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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 14:18


«Il est un fait qu'en certains cas bien déterminés, nous pouvons déployer les antennes de notre âme au - delà des limites corporelles et avoir des pressentiments. Et même davantage: une vision réelle de l'avenir immédiat.»

Goethe

L'histoire de la précognition est aussi vieille que celle de l'humanité parce qu'elle est inséparable de l'énigme que pose l'existence humaine. Dans le monde classique rapporte Leo Talamonti, elle était une véritable institution, un reflet de la religiosité des temps. Quelques prémonitions attribuées à des oracles ont traversé le temps et sont arrivées jusqu'à nous.(1)

Souvenons-nous des «Ides de Mars», des pythies des oracles , et autres devins. Le fait que la précognition compte au nombre des phénomènes «les plus rigoureusement établis» pour reprendre l'expression du Pr Richet, n'empêche pas qu'il soit l'un des moins admissibles sur le plan rationnel. Nous sommes en effet habitués à considérer cet avenir «comme une chose qui n'existe pas encore», alors que la précognition nous suggère avec insistance l'idée que les événements futurs, comme l'écrivit Sir Arthur Eggar «sont là, prêts à nous attendre, tandis que nous allons à l'aveuglette, en dehors de petites lueurs occasionnelles qui nous laissent apparaître quelques fragments de la réalité future». (2)

Selon Thornstein H Weireide, les incursions de l'esprit dans l'avenir sont plus nombreuses chez les populations des régions montagneuses et d'accès plus difficile. Cela ne veut pas dire que la précognition est définitivement fermée aux «adeptes de l'ipad, de l'iphone...et autres tablettes sans oublier l'Internet». Il est des cas, où certaines personnes prédisposées ou simplement «entraînées» peuvent se soustraire au cours illusoire du temps. Ces personnes arrivent alors «à se plonger dans une dimension, où il perd toute réalité et où on a l'impression de pouvoir vivre au même moment dans le passé et dans l'avenir»(3).

Précognition et fait réel immédiat

En fait, la question que nous nous posons est la suivante: par quel phénomène la connaissance d'une situation peut-elle précéder le moment où elle aura lieu effectivement et deviendra de ce fait un fait réel? L'absurde dans la conception cartésienne, voire newtonienne d'un univers à trois dimensions où le «passé n'existe plus» et où «l'avenir n'existe pas encore», l'unique serait dans cette conception: le présent. Qu'est-ce que donc le présent?

Nous allons nous appuyer sur la théorie de la relativité, dans laquelle le présent est subordonné à la position de l'observateur de ce...présent. Que ce présent se place au bord d'un chemin où passe la procession. Pour lui le présent s'identifie au petit groupe de personnes qu'il peut voir à un moment donné. Mais s'il se déplace selon la troisième dimension de l'espace - en montant par exemple en haut d'un bâtiment- c'est la procession toute entière qu'il découvre alors: et il aperçoit en même temps aussi bien la partie, qui pour l'observateur placé en dessous de lui, est déjà passée, que celle, qui pour ce dernier est «encore à venir». Comme pour l'observateur du dixième étage, tout le passé et tout l'avenir existent en même temps.

De la même façon, nous pourrons faire l'analogie avec les phénomènes de rétrocognition (passé, de présent et précognition (avenir). Ceci nous amène à admettre que, par analogie, et dans une dimension supérieure à celle de l'espace (c'est-à-dire dans «le continuum spatio-temporel»), tout le passé et l'avenir existent.

Le libre arbitre et le destin sont ils contradictoires ?

Cela nous amène à revenir sur le problème de la destinée que toutes les religions révélées ont traité. Pour les esprits «rationnels», il ne peut y avoir vision de l'avenir puisqu'il «n'existe pas encore». Comme l'écrit Sir Arthur Eggar: «Les événements futurs, sont là prêts à nous attendre, tandis que nous allons à l'aveuglette, en dehors de petites lueurs occasionnelles qui nous laissent apparaître un fragment de la réalité future.»

Une question particulièrement délicate liée à la précognition concerne les limites de la volonté et du libre arbitre. Le futur existe, mais seulement en ce que chacun de nous concourra librement à son actualisation. L'acceptation du schéma d'existence totale implique une existence une bonne fois pour toutes et les événements sont prédéterminés, nous n'avons donc qu'à les subir. Il n'y a donc pas de libre arbitre. Pour Laplace, cependant, l'avenir est inexistant mais il est prédéterminé par une succession rigoureuse de causes. Pour William James, l'avenir n'est pas figé, il est à l'état de «projet non rigide» avec des variantes possibles qui toutefois n'ont aucune conséquence sur ses développements essentiels.

Les conséquences des actes qui nous sont dictés par notre libre volonté et dont le moi conscient, ne sait encore absolument rien parce qu'il n'est pas encore parvenu «à les vivre», existent déjà encore en des points éloignés du continuum espace-temps. Il est bien connu que les faits pour le moins insolites mis en évidence par le spiritisme ont posé des interrogations aux religieux et hommes de science soucieux de connaître et de décrypter les mystères insondables de la destinée de l'homme. Pour les religions monothéistes, les réponses données faisaient plus appel à la confiance ou la foi aveugle qu'à une réelle prise en charge des inquiétudes légitimes de l'homme. La notion de libre arbitre qui d'une certaine façon contredit la fatalité ou le «mektoub» des Musulmans a été étudiée par des penseurs musulmans tels que Mohamed Ben Sidi Youcef Ben Sidi Amer Essenouci El Hasseni (1427-1490) Parmi les écoles musulmanes les plus avancées concernant la Providence, deux surtout se partagèrent les esprits: «Les Kadriites» appelés aussi «les Mo'tazilites» qui affirment que l'homme est libre; il est maître de son choix, (Moukhiar).Ils citent pour cela, un passage du Coran: «On ne demandera pas compte à Dieu de ses actions; mais lui leur demandera compte des leurs.» (4)

L'autre courant de pensée: les «Djebriites», affirme au contraire, que l'homme n'est pas libre (Madjbir). Dieu seul peut ce qu'il veut. Ils citent deux autres versets du Coran: «Ton seigneur crée ce qui lui plaît et Il agit librement, mais, eux n'ont pas de volonté.» (5)

Aux confins de l'intellectuel et du spirituel, des scientifiques de renom ont pris le risque dès le siècle dernier de mettre en jeu leur réputation de scientifique connu et reconnu pour se jeter avec confiance et vigilance dans cet univers qui non seulement sent le soufre, mais de plus n'obéit pas à la mesure de la rationalité. Des scientifiques comme Crookes (physicien), Richet (physiologue), Rhine et bien d'autres ont défié la science iconoclaste et tenté de mettre de l'ordre dans cet univers de la métapsychique. Des phénomènes qui sortent des lois de la science vulgaire se manifestent de toutes parts et révèlent dans leur cause l'action d'une volonté libre et intelligente. (6)


Les destins de Lincoln et Kennedy: pure coïncidence ou synchronicité

Pour illustrer cette inéluctabilité du destin, une énigme qui est, jusqu'à présent; encore sans explication rationnelle est l'analogie entre les destins tragiques des deux présidents américains : Abraham Lincoln et John Fitzgerald Kennedy. Deux destins, sans libre arbitre mais connectés entre eux par des évènements significatifs.

Dix faits différents à un siècle d'intervalle ont eu lieu selon un même protocole, avec les mêmes dates à un siècle d'intervalle et les mêmes noms de protagonistes de ce drame, dans les mêmes circonstances. Les contributions suivantes à ce sujet, extraites de l'ouvrage de François Rothen La face cachée de la Lune, ainsi que les données de Wikipédia nous permettent d'en saisir toute l'intrigue. Nous avons gardé parmi les multitudes que quelques-unes qui nous semblent indiscutables: les deux anciens présidents des Etats-Unis, Abraham Lincoln et John Kennedy ont eu à «partager» les faits suivants:

- «Ils ont été élus à la présidence à exactement 100 ans d'intervalle (en 1860 et 1960). Auparavant, ils avaient été élus au Congrès à 100 ans de distance (en 1846 et 1946). Ils ont tous les deux perdu un enfant pendant qu'ils étaient à la Maison-Blanche.


-«Tous les deux étaient impliqués dans la défense des droits civils. Lincoln défend l'abolition de l'esclavage et Kennedy défend l'émancipation des Noirs. L'aboutissement de cette lutte: le 13e amendement de la Constitution qui abolit l'esclavage est ratifié le lundi 18 décembre 1865.

-«Aucun des deux présidents n'a vu le résultat de sa lutte de son vivant, survenu dans un même délai après leur décès. Huit mois après la mort de Lincoln, alors que le Civil Rights Act reconnaissant les droits civiques aux noirs est voté en juillet 1964, huit mois après la mort de Kennedy.

- «Ils ont tous les deux été assassinés un vendredi, en présence de leur épouse. Ils sont morts d'une balle dans la tête, tirée par derrière.

- «Robert et Edward sont les prénoms de deux des fils de Lincoln (Robert Todd Lincoln (1843 -1926) et Edward Baker Lincoln (1846-1850)), et de deux des frères de Kennedy (Edward Kennedy et Robert Kennedy)

-«Les deux assassins furent eux-mêmes assassinés avant d'avoir été jugés.

-«Le successeur de Lincoln s'appelait Andrew Johnson et celui de Kennedy Lyndon Johnson. Les deux Johnson étaient nés à 100 ans de distance (en 1808 et 1908). Andrew Johnson est mort 10 ans après Lincoln, et Lyndon Johnson est mort 10 ans après Kennedy.

-«Le secrétaire de Lincoln s'appelait (John) Nicolay. La secrétaire de Kennedy s'appelait Evelyn (Lincoln).

- «Les noms de Lincoln et Kennedy comportent 7 lettres, et les noms et prénoms de leurs assassins comptent 15 lettres (John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald).

-«La voiture dans laquelle Kennedy fut assassiné était une Lincoln. La Lincoln de Kennedy était fabriquée par Ford.

-Stephen Douglas concurrent de Lincoln battu à l'élection présidentielle de 1860, était né en 1813, Richard Nixon concurrent de Kennedy battu à l'élection de 1960 était né en 1913» (7)

Que faut-il en conclure? Est-ce une coïncidence ou existe-t-il une liaison irrationnelle? «Quand on les met en perspective lit-on dans la contribution suivante, on découvre une analogie frappante entre les vies des deux présidents. Mais il ne faut pas d'emblée crier au miracle. (...) les coïncidences sont nombreuses et l'analogie qui en résulte surprenante. Mais une question se pose immédiatement. Faut-il les attribuer au hasard? A contrario, une influence mystérieuse s'est-elle manifestée en semant tant de points de convergence le long des vies des deux malheureux présidents?» (8)

«(...) On peut voir poursuit le commentateur, dans cette suite de coïncidences une preuve de la réincarnation. Mais ce n'est pas la seule explication possible. Peut-être existe-t-il ce qu'on pourrait appeler des «âmes corrélées», c'est-à-dire des liens quantiques entre des êtres régis par une matrice commune à un niveau d'organisation supérieur. Le mot «quantique» est ici particulièrement révélateur. L'auteur attribue un pouvoir magique à un phénomène dont il ignore tout. Pour ceux qui refusent ce clinquant de pacotille, les coïncidences qui jalonnent les vies de Lincoln et de Kennedy ne sont que le fruit du hasard, un mot que Le Petit Robert définit ainsi: Hasard: [...] Cause fictive de ce qui arrive sans raison apparente ou explicable, souvent personnifiée au même titre que le sort, la fortune, etc. «Tout ce qui existe est le fruit du hasard et de la nécessité» (Monod)». (8)

La synchronicité : Un immense standard de la partie immergée de l’iceberg

«L'esprit rationnel poursuit l'auteur rejette tout lien autre que fortuit en ce qui concerne la synchronicité, un terme consacré par Carl Gustav Jung, un grand nom de la psychiatrie et de la psychanalyse helvétique, qui en donne un exemple vécu (...). Dans un moment décisif de son traitement, une jeune patiente eut un rêve où elle recevait en cadeau un scarabée doré. Tandis qu'elle me racontait son rêve, j'étais assis le dos tourné à la fenêtre fermée. Soudain, j'entendis derrière moi un bruit, comme si quelque chose frappait légèrement à la fenêtre. Me retournant, je vis qu'un insecte volant à l'extérieur heurtait la vitre. J'ouvris la fenêtre et attrapai l'insecte au vol. Il offrait avec un scarabée d'or l'analogie la plus proche qu'il soit possible de trouver sous nos latitudes (...). (8)

« Dans cet événement mineur, Jung voit un signe difficile à décrypter, certes, mais qui va au-delà du hasard et qui est à même de jeter un pont entre matière et psychisme. Il le classe parmi les exemples de coïncidences entre deux événements qui sont «liés par le sens», mais n'ayant pas de connexion causale. Pour exprimer les choses d'une autre manière: certains phénomènes «sont caractérisés par la coïncidence pleine de sens d'un phénomène physique avec un phénomène psychique sans qu'on puisse imaginer une raison ou un mécanisme de causalité évident.» Le terme important, ici, c'est l'expression «pleine de sens». Ce qui peut surprendre, c'est que, dans son étude de la synchronicité, Jung ait été soutenu par le physicien théoricien Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique de 1945. En réalité, il n'y a pas lieu d'être étonné. Rien ne s'oppose à ce que les hommes de science aient des croyances, quelle que soit leur nature.» (8)

«(...) Pour le rationaliste conclut l'auteur, la similitude des destins de Lincoln et de Kennedy ainsi que l'anecdote du scarabée doré s'interprètent comme des coïncidences fortuites. (...) Le rationaliste déjà évoqué en conclut qu'elles peuvent parfaitement relever du seul hasard, compte tenu du fait que la fonction présidentielle de Lincoln et Kennedy les exposait tous deux à certains risques et notamment à celui d'être tués en cours de mandat. (8)

En fait, si on devait simplement expliquer la synchronicité, il nous faut imaginer deux esprits qui, en surface sont différents et n'ont aucune relation apparente, mais qui sont en profondeur reliés comme le seraient des fils téléphoniques individuels - . En surface cet iceberg présente des individualités - à un immense standard dans les profondeurs du psychisme

L'être humain est friand de merveilleux. Il n'est pas toujours sensible à celui qui nous entoure au quotidien, le miracle permanent que constituent l'existence de l'homme et celle de la nature, ce merveilleux que Kant a résumé d'une seule phrase: «Deux choses emplissent l'âme d'une admiration et d'un respect qui croissent à mesure que l'on y pense: le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale dans mon coeur.» En définitive, existe-t-il un moyen de décider si les coïncidences en jeu sont fortuites ou significatives?» (8)


La question reste posée.



1.L. Talamonti.:Universo prohibito. référence citée p. 93

2. A. Eggar dans Universo prohibito. p.91. Editions J'ai Lu. Paris. 1974.

3.Thornstein H Weireide, dans L. Talamonti. Universo Prohibito Editions J'ai Lu. Paris. 1974

4.Coran: Sourate Al Anbia, les Prophètes 21,verset 23.

5. Coran: Sourate El Kissas, Les récits, 28.verset 68

6.Y. Castellan. la parapsychologie. p. 7. Editions Que sais-je?. P.U.F. Paris.1974

7. fr.wikipedia.org/wiki/Coïncidences_entre_Lincoln_et_Kennedy

8. http://science.blog.lemonde.fr/2014/02/12/lincoln-et-kennedy-qui-sinteresse-aux-coincidences/ Extrait du titre de François Rothen La face cachée de la Lune Presses polytechniques et universitaires romandes

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/213217-y-a-t-il-une-place-pour-le-libre-arbitre.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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