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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 13:19



 

 

 «Cette civilisation musulmane, maintenant si abaissée, a été autrefois très brillante. Elle a eu des savants, des philosophes. Elle a été, pendant des siècles, la maîtresse de l'Occident chrétien. (...) Y a-t-il eu réellement une science musulmane, ou du moins une science admise par l'Islam, tolérée par l'Islam? Oui; de l'an 775 à peu près, jusque vers le milieu du XIIIe siècle, c'est-à-dire pendant cinq cents ans environ, il y a eu dans les pays musulmans des savants, des penseurs très distingués. On peut même dire que, pendant ce temps, le monde musulman a été supérieur, pour la culture intellectuelle, au monde chrétien»

 

Ernest Renan Conférence prononcée à la Sorbonne, L'Islamisme et la Science, 1883

 

      Une tragédie  à bas bruit est celle subie par les Birmans de confession musulmane. Un  feu mal éteint qui ressurgit d’une façon récurrente. Cette persécution, qui n'intéresse pas les médias occidentaux et même des pays musulmans, est tragique à plus d'un titre: elle repose sur le fait que cette ethnie Rohingyas musulmane est mal vue par les autorités militaires qui la briment. De plus, l'autre ethnie Rakhine bouddhiste majoritaire n'a de cesse de combattre les musulmans au double titre du fait qu'ils sont «étrangers» et qu'ils sont musulmans. Plus de 200 morts, des centaines de blessés et des dizaines de milliers déplacés fuyant leurs maisons et préférant vivre sous des tentes. Des centaines de moines bouddhistes ont défilé dimanche 2 septembre en Birmanie pour approuver l'idée, évoquée par le président birman Thein Sein, que les Rohingyas, une minorité musulmane, soient expulsés du pays ou groupés dans des camps.


Qui sont ces hommes et ces femmes birmans qui ont choisi l'Islam?

 

La Birmanie regroupe, en sus de la majorité birmane de souche, plus de 130 minorités ethniques avec leurs langues et leurs cultures propres. Sept «races nationales» sont reconnues par le gouvernement: Shans, Môns, Karens, Karenni, Chins,Kachin (Jingpo), Rakhine (Arakan). L'hétérogénéité de cette population est à l'origine des nombreux problèmes intercommunautaires qu'a connus le pays, notamment les attaques des forces de sécurité infligées aux musulmans, les Rohingyas en particulier en 2012 devant un silence international. Le bouddhisme en Birmanie est pratiqué par 89% de la population. Le christianisme est pratiqué par 4% de la population. L'Islam, principalement sunnite, est pratiqué par 4% de la population Cependant, selon le rapport des libertés religieuses internationales de 2006 du secrétariat d'État des États-Unis, les populations non-bouddhistes dans le recensement ont été sous-estimées. Les dirigeants musulmans estiment que 20% de la population peut être musulmane. Les musulmans sont divisés en Indiens, Indo-Birmans, Persans, Arabes, Panthays et Rohingyas. L'hindouisme est principalement pratiqué par les Indiens birmans. Le gouvernement militaire a révoqué la citoyenneté des musulmans Rohingya de Rakhine. De telles persécutions ciblant des civils est particulièrement notable en Birmanie de l'est, où plus de 3000 villages ont été détruits ces dix dernières années. L'été 2012 a été marqué par une nouvelle flambée de massacres de musulmans(1).



Les violences  ethniques et religieuses récurrentes

 

  Les musulmans birmans sont continuellement brimés. «Une nouvelle vague de violences, lit-on sur France 2, entre membres de l'ethnie bouddhiste rakhine et musulmans rohingyas a fait au moins 20 morts dans l'ouest de la Birmanie depuis le 21 octobre. L'ONU s'inquiète du sort des 75.000 civils qui ont dû fuir. Après quelques semaines d'accalmie, les violences entre bouddhistes et musulmans ont repris de plus belle (...) Les affrontements ont repris dans plusieurs zones de l'Etat rakhine, y compris dans des villages difficiles d'accès d'où les bilans mettront du temps à parvenir aux autorités. (...) «L'ONU est très inquiète suite aux informations sur une reprise des conflits intercommunautaires dans plusieurs endroits de l'Etat Rakhine, qui ont fait des morts et forcé des milliers de personnes, y compris des femmes et des enfants, à fuir leurs maisons», a déclaré le chef des Nations unies à Rangoun, Ashok Nigam, réclamant un «accès inconditionnel» aux deux communautés.(...) Les principales organisations musulmanes du pays ont annulé les célébrations de l'Aïd Al-Adha du 26 octobre. Les 800.000 Rohingyas de Birmanie, confinés dans l'Etat Rakhine, sont privés de nationalité et sont considérés par les autorités comme des immigrés illégaux du Bangladesh voisin». Pour Chris Lewa, responsable de l'ONG The Arakan project, qui défend les Rohingyas. «Il semble qu'il y ait une volonté d'éliminer les Rohingyas de toutes les communes où ils sont minoritaires, dans le prolongement de ce qui s'est passé à Sittwe».(2)
Le Bangladesh voisin musulman ferme sa frontière aux musulmans fuyants. Cela n'a pas empêché l'OCI de se fendre d'un communiqué appelant le Conseil de sécurité de l'ONU à sauver d'un génocide la minorité musulmane rohingya de Birmanie, considérée comme l'une des plus persécutées du monde. Rangoun avait refusé mi-octobre l'ouverture d'une représentation de l'OCI en Birmanie.(3)

 

  Il semblerait d'après le journal Le Figaro que les musulmans birmans paient le prix de leur allégeance «leur drame, lit-on, est d'avoir servi de supplétifs à l'armée britannique lors de sa conquête de la Birmanie au XIXe siècle. Considérés comme des traîtres, ils sont tyrannisés depuis l'indépendance en 1948». C'est en quelque sorte des collabos, voire des harkis. Avec de plus, une manipulation possible «les dernières convulsions dans l'Arakan pourraient aussi être orchestrées par le régime birman pour forcer Aung San Suu Kyi, à faire des déclarations impopulaires. Aung San Suu Kyi, qui entame une tournée européenne, risque de diviser les rangs dans son parti.»(4)


La mise en garde  des humanitaires

 

Les humanitaires, il faut leur rendre hommage , n'ont pas cesser d'alerter l'opinion publique internationale .Nous lisons dans une contribution: «Le gouvernement [birman] aurait pu arrêter ça»: dans un rapport très critique publié mercredi 1er août, l'organisation Human Rights Watch (HRW) accuse les forces de sécurité birmanes de «meurtres, viols et arrestation de masses» à l'encontre de la minorité musulmane des Rohingyas. Considérée par les Nations unies comme la communauté la «plus persécutée au monde», cette minorité musulmane est de longue date dépourvue de tous ses droits: Leurs déplacements sont limités, ils font face à des difficultés constantes pour se marier, pour envoyer leurs enfants à l'école, pour aller à l'université. Le responsable pour l'Asie de Human Rights Watch, Brad Adams, estime que l'amélioration de l'image de la Birmanie depuis le processus en cours de démocratisation constituent paradoxalement un obstacle à la mobilisation internationale: «Si les atrocités qui ont eu lieu s'étaient produites avant le processus de réformes la réaction internationale aurait été prompte et vigoureuse», estime-t-il. «Mais la communauté internationale semble aveuglée par un éclairage romantique du grand changement qui serait en train d'advenir en Birmanie et l'on signe de nouveaux accords commerciaux et lève des sanctions alors même que les exactions continuent»(5)

 

Benjamin Zawacki, chercheur sur le Myanmar à Amnesty International a déclaré le jeudi 19 juillet «le Myanmar a non seulement allongé la litanie des violations des droits humains infligées aux Rohingyas,(...) Les besoins humanitaires et relatifs aux droits humains des personnes touchées par les violences dépendent de la présence d'observateurs et d'organisations humanitaires a-t-il poursuivi, «les autorités aggravent la situation et exacerbent la souffrance des personnes déplacées en raison des violences». Par ailleurs, Amnesty International invite le Parlement du Myanmar à modifier ou abroger la Loi relative à la citoyenneté de 1982, qui condamne les Rohingyas à être apatrides.(6)


La position énigmatique du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi

 

Décidément, les prix Nobel de la paix ne sont pas synonymes souvent de désir de paix. Souvenons nous de John Steinbeck prix Nobel de littérature qui faisait l’apologie due la guerre au Vietnam, d’Elie Weisel et de Barak Obama.. C'est au plus, un mécanisme de la doxa occidentale de pression pour changer l'ordre des choses en donnant une visibilité à une personne pour combattre une autre au nom de l'intérêt supérieur de l'Occident. C'est le cas, le croyons- nous de l'indifférence, voire de l'opportunisme de Aung San Suu Ky, encensée en Occident, qui ne prend pas position dans son pays pour la paix et la protection et une partie du peuple birman. Mieux, elle abonde dans le sens qui veut que cette ethnie est étrangère.

 

«Un programme systématique lit-on sur le journal La Croix, de nettoyage ethnique des musulmans Rohingyas les prive de leurs droits fondamentaux (liberté de mouvement, citoyenneté, éducation, accès à la propriété, etc.). Selon les rapports, depuis le 28 juin, 650 musulmans rohingyas ont été assassinés, 1 200 sont portés disparus, plus de 2 500 maisons ont été incendiées et plus de 90.000 personnes ont été déplacées. Assassinats et viols sont perpétrés dans l'impunité. Les mosquées et des villages entiers sont brûlés. Ces exactions menées sur les 800 000 rohingyas résidant encore dans leur pays d'origine constituent un véritable génocide.

 

Aucun groupe humanitaire n'a accès aux réfugiés rohingyas. (...) Malheureusement, le prix Nobel de la paix, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi ne voit ni n'entend la détresse des musulmans rohingyas. Peut-être a-t-elle oublié ses propres paroles sur la démocratie et les droits de l'homme?: «La lutte pour la démocratie et les droits de l'homme en Birmanie est une lutte pour la vie et la dignité». Il est également à déplorer le silence assourdissant de la communauté internationale, en particulier des Etats-Unis et des pays occidentaux pourtant fort attachés au respect des droits de l'homme... Les bouddhistes prétendent prêcher la philosophie du pacifisme et voila qu'ils s, y mettent eux aussi à massacrer des musulmans avec une imagination débordante digne des pires films d'horreur hollywoodiens Ce qui est cocasse, c'est cette manifestation de moines bouddhistes pour l'expulsion des musulmans de Birmanie.»(7)

 

Tout le monde s'y met, il y a dit-on un unanimisme qui touche toutes les strates de la société birmane: «Depuis quelques jours, écrit Florence Compain, les réseaux sociaux birmans se déchaînent contre les «Kalar», ces étrangers à la peau sombre. (...) Les diplomates birmans ou les vedettes de cinéma ne sont pas en reste: les Rohingyas sont, tour à tour, décrits comme «vilains comme des ogres» ou «noirs, bedonnants et velus». (...) En réagissant sur ce sujet très sensible, Aung San Suu Kyi, qui entame une tournée européenne depuis mercredi, risque de diviser les rangs dans son parti. Quant aux Rohingyas, ils sont décidément damnés: des gardes-frontières bangladais ont renvoyé, lundi huit embarcations transportant 300 de ces parias qui fuyaient les violences.»(8)


Dans toutes ses déclarations, Aung San Suu Kyi a esquivé des questions sur le sort de la minorité musulmane, «politiquement, Aung San Suu Kyi n'a absolument rien à gagner à ouvrir la bouche sur ce sujet.» L'ancienne opposante a déçu ses partisans à l'étranger avec sa réaction en demi-teinte aux violences ethniques. Elle renvoie, en effet, dos à dos les communautés bouddhiste et musulmane. Interrogée par la télévision indienne, l'ex-dissidente birmane a déclaré ne pas s'être exprimée jusque-là au nom de la minorité musulmane des Rohingyas qui vivent des deux côtés de la frontière, dans une volonté de promouvoir la réconciliation après les violences. Aung San Suu Kyi a qualifié d' énorme tragédie internationale les violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans.

Elle explique cependant les violences par l'émigration! Décidément, sur ce chapitre, rien ne la distingue de Marine Le Pen. «N'oubliez pas que les violences ont été commises par les deux camps, c'est pourquoi je préfère ne pas prendre position et je veux aussi travailler à la réconciliation», a déclaré la prix Nobel de la paix. «Y a-t-il encore beaucoup d'immigration illégale via la frontière (avec le Bangladesh). Nous devons y mettre un terme sinon le problème n'aura jamais de fin», a-t-elle ajouté. «Il y a des querelles sur le fait de savoir s'ils sont de vrais citoyens en vertu de la loi ou s'ils sont arrivés en tant que migrants du Bangladesh», a-t-elle dit. «La plupart des gens semblent penser qu'il n'y a qu'un seul pays impliqué dans ce problème frontalier. Il y a deux pays. Il y a le Bangladesh d'un côté et la Birmanie de l'autre et la sécurité à la frontière est sans aucun doute de la responsabilité des deux pays», a estimé Aung San Suu Kyi.(9)

 

On le voit, Aung San Suu Kyi, est prudente, elle ne veut pas compromettre sa carrière pour des gens honnis par les autres Birmans et les Bouddhistes de la religion à laquelle elle appartient. «Elle refuse, lit-on sur le journal La Croix, de s'engager de peur de prendre parti, dit-elle. Mi-novembre, elle a évoqué des «passages illégaux» à la frontière du Bangladesh. Une expression immédiatement considérée par U Kyaw Min comme favorable aux Arakanais, qui se plaignent de la pression migratoire musulmane. «Elle veut faire plaisir aux électeurs arakanais, juge amèrement cet ancien prisonnier politique rohingya. Pour le moment, elle ne s'intéresse pas aux droits de l'homme, mais au fauteuil de la présidence de la Birmanie.» Tout est dit. Il ne faut pas compromettre les chances d'être présidente.(10)

 

Les musulmans sont persécutés dans toute l'Asie du Sud-Est. En Thaïlande où il ne fait pas bon être musulman. Au Cambodge, Pol Pot avait dit-on quasiment éradiqué l'islam. Une bonne partir des 2 millions de tués étaient musulmans. Cette haine est liée au fait que l'islam s'est imposé en Asie du Sud-Est sans aucune violence, uniquement par la propagation par les commerçants musulmans indiens gujratis. Paradoxalement, aujourd'hui, la plus grande communauté musulmane est asiatique. Les musulmans birmans sont damnés. Peuple abandonné par tous, il finira, à Dieu ne plaise,  par disparaître ou à se convertir au bouddhisme sans pour autant être assuré de survivre, il  ya aussi un problème ethnique ..au XXIe siècle…

 

1.Les musulmans birmans. Encyclopédie libre Wikipédia

2. http://www.france24.com/fr/20121025-birmanie-violences-interreligieuses-morts-ouest-pays-musulmans-bouddhiste-rakhine-deplaces-onu3.http://www2.irna.ir/fr/news/view/line-96/1211177610155920.htm International. OCI.

4. http://www.lefigaro.fr/international/2012/06/11/01003-20120611ARTFIG00723-la-birmanie-martyrise-sa-minorite-musulmane.php
5.http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/08/01/birmanie-hrw-denonce-les-exactions-contre-les-rohingyas_1740960_3216.html
6.http://www.amnesty.org/fr/news/myanmar-rohingya-abuses-show-human-rights-progress-backtracking-2012-07-19
7.http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/En-Birmanie-des-moines-demandent-l-expulsion-des-musulmans-Rohingyas-_NG_-2012-09-03-849120
8.Florence Compain La Birmanie martyrise sa minorité musulmane Le Figaro 11/06/2012
9.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/birmanie-aung-san-suu-kyi-denonce-pour-la-premiere-fois-les-violences-communautaires_1187645.html
10. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Birmanie-l-impossible-reconciliation-entre-bouddhistes-et-musulmans-_EG_-2012-12-05-884058

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

 

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