Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:23


 

 

«Une nation dont le peuple est incapable de concevoir l'avenir est condamnée à périr.»

 

Miyamoto Musashi, un samouraï du XVIe siècle:

 

Un scoop s'il en est! Desertec qui devait amener les lumières à la région Mena (Afrique du Nord,Moyen-Orient) a décidé de jeter l'éponge en abandonnant ce projet pharaonique qualifié pour certains d'un retour du colonialisme sous couvert d'éco-économie avec ce fameux slogan trompeur winn-winn. Nous allons dans ce qui suit expliquer ce qui a conduit ce consortium à arrêter l'aventure de l'électricité saharienne sans que des signes avant-coureurs ne soient apparus, si ce n'est peut-être le retrait de la multinationale Siemens du groupe en novembre dernier.

Qu'est-ce que Desertec? (Desertec International Initiative)


C'est une initiative au départ typiquement allemande qui avait pour objectif de couvrir les besoins de ce pays à l'horizon 2050. Ces besoins remontaient dans la stratégie initiale à 15% que l'Allemagne se devait d'importer de deux sources possibles: soit de la Finlande à partir de l'électricité d'origine hydraulique, soit à partir du «Sud» à partir du renouvelable (solaire et éolien) du Sahara. Le scénario DP 2050, suppose un bouleversement du mix énergétique actuel des pays concernés.

 

L'Europe, pour sa part, s'etait fixé comme objectif, une part de 20% des énergies renouvelables dans son mix énergétique d'ici 2020, dans le cadre du paquet énergie-climat.
Desertec représente la vision d'un approvisionnement énergétique durable dans les déserts du monde entier. DII compte toujours des partisans, dont le conglomérat allemand RWE, qui souhaite étendre son secteur de l'énergie renouvelable. Au Maroc, le pays maghrébin qui soutient le plus Desertec, RWE négocie actuellement avec des partenaires afin de créer une coalition, la première étape d'un projet de construction de centrales photovoltaïques et d'éoliennes de 50 MW dans le royaume.(1)


Le Royaume du Maroc bénéficiaire de l'expertise de Desertec

 

Il y a trois semaines nous avons pris connaissance de la Déclaration Paul Van So P-DG de DII sur le lancement de la construction d'une centrale solaire à Ouarzazate: «Nous sommes ravis d'assister au lancement de la construction de la première usine de 160 MW de l'énergie solaire... Cet événement marque un jalon important non seulement dans le développement du plan solaire marocain ambitieux, mais aussi dans sa transition du concept à la réalité, le développement d'actifs de production d'énergie renouvelable à l'échelle des services publics dans la région Mena» Dans ce cadre une étude de stratégie énergétique prévoit que d'ici 2050, la demande marocaine en électricité domestique pourrait atteindre 130 t Wh. En plus d'une forte dépendance aux énergies fossiles, le Royaume importe 20% de sa consommation d'électricité. Selon l'étude de DII, les différents projets vont créer une croissance interne et de nouveaux postes d'emploi.

 

«Le Maroc pourrait se concentrer dans un premier temps sur la fabrication de composants relativement simples et multi-usages», recommandent les experts. Il s'agit plus exactement de câblages électriques pour les éoliennes et les structures support pour les panneaux photovoltaïques. Le rapport démontre que chaque milliard d'euros investi dans les différentes variantes des énergies renouvelables offre d'importantes perspectives d'emploi. Ainsi, pour le termo-solaire (CSP) par exemple, qui est la technologie utilisée pour la centrale d'Ouarzazate, 35.000 emplois seront créés annuellement. Les plus importantes créations se feront dans le secteur de la construction, dans les mines (pour les miroirs), dans la métallurgie (structure de fixation et tubes) et dans le secteur des équipements électroniques. Pour sa part, le photovoltaïque devra générer 23.000 emplois répartis équitablement entre la construction, la métallurgie et les équipements. Toutefois, la technologie qui est supposée drainer le plus d'emplois est l'éolien (46.000 postes). Il est question de production de nacelles, de mâts, de vis, de générateurs d'électricité et de pales d'éoliennes. Cependant, l'étude de Desertec se base sur une hypothèse de taux d'intégration à 60%.» (2)



Le revirement de l'Allemagne

 

Pourtant, les experts mettent l'accent de plus en plus sur la compétitivité du solaire. Pour les experts de Globaldata, c'est dès 2014 que le prix de l'électricité produite par certains projets solaires américains sera équivalent à celui de sources d'énergie conventionnelles (charbon, centrales à cycle combiné ou nucléaire). Et cette «parité réseau» devrait concerner l'ensemble du territoire américain d'ici à 2017. L'évolution en Chine pourrait être comparable, avec une parité réseau dans la plupart des régions à partir de 2015 ou 2016. A eux cinq, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, ils ont pour la première fois, en 2012, consommé autant d'électricité que les sept pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Canada, Italie), selon une étude... L'an passé, les Brics ont consommé 6.800 térawattheures, soit autant que le G7, alors que leur consommation avoisinait les 3.000 térawattheures en 2002. Le besoin de courant semble néanmoins ralentir un peu: la croissance de la demande d'électricité des cinq pays a été de 5% l'an passé, contre 8% en moyenne depuis 2000.

 Le problème c'est que Desertec, outre des problèmes importants de financement, avait en face au Sud des pays aux politiques énergétiques confuses. Les objectifs en termes de capacités installées des programmes nationaux des pays du Maghreb sont loin d'atteindre les 388 GW prévus par le scénario DP 2050, à moins que le rythme d'investissement dans les EnR dans ces pays s'accélère de façon considérable durant la période 2030-2050. Ce qui est loin d'être le cas. De plus, les responsables reconnaissent que l'Europe peut fournir l'essentiel de son énergie.

 

«Il y a trois semaines lit-on dans une publication d'«Eur'Activ», Desertec inaugurait une station solaire au Maroc, trois semaines plus tard elle annonce qu'elle abondonne tout le projet de Desertec. L'initiative industrielle Desertec (Dii) a abandonné sa stratégie d'exportation d'énergie solaire du Sahara vers l'Europe, ce qui anéantit les espoirs du Vieux Continent d'augmenter la part d'électricité renouvelable à l'aide d'approvisionnements externes bon marché. Lors d'un entretien téléphonique avec EurActiv, le P-DG de DII, Paul van Son, a reconnu que l'approche initiale du projet sur l'exportation représentait une «vision unidimensionnelle». Même si l'alliance industrielle a été créée afin d'accroître l'approvisionnement en énergie renouvelable au Maghreb en vue de contribuer à 20% de la demande européenne en électricité d'ici 2050, DII admet à présent que l'Europe peut subvenir à la plupart de ses besoins localement. «Si nous parlons d'énergie renouvelable d'Afrique du Nord, seule une petite partie sera en fin de compte acheminée vers le marché européen», a déclaré M.van Son. Il a ajouté que le marché européen pourrait fournir jusqu'à 90% de sa propre demande en électricité. «Honnêtement, il y a quatre ans, l'acheminement de l'énergie depuis l'Afrique du Nord était la raison d'être de Desertec. Nous avons abandonné cette vision unidimensionnelle. Il s'agit à présent de créer des marchés intégrés dans lesquels l'énergie renouvelable apportera ses avantages [...] C'est l'objectif principal», a-t-il indiqué. Desertec abandonne ses projets d'exportation d'énergie solaire du Sahara.» (3)


Les détracteurs et les causes objectives de l'abandon

 

Dés le départ, le consortium eut affaire à des détracteurs. Certains pays mirent en place un projet concurrent, c'est le cas du Transgreen dont on ne connaît pas pour le moment la finalité maintenant que Desertec a abandonné son projet. De plus, Les détracteurs de Desertec mettent en doute la viabilité d'un projet de 400 milliards d'euros qui vise à produire 100 GW d'ici 2050. Les doutes se sont accentués lorsque l'actionnaire fondateur Siemens s'est retiré de l'initiative en novembre 2012. Des acteurs du secteur européen de l'électricité doutent du modèle d'entreprise initial de DII. Ils affirment que son approche sur l'exportation est incompatible avec l'interconnectivité actuelle du réseau entre le Maghreb et l'Europe, et au sein de l'Europe elle-même. Ils ajoutent que le marché éprouve déjà des difficultés à intégrer une capacité supplémentaire d'énergie renouvelable. «Nous manquons toujours de lignes et de capacités pour l'exportation à un niveau très élémentaire», selon Susanne Nies, (...) «Il est difficile d'affirmer que l'UE a besoin de capacité supplémentaire de SER [source d'énergie renouvelable]», a-t-elle poursuivi. Paul van Son souhaite que Desertec se concentre sur les effets de synergie. Il affirme que le chemin est encore long avant l'intégration du marché de l'électricité en Europe, mais précise que des arguments commerciaux convaincants peuvent être avancés. L'engagement entre l'Algérie et DII en faveur d'une centrale solaire à concentration (CSP) ne s'est pas matérialisé.» (3)

 

Susanne Nies, directrice du département de politique énergétique à Eurelectric, l'association qui représente le secteur européen de l'électricité, y voit une autre cause celle des rythmes de production. Pour elle, l'Europe consommera de moins en moins d'électricité nouvelle, nous l'écoutons: «En termes de consommation d'électricité, le monde est actuellement divisé en deux. D'un côté, les économies émergentes (la Turquie, le Brésil, la Chine, l'Inde, etc.) connaissent une croissance impressionnante et rapide de 8 à 10% par an dans la consommation d'électricité. L'Afrique du Nord et l'Afrique dans son ensemble font en fait, partie de cette tendance. De l'autre côté, le monde de l'Ocde, dont l'UE, prévoit des tendances négatives de consommation d'énergie jusqu'en 2020. La récession persistante, les changements démographiques et l'amélioration de l'efficacité énergétique sont à l'origine [de cette situation], même si l'électrification devrait augmenter.» (3)


Les autres causes: la politique énergétique nébuleuse de l'Europe

 

Ceci étant dit, les changements climatiques ne sont plus une priorité de l'Europe. Sa hantise est la compétitivité de ses entreprises polluantes ou pas. D'ailleurs, à l'instar des Etats-Unis, les lobbys pétroliers sont en passe de gagner la bataille des gaz de schiste par le revirement prévisible de l'Europe au nom de la compétitivité. Nous lisons cette contribution qui prend le contrepied de la déclaration des responsables de Desertec, du journal Le Monde: «(...) Quant à la Commission européenne, elle s'est longtemps contentée d'aborder la question sous l'angle de la concurrence et du réchauffement climatique. Or, sur fond de crise et de chômage massif, la lutte contre le dérèglement climatique est reléguée au second plan. Les instruments développés par les Européens, comme le système d'échange des permis de polluer qui a vu l'effondrement des prix du carbone, montrent de surcroît leurs limites. Les Vingt-Sept se sont engagés à tirer 20% de leur consommation d'énergie des renouvelables d'ici à 2020, et sont en passe d'y parvenir. Cependant, les détracteurs des éoliennes et des panneaux solaires dénoncent le coût de ces productions et leur caractère irrégulier. (...) «L'Europe risque de devenir le seul continent à dépendre d'énergie importée, a averti le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. En 2035, notre dépendance sera supérieure à 80% et cela va avoir des conséquences pour la compétitivité de nos entreprises.»» (4) 

 

Chacun a en esprit le scoop de l'AIE, à savoir, que les Etats-Unis vont bouleverser durablement le marché de l'énergie en créant un «choc d'offre». Pour l'économiste Thomas Porcher, il n'y a pas de danger: «Selon ses prévisions, les Etats-Unis deviendront le premier producteur de brut entre 2017 et 2020, et exportateur net en 2030. Par conséquent, l'augmentation de la production américaine de pétrole entraînerait un déplacement du centre de gravité mondial de la fourniture d'énergie du Moyen-Orient aux Etats-Unis et redistribuerait les cartes au niveau géopolitique. L'offre de pétrole au niveau mondial s'est mise à augmenter et la part de l'Opep est passée de 55% en 1973 à moins de 30% en 1985. La structure de l'offre mondiale ressemblait fortement à celle anticipée.» (5)

 

Pour Thomas Porcher qui croit en le rôle stabilisateur de l'Opep: «La situation historique a toujours conféré à l'Opep un rôle géopolitique majeur au niveau mondial est le fait d'être la seule organisation capable de jouer le rôle de swing supplier, de producteur capable de remplacer la production de tout autre pays qui viendrait à manquer. (...) Or, la plupart des pays hors Opep produisent à pleine capacité et ne disposent pas de marges de production suffisantes et directement mobilisables pour exercer un pouvoir sur le marché. (...) Dans ces conditions, il est à parier que même si les Etats-Unis augmentent fortement leur production, ils ne deviendront pas le centre de gravité mondial de l'énergie, car, en cas de tensions géopolitiques, d'incertitude ou de flambée des prix du brut, la seule organisation capable de modifier significativement l'offre mondiale de pétrole restera l'Opep.» (5)

 

On l'aura compris, on compte sur l'Opep quand il y a problème et les prix du pétrole sont ceux que les pays occidentaux veulent bien payer indépendamment des manipulations des prix qui ne sont jamais absentes. Dans tout ce «remue-méninges» sur la façon de s'en sortir, les rentiers de l'Opep planent: «Ils ont affiché leur sérénité face au bond de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, mais ce phénomène risque, selon des experts, d'exacerber les rivalités au sein du cartel dont les membres seront diversement affectés. «L'Opep sera là longtemps après le pétrole de schiste», a lancé le secrétaire général de l'Opep, qui s'est réunie vendredi à Vienne et a maintenu à cette occasion son plafond de production à 30 millions de barils par jour (soit un peu plus du tiers de l'offre mondiale), a relativisé ce phénomène. «Je ne pense pas que ce soit une grande menace» pour le cartel, a déclaré M.El-Badri. «C'est un nouvel ajout au bouquet énergétique et nous le saluons», a-t-il ajouté». (6)

 

Quel malheur pour les peuples rentiers que de lire dans les boules de cristal et de faire dans l'auto-assurance sans préparer l'avenir!! Desertec est venu, il est parti, les pays maghrébins eco-colonialisme ou pas se retrouvent démunis pour n'avoir pas préparé l'avenir et n'avoir pas mutualisé leurs moyens, ils continueront à servir de variables d'ajustement de stratégies décidées ailleurs. Ainsi sera le destin de ceux qui errent sans prise sur le futur.

1. http://www.scoop.it/t/acteurs-de-la-transition-energetique 


2.http://www.leconomiste.com/article/907055-energies-renouvelablesles-opportunit-s-pour-les-entreprises


3.http://www.euractiv.com/node/528166?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=b520586861newsletter_infos_de_la_semaine&utm_medium=email&utm_term=0_bab5f0ea4e-b520586861-245437701  Published 31 May 2013

 

4. http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/21/les-vingt-sept-face-a-un-risque-accru-de-dependance-energetique_3411997_3234.html


5. http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/26/pourquoi-le-gaz-de-schiste-americain-ne-changera-pas-la-donne-mondiale_3417715_3232.html


6. http://lexpansion.lexpress.fr/economie/l-opep-face-au-choc-du-petrole-de-schiste-americain_387581.html

 

Professeur Chems eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Partager cet article

Repost 0

commentaires