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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 19:45


«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient»

Jacques Chirac ( ancien président de la République française)

Ça y est ! La conférence de Lima s'est achevée sur une demi-victoire - il n'y a pas de recul sur la nécessité de combattre les changements climatiques, c'est aussi un échec car il n'y a aucune avancée significative de ce que Ban Ki-moon a présenté comme une victoire, le fameux fonds d'aide aux PVD pour lutter contre les changements climatiques était acquis avant Lima. De plus, c'est un coup d'épée dans l'eau car avec 100 milliards de dollars c'est une goutte d'eau dans l'océan des besoins. Retenons que le seul budget de la publicité (la glorification de l'éphémère) est de l'ordre de 500 milliards de dollars aux Etats-Unis. Pour rappel, il faut savoir que le coût de l'inaction va générer.

Il eut été plus louable de ne pas polluer pour ensuite essayer de bricoler des parades contre la furie des changements climatiques. Il faut savoir que les dégâts occasionnés dans les PVD par les changements climatiques sont sans commune mesure avec ceux subis par les pays développés. De plus et c'est le plus grave, si les morts se comptent sur les doigts pour chaque catastrophe dans les pays riches, il faut savoir que le prix humain payé par les PVD est de 10 à 50 fois plus important. En 2012, les pertes liées aux catastrophes naturelles ont atteint le montant de 318 milliards de dollars. En 2012, le typhon Bopha a fait plus de 1900 victimes aux Philippines.

Parmi les autres conséquences des changements climatiques, nous avons les réfugiés climatiques qui s'ajoutent aux réfugiés de la faim et des guerres. L'ambivalence occidentale est vue d'un côté, on pollue sans compter, de l'autre, on distribue des miettes aux PVD pour lutter contre les changements climatiques (100 milliards de dollars) par an jusqu'en 2020.

L'OMS pèse sur le débat climatique

Nous pouvons être sûrs que cet argent va servir à des conférences, des débats, des rapports, voire des honoraires des spécialistes et il ne restera rien de tangible aux PVD pour construire des parades contre l'érosion des sols, l'envahissement de la mer, la mise en place de nouvelles constructions qui résistent... Tant que le problème des changements climatiques est vu d'une façon fragmenté chacun se débrouillant tout seul, il n'y a aura pas d'issue. Les grands s'agitent parce que le coût de l'inaction commence à peser. Les dégâts annuels deviennent de plus en pesants pour les pays du Nord qui commencent à avoir des difficultés financières - non technologiques- pour y répondre. Les pays du Bric ont un problème de timing imposé par le développement qu'ils pensent nécessaire.

Il ne faut pas croire que les changements climatiques ce n'est que les inondations, tsunamis, vagues de chaleur, sécheresses et autres calamités immédiates, c'est aussi un problème de mort lente en différé qui se voit par une dégradation lente mais inexorable de la santé des populations. Ainsi, à titre d'exemple, la mauvaise qualité de l'air en Chine coûtera cher au pays dans un proche avenir.

Les conditions météorologiques extrêmes, la famine et la pollution de l'air sont autant de facteurs à l'augmentation sans changement climatique de morts. Les conséquences de santé publique drastiques du changement climatique pourraient fournir à l'ONU l'élan dont elle a besoin pour se faire entendre sur une nouvelle série d'objectifs climatiques ambitieux en 2015. Toutefois, les critiques ne sont pas convaincus.

Sir Nicholas Stern, professeur à la LSE, a déclaré lors d'une conférence récente que la santé «pourrait être l'une des clés de la sensibilisation aux questions de climat». Le spécialiste estime que la question prend de l'élan politique en Chine, où les maladies respiratoires causées par une mauvaise qualité de l'air pourraient coûter au pays jusqu'à 10% de son PIB d'ici à 2030. Deux siècles d'hydrocarbures brûlants de façon intensive ont eu un impact majeur sur la qualité de l'air, et des quelque 7 millions de décès dans le monde liés à la mauvaise qualité de l'air en 2012, près de la moitié est produite en Asie.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le coût total du préjudice causé à la santé publique par le changement climatique s'élèvera entre 2 et 4 milliards de dollars par an d'ici à 2030. L'organisation estime également que la malnutrition, le paludisme, la diarrhée et le stress causés par des températures élevées pourraient être responsables encore de 250 000 décès dans le monde entre 2030 et 2050. Naturellement, l'OMS est critiquée et un rapport britannique parle d'exagération. Leur principale critique est que la recherche de l'OMS n'a pas tenu compte de la capacité des populations à s'adapter au changement climatique, en particulier à la hausse du niveau des mers. (1)


Les pays du Sud une fois de plus déçus

Selon une dépêche de l'AFP, les pays du Sud exigeaient que les «contributions nationales» comprennent aussi des actions d'adaptation au réchauffement et des soutiens financiers à leur égard, deux points mentionnés dans l'accord, sans pour autant faire l'objet d'obligations. Le groupe Afrique, les petits Etats insulaires, l'Arabie saoudite, les Philippines, le Brésil avaient fortement insisté pour que l'adaptation puisse faire partie des contributions. Le Sud réclamait aussi, sans succès, des précisions sur les canaux de financement qui doivent permettre d'arriver à 100 milliards de dollars d'aide en 2020 et qui restent flous. (2)

«Les lignes rouges ne sont malheureusement pas évoquées», a également lancé le représentant de la Malaisie au nom d'un large groupe de pays en développement. «Les contributions doivent tenir compte de l'adaptation» au changement climatique, a-t-il plaidé sur un ton très ferme. En vue de l'accord de fin 2015, qui entrera en vigueur en 2020, les engagements des pays doivent être annoncés si possible d'ici le 31 mars ou bien avant la COP de Paris. Cela permettra de mesurer l'effort global par rapport à l'objectif de limiter la hausse du thermomètre de la planète à 2°C. Les contributions nationales doivent permettre une baisse globale des émissions de 40 à 70% d'ici à 2050: une nécessité absolue pour parvenir à ne pas dépasser le seuil de 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle. (2)


L'avènement d'une conscience pour la justice climatique

Les pays développés veulent agir sur une base volontaire, les pays en développement veulent des engagements financiers plus élevés avant de se prendre les mesures nécessaires sur la réduction de leurs émissions. A ce titre Susann Scherbarth, de l'association «la justice climatique» et militant de l'énergie de l'ONG des Amis de la Terre, a déclaré: «Nous devons dire la vérité - la progression est pitoyable et ne nous a pas donné l'ampleur de l'urgence planétaire. Les gouvernements du monde sont loin d'un accord équitable et suffisant pour lutter contre le changement climatique mais la vérité est que l'Europe et d'autres pays industrialisés sont à l'origine de l'injustice climatique. Les gens à travers le monde, en particulier les plus pauvres, souffrent déjà de l'évolution du climat, les gouvernements des pays riches refusent encore de quitter l'énergie sale et embrasser un avenir propre et renouvelable», a déclaré Scherbarth. (2)

Du fait de la responsabilité des pays industrialisés, l'idée qu'il faille rendre justice aux victimes des changements climatiques dans les PVD se fait jour. Sécheresses, inondations et autres phénomènes climatiques extrêmes ont notamment des effets dévastateurs sur la faim dans le monde. Il est temps de changer le cours des choses! «Les solutions sont là, les impacts du réchauffement se multiplient et les gouvernements ne font pas assez»,dénonçait Winnie Byanyima, directrice générale d'Oxfam international, lors de la marche climat organisée à New York, le 21 septembre, en amont du Sommet des chefs d'Etats sur le changement climatique. Aider à financer l'adaptation des pays en développement aux conséquences du changement climatique en contribuant à hauteur d'un milliard au Fonds Vert pour le climat; réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55% d'ici à 2030 par rapport au niveau de 1990 (conformément aux recommandations du Giec). Encourager l'utilisation d'énergies durables et renouvelables à hauteur de 45%. Mettre un terme aux subventions directes et indirectes aux projets énergétiques polluants; réaliser 40% d'économies d'énergie d'ici à 2030.(3)

Le réchauffement climatique a un impact direct sur les conditions météorologiques extrêmes de plus en plus, ainsi que l'accès des plus pauvres à la nourriture du monde. Les échecs de la désertification et des cultures ont tendance à réduire les ressources dans les zones où la nourriture est déjà une denrée rare. L'ONG Action Contre la Faim a mis en évidence le risque croissant de la famine, de dire à la Conférence sur le climat Lima qu'un enfant meurt toutes les 30 secondes de malnutrition. Dans un rapport publié le 6 Décembre, l'ONG a souligné la nécessité d'intégrer «le droit à la santé et la nutrition adéquate» dans le débat sur le changement climatique.

Dans cet ordre, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, lundi 22 septembre dans le quartier de Wall Street à New York alors qu'elles manifestaient pour dénoncer «la responsabilité de la finance dans le changement climatique». Au lendemain de la grande Marche du peuple pour le climat qui a rassemblé 400 000 personnes, selon les chiffres définitifs, l'Alliance pour la justice climatique qui regroupe des mouvements anticapitalistes avait appelé à cette action de désobéissance civile avec pour mot d'ordre «Flood Wall Street» (Couler Wall Street). (4)

Il faut agir de toute urgence contre le changement climatique. Ce slogan a été entonné hier par plusieurs centaines de milliers de personnes, partout dans le monde. A la différence de la plupart des organisations de défense de l'environnement qui ne contestent pas le rôle du marché, les mouvements pour la justice climatique considèrent que la crise écologique trouve ses racines dans le mode de production capitaliste et ne peut se résoudre sans répondre aux inégalités sociales. (4)

Justice climatique et justice sociale

Une étude faite par la Fédération Protestante place d'une façon rationnelle les enjeux réels en termes de justice à la fois climatique et sociale. En quoi le climat constitue-t-il un enjeu de justice? Pourquoi y a-t-il urgence? Dans quelle mesure cela regarde-t-il le chrétien, et plus largement, les Églises? Il apparaîtra que le changement climatique pose à l'humanité un problème crucial, pour ne pas dire vital. Voilà une réalité qui impacte très concrètement d'ores et déjà la vie de millions de personnes et qui, au XXIème siècle et au-delà, risque de devenir la mère ou la soeur de quasiment tous les enjeux humains, qu'ils soient plus particulièrement sociaux ou écologiques. La justice climatique pose rien de moins que la question de notre avenir. (5)

Nos émissions actuelles sont susceptibles de modifier notre climat pour le millénaire qui vient et au-delà. Si l'on accepte qu'une nouvelle génération naît tous les 30 ans, c'est au moins la trentaine de générations à venir qui risque de souffrir du mode de vie et des choix de quelques-unes, dont, en particulier, la nôtre, qui a entre ses mains les décisions cruciales. Ces générations ne disposeront pas des mêmes conditions naturelles de vie que la présente. Le changement climatique pose une question grave de justice intergénérationnelle.(5)

Enfin, les changements climatiques posent une question de justice sociale. Car les populations qui souffrent d'abord des changements, ce sont les couches les plus pauvres et les plus vulnérables de la société (femmes, enfants, personnes âgées et handicapées). Il se trouve que ce sont les pays en voie de développement et les pays les moins avancés qui se situent dans les zones géographiques qui seront probablement les plus exposés aux conséquences des changements climatiques. Ensuite, il est clair que les pays ou les couches sociales pauvres sont moins armés du point de vue économique pour répondre aux défis du changement climatique. Par exemple, si les Pays-Bas disposent des fonds nécessaires à la protection de leurs côtes contre l'élévation de la mer, il n'en va pas de même du Bengladesh où cette élévation jettera sur les routes des millions de réfugiés climatiques (5).

Pour Hervé Le Treut, climatologue, les objectifs scientifiques sont finalement très faciles à énoncer mais ils soulèvent des problèmes énormes. Dire qu'il faut essayer de limiter les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70% d'ici le milieu du siècle pour ne pas dépasser les 2°C de réchauffement revient à fixer une tâche considérable. Puisque plus de 80% de l'énergie utilisée dans le monde est tirée du charbon, du gaz naturel ou du pétrole, il faut une mutation complète des systèmes de tous les pays en 30 ou 40 ans: de transports, de production industrielle, d'habitat. Or, si l'énoncé scientifique met en jeu des transformations économiques et sociales très fortes, elles sont assez peu débattues.

Les changements climatiques en Algérie

La politique environnementale est à inventer !Nous devons nous préparer au pire, les études du Giec montrent que l'Afrique du Nord sera impactée à la fois par des vagues de chaleur importantes mais aussi par des inondations de plus en plus brutales, imprévisibles et catastrophiques. De plus, la désertification sera accélérée. Ce qui induira forcément des pertes de productivité si on ne s'y adapte pas dès maintenant. En l'aménagement du littoral, plus largement des villes devra s'appuyer sur les études historiques des régions.

A titre d'exemple, les crues de l'oued El Harrach sont connues dans l'histoire et on pense que (la débâcle de) «l'invincible armada espagnole de Charles Quint en 1541 a été vaincue en partie grâce aux éléments naturels, indépendamment de la légende de Sidi Abderahmane Boukabrine qui, dit-on, remplissait une grande jarre et la vidait brutalement simulant ainsi la houle. L'Espagne aurait perdu la moitié de sa flotte à l'embouchure de l'oued El Harrach.

Dans tous les cas, la politique des changements climatiques n'est qu'un élément d'une problématique d'ensemble, celle d'une transition énergétique vers le développement durable, seule utopie réelle qui nous permettra de sortir de la hantise de la rente.

1. L'OMS pèse sur le débat climatique 12/12/2014 Euractiv. 12 12 2014

2.Climat: les négociateurs concluent à l'arraché un accord à Lima:14/12/ 2014 AFP)

3. http://www.oxfamfrance.org/agir/tous-ensemble-pour-justice-climatique#sthash.UThu 2F ww.dpuf

4.Laurence Caramel: Des militants pour la «justice climatique» arrêtés Le Monde.fr 23.09.2014
5. http://www.protestants.org/index.php?id=33568

6. http://www.terraeco.net/COP-de-Lima-Entre-le-diagnostic,57746.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/207382-la-justice-climatique.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-eu.dz

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 11:54

ARNOLD SCHWARZENEGGER ET LE CLIMAT

Le Terminator du CO2 en Algérie

«Si tes projets portent à un an, plante du riz; à vingt ans, plante un arbre; à plus d'un siècle, éduque un enfant.»

Proverbe chinois

L'Algérie et l'organisation non-gouvernementale R20 ont signé, mardi à Alger, un accord pour l'ouverture d'un bureau de cette ONG pour la région du Bassin méditerranéen à Oran. Cet accord a été signé par le ministre de l'Aménagement du territoire, de l'Environnement et de la Ville, et le président du R20 et ancien gouverneur de Californie (Etats-Unis), Arnold Schwarzenegger. Dans une déclaration à la presse, M.Schwarzenegger s'est "félicité" de la coopération de l'Algérie dans le cadre du R20. Il a animé une conférence sur le climat à l'Université d'Alger.


Qui est Arnold Schwarzenegger?

C'est un acteur, culturiste et homme politique autrichien naturalisé américain, né le 30 juillet 1947 à Thal en Styrie (Autriche). Surnommé le " Chêne autrichien " (Austrian Oak) pendant ses années de culturisme, puis " Schwarzy " pendant sa carrière d'acteur, et plus récemment " Governator " (mélange des mots Gouverneur en anglais et Terminator). Du point de vue politique, le quotidien de centre-gauche, le San Francisco Chronicle du 19 octobre 2006, affirme que Schwarzenegger se définit lui-même comme " conservateur sur le plan fiscal, modéré sur le plan social, et progressiste sur le plan environnemental" (" fiscally conservative, socially moderate,environmentally progressive"). (1)

Ce qui nous intéresse dans le cadre de cette contribution est l'apport de l'ancien gouverneur à la lutte contre les changements climatiques au sein de la Californie, Etat le plus riche des Etats-Unis avec un PIB et une population équivalents à ceux d'un pays européen. La politique environnementale au profit de l'Etat de Californie a été unanimement saluée, aussi bien aux Etats-unis que dans le reste du monde. Dans l'Encyclopédie Wikipédia nous lisons: " Le 18 janvier 2007 Schwarzenegger signe un ordre exécutif établissant une norme à faible teneur en carbone pour les carburants de transport vendus en Californie ("Low Carbon Fuel Standard"). La norme, qui doit permettre de réduire l'intensité de carbone des carburants, pour les véhicules à passager californiens, d'au moins 10% d'ici 2020, est présentée comme la première norme mondiale de limitation des gaz à effet de serre dans le domaine du transport. Elle doit permettre de réduire à la fois la dépendance au pétrole, qui représente, selon le gouverneur, 96% du carburant utilisé pour le transport en Californie, et les émissions de ces gaz à effet de serre dont plus de 40 sont dues aux carburants de transport. Le 26 février, Schwarzenegger signe un protocole d'accord avec les gouverneurs des États de Washington, de l'Oregon, de l'Arizona et du Nouveau-Mexique, créant l'Initiative des États de l'Ouest pour une action sur le climat, et mettant ainsi en place les conditions nécessaires pour un programme régional de limitation des émissions de gaz à effet de serre et une bourse d'échange des quotas de gaz polluants. "(1)


Les missions du R20

L'organisation non-gouvernementale R20 (Regions of Climate Action) a été fondée en 2010 par M.Schwarzenegger avec le soutien des Nations unies. Le R20 est une coalition de gouvernements subnationaux, compagnies privées, organisations internationales, ONG et institutions académiques et financières. Sa mission est d'aider à la mise en oeuvre des projets à faible émissions de carbone, ainsi que de communiquer les meilleures pratiques et politiques dans le domaine des énergies renouvelables afin de créer une économie verte. Le R20 se donne pour objectif d'aider les gouvernements "sub-nationaux" afin de favoriser l'émergence d'une "économie verte", où seront privilégiés les projets à faibles émissions de carbone. Le "R20" essaye ainsi de tout mettre en oeuvre afin de faciliter, dans les régions, la création de projets écologiques, où l'émission de gaz à effet de serre est réduite.


Le problème des émissions des GES

Malgré tous les effets d'annonce,il est indéniable que la quantité de CO2 envoyée dans l'atmosphère augmente dangereusement. Nous serions à 36 milliards de tonnes de CO2. Soit environ 5 tonnes de CO2 par habitant (moyenne algérienne). De plus il y a à peine deux mois, le seuil psychologique de 400 ppm de CO2 a été dépassé, ouvrant la porte à cette allure aux 450 ppm qu'il ne faut pas dépasser, seuil au-delà duquel la température augmenterait définitivement de 2°C et pourrait atteindre les 6°C stérilisant la vie sur une bonne partie du Sud qui deviendrait invivable. Il faut ajouter à cela, l'incontrolabilité du climat qui deviendra de plus en plus erratique avec la disparition des saisons qui segmentaient l'année et l'apparition récurrente d'épisodes de pluies catastrophiques occasionnant des dégâts humains importants et des dégâts matériels dépassant des dizaines de milliards de dollars.

Le Governator invité du Parlement européen

L'échec de la suite de Kyoto a ouvert la porte à toutes les dérives. Chacun fait ce qu'il veut et les propositions de l'Europe sont bien seules. L'ancien gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, a attiré toute l'attention lors d'une réunion de maires attachés aux objectifs en matière d'environnement et d'énergie, organisée au Parlement européen avant-hier
S'adressant à l'assemblée annuelle de la Convention des maires, Schwarzenegger a été applaudi, il a déclaré que le vrai drame n'était pas dans les films hollywoodiens, mais dans le défi du changement climatique. "Si nous ne faisons rien, nous sommes sur la bonne voie pour une augmentation de température de 3.6 à 5.3 degrés Celsius d'ici la fin de ce siècle. Nous avons déjà vu en Californie les modifications. Les feus sont courants toute l'année ", En 2011, 2011, quand il était encore gouverneur, il y avait environ 2000 incendies de forêts et de broussailles.
Schwarzenegger a annoncé un partenariat de ses régions d'organisation de l'action du climat (R20) et la Convention des maires. Schwarzenegger a rendu hommage à Steve Jobs, le défunt dirigeant d'Apple, et a dit qu'il essayait de suivre sa devise "penser différemment (...)'' Schwarzenegger a déclaré que, probablement, la plupart des gens croyaient que la meilleure façon de lutter contre le changement climatique était d'avoir un nouvel accord international, un Kyoto-2, après le nom du traité qui est entré en vigueur en 2005 et qui prendra fin en 2020. Au milieu des rires, il a dit qu'au lieu d'attendre, il pense différemment et recherche une action au niveau des collectivités locales. Pour rappel, en 2006, Schwarzenegger a signé un changement climatique et l'énergie, propre loi pionnière appelé AB-32. Sa pièce maîtresse est un programme de plafonnement et d'échange agressif pour la pollution des combustibles fossiles. "Les normes californiennes" qui ont été mises en place au cours de ses deux mandats en tant que gouverneur de 2003 à 2011 ont été reproduits par 14 autres Etats et ont servi de base à la loi américaine signée par le président Barack Obama en mai 2009 »(2)

« L'ancien gouverneur incite chacun à s'engager à titre individuel au lieu d'attendre un éventuel consensus: ""Croyez-moi, il y a une nouvelle façon d'aller de l'avant, un niveau sous-national, en plus de niveaux national et international", les "meilleures actions" de l'histoire, comme le mouvement contre l'apartheid en Afrique du Sud ou le mouvement d'indépendance de l'Inde ont toujours commencé au niveau de la base. Il cite en exemple Peter Vadasz le maire de Güssing, en Autriche, qui a lutté dur pour satisfaire ses besoins en énergie, effectué "une révolution de l'énergie verte" en mettant en place d'ambitieux projets d'énergies renouvelables. Güssing a "inspiré l'ensemble du pays". "Chacun de vous a le pouvoir d'être un autre maire Vadasz. Chacun de vous peut être un visionnaire qui pense différemment. Schwarzenegger ajoute que R20 et la Commission mettraient en place un "chemin universel de mesure et de présentation de l'impact des solutions infranationales. Une meilleure communication" Schwarzenegger a également insisté sur le fait qu'une meilleure communication de ces efforts a été nécessaire. Il a exprimé sa conviction qu'une multitude de projets au niveau de la base pourraient créer une "masse critique" pour faire une différence et déclencher l'action gouvernementale et l'action internationale. (...) »(2)

Pour rappel, la Convention des maires est ouverte à tous les gouvernements locaux composés de représentants démocratiquement élus, quelle que soit leur taille et quel que soit le stade de la mise en oeuvre de leur politique énergétique et climatique.



La position européenne sur les GES

Dans sa réponse durant cette réunion des maires européens, le président de la commission Manuel Barroso, a défendu la politique européenne. Il cite quelques initiatives: " Les maires gouvernements, représentant environ 170 millions d'Européens, font déjà de leur mieux pour transformer des buts ambitieux dans des projets quotidiens. Par exemple, Binissalem, en Espagne, où un réseau de recharge des stations pour des véhicules électriques est disposé. Le Portugal, qui installe des programmes de renouvellement de flotte pour faire la conversion aux voitures électriques.(3)

Le président Barroso a insisté sur l'efficacité : « Le besoin du rendement énergétique devrait être évident: même aujourd'hui, 40% de toutes les fenêtres en Europe ont toujours seulement un seul vitrage. La rénovation plutôt modeste de nos bâtiments permettrait de lutter efficacement et économiquement contre le climat et créerait autour de 4.8 millions de nouveaux emplois (travaux) en Europe. " (3)


« On peut aussi améliorer les conditions de vie des plus vulnérables. 90% du logement social de l'Europe doivent être rénovés. Nous avons maintenant plus d'expérience, la connaissance et la technologie pour aborder le défi de durabilité. Dans le même ordre, nous essayerons d'atteindre cette ambition européenne dans un nouveau accord mondial sur les émissions légalement avant 2015. L'Europe avec ses efforts, ne pollue que pour 11% des émissions globales (...) Nous chercherons le juste équilibre entre la durabilité, la sécurité d'approvisionnement et la compétitivité économique. (...) Et cette Initiative R20 est en effet un bon exemple de ce que nous pouvons faire ensemble. Bien sûr, nous devons travailler avec nos gouvernements au niveau national, mais nous croyons qu'avec votre support (assistance), avec le rôle des régions et des villes en Europe nous pouvons beaucoup mieux activer nos citoyens. (...) C'est pourquoi j'attache personnellement l'importance la plus haute à cet Accord de maires. " (3)


La politique américaine concernant les émissions de CO2

Malgré les annonces de M.Barroso, l'indicateur de la volonté de diminuer les GES est Le marché carbone. Ce dernier tant vanté à son lancement en 2005 fait grise mine. Début juin, la tonne de CO2 s'y échangeait à moins de 3 euros. Difficile pour les entreprises d'y trouver une incitation à réduire leurs émissions de CO2. Un échec? Pourtant, c'est bien cet ETS (pour European trading scheme) que la Chine entend copier. Les villes de Shanghaï, Pékin, Tianjin, Shenzen et Chongqing ainsi que les provinces de Guangdong et Hubei se sont engagées dans la mise en place de marchés d'échanges pilotes de CO2.

D'un autre côté, le président américain, Barack Obama, a proposé mardi un vaste plan de lutte contre le réchauffement climatique prévoyant notamment de réglementer les émissions de CO2 des centrales électriques au charbon, principale source de pollution carbonique.
Pour ce faire, M.Obama, qui avait lui-même annoncé samedi ce discours sur le climat, va "signer un mémorandum. Le mémorandum présidentiel va ordonner à l'EPA d'avoir une proposition de normes de pollution carbonique des centrales électriques d'ici juin 2014 qui devront être finalisées un an plus tard", a-t-il précisé (...) Les Etats-Unis comptent 1142 centrales au charbon et 3967 centrales au gaz naturel, nettement moins polluantes qui au total produisent 68% de l'électricité américaine contre 19% pour le nucléaire et 6,7% pour l'hydroélectricité. M.Obama s'était engagé en 2009 à réduire les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis de 17% au-dessous de leur niveau de 2005 d'ici 2020. Le Congrès avait rejeté en 2009 un ambitieux projet de loi sur l'énergie visant à atteindre cet objectif "(4)

« Mais depuis sa réélection, en novembre 2012, M.Obama a réaffirmé à plusieurs reprises sa ferme intention de reprendre l'initiative sur le climat, "une obligation morale à l'égard de nos enfants". Enfin, M.Obama entend "préparer l'Amérique à l'impact du changement climatique déjà ressenti aux Etats-Unis et dans le monde" et annoncera mardi prochain des initiatives en ce sens, selon ces hauts responsables de la Maison-Blanche. Citant l'impact dévastateur de l'ouragan Sandy en 2012, le président propose des mesures pour renforcer les protections des populations et maintenir la production agricole malgré les sécheresses et vagues de chaleur. Pour Elliot Diringer de l'ONG Center for Climate and Energy Solution, ce projet sur le climat est très difficile pour négocier de nouvelles normes limitant les émissions des centrales existantes, car cela aura un coût. "Cette proposition de M.Obama est aussi la reconnaissance que le changement climatique est bien réel", ajoute cet expert ».(4)



Que fait-on en Algérie?

On peut se demander, cependant, si le contact avec les maires (président d'APC) et avec le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales n'aurait pas été plus pertinent et plus pérenne tant il est important de comprendre que c'est au niveau de la commune que tout se joue et que le maire est la cheville ouvrière d'un dispositif de protection de l'environnement et d'économie d'énergie. En l'absence d'une stratégie globale pour diminuer l'addiction aux carburants (40%) de la consommation, on se laisse vivre et les pouvoirs publics, au lieu de tracer un cap, sont aux petits soins aux Algériens en leur demandant de gaspiller sans compter.

A titre d'exemple, dans le cadre d'un modèle énergétique élaboré à l'Ecole polytechnique par des élèves ingénieurs, on montre que les embouteillages d'Alger (seulement une heure par jour) amènent un gaspillage de 100.000 litres de carburant. Aux coûts réels, c'est à peu près 100.000 dollars, aux coûts bradés c'est 2 millions de DA et 200 tonnes de CO2 en plus par jour.

Les exemples d'anomie se comptent par dizaines tant que nous ne dirons pas à l'Algérien que l'on peut consommer moins en consommant mieux. Qui le fera avant qu'il ne soit trop tard? Se tirer le portrait en présence de Schwarzy le Terminator du CO2 est bien pour l'album familial, mais ce n'est pas cela qui est attendu des princes qui nous gouvernent.


1. Arnold Scharzenegger: Encyclopédie Wikipédia

2.http://www.euractiv.com/node/528846?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=9303ea2eb5-newsletter_dernieres_ infos&utm_medium=email&utm_term=0_bab5f0ea4e-9303ea2eb5-24543770125 June 2013


3. Speech for the Covenant of Mayors ceremony/Brussels http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-13-566_en.htm24 June 2013


4. Obama se donne deux ans pour réglementer les émissions de CO2 AFP 25.06.13

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 10:20




 

«La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats-Unis.... Une guerre inconnue, une guerre permanente, sans morts apparemment, et pourtant une guerre à mort.»  

 

François Mitterrand (1916-1996),

 

   Cette semaine l'actualité de l'énergie nous a montré les conséquences d'un combat de titans. En effet, dans sa marche forcée vers le développement, la machine de guerre économique et technologique a porté un coup sévère à l'industrie des panneaux solaires européenne. On dit que les entreprises européennes ferment par milliers ne pouvant pas soutenir la concurrence des panneaux solaires chinois. Certains parlent de bradage (40% moins chers) du fait du dumping de l'Etat chinois qui subventionne à tour de bras. Ceci est normalement interdit par l'OMC et fausse les règles du marché. Mais qui s'en soucie? Souvenons-nous du temple du libéralisme (les Etats-Unis) qui décide de subventionner leur acier. Souvenons-nous d'une escroquerie toujours actuelle de la politique agricole commune européenne qui a ruiné les pays africains qui ne peuvent être compétitifs. Bref, l'Europe a réagi en sanctionnant les importations des panneaux chinois.

 

La Commission européenne ´´sort prudemment les griffes face à Pékin´´, écrit Le Soir au lendemain de la décision de l'exécutif européen d'imposer provisoirement des droits de douane sur les importations de panneaux solaires, ´´la Commission espère toujours parvenir à une solution à l'amiable´´. Elle a ainsi ´´opté pour une réponse graduée´´: dès le 6 juin, les droits de douane seront fixés à 11,8%, et pourraient être portés à 47,6%, si aucun accord n'est trouvé dans les deux mois avec Pékin.(1)


Les professionnels européens divisés sur ces mesures

 

Les installateurs ne sont pas d'accord car ils pensent que c'est un mauvais procès. Pour Jade Lindgaard, «Selon EU Pro Sun, les panneaux chinois représentent 80% du marché européen».
«On est dans une situation de surcapacité de production organisée par les Chinois qui vendent leurs produits en dessous de leurs coûts de production. Fin 2012, les autorités américaines ont mis en place une taxation anti-dumping et anti-subvention courant de 24 à 250% sur les panneaux chinois. Et pourtant, la réaction des professionnels français du solaire est mitigée. «C'est comme si on disait qu'on va réinstaller l'industrie textile en France, c'est un peu la méthode Coué.» En réalité, ce syndicat professionnel est divisé. Les intérêts sont contradictoires entre les quelques producteurs français de cellules et de panneaux (Photowatt, Bosch, MPO, Sillia, Fonroche, Solarezo, et Sunpower, propriété de Total) qui souffrent de la concurrence chinoise et le reste de la filière: installateurs, vendeurs d'énergie, développeurs de projets... qui en profitent. Si bien que Jean-Pascal Pham-Ba, secrétaire général de SolaireDirect, installateur de panneaux et vendeur d'énergie, ironise: «On dit qu'avec ses aides publiques aux renouvelables, l'Europe subventionne l'industrie chinoise, mais on pourrait très bien dire à l'inverse, que c'est la Chine qui subventionne l'électricité renouvelable en Europe en payant pour que ses panneaux soient si bon marché(…) .» (2)

 

«Pour Jean-Pascal Pham-Ba, la production de modules photovoltaïques s'est mondialisée, et ce mouvement est irréversible. L'industrie chinoise du photovoltaïque repose sur une fabrication low cost en très grosse quantité, avec très peu de marges pour le producteur, et une stratégie commerciale très agressive. Cette offre répond aujourd'hui aux besoins européens car ces «panneaux pas chers et de bonne qualité sont intéressants pour la filière». (2)

On l'aura compris, ces mesures de rétorsion risquent de produire l'effet inverse de celui qui est attendu. Ainsi dans une récente tribune, l'ancien ministre socialiste Paul Quilès et le président de la fédération d'associations Planète Éolienne, Benoît Praderie, expliquent: «Que pèsent deux à trois cents millions d'euros de modules chinois importés face aux 69 milliards du déficit énergétique du pays? L'immense majorité des emplois de la filière provient d'abord de l'ingénierie des projets, de la fabrication des composants, de la construction, des logiciels, de la maintenance, tous non délocalisables et à haute valeur ajoutée. Imagine-t-on que la France puisse un jour concurrencer les Chinois dans la fabrication de PC ou de smartphones? Malheureusement, non. Par contre, nous le faisons dans leurs multiples utilisations (R&D, sociétés de services informatiques, opérateurs, développement d'applications...).» (2)

 

«Benoît Praderie compare la taxation anti-dumping au blocus sur les magnétoscopes japonais imposé en 1982 par Laurent Fabius, alors ministre du budget. Cette nouvelle«bataille de Poitiers» incarne à l'époque le «néo-protectionnisme» de la gauche au pouvoir. (...) Concrètement, les producteurs d'électricité solaire gagnent de moins en moins d'argent avec cette activité. Pour Thierry Mueth, l'Allemagne et l'Italie «installent autant de solaire en trois semaines que tout notre objectif annuel». (...) Comment souhaitons-nous produire notre énergie dans vingt ans? Et à quels prix, économiques, sociaux et environnementaux? Pour en discuter sérieusement, il faut chausser des lunettes à double focale, aussi fiables en microéconomie qu'en prospectives macro».(2)

 

Mieux encore, il semble que les produits chinois «n'enlèvent pas» ils rapportent. Selon le NRC Handelsblad, ´´les panneaux solaires chinois rapportent étonnamment gros à l'Europe´´. Aux Pays-Bas, le secteur de l'énergie solaire connaît même´´une croissance spectaculaire´´, malgré la crise économique. Le journal explique que: les entrepreneurs et les entreprises d'installation électrotechniques, qui ont beaucoup souffert de la crise dans le bâtiment, se sont précipitées en masse sur l'installation de panneaux solaires. Grâce au matériel chinois, ils arrivent pour l'instant à garder la tête hors de l'eau. Ils n'ont vraiment pas besoin d'une taxe européenne qui rendra les panneaux solaires plus chers [...] L'Afase craint que les taxes ne mènent à quelque 242.000 suppressions d'emploi dans toute l'Europe». (3)


«Les Américains avaient déjà largement pris les devants en taxant de 31 à 250% les panneaux solaires chinois. La Chine a fait jouer aussi la carte juridique en déposant une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En investissant massivement sur ce secteur d'avenir que sont les panneaux photovoltaïques les Chinois ont largement fait baisser leurs coûts de production et sont rapidement devenus le 1er producteur mondial de panneaux. A ce jour, avant toute décision de la Commission européenne, la Chine vendait pour 21 milliards de panneaux solaires à l'Union européenne, soit 60% de ses exportations dans ce domaine.»(«)

La cacophonie européenne : Des stratégies économiques divergentes

 

Bien que l'Union européenne ait sévi. Il n'est pas sûr si le bras de fer continue avec la Chine que la cohésion européenne tienne. Sur Agoravox nous lisons: «(...) Il ne peut pas y avoir de protectionnisme européen, même si la Commission européenne cessait d'être à tout prix libre-échangiste et libérale. Car les intérêts des pays européens sont fortement divergents en la matière. (...) Certains pays et l'Allemagne en particulier, ne veulent pas de la mise en place de telles mesures qui selon eux pourraient entraîner des rétorsions chinoises contre leurs propres exportations. Car l'Allemagne exporte beaucoup de matériels d'équipements en Chine! Peu importe à nos voisins d'Outre-Rhin que la plupart des pays européens et l'Union européenne en général soient largement déficitaires vis-à-vis de la Chine (122 milliard d'euros en 2012! dont 26 milliards pour la France). Quant à eux, ils ont de forts échanges avec les Chinois et malgré un déficit de 11,7 milliards d'euros en 2012 avec la Chine, ils tiennent à leurs 66,7 milliards d'euros d'exportations vers ce qui est désormais leur troisième partenaire commercial. Et ils rêvent à terme de continuer à augmenter leurs exportations vers ce nouvel eldorado! Ceci prouve bien qu'il ne peut y avoir une seule politique commerciale européenne et a fortiori une politique protectionniste!»(4)


La puissance de la Chine

 

La réussite chinoise n'a pas jailli du néant. Les produits chinois malgré le dénigrement ne sont pas plus mauvais dans leur ensemble que ceux de l'Europe ou des Etats-Unis. «La Chine lit-on sur agoravox, s'est donnée pour objectif de devenir le leader mondial du photovoltaïque.
En 5 ans, elle est passée de 0% à 80% de parts de marché mondial. (...)Aujourd'hui, les produits photovoltaïques chinois sont beaucoup moins chers que les produits européens. Dans le même temps, on apprend que le coût de la main-d'oeuvre ne représente que 10% du prix du produit final. La domination écrasante chinoise établie en seulement 5 ans ne s'explique pas donc pas par un dumping salarial. L'appareil de production chinois est totalement surdimensionné par rapport aux besoins actuels: la Chine est capable de produire 45 gigawatts (GW) de cellules photovoltaïques chaque année alors que la demande mondiale atteint à peine 28 GW. Résultat: avec ses immenses sites de production capables de produire 1 gigawatt par an. La Chine joue la quantité pour faire d'immenses économies d'échelle. Elle peut ainsi inonder le marché mondial avec des produits de qualité à prix imbattables et casser la concurrence.»(5)

La réponse du grand berger à la petite bergère

 

On l'aura compris, la réaction ne s'est pas fait attendre. Les Chinois ont pris les premières mesures de rétorsion. Dans un article de Chinois Daily rapporté par Presse europe nous lisons: «En réponse à la taxe sur les produits chinois annoncée par la Commission européenne, Pékin a décidé de lancer une enquête sur les importations de vin européen. Et si les Vingt-Sept ne comprennent pas le message, d'autres mesures de rétorsion suivront, prévient le quotidien officiel chinois. La décision de la Chine de lancer une enquête sur les subventions et le dumping favorisant les importations de vin en provenance de l'Union européenne traduit une volonté de préserver ses grands intérêts économiques. Et Pékin ne manque pas de moyens pour le faire.»(6)

 

´´Le ministère du Commerce a déclaré que la mesure a été prise à la demande des producteurs locaux. Avec cette enquête sur le vin, la Chine entend rappeler que l'industrie solaire européenne ne serait pas la seule victime si l'UE s'en tient à sa politique protectionniste. La Chine n'a pas ménagé ses efforts pour apaiser les tensions en initiant des négociations avec l'UE, et elle a clairement démontré son désir de résoudre le litige par la consultation et la négociation. Pas par une guerre commerciale. Mais en imposant une taxe sur les importations chinoises, l'UE n'a pas manifesté un engagement similaire. Ce geste va entraîner de nombreuses fermetures d'entreprises en Chine, et celle-ci n'a d'autre choix que de contre-attaquer. Les exportations viticoles ne sont pas aussi importantes pour les Européens que celles des produits solaires pour les Chinois. En 2012, plus des deux tiers des 430 millions de litres de vins importés en Chine provenaient de l'UE, portant sur plus d'un milliard de dollars [762,056 millions d'euros ]. Parallèlement, le pays a exporté pour 27 milliards de dollars [20,577 milliards d'euros] de matériel photovoltaïque vers l'UE. L'enquête sur le vin pourrait être suivie d'autres actions si l'UE continue d'ignorer les intérêts chinois. Les importations chinoises de biens européens, toutes catégories confondues, se sont élevées à 212 milliards de dollars [161,595 milliards d'euros] en 2012, ce qui lui donne une grande marge de manoeuvre. Pour La Croix, les conséquences d'une taxation du vin européen par la Chine seraient donc une véritable ´´catastrophe´´ pour les viticulteurs bordelais, qui ´´tremblent´´ face à une telle éventualité (6).



Les combattants du futur et les autres

 

Le président Mitterrand a mille fois raison. Dans ce combat de géants, les pays du Sud, à des degrés divers, comptent les points d'une façon fataliste et attendent les résultats. C'est une vraie guerre invisible qui se déroule sous nos yeux. C'est la compétition qui est en oeuvre. Non pas une compétition brutale mais tout en finesse, celle d'un savoir technologique adossé à un Etat stratège contre un autre savoir technologique adossé aussi à un autre Etat stratège.

 

Nul doute que les Chinois et les Européens arriveront à s'entendre notamment sur le dos des plus faibles. Il s'agit de ceux qui n'ont pas pris à temps le dur chemin de la remise en cause de la stratégie énergétique à mettre en place qui seront définitivement rélégués dans les zones grises. C'est le cas de l'Algérie engluée dans une anomie totale en termes de cap multidimensionnel. Les défis sont connus L'eau, l'énergie, l'environnement et la sécurité alimentaire sont les invariants autour desquels devrait s'articuler, dans une grande mesure, le développement économique scientifique du pays pour les prochaines décennies.

 

Au vu des défis qui nous attendent, L'enseignement supérieur devrait être fondamentalement revu, notamment dans les disciplines technologiques pour prendre en charge les nouveaux défis. Nul doute que ce seront des milliers d'emplois qui permettront de mettre en musique ce plan Marshall pour une stratégie énergétique pour les vingt prochaines années. Reculer les échéances, certes, fera gagner du temps et acheter une paix sociale précaire, mais l'addition ne sera que plus salée, quand la réalité nous condamnera à appliquer par exemple la vérité des prix d'une façon brutale et irréversible.

 

Si nous ne faisons rien, ce sera de plus une bataille perdue parce que nous ne battons pas! Nous prenons le chemin du chaos inéluctable maintenant que des politiciens qui pensent que -quand on est ministre, on est automatiquement compétent et on a la science infuse - se mêlent de parler d'environnement, de gaz de schiste en traitant d'ignares les lanceurs d'alerte que sont les scientifiques et qui « décident » sans savoir qu'il n'y a qu'à suivre les Américains. Pauvres de nous! L'Algérie ne mérite pas d'être aussi mal servie!


1. http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/3784441-la-taxe-surles-panneaux-solaires-ne-plait-pas-aux-installateurs- 5 juin 2013

 

2. http://www.mediapart.fr/es/journal/economie/310513/la-querelle-autour-du-solaire-chinois-montre-les-limites-du-patriotisme-economique

 

3. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bras-de-fer-en-perspective-entre-l-136848


4. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/photovoltaique-europe-1-chine-0-la-136822


5. http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/photovoltaique-la-lecon-des-131541


6. Nicolas Vadot http://www.presseurop.eu/fr/content/article/3852311-europeens-cedez-sinon

 

7.Chems Eddine Chitour http://www.legrandsoir.info/L-energie-et-les-changements-climatiques-expliques-a-nos-gouvernants.html

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:23


 

 

«Une nation dont le peuple est incapable de concevoir l'avenir est condamnée à périr.»

 

Miyamoto Musashi, un samouraï du XVIe siècle:

 

Un scoop s'il en est! Desertec qui devait amener les lumières à la région Mena (Afrique du Nord,Moyen-Orient) a décidé de jeter l'éponge en abandonnant ce projet pharaonique qualifié pour certains d'un retour du colonialisme sous couvert d'éco-économie avec ce fameux slogan trompeur winn-winn. Nous allons dans ce qui suit expliquer ce qui a conduit ce consortium à arrêter l'aventure de l'électricité saharienne sans que des signes avant-coureurs ne soient apparus, si ce n'est peut-être le retrait de la multinationale Siemens du groupe en novembre dernier.

Qu'est-ce que Desertec? (Desertec International Initiative)


C'est une initiative au départ typiquement allemande qui avait pour objectif de couvrir les besoins de ce pays à l'horizon 2050. Ces besoins remontaient dans la stratégie initiale à 15% que l'Allemagne se devait d'importer de deux sources possibles: soit de la Finlande à partir de l'électricité d'origine hydraulique, soit à partir du «Sud» à partir du renouvelable (solaire et éolien) du Sahara. Le scénario DP 2050, suppose un bouleversement du mix énergétique actuel des pays concernés.

 

L'Europe, pour sa part, s'etait fixé comme objectif, une part de 20% des énergies renouvelables dans son mix énergétique d'ici 2020, dans le cadre du paquet énergie-climat.
Desertec représente la vision d'un approvisionnement énergétique durable dans les déserts du monde entier. DII compte toujours des partisans, dont le conglomérat allemand RWE, qui souhaite étendre son secteur de l'énergie renouvelable. Au Maroc, le pays maghrébin qui soutient le plus Desertec, RWE négocie actuellement avec des partenaires afin de créer une coalition, la première étape d'un projet de construction de centrales photovoltaïques et d'éoliennes de 50 MW dans le royaume.(1)


Le Royaume du Maroc bénéficiaire de l'expertise de Desertec

 

Il y a trois semaines nous avons pris connaissance de la Déclaration Paul Van So P-DG de DII sur le lancement de la construction d'une centrale solaire à Ouarzazate: «Nous sommes ravis d'assister au lancement de la construction de la première usine de 160 MW de l'énergie solaire... Cet événement marque un jalon important non seulement dans le développement du plan solaire marocain ambitieux, mais aussi dans sa transition du concept à la réalité, le développement d'actifs de production d'énergie renouvelable à l'échelle des services publics dans la région Mena» Dans ce cadre une étude de stratégie énergétique prévoit que d'ici 2050, la demande marocaine en électricité domestique pourrait atteindre 130 t Wh. En plus d'une forte dépendance aux énergies fossiles, le Royaume importe 20% de sa consommation d'électricité. Selon l'étude de DII, les différents projets vont créer une croissance interne et de nouveaux postes d'emploi.

 

«Le Maroc pourrait se concentrer dans un premier temps sur la fabrication de composants relativement simples et multi-usages», recommandent les experts. Il s'agit plus exactement de câblages électriques pour les éoliennes et les structures support pour les panneaux photovoltaïques. Le rapport démontre que chaque milliard d'euros investi dans les différentes variantes des énergies renouvelables offre d'importantes perspectives d'emploi. Ainsi, pour le termo-solaire (CSP) par exemple, qui est la technologie utilisée pour la centrale d'Ouarzazate, 35.000 emplois seront créés annuellement. Les plus importantes créations se feront dans le secteur de la construction, dans les mines (pour les miroirs), dans la métallurgie (structure de fixation et tubes) et dans le secteur des équipements électroniques. Pour sa part, le photovoltaïque devra générer 23.000 emplois répartis équitablement entre la construction, la métallurgie et les équipements. Toutefois, la technologie qui est supposée drainer le plus d'emplois est l'éolien (46.000 postes). Il est question de production de nacelles, de mâts, de vis, de générateurs d'électricité et de pales d'éoliennes. Cependant, l'étude de Desertec se base sur une hypothèse de taux d'intégration à 60%.» (2)



Le revirement de l'Allemagne

 

Pourtant, les experts mettent l'accent de plus en plus sur la compétitivité du solaire. Pour les experts de Globaldata, c'est dès 2014 que le prix de l'électricité produite par certains projets solaires américains sera équivalent à celui de sources d'énergie conventionnelles (charbon, centrales à cycle combiné ou nucléaire). Et cette «parité réseau» devrait concerner l'ensemble du territoire américain d'ici à 2017. L'évolution en Chine pourrait être comparable, avec une parité réseau dans la plupart des régions à partir de 2015 ou 2016. A eux cinq, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, ils ont pour la première fois, en 2012, consommé autant d'électricité que les sept pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Canada, Italie), selon une étude... L'an passé, les Brics ont consommé 6.800 térawattheures, soit autant que le G7, alors que leur consommation avoisinait les 3.000 térawattheures en 2002. Le besoin de courant semble néanmoins ralentir un peu: la croissance de la demande d'électricité des cinq pays a été de 5% l'an passé, contre 8% en moyenne depuis 2000.

 Le problème c'est que Desertec, outre des problèmes importants de financement, avait en face au Sud des pays aux politiques énergétiques confuses. Les objectifs en termes de capacités installées des programmes nationaux des pays du Maghreb sont loin d'atteindre les 388 GW prévus par le scénario DP 2050, à moins que le rythme d'investissement dans les EnR dans ces pays s'accélère de façon considérable durant la période 2030-2050. Ce qui est loin d'être le cas. De plus, les responsables reconnaissent que l'Europe peut fournir l'essentiel de son énergie.

 

«Il y a trois semaines lit-on dans une publication d'«Eur'Activ», Desertec inaugurait une station solaire au Maroc, trois semaines plus tard elle annonce qu'elle abondonne tout le projet de Desertec. L'initiative industrielle Desertec (Dii) a abandonné sa stratégie d'exportation d'énergie solaire du Sahara vers l'Europe, ce qui anéantit les espoirs du Vieux Continent d'augmenter la part d'électricité renouvelable à l'aide d'approvisionnements externes bon marché. Lors d'un entretien téléphonique avec EurActiv, le P-DG de DII, Paul van Son, a reconnu que l'approche initiale du projet sur l'exportation représentait une «vision unidimensionnelle». Même si l'alliance industrielle a été créée afin d'accroître l'approvisionnement en énergie renouvelable au Maghreb en vue de contribuer à 20% de la demande européenne en électricité d'ici 2050, DII admet à présent que l'Europe peut subvenir à la plupart de ses besoins localement. «Si nous parlons d'énergie renouvelable d'Afrique du Nord, seule une petite partie sera en fin de compte acheminée vers le marché européen», a déclaré M.van Son. Il a ajouté que le marché européen pourrait fournir jusqu'à 90% de sa propre demande en électricité. «Honnêtement, il y a quatre ans, l'acheminement de l'énergie depuis l'Afrique du Nord était la raison d'être de Desertec. Nous avons abandonné cette vision unidimensionnelle. Il s'agit à présent de créer des marchés intégrés dans lesquels l'énergie renouvelable apportera ses avantages [...] C'est l'objectif principal», a-t-il indiqué. Desertec abandonne ses projets d'exportation d'énergie solaire du Sahara.» (3)


Les détracteurs et les causes objectives de l'abandon

 

Dés le départ, le consortium eut affaire à des détracteurs. Certains pays mirent en place un projet concurrent, c'est le cas du Transgreen dont on ne connaît pas pour le moment la finalité maintenant que Desertec a abandonné son projet. De plus, Les détracteurs de Desertec mettent en doute la viabilité d'un projet de 400 milliards d'euros qui vise à produire 100 GW d'ici 2050. Les doutes se sont accentués lorsque l'actionnaire fondateur Siemens s'est retiré de l'initiative en novembre 2012. Des acteurs du secteur européen de l'électricité doutent du modèle d'entreprise initial de DII. Ils affirment que son approche sur l'exportation est incompatible avec l'interconnectivité actuelle du réseau entre le Maghreb et l'Europe, et au sein de l'Europe elle-même. Ils ajoutent que le marché éprouve déjà des difficultés à intégrer une capacité supplémentaire d'énergie renouvelable. «Nous manquons toujours de lignes et de capacités pour l'exportation à un niveau très élémentaire», selon Susanne Nies, (...) «Il est difficile d'affirmer que l'UE a besoin de capacité supplémentaire de SER [source d'énergie renouvelable]», a-t-elle poursuivi. Paul van Son souhaite que Desertec se concentre sur les effets de synergie. Il affirme que le chemin est encore long avant l'intégration du marché de l'électricité en Europe, mais précise que des arguments commerciaux convaincants peuvent être avancés. L'engagement entre l'Algérie et DII en faveur d'une centrale solaire à concentration (CSP) ne s'est pas matérialisé.» (3)

 

Susanne Nies, directrice du département de politique énergétique à Eurelectric, l'association qui représente le secteur européen de l'électricité, y voit une autre cause celle des rythmes de production. Pour elle, l'Europe consommera de moins en moins d'électricité nouvelle, nous l'écoutons: «En termes de consommation d'électricité, le monde est actuellement divisé en deux. D'un côté, les économies émergentes (la Turquie, le Brésil, la Chine, l'Inde, etc.) connaissent une croissance impressionnante et rapide de 8 à 10% par an dans la consommation d'électricité. L'Afrique du Nord et l'Afrique dans son ensemble font en fait, partie de cette tendance. De l'autre côté, le monde de l'Ocde, dont l'UE, prévoit des tendances négatives de consommation d'énergie jusqu'en 2020. La récession persistante, les changements démographiques et l'amélioration de l'efficacité énergétique sont à l'origine [de cette situation], même si l'électrification devrait augmenter.» (3)


Les autres causes: la politique énergétique nébuleuse de l'Europe

 

Ceci étant dit, les changements climatiques ne sont plus une priorité de l'Europe. Sa hantise est la compétitivité de ses entreprises polluantes ou pas. D'ailleurs, à l'instar des Etats-Unis, les lobbys pétroliers sont en passe de gagner la bataille des gaz de schiste par le revirement prévisible de l'Europe au nom de la compétitivité. Nous lisons cette contribution qui prend le contrepied de la déclaration des responsables de Desertec, du journal Le Monde: «(...) Quant à la Commission européenne, elle s'est longtemps contentée d'aborder la question sous l'angle de la concurrence et du réchauffement climatique. Or, sur fond de crise et de chômage massif, la lutte contre le dérèglement climatique est reléguée au second plan. Les instruments développés par les Européens, comme le système d'échange des permis de polluer qui a vu l'effondrement des prix du carbone, montrent de surcroît leurs limites. Les Vingt-Sept se sont engagés à tirer 20% de leur consommation d'énergie des renouvelables d'ici à 2020, et sont en passe d'y parvenir. Cependant, les détracteurs des éoliennes et des panneaux solaires dénoncent le coût de ces productions et leur caractère irrégulier. (...) «L'Europe risque de devenir le seul continent à dépendre d'énergie importée, a averti le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. En 2035, notre dépendance sera supérieure à 80% et cela va avoir des conséquences pour la compétitivité de nos entreprises.»» (4) 

 

Chacun a en esprit le scoop de l'AIE, à savoir, que les Etats-Unis vont bouleverser durablement le marché de l'énergie en créant un «choc d'offre». Pour l'économiste Thomas Porcher, il n'y a pas de danger: «Selon ses prévisions, les Etats-Unis deviendront le premier producteur de brut entre 2017 et 2020, et exportateur net en 2030. Par conséquent, l'augmentation de la production américaine de pétrole entraînerait un déplacement du centre de gravité mondial de la fourniture d'énergie du Moyen-Orient aux Etats-Unis et redistribuerait les cartes au niveau géopolitique. L'offre de pétrole au niveau mondial s'est mise à augmenter et la part de l'Opep est passée de 55% en 1973 à moins de 30% en 1985. La structure de l'offre mondiale ressemblait fortement à celle anticipée.» (5)

 

Pour Thomas Porcher qui croit en le rôle stabilisateur de l'Opep: «La situation historique a toujours conféré à l'Opep un rôle géopolitique majeur au niveau mondial est le fait d'être la seule organisation capable de jouer le rôle de swing supplier, de producteur capable de remplacer la production de tout autre pays qui viendrait à manquer. (...) Or, la plupart des pays hors Opep produisent à pleine capacité et ne disposent pas de marges de production suffisantes et directement mobilisables pour exercer un pouvoir sur le marché. (...) Dans ces conditions, il est à parier que même si les Etats-Unis augmentent fortement leur production, ils ne deviendront pas le centre de gravité mondial de l'énergie, car, en cas de tensions géopolitiques, d'incertitude ou de flambée des prix du brut, la seule organisation capable de modifier significativement l'offre mondiale de pétrole restera l'Opep.» (5)

 

On l'aura compris, on compte sur l'Opep quand il y a problème et les prix du pétrole sont ceux que les pays occidentaux veulent bien payer indépendamment des manipulations des prix qui ne sont jamais absentes. Dans tout ce «remue-méninges» sur la façon de s'en sortir, les rentiers de l'Opep planent: «Ils ont affiché leur sérénité face au bond de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, mais ce phénomène risque, selon des experts, d'exacerber les rivalités au sein du cartel dont les membres seront diversement affectés. «L'Opep sera là longtemps après le pétrole de schiste», a lancé le secrétaire général de l'Opep, qui s'est réunie vendredi à Vienne et a maintenu à cette occasion son plafond de production à 30 millions de barils par jour (soit un peu plus du tiers de l'offre mondiale), a relativisé ce phénomène. «Je ne pense pas que ce soit une grande menace» pour le cartel, a déclaré M.El-Badri. «C'est un nouvel ajout au bouquet énergétique et nous le saluons», a-t-il ajouté». (6)

 

Quel malheur pour les peuples rentiers que de lire dans les boules de cristal et de faire dans l'auto-assurance sans préparer l'avenir!! Desertec est venu, il est parti, les pays maghrébins eco-colonialisme ou pas se retrouvent démunis pour n'avoir pas préparé l'avenir et n'avoir pas mutualisé leurs moyens, ils continueront à servir de variables d'ajustement de stratégies décidées ailleurs. Ainsi sera le destin de ceux qui errent sans prise sur le futur.

1. http://www.scoop.it/t/acteurs-de-la-transition-energetique 


2.http://www.leconomiste.com/article/907055-energies-renouvelablesles-opportunit-s-pour-les-entreprises


3.http://www.euractiv.com/node/528166?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=b520586861newsletter_infos_de_la_semaine&utm_medium=email&utm_term=0_bab5f0ea4e-b520586861-245437701  Published 31 May 2013

 

4. http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/21/les-vingt-sept-face-a-un-risque-accru-de-dependance-energetique_3411997_3234.html


5. http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/26/pourquoi-le-gaz-de-schiste-americain-ne-changera-pas-la-donne-mondiale_3417715_3232.html


6. http://lexpansion.lexpress.fr/economie/l-opep-face-au-choc-du-petrole-de-schiste-americain_387581.html

 

Professeur Chems eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 11:06

 

 

«Si nous voulons sérieusement contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C, ce qui provoquerait déjà une augmentation de 6 mètres du niveau de la mer, alors nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'exploiter les sables bitumineux ou d'autres hydrocarbures non conventionnels. Cela signifierait un «game over» pour le climat, et laisserait à nos enfants une situation incontrôlable de changements irrémédiables (..) on ne pourra que «prétendre» que nous ne savions pas.».

 

James Hansen Directeur du Goddard institute

 

    L'opportunité nous est donnée de traiter des changements climatiques suite à la tornade qui a dévasté la petite ville de Moore dans l'Etat de l'Oklahoma. En effet, une puissante tornade, avec des vents allant jusqu'à un record de 300 km/h, a frappé, lundi 20 mai, la ville de Moore dans la banlieue d'Oklahoma City, détruisant au moins deux écoles et bâtiments. (...) Les secours s'activaient pour retrouver des rescapés sous les nombreux débris:  Plus de vingt morts personnes mortes dont des enfants et des dizaines de blessés sans compter les dégâts matériels qui sont impressionnants. Est-ce à dire que les changements climatiques sont responsables directement de ces tornades? Nous ne pouvons pas le dire, car certaines régions des Etats-Unis connaissent ces tornades depuis longtemps. Les 10 tornades les plus dévastatrices aux Etats-Unis depuis 1840 auraient fait des milliers de morts.


La réalité des changements climatiques

 

   Cependant, on ne peut pas nier que les changements climatiques catalysent l'avènement de ces phénomènes. Ceci nous ramène à cette cause qui est de plus en plus enterrée qui est celle d'inverser la tendance en tournant le dos aux énergies fossiles responsables pour une large part de cette errance climatique niée encore par les climato-sceptiques. Pourtant, il semble que ces derniers soient en minorité: «Contrairement aux idées reçues, la communauté scientifique n'est pas divisée sur le changement climatique. Une «écrasante» majorité des publications de ces vingt dernières années assure que l'homme est responsable du réchauffement en cours, avance jeudi une étude parue dans la revue Environmental Research Letters.
Entre 1991 et 2011, sur plus de 4000 articles exprimant une opinion à ce sujet et écrits par plus de 10.000 scientifiques, plus de 97% d'entre eux entérinaient la thèse de l'origine anthropique du changement climatique.» Notre analyse montre que les articles rejetant le consensus sur le changement climatique ne constituent qu'une faible proportion de ce qui est publié, et sont en voie de disparition», écrivent les auteurs de l'étude, qui sont principalement des scientifiques experts de l'environnement, originaires des Etats-Unis, du Canada et d'Australie, dont certains contribuent au site Internet Skeptical Science, qui démonte les thèses des climatosceptiques. (...) Parmi les climatosceptiques, certains nient totalement le phénomène du réchauffement quand d'autres le reconnaissent, mais ne l'imputent pas aux émissions de gaz à effet de serre, mais à d'autres phénomènes comme l'activité solaire. (1)

 

Pour Stephane Foucart, un cap symbolique est en passe d'être franchi. Pour la première fois depuis que l'homme est apparu sur Terre. Et même depuis plus de 2,5 millions d'années... Le seuil de 400 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique devrait être atteint courant mai. «Franchir le seuil de 400 ppm de CO² porte une forte charge symbolique, juge le climatologue Michael Mann, directeur du Earth System Science Center de l'Université de Pennsylvanie. Cela vient nous rappeler à quel point la dangereuse expérience que nous menons sur notre planète est hors de contrôle.» Au rythme actuel des émissions de dioxyde de carbone, l'objectif fixé par la communauté internationale de limiter, à l'horizon de la fin du siècle, le réchauffement à deux degrés au-dessus du niveau préindustriel, est désormais quasi intenable. (...) Selon les derniers travaux du Giec, la stabilisation du CO² entre 400 ppm et 440 ppm conduirait, sur le long terme, à une augmentation moyenne de la température terrestre de 2,4 °C à 2,8 °C. «La dilatation thermique des océans conduirait à une élévation du niveau moyen des océans comprise entre 50 cm et 1,7 m, ajoute M.van Ypersele. Et ce, sans tenir compte de la fonte des glaciers.». (2)



La « parade » contre des changements climatiques erratiques

 

Les changements climatiques on un coût qui est d'autant plus important qu'il n'est pas anticipé. De plus, la vulnérabilité est inversement proportionnelle à la richesse et au développement du pays. La grêle a coûté près de 18 millions d'euros en Suisse en 2012. Les productions de fruits et légumes accusent un retard de deux à trois semaines en raison du mauvais temps et pour certaines, la saison est déjà compromise par endroit, affirment les producteurs contactés mardi 21 mai par l'AFP.

 

Dans la contribution suivante, l'auteur montre que l'on peut y répondre à moindre coût: il existe des moyens de gérer au mieux les aléas climatiques. A titre d'exemple, en France, près de huit entreprises sur 10 sont impactées, à divers degrés, par la météo. (..)Les récoltes de fraises ou de radis accusent un retard de plusieurs semaines et le tourisme est en berne malgré les nombreux ponts. La variation du chiffre d'affaires peut ainsi être très importante. Elle atteint 70% dans le tourisme, jusqu'à 85% dans l'énergie. D'où l'importance, pour les sociétés les plus «météo-sensibles», de bien anticiper les caprices du ciel. Car même si la pluie et le beau temps sont des phénomènes aléatoires, il existe des moyens pour éviter au maximum les mauvaises surprises... et capitaliser sur les bonnes. Plusieurs sociétés d'études se sont ainsi développées et offrent aux entreprises des études détaillées sur l'impact du ciel sur leurs chiffres d'affaires. (...) «(4)

 

A titre d'exemple justement, cette notion d'anticipation est superbement ignorée en Algérie. D'une façon récurrente, les inondations en Algérie sont catastrophiques et les égouts bouchés du fait de l'incurie des services concernés, sont un cauchemar pour les usages, comme cela a été montré à la télévision, oubliant du même coup, ce qui s'est passé à Bab El Oued, il y a plus de dix ans. Mieux, les Algériens ne s'assurent pas contre les catastrophes. L'assurance n'est pas encore rentrée dans l'imaginaire algérien. On dit qu'il y a à peine 4% d'Algériens qui s'assurent contre les catastrophes.


Le changement climatique en action: les réfugiés climatiques

 

Après les réfugiés politiques et les réfugiés économiques qui quittent les Suds dévastés, voici venir les réfugiés écologiques. Ainsi - sans publicité, sans m'as-tu-vu, ignoré des médias, on apprend que le typhon Mahasen a touché, jeudi 16 mai au matin, les côtes du Bangladesh, où plus de 800.000 personnes ont été évacuées. « La Birmanie, en alerte, a elle, aussi prévu des transferts massifs de population... Les événements climatiques et météorologiques extrêmes - inondations, mousson, cyclones, tempêtes - constituent la quasi-totalité (98%) des catastrophes naturelles qui, en 2012, ont conduit au déplacement de 32,4 millions de personnes dans 82 pays, d'après le rapport «Global Estimates 2010», publié, lundi 13 mai, par l'International Displacement MonitoringCentre (IDMC) et le Norwegian Refugee Council (NRC). L'Asie a été la plus affectée (22,2 millions de déplacés), devant l'Afrique (8,2 millions) et le continent américain (1,8 million). Le chiffre est deux fois supérieur à celui de 2011, qui était de 16,4 millions. Mais une constante demeure. «Les régions les plus pauvres sont les plus touchées, même si les Etats-Unis sont aussi frappés. Il y a une interaction entre la vulnérabilité aux phénomènes climatiques et la pauvreté économique», estime Bettina Laville, avocate spécialisée dans le développement durable et auteur d'un rapport sur les réfugiés climatiques. Au-delà de la terminologie, le nombre des déplacés ne peut qu'augmenter dans les décennies à venir. «(5)



Peut-on continuer à polluer avec les énergies fossiles?

 

Hervé Kempf explique que les réserves d'énergie fossile: pétrole, charbon et gaz représentent 745 milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre, ce qui est bien plus que ce que peut absorber l'atmosphère, si l'on veut contenir le réchauffement climatique à moins de 2 degrés. Et donc que l'on devrait laisser dans le sol ces combustibles polluants! Ce qui entraînerait la faillite des compagnies industrielles du secteur! Dans un travail fondateur publié en 2009, le Potsdam Institute a montré que si l'on voulait ne pas dépasser le seuil de 2°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, autrement dit si l'on voulait éviter une catastrophe climatique probable, il fallait limiter les émissions mondiales de gaz carbonique entre 2000 et 2050 à 886 milliards de tonnes. Du fait des fortes émissions de la première décennie, le budget n'est plus maintenant que de 565 milliards de tonnes. (6)

   Pour sa part, Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, a publié en 2006 le «rapport Stern». Il affirmait dans ce volumineux document qu'un modeste investissement annuel de 1% du PIB mondial jusqu'en 2050 éviterait alors une baisse du PIB mondial qui serait de l'ordre de 20%. Les «investissements» opérés notamment pour la prospection des réserves de combustibles fossiles le sont sans espoir de ce fameux «retour sur investissement». (6)



 

 

La responsabilité du libéralisme sauvage

 

Y a-t-il une relation entre les perturbations climatiques et la richesse selon les canons du néolibéralisme? Le 8 mai 2013, écrit Jacques Cossart, un communiqué du Monde célèbre la victoire... de Wall Street en annonçant que l'indice Dow Jones - le Dow, comme on dit entre soi - aurait, pour la première fois de son histoire, dépassé «la barre» des 15.000 points. On remarquera, au vu de l'évolution, qui tient compte de l'inflation, de l'indice sur la période allant de 1925 à 2010 (*), que les deux décennies de la dérégulation flamboyante des années 1980 et 1990, montre le passage à partir d'un creux de 1500 points environ à un pic proche de 15.000 points déjà. Il s'agit donc d'un multiplicateur 10, or sur la même période, le multiplicateur du PIB étasunien en dollars constants a été de 2. Comment donc expliquer que la croissance de l'indice ait été décuplée alors que la «richesse» réelle a seulement été doublée? Quelle autre raison que l'omniprésence de la spéculation pourrait bien invoquer les partisans - affichés ou cachés - de la dérégulation? (7)

 

Dans ce qui suit, nous allons donner la parole à deux auteurs qui, chacun à sa façon nous expliquent comment le libéralisme traite les changements climatiques. «Depuis 20 ans, écrit Yves Heuillard, on nous ment sur le changement climatique et les émissions de gaz carbonique». «Le premier mensonge concerne notre soi-disant succès à réduire nos émissions carbonées. Le deuxième mensonge consiste à dire que nous faisons tout pour juguler le problème climatique. Le troisième mensonge concerne la consommation qui est présentée comme un élément essentiel au bonheur. D'abord, nous n'avons pas réduit nos émissions de gaz carbonique. La comptabilité publique en la matière ne tient compte que des émissions locales, et non des émissions générées ailleurs par les produits que nous importons, et qui sont censés nous apporter le bonheur. (...) Et si on fait le vrai calcul, en incluant les émissions qui ont servi à satisfaire notre demande de produits, en réalité nos émissions ont augmenté. En fait, elles ont augmenté de 20% en 20 ans. Mais le gouvernement préfère l'ignorer, sauf à révéler qu'en réalité, il n'a pas tout fait pour réduire le changement climatique. Et il préfère blâmer la Chine pour ses émissions, plutôt que notre propre consommation qui ne cesse de grimper. (...) Il serait temps de dire la vérité au sujet de la consommation. «Nous devrions commencer à faire les produits dont nous avons besoin de manière durable, plutôt que de rejeter la responsabilité sur d'autres pays. Et nous devrions également nous passer des produits dont nous n'avons pas besoin».(8)

 

Les Etats-Unis, écrit le professeur d’économie  Michel Aglietta, sont le pays où le déni du changement climatique est poussé à l'extrême. Il explique comment tout est bon pour le capitalisme pour crer de la valeur sur le malheur   des autres . « C'est aussi dit il , celui où l'Etat fédéral n'investit plus en infrastructures de transports publics et où les Etats ne sont pas en mesure de moderniser leurs moyens vétustes. Sa vulnérabilité aux événements extrêmes est révélée par Sandy.(...) Mais cela n'a guère d'importance pour le capitalisme, ce qui compte, ce sont les coûts financiers et les opportunités de profit sur la reconstruction. Les estimations actuelles de Goldman Sachs, bien sûr, vont de dollars 30 à 50 mds. Du point de vue de la mesure, on voit à quel point tout le système comptable est démuni pour éclairer des politiques de développement durable. Car les destructions de capital social ne sont pas comptabilisées dans le PIB, alors que le coût de la reconstruction va augmenter le PIB l'an prochain.

 

On l’aura compris : « L'économie américaine apparaîtra plus riche du fait de la catastrophe! Le capitalisme ne reconnaît pas la valeur des fondements écologiques de l'économie. Si l'on veut mettre en oeuvre une politique économique de développement durable, il faut au préalable construire une comptabilité patrimoniale qui évalue tout le capital social et déduit les destructions de capital naturel dues à la pollution, à la réduction de la biodiversité, aux inondations dues à la montée de niveau des océans, à la rareté de l'eau, etc... (9)


Faut-il un tribunal pour juger les crimes contre l'environnement? Il est indispensable, lit-on sur le site Attac, que soient institués au plus vite dans le cadre de l'ONU, un droit international de l'environnement et un tribunal habilité à juger et sanctionner les délits et les crimes commis. Amen.


1. http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/16/les-scientifiques-climato-sceptiques-sont-en-minorite_3261853_3244.html


2. Stéphane Foucart   http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/06/le-taux-de-co2-dans-l-air-au-plus-haut-depuis-plus-de-2-5-millions-d-annees_3171507_3244.html


3. http://www.challenges.fr/economie/20130521.CHA9655/comment-le-mauvais-temps-impacte-la-consommation.html


4. http://www.challenges.fr/economie/20130521.CHA9661/meteo-pourrie-les-entreprises-ne-sont-pas-condamnees-a-subir-ce-printemps-pluvieux-et-froid.html#xtor=EPR-7-[Quot18h]-20130521


5. Plus de 32 millions de personnes ont été contraintes à l'exode climatique en 2012 Le Monde 16.05.2013


6. http://ecolos34130.over-blog.com/article-deux-faillites-a-venir-117595031.html


7. Jacques Cossart   http://www.france.attac.org/archives/spip.php?article1289213/05/2013
8. Y. Heuillard http://www.ddmagazine.com/201305052624/Actualites-du-developpement-durable/-Rechauffement-et-emissions-de-CO2-on-nous-ment-depuis-20-ans.html


9. Michel Aglietta Sandy, l'hyper capitalisme et le changement climatique    http://www.cepii.fr/BLOG/bi/post.asp?IDcommunique=1616 Novembre 2012

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique nep-edu.dz

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 07:35

 

 

«Le problème aujourd'hui n'est pas l'énergie atomique, mais le coeur des hommes.»

 

Albert Einstein


    Le 11 mars 2011, le sol tremblait fort au large du Japon. Le séisme, de magnitude 9 sur l'échelle de Richter, a entraîné un violent tsunami entraînant la mort de 15.000 personnes au pays du Soleil-Levant, ainsi que la destruction de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Des émanations radioactives ont été libérées dans l'atmosphère et pourraient causer de nouvelles victimes à l'avenir, du fait de l'augmentation des risques de cancer dans la région.

 

Le puissant séisme de Tohoku, celui qui donna naissance au tsunami de 2011 au large du Japon, a été détecté par le satellite Goce à 260 km d'altitude grâce aux infrasons. Deux ans après, des milliers de manifestants ont défilé dimanche 10 dans les rues de Tokyo en demandant au gouvernement nippon de renoncer à l'énergie nucléaire, à la veille du deuxième anniversaire du tsunami qui avait provoqué une catastrophe à la centrale atomique de Fukushima. Selon un sondage récent, 70% des Japonais sont partisans d'un abandon du nucléaire à terme. Une proportion équivalente soutient Shinzo Abe, alors même que celui-ci milite pour une relance des réacteurs à l'arrêt...


Les conséquences de l'apocalypse de Fukushima

 

Fukushima est devenue une ville morte et sur 20 km, il n'y a pas âme qui vive. Tout a été figé. Il y a eu «arrêt sur image». Les habitants ont tout abandonné dans une panique indescriptible. Le courant n'ayant pas été coupé, les hauts parleurs diffusent encore comme si de rien n'était de la musique douce qui accompagnait le quotidien des habitants de cette petite ville qui avait le malheur de sa proximité avec la centrale.

 

Deux ans après Fukushima, écrit David Naulin, du site «cdurable», on n'entend plus beaucoup parler de la vie au quotidien de tous ceux qui ont dû quitter pour toujours leurs maisons, de ceux qui ont choisi d'y rester en tentant désespérément de nettoyer tous les jours une contamination qui revient régulièrement car les forêts toutes proches sont contaminées. (...) Les trois réacteurs accidentés ainsi que les explosions d'hydrogène dans les bâtiments de la centrale dans les jours qui ont suivi le 11 mars 2011 ont ainsi libéré de grandes quantités de césium radioactif. Ce césium a une durée de vie longue. Il est considéré qu'il ne sera ´´inoffensif´´ qu'au bout de 300 ans. Il reste aujourd'hui 98% de sa radioactivité initiale dans l'environnement, un taux qui sera encore de 81% en 2020. (1)

 

Le 28 février dernier, l'OMS sortait un rapport préliminaire établissant les risques de développer certains cancers pour les personnes exposées à la radioactivité qui s'est échappée de la centrale nucléaire de Fukushima depuis le 11 mars 2011. Bien qu'il soit trop tôt pour faire un bilan complet, ce texte estime qu'une sous-partie de la population, la plus exposée, risque de développer certaines tumeurs particulières. Chez les enfants, la thyroïde est susceptible d'être frappée. Ainsi, cet organe est sensible à la radioactivité, ce qui n'est pas le cas de toutes les parties du corps. D'après les prévisions de l'OMS, les jeunes filles vivant à proximité de la centrale nippone ont environ 70% de risque en plus de déclarer la maladie. Un nombre impressionnant, mais qui, concrètement, signifie qu'une femme a désormais 1,25% (au lieu de 0,75%) de probabilité de contracter un tel cancer tout au long de sa vie. Les enfants de Fukushima ont été invités à passer des échographies de la thyroïde pour diagnostiquer les anomalies susceptibles d'être des tumeurs. (2)

 

Au-delà des pertes humaines, et selon un rapport de l' Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire Irsn, dévoilé par Le Journal du dimanche, les répercussions d'un incident nucléaire majeur pourraient atteindre trois fois le PIB. La catastrophe de Fukushima? Environ 430 milliards d'euros à régler pour les citoyens japonais.L'Irsn a indiqué qu'un rapport confidentiel de 2007, cité par Le Journal du dimanche et faisant état d'un coût maximum de 5800 milliards d'euros pour une catastrophe nucléaire en France, n'était plus d'actualité. (3)

L'autre utilisation dissuasive du nucléaire: le canular du TNP

 

Nous savons que le nucléaire a deux usages; l'un à finalité «pacifique» comme celui que nous venons de décrire du fait de la folie des hommes voulant arracher le feu prométhéen, l'autre est à usage militaire, c'est-à-dire que les conséquences sont plus directes, plus immédiates, la quantité d'énergie qu'un réacteur nucléaire délivre d'une faon maitrisée sur un temps long est libérée d'un coup. Ceux qui ont cette maitrise- les membres du Conseil de sécurité des Nations-unies- ne veulent pas que les autres accèdent à la maitrise de ce feu, en clair, de la bombe atomique. Ils inventent un traité d'exclusion. Le principe de base du TNP repose sur la discrimination opérée entre les États dotés de l'arme nucléaire ayant fait exploser un engin nucléaire avant le 1er janvier 1967 (Edan), et les autres États, non dotés de l'arme nucléaire (Endan): les premiers (États-Unis, Urss, Royaume-Uni, France, Chine), également membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, s'engagent en signant le traité à ne pas aider un autre pays à acquérir des armes nucléaires; les seconds s'engagent à ne pas fabriquer d'armes nucléaires et à ne pas essayer de s'en procurer. (..) »(4)

 

«  Le TNP crée intrinsèquement une discrimination entre les Edan et les Endan (...) Une deuxième catégorie de pays ayant des armes atomiques, dont certains comme Israël, n'ont pas signé le TNP et détiennent des centaines de bombes. C'est le cas aussi de l'Inde et du Pakistan qui développent sans problème, à la fois le nucléaire civil mais aussi le nucléaire militaire. Nous avons enfin deux pays pestiférés, d'abord la Corée du Nord qui disposerait de la bombe atomique, de réacteurs nucléaires. Ensuite, l'Iran qui, péniblement, a pu mettre en marche, en dépit de tous les empêchements, la centrale de Bouschheer. Obama annonce le 14 mars à un journal israélien que l'Iran est à un peu plus d'un an de la bombe et que toutes les options sont sur la table si la diplomatie échoue. Il ne permettrait pas qu'Israël soit menacé.»(4)


Le rapport de Greenpeace sur Fukushima

 

Ce rapport tire deux conclusions principales: la catastrophe de Fukushima remet en question la crédibilité de l'industrie nucléaire. L'industrie soutient que le risque d'accident nucléaire se limite à 1 fois pour 1 million (ou moins) d'années d'opérations d'un réacteur. (...)L'influence politique exercée par l'industrie nucléaire sur les autorités japonaises de réglementation de la sûreté nucléaire est l'une des causes principales de l'accident à Fukushima. ´´Plus de 400 réacteurs sont en activité dans le monde aujourd'hui. Vous, votre famille, vos amis, habitent probablement à proximité de l'un d'eux. Que ferions-nous face à un accident nucléaire comme Fukushima? Qui appellerions-nous? À qui écririons-nous? Qu'emmènerions-nous? Voilà des questions auxquelles nous ne voudrions jamais devoir répondre... ´´Il est temps de nous tourner vers des systèmes d'énergie modernes, basés sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, grâce auxquels nous pourrons nous affranchir de ces réacteurs et profiter des avantages supplémentaires d'une meilleure sécurité énergétique, de prix énergétiques stables et de millions d'emplois de qualité´´ assène l'ONG écologiste. (5)


La fabrique du consentement

 

Dans les pays industrialisés, les lobbys du nucléaire ne baissent pas les b ras ! Il s’agit de leur gagne pain et peu importe les dégâts « collatéraux ». Pour ce faire  ils fidélisent des médias « aux ordres » en amalgamant plusieurs paramètres : le cout faible du nucléaire , ce qui est de loin discutable, parce que ne sont pas prises en compte les recherches ayant abouti à la mise en place des réacteurs mais aussi et surtout , un nouveau paramètre apparu ces dernières années à savoir  le coût du démantèlement.. Si on y ajoute le « nationalisme de l’indépendance énergétique avec le fleuron du nucléaire, les ingrédients de combats d’arrière garde sont réunis. 

 

Stéphane Lhomme, Directeur de l'Observatoire du nucléaire, accuse justement  les médias main stream de fabriquer le consentement, il écrit: «Placé sous la haute surveillance d'Anne Lauvergeon, le quotidien Libération a rejoint la liste des médias qui relaient la propagande mensongère du lobby de l'atome. Lundi 11 mars 2013, deux ans jour pour jour après le début de la catastrophe de Fukushima. Logiquement, Libération fait sa Une sur le nucléaire, mais de façon fort curieuse. Le titre, déjà, donne le ton: ´´Deux ans après Fukushima, l'atome s'accroche´´, avec cette précision parfaitement mensongère: ´´Fortement remise en cause après la catastrophe japonaise, l'énergie nucléaire est toujours omniprésente´´ Omniprésente? Regardons ce qu'en dit l'Agence internationale de l'énergie (AIE), fort peu suspecte d'activisme antinucléaire, dans sa publication Key world energy statistics: en 2010 (*), le nucléaire représentait seulement 5,7% de l'énergie primaire mondiale (et à peine 2% si l'on considère l'énergie finale (**)). En 2011, cette part était de 6,9%: elle était donc déjà très modeste mais l'est encore plus aujourd'hui. Même chose si l'on ne considère que l'électricité: le nucléaire, qui représentait 17% de la production mondiale en 2001, n'était plus qu'à 12,9% en 2010 juste avant Fukushima. Depuis, d'après cette fois l'Agence internationale pour l'énergie atomique (Aiea), encore moins soupçonnable de militantisme antinucléaire, la production nucléaire a baissé de 4,25% entre 2010 et 2011, passant de 2630 Twh à 2518 Twh, c'est-à-dire une baisse correspondant à la production annuelle de 20 réacteurs.» (6)

C'est vrai! Cependant, l'AIE a remis en selle le nucléaire et encourage indirectement par ses études orientées, l'oubli de Fukushima. Il est vrai que 65 réacteurs sont en construction dont 27 en Chine. La France qui traine les pieds soutient mordicus que les réacteurs qui ont plus de trente ans sont encore bons pour le service après une étude commandée et recommandée où des mesurettes sont recommandées. La France tient à son EPR: un gouffre financier.

Faut-il choisir entre la peste «fossile» et le choléra «nucléaire»?

 

Nadia De Almeida a recueilli les propos de deux experts. Pour Hervé Kempf, pour sauver la planète, sortez du capitalisme. «C'est avant tout une question de lutte sociale. Il faut réduire notre impact sur la biosphère, en diminuant notre consommation matérielle et énergétique, principalement dans les pays riches...tout en faisant preuve de justice sociale. Comme l'éducation, la santé, la culture par exemple... qui sont des domaines essentiels que le capitalisme cherche précisément à privatiser et à réduire en ce moment. Dans d'autres secteurs économiques, il s'agit d'opter pour une autre agriculture, d'autres politiques énergétiques, urbaine, des transports...où résident des potentiels d'emplois tout à fait importants suivant une autre logique que celle mise en oeuvre à l'heure actuelle. (...) Nous sommes à un moment important et grave de l'histoire humaine...où la majorité des gens se rendent compte que ce système est bringuebalant, fissuré et qu'il ne fonctionne pas. (...) Nous avons tout intérêt à mettre le paquet sur les économies d'énergies tant du point de vue climatique, que de l'emploi, et de l'équilibre économique extérieur.» (7)

 

Allant plus loin, il invite à changer de paradigme: «Il faut sortir de cette logique du «plus de consommation, plus de gaspillage». En termes d'énergies, il faut tenir compte des ressources naturelles de la planète et adopter une attitude de sobriété...L'énergie nucléaire pose d'énormes problèmes. En termes d'émissions radioactives, ce qui se passe à Fukushima est impressionnant. (...) Les déchets radioactifs sont très dangereux et vont le rester pendant des millions d'années. Et pour l'instant, aucune solution n'a été trouvée. Ce qui pose un autre problème moral: celui du poison que nous léguons aux générations suivantes.»(7)

Marie-Claire Cailletaud n'exclut pas un nucléaire maitrisé. Pour elle: «Il est urgent de réduire les inégalités, notamment en instaurant un droit à l'énergie pour tous. Or à l'heure actuelle, le droit à l'énergie est loin d'être acquis au niveau mondial: 1, 6 milliard de personnes n'ont pas accès à l'électricité; 80% de ressources fossiles de la planète sont «bouffées» par 20% de la population (...) Les pays industrialisés ont assis leur développement sur les ressources fossiles (charbon, gaz, pétrole) qui fournissent de l'énergie mais en quantité finie.,,, alors qu'à notre avis, elles devraient être gérées collectivement comme des biens publics de l'humanité. D'autre part, un réchauffement climatique non maîtrisé, accompagné d'une montée des eaux et d'un assèchement d'une partie du sol terrestre, entraînerait des migrations massives de populations et générerait des tensions géopolitiques très graves.»(7)

 

Tirant les conséquences, elle propose: «Cela implique tout d'abord à faire des économies d'énergie, dans les habitats, les transports collectifs, l'urbanisme... Cette transition nécessite également de relocaliser la production et de développer des filières d'énergies renouvelables, de réduire le recours aux énergies carbonées, comme le charbon ou le gaz ou alors de les utiliser en veillant à capter et à stocker le CO2 produit. (...) Nous ne pouvons pas nous passer non plus de l'énergie nucléaire car ce mode de production n'émet pas de gaz carbonique.(7).

Que peut-on dire en conclusion?

 

Pour Michel Eyraud, ingénieur spécialiste il faut tirer les conséquences: «La catastrophe de Fukushima nous met au pied du mur et nous invite à revenir vite à une éthique dans les décisions de politique énergétique. (...) il est désormais prouvé que nos pays développés sont toujours dépassés en termes de moyens humains et matériels disponibles pour faire face à des accidents nucléaires de grande ampleur. (....) La production nucléaire d'électricité est un procédé qui ne peut fonctionner que dans un ´´monde parfait´´ (qui n'existera jamais) autorités intègres et rigoureuses, absence de pression sur des délais, personnel exploitant parfaitement formé et ne commettant jamais d'erreur, installations toujours neuves et sans erreur d'entretien, lieu d'implantation dénué de tout risque naturel... Le nucléaire parfait des ´´nucléocrates´´ est en pratique une menace permanente pour l'humanité ». (8)

 

Faisant appel au bon sens, il conclut qu'il faut tourner le dos au nucléaire: «Une société qui se revendique de l'humanisme, se devrait de faire ses choix énergétiques en priorité en tenant compte de l'acceptabilité du risque (gravité des conséquences et probabilité d'occurrence). Le nucléaire est, de fait, le seul procédé énergétique en service avec un tel risque ultime catastrophique que l'on a qualifié (du côté des ´´nucléocrates´´) pendant des années comme´´impossible´´ puis ´´improbable´´,puis enfin comme ´´peu probable´´. Une solution énergétique, un procédé de production d'énergie comportant un risque même faible de catastrophe est éthiquement inacceptable! Le coût de la solution énergétique ne peut pas, ne peut plus servir d'argument pour un tel choix. Les sources d'énergie renouvelables offrent une possibilité rationnelle de sortie du nucléaire à condition d'avoir la volonté politique.»(8)

 

La citation d’Einstein est d’une brûlante actualité. Le nucléaire est vu comme un enjeu de pouvoir de suprématie. Ceux qui détiennent le feu atomique se considèrent au dessus de la mêlée , ils dictent leurs volontés au monde . Ils ne veulent surtout pas rendre compte et ils sont profondément injustes.  Si vous n’avez pas singé le TNP ,  vous ne risquez rien. C’est le cas d’Israël qui disposerait d’un arsenal que personne ne peut ni ne veut contrôler. Par contre pour avoir signé le TNP et pour avoir subi plus de 2000 contrôles de l’AIEA, l’Iran est toujours sur la sellette. Elle a beau déclarer que l’enrichissement qu’elle développe est à usage civil , rien n’y fait ! Le matraquage des médias met en perspective la volonté   permanente  de  présenter ce pays sous un jour couleur de soufre. Einstein avait raison : Il s’agit bien d’une maladie du cœur des  hommes./

    
1.David Naulin, Cyrille http://cdurable.info/Fukushima-deux-ans-apres-Dossier-analyse-revue-presse-videos-livres.html lundi 4 mars 2013

2. Des-anomalies-de-la-thyroide-chez-des-enfants futura-sciences.com/fr mars 2013
3. Nucléaire: les puissances nucléaires piégées par leur arsenal Le Point 10/03/2013
4. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/la-s-curit-du-monde-en-p-ril-le-nucl-aire-de-la-peur/30037Mondialisation.ca, 30 mars 2012

5. http://www:greenpeace.org/france/Page Files/300718/Rapport_fukushima.pdf

6. http://blogs.mediapart.fr/edition/nucleaire-lenjeu-en-vaut-il-la-chandelle-pour-lhumanite/article/110313/catastrophe-nucleaire-liberation 11 mars 2013 Par Patrig K

7.http://www.blancmesnil.fr/lenergie_un_capital_a_reconquerir.html 23.12.2011

8. Michel Eyraud: Après Fukushima: retour à un minimum d'éthique ou au ´´Business as Usual´´? LeMonde.fr | 15.04.11

 

Prof. C.E. Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:44

«Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.» Kenneth Boulding, Président de l'American Economic Association.

 

   L'automobile, synonyme hier de liberté, de progrès social et moteur de la croissance économique, est aujourd'hui sur le banc des accusés. Fera-t-elle encore sens dans un monde sous contrainte environnementale et, probablement, de pénurie énergétique? Doit-elle disparaitre ou doit-elle muer pour la rendre compatible avec les nouvelles exigences de demain? La voiture électrique sera-t-elle la solution? Des innovations sont capables de faire avancer l'automobile vers la voie d'une consommation et d'une pollution réduites. Motorisations essence, diesel, hybrides, électriques, piles à combustible. Cependant, l'évolution des comportements d'achat doit être assumée au lieu d'être subie.

Etat des lieux de la civilisation de l'automobile

 

L'aventure de l'automobile a commencé il y a un siècle avec l’invention du moteur à  explosion en 1885 puis celle du moteur utilisant le gas oil et appelé par la suite , moteur Diesel en hommage à son inventeur Rudolf Diesel . Il y aurait actuellement 1 milliard de voitures. Les automobiles sont à l'origine de 20% des émissions totales de dioxyde de carbone (CO2) en Europe, principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement de la planète. Pour rappel, en 1995, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se sont fixé l'objectif ambitieux de réduire les émissions de CO2 provenant des voitures pour le faire passer à 120 grammes par kilomètre (g/km) d'ici 2012 dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Ce seuil équivaut à une consommation de carburant de 4,5 litres/100 km pour les voitures diesel et 5 litres/ 100 km pour les voitures essence. Les constructeurs dépassant leurs limites d'émission de CO2 seront soumis à des pénalités financières.

 

Les amendes seraient progressivement introduites sur une période de quatre ans après l'entrée en vigueur de la législation, en commençant par 20 Euro par gramme de CO2 pour chaque émission par voiture supérieure à l'objectif de 2012, puis augmentant à 35 Euro en 2013, 60 Euro en 2014 et enfin, 95 Euro en 2015. Selon une évaluation de l'impact de la Commission, les nouvelles règles entraîneraient une hausse moyenne du prix des voitures de 1 300 euros, mais cela serait compensé par les économies de carburants d'environ 2700 euros tout au long de la durée de vie de l'automobile.

 

Fin 2007 Une nouvelle législation signée par le président Bush sur l'énergie est approuvée par le congrès américain. Elle vise à diminuer la consommation des voitures américaines et donc les émissions de CO2. Ainsi, il est prévu que les constructeurs automobiles diminuent de 40% la consommation moyenne des véhicules pour que la nouvelle norme s'établisse autour de 6,75 litres par 100 km à l'horizon 2020. Le gouverneur Schwarzenegger a réagi, aujourd'hui, par une déclaration «la signature du président (Bush) ne constitue pas une raison pour refuser notre dérogation». Notons qu'en France, la consommation moyenne observée sur des véhicules déjà en circulation est de 7,2 litres aux 100 km en 2004.


L'énigme chinoise

 

Nous sommes habitués à la démesure chinoise. Il y a quelques années, il y avait 30 millions de voitures pour 1,3 milliard d'individus. Soit une voiture pour 45 personnes, à comparer aux 270 millions de voitures pour 300 millions aux Etats-Unis, soit 9 voitures pour dix personnes. «En hausse de 52% l'an dernier, le marché chinois est devenu le premier de la planète, devant celui des États-Unis.(...) On raconte que lors du 8e congrès du Parti, en 1956, Mao avait lancé: «Nous savons désormais fabriquer des autocars et des avions. Il nous faut maintenant une voiture chinoise.» Deux ans plus tard, la première Dongfeng, opportunément appelée «Vent d'Est», sortait d'usine. La Chine restera pourtant jusqu'au début des années 1990 le «royaume du vélo». Pour la seule ville de Pékin, ce sont plus de 2 000 nouvelles voitures qui investissent chaque jour les rues. (...) La folle histoire des Chinois avec l'automobile est loin d'avoir atteint le bout de la route. Malgré des limitations imposées par le gouvernement chinois, le secteur automobile va poursuivre son développement et ce, alors qu'il est devenu le premier marché mondial devant les Etats-Unis. La circulation est devenue tellement compliquée à Pékin que le 12e Plan quinquennal municipal (2011-2015) suggère aux habitants «d'habiter près de leur lieu de travail pour éviter la congestion.» (1)



L'addiction: Pékin étouffe de par la pollution

 

Le revers de la médaille est l'addiction génératrice d'une pollution. La pollution de l'air a atteint des niveaux inédits à Pékin et dans toute une partie du nord de la Chine.
«Aujourd'hui, la plupart des habitants savent qu'en utilisant des purificateurs d'air, ils s'offrent quelques années de vie en plus...» (...) De fait, la capitale chinoise est plongée dans un brouillard de pollution à couper au couteau qui n'a laissé passer le soleil qu'une poignée de jours en janvier. Le 12, la pollution atmosphérique a même battu tous les records, puisque les particules en suspension d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres (les «PM 2,5») ont atteint une concentration de 993 microgrammes par mètre cube. Soit près de 40 fois plus que le niveau maximal recommandé par l'Organisation mondiale de la santé. En temps normal, les Pékinois sont certes habitués à des taux déjà élevés variant entre 100 et 200 mg/m3, et jusqu'à 400 les mauvais jours. Mais, avant le 12 janvier, Li Junbo n'y avait jamais vraiment fait attention. (...) De fait, l'impact des particules fines sur la santé est aujourd'hui attesté: l'OMS estime que la pollution de l'air est responsable de deux millions de morts prématurées par an. En décembre, Greenpeace Chine avait publié un rapport alarmant en partenariat avec l'Université de Pékin. Selon cette étude, les particules fines ont été responsables en 2012 d'au moins 8 572 morts prématurées dans les quatre grandes villes chinoises étudiées, dont plus des deux tiers à Pékin et Shanghaï. Les raisons des taux record de janvier sont difficiles à déterminer précisément, affirme Zhou Rong, responsable de la question au bureau pékinois de l'ONG. «Les particules proviennent majoritairement de la circulation automobile et de l'utilisation du charbon ainsi que des nombreux chantiers de construction.» (2)


La chine choisit la voiture verte

 Pour parer dans une certaine mesure à l’addiction tardive des Chinois pour l’automobile,  les responsables pensent « vert » Pour rappel , en 2012, les Chinois se sont portés acquéreurs de près de 18 millions de nouvelles voitures, alors que les ventes aux Etats-Unis atteignaient 15 millions de véhicules. La Chine a un nouvel objectif: avoir le plus de voitures électriques. Début janvier, le gouvernement chinois a annoncé une nouvelle mesure audacieuse pour réduire les embouteillages et les émissions de carbone: 60% des véhicules à moteur circulant dans les villes devront servir aux transports publics. Le gouvernement de Beijing a également appelé les gouvernements régionaux à privilégier les véhicules à zéro émission et à énergie alternative. La Chine continue à être le principal marché mondial des véhicules à essence, mais il est de plus en plus clair que le gouvernement entend faire de ce pays le chef de file mondial des véhicules propres.. (..) » (3)

 

«  En 2011, le gouvernement chinois a décidé d'allouer 1,5 milliard de dollars par an sur dix ans à son industrie automobile, dans l'espoir de voir le pays devenir l'un des principaux producteurs mondiaux de véhicules propres. La Chine n'a guère d'autre choix que de s'équiper en voitures à zéro émission. (...) Le gouvernement chinois a donc pris des mesures draconiennes pour s'affranchir des combustibles fossiles. En août dernier, les autorités chinoises ont alloué près de 290 milliards de dollars à des projets d'énergie propre, avec pour objectif de voir les énergies renouvelables représenter un cinquième de la demande totale d'énergie d'ici 2015. (....) Le gouvernement offre en outre une prime de 8000 dollars pour tout achat d'un véhicule électrique. Cette subvention est l'une des plus élevées au monde, démontrant à quel point les autorités entendent encourager les consommateurs et les entreprises de transports à changer de véhicules. La Chine remplace également les flottes de véhicules gouvernementaux par des véhicules électriques.(..) Lorsque les voitures électriques s'implanteront sur le marché, elles réduiront la pollution atmosphérique urbaine.»(3)



Le marché mondial de l'automobile en dehors de la Chine

Les ventes de véhicules légers aux Etats-Unis ont augmenté de 9% en décembre dernier, à 1,35 million d'unités, portant le volume pour l'ensemble de l'année 2012 à 14,49 millions d'unités, en hausse de 13,4%. General Motors a vu ses ventes progresser de 3,7% l'an passé, à 2,6 millions de véhicules. (4)). Souvenons nous du slogan de campagne de Barack Obama : « Bin Laden est mort , Général Motors est vivante »..

 

 « Parmi les constructeurs asiatiques, Toyota a enregistré un rebond de 26,6% de ses ventes l'an passé (à 2,08 millions d'unités) et vu sa part de marché remonter à 14,4%. Les ventes de Hyundai-Kia ont, quant à elles, augmenté de 11% (à 1,26 million d'unités). Chez les Allemands, le groupe Volkswagen a vu ses ventes bondir de 30% (à 615 281 unités). Les ventes du groupe BMW ont augmenté de 14% (à 348.000 unités) et celles de Daimler de 14% également (à un peu plus de 305.000 unités). La baisse des ventes de voitures neuves en Europe, en 2012, sera probablement située entre 8 et 10%. Mais dans certains marchés nationaux parmi les plus importants, le recul est plus important. C'est le cas du marché italien qui affiche -20% sur les ventes de voitures neuves, -14% en France et -13,4% en Espagne par rapport à 2011. A peine 1.900.000 voitures neuves ont été vendues sur le marché français en 2012. Et 2013 ne s'annonce pas meilleur que 2012 pour le secteur automobile en Europe.(4)



L'avenir: les voitures à pile à combustible?

 

Les idées ne manquent pas depuis plus de dix ans on nous annonce chaque fois une révolution majeure  dans l’industrie automobile ; le maitre mot est comment diminuer la consommation d’essence  aux 100km voire carrément tourner le dos aux fossiles et aller vers l’électricité – ce qui reste à prouver car l’électricité  est une source secondaire et la façon la plus rentable actuellement de la  produire est d’avoir recours aux énergies fossiles-

 

Déjà n mars 2009, l'Agence Internationale de l'Energie avait annoncé le lancement d'un programme ambitieux d'économie de carburant et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Baptisé «50 by 50», le programme d'économie de carburant (Gfei) de l'AIE affirme que des économies importantes sont réalisables, à hauteur de 6 milliards de barils de pétrole et de 5 gigatonnes de CO², soit l'équivalent de la moitié du total des émissions annuelles actuelles des pays de l'Union européenne. L’AIE proposait   une feuille de route aux industriels automobiles ainsi qu'une aide financière. Le rapport définissait un programme ambitieux de réduction de 50% de la consommation de carburant par kilomètre en 2050 - avec des objectifs intermédiaires en 2020 et 2030 - en ligne avec les suggestions faites par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Il rappelle que le parc automobile mondial devrait tripler d'ici à 2050. (5)

 

 General Motors a annoncé, en mars 2009, que la Chevrolet Volt, une berline hybride rechargeable lancée début 2011, consommera seulement 1,02 litre aux 100 km, soit près de quatre fois moins que l'actuelle Toyota Prius, l'une des voitures les plus sobres du marché. Le constructeur, qui inventera l'automobile durable aura une place au soleil. Le marché ne perce toujours pas. L'alliance automobile Renault-Nissan a annoncé avoir signé avec l'allemand Daimler et l'américain Ford un accord pour développer un système commun de pile à combustible, avec pour objectif de lancer des véhicules électriques avec cette technologie à partir de 2017. (...) Les trois partenaires, qui travaillent déjà sur cette technologie, entendent ainsi «encourager le futur développement de stations de ravitaillement en hydrogène et d'infrastructures indispensables à la commercialisation à grande échelle de ces véhicules.»(6)

 

On annonce aussi que Peugeot-Citroën aurait mis au point un moteur qui consomme à peine 2 litres d’essence aux 100 km, le principe est d’utiliser un compresseur d’air ( azote) qui permet de stocker l’azote lors de la combustion et qui restitue cette énergie lors d’un redémarrage – notamment en ville- sous forme d’énergie cinétique évitant ainsi d’avoir affaire à la combustion d’essence..On parle de 2017

 


Et en Algérie?

 

Nous aussi nous faisons dans la démesure sans produire de richesse, mais en brûlant d’une façon inconsidérée  les dernières réserves de pétrole et de gaz. L’addiction à la voiture est aussi important que celles des pays développés ou de la Chine, sauf que  l’on ne produit rien . Souvenons nous de l’usine de montage de R4 dans les années 60 du siècle dernier. Souvenons de l’arlésienne de « la voiture « Fatia » avec les Italiens à  Tiaret dans les années 80.  Ce qui a de suur c’est qu’avec l’infitah, l’Algérie est devenue une manne  où beaucoup de marques  font leur beurre, sans qu’il y ait de réelles retombées pour le pays. Nous ne sommes même pas capables de mettre de l’ordre dans ce souk au sens propre et figuré, à telle enseigne que l’on voit fleurir  sur les bords des routes des vendeurs qui alignent des dizaines de voitures à vendre. La technique   pour celui qui dispose de  moyens et de commander des voitures auprès des marques installées depuis longtemps et d’attendre son tour, il revend immédiatement les voitures avec une plus value sans avoir aucun tracas, l’acheteur étant livré à lui-même..

 

  Ainsi, L'Algérie a importé 568 610 véhicules en 2012 contre 390 140 véhicules en 2011, en hausse de 45,75%, selon les chiffres des Douanes algériennes obtenus mardi par l'APS. La facture des importations des véhicules a également connu une augmentation de 45,25%, passant de 354,16 milliards de DA en 2011 à 514,43 milliards de DA en 2012 (6,9 milliards de dollars au taux de change de la loi de finances 2012), précise le Centre national de l'informatique et des statistiques (Cnis). Les voitures à pile à combustible. La quarantaine de concessionnaires présents en Algérie ont importé 543.423 véhicules en 2012 contre 365.948 véhicules, en hausse de 48,5%, pour une valeur de 480,17 milliards de DA (+49,01%).

 

En dépit de la suppression, depuis l'été 2009, du crédit automobile, le marché des véhicules neufs en Algérie ne fléchit pas. Le groupe Renault Algérie demeure leader du marché avec cette année plus de 113.000 véhicules vendus et... un projet de construction d'une usine de montage de véhicules de 25.000...Peugeot Algérie, termine l'année 2012 avec un volume de vente de... 66 312 unités, et une part de marché de 15%. (...) Elsecom Suzuki a terminé l'année 2012 avec un volume de ventes de 21.730 unités, soit une progression de 43,25% par rapport à 2011. L'arrivée des nouveaux modèles en 2013, prévient Elsecom Suzuki, tels que la nouvelle Alto et le Grand Vitara restylé, permettra de combler encore plus sa clientèle avec une gamme plus étoffée. (7)


La politique des transports est à inventer en Algérie

 

Devant l'indigence des t, moyens de ransports  chacun se débrouille comme il peut. De plus comme il n’y a pas de réglementation, on n’importe des voitures qui pour une grande part dépasse les 150g de CO2 au km, ces voitures se vendent de moins en moins ailleurs. C’est environ 20 % d’essence consommé en plus ! Pire encore , du fait qu’il n’ya pas de stratégie, le sirghaz  ( mélange de C3-CA) ne se vend pas car son prix est proche cde celui du gaz oil

 

 Au vu de ce qui se passe ailleurs, on se prend à rêver de ce que l'on pourrait faire chez nous pour encourager les voitures qui consomment moins de 150g de CO2/km. Quelques indications d'une stratégie des transports en Algérie. Il y a d'abord un aspect architectural comment penser à la ville et faire en sorte que les Algériens ne soient pas obligés de prendre leur voiture (taux d'occupation de la voiture 25% par le conducteur) pour aller travailler.

 

Les pistes sont nombreuses, mais il y a une panne délibérée dans l'action du fait, encore une fois, qu'il n'y a pas de stratégie d'ensemble. La recherche c’est aussi   les voitures avec des carburants alternatifs biomasse alcool de dattes, comme au Brésil. C'est aussi la valorisation du sirghaz, du GNL comme en Egypte. On se prend à rêver qu'en Algérie on puisse un jour recharger sa voiture dans son garage avec une prise en gaz naturel. C'est à notre portée, cela permettrait de diminuer la pression sur les carburants classiques essence et gasoil. De plus, seule une politique courageuse des prix -il est scandaleux que le gasoil soit à 13 DA, ce qui oblige l'Algérie à importer pour plus de 500.000 tonnes de gasoil qu'elle achète au prix fort (250 millions de dollars) - permettrait de donner une perspective au développement durable et à la nécessité impérieuse de préserver ce qui reste de ressources pour les générations futures.

 

En conclusion  La croissance ne peut pas être infinie car nous sommes dans un monde avec des ressources finies. Continuer  dans cette fuite en avant nous amènera tous ensemble rapidement au chaos. Toutes les innovations du monde ne pourront rien faire contre la boulimie et l’addiction à l’automobile,. Un milliard de voitures en 2012, on pense à 1,4 milliard en 2030 peut  être même avant ! D’où viendrait le carburant ? On sait que les bio-nécro-carburants en dehors du fait qu’ils  contribuent à la famine en Afrique- Un plein de carburant pour un 4x4 aux Etats Unis peut nourrir un Sahélien pendant une année- , ne sont pas déterminants dans le bilan des carburants du futur car les performances des voitures (hydrogène, électricité,) ne seront pas déterminantes ; Seule un paradigme nouveau permettrait de sortir de cette ébriété et aller ce faisant à la sobriété seule gage de pérenne pour planète vivante

 



1. Arnaud de la Grange http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/02/03/04016-20100203ARTFIG00497-la-chine-saisie-par-lafolie-de-l-automobile-.php


2. http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Pekin-etouffe-sous-une-chape-de-pollution-_NG_-2013-01-31-906010


3. http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/autres-auteurs/221164066/chine-choisit-voiture-verte 28/01/2013  

 

4.Europe: année noire pour l'automobile El Watan le 15.01.13.

5L'AIE lance le programme d'économie de carburant «50 by 50»www.environ.2b.com 5 03 2009.

 

6.http://www.challenges.fr/entreprise/20130128.CHA5610/renault-nissan-ford-et-daimler-vendront-des-voitures-a-pile-a-combustible.html#xtor=EPR-7-[Quot18h]-20130128


7. Nadir Kerri 2012: Une année fructueuse.El Watan 15 01 2013

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 21:03

  

«J'aime bien les Arabes parce que, quand ils n'ont pas de travail, ils en profitent pour ne rien faire, ce qui fait qu'ils ne perdent jamais bêtement leur temps.»

 

Georges Wolinski

 

Il y a quelques jours, les pays de l'Opep se sont réunis à Vienne pour décider d'un statu quo concernant la production de pétrole «Nous allons maintenir» le plafond de production actuel, fixé à 30 millions de barils par jour (mb/j) pour l'ensemble des 12 Etats membres, «rien ne change à la situation actuelle», a indiqué le ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi à l'issue de la 162e réunion ministérielle du cartel à Vienne, son siège.

 

Ce plafond, adopté en décembre 2011 et reconduit en juin sans impartir de quotas individuels par pays, est cependant largement dépassé par la production réelle, puisque les 12 Etats membres pompaient en novembre 31,22 mb/j de brut au total, selon des chiffres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Et ce, en dépit de l'effondrement de la production iranienne (-25% en un an), pénalisée par les sanctions internationales, l'Arabie Saoudite ayant gonflé son offre pour compenser et l'Irak continuant de gonfler sa production au fur et à mesure de l'essor du secteur pétrolier du pays. «Le marché est suffisamment approvisionné (...) nous produisons ce dont le marché a besoin», d'après le ministre émirati de l'Energie se disant «satisfait» des prix actuels du baril à 110 dollars. Les membres de l'Opep ont cependant prévenu dans le communiqué final de la réunion qu'ils «se tiendraient prêts à réagir rapidement à tout développement ayant un impact négatif sur le marché du pétrole».



La réalité du marché pétrolier: l'essor décisif de la technologie

 

L'industrie énergétique mondiale connaît, déclare Nordine Aït Lahoussine un certain nombre de transformations fondamentales. En termes de consommation, celle des pays de l'Ocde, par exemple, qui représente plus de la moitié de la consommation mondiale, baisse depuis 2005. Lorsque vous regardez les prévisions à long terme, vous vous apercevez qu'aucune projection ne permet de penser que la consommation de l'Europe, des Etats-Unis ou du Japon va se relever. Il faut donc se préparer à une baisse de la demande pétrolière. Les pays riches se sont, en effet, organisés pour dépendre de moins en moins du pétrole...(1)

 

C'est la même analyse que fait le journal L'Expansion: «Déjà, les Etats-Unis, le Canada et le Mexique pompent davantage de brut que l'Arabie Saoudite, l'Irak et l'Iran réunis. Les Etats-Unis, portés par l'essor du schiste, pourraient même détrôner dès 2017 l'Arabie comme premier producteur de pétrole, estime l'AIE. L'Arabie Saoudite continue de compenser la chute de l'offre iranienne, minée par les sanctions internationales contre Téhéran. Et l'Irak muscle vigoureusement sa production (+20% entre février et novembre) à la faveur de l'essor du secteur pétrolier du pays. Cependant, «si les pays de l'Opep interprètent mal les besoins réels du marché et ne réduisent pas leur production en fonction, ils pourraient bien faire face à une chute des prix du baril» sous 100 dollars «dans les prochains mois», mettent en garde les experts du Centre d'études énergétiques mondiales (Cges).»

 

«De fait, dans un environnement économique morose, hanté notamment par les difficultés de la zone euro, la consommation mondiale de brut devrait croître faiblement en 2013 (+865.000 barils par jour selon l'AIE). Dans le même temps, la production des pays en dehors de l'Opep, dopée par le boom des hydrocarbures non conventionnels (le pétrole de schiste) aux Etats-Unis, devrait augmenter de 900.000 barils/jour. Conséquence, la demande pour le brut de l'Opep se contractera à 29,7 mbj l'an prochain selon les prévisions du cartel (1,5 mbj de moins que leur production actuelle). Face à la surabondance d'or noir, les prix pourraient décrocher, au grand dam des pays exportateurs. Dans ces conditions, «le respect du plafond devrait rester médiocre (...), chaque pays ayant intérêt à» maximiser ses revenus, tandis que l'explosion de l'offre pétrolière extérieure à l'Opep contrariera tout effort de sa part pour soutenir le marché, tempère Julian Jessop, de Capital Economics, tablant sur un baril à 85 dollars fin 2013».(2)

 

L'autisme et la responsabilité des pays producteurs de pétrole

 

Faisant comme s'ils n'étaient pas concernés et apparemment autistes, les pays producteurs décident comment garder leur rente en maintenant un niveau de production qui ne fasse pas chuter les prix. Pendant ce temps, 32 milliards de tonnes de CO² vont dans l'espace, soit l'équivalent de 5 tonnes par habitant/an. Il faut cependant distinguer entre les 20 tonnes du citoyen américain, et les 45 tonnes du Qatari qui gaspille en 4 jours ce que consomme le Sahélien pour vivoter en gros une année! Et c'est à ce pays que l'on confie les destinées de la planète en ce qui concerne la moralisation de la consommation d'énergie. A Qatar, les 190 délégations se sont agitées et ont consommé pour leur déplacement en avion et leur séjour dans l'émirat de la démesure, en 15 jours, la consommation d'un Africain en une année. Malgré les réticences des climato-sceptiques, il semble établi que l'activité humaine est en grande partie responsable du réchauffement climatique. Dans cet ordre, les données sont accablantes pour les pays industrialisés: entre 1900 et 2004, plus de 850 milliards de tonnes de CO² ont été envoyées dans l'atmosphère créant un effet de serre responsable de ce réchauffement climatique. Les pays du Sud rendent ceux du Nord responsables de la débâcle climatique et demandent de l'aide pour les «pertes et dommages» en vue de faire face au changement climatique. (3)

La réalité de l'Opep, une organisation de rentiers au service des Occidentaux

 

Petite rétrospective: l'Opep des années 60, Organisation se battant pour la souveraineté des pays membres et pour un juste prix du pétrole a vécu. Son heure de gloire a été vécue au début des années 70 et à cette époque chacun reconnait le rôle moteur de l'Algérie qui, bien qu'avec une production de 10% de celle de l'Arabie Saoudite, influait sur les décisions à telle enseigne que c'est Belaïd Abdesselam et Zaki Yamani qui étaient les porte-parole pour justifier le relèvement des prix du pétrole auprès des pays occidentaux. Forte de l'aura de la Révolution et de sa détermination, l'Algérie menait un véritable militantisme et oeuvrait d'une façon constructive au sein de l'Opep, elle était à l'époque, aussi influent que l'Arabie Saoudite ou l'Iran. Avec ces deux pays, nous avions une influence considérable sur les prix. Les revenus avaient été multipliés par 15. De 1965 à 1978, tout le tissu industriel réalisé et qui sert encore de nos jours l'a été avec une rente de 22 milliards de dollars. Depuis, nous avons reçu plus de 700 milliards de dollars et les réalisations sont marginales ne créant pas de richesse

 

1974: Henry Kissinger décide de la création de l'AIE dont le but avoué était de casser l'Opep. Résultat des courses, dix ans plus tard malgré tout ce que l'on peut raconter, l'Opep a cessé d'être influente, elle a perdu son marker crude: l'Arabian Light, elle se permet de suivre fidèlement les injonctions. On aurait pensé que cette organisation tiers-mondiste allait disparaître avec le siècle, il n'en fut rien, car elle a changé de vocation: elle est chargée de discipliner les membres récalcitrants et appliquer les décisions des pays industrialisés. Le pays qui joue le rôle de gardien est sans conteste l'Arabie Saoudite qui fait ce qu'elle veut (les pays du Golfe le suivant). Actuellement, elle est en train de compenser- sur instruction de ses supérieurs- le pétrole iranien amputé de 25%. Ce pays participant dans une réunion surréaliste aux côtés des pays du Golfe au maintien du quota pour que le prix ne s'effondre pas. Il est pratiquement sûr que l'abondance du pétrole hors Opep va affaiblir l'Opep, voire la faire disparaitre et avec elle les pays rentiers. Ce qu'il faut savoir, exception faite de l'Iran, les pays musulmans arabes de l'Opep, c'est le désert du savoir: 1 publication par million d'habitants, en Europe 55 et aux Etats-Unis 100. Cherchez l'erreur!!

 

Et l'Algérie dans tout ça?

 

Dans une interview décapante et sans concession, M.Aït Lahoussine, ancien vice-président de Sonatrach, ancien ministre de l'Energie: «Pour ce qui est de l'Algérie, s'il y a un fait sur lequel j'insisterai, c'est que notre production d'hydrocarbures est en train de baisser. Ceci intervient à un moment où la demande mondiale connaît un certain fléchissement, compte tenu de la situation économique et de la récession à travers le monde. Le fait est là: l'exportation de notre richesse en hydrocarbures - pétrole et gaz - représente toujours plus de la moitié de notre produit national brut (PNB). En Norvège, par exemple, cette part n'est que de 25%. La moitié de la richesse produite dans l'année provient des hydrocarbures. C'est la preuve que notre économie n'est pas diversifiée. Nous restons toujours tributaires du cours du pétrole: si le cours du pétrole chute, c'est tout le pays qui risque de se trouver par terre. Quant aux recettes d'exportation des hydrocarbures, elles atteignent 95%, voire plus, du total des recettes! Aujourd'hui, les USA ont trouvé tellement de shale gas qu'ils envisagent de l'exporter sous forme de gaz liquéfié ou GNL. Depuis, les Etats-Unis ont installé une vingtaine de projets de liquéfaction destinés à l'exportation. En fait, il se dit qu'à l'horizon 2020-2025, les USA exporteraient 60 à 70 millions de tonnes de GNL, tout le problème est donc là: est-ce qu'on est conscient de ces changements? Est-ce qu'on les prend au sérieux et est-ce qu'on s'y prépare sérieusement?» (...) L'on parle chez nous de l'éventualité d'une production de gaz de schiste comme si on avait le choix de nous en passer. Nous sommes dans l'obligation d'y aller.

 

Monsieur Aït Lahoussine a sans doute raison sur l'argumentaire visant à montrer que l'Algérie continuera à se tenir le ventre chaque fois que le prix du pétrole descend au-dessous de 100 $. C'est-à-dire que notre loi des finances est indexée sur le bon vouloir du marché et de ceux qui le manipulent. Là où je suis totalement opposé à sa vision sur la fuite en avant qu'il prône en appelant à aller vers l'exploitation des gaz de schiste. C'est un très mauvais signal qu'ils donnent aux Algériens,en les incitant au farniente: «Le gaz de schiste veillera sur votre paresse et gabegie.»

Il est aussi dans son rôle si l'on se place dans une perspective capitaliste qui est celle de la gestion de l'offre et de la demande de flux d'énergie dont il faut maximaliser les prix, mais la situation de l'Algérie fait appel en plus à d'autres paramètres qui sont ceux de donner une perspective réaliste non pas basée sur le «il y a qu'à». Ces analyses de stratèges installés physiquement et idéologiquement à dix mille lieux ne perçoivent pas la réalité d'une Algérie profonde qui peine à se redéployer. Il est inconvenant de notre point de vue, de surfer sur le magister dixit occidental qui veut que le gaz de schiste, c'est le rêve!

 

J'aurai voulu pour ma part que M. Aït Lahoussine porte de la voix - au vu de son magister moral et intellectuel - avec moi et tous les besogneux qui sont restés au pays pour entretenir la flamme de la science, pour dire basta! Il faut aller vers une stratégie énergétique basée sur le savoir authentique qu'il faut développer à marche forcée. Seuls des états généraux sur le futur de l'énergie pourront nous donner une perspective pour les générations futures. L'Université doit être au coeur de ce combat.


Le futur: place à l'intelligence

 

Le monde change à toute vitesse à la fois d'une façon scientifique et il est fort probable que le marché de l'énergie va changer avec l'apport de nouvelles sources d'énergie, le développement accéléré et rentable du renouvelable, comme à titre d'exemple cette invention d'une société israélienne de biotechnologie qui affirme pouvoir remplacer les énergies fossiles par des eucalyptus à croissance rapide. Le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Indonésie et la Chine pourraient accueillir d'immenses plantations d'eucalyptus génétiquement modifiés poussant 40% plus vite que la normale, dont le bois pourrait servir à la fabrication de papier, de carburant ou de granulés pour centrales électriques. Les eucalyptus génétiquement modifiés produiraient près de 104 m3 de bois par an et par hectare, à comparer à une moyenne de 80 m3 pour l'ensemble des bois destinés à la production d'énergie au Brésil.(4)

 

D'autre part, une étude américaine nous apprend que le futur de l'Europe notre partenaire de proximité est problématique et que le monde se réorganisera. Nous lisons: l'Europe ne se désintégrera pas et restera une grande puissance en 2030, mais la question essentielle est de savoir si l'UE s'investira collectivement dans l'avenir, d'après un récent rapport américain de renseignements qui envisage trois scénarios possibles pour l'Union: le déclin, l'effondrement ou la renaissance. En 2030, l'Asie aura dépassé l'Amérique du Nord et l'Europe en termes de puissance mondiale, sur la base du PIB, la taille de la population, des dépenses militaires et l'investissement technologique. Seule la Chine considérée comme le pays ayant probablement la plus grande économie, dépassera celle des États-Unis quelques années avant 2030. Outre la Chine, l'Inde et le Brésil, les acteurs régionaux tels que la Colombie, l'Indonésie, le Nigeria, l'Afrique du Sud et la Turquie deviendront particulièrement importants pour l'économie mondiale.» (5)

 

«Pendant ce temps, les économies de l'Europe, le Japon et la Russie sont susceptibles de poursuivre leurs lents déclins relatifs. Mais le glissement du pouvoir national peut être éclipsé par un virage encore plus fondamental dans la nature du pouvoir, affirme le rapport. «Validé par les technologies de communication, le pouvoir se déplacera vers les réseaux multiformes et amorphes qui formeront à influencer les actions des États. Les pays disposant des fondamentaux les plus solides - PIB, la taille de la population, etc. - ne seront pas en mesure de s'imposer sauf s'ils apprennent également à utiliser dans les réseaux et les coalitions dans un monde multipolaire. La demande de nourriture augmentera d'au moins 35% d'ici 2030 alors que la demande pour l'eau va monter en flèche de 40%. Près de la moitié de la population mondiale vivra dans des zones subissant un stress hydrique sévère. Les États fragiles d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient vont souffrir, mais la Chine et l'Inde aussi. De nombreux pays n'auront probablement pas les moyens d'éviter les pénuries de nourriture et d'eau sans une aide massive de l'extérieur.» (5)

 

Nous sommes avertis. Ce n'est pas le fait de s'accrocher à une organisation moribonde qui nous sauvera. Un cap mobilisateur, une formation et une recherche de qualité sont les seules défenses immunitaires et non les gaz de schiste qui nous permettront de conjurer le mauvais sort. Vouloir coller à l'Opep, une organisation moribonde, ne nous apportera rien. Notre avenir se décide  ici et maintenant C'est tout le souhait que nous appelons de nos voeux.

 

1. Nordine Ait Laoussine «Gaz de schiste: nous sommes obligés d'y aller» Le Soir d'Algérie
2. http://lexpansion.lexpress.fr/economie/l-opep-condamnee-a-reduire-sa-production-pour-soutenir-les-prix-du-petrole_364909.html
3. C. E. Chitour: Le fiasco des négociations climatiques à Doha L'Expression 10.12.2012
4. John Vidal: Des arbres OGM dans votre moteur: The Guardian 12 Décembre 2012
5.http://www.euractiv.com/node/516594?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=3b5fa42221- newsletter_dernieres_ infos&utm_medium=email 13 décembre

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 19:16

  

  

«Si le climat était une banque les dirigeants occidentaux l'auraient sauvé.»

 

Hugo Chavez (Président de la République bolivarienne du Venezuela)

 

Cette sentence du président résume mieux que mille discours l'état désas-treux du climat. Il y a dix ans, Jacques Chirac mettait en garde: «La maison brûle et nous regardons ailleurs», «Nous voulons que nos enfants vivent dans une Amérique qui ne soit pas menacée par le pouvoir destructeur d'une planète qui se réchauffe». Ces mots de Barack Obama à Chicago, prononcés  le 6 novembre, après sa victoire autorisent l’'espoir de voir le pays relancer la lutte contre le changement climatique. Autant de belles phrases qui sont en totale contradiction avec la réalité.



Historique de la prise de conscience

 

En 1992, à Rio, les pays membres de l'ONU ont pris conscience de l'urgence de sauver la Terre. En 1997, à Kyoto (Japon), une partie des pays dits développés ont accepté de s'engager à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Puis, ils ont demandé aux pays en développement de les imiter, puisque nombre d'entre eux - notamment la Chine - font partie des plus gros émetteurs. Ces derniers ont refusé, rappelant - à juste titre - que ce sont les pays riches qui sont responsables d'une très grande partie des particules déjà accumulées dans l'atmosphère (plus de 800 milliards de tonnes de CO2 en un siècle). Adopté en 1997, entré en vigueur en 2005, le protocole de Kyoto assigne aux États développés des objectifs contraignants de réduction des émissions des gaz à effet de serre (CO2, méthane, HFC, PFC, N2O, SF6): elles devaient diminuer sur la période 2008-2012 par rapport à ce qu'elles étaient en 1990. L'accord de Kyoto, qui contraignait les pays à réduire leurs émissions, arrive à échéance au 31 décembre. Que va-t-il se passer ensuite? Avec qui? Sous quelle forme? Et pour combien de temps? Celui-ci engage les nations industrialisées à réduire leurs émissions de 5,2% en moyenne d'ici à 2012 par rapport à 1990. La fin de l'année approche et l'échéance touche à sa fin. Sauf qu'il y a un os: aucun nouvel accord encadrant les émissions futures n'a été trouvé. Alors que va-t-il se passer aux douze coups de minuit le 1er janvier?(1)

En y regardant de près, le bilan de Kyoto en termes de réduction d'émissions de GES est bien plus mitigé qu'il n'y paraît d'emblée. Les réductions d'émissions réalisées dans les pays industrialisés sous contrainte de Kyoto sont, en grande partie, liées à deux éléments clés, indépendants de la mise en oeuvre de politiques volontaristes de limitation des émissions de GES et indépendantes du protocole de Kyoto: l'effondrement des émissions des pays de l'ex-bloc soviétique, le ralentissement économique mondial, intervenu dans la plupart des nations industrialisées.

La situation actuelle: une fuite en avant

 

Une mauvaise nouvelle pour le climat: 34 milliards de tonnes de dioxyde de carbone ont été rejetées dans l'atmosphère en 2011 et vont stationner 120 ans. Un record. «Si la tendance actuelle se maintient, le rejet mondial de CO² en 2020 va croître de 20%, au-delà de 40 milliards.» Sur cette tendance, les émissions seront de 58 milliards de tonnes en 2020. Or, il ne faudrait pas dépasser 44 milliards à cette date pour atteindre cet objectif. Le monde est aujourd'hui sur une trajectoire de 3 à 5 °C de hausse d'ici la fin du siècle. Il est urgent d'agir. Et pourtant, les négociations internationales s'enlisent. (2)

 

De plus, un scoop qui a fait le buzz nous est donné par un rapport de l'AIE paru ce lundi 12 novembre. Il fait l'éloge des Etats-Unis qui vont détrôner les Arabes, en l'occurrence, l'Arabie Saoudite dont la production serait sur le déclin. «Vers 2017, les Etats-Unis deviendront le plus gros producteur de pétrole, Il y aura un déclin imminent de la production de bon nombre des principaux pays producteurs de la planète, notamment la Russie, l'Iran, le Mexique, le Nigeria ou encore la Chine. l'Algérie et la Libye.(3)



Le rapport alarmant de la Banque mondiale

 

Dans le 4e rapport du Giec, suivant les scénarios, les modèles prévoyaient que la température de l'air augmenterait de 1 à 4 °C d'ici 2100. La Banque mondiale fait son entrée dans le débat sur le réchauffement climatique avec un rapport en forme d'alerte. Le rapport publié en anglais Turn down the Heat («Baissez la chaleur») fait état des possibles futures victimes du réchauffement climatique. Si les promesses des engagements politiques ne sont pas tenues, c'est d'ici 2060 que l'atmosphère se réchauffera de 4 °C, soit le scénario le plus pessimiste du Giec. Une hausse de 4 °C de plus ne peut qu'avoir des conséquences dramatiques pour les sociétés humaines. La température n'est évidemment pas le seul paramètre climatique qui sera modifié. Avec ce scénario, l'acidification des océans augmenterait de 150% et le niveau des mers pourrait s'élever d'un mètre. Le risque d'inondation sera alors maximal pour 10 villes, en particulier au Bangladesh, en Inde, en Indonésie, à Madagascar, au Mexique, au Mozambique, aux Philippines, au Venezuela et au Vietnam. La disparition de l'écosystème marin en général (en raison d'une trop forte acidité) et l'augmentation de la fréquence des événements météo extrêmes tels que les cyclones ou les ouragans auront d'innombrables conséquences sur le littoral.(4)

 

L'augmentation des vagues de chaleur, des pluies et des sécheresses pour une planète à +4 °C pourrait bien provoquer une troisième guerre mondiale autour du problème de l'eau. Vitale et déjà rare, l'eau manquerait dans le sud de l'Europe, en Afrique Les inondations peuvent introduire des polluants et des éléments pathogènes dans les réseaux d'approvisionnement en eau potable. Les effets du changement climatique sur la production agricole risquent d'aggraver la sous-alimentation et la malnutrition dans de nombreux pays en développement qui connaissent déjà une mortalité infantile élevée. «Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés», a commenté le président du groupe de la Banque mondiale. «Si nous n'agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons, déclare le DG, de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd'hui.» (4)

Après Copenhague, les promesses de Durban: un sursis pour Kyoto

 

En 2009, avant la COP 15 de Copenhague, la mobilisation citoyenne battait son plein, tirée par des ONG sur le qui-vive. 3 ans plus tard, les manifestations et actions citoyennes sur le changement climatique sont plus que rares. La faute au climato-scepticisme qui a torpillé le débat: 9 Américains sur 10 s'estiment informés sur le changement climatique mais seule la moitié de la population considère ce phénomène comme «une menace» (sondage Gallup 2011). Faut-il y voir l'incidence du traitement médiatique? Les médias américains jouent un rôle paradoxal: ce sont eux qui couvrent depuis le plus longtemps le sujet du CC depuis le premier rapport du GIEC en 1990, mais ce sont aussi eux qui consacrent la plus grande part au climato-scepticisme, surtout entre 2007 et 2010.

 

 Aux Etats Unis le président  Obama s'y est en tous cas personnellement engagé après sa victoire en promettant d'en «discuter (...) très largement avec les scientifiques, les ingénieurs et les élus pour voir ce que nous pouvons faire de plus, à court terme, pour réduire les émissions de carbone» et à «avoir une conversation dans tout le pays sur ce qui est réaliste de faire à long terme pour s'assurer que nous ne laissons pas aux futures générations un problème très cher et très douloureux à régler». «L'important n'est pas de convaincre les 20% de climato-sceptiques mais de convaincre les 80% convaincus d'agir.»

 

Depuis 2009 l'espoir s'est refroidi, il y a une panne dans l'action et les climato-septiques redressent la tête et insinuent le doute. « Le CO² n'est pas responsable  de cet emballement qui... est naturel :  Résultat des courses : on peut donc continuer à polluer allègrement.



Les questions à régler à Doha pour sauver Kyoto

 

Le lundi 26 novembre s'est ouverte à Doha (Qatar), la 18e conférence des 193 États signataires de la Convention internationale sur le changement climatique (COP). Le but est de limiter la hausse des températures dues aux émissions de gaz à effet de serre à 2 °C d'ici la fin du siècle. Si, de l'accord de tous, il est imparfait et insuffisant, le protocole de Kyoto, négocié en 1997 et mis en oeuvre en 2005, reste le seul instrument juridiquement contraignant pour lutter contre le changement climatique. Cependant, sa première période d'engagement se termine fin 2012 et plusieurs questions restent posées sur l'orientation à donner à sa suite, dans le cadre de la plate-forme de Doha,

 

Justement, le choix du petit émirat de 1,3 million d'habitants dont moins de 300.000 Qatariens, n'est pas heureux.Depuis une décennie, les Qataris détiennent le record d'émissions de CO2 par habitant: 57 tonnes selon les données de l'ONU de 2007, soit presque trois fois plus qu'un Américain (20 t), huit fois plus qu'un Chinois (10 t) et 50 fois plus qu'un Indien (1,2 t). En 2009, le Qatar est plus sage, ce n'est que 45 tonnes (11 fois plus que l'Algérie). Doha ne s'est pas vu fixer d'objectif de réduction de ses rejets, et n'a pris aucun engagement volontaire en signant le protocole de Kyoto. Dans son dernier rapport en mai, l'ONG de protection de l'environnement WWF désignait, par ailleurs, le Qatar comme le pays ayant la plus forte empreinte écologique, à savoir 11,5 hectares globaux par habitant. Malgré sa rareté, l'eau est gratuite. Conséquence: une consommation des plus importantes au monde, avec 400 litres par habitant et par an. C'est au total la consommation de toute l'Afrique (1 milliard d'habitants) qui est équivalente à celle consommée par trente millions d'habitants des pays du Golfe. Un rapport de 1/30. Un Qatari consomme en une semaine ce que consomme un Sahélien en une année.! Et c'est ce pays qui est censé nous guider vers la sobriété énergétique. C'est vraiment l'hôpital qui se moque de la charité! Peu importe que le Bengladesh ou les Iles Maldives soient à terme noyées....

 

On se souvient que c'est à Durban en 2011 que les participants ont décidé de prolonger le protocole de Kyoto pour une seconde période. C'est à cette seule condition que les pays en développement ont accepté de poursuivre les négociations autour d'un nouvel accord futur incluant, cette fois, tout le monde pas seulement ceux de Kyoto, notamment les pays émergents. Si tout va bien, il pourrait être signé en 2015 pour une application en 2020. Ce compromis arraché de haute lutte s'appelle la «plate-forme de Durban». Les États ont jusqu'à 2015 pour s'entendre sur les engagements de chacun, le nouveau protocole entrant alors en vigueur en 2020. Reste le mécanisme de contrôle qui n'est pas au point,  les Chinois sont conte tout contrôle de leur degré d’application de leur réduction du CO2

 

«Seules l'Union européenne et l'Australie nous dit Loïc Chauveau, ont annoncé à ce jour vouloir prolonger cet accord. Le Canada s'en est retiré, les États-Unis n'ont jamais adhéré, la Russie s'interroge, le Japon a renoncé à ses objectifs du fait de la fermeture de ses centrales nucléaires à la suite de l'accident de Fukushima. Plusieurs incertitudes, la validité du calendrier: Kyoto 2 s'étendra-t-il jusqu'à 2017? 2020? A priori, les pays envisagent un amendement au protocole d'origine qui devra être à son tour ratifié par les Parlements nationaux. (…) Et après? Pour l'Union européenne, c'est assez simple: elle a déclaré depuis longtemps qu'elle baisserait de 20% ses émissions d'ici 2020, et même de 30% si d'autres la suivaient. Mais les autres? «L'Australie a annoncé cette semaine de nouveaux engagements très faibles (de 5% en 2020 par rapport à 2000, Ndlr), souligne Célia Gauthier. Mais il faut absolument rehausser les objectifs avant 2020.»» (5)

 

«Autre question irrésolue pour les Etats: que fait-on de l'héritage de la première période et notamment des excédents de quotas? Les pays de l'Est ont connu une forte désindustrialisation au moment de l'effondrement de l'URSS. Sans faire d'efforts environnementaux particuliers, ils ont pu accumuler de grandes quantités de quotas qui sont venus inonder le marché carbone et faire baisser les cours. Pourquoi il faut - quand même - sauver Kyoto: Le marché d'émissions de gaz à effet de serre qui permet de vendre et d'acheter des tonnes de CO2 entre états industriels est complètement déprimé. À 7 euros la tonne, il n'est pas intéressant d'investir dans des technologies propres. (...) Pour faire remonter les cours, l'Union européenne propose de retirer 900 millions de tonnes de quota des huit milliards qui devraient être distribuées aux industriels européens entre 2013 et 2020 ».(5)

 

Sur cette question, l'attitude des États-Unis à Doha sera particulièrement suivie. L'entrée du deuxième émetteur de CO2 dans ce marché changerait fondamentalement la donne. Les pays en voie de développement demandent aux pays riches de les aider à s'adapter au réchauffement climatique dont ils seront les premières victimes.» De 2010 à 2012, la communauté internationale s'est engagée à dépenser 23 milliards d'euros par an sur ces projets. Un peu plus de 12 milliards seulement ont été effectivement versés. Les sources de financements à long terme restent à déterminer. De nombreux pays, à l'instar de la Russie, de la Nouvelle-Zélande, de la Chine et du Japon, ont d'ores et déjà indiqué qu'ils refuseraient des réductions supplémentaires. Et les quelques volontaires (l'Union européenne et l'Australie) ne représentent que 15% des émissions de GES mondiales. (...) «le Brésil, la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud ont prévenu que Doha serait un échec si les pays riches ne s'engageaient pas à réduire davantage leurs propres émissions». (5)

 

Pour Stéphane Hallegatte économiste à la Banque mondiale «Aller vers un monde à +4 °C, c'est aller vers l'inconnu car plus le réchauffement est important, plus ses conséquences sont difficiles à anticiper. (...) les mesures permettant de limiter le réchauffement climatique sont aussi des mesures qui permettent le développement économique. Parmi ces mesures, il y a, dans les pays en développement, plus de 1 000 milliards d'euros de subventions de ce type chaque année qui favorisent le gaspillage et sont principalement versées aux plus riches». (6)


 Comment  remobiliser  les citoyens du monde pour combattre les partisans du « toujours plus ?»  Prions pour que tout le monde prenne des engagements contraignants pour sauver la Terre. Nous sommes tous concernés. Kyoto est mort. Vive un nouveau protocole où tout le monde sera concerné !

 

1. http://www.terraeco.net/Fin-de-Kyoto-1-que-va-t-il-se,47063.html22-11-2012

 

2.http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20121126.OBS0499/ rechauffement-climatique-les-enjeux-de-doha.html

 

3. Les Etats-Unis 1er producteur mondial de pétrole d'ici 5 ans L'Expansion.com 13/11/2012

 

4. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/climatologie-1/d/la-banque-mondiale-craint-les

 

effets-dune-hausse-de-4-c-des-2060_42865/

5. Loïc Chauveau: Sciences et Avenir 26/11/12

 

6. http://www.terraeco.net/banque-mondiale-rapport-changement,47056.html

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique  Alger enp-edu.dz

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 14:19



 «Le jour où les arbres voteront, le président de la République sera un homme politique soucieux de l'environnement.»

 

Citation attribuée à Coluche

 

Il m'a été donné d'animer une conférence pour le corps diplomatique à l'invitation de Son Excellence l'ambassadeur du Venezuela. Le sujet de ma conférence: «Le nouvel ordre mondial de l'énergie et les perspectives à l'horizon 2030-2050.» J'ai articulé mon plaidoyer pour une moralisation de la consommation d'énergie autour de trois axes. Dans un premier temps, j'ai fait un état des lieux sans concession, ensuite j'ai tracé les perspectives sombres qui nous attendent aux horizons 2030 -2050, j'ai enfin clôturé sur la situation de l'Algérie et ses difficultés à mettre en place une stratégie énergétique cohérente hors des voeux pieux et des «certitudes» que nous avons colportés avec nous en traversant le siècle.

 

Après avoir passé en revue les différentes étapes de l'histoire de l'humanité, en décrivant l'aventure humaine à partir de la découverte du feu il y a environ 700.000 ans, découverte qui fut un tournant majeur dans la civilisation humaine. Pour la première fois, l'homme a pu avoir une «qualité de vie», en se protégeant du froid, des animaux sauvages et en passant du cru au cuit. Pendant des milliers d'années, l'homme a utilisé sa propre force musculaire, ensuite il a domestiqué des animaux, ensuite il a asservi d'autres hommes pour toujours avoir plus d'énergie pour réaliser des travaux de plus en plus pénibles. (Souvenons-nous des pyramides il y a 5000 ans). J'ai notamment montré que les premières exploitations du charbon en Europe furent conduites en Angleterre vers 1250 et ensuite en Allemagne, en France, en Pologne. J'ai signalé l'apport de la science notamment la thermodynamique qui a permis «l'invention» de l'énergie mécanique. Le début de la première révolution industrielle en Angleterre grâce au charbon; l'avènement de l'exploitation pétrolière à partir dès 1865, ensuite du gaz naturel vers les années quarante du siècle dernier et enfin le nucléaire civil à partir des années soixante.

Le problème des réserves en énergies fossiles

 

La question épineuse des réserves mondiales en pétrole, gaz naturel et même en gaz de schiste n'a aucune fiabilité du fait que les Etats souverains déclarent ce qu'ils veulent sans aucun contrôle digne de ce nom. Beaucoup d'études ont été faites sur la réalité des chiffres notamment les Etudes de l'Aspo (de Campbell et Lahérrère). On sait en effet que les grandes puissances pétrolières manipulent les données pour mieux assurer leur suprématie "Il y a une grande conspiration de silence autour des réserves pétrolières mondiales" .

 

A titre d'exemple, sans aucune étude géologique majeure, les pays de l'Opep pour la plupart ont doublé leurs réserves en 1987. Nous sommes passés de 450 milliards de barils à 750 milliards de barils. A titre d'exemple, les réserves de l'Arabie Saoudite sont passées de 165 à 265 milliards de barils (36 milliards de tep!). Il en est de même des réserves actuelles de gaz de schiste; que valent les chiffres? «Sont- ce des réserves politiques ou des réserves géologiques?»

 

L'état des lieux a permis de montrer le délabrement de la planète soumise à des changements climatiques de plus en plus récurrents et erratiques et surtout l'état lamentable de la condition humaine surtout pour ceux du Sud. Savons-nous qu'un plein de 4X4 en biocarburant (225 kg maïs de la nourriture détournés) peut faire nourrir un Sahélien pendant une année? Savons-nous qu'un Djiboutien consomme en une année ce que consomme un Américain en une semaine C'est encore pire, comparé à un Koweitien, un Qatari ou un Emirati qui gaspille d'une façon sauvage une rente qui n'est pas le fruit de l'intelligence. Savons-nous enfin à titre d'exemple qu'il y a 850 milliards d'hommes, de femmes et d'enfants qui souffrent de malnutrition pendant que 50% de la nourriture européenne finissent à la poubelle soit environ 240.000 tonnes/jour. C'est tout cela qui nous fait dire que l'humanité a perdu ses repères d'empathie et de partage.

 

 

Les perspectives sombres à 2030- 2050

 

Il faut d'abord signaler la débâcle du GIEC devenu inaudible depuis que les pays occidentaux ont décidé de saboter définitivement les conférences sur le climat dont le point d'orgue a été la kermesse de Rio + 20, véritable carnaval des hypocrites qui se sont entendus pour ne pas s'entendre. Le climat n'est plus une priorité des agendas des grands, notamment en période électorale; Coluche a raison de dire qu'il n'y aura jamais de président vert... La crise aidant, la remise en ordre est renvoyée aux calendes grecques, surtout que l'alibi de la crise économique et financière justifie à la fois les replis des pays industrialisés (Kyoto est mort, les engagements n'ont pas été respectés) et de plus il n'y a pas d'après-Kyoto.

 

Les pays émergents font aussi dans la fuite en avant, continuant sur le même chemin des pays industrialisés qui lient le développement à la consommation d'énergie fossile du fait que les énergies renouvelables sont incapables du fait de l'absence de volonté politique de prendre le relais des énergies renouvelables; Il faut pourtant signaler les efforts des pays comme la Chine, l'Allemagne dans le renouvelable. Mais il faut bien comprendre qu'en 2030, comme en 2010 les énergies fossiles représenteront encore plus de 80% du bilan énergétique globale, c'est-à-dire qu'à cette date, c'est environ 17 milliards de tep soit environ 45 milliards de tonnes de CO2 que nous enverrons dans l'atmosphère.

 

La limite des 2°C sera largement dépassée. Dans ces conditions, le monde sera de plus en plus anomique. Nous aurons des guerres de plus en plus récurrentes. A côté des guerres de l'énergie qui ont commencé dès 1990, il y aura des guerres de l'eau qui se fera de plus en plus rare et chère, des guerres pour les métaux rares qui interviennent dans l'informatique et les TIC, il y aura des famines, une désertification, une déforestation sauvage, l'avènement du fait des changements climatiques d'anciennes maladies oubliées,. Il y aura enfin une exacerbation des sentiments nationalistes, religieux que certains mettent sous le vocable du choc des civilisations.

Dans tout ce désordre, un seul vainqueur, le néolibéralisme, et une mondialisation laminoir qui est en train de tuer les espérances des peuples qui tentent de survivre en vain. La financiarisation - cette machine du diable- sera la nouvelle apocalypse à moins que le monde ne se réveille pour réhabiliter l'humain.

 

 Comment nous percevons le futur en Algérie?

 

Nous vivons dans une bulle, en nous contentant d'engranger des dollars avec le tiroir-caisse de Sonatrach. Nos réserves s'amenuisent et sont gaspillées outre mesure. Encore une fois, notre meilleure banque est notre sous-sol. Les prix du baril vont quadrupler d'ici quelques années. Pourquoi pomper frénétiquement une ressource de plus en plus rare pour avoir des dollars qui s'effritent dans des banques? Nous n'avons même pas l'intelligence à l'instar d'autres pays de les faire fructifier dans des placements comme des fonds de pension dans l'immobilier, l'achat d'or! Pensons qu'un petit pays comme le Liban a plus d'or que l'Algérie? Le Venezuela pour sa part a reconverti une partie de ses avoirs en or qu'il a rapatriés. Un pays comme l'Inde a acheté l'or mis en vente par le FMI. Nous, nous nous contentons de jouer aux grands seigneurs en prêtant au FMI, à un taux fixé par lui, 5 milliards de dollars. Ce même FMI qui nous a ajusté structurellement plusieurs fois, au lieu de s'ajuster lui-même. Nous ne sommes pas rancuniers avec l'argent de la rente...

 

Pourtant du fait du déclin inexorable malgré toutes les techniques nouvelles et sophistiquées. Les coûts d'extraction dépasseront les 100 dollars pour les pétroles non conventionnels. Du fait de l'absence d'une vision d'ensemble. Le développement des gaz de schiste sans aucun débat avec les experts et la société civile, est une erreur. De plus, c'est un très mauvais signal que l'on donne aux Algériens en leur faisant croire qu'ils peuvent continuer à dormir: la rente schistière va veiller sur eux. Ce qui renvoie aux calendes grecques toute tentative de mettre les Algériens au travail pour créer de la richesse. Les gaz de schiste font partie d'une problématique globale qui est celle d'un «cap pour le futur». De plus, il est largement prouvé que «la technologie n'est pas mâture». Attendons qu'elle le soit par une veille technologique en laissant cela aux générations futures.

 

Qu'on se le dise, tout est à faire!. La stratégie énergétique attend d'être inventée! Distribuer la rente nous donne des sursis éphémères mais est-ce cela le développement durable et l'attention à accorder aux générations montantes qui ne trouveront rien - à cette cadence de pompage frénétique - pour se développer? Seule une stratégie énergétique adossée à un modèle énergétique flexible avec le consensus de tous, permettra de mobiliser tous les Algériens, de l'écolier à l'imam en passant par le ministre du Commerce qui permet l'importation d'équipements qui ne répondent pas aux normes énergétiques en vigueur dans les pays développés. (équipements énergétivores, voitures à plus de 120 gde CO2/km) la liste est longue.

 

Chaque département ministériel devra y contribuer; l'éducation en formant l'écolier à l'écocitoyenneté, l'enseignements supérieur en revenant sur sa décision de supprimer - sans aucune consultation cohérente la formation d'ingénieurs et de techniciens au profit d'un LMD dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants sauf qu'ils ont été conçus en toute rigueur pour des pays européens à partir d'une décision de la Conférence européenne de Bologne qui n'a rien à voir avec le tissu industriel et les préoccupations de l'Algérie.

 

Encore une fois, j'ai martelé dans ma conférence que «l'Algérie doit tourner le dos à la rente».Elle doit penser aux générations futures. J'ai cité l'exemple d'un petit pays comme la Norvège qui dispose d'un fonds de pension de 200 milliards de dollars qui est fructifié très intelligemment pour donner une possibilité de développement durable aux générations futures. «Il faut une stratégie énergétique basée sur des états généraux qui doivent aboutir à un modèle énergétique flexible, un bouquet énergétique qui mise sur les économies d'énergie, les énergies renouvelables et la réalité des prix. «Chaque calorie exportée devrait correspondre à l'acquisition d'un savoir-faire».


Il est nécessaire de développer à marche forcée les énergies renouvelables, solaire, éolien, biomasse, géothermie avec 200 sources, petite hydraulique. Le plus grand gisement du pays est celui des économies d'énergie que l'on peut évaluer à plus de 20% d'après l'Aprue. «Nous serons tous concernés par le «consommer moins en consommant mieux». En 2030, l'Algérie n'exportera plus de pétrole à cette cadence de pompage (AIE). Peut-on continuer sur cette voie sans compromettre l'avenir des générations futures? L'absence d'une vision d'ensemble de ce secteur stratégique engendrera, à Dieu ne plaise, un désordre qui placera définitivement l'Algérie dans une zone grise quand la rente ne sera plus là pour cacher notre errance multidimensionnelle.

Sauver la planète

 

En conclusion, l'ère des énergies propres pour remplacer le pétrole et le gaz a déjà commencé. Sauver la planète est devenu un enjeu et une priorité pour les peuples qui rêvent d'un monde meilleur. Jamais le réchauffement climatique et ses conséquences: déforestation, sécheresse, pollution disparition dangereuse de la biodiversité, n'ont causé autant de dégâts à la planète Terre. Perturbée par toutes ces agressions, la Terre nous le fait savoir par changements climatiques interposés. Chaque jour nous reculons l'Over shoot Day, c'est-à-dire «le jour du dépassement» qui correspond à ce que la nature peut mettre en une année à notre disposition et que nous consommons bien avant la date du 31 décembre. Cette année nous avons épuisé notre stock le 10 août 2012. Depuis nous vivons à crédit et nous faisons comme si nous avons 1,5 planète à notre disposition. Une prise de conscience commence à se faire de plus en plus. L'heure des énergies propres a sonné et l'après-pétrole a déjà commencé.

 

Les pays nantis (20% de la population mondiale) ont accaparé en un siècle 80% des ressources énergétiques mondiales. Ils ont envoyé dans l'atmosphère près de 900 milliards de tonnes de CO2 qui stationneront pendant 120 ans. Il est temps qu'un paradigme nouveau qui place l'homme au coeur du développement émerge parce que nous sommes tous embarqués sur le même vaisseau, les pays du Sud qui sont dans la soute souffrent en premier, mais si on ne fait rien, le bateau Terre coulera, le climat sera intenable pour tous avec des déluges erratiques, des températures extrêmes. A quoi cela sert pour les pays industrialisés, alors d'avoir gaspillé, d'avoir roulé inconsidérément, d'avoir malmené la Terre et lui demander plus qu'elle ne peut donner. La question reste posée.

 

Professeur émérite  Chems Eddine Chitour

 Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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