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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 13:20

«Si le peuple vote mal, il faut changer le peuple»

Berthold Brecht

Ce mois de juillet est un mois à marquer d'une pierre noire pour le Monde arabe. Plus que jamais, les peuples appartenant au Monde arabe, de l'Atlantique au Golfe, sont dans une tourmente qui ne semble pas s'atténuer. Ce mois-ci, en effet, a été celui des massacres en série, il revêt une importance particulière car le Ramadhan est le mois du pardon.

Rien ne semble pouvoir arrêter la camarde sous les yeux complaisants d'un Occident qui compte les points, d'un pape- trop occupé à fêter les JMJ- qui ne trouve pas des mots de compassion pour cette humanité souffrante et voire même sous les regards indifférents de pays asiatiques comme la Birmanie et l'Inde qui voient leurs citoyens musulmans se faire massacrer quand ils ne participent pas eux-mêmes à la curée. En effet, depuis la fin de la guerre civile au Sri Lanka, les musulmans sont une cible de choix. Un groupe bouddhiste extrémiste attise depuis un an les sentiments antimusulmans en Birmanie...

Mieux encore, le schisme chiite/sunnite est plus que jamais d'actualité. La guerre sourde Arabie Saoudite/Iran a un autre théâtre le Pakistan. Ainsi, le bilan des attentats suicides commis le vendredi 26 juillet contre deux mosquées chiites d'une ville du nord-ouest du Pakistan s'est alourdi à 52 morts. «Nous préparons d'autres attaques contre la communauté chiite du Pakistan pour nous venger des violences commises par les chiites contre les musulmans sunnites en Syrie et en Irak», a déclaré par téléphone à Reuters Abu Baseer, porte-parole des Taliban. Mieux, les Taliban pakistanais ont envoyé des centaines d'hommes en Syrie (alaouite: branche du chiisme) pour lutter aux côtés de la rébellion contre les forces du président Bachar al Assad, selon des commandants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP).

Dans tout ce chaos, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dans une interview, dimanche, sur CBS, se signale, il veut en découdre avec justement l'Iran: Israël pourrait intervenir militairement avant les Etats-Unis contre le programme nucléaire iranien, qualifiant le nouveau président Hassan Rohani de «loup déguisé en mouton». Bref, les peuples qui se disent arabes sont dans la tourmente.

Nous allons dans ce qui suit faire un état des lieux des massacres actuels et nous tenterons d'analyser ensuite les causes qui ont amené à cette déliquescence du vivre-ensemble dans ces différents pays qui ont connu leur «printemps arabe» dans la terminologie occidentale et qui, maintenant, sont dans la tourmente d'un hiver dont en réalité ils ne sont jamais sortis.

La guerre civile en Egypte

Le bras de fer Morsi - Frères musulmans qui, chacun à sa façon est responsable du carnage actuel, a été lourd ces dernières quarante-huit heures et a fait au moins 65 morts, a indiqué le ministère de la Santé. Ces personnes ont perdu la vie aux premières heures de la matinée dans des affrontements avec la police non loin de la mosquée de Rabaa al-Adawiya, dans le nord-est du Caire, où les islamistes ont établi un campement depuis un mois environ. Les partisans de Mohamed Morsi avaient initialement parlé de «plus de 100 morts».

Des pro-Morsi ont tenté de bloquer la circulation à un pont routier sur la route de l'aéroport et se sont heurtés aux riverains d'un quartier voisin, selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, le général Hani Abdellatif. Les forces de sécurité sont intervenues pour s'interposer et la police n'a «utilisé que du gaz lacrymogène», a-t-il dit, laissant entendre que les dizaines de morts avaient été tués par des habitants des environs. Quel camp dit la vérité? Les islamistes, le camp le plus touché par les affrontements de samedi, ne cachent en tout cas pas leur colère. «Ce n'est pas pour ce monde que nous nous sommes battus: nous nous sacrifierons pour la religion», scande encore la foule. (1)

Deux remarques: après avoir attisé la haine ente pro et anti-Morsi, en demandant à ces dernier, de l'aider à combattre les pro-morsi, le général Sitti s'en lave les mains et impute les morts aux habitants du quartier. De l'autre côté, au nom du sacré on fait dire aux jeunes qu'ils se sacrifient pour la religion. D'ailleurs, dans les reportages occidentaux, on parle de place Tahrir qui symbolise la modernité, les valeurs occidentales de démocratie... et de l'autre, comme entendu sur une chaîne française, les musulmans «agglutinés» dans une mosquée pas n'importe laquelle, celle de Rabaâ Al Addawiya première mystique soufie de l'Islam dont le sacerdoce est justement, la quête de Dieu et le refus du temporel que les Frères musulmans veulent tant conquérir quitte à sacrifier des milliers de printemps pour leur appétit de pouvoir.

Kufar contre terroristes

Chaque camp a une rhétorique contre l'autre accusé de tous les maux. Nina Hubinet écrit: «La diabolisation des islamistes vise à légitimer la répression à leur encontre, à l'heure où pro et anti-Morsi sont face à face dans la rue, ce vendredi. (...) Sur Facebook, beaucoup d'Egyptiens ont aussitôt affiché leur soutien à l'armée. (...) En écho à la violence dans les rues, des propos aussi virulents sont devenus habituels ces dernières semaines en Egypte, tant dans le camp des opposants aux Frères musulmans que dans celui de leurs partisans qui disqualifient systématiquement leurs adversaires politiques comme des «kufar», des infidèles. Des révolutionnaires de la première heure, comme le mouvement des Jeunes du 6 Avril ont, en revanche, dénoncé l'appel du ministre de la Défense. En moins d'un mois, le terme est en effet devenu banal pour qualifier les islamistes: reprenant une rhétorique utilisée par le régime de Hosni Moubarak. Dès le 30 juin, des chaînes de télévision privées avaient affiché un logo clamant «Le peuple contre le terrorisme» au coin de leur écran (...). «Ils travaillent dans l'intérêt de leur groupe, pas dans l'intérêt de l'Egypte» (...) «Morsi négociait avec les Américains pour leur vendre un tiers du Sinaï», affirme de son côté un homme d'affaires égyptien, relayant l'une des rumeurs du moment. (...) Si la diabolisation des islamistes vise avant tout à légitimer la répression à leur encontre, elle pourrait aussi servir une autre ambition: réhabiliter la police, haïe et largement méprisée depuis la révolution, en reportant ses fautes passées sur les Frères musulmans. (2)


L'anomie tunisienne

Voilà près d'une année que la Constitution devait être prête. L'essentiel du pouvoir est aux mains d'Ennahda avec un président d'opérette qui passe plus son temps à montrer patte blanche en France qui l'a hébergé et nourri de longues années. Moncef Marzouki n'a jamais et ne sera jamais de gauche. Il passe l'essentiel de son temps à diaboliser tout mouvement social, insulte les syndicalistes, diabolise «l'extrême gauche» avec des arguments proches des islamistes. Marzouki, ou comme l'appellent les Tunisiens «Tartour» «guignol» n'a pas été amené à la présidence par le suffrage universel (il a été élu à l'Assemble nationale), mais il a été désigné à ce poste par le mouvement islamiste Ennahdha. Il n'a de ce fait aucune légitimité et chaque jour qui passe c'est du pain béni pour garder le pouvoir. Voila pour la «démocratie» à la tunisienne. Pendant ce temps là la scène politique est stérilisée, les meilleurs enfants de la Tunisie tombent un à un pour avoir rêvé d'une autre Tunisie fascinée par l'avenir, croyant en l'alternance et la démocratie.

«Le cycle de violences initié par Ennahda a bien commencé. Ils ont une responsabilité idéologique et politique», estime Sadok Ben Mehni, militant de gauche et ancien prisonnier politique. (...) Survolé par un hélicoptère, le cortège tend des photos de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, assassinés selon un mode opératoire similaire. Des tracts dénonçant une «transition démocratique taillée sur mesure pour Marzouki (le président de la République) et Ghannouchi (le leader d'Ennahda)» sont distribués. On applaudit une banderole sur laquelle est écrit «Il est temps de pisser sur le gouvernement». «C'est la suite de la révolution. Les Tunisiens n'ont rien obtenu. Ils ne peuvent même pas manifester librement et pacifiquement», constate Samir Taïeb, député Al-Massar qui a annoncé, vendredi soir, son «retrait» de l'ANC avec 41 autres députés pour «corriger la révolution». «La seule légitimité qu'il nous reste, c'est la dignité et le respect que le peuple a pour nous. S'il faut se sacrifier, on le fera», annonce-t-il alors que les manifestations se poursuivent.(3)



Le chaos en Libye

Depuis BHL et «sa guerre sans l'aimer» les médias occidentaux regardent ailleurs, maintenant qu'El Gueddafi a été lynché en direct pour avoir déplu aux Occidentaux qui ont préféré à sa place le chaos actuel et des avanies de loin plus dangereuses que du temps d'El Gueddafi qui, faut-il le dire, dirigeait certes, comme un tyran,comme tous les potentats arabes, mais avait donné à son pays un semblant d'unité qui a volé en éclats, faisant de ce pays une deuxième Somalie pétrolière comme d'ailleurs l'Irak devenu un pays de non-droit où on compte en moyenne des dizaines de morts régulièrement mais que les médias occidentaux oublient de signaler car cela remettrait en cause fondamentalement les interventions occidentales qui ont semé le chaos dans ce pays tout ceci pour quelques barils de pétrole et quelques pouvoirs de plus pour Israël qui doit être le seul gendarme de l'Occident à demeure, dans le plus pur respect de la fameuse phrase de Théodore Herzl: «Là-bas [en Palestine], nous constituerons un rempart contre la barbarie.»

«La Libye actuelle écrit Patrick Cokburn, est de toute évidence en train de se désagréger et les Libyens sont devenus les proies des miliciens qui affirmaient autrefois vouloir les protéger. L'avenir s'annonce sombre et les médias s'intéressent à autre chose. Le mois dernier, une explosion a détruit dans la banlieue de Tripoli, un édifice et mausolée religieux soufi du XVe siècle... Le second anniversaire de l'intervention de l'Otan aux côtés des rebelles libyens contre Mouammar Kadhafi n'a quasiment pas été mentionné par les gouvernements et les médias étrangers qui s'inquiétaient tant pour la sécurité et les droits humains du peuple libyen en 2011. (...) Au printemps 2011, je faisais un reportage sur les combats autour de la ville de Ajdabiya au sud de Benghazi. Il y avait une ambiance de guerre bidon que ne reflétaient pas les reportages enthousiastes. A l'entrée Sud de Ajdabiya, je me souviens avoir regardé avec amusement les équipes de télévision se positionner de telle sorte qu'on ne puisse pas se rendre compte qu'il y avait plus de journalistes que d'insurgés. (...) La situation catastrophique qui est celle de l'Irak depuis 2003 se propage, sous des formes différentes, à d'autres pays arabes. Ils se rendent compte, comme les Irakiens, qu'il n'est pas possible de passer à un fonctionnement démocratique tant que les principales forces politiques ne sont pas d'accord sur les règles qui déterminent l'attribution du pouvoir.» (4)


Mieux encore, on apprend que la Libye est proche d'une nouvelle crise politique, samedi dernier. Hier, une série d'assassinats a plongé le pays dans le trouble et a entraîné de nombreuses manifestations. Samedi dernier, 1000 détenus se sont échappés d'une prison à Benghazi, renforçant un sentiment de chaos dans tout le pays La situation est proche du chaos. Tout a commencé vendredi, après le meurtre de l'avocat et militant politique Abdelsalam al Mosmary, tué par balles, quelques heures au sortir d'une mosquée. L'homme dénonçait régulièrement la place prise par les milices armées et était un opposant clair des Frères musulmans.(5)

Dans une contribution singulière, Ahmed Henni estime que la gauche arabe a fait tout faux, que l'armée égyptienne voulait dès le début faire tomber Morsi. «L'attitude des élites de gauche en Egypte, écrit-il, a été la même que celle des élites de gauche algériennes qui ont légitimé le coup d'Etat de janvier 1992. Le refus des résultats du suffrage universel, écrit-il, «montre qu'une grande partie des gauches du Monde arabe ne considère pas l'ensemble de la population comme des citoyens mais, pour une bonne part d'entre eux, comme des 'égarés'' trompés par les islamistes». (...) Dans le meilleur des cas, elle est en faveur d'un suffrage censitaire ou, comme le préconisait en 1992 l'universitaire algérien M'Hamed Boukhobza, les électeurs non instruits ne devraient pas avoir le droit de vote …». (6)

Il est de notre point de vue injuste d'imputer comme le martèle l'Occident la responsabilité du chaos à l'Islam et son antagonisme avec la «modernité». L'Islam asiatique est dans l'ensemble compatible avec la modernité. Ce qui est différent c'est que le Monde arabe n'a pas fait son aggiornamento et que ses dirigeants n'ont pas encore fait la part des choses.

On sait que la religion chrétienne berce d'une façon invisible l'imaginaire des Occidentaux, notamment aux Etats-Unis «In God we Trust» est-il écrit sur les billets de banque américains, notamment aussi en France et aussi dans les démocraties chrétiennes comme en Allemagne. Elle n'est cependant pas l'un des passages obligés pour prendre le pouvoir et le garder!! De plus, dire que le peuple n'est pas mature, c'est faire injure à la sagesse populaire qui n'est nullement indexée sur le volume des diplômes, par contre empêcher l'arrivée des extrêmes par la force ou l'endoctrinement devrait être le fil rouge qui devrait guider les hommes politiques arabes tentés par les coups de force et ce qui est plus grave qui surfent sur des promesses d'au-delà.....

Pendant ce temps, dans les pays où la vie humaine a un sens, je ne résiste pas à la tentation de rapporter ce fait qui illustre une société avec un Etat de droit: Deux jumeaux de trois ans, Yannick et Mehdi Boudjema, ont disparu dans un hameau en haute Corse. La France entière se mobilise: «Une cinquantaine de gendarmes, 25 pompiers, un hélicoptère et des engins tout-terrain de type «quad» ont été déployés samedi dans cette zone de maquis très dense. Le dispositif a été renforcé à 16h00 avec une centaine d'hommes, dont des militaires du peloton de gendarmerie de haute montagne (Pghm) et deux équipes cynophiles. Les recherches se poursuivaient durant la nuit, Un chien pisteur de race Saint-Bernard, l'un des seuls de France, a été transporté vers 22h15 en Corse depuis le continent pour continuer les recherches. A la tombée de la nuit un hélicoptère avec caméra thermique pour détecter les sources de chaleur a débuté les recherches aériennes. De nombreux habitants participaient également aux recherches.» Les enfants ont été retrouvés sains et saufs.. (7)

Les peuples arabes n'ont pas eu la chance d'avoir des dirigeants fascinés par l'avenir à l'instar du Mahatma Gandhi ou encore de Nelson Mandela qui transmit d'une façon élégante le flambeau au suivant inscrivant de ce fait dans l'imaginaire de chacun la nécessité de l'alternance, le respect du choix du peuple. La manipulation du sacré ou la violence des armes pour garder le pouvoir ou se l'accaparer est tragique On envoie à la boucherie des milliers de jeunes dont l'imaginaire a été manipulé soit en leur promettant un au-delà meilleur, eux qui veulent vivre en fait d'une façon apaisée leur Islam sur Terre. Soit encore, un pouvoir temporel par la force au nom de droits de l'homme, de liberté - concepts miroités mais creux et sonores dans ces pays- du fait que les dirigeants qui viennent à diriger le pays juchés sur des tanks , n'y croient pas


1.Egypte: 65 morts dans les affrontements entre pro et anti-Morsi au Caire L'Express, AFP 27 07 2013

2.Nina Hubinet: Egypte: la diabolisation des Frères musulmans L'Express 26/07/2013

3. http://www.lepoint.fr/monde/tunisie-notre-seule-legitimite-c-est-le-respect-du-peuple-27-07-2013-1709057_24.php


4. Patrick Cockburn: La Libye sombre dans le chaos, Info-Palestine.net/spip.php?article 13425

5. http://www.franceinfo.fr/actu/la-libye-proche-du-chaos-politique-1084597-2013-07-27


6. http://www.maghrebemergent.com/contributions/opinions/item/26823-a-pro...


7. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-un-des-jumeaux-disparus-en-corse-retrouve-sain-et sauf_1269685. html#HdSClD6pq7cOrCCl.99

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-eu.de

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Chems Eddine Chitour
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