage du cryptage et des logiciels libres. Le rapport final devrait être adopté fin janvier, puis soumis au vote de l'assemblée plénière à la fin du mois de février.» (2)

On le voit, l'Europe est en plein combat d'arrière-garde, elle menace sans trop grande conviction donnant le temps à Obama de leur donner une réponse un peu crédible. Obama prévient que la NSA va continuer à espionner les étrangers

Les Etats-Unis persistent et signent: «C'est notre devoir d'espionner tout le monde.»

Après avoir annoncé une réforme limitée des opérations de surveillance américaines, le président Barack Obama a enfoncé le clou, samedi 18 janvier, dans une interview à la télévision publique allemande ZDF. «Nos agences de renseignement, comme les agences allemandes et toutes les autres, vont continuer à s'intéresser aux intentions des gouvernements de par le monde, cela ne va pas changer.» Il a toutefois assuré que la chancelière Angela Merkel n'avait «pas à s'inquiéter» de cette surveillance, alors qu'un de ses téléphones portables aurait été écouté par l'agence de renseignement NSA, ce qui a fait scandale en Allemagne. Et il a insisté sur «la relation d'amitié et de confiance» qui lie selon lui les deux pays.»(3)

«Mais loin de lui l'idée de renoncer à des pratiques dont la révélation l'an dernier par l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden a profondément entaché la relation transatlantique. La collecte de données par le renseignement américain, est «au service de nos objectifs diplomatiques et politiques», a expliqué le président. «Et ce n'est pas la peine d'avoir un service de renseignement s'il se limite à [collecter] ce qu'on peut lire dans le New York Times ou dans Der Spiegel. La vérité c'est que par définition le travail du renseignement est de découvrir: que pensent les gens? Que font-ils?» (3)


Les Etats-Unis promettent la fin des écoutes des dirigeants alliés

Dans son discours, le président américain Barack Obama a détaillé, vendredi 17 janvier, les premières modifications qu'il entend apporter à certaines des activités de surveillance controversées de l'Agence nationale de sécurité (NSA) américaine, sept mois après le début des révélations contenues dans les documents d'Edward Snowden. La quasi-intégralité de la liberté d'action de la NSA en matière de surveillance est préservée, seule une petite partie des 46 propositions remises en décembre par un comité d'experts ayant été avalisées. M.Obama a annoncé qu'il allait demander à la communauté du renseignement d'arrêter d'espionner les dirigeants de pays alliés, «à moins que notre sécurité nationale soit en jeu». «Les dirigeants étrangers alliés doivent être sûrs qu'ils peuvent nous faire confiance» a-t-il expliqué, ajoutant que les citoyens du monde entier devaient savoir que la NSA ne les surveillait pas sauf s'ils «menacent la sécurité nationale».(4)

«Une annonce à laquelle s'est empressée de réagir Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne: «La Commission européenne a demandé en novembre de mettre en oeuvre des actions pour restaurer la confiance. Les déclarations du président Obama sont un pas dans la bonne direction. Je suis encouragée par le fait que les citoyens non américains vont pouvoir bénéficier de protection contre l'espionnage, mais j'attends de voir ces engagements se concrétiser avec des lois.»(4)

Le principal changement concerne le programme de collecte de métadonnées téléphoniques (qui appelle qui, où et quand), la première révélation et celle qui a le plus frappé outre-Atlantique. M.Obama a reconnu que sans «garde-fous suffisants, les risques pour la vie privée étaient réels» et que ce programme n'avait jamais fait l'objet d'un «véritable débat public». Mais, désormais, la NSA devra obtenir une autorisation de la justice à chaque fois qu'elle voudra acquérir ces métadonnées. Actuellement, une seule et unique ordonnance secrète de la justice autorise une collecte massive de ces données.» (4)

D'autres changements concernent la publication de décisions de justice secrètes importantes, une évaluation annuelle des pratiques d'interceptions électroniques, ainsi que la création d'un poste de diplomate spécialisé dans les questions de renseignement. «Le monde attend de nous que le numérique soit synonyme de progrès, pas de contrôle gouvernemental. Le monde est exigeant envers les Etats-Unis. Grâce à la force de notre démocratie, nous ne devons pas avoir peur de ces attentes», a conclu M.Obama à l'issue d'un discours sans surprise ni véritable changement en profondeur des pratiques de la NSA. Ces changements ne concernent en effet qu'une partie minime des programmes de la NSA. Outre le programme Prism, qui permet d'aller piocher dans les serveurs de certains géants du Web, Barack Obama n'a rien dit par exemple du programme Bullrun, qui vise à affaiblir les technologies de chiffrement grand public utilisé par des centaines de millions d'internautes au quotidien.» (4)


Les prouesses de la NSA:

La NSA intercepte 200 millions de SMS quotidiennement Non contente d'espionner d'une façon traditionnelle, la NSA innove. On rapporte que l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) intercepte quotidiennement jusqu'à 200 millions de textos par jour dans le monde, écrit le quotidien britannique Guardian, se référant aux documents fournis par l'ex-agent de la CIA Edward Snowden. En avril 2011, les services spéciaux américains interceptaient quelque 194 millions de textos par jour. Le programme spécial qui a pour nom de code «Dishfire» leur permettait d'obtenir des informations sur la localisation de l'expéditeur, ainsi que sur ses contacts et ses transactions financières, écrit le Gardian. «Les SMS: une mine d'or à exploiter», révélant que le programme a permis de collecter en moyenne 194 millions de textos par jour en avril cette année-là. (...) «La NSA travaille à expurger les données superflues (concernant les citoyens américains, Ndlr), ainsi que celles des innocents citoyens étrangers aussi tôt que possible dans le processus» de collecte, s'est défendue l'agence américaine dans un communiqué». (5)

Par ailleurs, selon un document fourni par Edward Snowden, l'agence de renseignement a piraté un réseau Internet français pour accéder aux données du câble. L'Agence de sécurité américaine, la NSA, a réussi à pirater en février 2013 le réseau informatique d'un groupe de sociétés qui gère un gros câble informatique reliant la France, l'Afrique et l'Asie, apprend-on lundi 30 décembre 2013. (6).

De plus, l'agence de renseignements américaine a pu installer un logiciel espion sur près de 100.000 ordinateurs à travers le monde, créant ainsi un réseau utilisable pour des opérations de piratage. Dans la plupart des cas, le programme en question a été introduit via des réseaux informatiques, mais la NSA a également eu recours à une technique secrète qui permet d'accéder aux machines non-connectées, rapportait le New York Times, citant des membres de l'administration, des experts en informatique et des documents divulgués par Edward Snowden. Exploitée depuis 2008 au moins, cette technique fonctionnerait à l'aide de fréquences radiophoniques émises par des circuits imprimés ou des cartes USB insérées secrètement dans les machines cibles. Parmi les cibles principales de ce programme baptisé Quantum, figurent certaines unités de l'armée chinoise, que Washington accuse de cyberespionnage, toujours selon le New York Times. Des programmes mouchards auraient également été implantés dans des réseaux de l'armée russe, de la police mexicaine et des cartels de narcotrafiquants, des institutions européennes chargées des échanges commerciaux ou d'alliés tels que l'Arabie Saoudite, l'Inde et le Pakistan.

Enfin, pour le futur, l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) cherche à créer un ordinateur quantique à même de décrypter presque n'importe quel code de sécurité, selon le Washington Post qui cite jeudi des documents divulgués par l'ancien consultant Edward Snowden. (...) En 2009, des informaticiens avaient certes réussi à découvrir les clés de cryptage d'un chiffre de 768 bits en utilisant des ordinateurs classiques. Mais il leur a fallu presque deux ans et des centaines de machines pour y parvenir, rappelle le Washington Post. Selon les experts, il est encore bien trop tôt pour dire quand un ordinateur quantique opérationnel pourra voir le jour et beaucoup doutent que la NSA soit sur le point de réussir toute seule dans son coin.» (7)


Et maintenant?

Le processus d'espionnage des «faibles» va reprendre majoritairement dans l'ombre. Aux Etats-Unis, même avec le nouveau cadrage qui gère plus la forme que le fond, les rapports vont se construire sous la pression de divers groupes de pression notamment l'opinion publique., pour préserver avant tout et exclusivement la vie «privée» des citoyens américains. Si aux Etats-Unis avec les lois de plus en plus contraignantes Big Brother arrivera à savoir tout sur vous. Last but not least pour tous les autres, c'est la «liberté du renard dans le poulailler», les Européens protestent, les pays émergents tentent de trouver la parade, les autres, tous les autres ne savent même pas qu'ils sont espionnés. Personne ne croit à cette réforme cosmétique de la NSA qui est un état dans l'état. Julian Assange, leader de WikiLeaks, a dénoncé la vacuité du discours d'Obama. En gros Barack dit: «C'est notre intérêt de vous espionner donc on continuera au nom des Droits de l'Empire sur les vassaux et sur les esclaves. Exit les Droits de l'homme». De plus et comme disait Jacques Chirac, les promesses n'engagent que ceux qui y croient" Les Européens peuvent ils faire autrement ? La question reste posée.



1 . http://www.egaliteetreconciliation.fr/Snowden-a-derobe-1-7-million-de-documents-secrets-22575.html vendredi 10 janvier


2. Yves Eudes http://www.lemonde.fr/technologies/article/2014/01/18/discours-d-obama-decoit-les-eurodeputes-qui-demandent-a-entendre-snowden_4350511_651865.html


3. http://www.lemonde.fr/technologies/article/2014/01/18/obama-previent-que-la-nsa-va-continuer-a-espionner-les-etrangers_4350587_651865.html#xtor=EPR-32280229-[Alaune]-20140119-[titres]


4.MartinUntersinger http://www.lemonde.fr/technologies/article/2014/01/18/obama-previent-que-la-nsa-va-continuer-a-espionner-les-etrangers_4350587_651865.html#xtor=EPR-32280229-[Alaune]-20140119-[titres]


5. http://www.egaliteetreconciliation.fr/La-NSA-intercepte-200-millions-de-SMS-quotidiennement-22753.html vendredi 17 janvier


6. http://www.egaliteetreconciliation.fr/La-NSA-travaillerait-sur-un-ordinateur-quantique-22406.html


7. La NSA aurait surveillé des ordinateurs non connectés Nouvel Observateur 15 janvier 2014

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:43

«Il est comme le sel: il n'est absent à aucun repas.»

Proverbe tunisien

Dans la discrétion la plus totale et c'est tant mieux, la Tunisie est en train de réussir sa mue. S'il n'y a pas d'interférence, la Constitution sera votée ouvrant la voie à un pluralisme politique. En Occident c'est la liesse: pas de Chari'a en Tunisie! Les choses ne sont pas si simples. En fait, l'Occident qui d'une façon compulsive s’en prend à tout ce qui est Islam et confondant sciemment Islam et Islamisme , devrait s'interroger sur ce qui reste de la démocratie chez lui. La démocratie en Occident est en crise et d'ailleurs il faut se demander si elle a existé. Il faut parler de plus en plus de ploutocratie.

L'élite financière qui gouverne et les partis politiques étant à sa solde au même titre que la presse et les médias de masse. Les luttes syndicales sont à bout de souffle. Donc cette comédie-démocratique est en crise en Europe et l'Occident essaye de l'implanter dans les pays musulmans pour lui donner un nouveau souffle et pour voir émerger un nouvelle bourgeoisie aux ordres. Evacuée la démocratie, il reste le vrai écueil, il ne faut pas donner de visibilité à l'Islam dans les pays musulmans ne serait-ce qu'en termes de source d'inspiration. Ce qui explique la joie hystérique des médias qui ne tarissent pas d'éloges sur le printemps tunisien.

Pourtant, au même titre que la démocratie chrétienne, pourquoi pas un même cheminement pour une démocratie musulmane? La démocratie chrétienne est un courant de pensée politique et religieuse. Elle cherche à promouvoir, au sein d'une société démocratique et pluraliste, une politique conforme au message des Evangiles En Europe de l'Ouest, plus d'une douzaine de parties représentent cette tendance. C'est le cas en Allemagne de la CDU de Merkel dont le père était pasteur. En Belgique, le plus fameux chrétien-démocrate belge du moment est probablement Herman Van Rompuy, l'actuel président du Conseil européen. Il est vrai qu’il n’y a pas d’exemple probant de réussite, en Islam la démocratie islamique type AKP en Turquie a fait long feu , notamment à cause de la lutte pour garder le pouvoir à tout prix , quitte à prendre des « libertés » cherchant dans une lecture singulière du Coran le secours du divin pour légitimer un fonctionnement temporel déplorable



Comment Ennahda a évité à la Tunisie l'aventure du piège égyptien

Dans une interview, publiée le 12 décembre 2013, le président du parti islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi déclare: «Ennahda a quitté le pouvoir par choix éthique» (...) Je ne vous dirai pas que nous avons réalisé de grands exploits durant ces deux années, mais nous devons garder présent à l'esprit le fait que le pays traverse une période de transition, après la révolution. Tenez, comparez notre situation à celles d'autres pays vivant une expérience similaire - la Libye, la Syrie, le Yémen, l'Egypte et d'autres pays du Printemps arabe. Il est évident que le sort de la Tunisie est nettement meilleur. Notre pays est la dernière bougie du Printemps arabe qui reste allumée malgré tous ces vents qui s'acharnent contre elle. Si vous lisez bien la Constitution - qui est presque prête à présent - vous constateriez qu'elle consacre toutes les valeurs de la Révolution, telles que la liberté d'association, la liberté d'expression et l'égalité pour les femmes.» (1)

«(...) Je crois que la démocratie réussira en Tunisie. Je crois également qu'elle réussira dans les autres pays du Printemps arabe. En notre temps, en cette époque de la libre circulation de l'information, je pense qu'il n'y a plus de place pour les dictatures. Certaines personnes de l'opposition avaient souhaité que ce qui est arrivé en Egypte puisse avoir lieu en Tunisie.. Nous avons exporté la révolution - le Printemps arabe - en Egypte, mais nous ne souhaitons pas importer d'Egypte le coup d'Etat. Nous souhaitons qu'avec la réussite de la transition démocratique en Tunisie nous pourrons exporter en Egypte un modèle démocratique qui marche. (...)La Tunisie, sous la Constitution de 1959, est un Etat indépendant - avec l'Islam pour religion et l'arabe pour langue officielle. Ceci nous suffit. (...) Nous ne voulons pas d'une théocratie qui se placerait au-dessus du Parlement. Certaines personnes avaient exprimé le souhait d'inclure la chariâ dans la nouvelle Constitution, et nous avons rejeté cette idée.» (1)



Le sacerdoce de Ghannouchi

On peut observer que Rached Ghannouchi a fait les concessions nécessaires pour faire aboutir cette Constitution en gestation depuis trois ans. Quelle est sa conviction profonde? Dans une ancienne interview au journal français L'Express Rached Ghannouchi livrait sa vision de la gestion de la cité dans un contexte islamique . Pour Ghannouchi, « l'idéal nassérien d'une nation arabe, forte, prenant modèle sur le monde occidental, s'était brisé. »

Monsieur Rached Ghannouchi fait le procès des élites qui ont vendu leurs âmes à l'Occident. Pourtant cet Occident honni lui a permis de faire prospérer ses idées qu'il vient vendre aux Tunisiens et Tunisiennes comme étant la solution aux problèmes de la Tunisie. Il le dit d’ailleurs honnêtement en comparant la liberté qu’il avait de s’exprimer étant au Royaume Uni avec la Chappe de plomb des pays musulmans. «Si j'ai le choix entre vivre dans un pays musulman sans liberté et un pays laïc où existe la liberté, je choisis le second! Il est sans doute plus proche de l'islam que le prétendu Etat musulman...»

Interrogé sur sa vision de la modernité, il déclarait toujours dans cette interview à L'Express: «Cela dépend de quelle modernité vous voulez parler! Nous rejetons votre conception, qui consiste à séparer la religion et la vie de la société. Mais nous avons notre propre chemin vers une modernité qui ne cherche pas à imiter l'Occident. Et qui implique une totale liberté de pensée, une totale liberté du peuple de choisir ses gouvernants. Alors, évidemment, nous approuvons. (...) Ce qui est en question n'est pas tant le concept de démocratie qu'une réaction contre l'Occident, que nous refusons d'imiter. Nous nous opposons à des gouvernements qui se réclament de la démocratie. Mais aucun penseur islamique ne prétend que l'autorité du gouvernement est l'incarnation de la volonté divine! (...) Notre problème est que l'Etat n'est ni islamique ni laïc. Je peux vivre tranquillement dans des pays comme la Grande-Bretagne ou la France où la liberté confessionnelle est respectée. En Angleterre, il y a un parti islamique... Mais pas en Tunisie! Pas en Egypte!»(2)(3)



Et l'Algérie dans tout çà?

Dans une contribution lucide et objective Samy Ghorbal nous explique en creux le rôle positif et désintéressé de l'Algérie dans l'aide au dialogue entre les leaders tunisiens. Pour lui, les destins de l'Algérie et de la Tunisie sont globalement liés: «Une déstabilisation de la Tunisie affectera nécessairement la sécurité intérieure d'une Algérie, aux prises, depuis de longues années, avec la subversion terroriste islamiste. (...) La solution de la crise tunisienne passera-t-elle par Alger? (...) A Tunis, certains avaient même redouté que les puissants services de renseignement du pays voisin n'entreprennent des manoeuvres de déstabilisation, pour faire échouer la transition démocratique et pour enrayer un possible «effet domino». (...) L'Algérie choisira de faire le dos rond, et s'abstiendra de toute action hostile. En mars 2011, fraîchement nommé à la tête du second gouvernement de transition, Béji Caïd Essebsi part à Alger pour rassurer Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Ouyahia. Les fils du dialogue sont renoués. L'Algérie observera une parfaite neutralité pendant toute la durée du processus électoral tunisien. Personne n'a oublié la proximité entre les islamistes tunisiens et ceux du FIS. Mais le passé est le passé, et les relations entre Etats doivent s'élever au-dessus de ces contingences.» (4)


Samy Ghorbal nous parle de la maladresse de Moncef Marzouki: «En choisissant de se rendre à Tripoli pour sa première visite à l'étranger, le 2 janvier 2012, Moncef Marzouki a indisposé Alger. Il a aggravé son cas en déclarant, alors qu'il se trouvait à Tripoli, que les Algériens auraient pu éviter le bain de sang des années 1990 en respectant le résultat des urnes et en laissant les islamistes accéder au pouvoir. Ces propos suscitent un tollé à Alger. La presse se déchaîne, en soulignant l'amateurisme et l'ingratitude du locataire du palais de Carthage. Hamadi Jebali parvient péniblement à recoller les morceaux. Mais le mal est fait. Moncef Marzouki ne sera plus jamais en odeur de sainteté, et aucune de ses initiatives visant à relancer la construction du Maghreb ne trouvera d'écho positif du côté d'Alger.» (4)

Il est vrai que les Tunisiens ne le portent pas aussi dans leur coeur. Ils lui reprochent l'obsession de se mettre toujours en valeur en cherchant sa légitimité à l'étranger. L'Algérie qui connait ce type de dérive. se méfie en règle générale de ceux qui «en rajoutent». Monsieur Marzouki se veut plus royaliste et affirme bruyamment sa proximité avec la France qui l'a hébergé pendant plus de dix ans, en allant présenter ses ouvrages alors que la Tunisie est dans une situation délicate. L'ivresse du pouvoir fait qu'il ne perd pas une occasion de se mettre en valeur. Dans un article publié sur Al Djazira sur Mandela, le 13 décembre, il s'encense, comme à son habitude! Il se déclare, dans lesdites tribunes, fils spirituel de Nelson Mandela! Rien que cela. Mieux encore, puisant dans les archives du palais il publie fin novembre «le Livre noir», il consacre 13 pages aux actes de militantisme du citoyen Moncef Marzouki. Ainsi, on peut lire à la page 285 de ce livre que «les archives de la Présidence démontrent que Moncef Marzouki est l'un des principaux militants à avoir fait face à la dictature!» En clair, il a seul la légitimité à parler au nom de la Tunisie. La réalité est tout autre. Il est exclu du dialogue.


«Les événements de l'été 2013, sont pour Samy Gherbal un tournant: «Avec l'assassinat du député Mohamed Brahmi et le massacre de huit militaires tunisiens, dans le djebel Chaâmbi, marquent un tournant dans la relation entre les deux pays. Très vite, l'Algérie prend la mesure de la crise et son armée vole au secours du gouvernement tunisien. 8000 hommes sont déployés pour sécuriser le flanc arrière de la frontière et prendre dans une nasse le groupe djihadiste responsable de la mort des soldats tunisiens. L'impact est immédiat. En quelques semaines, la situation sécuritaire, qui paraissait compromise, est rétablie.»(4)
Parallèlement, nous dit Samy Ghorbal, les ingrédients de la spectaculaire médiation du chef de l'Etat algérien se mettent en place. Le 25 août, Ghannouchi accorde une interview à la chaîne Nessma et rend un hommage appuyé au grand voisin (...) Le 10 septembre, Abdelaziz Bouteflika interrompt sa convalescence pour recevoir séparément - et «à leur demande» - les deux principaux protagonistes de la crise tunisienne, Ghannouchi et Caïd Essebsi. Moncef Marzouki, le président tunisien, est totalement court-circuité. (4)

Une ingérence plébiscitée? L'Algérie rêvée des Tunisiens

Samy Ghorbal s'interroge: «(...) Cette «ingérence fraternelle» n'est pas du goût de tout le monde. Des voix se sont élevées pour dénoncer des tentatives de «vassalisation» de la Tunisie. Un constat d'abord: le «droit de regard» concédé à l'actuel chef d'Etat algérien ressemble à s'y méprendre à celui que revendiquaient ses deux prédécesseurs, En novembre 1987, Zine El Abidine Ben Ali avait pris soin d'obtenir le feu vert d'Alger avant de déclencher son «coup d'Etat médical». (...) Aujourd'hui, on ne peut être que gênés, du point de vue de l'orgueil national, de voir que les pourparlers qui engagent l'avenir de la transition démocratique sont parrainés, voire orchestrés par une puissance étrangère, fût-elle voisine et amie. (...)» (4)

Samy Ghorbal parle d'un avantage décisif de l'Algérie sur les grandes puissances qui ne peuvent agir que par le soft power - la diplomatie -, L'Algérie a en plus: «la possibilité d'actionner le levier du hard power, c'est-à-dire la pression militaire.» On pourrait y ajouter aussi une aide désintéressée au gouvernement tunisien. L'Algérie occupe aujourd'hui tout l'espace politique et a mis tout son poids stratégique dans la balance, au risque de susciter une certaine exaspération. Il semblerait pourtant que ces efforts soient perçus très favorablement par l'opinion tunisienne. C'est en tout cas ce qu'il ressort du dernier sondage réalisé par Sigma Conseil, dont les résultats ont été publiés le 19 novembre. Les trois quarts des Tunisiens déclarent avoir une image positive de l'Algérie. Le pays recueille presque autant d'opinions favorables du côté des sympathisants d'Ennahda (75,4%) que du côté des sympathisants de Nidaa Tounes (80,1%). L'Algérie rassemble et réunit. La ferveur qui s'est emparée des réseaux sociaux tunisiens lors de la qualification d'El Khadhra (l'équipe algérienne) pour la Coupe du monde de football est un autre signe qui ne trompe pas.» (4)

«Les Algériens, conclut Samy Ghorbal, sont des diplomates rugueux mais chevronnés. On suppose qu'ils savent où ils mettent les pieds. Ils jouent leur crédibilité. L'image ombrageuse dégagée par l'Algérie sur la scène internationale, constitue un aspect qui rebute fréquemment ses partenaires européens et occidentaux. Mais c'est peut-être justement ce trait de caractère qui séduit aujourd'hui des Tunisiens en mal de prestige, d'autorité et de certitudes. (...) l'Algérie leur apparaît comme un repère, un pôle de puissance et de stabilité dans un univers régional et arabe chaotique, tourmenté, en proie à l'anarchie et la violence. Son «système», décrié et vilipendé de toutes parts, est inoxydable, et a fait preuve de sa résilience aux crises. Son armée est la plus puissante de la région. Son Etat est riche et accumule des excédents faramineux. Son économie, en dépit de ses archaïsmes, regorge de potentialités et est perçue comme un fantastique relais de croissance pour les entrepreneurs des pays voisins. Enfin, et c'est peut-être l'élément qui compte le plus ici: l'Algérie incarne une diplomatie de la souveraineté. Elle se donne à voir comme un pays fier pour qui l'honneur passe avant tout et qui ne courbera jamais l'échine. En résumé: comme un Etat libre, indépendant et souverain»...(4)

Nous reconnaissons à Samy Ghorbal son appréciation de la politique de non-ingérence de l'Algérie et le credo d'un sacerdoce pour la paix et la résolution des conflits par la négociation. Qu'on le veuille ou non, l'Algérie réapparaît aux yeux du monde comme un facteur de stabilité à la fois dans l'Afrique du Nord et dans le Sahel, voire plus largement comme dans les crises libyennes et syriennes. Pour la Tunisie, l’Algérie est comme « le sel », il est fraternellement indispensable …

S'agissant en définitive de la Tunisie, le chemin emprunté vers la consécration des libertés individuelles est porteur de stabilité pour la région ; de plus l’Algérie s’y reconnait . La Tunisie s'en sortira grâce au génie de son peuple et sa société civile qui veut changer les choses pacifiquement, forçant même la sympathie de la communauté internationale.

D'une certaine façon, il peut être un exemple à suivre pour peu qu'il n'y ait pas d'interférences. Nous l'avons vu comment le vote de la Constitution qui exclut la Chari'a est plébiscité d'une façon hystérique par les médias occidentaux notamment français. Il n'a pas été fait crédit aux Tunisiens de toutes les avancées arrachées pour la liberté tout au long des 145 articles de la Constitution. Ce qui les intéresse est que la Chari'a soit bannie. Il est vrai que certains Tunisiens installés confortablement en Europe en mal de visibilité, et qui passent en boucle sur les plateaux, font assaut d'allégeance et se prennent à dicter aux Tunisiens à demeure ce qu'ils doivent penser et quel type d'espérance ils doivent avoir.

Les Tunisiens ne sont pas devenus des mécréants, leur Islam maghrébin fait de tolérance et d'empathie fait partie de leurs gènes notamment pour les plus anciens. Il est à espérer que les Tunisiens du Web 2.0 (ceux du XXIe siècle) ne jettent pas le bébé avec l'eau du bain. Au vu du délitement des valeurs qui font la dignité humaine à l’échelle planétaire , nous formulons le voeu que les Tunisiens – bercés d’une façon invisible par leurs repères identitaires et religieux-aillent tout à la conquête du monde en imitant l'Occident dans ses avancées scientifiques. Amen!



1. http://www.kapitalis.com/politique/19657-politique-ghannouchi-au-washington-post-la-tunisie-derniere-bougie-du-printemps-arabe-restee-allumee.html Entretien réalisé par Lally Weymouth, traduit de l'américain par Moncef Dhambri


2. C.E. Chitour http://www.mondialisation.ca/pitre-l-occident-plaidoyer-pour-la-non-ing-rence-en-tunisie/27345?print=1


3. Jacques Girardon: Rached Ghannouchi: «Pourquoi je suis islamiste». L'Express 29/04/1993


4. Samy Ghorbal: Une ingérence plébiscitée? L'Algérie rêvée des Tunisiens http://www.leaders.com.tn / 4 janvier 2014


Professeur Chems Eddine Chitour

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 19:12

«Par la ruse, on peut prendre un lion, par la force, pas même un grillon.»

Proverbe russe

Nous sommes à moins d'un mois des jeux d'hiver de Sotchi en Russie. Les pays occidentaux, entendons par là les Etats-Unis et leurs vassaux, les pays de l'Union européenne font ce qu'ils peuvent pour torpiller d'une façon ou d'une autre les jeux de Sotchi. Nous nous souvenons que globalement l'année 2013 fut celle de Poutine qui réussit à éviter qu'il y ait une invasion de la Syrie en proposant de neutraliser l'arsenal chimique de la Syrie, coupant de ce fait l'herbe sous les pieds aux va-t-en guerre, notamment à la France qui était prête à «punir» dans la plus pure tradition guymolienne, Assad - qui ne méritait pas à en croire Laurent Fabius, de vivre- la France dut renoncer à aller porter la mort, les larmes en allant guerroyer seule sachant bien que les Syriens étaient prêts à se battre et à bien se battre ce qui a amené la France à réduire la voilure en réfrénant ses désirs et à se déjuger

La deuxième victoire de Poutine fut celle d'aider l'Ukraine à s'en sortir sans les mirages de l'Union européenne qui voulait avec l'Ukraine s'offrir à faible prix un marché et une zone tampon pour diminuer l'influence de la Russie. Nous allons dans ce qui suit donner quelques explications de l'acharnement occidental sur la Russie mise sous pression avec les attentats télécommandés par l'Arabie Saoudite sur ordre de l'Empire. Il n'empêche que Poutine essaie de sauver les jeux. Vladimir Poutine a surpris lorsqu'il a annoncé sa volonté de libérer Mikhail Khodorkovsky. Il a aussi déclaré que les deux membres restants du groupe punk Pussy Riot seront certainement amnistiés aussi. L'amnistie sera aussi accordée à 30 personnes arrêtées lors d'une manifestation de Greenpeace. Ils n'auront dès lors pas à subir de procès. La presse internationale considère la décision du président russe comme une tentative de redorer le blason du pays avant les JO d'hiver à Sotchi en février 2014.

Le président américain Barack Obama, le président allemand Joachim Gauck, son homologue français, François Hollande, ont annoncé leur intention de boycotter les Jeux olympiques russes. Les Jeux auront tout de même lieu avec ou sans les Occidentaux. Ceci ne nous étonne pas, souvenons-nous des Jeux olympiques de Moscou boycottés par les Occidentaux et de la réplique soviétique aux Jeux de Los Angeles. L'Occident utilisera toutes les armes même celles du sport pourtant réputées être celles de la concorde. Dans l'ancienne Grèce, il y avait une trêve entre les cités, pour participer à Olympie aux jeux.


La Russie et l'Ukraine une parenté identitaire et une histoire commune

On se souvient que le 16 décembre 2013, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a dénoncé les tentatives de l'UE d'imposer un accord de libre-échange à l'Ukraine, qui risquerait d'anéantir l'économie du pays slave. Le ministre russe descend en flèche l'accord d'association. Selon lui, cet accord équivaut à l'ouverture des portes d'un pays tout en «enlevant le gardien à l'entrée». Il ajoute que tout gouvernement qui se sent responsable envers l'économie du pays serait en désaccord avec une décision aussi «irresponsable». (..) Il indique que les anciennes républiques socialistes soviétiques, dont l'Ukraine, font partie de la Communauté des États indépendants (CÉI). Or, le ministre fait mention d'un article contenu dans cet accord qui précise que tout pays membre peut mettre en place des mesures protectionnistes s'il est confronté à une pareille situation. Pour rappel, la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie ont créé une union douanière en 1995 et un Espace économique commun quatre ans plus tard. En 2007, la Commission de l'Union douanière a été créée, L'Espace économique commun est entré en vigueur en janvier 2012, avec la création de la commission économique eurasienne le mois qui a suivi. L'établissement d'une Union économique eurasienne est prévu pour 2015. (1)



L'énigme d'une monarchie saoudienne de tous les coups bas

La position diabolique de l'Arabie Saoudite est un cas d'école, vassal le plus fidèle de l'Empire, elle est prête à s'associer sur ordre avec le diable. On sait que la société saoudienne est caractérisée par d'énormes inégalités. Un quart de la population vit dans la pauvreté, le chômage des jeunes atteint 30 pour cent et une importante main-d'oeuvre de travailleurs migrants travaille dans des conditions épouvantables sur les champs pétroliers et les chantiers de construction du pays. D'autre part, la famille royale corrompue et ultra-riche monopolise des dizaines de milliards de dollars à ses propres fins réactionnaires. Cependant, dans l'affaire iranienne, elle s'est sentie grugée. «Les Etats-Unis, écrit Rosa Shahnazarian, ont maintenant changé leur tactique régionale en faveur de négociations directes avec l'Iran mais les conséquences de leur politique subsistent sous la forme d'un conflit qui menace de précipiter toute la région dans une guerre civile entre des sectes rivales et des groupes tribaux. L'Arabie Saoudite continue de soutenir l'opposition en Syrie en jetant de l'huile sur le feu d'un conflit qui s'est propagé l'année dernière à l'Irak et au Liban. La monarchie saoudienne considère le changement de politique des Etats-Unis comme une grave menace envers sa propre position économique et politique et a refusé d'être liée par un quelconque accord occidental avec l'Iran et la Syrie. «La monarchie saoudienne ne peut pas concevoir le fait qu'Assad puisse survivre à cette crise pour ensuite se retourner contre elle.» On le voit, les négogiations de Genève II ne seront pas une sinécure.» (2)



Le chaos en Irak et en Syrie: une spécialité saoudienne et quatarie


Le chaos s'installe durablement avec les armes des potentats du Golfe En Irak, la rébellion implose. Les Djihadistes s'étripent entre eux et la rébellion régulière tente de reprendre la main sur Al Qaîda. Bachar el Assad se frotte les mains. Dans la terminologie soviétique on disait «allié objectif». On a le même ennemi, on combat côte à côte pour arriver à ses fins. Les plus beaux exemples d'alliés objectifs restant l'Armée rouge et les GI's américains engagés ensemble contre Hitler. Mais l'histoire nous apprend que deux alliés objectifs sont souvent des ennemis qui repoussent simplement la date du règlement de comptes. (3)

Dans le nord de la Syrie, l'heure a sonné. «Nous allons vous anéantir, aucun de vous en survivra et cela servira de leçon aux autres». C'est le porte-parole de EIIL (État islamique en Irak et au Levant), branche d'Al Qaîda, qui parle. À qui s'adresse-t-il? Aux soldats de Bachar? Non! Aux rebelles, à ceux aux côtés desquels ils se battent depuis des mois contre l'armée du régime syrien. Ses faux frères d'armes en quelque sorte. Les combats sont d'une violence rare et les deux camps comptent déjà plus de 100 morts. (...) Venu d'Irak, l'EIIL avait envoyé des hommes et ouvert une sorte de succursale en Syrie. Compte les morts...(3)


Bill Van Auken parle même de guerre civile: «La reprise des combats intervient alors que des données publiées par les Nations unies et d'autres agences indiquent que le taux de mortalité en 2013 en Irak a augmenté jusqu'à son plus haut niveau depuis les renforts (dite surge) de l'armée américaine en 2007-2008. Les Nations unies évaluent le nombre de vies civiles irakiennes perdues en raison des violences à 7818 l'an dernier, plus de 1050 membres des forces de sécurité tués au cours de la même période. Une autre estimation du groupe britannique Irak Body Count (IBC) donne un bilan de 9475 morts civils. (..) L'EIIL, une milice islamiste sunnite liée à Al Qaîda, est devenue l'une des principales composantes des combats des «rebelles» dans la guerre de l'Occident pour obtenir un changement de régime en Syrie voisine.» (4)



Pourquoi ne cesse-t-on pas de s'en prendre à la Russie?

Karl Muller nous explique pourquoi l'Occident s'en prend à la Russie coupable de «ne pas rentrer dans le rang après la chute de l'empire soviétique». Coupable aussi d'avoir soutenu Assad, coupable aussi d'être contre le bouclier anti-missile à sa porte. On perd facilement de vue que Washington a déplacé ses visées agressives vers les contrées du Pacifique et que les États membres de l'Union européenne - sous le couvert de l'affaire de la NSA - devront jouer le rôle de suppléants des États-Unis au Proche-Orient et en Afrique.

Il explique les fondements de l'animosité qui ne datent pas d'aujourd'hui: «Les nombreux rapports concernant la situation «tendue» en Asie, actuellement entre la Chine et le Japon, jouent des rôles différents. (..) On ne parle pas, du moins publiquement, de la politique de l'Union européenne, notamment de l'Allemagne, vis-à-vis de l'Europe de l'Est et de la Russie. Et ce alors que les États de l'Otan et l'Union européenne se sont fixés comme objectif - depuis 1990-1991, c'est-à-dire depuis la disparition du Pacte de Varsovie et de l'Union soviétique et malgré leurs promesses au gouvernement soviétique de l'époque - de «s'approprier» l'Est à partir de l'Ouest en incorporant toujours plus d'États de l'Europe de l'Est à l'Alliance atlantique ainsi qu'à l'Union européenne pour affaiblir la Russie et l'asservir petit à petit. On trouve la preuve de toutes ces manoeuvres dans le livre Le grand échiquier. L'Amérique et le reste du monde, paru en 1997 et dont l'auteur est Zbigniev Brzezinski, conseiller personnel de divers présidents états-uniens.» (5) «La guerre de l'Otan contre la Yougoslavie en 1999 marqua un tournant. Il devint alors impossible de ne plus percevoir le fait que la conception états-unienne «d'un nouvel ordre mondial» avait tous les traits de l'impérialisme dont le but était de soumettre le monde à «l'unique puissance mondiale». (...) » (5)

« Ce n'est pas par amour du peuple ukrainien, mais en raison d'un dessein géostratégique, que l'Union européenne tente depuis plusieurs années d'éloigner l'Ukraine de la Russie pour la ramener vers l'UE elle-même. Nous savons aujourd'hui que la «révolution orange» de 2004 fut en fait une opération de ce qu'il est actuellement convenu d'appeler «Smart Power», opération menée en coordination avec l'Union européenne et contre la Russie.» Contrairement à l'Occident, où l'on met l'accent sur un modèle de politique utilitariste et matérialiste, le gouvernement russe semble s'appuyer sur une conception orientée sur les fondements de l'église chrétienne, c'est-à-dire en mettant l'homme et le monde au centre de son action. Où trouve-t-on encore cela en Occident? Quel gouvernement occidental se réclame encore de cette conception au profit de la famille, de la religion et de la nation pour le grand bien des peuples et du progrès?» (5)


Le jeu dangereux de l'Arabie Saoudite contre la Russie

On sait que l'Arabie Saoudite est un colosse de pétrodollars avec un sabre nain, elle a pour rôle de porter le chaos en Russie. Pourtant, selon certains analystes, deux clans s'opposent désormais en Arabie Saoudite. D'un côté, celui du prince Bandar ben Sultan, proche de l'Administration Bush, de l'autre, celui des «colombes», incarné par Turki al-Fayçal.. Les groupes wahhabites contrôlés par Bandar attaquent la Russie avec la complicité de la CIA. L'Arabie Saoudite veut contraindre la Russie à lâcher Assad. Elle crée le chaos sur place avec les groupes qu'elle finance et des groupes terroristes d'inspiration wahhabite cherchent à perturber les Jeux olympiques de Sochi en perpétrant des attentats spectaculaires sur l'ensemble du territoire russe.

Philippe Tourel nous apprend que : «le prince Bandar Bin Sultan, le tout-puissant chef des renseignements saoudiens, et homme lige de la CIA, a été reçu - à sa demande- à deux reprises par le président russe Vladimir Poutine, en moins d'un an, pour le convaincre, en vain, de lâcher Bachar al-Assad en contrepartie de juteux contrats, passe donc à la vitesse supérieure et utilise les groupes terroristes qu'il contrôle pour le faire plier, avec la bénédiction de la CIA. Selon des informations officielles russes publiées à la suite de la seconde rencontre entre Bandar et Poutine qui a eu lieu le 3 décembre 2013, (...) Bandar Bin Sultan avait cru intelligent de proposer à son hôte de freiner l'ardeur des groupes terroristes tchétchènes «qu'il contrôle, afin de laisser les jeux de Sotchi se dérouler normalement» (sic!) La réaction de Poutine était immédiate et virulente. «Si les salafistes mettent les pieds en Asie centrale, nous leur casserons les pieds.» (6)

«Quelques semaines avant la deuxième rencontre Poutine-Bandar, un premier attentat a eu lieu le 21 octobre 2013 dans un bus de Volgograd, provoquant la mort de 7 personnes et 30 blessés. Le dimanche 29 et lundi 30 décembre, deux autres attentats qui semblent porter la marque du groupe jihadiste de Dokou Oumarov, ont eu lieu. Dimanche, au moins 17 personnes ont péri et une quarantaine ont été blessées Commentant ces attentats, Karim Bouali (journaliste du site algérien Algérie patriotique) écrit que «l'Occident mène une guerre à la Russie par terroristes interposés». «Il serait difficile de ne pas déceler une coïncidence entre la série d'attentats terroristes en Russie et le soutien de ce pays à la Syrie et à l'Ukraine. Moscou persiste dans sa politique de résistance aux velléités hégémoniques occidentales.. Mais le Kremlin, qui semble se ressaisir, a fini par remporter le bras de fer en accordant à son voisin un prêt au moment où l'Europe tendait la perche à l'opposition ukrainienne, lui proposant une aide de 20 milliards d'euros.» (6)

Dans le dossier syrien, la Russie, comme la Chine, a réagi fermement aux tentatives occidentales de faire tomber le régime en place et lui substituer un pouvoir islamiste, financé par le Qatar et l'Arabie Saoudite, et armé par la France et la Grande-Bretagne. Toutes les tentatives de ce quarteron de pays de déboulonner l'inamovible Bachar Al Assad ont été vouées à l'échec Sur le plan militaire, l'envoi d'armes et d'agents secrets pour former la rébellion syrienne au terrorisme a été vain. (...) Les derniers attentats terroristes de Volgograd, qui ont fait une trentaine de morts, sont une réponse à cette fermeté de Moscou que l'Occident veut briser à travers les bombes humaines.»(6)

Dans une prise de position sans précédent, le président russe a qualifié de «terroriste» le régime saoudien. Poutine a promis «des représailles» aux attentats de Volgograd. Pour Poutine, «les attentats suicides de Volgograd sont identiques à ceux qui sont régulièrement commis en Irak, en Syrie et au Liban». «Notre réponse changera la carte même du Moyen-Orient». La Russie a élaboré l'avant-texte d'une résolution où elle qualifie l'Arabie Saoudite d'Etat terroriste. Moscou se prépare à remettre ce texte au Conseil de sécurité!! (7)

On le voit que malgré toutes les perturbations, la Russie avance, les Jeux olympiques seront, à n'en point douter, une réussite et l'Occident qui pensait dicter encore longtemps ses ordres n'a pas compris que la barycentre du monde lui a définitivement échappé



1. http://www.euractiv.fr/europe-est/la-russie-leve-le-voile-sur-ses-news-532420


2. Rosa Shahnazarian http://www.mondialisation.ca/la-france-armera-le-liban-aux-frais-de-larabie-saoudite-annonce-francois-hollande/5363767


3.Olivier Ravanello http://fr.news. yahoo.com/blogs/ ravanello/al-qaida-en-irak-la-guerre-des-freres-ennemis-143749933.html


4. http://www.mondialisation.ca/lirak-glisse-vers-la-guerre-civile/5364331


5. Karl Müller Pourquoi ne cesse-t-on pas de s'en prendre à la Russie? http://www.mondialisation.ca/lirak-glisse-vers-la-guerre-civile/5364331Mondialisation.ca

23 décembre 2013


6. Philippe Tourel 07 janvier 2014 http://www.mondialisation.ca/les-groupes-wahhabites-controles-par-bandar-attaquent-la-russie-avec-la-complicite-de-la-cia/5364153


7. http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid= 148575&cid=76&fromval=1&frid=76&seccatid=141&s1=1

Professeur Chems Eddine Chitour

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 07:54

«Quand naquit l'Etat (d'Israël) personne ne lui reprocha l'épuration ethnique sur laquelle il s'était fondé, un crime contre l'humanité commis par ceux qui la planifièrent et la réalisèrent. Dès ce moment-là, l'épuration ethnique devient une idéologie. Discours toujours valide aujourd'hui, parce que le premier objectif reste démographique: obtenir la plus grande quantité de terre avec le plus petit nombre d'Arabes.»

Ilian Pappe (Il Manifesto)

Ariel Sharon est mort 3000 jours après être rentré dans un coma dont il ne s'est pas réveillé. S'il faut saluer une prouesse technologique, on peut s'interroger quelle est la finalité de cet acharnement thérapeutique couteux qui veut le maintenir en vie. De fait, Ariel Sharon était absent de la scène politique mais ce n'est que maintenant que l'on peut évoquer ce que fut l'homme, quel fut son credo. Pourquoi son nom est associé au malheur des Palestiniens. Parmi les réactions, nous rapportons celle des dirigeants palestiniens qui ont qualifié l'ex-Premier ministre de«criminel», déplorant qu'il n'ait pas été traduit devant la justice internationale. Jusqu'à la mort, en novembre 2004, de Yasser Arafat, qu'il avait fait assiéger par les chars israéliens depuis décembre 2001, Sharon avait multiplié les menaces à son encontre, nourrissant les soupçons d'un empoisonnement, qu'Israël a toujours nié.

Bill Clinton au nom de son couple déclare: «Ce fut un honneur de travailler avec lui, et de le voir toujours en train de chercher la bonne voie pour son pays adoré.» François Hollande a déclaré «qu'Ariel Sharon a été un acteur majeur dans l'histoire de son pays. Après une longue carrière militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens». Nous verrons qu'Ariel Sharon a toujours méprisé les Palestiniens. Il disait qu'Israël avait son Bin Laden en la personne de Yasser Arafat. Pour Denis Roos ancien négociateur américain, ce qui distingue Arafat de Sharon est que le premier promet n'importe quoi et ne tient pas parole alors que Sharon ne promet rien et les rares fois qu'il promet, il tient parole...

Qui est Ariel Sharon?


Né dans le Yichouv (implantation juive dans la Palestine d'avant 1947), à Kfar Malal, le 26 février 1928. Sa mère et son père Dvora et Shmuel Scheinerman sont venus de Biélorussie et de Pologne en 1920 dans la Palestine mandataire. Ariel Sharon avait été marqué pendant son enfance par la montée des tensions entre les autochtones arabes et les migrants juifs des aliyas («émigration en Israël») successives. Pendant la guerre d'indépendance, en 1948, il se fait remarquer par sa combativité et c'est donc à lui qu'est confiée en 1953 l'unité 101 chargée de conduire des représailles après les coups de main palestiniens à partir de la Jordanie, de l'Egypte ou de Ghaza. Controversée, notamment après le massacre de civils à Qibya, en Jordanie.

Le massacre de Qibya

Il n'est pas possible dans le cadre de cette étude de faire un bilan exhaustif de toutes les guerres engagées et perdues par les Arabes, exception peut-être de celle du Hezbollah libanais dans un autre contexte mais qui, pour la première fois depuis 60 ans a mis à mal la doxa occidentale sur l'invincibilité d'Israël. En fait, jusqu'en mai 1948, déclenchement de la première guerre israélo-arabe, la tension monte, les expulsions commencent. Le 15 mai, environ 23.000 soldats arabes attaquent Israël, qui dispose alors de 19.000 soldats. Libanais et Syriens rentrent dans le Nord, les Egyptiens isolent des kibboutz du Néguev, prennent Beer Sheva et remontent vers Tel-Aviv. Mais les forces juives reprennent rapidement le dessus et poursuivent leur politique d'expulsion. (1)

L'étude de Benny Morris, l'un de ceux que l'on nomme les «nouveaux historiens» israéliens, est révélatrice. Il rappelle que les Palestiniens n'ont pas choisi l'exil pour la plupart d'entre eux, mais qu'ils furent chassés par les troupes juives. Pour les 369 villes et villages arabes de l'Etat israélien et des zones qui passeront sous contrôle israélien avant la fin du conflit, il établit les causes du départ des habitants. 228 villes et villages ont été désertés sous les attaques juives, 41 donnant lieu à une expulsion manu militari. 90 villages se sont vidés de leur population, affolée par les témoignages de massacres, notamment celui de Deir Yassine. Pour 45 cas, Benny Morris avoue ignorer les causes du départ. Dans seulement 6 cas, le départ s'est fait à l'appel des autorités locales arabes. En fait, entre 800 000 et 900 000 Palestiniens sont devenus réfugiés par la politique d'expulsion israélienne. Cette tragédie humanitaire, la Nakba, est toujours ignorée par Israël. Au total, cinq vagues successives marquent l'exode. Les raids de l'Irgoun et du Lehi vident, par de violentes expulsions, des quartiers arabes de Jaffa, Jérusalem-Ouest, ainsi que de quelques villages ruraux. Le plan Dalet mis en action lors de la contre-offensive juive crée une deuxième vague de l'exode qui s'étale d'avril à juin 1948, marqué en avril 1948 par le massacre de 250 habitants du village de Deir Yassine par les miliciens de l'Irgoun et du Lehi.»(2)

« Quand Haïfa est attaquée par la Hagana, les troupes ont ordre de «tuer tout arabe rencontré». Maisons incendiées ou dynamités, expulsions lorsque les Arabes n'ont pas fui, se produisent dans tout le pays. Un rapport rédigé par les services de renseignements de l'armée israélienne daté du 30 juin 1948 estime à près de 400.000 les habitants palestiniens qui ont quitté le territoire à ce jour et affirme que près des trois quart des départs ont été directement provoqués par les Israéliens. «Les nouveaux historiens» affirment, aujourd'hui, que toute cette politique d'expulsion a été voulue et organisée par Ben Gourion, souhaitant notamment une Galilée «propre et vide» d'Arabes « (2)


Ariel Sharon, jeune militaire, s'est illustré sur le terrain, il aurait réitéré ses souhaits, critiquant l'état-major, qui faisait preuve selon lui de trop de «retenue face aux Arabes». David Ben Gourion lui demande finalement de prendre la tête d'une unité qui agira au-delà de la ligne d'armistice Le 14 octobre 1953, l'Unité 101 commandée par Ariel Sharon rase le village de Qibya situé en territoire jordanien. Durant cette opération baptisée Shoshana par Tsahal, soixante-neuf civils (ou soixante-dix selon les sources) sont tués dans le dynamitage de leurs maisons, principalement des femmes et des enfants. De nombreux pays condamneront ce massacre, dont les États-Unis qui demanderont qu'en soient jugés les auteurs. (...) Sharon déclarera avoir cru les maisons vidées de leurs habitants, son unité ayant mené, d'après lui, les vérifications nécessaires avant d'actionner les détonateurs. Cette version israélienne a été immédiatement remise en cause par le contre-amiral Vagn Bennike, observateur de l'ONU, qui dénonça le mode opératoire de l'Unité 101 consistant systématiquement à faire feu sur les maisons, empêchant ainsi les occupants d'en sortir, et les livrant de fait à une mort certaine.. Le 24 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution condamnant Israël »(3.

Ce sera l'une des rares résolutions qui demeurera sans effet sur Israël sûr de son impunité. Lors de la guerre de Ramadhan de 1973, à la suite notamment de plusieurs manoeuvres grâce auxquelles sa division aidée par les informations américaines, franchit le canal de Suez et qui permettent à Tsahal d'encercler et d'isoler la IIIe armée égyptienne et donne la victoire aux Israéliens. Ce qui amena la «reddition» de l'Egypte sommée de signer les accords de camp David

Sabra et Chatila

A l'été 1982, Ariel Sharon pèse de tout son poids auprès de Menahem Begin en faveur d'une opération massive israélienne dans un Liban gangrené par la guerre civile. Il s'agit pour lui d'extirper de Beyrouth l'Organisation de libération de la Palestine de Yasser Arafat, mais les velléités d'Israël de façonner un Liban selon ses intérêts se heurtent ensuite à une insaisissable réalité. En septembre, les massacres de Sabra et de Chatila, représailles phalangistes à l'assassinat du président Béchir Gemayel, achèvent de retourner l'opinion israélienne contre l'opération «Paix en Galilée» et contre Ariel Sharon. Une commission d'enquête officielle confiée au juge Yitzhak Kahane conclura à sa responsabilité pour n'avoir ni prévu ni empêché les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, perpétrés par une milice chrétienne, alliée d'Israël. Une Commission indépendante menée par le prix Nobel de la paix Sean Mc Bride considère Israël comme «directement responsable du massacre du fait de sa position d'occupant». Il n'y eut là aussi pas de résolution du Conseil de sécurité contre Israël. Les Etats-Unis veillent...


La suite du parcours d'Ariel Sharon en politique

Ariel Sharon revient sur le devant de la scène en tant que ministre de la Construction et du Logement en 1992. Une fonction qui lui va comme un gant. À ce poste, il devient le héraut de la colonisation israélienne des Territoires palestiniens, lance de vastes projets pour de nouvelles constructions avec comme slogan: «Allez coloniser nos collines.» Ariel Sharon se lance en politique avec sa méthode brutale Il sera le responsable de la deuxième intifada par la provocation de visite de l'esplanade des Mosquées en octobre 2000. En 2001, Ariel Sharon est élu au poste de Premier ministre de l'État d'Israël sur un programme portant principalement sur la sécurité contre le terrorisme palestinien. Il est réélu en mars 2003, à la suite d'élections anticipées intervenues après la fin du gouvernement d'union nationale, à la suite de la démission des travaillistes, le 30 octobre 2002. Il stoppe toute négociation avec Yasser Arafat qu'il considère responsable de la situation et lance une campagne de répression très dure contre les activistes palestiniens. Il entame également la construction d'une barrière de séparation à l'intérieur de la Cisjordanie et autour de Jérusalem. En février 2004, il prend tout le monde de court en décidant de retirer unilatéralement l'armée et les colons israéliens de Gaza.Ses détracteurs l'accusent alors de vouloir faire diversion pour escamoter des affaires embarrassantes de financement politique qui livrent ses fils Omri et Gilad aux affres de procédures judiciaires.» (4)

Comprenant la place du religieux, il s'assure le soutien indéfectible de la droite nationaliste et des organisations de colons. Pourtant, il se met à dos une partie d'entre eux en décidant, en août 2005, le retrait militaire israélien unilatérale de la bande de Gaza et le démantèlement des colonies installées dans cette région. Pour lui, quitter G aza lui permet de mieux occuper la Cisjordanie. C'est ce qu'explique Dov Weisglass, son conseiller, dans une interview au quotidien Haaretz. «Ariel Sharon a décidé de rendre Gaza, qu'il n'a jamais considéré comme d'«intérêt national», afin de sauver les colonies de Cisjordanie, et, plus important encore, d'empêcher tout accord. Entre-temps, le 29 mars 2002, il lance l'«opération Rempart» et réoccupe la plupart des villes de Cisjordanie. Son objectif est aussi de neutraliser Yasser Arafat.Il s'y applique en lançant ses chars à Ramallah contre la Moukataâ dans laquelle vit le président Arafat. Celui-ci est encerclé, jusqu'à ce que le vieux leader, malade, soit autorisé à partir pour la France où, hospitalisé, il mourra le 11 novembre 2004.» (5)



Un bilan?

Si on devait parler d'apartheid, c'est Sharon. C'est lui qui a fait démarrer la construction du mur pour séparer Israël de la Palestine; action condamnée par la Cour de justice internationale. Depuis la conquête de juin 1967, Ariel Sharon n'a cessé d'encourager les militants ultranationalistes à s'y installer et de drainer l'argent public vers les colonies qui se sont multipliées, violant la loi internationale. Il a notamment soutenu les nationalistes religieux pour qui la mainmise du peuple juif sur cette terre obéit à un plan divin. Il a été l'un des artisans de la destruction du processus créé en 1993 par les accords d'Oslo, par lesquels Israël et l'Organisation de libération de la Palestine se reconnaissaient mutuellement et s'engageaient dans la recherche d'un accord définitif. Ariel Sharon était un adepte de la force et du fait accompli. C'est notamment avec des hommes de cette trempe qu'Israël a imposé son existence au Monde arabe.

Pour Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris, l'ancien Premier ministre israélien était surtout un homme d'une «extrême intransigeance». C'est un faucon. Tant dans sa carrière militaire que politique, c'est un type qui a trempé dans plusieurs histoires de massacre de Palestiniens. Sharon n'était vraiment pas un tendre. En 2005, il effectue tout de même un retrait unilatéral des colonies israéliennes de la bande de Ghaza... Il n'y a pas eu la moindre expression de négociation avec les Palestiniens. Mais c'était surtout une politique de la terre brûlée, il a décidé, par exemple, de détruire par bulldozer les infrastructures des colons. Sharon, c'est une logique politique de non-compromis avec les Palestiniens. Il n'a eu de cesse de défaire les espoirs qui sont nés des accords d'Oslo de 1993.» (6)



Qu'en est-il alors de la cause palestinienne?

Edward Said L’intellectuel américano-palestinien nous donne une clé de compréhension par sa déconstruction du sionisme responsable du malheur des Palestiniens. Il analyse les origines du sionisme, et interroge la légitimité, unanime en Occident, d'une idéologie coloniale ayant causé tant de ravages. Il écrit: «Nous étions sur le territoire appelé Palestine; la spoliation et l'effacement dont nous avons été victimes et d'où ont résulté que presque un million des nôtres ont dû quitter la Palestine et que notre société est devenue non existante étaient-ils justifiés, fût-ce même pour sauver ce qu'il restait des juifs d'Europe ayant survécu au nazisme? Quelle est la règle morale ou politique qui exige que nous abandonnions nos revendications pour notre existence nationale, notre terre, nos droits humains? Dans quel monde ne souffre-t-on aucune discussion quand on dit à un peuple entier qu'il est juridiquement absent, même si des armées sont levées contre lui, des campagnes menées contre son nom lui-même, l'histoire modifiée pour «prouver» sa non-existence?» «Il faut répéter que ce qui dans le sionisme visait les objectifs sans doute justifiés de la tradition juive - préserver le peuple de l'exclusion et de l'antisémitisme et rétablir son identité nationale - correspondait aussi à ces aspects de la culture dominante qui rendaient possible pour les Européens le fait de juger inférieurs, négligeables et sans importance les non-Européens.» (7)


On le voit, l'impasse est totale, les suivants de Sharon ont en face d'eux des ectoplasmes qui n'ont ni la légitimité ni la conviction pour arriver à redonner aux Palestiniens leur dignité. Ces mêmes Palestiniens harassés par tant de malheur et qui ne demandent qu’à vivre sur leur terre en qui serait à peine de 20 % de la Palestine originelle



1. C.E. Chitour Le calvaire palestinien Editions Casbah 2013

2. Benny Morris, The Birth of The Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, p 218.

3. Ariel Sharon: Encyclopédie Wikipédia

4.http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/11/ariel-sharon-le-warrior-est-mort_4341895_3218.html


5. http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Mort-de-Ariel-Sharon-le-heros-des-colons-2014-01-11-1087917


6. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/sharon-n-etait-vraiment-pas-untendre_1313258.html# sKUoOdPymt11HgzF.997 Edward W. Saïd, «La Question de Palestine» (The Question of Palestine, 1979 Vintage Books éditions, New York). Réédité en 2010 chez Actes Sud

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 09:59

«Bu yiles, medden ak ines.» «La langue aimable, le monde est à elle.»

Proverbe amazigh

Chaque civilisation ou culture a parmi ses composantes des facteurs d'ordre cosmique et mythologique qui aboutissent à une vision du monde pour l'homme et sa destinée. Les Amazighs présents en Algérie depuis la nuit des temps sont en mal de reconnaissance.

«On dit qu'«un peuple sans mémoire est un peuple mort». Les chercheurs disent que célébrer des dates, des événements et développer des discours sur leur propre histoire commune est très important pour l'évolution culturelle et civilisationnelle d'un peuple. (...) Les Amazighs n'ont que rarement pris l'initiative d'écrire leur propre histoire sous les différentes occupations et colonisation jusqu'à l'époque moderne, ce qui pose des problèmes pour les historiens sur certains «faits historiques». La société amazighe d'Afrique du Nord, tantôt de tradition orale et parfois écrite - généralement dans d'autres langues, l'arabe ou le français jusqu'à la moitié du XIIIe siècle, ne nous donne que ce qui est récité sous forme de poèmes, de dictons, et même de contes et de légendes...L'histoire de l'Afrique du Nord est écrite par des envahisseurs (colonisateurs), à l'exception de quelques écrits, dont ceux du grand sociologue et historien Ibn Khaldoun à partir du XIVe siècle. (...)» (1)



Yennayer: une fête populaire tolérée

Il nous faut revenir aux fondements de cette fête. «Certains historiens nous apprennent que l'Afrique du Nord est entrée dans «l'histoire écrite» avec l'apparition des Phéniciens sur ses rivages, c'est-à-dire à la fin du XIIe siècle avant J.-C. Cependant, d'autres disent, tel Victor Piquet, que «les Libyens avaient, dès le XIVe siècle avant J.-C., une civilisation et une industrie. Ils avaient déjà des rois héréditaires et avaient conclu avec les peuples des îles, avec les Tyrrhéniens en particulier, des alliances profitables.» Or, les rapports entre le monde libyen (amazigh) et le monde pharaonique (de l'ancienne Égypte) semblent remonter à la première dynastie Thinice, aux environs de 3300 av. J.-C. Au temps de la XIXe dynastie, sous le règne de Ménoptah, vers 1232-1224 av. J.-C., les Pharaons repoussèrent une attaque des Lybiens (Berbères) auxquels s'étaient associés les «peuples de la mer. Ce fut ensuite le roi numide Schinaq (Chechonq) qui s'empara du trône d'Egypte vers 950 avant J.C.» (1).

Nous avons donc une histoire vieille au moins de trente siècles sans compter naturellement l'époque néolithique vers 6000 avant J.-C. et même plus loin l'homme de Mechta el Arabi, l'homme de Aïn El Hnach et l'homme de Tifernine, il y a de cela 1,5 million d'années. Pour la période «récente» les Algériens aux quatre coins de l'Algérie fêtent Yennayer.
«Yennayer lit-on dans l'encyclopédie Wikipédia est le premier jour de l'an du calendrier agraire utilisé depuis l'Antiquité par les Berbères à travers l'Afrique du Nord. Il correspond au premier jour de janvier du Calendrier julien, C'est une première manifestation connue de la civilisation berbère, au temps de l'Égypte ancienne, lorsque le roi numide Chechonq Ier (Cacnaq) fondateur de la 22e dynastie égyptienne prit le trône et devint pharaon en Égypte. Avant d'envahir la Palestine, il réunifia l'Égypte en l'an 950 avant J.-C. À Jérusalem, il s'empara de l'or et des trésors du temple de Salomon (cité dans la Bible). Yennayer est une fête très répandue, à travers toutes les régions de l'Algérie et est aussi fêtée au Maroc.» (2)

«Le repas, préparé pour la circonstance, est assez copieux et différent du quotidien. «Imensi n yennayer» se poursuit tard dans la nuit et la satiété est de rigueur. Il est aussi un repas de communion. Il se prend en famille. Le mois de yennayer est marqué par le retour sur terre des morts porteurs de la force de fécondité. Durant la fête, les femmes kabyles ne doivent pas porter de ceinture, symbole de fécondité. Celles transgressant la règle subiraient le sortilège de la stérilité. «Imensi n yennayer» nécessite des préparatifs préalables. Dans les Aurès et en Kabylie, la veille, la maison est méticuleusement nettoyée et embaumée à l'aide de diverses herbes et branches d'arbres (pin, etc.). On procède au changement des pierres du kanun (inyen n lkanun). Tous les gestes accomplis pendant la fête se font avec générosité et abondance.» (2)

Qu'en est-il du moteur de l'expression amazight, la langue?

L'actualité nous rattrape, les évènements de Ghardaïa. Le professeur Abderrezak Dourari spécialiste des langues a tenu à réagir et donner son avis sur les fondements et les liens d'une certaine façon à la mauvaise condition de la langue tamazight. Nous l'écoutons: à Ghardaïa coexistent deux communautés algériennes musulmanes différenciées par le rite, l'origine et la langue. La communauté chaâmbie est d'origine arabe et est majoritairement malékite. Elle parle l'arabe algérien. La communauté mozabite est d'origine amazighe, de rite ibadite et parle autant sa langue mozabite (tamazight) que l'arabe algérien. Voilà une langue véritablement nationale!(...) Comment imaginer que les Amazighophones se sentent toujours chez eux dans cet Etat tout en ne leur reconnaissant ni leur langue ni leur culture? Comment imaginer que des Mozabites ibadites se sentent vraiment chez eux tout en refusant de reconnaître leur rite musulman ibadite et en leur imposant à l'école et dans tous les médias du pouvoir, le rite malékite (en fait le wahhabisme), comme doctrine de référence de l'Etat?» (3)

«Comment voulez-vous que les ibadites acceptent que leur Etat leur impose et à toute la société une lecture fausse de l'histoire de leur rite en le déclarant khâridjite alors qu'il ne l'est pas... Le professeur Dourari pointe du doigt le système éducatif:«Comprendre ici que notre système éducatif, véritable pilier pour l'édification d'un Etat et d'une société moderne et tolérante, ne travaille pas du tout sur les mentalités de la société pour les faire évoluer par le débat et la science mais s'attelle à inculquer des choix idéologiques hypostasiés (...) L'Etat est de toute façon une construction artificielle abstraite qui ne prend sa consistance que dans les actes visibles de ses institutions et de ses agents. Mais quand cet Etat est construit foncièrement sur un mythe portant en son sein la négation des dimensions historique, culturelle, anthropologique et linguistique réelles constitutives de l'ensemble de sa population et son territoire, et que ses gestionnaires illégitimes ne réagissent qu'après coup et en cas de dysfonctionnement trop bruyant (coupure de routes, émeutes violentes, affrontements ethniques, terrorisme, inondations, kidnapping...) par la seule répression, oppression, corruption sans se soumettre à aucune reddition de compte, il secrète nécessairement une opposition frontale entre l'intérêt de sa population (la volonté populaire) et celui des gouvernants (gestionnaires de l'Etat)... L'individu et les groupes ne s'en remettent plus aux institutions d'un Etat, mais se font justice eux-mêmes inaugurant ce que Hobbes avait appelé la guerre de tous contre tous (Bellum omnium contra omnes).» (3)

On le voit, nous nous querellons dans un verre d'eau alors que le tsunami de la mondialisation lamine les identités culturelles. Pierre Bourdieu avec sa lucidité coutumière parle de vulgate planétaire s'agissant de l'anglais. Les cultures sont comme des galets dans un lit d'oued, divers tentent de résister en vain au torrent mondialiste et à la macdonalisation de la culture. Nous devons résister en nous donnant des armes. Au lieu de la ghettoïsation actuelle du tamazight tolérée honteusement dans les régions berbérophones, il nous faut une conviction franche et massive envers l'accueil du tamazight comme langue nationale. Naturellement, il nous faudra éviter le piège de nous en remettre aux spécialistes quant à l'écriture de la langue amazighe, ce n'est pas le contenant qui importe c'est le contenu Qu'il y ait des expressions du tamazight en arabe pourquoi pas? Qu'il y ait des expressions du tamazight en caractères latins pourquoi pas? Ceci dit l'hébreu langue dite morte est plus vivante que jamais. Pourquoi ne pas s'atteler à donner une dimension de contenant originelle à cette langue?



Pourquoi le tamazight ne décolle pas?

N'étant ni spécialiste ni écrivain dans cette langue, je ne peux donner qu'un avis profane. Il me semble que cette panne dans l'action n'est pas due, exclusivement au frein systématique des pouvoirs publics. L'un des plus grands écueils à la diffusion. et à la démocratisation de cette langue me semble être l'alphabet de l'expression; Certes, il existe le tifinagh, mais sa mise en oeuvre n'a fait l'objet d'aucune sollicitude pour prendre en charge la modernisation de ses caractères. Certes, il ne suffit pas de vouloir, mais il faut aussi pouvoir et dans ce cas il n'y a pas de possibilité d'en faire un alphabet, d'abord en termes d'apprentissage, mais aussi en termes de modernité. Il n'existe pas à ma connaissance de caractères sur les machines et cela coûterait des sommes énormes pour une utilisation locale et donc non «rentable en termes de marché, de là à trouver cette graphologie sur les médias Internet c'est un autre Graal. Pourtant, l'hébreu langue sémitique comme le tamazight que l'on disait morte, s'écrit d'une façon moderne, elle est plus vivante que jamais.

Est-ce qu'il n'y a pas de débat serein en ce sens que nous quittons le terrain scientifique pour aborder celui de l'idéologie. Nous avons d'un côté ceux qui affirment que l'alphabet à utiliser est l'alphabet arabe pour plusieurs raisons dont celle de la «proximité». C'est la position de certains arabisants dont certains se trouvent parmi les berbérisants. A l'autre bout du curseur, nous avons ceux qui soutiennent mordicus que le tamazight ne doit être qu'en lettres latines provoquant de ce fait l'ire des autres qui identifient à tort ou peut-être délibérément l'alphabet latin à la langue française. Ce mal-être d'une langue provoque un clivage fait de nons et remet aux calendes grecques le débat qui est celui du vivre-ensemble.

Le professeur Abderrezak Dourari dans une conférence intéressante a tenté de tracer justement les termes du débat. Nous rapportons rapidement les points essentiels: «Le champ d'intérêt et de recherche scientifique, écrit-il, portant sur la langue nationale le tamazight, son enseignement, et son corollaire i.e. sa normalisation/standardisation, est souvent confondu avec celui «de l'amazighité». Cette confusion de questions de langue, de pédagogie, de didactique, d'un côté, et d'ancrage civilisationnel, culturel et identitaire, de l'autre côté, montre à quel point la perception de ces questions, pourtant importantes pour l'avènement d'une société citoyenne, apaisée et de plus en plus intégrée, est déficiente dans les discours autorisés. (...) Affirmer que le choix des caractères arabes n'est pas neutre, ne dispense pas d'une démonstration que le choix des caractères latins le soit moins.Peu importe, car à un certain moment, il faudra bien enseigner une seule norme unifiée, en termes de morphologie, de lexique et de grammaire scolaire (à long terme).Comme il faudra arriver à écrire dans une seule graphie (en prenant le temps qu'il faudra pour cela), qui ne peut être autre que les tifinagh, le latin ou l'arabe.» (4)


Le tamazight entre Charybde (alphabet arabe) et Sylla (alphabet latin)

Le professeur Dourari renvoie dos à dos les deux détenteurs de vérité, il écrit: «Le graphocentrisme masque donc, autant qu'il révèle d'ailleurs, des stratégies politico-idéologiques dont il est nécessaire d'énoncer le contenu pour permettre un débat qui fait avancer la réflexion: une volonté de marginalisation de la langue amazighe (pour les uns) autant qu'une volonté de son exogénéisation du corps social et culturel (pour les autres, tamazight a pour défi majeur de s'implanter sur une territorialité socio-fonctionnelle déjà occupée par des langues à statut national et international prestigieux fondé sur leur fonction capitale d'adjuvant de la mobilité sociale: le français et l'arabe scolaire. Ecrire tamazight est un acte qui, de ce fait, n'est plus du ressort de la simple fixation physique (graphique) de la langue; il est perçu par les élites comme un acte hautement symbolique. La preuve en est que le simple fait d'envisager l'étude de la possibilité d'écrire en caractères arabes est assimilé à une «arabisation «de tamazight(...) les protagonistes de cette attitude de rejet viscéral de la graphie arabe, expression métonymique de la langue arabe scolaire, ne pensent même plus aux conséquences de la systématisation de leur propre argument rhétorique: si écrire en caractères arabes signifie l'arabisation de tamazight, écrire en caractères latins équivaut-il alors à «latiniser «ou «franciser «tamazight? Ecrire en caractères arabes rendrait-il les Algériens plus arabes, plus conservateurs et inversement écrire en caractères latins rendrait-il les Algériens plus français, plus occidentalisés?» (4)



Le projet culturel global consubstantiel des langues

«En Algérie, poursuit le professeur Dourari, il est nécessaire d'articuler le projet national éducatif avec le projet socioculturel linguistique et politique. Surtout que maintenant, tous les Etats sont mis face à une mondialisation rampante qui impose les lois du marché. Si le français semble être mal parti' dans cette émulation linguistique mondiale, face à l'anglais et la langue espagnole, très dynamique, que faut-il penser de l'arabe scolaire où quasiment rien ne se produit, ni du savoir, ni du pain...Et sincèrement, je ne crois pas que tamazight soit mieux placé tant il est établi qu'une langue est liée à l'économie et à la production des biens matériels et spirituels... Il faut le dire nettement: il n'existe pas de documentation scientifique significative écrite en tamazight en graphie latine. Mais, soit. S'agit-il des mêmes graphies stricto sensu? (...) S'il est vrai que les arabisants algériens pleinement sous l'emprise de l'idéologie arabiste, ont systématiquement négligé de s'occuper de tamazight considérée et stigmatisée par beaucoup d'entre eux comme un dialecte perturbateur de l'unité arabe rêvée -, il n'en demeure pas moins que si l'on admet que tamazight a été normalisé dans la graphie latine «depuis cinquante ans», il devient légitime de se demander pourquoi elle ne s'impose toujours pas d'elle-même ni au Maroc, ni en Algérie, puisque le débat continue.» (4)

Que faut-il faire pour le vivre-ensemble?

«La réforme de l'Etat algérien, conclut le professeur Dourari est urgente, elle consiste essentiellement à mettre en place des institutions respectables et respectées par tous et surtout par les gouvernants, une séparation réelle des pouvoirs avec une autorité judiciaire mise au-dessus de tous et surtout des gouvernants, et enfin, un pouvoir législatif qui contrôle le pouvoir exécutif dans le respect des intérêts des citoyens. Une véritable citoyenneté signifie que les différences ethniques, religieuses, linguistiques, culturelles... que les libertés individuelles et collectives soient respectées et opposées à tous par des institutions soumises à la seule règle du droit. (...) Seules les règles du vivre-ensemble dans un Etat et un territoire communs dans le respect des intérêts de tous et de chacun sont obligatoires pour tous. (...) C'est de cette idée d'Etat que doit s'inspirer la réforme urgente du système éducatif. Cela signifie concrètement que chaque citoyen algérien est libre d'avoir les représentations identitaires dont il a envie, pour peu qu'il développe ses compétences et respecte la liberté et les représentations des autres. L'identité ne doit reposer que sur l'appartenance au territoire.» (3)

Le débat est loin d'être terminé. Si on veut résoudre ce vrai problème et enlever ce fonds de commerce à ceux qui en font un abcès de fixation, pour d'autres revendications, je pense que l'une des priorités de l'Etat est justement de confier cette tâche toutes affaires cessantes à des universitaires qui auront à étudier ce problème de graphie sous tous les angles. Une fois l'alphabet retenu et dans l'attente de l'alphabet tifinagh qu'il faut moderniser, la production littéraire, culturelle devrait bénéficier des moyens de son expression et l'Etat devrait sans arrière-pensée, d'une façon franche et sans détour réhabiliter cette langue qui sera un moyen d'expression national au même titre que l'arabe. C'est de cette façon que l'Algérie sera forte.

1.http://www.kabyles2quebec.com/index.php?option=com_content&view=article&id=79:yennayer-nouvel-an-amazigh-berbere&catid=34:quebecnews

2. Yannayer: Encyclopédie Wikipédia

3.http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2014/01/09/article.php?sid=158848&cid=41

4. Pr; Dourari.http://www.academia. edu/1645765/Tamazight_langue_ nationale_en_Algerie_Etats_des_lieux_et_problematique_damenagement

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 19:47

«Momo se promène dans le désert, sa babouche heurte une lampe, Momo la frotte, il apparait un génie, - Je suis le génie! Fais un voeu et je l´exaucerais! Momo réfléchit... - Je voudrais un pont d´ici jusqu' en Amérique. Le génie - Quoi? Un pont d'ici en Amérique? Mais tu ne te rends pas compte de la distance, le câblage, le bitume, les tonnes de béton, la profondeur de l'océan.... t´es sûr? Tu ne veux pas faire un autre voeu? - O.k. o.k..je voudrais que les Arabes deviennent tous intelligents! - Oh...De quelle couleur tu le veux ce pont?»

Cette tragique blague explique la condition des Arabes qui s'entre-tuent pour le bien de l'Empire. Encore une fois l'actualité se rappelle à nous. Nous savons tous que le chaudron syrien est toujours en ébullition mais on avait espéré qu'à l'approche de Genève, la situation allait se calmer de part et d'autre. Dans ce Proche et Moyen-Orient livré à tout vent avec la situation peu enviable de la Libye, les convulsions du pouvoir en Egypte, voilà que le Liban se met de la partie. Sur son sol en effet, plusieurs attentats qui ont des commanditaires différents et qu'au final ce sont les civils, notamment du Hezbollah et ses alliés iraniens qui en font les frais.

De plus, l'assassinat d'un ministre proche de la mouvance du 14 avril de Hariri est en quelque sorte la réponse à l'attaque de l'ambassade iranienne à Damas. Ceux qui tirent les ficelles sont avant tout des roitelets du Golfe dont la gouvernance laisse à désirer. C'est le cas de l'Arabie Saoudite et de ses services de renseignement avec le prince Bandar Ben Sultan pour qui tous les coups sont permis quand il s'agit de démolir le pouvoir syrien -allié de l'Iran chiite- quitte à proposer ses bases aux Israéliens pour leur permettre de bombarder l'Iran en toute quiétude. On le voit, Israël fait partie de la solution ou du problème quand il s'agit de réduire l'influence de l'arc chiite et dans ces conditions il ne faut surtout pas parler de religion, de schisme sunnite-chiite. C'est de fait le combat contre l'arc chiite représenté par la Syrie alaouite de Bachar El Assad, l'Iran, Bahrein, et naturellement l'Irak qui n'en finit pas de saigner. On apprend à ce propos que des éléments d'Al Qaîda ont pris la ville de Falloudja, la tristement célèbre martyre de la troisième guerre du Golfe de 2003.

Un autre acteur qui lui s'implique plus que de coutume sur tous les fronts extérieurs en guerroyant à la place de l'Empire, est la France frustrée de n'avoir pas pu faire décoller ses avions pour aller porter la désolation humanitaire en Syrie. Se retrouvant seule après le refus du Parlement britannique et le niet américain, François Hollande a réduit la voilure et n'a pas voulu aller titiller la bête tout seul d'autant plus qu'il était attendu... C'était reculer pour mieux sauter, sa proximité actuelle avec l'Arabie Saoudite où il s'est rendu fin décembre a fait qu'il n'est pas revenu les mains vides. C'est d'abord un carnet de commandes de plusieurs milliards de dollars pour l'armement de l'armée saoudienne qui, il y a à peine deux ans, s'est ravitaillée aux Etats-Unis pour près de 100 milliards de dollars. C'est ensuite l'achat pour le compte du Liban d'un marché de 3 à 5 milliards de dollars payé par les Saoudiens. Le but étant de déclarer la guerre au Hezbollah pour affaiblir la Syrie et venir aux négociations de Genève en position de force.


La Syrie, pays de tous les enjeux énergétiques

Pourquoi cet acharnement sur la Syrie? Aucune logique si ce n'est celle de l'explication par l'énergie. Si la France et l'Arabie Saoudite sont en «grande convergence» au sujet de la guerre menée en Syrie, on peut finir par douter de son mobile humanitaire et chercher d'autres explications. Le gaz apparait comme une alternative à la diminution des réserves mondiales de pétrole L'exportation du gaz russe est permise grâce aux deux projets de gazoduc.

Jérôme Henriques écrit à ce propos: «Le Nord Stream passant par l'Allemagne et censé alimenter le nord de l'Europe. Et le South Stream qui doit se diriger vers l'Europe occidentale via la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Or, dans le but de concurrencer South Stream, l'Union européenne a soutenu le projet Nabucco. La guerre entre South Stream et Nabbuco a nettement tourné à l'avantage de la Russie. Initialement prévu pour 2014. (...) Au Moyen-Orient, l'Iran est un grand producteur de gaz. En juillet 2011, l'Iran, l'Irak et la Syrie ont signé un projet de gazoduc: l'Islamic Gas Pipeline ou «Gazoduc Chiite». Après un temps de réalisation estimé à 3 ans, ce projet devrait permettre à l'Iran d'alimenter l'Irak et la Syrie. Grâce aux ports méditerranéens de la Syrie ou du Liban, il pourrait même alimenter l'Union européenne. Par ailleurs, la Syrie a découvert en août 2011 un vaste champ gazier à Qaraa, près du port de Tartous. Partenaire économique de la Syrie, la Russie pourrait alors jouer un rôle important, non seulement dans l'exploitation de ce gaz, mais aussi dans son exportation vers l'Europe par la mise à disposition de sa flotte en Méditerranée.» (1)

«En 2009, le Qatar avait lui aussi présenté un projet de gazoduc terrestre devant le relier à la Turquie. C'est dans cette optique que le Qatar s'est rapproché en 2010 de la Syrie par un «pacte de défense». Mais cette dernière a ensuite préféré se joindre au projet de Gazoduc chiite. Deux autres puissances régionales sont intéressées par le projet qatari: la Turquie et Israël. La Turquie cherche à diminuer sa dépendance au gaz russe et au gaz iranien. Quant à Israël, il a découvert fin 2010 un énorme champ gazier au large de ses côtes. Il pourrait donc rejoindre le projet qatari pour l'exportation de son gaz vers l'Europe. Ainsi, le Qatar, la Turquie et Israël voient d'un très mauvais oeil la réalisation du gazoduc Iran-Irak-Syrie, complètement indépendant de leurs routes de transit vers l'Europe. (1)

Poursuivant son analyse sur la situation de la Syrie qui connaît des conflits multidimensionnels, Jérôme Henriques écrit: «En Syrie, une guerre directe parait une fois de plus compliquée. Tout d'abord, Bachar al-Assad est soutenu par une majorité de la population. La Syrie compte plusieurs minorités et l'état laïc leur assurait jusqu'ici la paix civile. (..) Quant aux ennemis d'Al Assad, ils n'ont pas toujours les mêmes intérêts dans le conflit. La Turquie soutient les Frères musulmans mais redoute la montée en puissance des Kurdes; le Qatar soutient aussi les Frères musulmans tandis que l'Arabie Saoudite soutient les salafistes; Israël quant à lui redoute peut-être plus la confrérie (le Hamas palestinien est une branche de cette organisation) que le régime actuel qui ne le menace pas directement; enfin, si les Occidentaux ont montré qu'ils pouvaient s'entendre avec certains courants politiques comme les Frères musulmans, leur présence s'est plutôt révélée impopulaire dans la région où ils ont été la cible de nombreuses attaques.» (1)

«Rien de tel conclut Jérôme Henriques dans ces cas-là qu'une guerre indirecte: on économise ses troupes tout en entretenant le chaos à distance, chaos duquel on finira bien par tirer notre épingle du jeu. L'Arabie Saoudite et le Qatar ont reconnu armer les opposants depuis le début. En continuant d'armer l'ASL et en refusant toute négociation avec le régime, l'opposition écarte durablement toute possibilité d'apaisement. L'attaque chimique du 21 août 2013 fait d'ailleurs figure de prophétie auto-réalisatrice (..)Peu importe le manque de preuves, les déclarations de Carla del Ponte (ancienne procureure du TPI, membre de la commission d'enquête en Syrie) où l'arrestation à la frontière turque de membres du Front al-Nosra en possession de gaz Sarin; c'est à mettre une fois de plus sur le compte de Al-Assad.» (1).

Liban: le jeu malsain de Michel Sleiman

Dans la redistribution encore une fois des cartes au Moyen-Orient, le Liban que l'on croyait en dehors des convulsions syriennes se manifeste. Dans un discours adressé à la nation dans la soirée du 29 décembre 2013, le président Michel Sleiman a annoncé une aide saoudienne «exceptionnelle» de trois milliards de dollars destinée à l'Armée libanaise pour l'achat d'armes auprès de l'État français dans les plus brefs délais! Il a conclu son discours par «Vive le Royaume d'Arabie saoudite, Vive le Liban!». Dans ces conditions, la position du président du Liban est pour la première fois un signe d'alignement contre la Syrie. I

brahim Amin al-Amin rédacteur en chef du journal libanais Al-Akhbar, interpelle le général Sleiman par ces propos: «Qu'attend de nous Michel Sleiman? Que nous le remerciions? Que nous levions haut les étendards, son portrait, celui du commandeur de la péninsule arabique, et celui du xénophobe élu président de la France. (...) Ton discours d'hier serait-il la «Déclaration de Baâbda la Saoudite»? Serais-tu devenu le porte-parole du sommet réunissant les plus grands ennemis du Liban, de la Syrie, de la Palestine et de l'Irak? Crois-tu avoir réussi, là où d'autres ont échoué, à convaincre la France et l'Arabie Saoudite de financer et d'équiper l'Armée libanaise afin qu'elle puisse faire face à ceux qui s'attaquent à la souveraineté du pays et à la dignité de son peuple? (...) »

« Comment se peut-il poursuit le journaliste Ibrahim El Amin, que la France de Hollande; cette France haineuse des Arabes et des musulmans, sauf s'ils sont sous sa botte; cette France soumise aux USA tel un gamin indigne de leur confiance; cette France qui a fait de son ambassade au Liban le centre de gestion d'actions éhontées contre l'Humanité; cette France qui se charge de couvrir une grande partie des opérations terroristes en Syrie et qui, sous une forme ou une autre, a mis en branle ses services de renseignements, ses chercheurs, ses diplomates, ses journalistes, etc. partout où elle l'a pu - au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Turquie - pour tout démolir... (...) Contrats conclus afin de renforcer les relations entre les deux pays face à un adversaire commun en Iran, en Irak, en Syrie, et aussi au Liban?»(2)

«Nierais-tu poursuit Ibrahim El Amin, que tu as «bradé» le Hezbollah, en particulier, et que tu es prêt à trouver un arrangement en ce qui concerne la formation d'un gouvernement si ses membres acceptaient la prolongation de ton mandat? Nierais-tu nous avoir inventé un croquemitaine nommé «courroux saoudien» au cas où les choses évolueraient contrairement à la volonté du Royaume? Es-tu satisfait de ta collaboration avec le commandeur de la péninsule qui n'a cure de la vie de dizaines de milliers de Syriens assassinés par les terroristes qu'il a financés, entraînés et armés, et qui te fait l'aumône d'un argent dérobé à son peuple dont un bon tiers vit en dessous du seuil de pauvreté? (...) Peux-tu nous dire où ces armes devraient être utilisées, à moins que tu ne considères qu'il est possible de décharger la colère des coeurs comme ce fut le cas après les massacres de Nahr el-Bared ou alors, serais-tu prêt à approuver le projet du groupe du 14 Mars, qui ne tardera pas à te parvenir, demandant à ce qu'une partie de ces armes soit remise aux Forces de la Sécurité intérieure? Maintenant que dans ton discours aux Libanais tu es allé jusqu'à remercier l'Arabie Saoudite comme si tu étais l'un de ses sujets, il n'y a rien d'autre à te dire que: va-t-en de suite! Quitte le Palais et la Présidence! Sauve ton honneur... va!». (2)

Le Liban a connu pendant le mois de décembre dernier plusieurs attentats liés d'une façon ou d'une autre à la situation en Syrie. «Brusquement, écrit Scarlett Haddad, la situation s'emballe et les développements à la fois politiques et sécuritaires semblent s'accélérer. 2014 commence sur le chapeau des roues, sur une route malheureusement sanglante. (...) tous considèrent que depuis les précédents attentats, le Hezbollah se considère en guerre ouverte contre les takfiristes. L'explosion d'hier n'est donc qu'une nouvelle étape dans cet affrontement qui cherche à noyer dans le sang l'Irak, la Syrie et désormais le Liban. Certains y voient déjà la riposte hâtive à l'arrestation par l'armée libanaise du Saoudien Majed el-Majed, soupçonné d'être «l'émir d'Al Qaîda» au Liban et qui aurait été chargé d'organiser et de structurer les forces de ce mouvement au Liban. (...) De leur côté, les médias du Hezbollah rappellent que le terrorisme est en train de se déplacer d'une région à l'autre et d'un camp à l'autre, pour bien montrer que les auteurs sont les mêmes et ils ont un objectif clair: plonger le Liban dans la discorde confessionnelle...» (3)


La situation actuelle au Liban

Sur le terrain, nous avons la fâcheuse impression que le Liban est en voie d'irakisation rampante qui paraît irrésistible en ce début de nouvelle année. On apprend que les services de renseignements libanais ont arrêté et interrogent depuis quelques jours le Saoudien Maged al-Maged, chef du groupe islamiste Brigades Abdallah Azzam. Maged al-Maged (40 ans) s'était illustré le 19 novembre dernier par les doubles attentats terroristes contre l'ambassade d'Iran à Beyrouth qui avaient fait 25 morts, sachant que les doubles attentats-suicides simultanés sont un des modus operandi d'Al Qaîda. Un responsable du groupe avait alors prévenu sur Twitter que les attentats se poursuivraient au Liban tant que le Hezbollah se battrait en Syrie.»(4)

Curieusement, l'Arabie Saoudite est satisfaite de l'arrestation du Saoudien Maged al-Maged, a déclaré l'ambassadeur saoudien à Beyrouth au quotidien al-Hayat. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Jawad Zarif, a annoncé dans un entretien avec l'agence UPI que l'Iran a décidé d'envoyer une équipe pour aider dans l'enquête sur le double attentat contre l'ambassade d'Iran à Beyrouth».

Nous ne pouvons conclure sans citer René Naba qui dans un exposé magistral a déconstruit «l'humanitaire occidental» et son avatar français qui est de toutes expéditions punitives. Pour lutter contre le fatalisme, il propose au vu des nouvelles connivences de type Arabie Saoudite-Israël, la thérapie suivante pour les Arabes: «(...) Au-delà de la confusion mentale arabe, si bénéfique à ses ennemis, si préjudiciable à sa promotion, il importe de pointer le discours disjonctif occidental si corrosif pour une prise de conscience nationale. Il en est ainsi de la notion d'ingérence humanitaire, moteur des expéditions punitives post-coloniales. (...) » (5)

« L'ingérence humanitaire, poursuit René Naba, sur le plan international, se substitue d'ailleurs souvent à la défaillance interne, dont elle constitue un cache-misère. (...) Une décennie calamiteuse s'achève marquée par la destruction des deux anciennes capitales de la conquête arabe, Baghdad, capitale de l'ancien Empire abbasside, en 2003, Damas, en 2013, ancienne capitale de l'Empire omeyyade, en 2013. Sans le moindre profit, ni pour les Arabes ni pour les musulmans. Il appartient aux Arabes, et non à l'Otan, de livrer leur propre bataille pour la liberté et l'égalité. Pour la dignité et le pluralisme. Aux Arabes de s'opposer à toute dictature républicaine qu'elle soit ou monarchique. De rompre avec la logique de vassalité. Faisons le voeu que surgisse un Mandela arabe pour bannir l'esprit de revanche et la soif de revanche de nos moeurs politiques, par un dépassement des clivages qui tétanisent le Monde arabe par une sublimation de ses différences. Rigueur intellectuelle et exigence morale, civisme et sens de la responsabilité, tels sont les autres voeux formulés à l'ensemble des Arabes, au-delà de leurs clivages, à leurs amis et alliés, afin qu'individuellement et collectivement, ils se prennent en charge par eux-mêmes. De cesser d'être la risée du monde pour en forcer le respect, au terme d'un printemps arabe erratique. En un mot, de prendre en main leur propre destin, de veiller à ce que la Palestine ne soit la grande oubliée du «printemps arabe». (5) Amin!



1. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-syrie-pays-de-tous-les-enjeux-142806


2. http://www.mondialisation.ca/liban-ques-tu-en-train-de-faire-sleiman/5363189


3. Scarlett Haddad http://www.lorientlejour.com/article/849010/degradation-securitaire-et-politique-en-vue.html 03/01/2014


4. http://www.lorientlejour.com/article/849008/larrestation-du-saoudien-maged-al-maged-un-coup-de-maitre-des-renseignements-militaires.html


5. Rene Naba. Faisons le voeu que surgisse un Mandela arabe. Site de l'auteur Janvier 2014


Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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