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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 00:15

«J'ai essayé de faire connaître ce que je crois être le vrai visage de l'Islam. Les principes de l'Islam font appel à l'amour, à la tendresse et à l'universalisme. Être musulman ou être musulmane, c'est s'en remettre dans la paix à un Absolu, tout en récusant l'indépendance de ce qui est relatif par rapport à cet Absolu. J'ai consacré ma vie au grand poète soufi Rûmi car j'ai trouvé que son message était d'une grande actualité: c'est un message d'amour avec une puissante dimension fraternelle et oecuménique.»

(Eva De Vitray-Meyerovitch E., Islam, l'autre visage, Albin Michel, 1995)

Dans cette contribution, nous voulons décrire le cheminement personnel de personnages qui laissèrent leur empreinte spirituelle par delà les âges. Il s'agit de soufis, mais aussi d'intellectuels qui à leur façon on tracé des «tariqas». A côté de Rabi'ate al Addouya, à qui on attribue la paternité du soufisme, il nous plaît de citer et sans être exhaustif, Ibn Arabi, Djallal Eddine Roumi, pour qui la musique était un vecteur qui amenait à cet état de «Fana» (extinction), mais aussi l'Emir Abdelkader, Mohamed Iqbal et Eva de Vitray Meyerovitch (1)

Qu'est-ce que le soufisme?


Le soufisme, écrit le Dr Nurbakhsh, est l'école de l'illumination intérieure. Le but du soufisme est la connaissance de la Vérité par une prise de conscience réelle du coeur et de l'esprit à travers l'illumination intérieure; et non par l'intermédiaire de théories et de raisonnements philosophiques ou rationnels. La méthode du soufisme est l'intention et la détermination d'aller vers la Vérité par les moyens de l'amour et de la dévotion. Cette pratique a pour nom la Tariqa, la voie spirituelle ou le chemin vers Dieu».(2)

Le majdhûb partage avec le cheikh ummî plusieurs traits, comme l'´´état d'enfance´´. Il est aussi appelé ´´fou de Dieu´´ car sa raison lui a été ´´ravie´´ (de la racine J-Dh-B) par Dieu, le plus souvent de façon abrupte. Pour Ibn 'Arabî le vrai majdhûb n'est pas déficient: son esprit est saisi et retenu (mahbûs) auprès de Dieu et jouit de la contemplation divine. Ce qui caractérise le majdhûb est son insouciance des normes sociales et religieuses. Le fait de voir Dieu par l'oeil de la foi et de la certitude nous a libérés de tout recours à la pensée discursive, disait Abû l-Hasan al-Shâdhilî(1)


Djallal Eddin Rumi

C'est le fondateur de l´ordre des derviches tourneurs. Il naquit en 1207 à Balkh, (Afghanistan). C'est un mystique, poète, penseur. Rûmî, l'auteur du Mesnevi, imposant recueil de milliers de vers, célèbre dans tout le monde arabo-musulman, est connu sous le nom de Mevlana (le Maître). En 1227, un disciple de son père Burhân od Dîn Muhaqqîq Tirmidhî le rejoignit et devint son maître spirituel pendant neuf ans avant qu'il n'envoie Rûmî étudier en Alep et à Damas où il rencontra Muhyî od Dîn Ibn ul Arabî. La ferveur mystique qui l´animait était telle que l´on raconte qu´un jour, tandis qu´il se promenait dans le bazar de Konya, il entendit, passant par le souk des bijoutiers, la sonorité cristalline du marteau de l´orfèvre ciselant l´or. À ces sonorités célestes, son âme «s´envola» et il se mit à tourner sur lui-même dans une danse extatique, au sein de la foule médusée. Il est dit que c´est de cet événement que naquit la célèbre danse des derviches tourneurs. (3)

Pour Djallal Eddine Roumi la notion de pureté est essentielle pour atteindre l'absolu: «Purifie-toi de ton moi pour revivre en ta pure essence Relis dans ton coeur la parole des prophètes, sans livre ni professeur, ni suivi de maître.» Le grand Maitre «Chikh al Akbar», Ibn Arabi, parle d'écorce et de noyau. René Guénon nous en parle: «Ce titre [l'écorce et le noyau], qui est celui d'un des nombreux traités de Mohyiddin Ibn Arabi, exprime sous une forme symbolique les rapports de l'exotérisme et de l'ésotérisme, comparés respectivement à l'enveloppe d'un fruit et à sa partie intérieure, pulpe ou amande. L'enveloppe ou l'écorce (el-qishr) c'est la shariyâh, c'est-à-dire la loi religieuse extérieure, qui s'adresse à tous et qui est faite pour être suivie par tous, comme l'indique d'ailleurs, le sens de «grande route» qui s'attache à la dérivation de son nom. Le noyau (el-lobb), c'est la haqîqah, c'est-à-dire la vérité ou la réalité essentielle, qui, au contraire de la shariyâh, n'est pas à la portée de tous, mais est réservée à ceux qui savent la découvrir sous les apparences et l'atteindre à travers les formes extérieures qui la recouvrent, la protégeant et la dissimulant tout à la fois. (...) »(4)


Eva de Vitray-Meyerovitch

Avant de présenter les maîtres à penser de Eva de Vitray-Meyerovitch, nous allons brièvement la présenter car toute sa vie scientifique culturelle et cultuelle a été consacrée à Rûmi et à Mohamed Iqbal. Ses paroles disant qu'elle a embrassé l'Islam sont spirituelles. Elle ne parle pas de conversion. Elle précise: «Quand on embrasse l'Islam, on n'abjure rien.» Née en 1909 décédée en 1999 elle fut docteur en islamologie, Elle découvre l'Islam à travers le livre du penseur et poète Muhammad Iqbal. Après trois années d'exégèse chrétienne à la Sorbonne, elle choisit de devenir musulmane. Elle s'intéresse de très près à l'oeuvre du poète persan Jalâl ud Dîn Rûmî (1207-1273) qui va la sensibiliser sur la dimension mystique de l'Islam, le soufisme. De 1969 à 1973, elle est détachée au Caire en tant qu'enseignante à la prestigieuse université Al Azhar. En 1971, elle effectue le pèlerinage à La Mecque et visite également Médine. En 1990, elle publie la traduction de Mathnawide Rûmi, une oeuvre colossale de 50.000 vers En 1998, au cours de sa dernière conférence en Turquie, elle émet le souhait d'être enterrée à Konya. Elle s'éteint le 24 juillet 1999. Le 17 décembre 2008, une cérémonie officielle accompagne la mise en terre du cercueil d'Eva de Vitray-Meyerovitch à Konya, face au mausolée de Jalâl ud Dîn Rûmî. (5)



Muhammad Iqbal: l'Islam en mouvement

Muhammad Iqbal est né le 9 novembre 1877 à Sialkot dans le Pendjab, il est décédé le 21 avril 1938. C'est un poète et philosophe. Allama Iqbal est considéré comme un des poètes musulmans les plus influents du xxe siècle. Il est aussi vu comme le père spirituel du Pakistan. (...) Iqbal se fait le défenseur de l'idée d'un État musulman dans le Nord-Ouest du sous-continent indien (...) Son oeuvre maîtresse est sans aucun doute Reconstruire la pensée religieuse de l'Islam. Ce livre magistral n'est pas un livre théologique comme le titre pourrait le faire penser. Cette oeuvre majeure, traduite en français par Eva de Vitray-Meyerovitch, fait un état des lieux de la pensée musulmane et de son apport à la pensée universelle. Iqbal y met en parallèle les théories de différents penseurs musulmans et occidentaux. (...) Pour Iqbal, le but principal du Coran est «d'éveiller en l'homme une conscience plus haute de ses multiples relations avec Dieu et l'univers.»] Il confirme l'homme dans le rôle qu'il doit jouer, «celui de coopérer avec Dieu afin d'aider l'humanité en marche». Ce programme trouvera des échos dans la jeunesse musulmane pour qui «Iqbal est venu parmi elle comme un messie ressuscitant les morts.» (6)

«Se voulant profondément ancré dans la révélation coranique, écrit Marie-Odile Delacour, Iqbal a dépassé toute crispation identitaire, «a brisé toutes les idoles de la tribu et de la caste», pour s'adresser à tous les humains. Iqbal revisite la responsabilité de l'homme vis-à-vis de Dieu, place l'individu au coeur de l'action, met l'accent sur sa liberté de choix, en (...) s'opposant au fatalisme qui efface la responsabilité de chacun face à Dieu, inscrite dans le Coran. Cette question du libre arbitre, qui a entraîné la création de nombreuses écoles en Islam, est pour Iqbal comme un pari fait par Dieu sur la liberté de l'ego. S'il y a justice divine, dit Iqbal, c'est que l'homme a la liberté de choix. Iqbal, fervent disciple en cela du grand Rûmî, est adepte de la «consumation» plutôt que de ce mal du XXIe siècle qu'est devenue la «consommation». Se consumer, pour Iqbal, c'est être, et non pas avoir, c'est aimer au point de connaître cette brûlure qui, pour Rûmî, est «tout, plus précieuse que l'empire du monde, car elle appelle Dieu secrètement dans la nuit». (7)

«Dans son ouvrage intitulé La Reconstruction de la pensée religieuse en Islam écrit Marie Odile Delacour, Mohamed Iqbal invitait dès avant la Seconde Guerre mondiale les musulmans du monde entier à «repenser le système de l'Islam tout entier sans rompre avec le passé». (...) Dans cette perspective, l'Islam est vu comme un atelier de transformation de l'être humain, grâce à sa capacité créatrice, vers l'insan al-kamil, l'homme accompli. (...) Dans le Livre de l'Éternité (1932), de Muhammad Iqbal, le poète narrateur est guidé vers différentes rencontres, en des lieux symboliques, les planètes du cosmos, par son maître Rûmî. (...) «Il n'y a pas de limite aux progrès de l'homme. Par le pouvoir de son désir et la pureté de ses efforts, de nombreux univers peuvent être révélés à l'homme, mais aussi créés par lui», écrit Iqbal. Et encore: «L'effort est la vie; l'absence d'effort, la mort...... Plonge-toi dans la mer, lutte avec les vagues, car l'immortalité est le prix d'un combat.» (8)

«Je vais commencer mon propos, déclare Souleyman Bachir Diagne professeur à Coulombia, en parlant du Djâvid-Nâma, traduit par Eva de Vitray sous le titre Le livre de l'éternité. On a dit de ce livre qu'il constitue en quelque sorte La Divine Comédie de l'Islam. Une comparaison tout à fait intéressante, parce que La Divine Comédie est une forme de reprise, par Dante, d'un type littéraire qui doit énormément au Mi'raj islamique, c'est-à-dire au récit de l'ascension nocturne du Prophète de l'Islam qui est, comme vous le savez, au coeur de la spiritualité musulmane. Ce Mi'raj, récit de l'ascension spirituelle du Prophète Mohammed (PSL), fait pour ainsi dire, pendant, est le symétrique de la révélation coranique, les deux grands moments dans sa vie spirituelle, dans ses rencontres avec le divin sont cela: le premier moment de la descente verticale du Coran dans son coeur, lorsque isolé dans la caverne de Hira, pendant le mois de Ramadan, il reçoit la visite de l'ange qui lui apporte la parole de Dieu, ça c'est le dogme central pour les musulmans. Et l'autre moment est, cette fois-ci, le moment où c'est lui qui rend, pour ainsi dire, la politesse à son Seigneur et va lui rendre visite, sous la conduite du même ange Gabriel qui lui avait porté le Coran. Ce récit du Livre de l'Éternité reproduit exactement la structure du Mi'raj. Dans le cas de M.Iqbal, dans le Livre de l'éternité, Rûmi est son guide. (...) La tradition nous enseigne qu'il dormait sur le parvis de la Ka'aba lorsque l'ange Gabriel est venu le trouver, l'a réveillé et l'a conduit à travers cieux sur un cheval ailé. (...) Les péripéties sont connues. Il y a d'abord un voyage horizontal de La Mecque à Jérusalem. C'est une manière de relier les deux centres du monde, les deux centres spirituels, ces lieux de trouée vers la verticalité divine, avant donc qu'il ne commence l'ascension verticale vers Dieu, à travers les différents cieux. (...)» (9)

«La prière, poursuit le professeur Diagne, c'est que le résultat obtenu par le Prophète, après cette ascension, a été de se voir confier par Dieu la mission de nous indiquer, à nous êtres humains, comment reproduire cette expérience prophétique de l'ascension. La prière qui lui a été enseignée et qu'il a été chargé de nous enseigner à nous, était la clé pour qu'un être humain lambda, vous et moi, puissions participer de l'expérience spirituelle qu'avait constituée cette ascension. Évidemment le prix à payer pour un trésor de cette nature pouvait être infini. (...) Voilà la signification fondamentale. Avoir l'équivalent du Mi'raj, autant que nous le pouvons, en faisant simplement ces cinq prières. Voilà autour de quoi s'organise la réflexion d'Eva de V. dans son dernier ouvrage, profondément nourrie, bien qu'elle ne cite M. Iqbal qu'à deux reprises, de la réflexion qu'Iqbal. (...) Voici la première citation: «Il ne faut pourtant pas ignorer - c'est donc Iqbal qui parle - que la posture du corps est un facteur qui sert réellement à déterminer l'attitude de l'esprit» (...) Il y a d'abord évidemment la notion d'égalité dans la prière et cette notion d'égalité dans la prière - d'ailleurs le passage qu'elle cite dans la Reconstruction dit que l'importance de la prière se ressent lorsque le Brahmane et l'Intouchable prient épaule contre épaule. (...) Ce qui intéresse le plus M. Iqbal dans le Mi'raj, c'est lorsque le prophète Mohammed (PSL) s'est trouvé en présence du Divin lui-même, le Coran nous dit «Son regard n'a pas dévié. Il ne s'est pas évanoui. Il n'a même pas scillé». Il a été en présence de Dieu, un individu s'affirmant dans cette présence de Dieu. Dans la prière dont j'ai parlé tout à l'heure en disant qu'elle était une manière de récapituler, pour nous êtres humains, toute la signification du Mi'raj et que lorsque nous accomplissons la prière, c'est comme si nous reparticipions de ce Mi'raj. (..) »(9)



Désagrégation des repères : l'homme produit marchand otage du néo-libéralisme

«De nos jours, écrit Eric Geoffroy, l'absence de sens, le nihilisme atteignent l'Occident comme l'Orient, en manifestant des symptômes contradictoires, mais solidaires. En Occident, ils ont produit de l'errance morale; en Orient, le complexe de l'humilié et la culture du ressentiment. Dans les deux cas, le ciel de la spiritualité a été refermé. (...) Dans ce contexte de désagrégation des repères comment maintenir un espace intérieur non altéré? Il semble que seule la spiritualité puisse vivifier l'enseignement islamique, selon lequel la sacralité réside, non pas dans un temple, mais en l'homme. Le cosmos lui-même n'a pas la capacité d'accueillir la Présence comme peut le faire l'homme (...) Plus que jamais, avec la mondialisation, la Terre entière devient une «mosquée pure» - comme l'indiquait le Prophète - en dépit de sa pollution matérielle.(10)

La civilisation de l'éphémère Le XXe siècle né dans l'enthousiasme et salué comme l'aube d'un nouvel âge d'or s'est achevé dans le désabusement convaincu d'avoir apporté le crime et la misère aux trois quarts de la planète, ainsi que le désespoir aux générations futures. Les sociétés occidentales sont minées de l'intérieur, par des contradictions insurmontables, une absence complète de repères. L'Occident malade de la croissance, mortellement atteint pour avoir fait de l'homme un agent géologique qui ne cesse d'accélérer le désordre est contagieux. Les sociétés musulmanes devant le vide sidéral proposé par leurs gouvernants se jettent à corps perdu dans cette civilisation de l'éphémère. Comment conjurer ce signe indien? Nous avons plus que jamais besoin de transcendance pour sauver le monde, nous avons besoin de repères, nous avons besoin de vivre en harmonie envers nous même, envers les autres.

1. Chems E. Chitour Le soufisme en Islam: Un chemin vers Dieu L'Expression 11 Aout 2011


2. Dr Nurbakhsh http://www.journalsoufi. com/soufisme 26.07.2001


3. C.E. Chitour Le soufisme dans l'Islam:Le dikr pour purifier l'âme L'Expression 17 janvier 2009.

4. Textes de René Guénon: Shaykh Abd el Wahîd Yahia Notes: Le Voile d'Isis, 03 193.p. 145


5. Eva de Vitray Meyerovitch: Encyclopédie Wikipédia


6. Mohamed Iqbal: Encyclopédie Wikipédia


7. Marie-Odile Delacour http://www.saphirnews.com/Muhammad-Iqbal-l-islam-en-mouvement_a13660.html 26 Décembre 2011


8. Marie-Odile Delacour http://www.saphirnews.com/Eva-de-Vitray-Meyerovitch-lectrice-de-Muhammad-Iqbal-l-islam-en-mouvement_a14393.html Lundi 30 Avril 2012


9. Souleylman Bachir Diagne: «Eva de Vitray lectrice d'Iqbal: l'idéal et la sociologie» http://www.saphirnews.com

10. Éric Geoffroy http://www.saphirnews. com/Spiritualite-et-mondialisation_a10969.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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