Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 13:38

«The old will die and the young will forget» «Les vieux mourront et les jeunes oublieront.»

Sentence attribuée à Ben-Gourion à propos de la spoliation de la Terre des Palestiniens

Encore une fois, depuis une centaine d'années le conflit de l'usurpation de la Palestine par un Etat sioniste dit d'Israël créé le 14 avril 1948 à une voix près. Le ministère palestinien de la Santé déclarait lundi que le nombre de Palestiniens, tués par des tirs israéliens depuis le début du mois d'octobre, a atteint le chiffre de 45, dont 10 enfants.

Pour rappel le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe. Dès le départ les Palestiniens se trouvent dépossédés de plus de 50% des terres. En fait tout commença avec la fameuse déclaration de Balfour où l'on promit une seconde fois après Dieu une Terre à des hommes et des femmes disséminés dans le monde. Il est vrai que le Congrès Juif refusa l'Ouganda.


«Le 30 novembre 1947, lit-on sur l'Encyclopédie Wikipédia, la guerre voit s'affronter les communautés juive et arabe. (...) Les forces et la société palestiniennes s'effondrent. Le 14 mai, dernier jour du mandat britannique, l'indépendance de l'État d'Israël est proclamée en tant «qu'État juif dans le pays d'Israël». Le lendemain 15 mai, les États arabes voisins, opposés au partage, interviennent. En théorie alliés, ceux-ci ambitionnent des objectifs différents et combattront leur adversaire de manière désorganisée et désunie.(...) Les forces israéliennes vainquent militairement sur tous les fronts. La ligne d'armistice partage Jérusalem, laissant la vieille ville du côté arabe. En gagnant la guerre de 1948, Israël conquiert 26% de territoires supplémentaires par rapport au plan de partage et prend le contrôle de 81% de la Palestine de 1947. La guerre s'accompagne de bouleversements démographiques. Entre novembre 1947 et juillet 1949, environ 720.000 Arabes de Palestine fuient ou sont expulsés des territoires qui formeront Israël» Ce sera la fameuse Nekba. Parallèlement, la loi du retour permet à tout juif de par le monde de venir en Israël et il sera interdit aux réfugiés de revenir.» (1)

Ce qui a fait dire au regretté Mahmoud Darwich «Celui qui m'a transformé en réfugié m'a transformé en bombe.» Arthur Ruppin, planificateur du sionisme s'adressant à l'Agence juive dans un meeting en 1938: «Je ne crois pas au transfert de Palestiniens d'une façon individuelle mais par villages entiers.» Pour rappel, la première intifada eut lieu le 9 décembre 1987. Le 28 septembre 2000 débute la seconde Intifada ou Intifada al-Aqsa. Si la plupart des observateurs lient le déclenchement de l'intifada à la visite au Mont du Temple ou Esplanade des Mosquées par Ariel Sharon considérée comme une provocation par les Palestiniens. Il y eut ensuite l'opération Rempart qui démolit Jénine, la construction du mur de séparation jugé illégal par la Cour internationale de justice.



La révolte du désespoir et de la dignité humaine

Où en sommes-nous? Le dernier carnage remonte à juillet 2014. En bombardant Ghaza durant cinquante jours, les Israéliens ont provoqué des dégâts sans équivalent depuis 1967, avec plus de deux mille morts, dont cinq cents enfants. Dans le même temps Abbas censé défendre les Palestiniens maintient sa coopération sécuritaire avec l'armée d'occupation et proteste mollement en laissant faire.

Veut -on un exemple du ras-le-bol ce que les médias désignent par 3e intifada est une révolte du désespoir, une révolte pour la dignité? Olivier Pironet, journaliste au Monde diplomatique après avoir visité, ces jours-ci, le goulag palestinien, immense prison à ciel ouvert, écrit: «(..)Parmi les chebab descendus dans la rue pour exprimer leur colère, certains sont issus du camp de réfugiés de Balata. (...) Construit en 1950 pour accueillir des villageois expulsés de la région de Jaffa, près de Tel-Aviv, Balata se trouve en zone A, l'aire administrative délimitant les secteurs de la Cisjordanie «gouvernés» par l'Autorité palestinienne,mais où l'armée israélienne opère à sa guise, en dépit des accords d'Oslo. Le camp offre un condensé des problèmes qui affectent les réfugiés palestiniens. Ici, la pauvreté (55% des habitants), le chômage (53%, dont 65% sont de jeunes diplômés), la promiscuité et l'insalubrité touchent presque tous les foyers. Près de vingt-huit mille habitants, dont 60% ont moins de 25 ans, s'entassent sur un kilomètre carré. (...) Connu pour son engagement contre l'occupation dès 1976, qualifié par les Israéliens de «bastion terroriste» et très surveillé, le camp a payé un lourd tribut ces dernières années: «Environ quatre cents morts depuis le déclenchement de la deuxième Intifada [2000-2005],et des milliers de blessés. Près de trois cents résidents du camp sont actuellement incarcérés en Israël», nous indique M.Arafat, qui a lui-même été emprisonné à plusieurs reprises. L'armée israélienne envahit régulièrement Balata pour «arrêter ceux qui ont participé à des manifestations ou sont recherchés pour leur activisme politique, ou bien encore pour ´´sécuriser´´ le quartier, du fait de la proximité du tombeau de Youssouf» - un mausolée vénéré par les juifs comme par les musulmans»(2).

«Harcelés par l'armée d'occupation et par les colons, les habitants sont «à bout», lâche M.Arafat. «Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Quand les Israéliens surgissent pour perquisitionner ou capturer des militants politiques, nous tentons de nous interposer, mais nous sommes impuissants. Il y a encore des armes ici, mais les gens ne les utilisent plus. La police palestinienne devrait nous protéger des colons - très nombreux autour de Naplouse, et parmi les plus agressifs -, mais elle ne fait rien.» En vertu des accords sécuritaires israélo-palestiniens, élaborés en 1993, la police de l'Autorité palestinienne n'a pas le droit d'utiliser la force contre les colons en cas d'attaque, mais doit s'en remettre aux autorités israéliennes. Elle est aussi tenue de coopérer pour cibler et interpeller les militants palestiniens constituant un «danger potentiel» vis-à-vis d'Israël (...)» (2)

Curieusement, on fabrique un nouveau concept: l'intifada des couteaux. Je serai curieux de connaître qui est derrière cette mise sur le marché des médias mains tream pour souligner le couteau barbare. Pourquoi ne parle-t-on pas de la répression des cailloux par la mitraillette Uzzi? Du côté de l'Eglise, c'est le minimum syndical. Le pape, dit-on, suit avec une «grande inquiétude» les tensions en Terre sainte. Il appelle ceux qui sont pris par la violence en Terre sainte d'avoir le «courage et la force morale de dire non à la haine». Jérusalem a connu mardi 13 octobre sa journée la plus sanglante depuis le début de l'escalade des violences entre Israéliens et Palestiniens, il y a un mois. vendredi 16 octobre, le patriarcat latin a dénoncé «avec fermeté» l'incendie du tombeau de Jospeh (Youssef) comme «un acte insensé et d'une extrême gravité».

Tout autre son de cloche celui des Palestiniens chrétiens à demeure en la personne de Monseigneur Atallah Hanna archevêque de Jérusalem, il déclare: «J'ai dit, et maintes fois répété, que le sionisme et Daesh sont les deux faces d'une même monnaie, et quand je dis Daesh cela signifie toutes les organisations terroristes barbares et sanguinaires dont nous sommes convaincus qu'elles sont une fabrication américano-israélienne par excellence, dans le but essentiel de détruire la patrie arabe au profit d'Israël. Ils veulent détruire tout ce qui s'y trouve comme civilisation, humanité et beauté. Qui profite de tous ces massacres et déplacements de population? (...) Israël tente aujourd'hui d'accomplir tout ce qu'il n'a pu faire depuis 1967, en essayant de mettre la main sur la mosquée d'Al-Aqsa, d'avaler Jérusalem et ses Lieux saints et de chasser ses vrais habitants arabes palestiniens.»(3)

«Vous remarquerez poursuit le patriarche que nous n'avons entendu aucune déclaration officielle ou officieuse de la part des États arabes, (...) On ne peut demander aux Palestiniens de rester les bras croisés devant un tel complot contre sa cause et sa terre. (...) La jeunesse palestinienne est sortie pour dire: «Nous ne nous soumettrons pas à Israël quels que soient les complots et aussi fortes soient les pressions. Quoi qu'ils tentent pour liquider notre cause, elle restera celle d'un peuple amoureux de la liberté et de la dignité». (...) Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'Intifada ait jamais cessé en Palestine. C'est un état d'esprit permanent qui se manifeste de manières différentes. La Résistance sera toujours là tant que l'occupation et le racisme seront là. La Résistance ne s'arrêtera pas et c'est notre droit de Palestiniens de lutter pour libérer nos lieux sacrés et Jérusalem. Nous ne céderons pas à Israël.(...) Israël pense que les répressions et oppressions de plus en plus sauvages terroriseront le peuple palestinien. C'est l'inverse qui est vrai, car la jeunesse palestinienne en est arrivée à la conviction qu'elle ne peut compter que sur elle-même.» (3)

Même Gandhi aurait compris la violence des Palestiniens

Pour Daniel Vanhove, Israël doit être mis au ban de nos sociétés. Il écrit: «En Terre que l'on dit trois fois «sainte» - pour le judaïsme, le christianisme et l'islam - voici le résultat des collusions incessantes de nos gouvernements avec Israël: les Palestiniens peuvent endurer toutes les souffrances; leurs enfants, quel que soit leur âge, peuvent être abattus comme des chiens, agonisant dans leur sang, voire brûlés vifs sans que leurs assassins connus de la justice israélienne ne soient inquiétés; les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades ne sont en aucun cas épargnés; les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte sont régulièrement bombardés; leurs terres sont spoliées depuis des années par des extrémistes de la pire sorte, qu'il conviendrait assurément d'enfermer; quand elles ne sont pas volées par des colons, ou qu'ils n'en sont pas expulsés au moindre prétexte, leurs maisons sont détruites pour un oui ou un non; des barrages incessants les privent de toute possibilité de déplacement normal. Y compris les ambulances et leurs blessés qui souvent meurent lors de trajets rendus ainsi interminables; un mur de 9 mètres de haut sur des centaines de kilomètres les enferme dans ce qui s'apparente à des réserves à l'indienne. Et cette situation dure depuis des décennies... Nos médias ignorent la situation. Et la descente aux enfers de la population palestinienne se poursuit dans une indifférence qui depuis longtemps en est par cela devenue complice.» (4)

Il se trouve heureusement, pour la dignité humaine, des Israéliens admirables qui prennent la defense de ses épaves que sont les Palestiniens. Gidéon Levy et Amira Hass écrivent dans le quotidien de gauche Haaretz des textes courageux dont nous reproduisons quelques extraits Gedéon Levy écrit que même Gandhi apôtre de la non-violence aurait compris les raisons de la violence des Palestiniens: «À travers le brouillard d'autosatisfaction, de propagande médiatique, d'incitation, de diversion, de lavage de cerveau et de victimisation de ces derniers jours, cette simple question revient avec force: qui a raison? (...) Il ne reste plus d'arguments fondés dans l'arsenal israélien, du genre qu'une personne honnête pourrait accepter. (...) En tant que vieille militante palestinienne, Hanan Ashraoui, a écrit récemment que les Palestiniens sont le seul peuple sur cette terre à qui on demande d'assurer la sécurité de l'occupant, tandis qu'Israël est le seul pays qui exige de ses victimes sa propre protection. Et comment pouvons-nous répondre? Aux 100 ans de dépossession et aux 50 ans d'oppression, nous pouvons ajouter ces quelques dernières années, marquées par l'intolérable arrogance israélienne qui nous explose une fois de plus au visage. (...) Nous sommes fatigués. Nous n'avons pas dit un mot de l'injustice de 1948, qui aurait dû s'arrêter alors et ne pas se poursuivre avec encore plus de force en 1967 et continuer sans aucune fin en perspective.» (5)

«Les Palestiniens écrit Amira Hass, se battent pour leur vie, Israël se bat pour l'occupation.» Jeudi 15 octobre 2015: la guerre n'a pas commencé jeudi dernier, elle ne commence pas avec les victimes juives, et elle ne prend pas fin quand plus aucun juif n'est assassiné. Les Palestiniens se battent pour leur vie, dans le plein sens du terme. Nous, juifs israéliens, nous nous battons pour notre privilège en tant que nation de maîtres, dans la pleine laideur du terme.

Les jeunes Palestiniens ne vont pas se mettre à assassiner des juifs parce qu'ils sont juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés, qui leur bloquent leur horizon. Les jeunes Palestiniens, vengeurs et désespérés, sont prêts à donner leur vie et à causer à leur famille une énorme douleur, parce que l'ennemi auquel ils font face leur prouve chaque jour que sa méchanceté n'a pas de limites. (...) Même le langage est malveillant. Les juifs sont assassinés, mais les Palestiniens sont tués et meurent. Est-ce vrai» (6)?

Les dérapages calculés du Premier Ministre israélien

Quand on écoute le Premier Ministre israélien, à court d’arguments, invoquer l’argument suprême celui de la shoah sacrée avec un scoop : Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs sa faiblesse est d’avoir écouté le Muphti de Jérusalem ! Rien que çà ! Hitler n’a pas tenu compte de l’atmosphère qui prévalait depuis deux mille ans en Occident faisant des Juifs les déicides. Il n’a entendu des pogroms que tous les pays mettaient en œuvre pour persécuter les Juifs qui n’avaient même pas le droit d’enterrer leur mort intra-muros à Paris la capitale d’une France des droits de l’homme blanc. Il n’a prêté aucun attention aux idéologues des races supérieures tels que les Renan, les Arthur de Gobineau, les Joseph Chamberlain. Il s’inscrit en faux contre ce qu’écrivent les historiens à savoir que c’est l’Europe du XIXe siècle qui a fait le lit du nazisme. Il n’a pas entendu parler du racisme anti-juif et de l’antisémitisme à l’endroit des Juifs des Arabes comme Husseini le muphti de Jérusalem, qui dans une posture, apparemment, masochiste, supplie Hitler d’exterminer les sémites comme lui . Franchement, il vaut mieux entendre cela que d’être sourd ! Les Arabes responsables au premier degré des massacres de masse à l’endroit des Juifs ; Angela Merkel qui recevait Benyamin Netanyahu ne fut pas dupe. Elle assuma –en le martelant dans sa réponse – la responsabilité de l’Allemagne vis-à-vis du massacre de masse des Juifs.

Ceci dit Cette provocation est calculée, Israêl va encore une fois de plus faire actionner la pompe a finance allemande au nom de la faute originelle. Après moult réparations, après les sous marins nucléaires gratuits, l’Industrie de l’Holocauste selon le bon mot de Norman Finkieltein va être actionnée dans tous les pays et chaque jacquerie des Palestiniens, se concrétise par des dons à Israël.

Le deuxième résultat de la provocation de Netanyahu est aussi de faire diversion, elle sera relayée par les inconditionnels dans tous les pays européens et américains qui seront une fois de plus par ce discours au point de ne prendre aucune résolution si ce n’est des vœux pieux comme vient de nous le prouver Ban Ki Moon qui appelle l’Armée la plus morale du monde et les terroristes au canif à faire preuve de retenue. Netanyahou ne parle jamais pour rien. Comme lu sur le site Réseau International : « Si BHL, et d’autres petits lieutenants comme lui, ont souvent pour rôle d’accompagner ou d’assurer le service après-vente d’un processus en cours, l’échelon supérieur représenté par les Fabius, Netanyahou et quelques autres, sont principalement utilisés pour initier ce processus. Leurs déclarations sont toujours annonciatrices d’un vaste programme »

La vraie vérité est qu’Israël veut faire glisser le conflit vers un conflit religieux. Pour le député palestinien Mustapha Barghouti: «Ce qui se passe n'est pas un conflit religieux. C'est bien plus que Jérusalem ou l'esplanade des Mosquées: c'est la lutte d'un peuple pour sa liberté, alors qu'il a vécu l'occupation la plus longue de l'histoire moderne.» Où sont les «Arabes» censés les aider dans leur juste combat? Où est la Ligue arabe qui a permis la destruction de la Libye en 2011. Ce n'est sûrement pas l'Arabie Saoudite qui va le faire, elle qui compte sur Israël pour mater le peuple yéménite.

Les Palestiniens sont bien seuls, mais ils n'oublieront pas malgré l'injonction de Ben Gourion, ni les jeunes ni les vieux. Pour les Occidentaux, le drame actuel est une question de terminologie: est-ce une intifada? Peu importe que les Palestiniens soient au désespoir, il faut un continment ( endiguement) pour éviter l'intifada. Ce qui se passe est un cri de douleur. Les Palestiniens veulent vivre en paix. Peut-être qu'il faille dans cette dynamique de reshaping du Moyen-Orient un siècle après Balfour un siècle après Sykes-Picot; penser à restituer aux Palestiniens leurs dignité et leur donner des raisons de vivre dignement sur les 18% qui restent de la Palestine originelle (7).


1. La création de l'Etat d'Israël: Encyclopédie Wikipédia

2. Olivier Pironet: http://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/PIRONET/50880

3.Monseigneur Atallah Hanna Interview Rana Ismaïl Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

4. http://www.mondialisation.ca/israel-doit-etre-mis-au-ban-de-nos-societes/5482482


5. Gidéon Lévy http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679268?date=14450305 25480

6.Amira Hass: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679129

7. Chems Eddine Chitour : Le calvaire palestinien. Préface de Ismaël Hamdani, ancien chef de gouvernement algérien. 600 pages. Editions Casbah 2014. Alger

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/227951-la-revolte-d-un-peuple-desespere.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 11:53


«Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge.»

Voltaire

A l'initiative d'Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, une journée appelée pompeusement «Tel-Aviv sur Seine s'est déroulée dans une atmosphère délétère avec un dispositif policier généreux en nombre et sur les dents. L'opération «Tel-Aviv sur Seine», à laquelle Manuel Valls a apporté son «soutien total», a ouvert ses portes avec un dispositif de sécurité renforcé. C'est aussi la Spcj, le service de protection de la communauté juive de France, une sorte de milice qui décide de qui est autorisé à entrer au coeur de la manifestation. C'est une milice privée qui décide de qui entre. Sur l'autre rive plusieurs centaines de militants de la cause palestinienne protestent pacifiquement contre cet événement inique

La classe politique de gauche hypocrite comme à son habitude n’y voit pas de problème avec quelques protestations molles ça et là .Claude Bartolone, le président de l'Assemblée nationale, s'est voulu serein: «Je pense que malgré les protestations des uns et des autres chacun va revenir à la raison.» «Il est encore temps d'éviter une faute politique», a martelé quant à lui Eric Coquerel, conseiller régional du Parti de gauche (PG) Ile-de-France, et Danielle Simonnet, conseillère (PG) de Paris, dans une lettre ouverte à l'adresse d'Anne Hidalgo. La droite et l’extrême droite a joué la prudence, si elle n’adhère pas d’une façon franche, elle se garde de tout commentaire pouvant lui nuire lors des prochaines échéances

Pour rappel, au plus fort de la boucherie contre les ghazaouis « en pleine offensive israélienne à Ghaza, des manifestations de soutien aux Palestiniens, ont interdites en raison lit on sur une presse main stream des risques de violence, avaient dégénéré notamment dans le quartier populaire de Barbès, à Paris, et à Sarcelles. Dans cette ville où vit une importante communauté juive, un rassemblement non autorisé s'était transformé le 20 juillet en émeute urbaine aux relents antisémites.» (1).

Par réaction à l’ignominie de la mairie de Paris du fait de deux poids deux mesures, l’autre côté des Berges rebaptisé par leurs soins, «Ghaza sur Seine». Tout cela pour contempler la comédie humaine et donner une visibilité humaniste à Tel-Aviv qui nous dit-on est progressiste et n'a rien voir avec la politique du gouvernement. Cette initiative nous paraît scandaleuse en ce sens qu'elle commémore l'anniversaire du dernier carnage d'Israël vis-à-vis des Ghazaouis il y a un an.

Souvenons-nous pendant plus de trois semaines dans l'impunité la plus totale, le silence lâche des uns et la caution des pays occidentaux qui à l'unisson ont répété le slogan préparé par Israël -Israël a le droit de se défendre - Israël s'est en effet défendu en faisant passer de vie à trépas plus de 2000 personnes dont 500 enfants. Le calvaire de ces enfants innocents morts est toujours dans nos têtes, qu'Israël par sa politique laxiste a laissé des colons brûler une maison tuant le bébé Ali Dawabcheh, brûlé vif, ensuite son père qui succombe à ses blessures et enfin sa mère toujours dans un état grave brulée au troisième degré

Le mutisme de la « Gôche » devant ce crime et la récompense « Tel Aviv sur Seine »

Y a-t-il eu une protestation des donneurs de leçon de la gauche en France? Rien ! Pas le moindre petit reproche. Au contraire, prenant appui sur une décision israélienne de faire semblant de chercher le terroriste, responsable de l’incendie- comme si cela était un acte isolé, alors que le racisme et la sensation d’appartenir une race élue imprègne d’une façon visible et invisible la société israélienne, on félicite le Premier ministre israélien qui a arrêté un lampiste extrémiste déclaré terroriste et proposé comme solde de tout compte pour ce meurtre abject pour lequel Israël est engagé.

Allant plus loin dans le catalogue habituel des exactions à l’endroit des Palestiniens , dans une contribution sans concession, Julien Salingue fait l'inventaire récent des exactions israéliennes et s'étonne que personne ne condamne: «En Cisjordanie, les exactions commises par les colons israéliens se multiplient, jusqu'à avoir, récemment, entraîné la mort d'un bébé et de son père dans l'incendie criminel de leur maison. À Gaza, un an après l'offensive meurtrière de l'été 2014, le blocus se poursuit, et l'on vient d'apprendre dans un rapport de l'ONU que pour la première fois depuis 50 ans, la mortalité infantile était en hausse. À Paris, pour dénoncer ces crimes, on organise une grande fête sur les bords de Seine, en l'honneur de Tel-Aviv. Vous avez dit indécence?» (2)

«Mais il ne faut pas confondre Tel-Aviv, une ville, et Israël, un État!», disent-ils. L'argument pourrait faire sourire si la situation n'était pas aussi grave. Doit-on rappeler aux organisateurs de l'initiative que Tel-Aviv est la seule capitale internationalement reconnue d'Israël, siège de la quasi-totalité des ambassades? Doit-on préciser que l'agglomération de Tel-Aviv est de loin la plus peuplée du pays, avec près de 3.5 millions d'habitants, soit près de la moitié de la population du pays? Doit-on enfin rappeler que Tel-Aviv est la capitale économique et financière d'Israël, et aussi sa capitale technologique, où sont élaborées nombre de petites merveilles à destination de l'armée israélienne? Non, Anne Hidalgo, Tel-Aviv n'est pas une république autonome (...) Mais si Tel-Aviv était à ce point en rupture avec le gouvernement Netanyahou et les colons, et si «Tel-Aviv ce n'est pas Israël», comment comprendre le soutien apporté à Tel-Aviv sur Seine par le ministère du Tourisme israélien et l'ambassade d'Israël en France, et par des officines aussi amoureuses de la paix que le Crif ou, pis encore, la Ligue de défense juive? Non, Bruno Julliard, Tel-Aviv n'est pas la Commune de Paris».(2)

«Notre opposition à l'initiative de la mairie de Paris est donc une opposition politique à une initiative politique. Il s'agit de refuser qu'à l'heure où le blocus de Gaza et la colonisation de la Cisjordanie se poursuivent, on célèbre Tel-Aviv et Israël sur les bords de Seine dans une ambiance chaleureuse et festive. Il s'agit de rejeter toute tentative de blanchiment d'un État qui, tout en piétinant quotidiennement les résolutions de l'ONU et le droit international, essaie par tous les moyens de séduire les opinions publiques occidentales par des opérations de communication bien huilées..(..) Et oui, nous continuerons de critiquer Israël, État hors-la-loi, y compris en défendant le boycott des institutions israéliennes, à défaut de sanctions adoptées par les États censément garants du droit international». (2)

Pour Bertrand Heilbronn, secrétaire général de l'Association France Palestine Solidarité, c'est une opération de communication masquée derrière une image prétendument positive de Tel-Aviv pour essayer de faire oublier la politique israélienne vis-à-vis du peuple palestinien. L'image de Tel-Aviv prétendument libérale est mise en avant pour «blanchir» l'image d'Israël. (...) Il y a probablement une joie de vivre à Tel-Aviv mais surtout une grande inconscience.
A quelques kilomètres de là se trouvent le mur et la bande de Gaza. (...) Dire que Tel-Aviv est une ville d'opposition est faux. C'est la capitale, économique et politique, de l'Etat d'Israël, pour tous les gouvernements qui ne reconnaissent pas l'annexion de Jérusalem. (3)


Les évolutions récentes d’un statut quo

Dans un article du Monde du 12 août, Benjamin Barthe retrace finement les fondements de cette initiative et les transformations de la perception visà vis de la cause palestinienne tout en pointant du doigts l’arme fatale qui consiste à traiter d’antisémite toux ceux qui critiquent la politique israélienne et son impunité dans les territoires occupés : «Un an après la controverse suscitée par l'interdiction de certaines manifestations de solidarité avec la bande de Ghaza, la société française se crispe une nouvelle fois sur la question israélo-palestinienne. (...) Les défenseurs de cette opération vantent une simple fête,(...) Les membres du Parti Socialiste raisonnent simplement, comme la plupart de leurs collègues de droite et de gauche, avec la grille d'analyse du processus d'Oslo(...) Un paradigme qui présuppose que les torts sont également partagés, que les deux parties sont animées de bonne volonté et qu'en les réunissant donc autour d'une même table la paix finira par émerger sous la forme de deux Etats pour deux peuples. A ce titre, tout projet visant à créer du lien, notamment par la culture, est bon à prendre.» (4)

«En face, les pourfendeurs de Tel-Aviv sur Seine, n'en déplaise à certains pro-israéliens aveugles, ne sont pas des antisémites masqués. Si la mouvance pro-palestinienne rejette de plus en plus le discours des élites politiques et médiatiques sur ce dossier, c'est parce que, contrairement à celles-ci, elle n'est plus imprégnée de la culture d'Oslo, de son langage et de ses tics. Manifestants d'un jour ou militants de longue date, les pro-palestiniens des années 2010 ne voient plus dans les violences qui ensanglantent la région l'affrontement de deux nationalismes qu'il faut réconcilier, mais un système de discriminations et d'apartheid, qu'il faut mettre à bas. Le maître mot dans les années 1990 était «négociation». Son homologue aujourd'hui est BDS, l'acronyme du mouvement Boycott Désinvestissement Sanction, qui réclame des sanctions contre Israël. Son ambition est de rompre le sentiment de normalité, dont Tel-Aviv est le symbole, qui permet aux Israéliens de garder la tête dans le sable.» (4)


Benjamin Barthes énumère ensuite trois causes de cette évolution «La première cause de cette rupture est générationnelle. Pour les jeunes qui ont protesté contre l'offensive israélienne dans la bande de Gaza en été 2014, (...) Les événements fondateurs de leur engagement sont l'attaque de la flottille de Gaza, la construction du «mur de l'apartheid», le bouclage de la bande de Gaza ou l'offensive «plomb durci» contre ce même territoire. Une litanie de crimes de guerre et de violations du droit international, où ils peinent à trouver une trace de bonne volonté israélienne.» (4)


«La deuxième raison est politique. En vingt ans, l'opinion israélienne a dérapé à droite. (...)
Les militants pro-palestiniens, s'ils ont des défauts, n'ont pas celui-là. Depuis le début de la deuxième intifada en 2000, des milliers d'entre eux se sont rendus en Cisjordanie et en Israël dans le cadre de missions de solidarité. La troisième raison, enfin, est culturelle. (...)On sait ce qu'il est advenu d'Oslo. Tué à petit feu par le terrorisme, la colonisation et le refus des dirigeants israéliens de laisser se créer, en Cisjordanie et à Gaza, un état digne de ce nom. (...) le Parti Socialiste en tête, devrait commencer son autocritique. La grille d'analyse qu'elle applique au conflit israélo-palestinien est définitivement périmée.» (4)



Le point de vue du maire de Tel-Aviv: une oasis de paix et de tolérance

Avec beaucoup de retard et sans aucun argument réel Anne Hidalgo , tente de convaincre que l’innocence de cet évènement décidé en mai Elle rappelle ce qu’à fait Paris avec d’autres villes : « Après Athènes, des villes du Brésil ou de Polynésie, nous avons décidé d'accueillir Tel-Aviv durant la journée du 13 août. Cette idée, finalement banale pour qui aime les villes au bord de l'eau, est née autour d'un déjeuner que les élus des deux villes ont partagé lors du déplacement du Conseil de Paris en Israël et en Palestine au mois de mai. Pourquoi Tel-Aviv? Une ville progressiste (...) je ne saurais rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement.» (5)

« il serait injuste, poursuit Mme Hidalgo, de « rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement. Ce serait mépriser la démocratie locale et donc la démocratie tout court Nos pactes d'amitié avec Tel-Aviv ou Haïfa ne nous ont pas empêchés en tant que ville, de reconnaître la Palestine avant l'Etat français; d'être solidaires de la population de Gaza en mobilisant des aides d'urgence après les destructions de l'été dernier, et surtout d'avoir avec des villes palestiniennes, comme Jéricho et Bethléem, parmi nos plus importantes coopérations décentralisées en cours dans le monde. Au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible: elle consiste à encourager plutôt qu'à réprimander, à échanger plutôt qu'à boycotter, à dialoguer plutôt qu'à excommunier.» (5)

Belle empathie à laquelle on souscrirait à pieds joints si Tel Aviv était une ville normale , car à vouloir la détacher de l’ensemble faisant croire que c’est uen singulairté, c’est une erreur et une faute . D’abord il faut savoir que TelAviv n’est pas qu’une ville c’est aussi un ensemble avec sa périphérie de près de 50 %de la population Sans oublier d’ajouter la population israélienne (celle de Tel Aviv comprise) a soutenu à plus de 90% la dernière opération contre Gaza,

Anne Hidalgo tente de nous convaincre que Tel Aviva protesté contre l’assassinat du bébé , «C'est à Tel-Aviv qu'ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l'enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques.» C'est un double mensonge: les activistes israéliens présents sur place ont eux-mêmes regretté la faible affluence de ce rassemblement. Ceux qui y étaient, comme l'écrivain israélien Edgar Keret, ont été effarés de voir la place Ithzak Rabin «à moitié vide ». De plus, la décision en faveur de Tel-Aviv a été prise avant le meurtre du bébé.

Parlant de sa politique d'équilibre pourquoi avec son prédécesseur n'a-t-elle pas accroché le portrait de Salah Ammouri franco-palestinien détenu dans les geôles sur le fronton de la mairie de Paris comme cela a été fait pour le soldat Shalit qui a bénéficié d'une publicité monstre dans les médias au point que les parents israéliens de Gilad Shalit ont été reçus à l'Élysée contrairement à la maman française de Salah Ammouri qui ne l'a jamais été.

Grâce à Anne Hidalgo, Paris capitale de l'apartheid israélien

Pour Youssef Boussoumah membre du PIR (Parti des indignés de la République), Tel Aviv sur Seine est une provocation d'un cynisme surréaliste. Il écrit: «Signé en mai dernier entre Anne Hidalgo et son homologue le maire de Tel-Aviv, ce partenariat entre Paris et la capitale d'un Etat, dont la traduction devant la CPI se fait de jour en jour plus certaine, a de quoi scandaliser tous ceux qui refusent de reléguer au niveau d'un fait divers la mort de milliers de femmes et d'enfants innocents. (...) A qui fera-t-on croire comme le prétend madame Hidalgo que ce partenariat n'est «qu'un évènement festif», qu'il ne concerne que la ville de Tel-Aviv flottant au-dessus du monde et des réalités alors qu'à quelque km seulement de cette bulle, un mur étrangle près de 2.5 millions de Palestiniens et que chaque jour des dizaines de check-points empêchent toute vie normale? (...) Comment espère-t-on faire croire que Tel-Aviv sur Seine n'est pas un évènement politique alors que des groupes ultra pro Israéliens comme la LDJ ou le Bnvca s'y donnent déjà rendez-vous et que des soutiens inconditionnels de la politique israélienne s'en réjouissent sur les réseaux sociaux? Ainsi, Patrick Klugman, adjoint au maire de Paris, chargé des relations internationales et de la francophonie, qui l'an dernier justifiait l'agression contre Gaza, se répand sur la chaîne pro-israélienne I24 pour se réjouir que «BDS cette fois-ci n'aura pas le dernier mot». Comment madame Hidalgo peut-elle feindre d'ignorer un État qui organise des châtiments collectifs, qui nourrit de force les prisonniers en grève de la faim, qui emprisonne des enfants ou des gens sans jugement pour des périodes quasi illimitées??Les crimes de guerre de l'armée israélienne sont si patents que d'ores et déjà des ONG comme Amnesty International les ont récemment dénoncés et que des officiels, officiers supérieurs de l'armée israélienne, n'osent plus sortir du territoire israélien de crainte d'être interpellés.» (6)


Sayed Hasan inscrit cette initiative de la mairie de Paris dans une fresque large de la compromission des élites françaises. Il écrit «(...)Deux exemples éloquents indiquent assez que le collaborationnisme est profondément ancré au sein d’une certaine élite « républicaine » française, et qu’il y aurait tout à fait lieu de parler, au-delà du fameux Syndrome de Stockholm, d’un véritable « Syndrome de Paris » pour désigner ce « fin’amor françois » historique pour les Occupants étrangers. En 1870, après la débâcle de Sedan et la chute du Second Empire, la IIIe République fut proclamée à Paris, à la grande frayeur des possédants. Malgré l’état de guerre et la présence des troupes prussiennes sur le sol national, l’élite politique et économique française ne redoutait pas tant l’ennemi de l’extérieur que celui de l’intérieur, appréhendant dans une terreur sacrée une victoire du peuple français en armes qui pourrait entrainer un bouleversement des structures économiques et sociales. Ainsi l’effort du « Gouvernement de défense nationale » qui fut constitué par la confrérie des Jules – Favre, Simon, Ferry, coiffés par Trochu et (Adolphe) Thiers – consista-t-il principalement à saboter toutes les velléités de résistance populaire et à rechercher un armistice avec Bismarck au plus vite et à tout prix »(7).

« La perte de l’Alsace poursuit l’auteur et de la Lorraine paraissait bien négligeable au regard de la « défense sociale », de la préservation des privilèges et de l’ordre établi, et après la trahison de Bazaine et le simulacre du siège de Paris, elle put enfin être imposée à la Nation. Il fut alors temps, enfin, de retourner les canons français contre le véritable ennemi, à savoir les faubourgs de Paris, sous l’œil approbateur de Bismarck. L’historien Henri Guillemin a minutieusement démontré cela dans sa trilogie sur Les Origines de la Commune (Cette curieuse guerre de 1870, L’Héroïque défense de Paris et La Capitulation), synthétisée dans sa série de conférences éponyme ».(7)

En 1940, il en est plus ou moins allé de même. Les élites politiques et économiques françaises ont vu dans l’Allemagne nazie un péril infiniment moins grand que le danger socialiste (à cette époque, cette doctrine n’avait pas encore été dévoyée et portait des valeurs authentiquement progressistes), et, plus encore, ont considéré qu’un « désastre » militaire pourrait permettre à la France de renouer avec ses traditions réactionnaires et d’abroger les nombreuses hérésies introduites par le Front Populaire. Ce fut notamment tout l’effort de Pétain, qui œuvra en ce sens au moins à partir de 1936. Et autour de lui, nombreux sont ceux qui firent Le choix de la défaite, pour reprendre le mot de l’historienne Annie Lacroix-Riz. Encore une fois, Henri Guillemin a établi ces faits dans ses ouvrages Nationalistes et nationaux (1870 – 1940) et La vérité sur l’Affaire Pétain, condensés dans sa série de conférences correspondante ».

« Dans un cas comme dans l’autre, Paris fut occupée par l’ennemi, la Prusse bismarckienne en 1871, l’Allemagne nazie en 1940. Il est difficile de parler d’autre chose que de haute trahison de la part des élites françaises, bien que la tradition politique et historiographique continue à porter la plupart de ses protagonistes aux nues – à l’exception de Pétain, que certains voudraient réhabiliter : ils ont raison dans le sens où Pétain n’a fait que perpétuer une tradition de collaborationnisme fermement ancrée dans la République, mais en prenant pour cible le régime républicain lui-même et les Juifs, et non plus le prolétariat français. Il ne peut en aller autrement, tant nos élites restent engagées sur cette ignoble voie.

Mais s’il est établi que les élites françaises, corrompues et apatrides, n’ont eu de cesse de bafouer les intérêts du peuple et de la Nation au moins depuis la IIIe République, qu’en est-il du peuple français ? Comment a-t-il accueilli l’Occupant étranger en 1871 et en 1940 ?

« Henri Guillemin rapporte que « Les Prussiens sont entrés à Paris le 1er mars [1871], et Paris s’est comporté d’une manière très noble. Il faut se souvenir de ce qui s’était passé lors de l’entrée des Alliés – et en particulier des Cosaques – dans Paris en 1815. On avait assisté à des scènes hideuses. Lorsqu’ils étaient entrés dans les quartiers populaires, ça n’avait pas bougé, mais lorsqu’ils sont arrivés dans les quartiers riches, sur les grands Boulevards, ça avait été des ovations. Les femmes du monde montaient en croupe sur les chevaux des Cosaques, qui étaient les ‘libérateurs’, ces étrangers qui venaient ramener le Roi. Le 1er mars 1871, on ne voit rien de semblable, alors que cette fois-ci, les Allemands rentrent par les beaux quartiers de Paris – ils entrent par Neuilly, par le 16e et par le 8e arrondissement , par les Champs-Elysées. Tout le monde a fermé les fenêtres, toutes les boutiques sont fermées : ils entrent dans un silence de mort. »

« Puis, lorsque la mystification de la pseudo-famine – qui aurait imposé l’armistice – et la haute trahison des élites furent révélées au peuple de Paris, ce fut une explosion générale d’indignation qui culmina avec la Commune, dans laquelle les Parisiens de toutes les couches sociales s’engagèrent le 26 mars 1871 en votant massivement pour les « rouges » : ceux-ci avaient été écrasés aux élections de 1870, mais triomphaient à présent comme les seuls défenseurs authentiques de la Patrie. En 1940, alors que même un petit pays comme la Hollande, vaincu et occupé par les Nazis, pouvait s’enorgueillir de la nomination de l’Allemand Seyss-Inquart pour le diriger (la Reine Wilhelmine proclama que « Le rouge de la honte nous serait monté au visage si l’envahisseur avait choisi pour ce poste quelqu’un de notre nationalité. Cette ignominie du moins nous aura été épargnée. »), la France n’eut pas ce bonheur. Elle fut le seul pays à s'engager dans la voie de la reddition la plus déshonorante, de la collaboration et même du collaborationnisme forcené avec l'Occupant par le biais de son plus haut représentant légal, maréchal de surcroît, (...) Il fut suivi par la grande majorité des Français, qui l'acclamèrent jusqu'au 26 avril 1944 (...).»(7)

Julien Salingue a raison de conclure sur la finalité de cette mascarade macabre à savoir donner une visibilité au tourisme israélien : «Il faut être naïf dit-il , aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas comprendre que, pour l'État d'Israël et ses soutiens, l'initiative Tel-Aviv sur Seine est une opération éminemment politique, en donnant à voir le visage «ouvert» et «festif» d'un État dont l'image est de plus en plus dégradée sur la scène internationale en méditant ces propos d'Hila Oren, responsable du Tel-Aviv Global & Tourism,: «La marque Tel-Aviv est un outil de contournement du conflit [car] Israël est un label difficile à vendre.»(2)

De notre point de vue, dans cette affaire la gauche a perdu, une fois de plus, son âme et à la lecture de cette constante collaboration des élites françaises- contre leur peuple- pour garder le pouvoir, cette compromission avec l’ignominie s’explique par la nécessité pour les politiques de passer à travers les gouttes de pluie et de ne pas assumer devant la face du monde leur responsabilité. Ce qui arrive aux Palestiniens est une ignominie disait le président Carter. On a beau habiller cet évènement d’anodin, de festif, il n’empêche il a une profonde signification en ce sens qu’il conforte qu’Anne Hidalgo le veuille ou non Israël dans sa politique de fuite en avant. Il n’est nullement question de juifs de musulmans voire d’antisémitisme- ce mot désigne pourtant à la fois les Arabes et les israéliens- Il s’agit de rendre sa dignité à un peuple qui souffre le calvaire depuis près d’un siècle et qui ne demande qu’à vivre en paix sur les 22 % qui lui restent de sa Palestine originelle.

Voltaire à bien raison de nous mettre en garde contre nos amis ou supposés tels…. En l’occurrence une Gauche généreuse , humaniste, qui dit le droit, bref une Gauche à la Edgard Morin : « Une gauche notion complexe, dans le sens où ce terme comporte en lui, unité, concurrences et antagonismes. L'unité, elle est dans ses sources : l'aspiration à un monde meilleur, l'émancipation des opprimés, exploités, humiliés, offensés, l'universalité des droits de l'homme et de la femme. Ces sources, activées par la pensée humaniste, par les idées de la Révolution française et par la tradition républicaine, ont irrigué au XIXe siècle la pensée socialiste, la pensée communiste, la pensée libertaire... Certes, il nous faut d'abord résister à la barbarie qui monte. Mais le "non" d'une résistance doit se nourrir d'un "oui" à nos aspirations. La résistance à tout ce qui dégrade l'homme par l'homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l'aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n'a cessé de naître et renaître au cours de l'histoire humaine, renaîtra encore.» (8)

Rien à ajouter


1.Important dispositif de sécurité autour de «Tel-Aviv sur Seine» Le Monde.fr 12.08.2015


2.Julien Salingue docteur en sciences politiques. http://www.liberation.fr/debats/2015/08/11/tel-aviv-sur-seine-la-mort-...

3. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/tel-aviv-sur-seine-un-evenement-indecent_1706534.html#McFuM0JA3Q57hvou.99


4. http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/08/12/tel-aviv-sur-seine-demontre-que-la-grille-d-analyse-des-politiques-francais-est-perimee_4721729_823448.html


5.Anne Hidalgo: Pourquoi nous accueillons Tel-Aviv à Paris Plages? Le Monde 11.08.2015


6. Youssef Boussoumah, http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2015/08/12/youssef-boussoumah-grace-a-anne-hidalgo-paris-capitale-de-lapartheid-israelien/


7. Sayed Hasan http://www.mondialisation.ca/tel-aviv-sur-seine-ou-la-tradition-collaborationniste-francaise/5468790

8. Edgard Morin :http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/05/22/ce-que-serait-ma-gauche_1361550_3232.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/223055-le-comble-de-l-ignominie-et-de-l-allegeance.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 18:58

«M.Obama, avez-vous un coeur? Je vous invite, passez donc une nuit, juste une, avec nous à Shifa. J'en suis convaincu à 100%: cela changerait l'Histoire. Personne ayant un coeur Et du pouvoir ne peut sortir d'une nuit à Shifa sans être déterminé à mettre fin au massacre du peuple palestinien. Mais les sans-coeur et sans-pitié ont fait leurs calculs et planifié d'autres massacres «dahyia» contre Gaza. Les fleuves de sang continueront à couler la nuit qui vient. Je peux entendre comment ils ont accordé leurs instruments de mort. Je vous en prie. Faites ce que vous pouvez. Ceci tout CECI ne peut pas continuer».

Lettre de Mads Frederick Gilbert médecin norvégien

Enfin! Les armes se sont tues. Des milliers de Palestiniens ont accueilli sous les drapeaux des différentes factions palestiniennes les chefs de la «résistance» venus revendiquer, mardi 26 août au soir, la «victoire». (...) La population a exulté, soulagée d'entrevoir enfin l'issue d'un conflit, Est-ce une victoire pour Israël, en tirant du haut du ciel; de la mer; des obus de mortiers contre des vieillards, femmes et enfants sans défense, s'attaquant à des écoles, des hôpitaux, des mosquées, assassinant plus de 2100 personnes, en éclopant à vie plusieurs milliers d'autres sur la base d'une occupation illégitime d'un territoire Est-ce la fin des hostilités après 50 jours de guerre? Les conditions de cet accord ne sont pas encore connues. Mais selon un haut responsable palestinien, il prévoirait notamment «la levée du blocus de la bande de Gaza» mis en place par Israël en 2006. Il s'agissait de la principale exigence des Palestiniens, toujours rejetée jusqu'à présent par l'Etat hébreu. (1)

Les dirigeants du Hamas, ont assuré aux Ghazaouis qu'ils auraient bientôt un aéroport et un port. Un espoir douché par un proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. «Il n'y aura pas de port, pas d'aéroport, et aucun matériel pouvant servir à la production de roquettes ou pour creuser des tunnels n'entrera» à Ghaza. Ce n'est donc pas gagné.

Le bilan de la troisième guerre de Ghaza

Quel bilan pouvons-nous tirer de cette troisième punition injuste d'un peuple qui ne revendique que de vivre sur ce qui reste de sa terre originelle: la Palestine. Rappelons d'abord. La brutalité de la dernière guerre israélienne contre Ghaza choque et scandalise les gens de partout dans le monde, y compris de nombreux juifs. L'assassinat aveugle de civils et la destruction massive des maisons, des hôpitaux, des écoles, des mosquées et des infrastructures. Ce massacre découle inexorablement de la logique du sionisme et des principes sur lesquels l'État d'Israël a été fondé. (...) Le ministère de la Santé a déclaré qu'un total de 2137 Palestiniens ont été tués (dont au moins 577 enfants, 263 femmes et 102 seniors), et plus de 11.100 blessés, dont 3374 enfants, 2288 femmes et 410 personnes âgées. Ceci sans compter les traumatismes à vie. Une jeunesse qui n'a pas connu d'enfance en passant de vie à trépas.

Joshua Keating analysant d'une façon critique cet accord écrit: «Je ne pense pas qu'un bref retour des combats soit à écarter, mais un retour au carnage dont nous avons été témoins en juillet semble improbable. Il y a des chances pour qu'Israël accepte d'assouplir le blocus sur les voyages et le commerce de Ghaza, sans le lever totalement. Cela pourrait impliquer une ouverture partielle des check-points à la frontière, la construction d'un port et l'expansion des droits de pêche, de l'aide humanitaire et des négociations pour la libération de prisonniers. «Pourquoi poursuit-il, n'a-t-il pas été conclu avant? L'accord n'est devenu possible qu'après qu'Israël a fini sa mission de destruction des tunnels du Hamas qui rentraient sur son territoire et après que le Hamas a combattu assez longtemps pour avoir une chance de vendre une «victoire de la résistance» à l'opinion palestinienne. Les négociations vont continuer et vont être compliquées, et seront peut-être ponctuées de nouvelles éruptions de violence, mais les choses reviennent lentement à la normale. En d'autres termes, les choses reviennent à une situation intolérable qui n'est viable sur le long terme pour aucun des deux partis.» (2)

Dans une analyse lucide, le professeur belge de physique théorique Jean Bricmont explique cette notion de victoire: «Qui a gagné? Pour répondre à cette question, il ne faut pas partir du nombre de morts. Le fait de tuer un grand nombre de civils n'est pas la même chose que de gagner une guerre, sinon l'Allemagne aurait gagné contre l'Urss, la France aurait gagné en Algérie et les Américains au Vietnam. Pour évaluer qui a gagné, il faut tenir compte du rapport de force et des objectifs proclamés d'une guerre. En accusant sans preuve le Hamas d'avoir kidnappé et tué trois adolescents israéliens, et en se lançant dans une vaste opération répressive contre le Hamas sur la base de ces accusations, c'est clairement Israël qui est responsable du déclenchement des hostilités. Quels étaient leurs buts? Ce n'est pas tout-à-fait clair, mais ils visaient certainement à affaiblir le Hamas. L'échec de ce point de vue là est total. Le Hamas et les autres organisations de résistance armée sortent renforcés par le simple fait qu'ils ont survécu au déluge de feu israélien. Les tunnels détruits seront reconstruits et de nouvelles roquettes finiront bien par entrer à Ghaza, malgré les «contrôles», comme cela été le cas dans le passé. (..) »(3)

« Du point de vue de cette résistance, le succès est partiel, mais net: les Israéliens ont été obligés de négocier avec ceux avec qui ils ne négocieraient «jamais», et ils admettent sur le papier une levée partielle du blocus, ce qui est mieux que la situation avant guerre. Bien sûr, il reste à voir si ce qui est signé sera réalisé, mais le simple fait de cette reconnaissance est un recul pour eux et une immense victoire pour les Palestiniens. (...) Mais, et il faut aussi le souligner, c'est une énorme défaite pour nos médias et pour ceux parmi nos intellectuels qui nous parlent sans arrêt de processus de paix (inexistant), de «dialogue» (inutile tant que le rapport de force ne change pas), de solution à deux Etats (dont les Israéliens ne veulent manifestement pas) et qui excellent dans l'art du terrorisme intellectuel appelé «lutte contre l'antisémitisme».(3)

Des survivants de l'Holocauste accusent Israël de massacre à Ghaza

Curieusement, le Monde arabe n'a pas réagi de façon spontanée tout au plus ce sont des manifestations «programmées par les pouvoirs». Le cri de révolte des rescapés d'Auschwitz vient nous conforter que la société israélienne n'est pas monolithique. Ainsi «Dans une lettre publiée sous forme d'annonce samedi dans le New York Times, plus de 350 survivants et descendants de survivants de l'Holocauste nazi ont publié une condamnation cinglante du «massacre des Palestiniens de la bande de Ghaza et de l'occupation et de la colonisation continues de la Palestine». La lettre se poursuit en dénonçant le gouvernement des États-Unis qui finance la machine de guerre d'Israël et d'autres pays occidentaux qui couvrent Israël diplomatiquement. La lettre lance la mise en garde que «Le génocide commence lorsque le monde reste silencieux.» La lettre des survivants de l'Holocauste souligne avec inquiétude les parallèles troublants avec le nazisme qui se manifestent dans la société israélienne, notamment «l'extrême déshumanisation raciste des Palestiniens», les appels ouverts au génocide contre ces derniers lancés par des «politiciens et des experts politiques», et le fait que «les Israéliens de droite adoptent des insignes néonazis». (4)

«La justesse de cette évaluation a rapidement été confirmée sous la forme de messages sur Facebook par des droitistes israéliens disant que les signataires de la déclaration devraient «retourner à Auschwitz» ou «aller mourir dans les chambres à gaz», déplorant que «Hitler n'ait pas fini le travail». Les signataires de la lettre des survivants de l'Holocauste se sont déclarés «dégoûtés et scandalisés par l'abus de notre histoire» par Wiesel «...pour justifier l'injustifiable» massacre à Ghaza. Toutefois, la campagne militaire actuelle menée contre les 1,8 million de Palestiniens vivants à Ghaza est parmi les plus brutales et elle a été accompagnée par une vague d'hystérie de droite et de chauvinisme qui, parfois, se fait l'écho de la politique du régime nazi même».(4)

Pourquoi la CPI ne juge pas les crimes commis à Ghaza?

Il y a une vaste conspiration occidentale pour que la Cour internationale de justice n'examine pas les crimes de guerre et contre l'humanité des Israéliens à Ghaza. Si on peut comprendre que les Occidentaux font barrage, l'énigme de Abbas est totale. C'est lui qui a torpillé le rapport Goldstone pour qu'il n'ait pas de suite et maintenant pressé de toute part par ses ministres, il freine. Pour rappel, ce n'est pas la première fois que Ramallah se tourne vers la Cour. Le 22 janvier 2009, quelques jours après la fin de l'opération «Plomb durci» lancée par l'armée israélienne sur Ghaza, les Palestiniens avaient demandé à la Cour d'enquêter. Alors, le procureur général, l'Argentin Luis Moreno Ocampo avait finalement conclu, trois ans plus tard, qu'il ne lui appartenait pas de décider si la Palestine avait le statut d'Etat et pouvait, à ce titre, ratifier le traité de la Cour. Par ailleurs, même «le Hamas a décidé de demander au président Mahmoud Abbas de signer le Traité de Rome qui permettra à la Palestine de devenir membre à part entière de la Cour internationale de justice (...) Mais Abbas lui-même résiste à cause des fortes pressions étatsuniennes et européennes. Un enregistrement où on entend Erekat critiquer le refus d'Abbas de devenir membre de la Cour internationale de justice a fuité récemment.»(5)

«Jusqu'à présent, Abbas a résisté aux pressions de signer le Traité de Rome de 2002, le traité qui a établi la Cour internationale de justice, sous prétexte que cela exposerait les groupes de militants palestiniens à des poursuites. L'Union européenne tente d'empêcher cela en disant que l'appartenance de la Palestine à la Cour internationale de justice mettrait en danger la conférence des pays donateurs pour la reconstruction de Ghaza qui doit avoir lieu le premier septembre. (...) le chef négociateur de l'OLP aurait dit: «Pourquoi Netanyahou accepte-t-il de participer à des négociations qui ne servent à rien si ce n'est pour pouvoir construire plus de colonies?... Vous, Abu Mazen, vous avez la possibilité d'empêcher Netanyahu de voyager dans le monde entier sauf de l'aéroport de Ben Gourion à New York. C'est un criminel de guerre méprisable et répugnant. Il s'est approprié [toute la terre] de la rivière [Jourdain] jusqu'à la mer. A-t-il laissé le moindre pouvoir à l'Autorité [Palestinienne]? Quand vous [Abbas] voyagez de Ramallah à Amman vous devez appeler un lieutenant [du bureau de coordination de l'armée israélienne] de Beit El pour lui dire combien de voitures voyageront avec vous. Ils vous humilient.´´» (5)

Pourtant, cette fois-ci la Palestine a fait acte de souveraineté et d'autorité en saisissant vendredi 25 juillet la Cour pénale internationale des «crimes de guerre» israéliens à Ghaza, fait sans précédent dans les annales du conflit israélo-palestinien. La plainte a été déposée par le mandataire des Palestiniens, Me Gilles Devers, avocat au barreau de Lyon. Dans une démarche consensuelle visant à dépasser les clivages politiques, entre les deux principales formations palestiniennes, le Fatah et le Hamas, la requête a été co-signée par le ministre de la Justice de l'Autorité palestinienne, Saleem Al Saqqa, à Ramallah et par le procureur général de Ghaza.


Peine perdue! Cela n'a pas abouti! Pour Christophe Oberlin professeur en médecine qui effectue depuis dix ans des missions humanitaires dans la bande de Ghaza, pour former et soigner, il y a une collusion entre Mahmoud Abbas et la Cour pénale internationale. «Le 14 août 2014, écrit-il, Mme la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a rendu sa réponse à M. Saleem Al Saqqa ministre de la Justice palestinien qui avait déposé le 25 juillet 2014 une plainte pour les crimes de guerre commis à Ghaza (...) Mme la procureure a décidé que la Palestine ayant accédé en 2012 au titre d'Etat non membre de l'ONU, elle ne transmettra pas la plainte pour instruction à la Chambre préliminaire (pre-trial chamber) au motif que la plainte initiée en 2009 ne serait plus valable. (...) En bloquant une procédure légale qui pouvait déboucher sur l'inculpation de dirigeants israéliens pour crimes de guerre, Mme Bensouda prend clairement une position politique qui profite à Israël et expose durablement les populations civiles de Ghaza aux canons israéliens. En dépêchant son ministre des Affaires étrangères à La Haye pour bloquer la plainte du 25 juillet 2014, M.Abbas donne un feu vert à Mr Netanyahu pour poursuivre son activité meurtrière.» (6)

Les impacts psychologiques de la guerre sur les enfants de Ghaza

Il ne faut surtout pas croire que la cessation des massacres physiques va arrêter les massacres «psychologiques». Les dynamiques souterraines chez les enfants font que nous allons assister comme en 2006, 2009,2012, à l'avènement de véritables épaves à vie. Une étude assez exhaustive a été réalisée sur les traumatismes des enfants après l'opération «Plomb durci»: «Le 26 décembre 2008, Israël a lancé l'opération Plomb durci, une offensive de 22 jours qui a dévasté Ghaza et l'a laissée aux prises avec une crise humanitaire1. Outre la destruction massive, des morts et des blessés, l'assaut a laissé des séquelles psychologiques profondes chez des milliers d'enfants. (..) Les expériences au cours desquelles sont transgressés les lieux où les enfants s'étaient jusqu'alors considérés en sécurité sont parmi les plus dévastatrices sur le plan psychologique. Les soldats israéliens se sont introduits dans les demeures, ont séquestré les familles dans une seule pièce, et ont intimidé et brutalisé les parents, transformant la perception qu'ont les enfants de leur sécurité à la maison; eux qui jusqu'alors s'étaient sentis protégés par leurs parents se voient maintenant complètement vulnérables.» (6)

«Être témoin de la démolition de sa maison par des bombardements ou par des buldozers et devoir fuir pour assurer sa protection peut également être traumatisant. Durant l'opération Plomb durci, 69 pour cent des enfants de Ghaza ont dû quitter leur domicile pour trouver refuge ailleurs5. (...) Une proportion élevée des enfants de Ghaza ont développé des troubles psychologiques, dont le trouble de stress post-traumatique (Tspt), la dépression, et d'autres troubles qui cadrent avec les situations horribles vécues sur le territoire. Le Tspt est pratiquement universel à Ghaza» (7)

On le voit les traumatismes de 2006, 2009, 2012 et 2014 font qu'une génération entière d'enfants ne connaîtra pas la paix et sera traumatisé. Le dernier carnage avec plus de 550 enfants massacrés laissera aussi des milliers d'autres traumatisés à vie. Si au moins cela valait le coup. Il est très probable que les conditions du cessez-le-feu ne seront pas respectées. Un sursis dans l'attente d'un prochain carnage. Netanyahu l'a compris, fort de son impunité il vient de décider d'accaparer 400 hectares de terre en CisJordanie pour y construire des colonies. Pendant ce temps, les Ghazaouis pansent leurs plaies et Mahmoud Abbas est plus intéressé par garder le pouvoir que par l'avenir de son peuple.



1.http://www.metronews.fr/info/gaza-un-accord-sur-un-cessez-le-feu-permanent conclu-entre-israel-et-lehamas/mnhz! LGVOXAu6Zv7TQ/

2.Joshua Keating Gaza: voilà à quoi va ressembler le cessez-le-feu www: slate.fr 27.08.2014

3.Jean Bricmont: http://www.mondialisation.ca/reaction-au-cessez-le-feu-a-gaza/5397990

4.Bill Van Auken http://www.mondialisation.ca/des-survivants-de-lholocauste-accusent-israel-de-massacre-a-gaza/5398129 29 août 2014

5.David Hearst http://www.middleeasteye.net/news/exclusive-hamas-pushes-abbas-join-ic...

6. http://www.comitevalmy.org/spip.php?article4917

7.http://www.cjpmo.org/DisplayHTMLDocument.aspx?DO=795&ICID=4&RecID=863&SaveMode=0

Article source: http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/ 201417-a-quand-la-solution-finale.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 20:30

« La Palestine est belle - oui la Palestine est belle
Variée riche - riche en histoire
C'est une terre de mythes de pluralismes
Voici la terre de mon poème
et dans ces terres je me sens un peu étranger
je me sens comme un touriste
sans les libertés du touriste.
Etre en visite me mine,
quoi de plus éprouvant que se rendre visite
à soi même... »

Au 15e jour du conflit, les opérations israéliennes ont fait plus de 600 morts et quelque 3.700 blessés palestiniens, principalement des civils. Plus de 100.000 habitants de Gaza ont trouvé refuge dans les dizaines de bâtiments de l'ONU Côté israélien, Selon l'ONU, les civils représentent plus des trois-quarts des victimes et selon l'Unicef au moins 73 mineurs ont été tués. 2400 ont été blessés. 80% des victimes sont des civils. A Gaza, 62.000 personnes ont été déplacées.70% des secteurs de Ghaza sont privés d'électricité et d'eau. Sans nourriture ayant tout perdu, les Ghazaouis, hommes, femmes, enfants, vieillards errent hébétés. À ces blessures corporelles s'ajoutent les plaies psychologiques dont on parle peu: plus de 25.000 enfants ont soit perdu un membre de leur famille, soit n'ont plus de maison ou de logement, détruit par l'offensive israélienne.

Plus d'un millier d'habitations ont été détruites. Les Israéliens sont en train de bombarder tout ce qu'ils avaient déjà bombardé pendant la guerre de 2008-2009 et celle de 2012, c'est-à-dire tout ce qui avait été reconstruit. 27 soldats sont morts, le bilan le plus lourd pour l'armée depuis sa guerre de 2006 contre le Hezbollah libanais. Un soldat franco-israélien a été tué dimanche. Ban Ki-moon, sont au Caire pour arracher un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Ils ont supplié en vain Netanyahu Ce conflit, le plus sanglant depuis 2009 dans l'enclave palestinienne, est le quatrième entre le Hamas et Israël en moins d'une décennie. Que fait l’Occident dépositaire de la norme des Droits de l’Homme ? Les gouvernements tétanisés par les lobbys d’Israël n’osent pas protester Les Etats Unis et l’Europe par leur appui à Israël lui on donné le feu vert pour le carnage


Qui sont ces Palestiniens qui refusent de disparaître?


Les Palestiniens sont 10 millions et connaissent une importante diaspora. Plus de 4 millions d'entre eux ont le statut de réfugiés, suite à l'exode palestinien de 1948 et à la guerre de 1967. 2,6 millions vivent en Jordanie, 1,2 million en Israël, 500.000 sur le continent américain, tandis que le reste est réparti dans le Monde arabe. Seuls 3,7 millions vivent dans les «territoires palestiniens» Une quarantaine de résolutions votées par le Conseil de sécurité et l'Assemblée des Nations unies n'ont jamais été appliquées Le scénario est le même. Israël provoque un incident puis prend prétexte Ainsi pour la dernière invasion en 2012. Tout a commencé le 14 novembre avec l'assassinat par un drone de Ahmed Jabari, chef de la sécurité du Hamas pourtant garant depuis 5 ans de la trêve Hamas-Israël. Le 17 novembre, d'après Haaretz, le ministre de l'Intérieur israélien Eli Yishai déclarait à propos de Ghaza: «The goal of the operation is to send Gaza back to the Middle Ages..» («Le but de cette opération est de renvoyer Ghaza au Moyen Âge. Alors seulement, nous serons tranquilles pour quarante ans.»). Il y eut un cessez-le-feu et les conditions n'ont pas été respectées par Israël. (1)


Le rôle complice de l'Egypte dans l'asphyxie de Ghaza

En fait, le malheur de Ghaza qui est véritablement une prison à ciel ouvert vient aussi de l'Egypte qui contrôle le poste de Rafah et qui démolit les rares tunnels creusés pour ravitailler Ghaza. Avec Moubarak un blindage en acier a été réalisé avec l'expertise de la France à 12 mètres de profondeur pour rendre étanche la frontière souterraine. Avec le maréchal Al Sissi, c'est pire, du fait qu'il en veut au Hamas d'obédience Frères musulmans.

La journaliste Silvia Cattori a interviewé à ce propos un Palestinien in situ le 11 juillet: «Ce n'est pas le Hamas qui attaque les Israéliens; il réagit contre les actions des Israéliens. Aujourd'hui le Hamas - et les Palestiniens de la bande de Ghaza - considèrent qu'ils n'ont plus rien à perdre. Ils sont bouclés par l'Egypte et par Israël. Ils ne peuvent aller nulle part, ils sont dans une prison. Plus de marchandises, plus de travail. L'arrivée de Sissi au pouvoir en Egypte a été le début du siège total de Ghaza. (...) Avant, les tunnels permettaient de briser le siège. Sissi a bouclé tous les tunnels qui restaient. Il n'y a ainsi plus aucune chance de trouver du travail à Ghaza. En Cisjordanie, depuis les accords passés avec le Hamas en 2012 lors de l'échange du soldat Shalit, Israël a remis en prison 80% des prisonniers palestiniens qu'ils avaient libérés. Ici à Ghaza, ils seront, ou bien assassinés, ou bien repris si l'armée israélienne pénètre à Ghaza. Ce sont les Israéliens qui ont commencé cette guerre et le Hamas n'avait pas d'autre choix que de riposter. J'espère qu'il garde ce pouvoir et qu'il obtienne ce qu'il veut, c'est-à-dire notre liberté, notre dignité. (...) A chaque guerre, nous avons dû payer le prix, mais toujours en espérant qu'un jour on arrivera à obtenir quelque chose.» (2)

«Plus de la moitié des frappes sont des frappes aveugles. Les enfants sont très choqués. Beaucoup ont recommencé à faire pipi au lit. Ils sont terrorisés par le bruit des bombardements. Beaucoup de maisons où il n'y avait aucun militant ont été bombardées, tuant et blessant beaucoup de gens, tous civils. Et entre le soi-disant «avertissement» et la frappe, les habitants n'ont généralement pas le temps de se sauver. Les Israéliens ne veulent pas seulement détruire le Hamas. Ils veulent nous détruire sur le plan économique et humain. Mais leurs bombardements ont plutôt l'effet d'unir la population autour de la résistance et du Hamas. Les gens se disent: «au moins, on ne se laisse pas humilier sans réagir.» (2)

La préméditation du génocide Briser l’entente Hamas –Fatah

Norman Finkelstein donne les raisons de l’invasion : en expliquant que le gouvernement d’union nationale Hamas- Fatah a exaspéré Benyamin Netanyahu d’autant que les Occidentaux voulaient donner une chance à ce tandem y voyant une possibilité de rendre fréquentable le Hamas- à leurs yeux). « Un gouvernement d’unité entre l’Autorité Palestinienne et le Hamas écrit-il, était en train de se constituer. Netanyahu était fou de rage en voyant ce gouvernement d’unité et a demandé aux USA et à l’UE de couper leurs relations avec l’Autorité Palestinienne ». (3)

Norman Finkelstein donne ensuite son avis sur le marché de dupe du cessez le feu proposé par l’Egypte rappelant que chaque fois Israël manque à sa parole : « Le cessez-le-feu ne fait aucune mention du déchaînement d’Israël contre le Hamas en Cisjordanie. Ce projet de cessez-le-feu donne donc à Israël un feu vert pour continuer à arrêter des dirigeants du Hamas et à détruire des maisons en Cisjordanie, saccager des maisons, tuer des Palestiniens, etc., actions qui constituèrent le prélude du conflit actuel., Si on considère les termes de ce cessez-le-feu, on voit que c’est exactement les mêmes que celui qui a été proposé en juin 2008, et le même que celui qui a été signé en novembre 2012. A savoir que dans les deux cas, il avait été stipulé qu’il y aurait un atténuement du blocus illégal de Gaza. Et dans les deux cas, après que le cessez-le-feu ait été signé, le blocus a été maintenu et même aggravé (…) (…)En 2008-2009, nous avons vu qu’il y a eu 1400 morts Palestiniens, dont 1200 étaient des civils, et 600 000 tonnes de décombres. Ils n’ont tout simplement rien épargné à Gaza »(3).

Qui a tué les trois israéliens prétextes à l’invasion ?

C’est en fait le nœud de l’affaire et le Hamas semble être étranger à cela Afin de justifier une action militaire contre la bande de Gaza, on accuse, sans preuves, le Hamas d’avoir tué des civils israéliens .Ce qui n’est pas vrai mais il fallait trouver le prétexte Pour Norman Finkielstein auteur israélien de gauche : « Il n’y a pas la moindre ombre de preuve écrit Norman Finkielstein , pas le moindre indice qui indiquerait que le Hamas ait eu quoi que ce soit à voir avec les kidnappings et les meurtres. Personne ne connaît ne serait-ce que le mobile de ce crime à ce jour. Même le Département d’Etat américain, le 7 juillet, a déclaré : « Nous n’avons pas de preuves tangibles sur l’identité des responsables de cet acte. » (3)

Le scénario est toujours le même : Un prétexte « La mort de trois adolescents israéliens écrit le professeur Michel Chossudovsky prétendument tués par le Hamas a servi de prétexte pour bombarder et pilonner Ghaza. L’opération « Bordure protectrice » (OBP) contre la bande de Gaza n’est pas sans rappeler le tristement célèbre plan Dagan de 2001 intitulé « Opération Vengeance justifiée », dans lequel la mort d’innocents civils israéliens avait été envisagée et prévue par les stratèges militaires de Tsahal. Les décès devaient ensuite être utilisés pour susciter l’appui de l’opinion publique israélienne et justifier une opération de contre-terrorisme, « légitime » aux yeux de la communauté internationale, contre les territoires palestiniens occupés ».(4)

« Le plan Dagan (portant le nom du chef du Mossad Meir Dagan) a été conçu en juillet 2001 par Tsahal et le Mossad L’opération « Bordure protectrice » contre la bande de Gaza a été planifiée bien avant l’enlèvement et l’assassinat des trois adolescents israéliens. En outre, dans une logique similaire à celle du plan Dagan, le chef du renseignement israélien (Mossad) avait « prédit » l’enlèvement des trois adolescents. Dans un article terrifiant intitulé :L’effrayante prophétie du chef du Mossad annonçant l’enlèvement (Mossad chiefs chillingly prescient kidnap prophecy) , le journal israélien Haaretz confirme : « Le chef du Mossad Tamir Pardo avait décrit un scénario terriblement semblable à l’enlèvement des trois adolescents disparus en Cisjordanie » (Haaretz, 13 juillet 2014,.)(4)

Les relations d’Israël avec les mouvements islamistes

Le professeur Michel Chossudovsky ajoute qu’Israël est en étroite relation avec les mouvements islamistes: « Les reportages de la presse israélienne insinuent que les trois adolescents auraient été exécutés par l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), Bien que l’EIIL soit une entité liée à Al-Qaïda, financée par l’Arabie Saoudite et le Qatar, les représailles d’Israël pour la mort des adolescents visent Gaza plutôt que l’Arabie Saoudite et les États du Golfe. (…) L’armée israélienne (FDI) appuie l’entité djihadiste depuis le Golan occupé. Par ailleurs, la présence de forces spéciales occidentales et israéliennes dans les rangs des rebelles de l’EIIL est amplement documentée. (…) Un hôpital militaire de Tsahal dans le Golan occupé a été installé pour traiter les rebelles d’Al-Qaïda blessés. (…) Ironie du sort, le même groupe djihadiste qui aurait enlevé et tué les trois adolescents est appuyé par l’armée israélienne dans le plateau du Golan occupé. (…) L’ancien employé de la (NSA) étasunienne, Edward Snowden, a révélé que les services de renseignement britannique, étasunien et israélien (Mossad) ont travaillé ensemble pour créer l’État islamique en Irak et en Syrie (EIIS) ».(4)

On comprend alors mieux l’information suivante Le 20 Juin, Israël a reçu le premier chargement de pétrole cru envoyé depuis le Kurdistan irakien. L’Etat Islamiste d’Irak et du Levant (EIIL) contrôle le nord du pays incluant la ville pétrolière Kirkouk, dont l’oléoduc atteint le port turc de Ceylan. Ce pétrole arabe qui sert peut être Israël dans sa guerre…

Dans le même ordre de plan machiavélique des dirigeants israéliens, Fred Kaplan, rapporte la collusion Olmert –Abbas en 2008 pour affaiblir Hamas et mettre en selle Abbas « Dans un excellent article, écrit il, publié en ligne sur le site duNew Yorker, Bernard Avishai, professeur de commerce à l’Université hébraïque de Jérusalem, évoque le moment où l’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert lui a confié «avoir lancé l’opération à Gaza en 2008 en partie pour renforcer la position de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, avec qui il faisait progresser les négociations sur l’établissement de deux Etats.» La tactique n’avait pas fonctionné et elle ne fonctionnerait certainement pas davantage aujourd’hui étant donné l’absence totale de négociations de ce genre et même de toute perspective de négociation » (5)

C’est un peu comme l’avait fait Golda Meir qui a « aidé à la pseudo-victoire éphémère de Sadate » dans la guerre de 1973 sur les conseils avisés de Kissinger chantre de la politique des petits pas qui ont amené à la reddition définitive et sans gloire de l’Egypte…

A sa façon, Jean Ortiz présente le vocabulaire du politiquement correct pour être dans les papiers d'Israël et des sionistes. Nous l'écoutons: «J'en ai assez que l'on accuse à tort et unilatéralement le gouvernement israélien. La sémantique le dément. Israël n'attaque pas, n'agresse pas, ne bombarde pas, ne viole pas le droit international, ne se fout pas de l'ONU, n'écrase pas les populations civiles de Ghaza. Face à l'ogre terroriste palestinien, qui dispose de l'arme nucléaire, le petit Poucet israélien se défend, réplique chirurgicalement, vise les «islamistes» repousse les barbares, contre-attaque, agit par légitime défense, répond au coup, par coup réagit contre l'agression, rend la pareille, assure sa sécurité, oppose le droit à ceux qui le bafouent, protège ses citoyens, garantit la paix, affronte les intolérants, se venge des tirs de roquettes, réfute la violence aveugle, gradue les ripostes s'arme pour respecter les résolutions de l'ONU, téléphone avant de tuer des enfants oeuvre à sa survie et à une solution pacifique au Moyen-Orient. Malheur à qui ne décode pas une sémantique instrumentalisée!» (6)

Quelle conclusion peut-on en tirer?

En Occident, il n'y a que les peuples qui manifestent en criant stop au carnage. Cependant la France s’est singularisée en Europe par son refus de permettre aux citoyennes et aux citoyens français de témoigner de leur indignation face à cette boucherie où même les bébés ne sont pas épargnés . La France a perdu son âme en s'alignant sans réserve sur Israël interdit la manifestation à Paris pour ne pas importer un conflit... Nous donnons la parole à Jean-Paul Chagnollaud, Pr des Universités à Paris et directeur de l'Institut des recherches et études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient: «L'offensive israélienne ne vise qu'à maintenir un million et demi de Palestiniens dans une situation d'enfermement. Les Américains et les Européens seront toujours du côté d'Israël. Quoi qu'il arrive... Je crois que nous sommes entrés dans une phase très choquante et très dangereuse En face, il y a Israël qui est une puissance occupante et dominatrice ». (7)

« Par son opération terrestre, elle a pour objectif de consolider le statu quo à Ghaza, c'est-à-dire maintenir près d'un million et demi d'habitants dans une situation d'enfermement. Elles ne veulent plus entendre parler d'un Etat palestinien. Ce qu'elles font, donc, c'est consolider leur position de domination. Israël gère le conflit et ne veut pas le régler par la racine. Les USA et les Européens refusent de prendre le problème par la racine, d'une part. En France, l'actuel pouvoir a une position très en recul par rapport à la position traditionnelle défendue par les gouvernements précédents. Qu'un gouvernement de gauche interdise des manifestations, cela est pour moi juste inconcevable. Et tout cela fait le jeu du Crif et d'extrémistes israéliens, à leur tête la Ligue des défenses juives ». (7)

Le professeur Samir Saul spécialiste de la France et du monde arabe à l'université de Montréal, a raison d’écrire : « cette spécificité française tient à la position de son gouvernement qui, en interdisant certaines manifestations, a pris une décision interprétée comme le signe d'un engagement. « Le gouvernement canadien manifeste un appui total à la politique d'Israël mais jamais il n'a interdit la critique. Le gouvernement français est allé plus loin qu'aucun autre dans sa position pro-israélienne. »

« Selon ce professeur, le gouvernement aurait dû réagir dès les premières violences du 13 juillet en renforçant la sécurité autour des rassemblements, pas en interdisant la parole d'un des deux camps. Il est d'ailleurs intéressant de releverque là où les manifestations étaient autorisées ce week-end en France, comme àLyon, Marseille, Lille ou encore Strasbourg, aucun débordement n'a été constaté. En interdisant les manifestations propalestiniennes, le gouvernement a donné l'impression d'obéir à un lobby », analyse Samir Saul, rappelant qu'à la suite des violences du 13 juillet, c'est le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) qui a demandé, le premier, « l'interdiction des manifestations en faveur du Hamas ». (8)

Résultat des courses, la France a été contrainte à se déjuger et à revenir au bon sens et à l’impartialité en autorisant une manifestation pro-palestinienne prévue le mercredi

Gilad Amon écrivain Israélien antisioniste résume assez bien l’avenir d’Israël : « Pendant dix jours, écrit-il, Netanyahou a fait tout ce qu'il pouvait pour éviter une opération terrestre de l'armée israélienne. (…) Mais les choses ont vite changé depuis qu'Israël a lancé son opération terrestre. Israël est maintenant, une fois de plus, engagé dans des crimes de guerre colossaux contre une population civile ses commandos d'infanterie d'élite sont décimés dans la bataille de rue en face à face dans Gaza. (…) La défaite de l'armée israélienne laisse l’Etat juif sans aucun espoir. La morale de l'histoire est simple. Il n'y a pas d'avenir pour un État réservé aux Juifs en Palestine ; ils devront peut-être essayer ailleurs.(9)

Paix pour Ghaza, paix pour les palestiniens qui ne demandent qu’ à vivre dignement sur moins de 15% de la Palestine originelle


1. C.E. Chitour La tragédie palestinienne continue: Novembre 1917, Novembre 1967, Novembre 2012 L’expression

2. http://www.mondialisation.ca/pluie-de-bombes-sur-gaza-un-palestinien-temoigne/5391080

3. http://www.legrandsoir.info/gaza-israel-veut-annihiler-l-offensive-de-paix-palestinienne-democracy-now.html

4. Prof Michel Chossudovsky 17 juillet 2014 http://www.mondialisation.ca/vengeance-justifiee-le-pretexte-pour-bombarder-gaza-le-gouvernement-netanyahou-est-il-derriere-les-meurtres-des-trois-adolescents-israeliens/5391864Traduction: Julie Lévesque

5. Fred Kaplan http://www.slate.fr /story/90085/gaza-manoeuvres-fatales-israel#xtor=RSS-2

6. Jean Ortiz http://www.humanite.fr /blogs/plaidoyer-semantique-pour-israel-547570#s...

7.http://terredislam.canalblog.com/archives/2014/07/19/30279494.html#utm_medium=email&utm_source=notification&utm_campaign=terredislam

8. http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/07/22/debordements-aux-manifs-pour-gaza-existe-t-il-une-specificite-francaise_4461070_3224.html

9.http://www.gilad.co.uk/writings/the-end-of-israel.html traduction

http://mounadil.wordpress.com/2014/07/21/gilad-atzmon-et-la-fin-de-lentite-sioniste/

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 20:22


«Demander plus que les Palestiniens, c'est de la démagogie, demander moins c'est de la trahison»

Houari Boumediene Président algérien

Au moins douze 530 morts et quelque 3000 blessés le bilan depuis le début des bombardements israéliens le 8 juillet. Selon l'ONU, les civils représentent plus des trois-quarts des victimes et selon l'Unicef au moins 73 mineurs ont été tués. 2400 ont été blessés. 80% des victimes sont des civils. A Gaza, 62.000 personnes ont été déplacées.70% des secteurs de Ghaza sont privés d'électricité et d'eau. Sans nourriture ayant tout perdu, les Ghazaouis, hommes, femmes, enfants, vieillards errent hébétés. À ces blessures corporelles s'ajoutent les plaies psychologiques dont on parle peu: plus de 25.000 enfants ont soit perdu un membre de leur famille, soit n'ont plus de maison ou de logement, détruit par l'offensive israélienne.

Plus d'un millier d'habitations ont été détruites. Les Israéliens sont en train de bombarder tout ce qu'ils avaient déjà bombardé pendant la guerre de 2008-2009 et celle de 2012, c'est-à-dire tout ce qui avait été reconstruit. Côté israélien, deux soldats ont été tués tandis qu'un civil a été tué par une roquette Des milliers d'habitants de Ghaza fuyaient dimanche l'est de la ville de Ghaza, où de nombreux morts et blessés jonchaient les rues, après une nouvelle intensification de l'offensive israélienne au moins 27 morts ce dimanche matin dans la bande de Ghaza. des milliers de résidents fuyaient. Des journalistes de l'AFP ont vu de nombreux morts et blessés étendus dans les rues, et le porte-parole des services d'urgences palestiniens. Ce conflit, le plus sanglant depuis 2009 dans l'enclave palestinienne, est le quatrième entre le Hamas et Israël en moins d'une décennie. Il a fait plus de 370 morts côté palestinien en 13 jours.

Qui sont ces Palestiniens qui refusent de disparaître?


Les Palestiniens sont 10 millions et connaissent une importante diaspora. Plus de 4 millions d'entre eux ont le statut de réfugiés, suite à l'exode palestinien de 1948 et à la guerre de 1967. 2,6 millions vivent en Jordanie, 1,2 million en Israël, 500.000 sur le continent américain, tandis que le reste est réparti dans le Monde arabe. Seuls 3,7 millions vivent dans les «territoires palestiniens» Une quarantaine de résolutions votées par le Conseil de sécurité et l'Assemblée des Nations unies n'ont jamais été appliquées Le scénario est le même. Israël provoque un incident puis prend prétexte Ainsi pour la dernière invasion en 2012. Tout a commencé le 14 novembre avec l'assassinat par un drone de Ahmed Jabari, chef de la sécurité du Hamas pourtant garant depuis 5 ans de la trêve Hamas-Israël. Le 17 novembre, d'après Haaretz, le ministre de l'Intérieur israélien Eli Yishai déclarait à propos de Ghaza: «The goal of the operation is to send Gaza back to the Middle Ages..» («Le but de cette opération est de renvoyer Ghaza au Moyen Âge. Alors seulement, nous serons tranquilles pour quarante ans.»). Il y eut un cessez-le-feu et les conditions n'ont pas été respectées par Israël. (1)



Le rôle complice de l'Egypte dans l'asphyxie de Ghaza

En fait, le malheur de Ghaza qui est véritablement une prison à ciel ouvert vient aussi de l'Egypte qui contrôle le poste de Rafah et qui démolit les rares tunnels creusés pour ravitailler Ghaza. Avec Moubarak un blindage en acier a été réalisé avec l'expertise de la France à 12 mètres de profondeur pour rendre étanche la frontière souterraine. Avec le maréchal Al Sissi, c'est pire, du fait qu'il en veut au Hamas d'obédience Frères musulmans.

La journaliste Silvia Cattori a interviewé à ce propos un Palestinien in situ le 11 juillet: «Ce n'est pas le Hamas qui attaque les Israéliens; il réagit contre les actions des Israéliens. Aujourd'hui le Hamas - et les Palestiniens de la bande de Ghaza - considèrent qu'ils n'ont plus rien à perdre. Ils sont bouclés par l'Egypte et par Israël. Ils ne peuvent aller nulle part, ils sont dans une prison. Plus de marchandises, plus de travail. L'arrivée de Sissi au pouvoir en Egypte a été le début du siège total de Ghaza. (...) Avant, les tunnels permettaient de briser le siège. Sissi a bouclé tous les tunnels qui restaient. Il n'y a ainsi plus aucune chance de trouver du travail à Ghaza. En Cisjordanie, depuis les accords passés avec le Hamas en 2012 lors de l'échange du soldat Shalit, Israël a remis en prison 80% des prisonniers palestiniens qu'ils avaient libérés. Ici à Ghaza, ils seront, ou bien assassinés, ou bien repris si l'armée israélienne pénètre à Ghaza. Ce sont les Israéliens qui ont commencé cette guerre et le Hamas n'avait pas d'autre choix que de riposter. J'espère qu'il garde ce pouvoir et qu'il obtienne ce qu'il veut, c'est-à-dire notre liberté, notre dignité. (...) A chaque guerre, nous avons dû payer le prix, mais toujours en espérant qu'un jour on arrivera à obtenir quelque chose.» (2)

«Plus de la moitié des frappes sont des frappes aveugles. Les enfants sont très choqués. Beaucoup ont recommencé à faire pipi au lit. Ils sont terrorisés par le bruit des bombardements. Beaucoup de maisons où il n'y avait aucun militant ont été bombardées, tuant et blessant beaucoup de gens, tous civils. Et entre le soi-disant «avertissement» et la frappe, les habitants n'ont généralement pas le temps de se sauver. Les Israéliens ne veulent pas seulement détruire le Hamas. Ils veulent nous détruire sur le plan économique et humain. Mais leurs bombardements ont plutôt l'effet d'unir la population autour de la résistance et du Hamas. Les gens se disent: «au moins, on ne se laisse pas humilier sans réagir.» (2)

La préméditation du génocide

Norman Finkelstein donnant son avis sur le marché de dupes, rappelle que chaque fois Israël manque à sa parole et que de plus, le gouvernement d'union nationale Hamas- Fatah a exaspéré Benyamin Netanyahu d'autant que les Occidentaux voulaient donner une chance à ce tandem y voyant une possibilité de rendre fréquentable le Hamas- à leurs yeux: «Le cessez-le-feu ne fait aucune mention du déchaînement d'Israël contre le Hamas en Cisjordanie. Ce projet de cessez-le-feu donne donc à Israël un feu vert pour continuer à arrêter des dirigeants du Hamas et à détruire des maisons en Cisjordanie, saccager des maisons, tuer des Palestiniens, etc., actions qui constituèrent le prélude du conflit actuel. Si on considère les termes de ce cessez-le-feu, on voit que c'est exactement les mêmes que celui qui a été proposé en juin 2008, et le même que celui qui a été signé en novembre 2012. (3)

« A savoir que dans les deux cas, il avait été stipulé qu'il y aurait un atténuement du blocus illégal de Ghaza. Et dans les deux cas, après que le cessez-le-feu ait été signé, le blocus a été maintenu et même aggravé (...) Un gouvernement d'unité entre l'Autorité palestinienne et le Hamas était en train de se constituer. Netanyahu était fou de rage en voyant ce gouvernement d'unité et a demandé aux USA et à l'UE de couper leurs relations avec l'Autorité palestinienne. (...)En 2008-2009, nous avons vu qu'il y a eu 1400 morts Palestiniens, dont 1200 étaient des civils, et 600.000 tonnes de décombres. Ils n'ont tout simplement rien épargné à Ghaza.»(3).

S'agissant de la «provocation» inéluctable pour mener à bien sa politique expansionniste. le scénario israélien est toujours le même: un prétexte et une application «La mort de trois adolescents israéliens écrit le professeur Michel Chossudovsky prétendument tués par le Hamas a servi de prétexte pour bombarder et pilonner Ghaza. L'opération «Bordure protectrice» (OBP) contre la bande de Ghaza n'est pas sans rappeler le tristement célèbre plan Dagan de 2001 intitulé «Opération Vengeance justifiée», dans lequel la mort d'innocents civils israéliens avait été envisagée et prévue par les stratèges militaires de Tsahal. Les décès devaient ensuite être utilisés pour susciter l'appui de l'opinion publique israélienne et justifier une opération de contre-terrorisme, «légitime» aux yeux de la communauté internationale, contre les territoires palestiniens occupés.(4)

Le plan Dagan (portant le nom du chef du Mossad Meir Dagan) a été conçu derrière des portes closes en juillet 2001 par Tsahal et le Mossad. Ses architectes avaient prévu qu'il soit «lancé immédiatement après le prochain attentat suicide causant de lourdes pertes, qu'il dure environ un mois et qu'il entraîne la mort de centaines d'Israéliens et de milliers de Palestiniens.»(4)

«L'opération «Bordure protectrice» contre la bande de Ghaza a été planifiée bien avant l'enlèvement et l'assassinat des trois adolescents israéliens. En outre, dans une logique similaire à celle du plan Dagan, le chef du renseignement israélien (Mossad) avait «prédit» l'enlèvement des trois adolescents. Dans un article terrifiant intitulé L'effrayante prophétie du chef du Mossad annonçant l'enlèvement (Mossad chiefs chillingly prescient kidnap prophecy), Haaretz confirme: «Le chef du Mossad Tamir Pardo avait décrit un scénario terriblement semblable à l'enlèvement des trois adolescents disparus en Cisjordanie»(Haaretz, 13 juillet 2014, c'est l'auteur qui souligne.)(4)



Qui a tué les trois Israéliens prétextes à l'invasion?

C'est en fait le noeud de l'affaire et le Hamas semble être étranger à cela. Afin de justifier une action militaire contre la bande de Ghaza, on accuse, sans preuves, le Hamas d'avoir tué des civils israéliens. Le but ultime de l'opération «Bordure protectrice» est de briser la base institutionnelle du leadership du Hamas et de détruire l'infrastructure civile de la bande de Ghaza, dans le but de l'annexer tôt ou tard à Israël. En date du 13 juillet.» (4)
Le professeur Michel Chossudovsky ajoute: «Les reportages de la presse israélienne insinuent que les trois adolescents auraient été exécutés par l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Bien que l'EIIL soit une entité liée à Al Qaîda, financée par l'Arabie Saoudite et le Qatar, les représailles d'Israël pour la mort des adolescents visent Ghaza plutôt que l'Arabie Saoudite et les États du Golfe. Le rôle de soutien des États-Unis et d'Israël à l'entité liée à Al Qaîda ne se limite pas au domaine des opérations secrètes. L'armée israélienne (FDI) appuie l'entité djihadiste depuis le Golan occupé. Par ailleurs, la présence de forces spéciales occidentales et israéliennes dans les rangs des rebelles de l'EIIL est amplement documentée. (...) Un hôpital militaire de Tsahal dans le Golan occupé a été installé pour traiter les rebelles d'Al Qaîda blessés. (...) Ironie du sort, le même groupe djihadiste qui aurait enlevé et tué les trois adolescents est appuyé par l'armée israélienne dans le plateau du Golan occupé. (...) L'ancien employé de la (NSA) étasunienne, Edward Snowden, a révélé que les services de renseignement britannique, étasunien et israélien (Mossad) ont travaillé ensemble pour créer l'État islamique en Irak et en Syrie (EIIS).(4)

On comprend alors mieux l'information suivante. Le 20 juin, Israël a reçu le premier chargement de pétrole cru envoyé depuis le Kurdistan irakien. L'Etat Islamiste d'Irak et du Levant (EIIL) contrôle le nord du pays incluant la ville pétrolière de Kirkouk, dont l'oléoduc atteint le port turc de Ceylan. C'est une démonstration de la nouvelle situation politique de la région qui soulève beaucoup de questions sur la nouvelle configuration au Moyen-Orient.

Un autre témoignage: «Il n'y a pas la moindre ombre de preuve écrit Norman Finkielstein, pas le moindre indice qui indiquerait que le Hamas ait eu quoi que ce soit à voir avec les kidnappings et les meurtres. Personne ne connaît, ne serait-ce que le mobile de ce crime à ce jour. Même le département d'Etat américain, le 7 juillet, a déclaré: «Nous n'avons pas de preuves tangibles sur l'identité des responsables de cet acte.» (3)

Dans le même ordre de plan machiavélique, Fred Kaplan, rapporte la collusion Olmert-Abbas pour affaiblir Hamas et mettre en selle Abbas. «Dans un excellent article, écrit-il, publié en ligne sur le site du New Yorker, Bernard Avishai, journaliste chevronné et professeur de commerce à l'Université hébraïque de Jérusalem, évoque le moment où l'ancien Premier ministre israélien, Ehud Olmert, lui a confié «avoir lancé l'opération à Ghaza en 2008 en partie pour renforcer la position de Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, avec qui il faisait progresser les négociations sur l'établissement de deux Etats.» La tactique n'avait pas fonctionné et elle ne fonctionnerait certainement pas davantage aujourd'hui étant donné l'absence totale de négociations de ce genre et même de toute perspective de négociation.» (5)

C'est un peu comme l'avait fait Golda Meir qui a «aidé à la victoire éphémère de Sadate» dans la guerre de 1973 sur les conseils avisés de Kissinger chantre de la politique des petits pas qui ont amené à la reddition définitive et en rase compagne de l'Egypte.


A sa façon, Jean Ortiz présente le vocabulaire du politiquement correct pour être dans les papiers d'Israël et des sionistes. Nous l'écoutons: «J'en ai assez que l'on accuse à tort et unilatéralement le gouvernement israélien. La sémantique le dément. Israël n'attaque pas, n'agresse pas, ne bombarde pas, ne viole pas le droit international, ne se fout pas de l'ONU, n'écrase pas les populations civiles de Ghaza. Face à l'ogre terroriste palestinien, qui dispose de l'arme nucléaire, le petit Poucet israélien se défend, réplique chirurgicalement, vise les «islamistes» repousse les barbares, contre-attaque, agit par légitime défense, répond au coup, par coup réagit contre l'agression, rend la pareille, assure sa sécurité, oppose le droit à ceux qui le bafouent, protège ses citoyens, garantit la paix, affronte les intolérants, se venge des tirs de roquettes, réfute la violence aveugle, gradue les ripostes s'arme pour respecter les résolutions de l'ONU, téléphone avant de tuer des enfants oeuvre à sa survie et à une solution pacifique au Moyen-Orient. Malheur à qui ne décode pas une sémantique instrumentalisée!» (6)

Quelle conclusion peut-on en tirer? En Occident, il n'y a que les peuples qui manifestent en criant stop au carnage. Mieux encore, la France qui a perdu son âme en s'alignant sans réserve sur Israël interdit la manifestation à Paris pour ne pas importer un conflit... Nous donnons la parole à Jean-Paul Chagnollaud, Pr des Universités à Paris et directeur de l'Institut des recherches et études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient: «L'offensive israélienne ne vise qu'à maintenir un million et demi de Palestiniens dans une situation d'enfermement. Les Américains et les Européens seront toujours du côté d'Israël. Quoi qu'il arrive... Je crois que nous sommes entrés dans une phase très choquante et très dangereuse En face, il y a Israël qui est une puissance occupante et dominatrice ».

« Par son opération terrestre, elle a pour objectif de consolider le statu quo à Ghaza, c'est-à-dire maintenir près d'un million et demi d'habitants dans une situation d'enfermement. Elles ne veulent plus entendre parler d'un Etat palestinien. Ce qu'elles font, donc, c'est consolider leur position de domination. Israël gère le conflit et ne veut pas le régler par la racine. Les USA et les Européens refusent de prendre le problème par la racine, d'une part. En France, l'actuel pouvoir a une position très en recul par rapport à la position traditionnelle défendue par les gouvernements précédents. Qu'un gouvernement de gauche interdise des manifestations, cela est pour moi juste inconcevable. Et tout cela fait le jeu du Crif et d'extrémistes israéliens, à leur tête la Ligue des défenses juives. (7) Tout est dit.



1. C.E. Chitour La tragédie palestinienne continue: Novembre 1917, Novembre 1967, Novembre 2012 L’expression

2. http://www.mondialisation.ca/pluie-de-bombes-sur-gaza-un-palestinien-temoigne/5391080

3. http://www.legrandsoir.info/gaza-israel-veut-annihiler-l-offensive-de-paix-palestinienne-democracy-now.html

4. Prof Michel Chossudovsky 17 juillet 2014 http://www.mondialisation.ca/vengeance-justifiee-le-pretexte-pour-bombarder-gaza-le-gouvernement-netanyahou-est-il-derriere-les-meurtres-des-trois-adolescents-israeliens/5391864Traduction: Julie Lévesque

5. Fred Kaplan http://www.slate.fr /story/90085/gaza-manoeuvres-fatales-israel#xtor=RSS-2

7.http://terredislam.canalblog.com/archives/2014/07/19/30279494.html#utm_medium=email&utm_source=notification&utm_campaign=terredislam

6. Jean Ortiz http://www.humanite.fr /blogs/plaidoyer-semantique-pour-israel-547570#s...

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/198846-la-valeur-de-l-humain.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 07:54

«Quand naquit l'Etat (d'Israël) personne ne lui reprocha l'épuration ethnique sur laquelle il s'était fondé, un crime contre l'humanité commis par ceux qui la planifièrent et la réalisèrent. Dès ce moment-là, l'épuration ethnique devient une idéologie. Discours toujours valide aujourd'hui, parce que le premier objectif reste démographique: obtenir la plus grande quantité de terre avec le plus petit nombre d'Arabes.»

Ilian Pappe (Il Manifesto)

Ariel Sharon est mort 3000 jours après être rentré dans un coma dont il ne s'est pas réveillé. S'il faut saluer une prouesse technologique, on peut s'interroger quelle est la finalité de cet acharnement thérapeutique couteux qui veut le maintenir en vie. De fait, Ariel Sharon était absent de la scène politique mais ce n'est que maintenant que l'on peut évoquer ce que fut l'homme, quel fut son credo. Pourquoi son nom est associé au malheur des Palestiniens. Parmi les réactions, nous rapportons celle des dirigeants palestiniens qui ont qualifié l'ex-Premier ministre de«criminel», déplorant qu'il n'ait pas été traduit devant la justice internationale. Jusqu'à la mort, en novembre 2004, de Yasser Arafat, qu'il avait fait assiéger par les chars israéliens depuis décembre 2001, Sharon avait multiplié les menaces à son encontre, nourrissant les soupçons d'un empoisonnement, qu'Israël a toujours nié.

Bill Clinton au nom de son couple déclare: «Ce fut un honneur de travailler avec lui, et de le voir toujours en train de chercher la bonne voie pour son pays adoré.» François Hollande a déclaré «qu'Ariel Sharon a été un acteur majeur dans l'histoire de son pays. Après une longue carrière militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens». Nous verrons qu'Ariel Sharon a toujours méprisé les Palestiniens. Il disait qu'Israël avait son Bin Laden en la personne de Yasser Arafat. Pour Denis Roos ancien négociateur américain, ce qui distingue Arafat de Sharon est que le premier promet n'importe quoi et ne tient pas parole alors que Sharon ne promet rien et les rares fois qu'il promet, il tient parole...

Qui est Ariel Sharon?


Né dans le Yichouv (implantation juive dans la Palestine d'avant 1947), à Kfar Malal, le 26 février 1928. Sa mère et son père Dvora et Shmuel Scheinerman sont venus de Biélorussie et de Pologne en 1920 dans la Palestine mandataire. Ariel Sharon avait été marqué pendant son enfance par la montée des tensions entre les autochtones arabes et les migrants juifs des aliyas («émigration en Israël») successives. Pendant la guerre d'indépendance, en 1948, il se fait remarquer par sa combativité et c'est donc à lui qu'est confiée en 1953 l'unité 101 chargée de conduire des représailles après les coups de main palestiniens à partir de la Jordanie, de l'Egypte ou de Ghaza. Controversée, notamment après le massacre de civils à Qibya, en Jordanie.

Le massacre de Qibya

Il n'est pas possible dans le cadre de cette étude de faire un bilan exhaustif de toutes les guerres engagées et perdues par les Arabes, exception peut-être de celle du Hezbollah libanais dans un autre contexte mais qui, pour la première fois depuis 60 ans a mis à mal la doxa occidentale sur l'invincibilité d'Israël. En fait, jusqu'en mai 1948, déclenchement de la première guerre israélo-arabe, la tension monte, les expulsions commencent. Le 15 mai, environ 23.000 soldats arabes attaquent Israël, qui dispose alors de 19.000 soldats. Libanais et Syriens rentrent dans le Nord, les Egyptiens isolent des kibboutz du Néguev, prennent Beer Sheva et remontent vers Tel-Aviv. Mais les forces juives reprennent rapidement le dessus et poursuivent leur politique d'expulsion. (1)

L'étude de Benny Morris, l'un de ceux que l'on nomme les «nouveaux historiens» israéliens, est révélatrice. Il rappelle que les Palestiniens n'ont pas choisi l'exil pour la plupart d'entre eux, mais qu'ils furent chassés par les troupes juives. Pour les 369 villes et villages arabes de l'Etat israélien et des zones qui passeront sous contrôle israélien avant la fin du conflit, il établit les causes du départ des habitants. 228 villes et villages ont été désertés sous les attaques juives, 41 donnant lieu à une expulsion manu militari. 90 villages se sont vidés de leur population, affolée par les témoignages de massacres, notamment celui de Deir Yassine. Pour 45 cas, Benny Morris avoue ignorer les causes du départ. Dans seulement 6 cas, le départ s'est fait à l'appel des autorités locales arabes. En fait, entre 800 000 et 900 000 Palestiniens sont devenus réfugiés par la politique d'expulsion israélienne. Cette tragédie humanitaire, la Nakba, est toujours ignorée par Israël. Au total, cinq vagues successives marquent l'exode. Les raids de l'Irgoun et du Lehi vident, par de violentes expulsions, des quartiers arabes de Jaffa, Jérusalem-Ouest, ainsi que de quelques villages ruraux. Le plan Dalet mis en action lors de la contre-offensive juive crée une deuxième vague de l'exode qui s'étale d'avril à juin 1948, marqué en avril 1948 par le massacre de 250 habitants du village de Deir Yassine par les miliciens de l'Irgoun et du Lehi.»(2)

« Quand Haïfa est attaquée par la Hagana, les troupes ont ordre de «tuer tout arabe rencontré». Maisons incendiées ou dynamités, expulsions lorsque les Arabes n'ont pas fui, se produisent dans tout le pays. Un rapport rédigé par les services de renseignements de l'armée israélienne daté du 30 juin 1948 estime à près de 400.000 les habitants palestiniens qui ont quitté le territoire à ce jour et affirme que près des trois quart des départs ont été directement provoqués par les Israéliens. «Les nouveaux historiens» affirment, aujourd'hui, que toute cette politique d'expulsion a été voulue et organisée par Ben Gourion, souhaitant notamment une Galilée «propre et vide» d'Arabes « (2)


Ariel Sharon, jeune militaire, s'est illustré sur le terrain, il aurait réitéré ses souhaits, critiquant l'état-major, qui faisait preuve selon lui de trop de «retenue face aux Arabes». David Ben Gourion lui demande finalement de prendre la tête d'une unité qui agira au-delà de la ligne d'armistice Le 14 octobre 1953, l'Unité 101 commandée par Ariel Sharon rase le village de Qibya situé en territoire jordanien. Durant cette opération baptisée Shoshana par Tsahal, soixante-neuf civils (ou soixante-dix selon les sources) sont tués dans le dynamitage de leurs maisons, principalement des femmes et des enfants. De nombreux pays condamneront ce massacre, dont les États-Unis qui demanderont qu'en soient jugés les auteurs. (...) Sharon déclarera avoir cru les maisons vidées de leurs habitants, son unité ayant mené, d'après lui, les vérifications nécessaires avant d'actionner les détonateurs. Cette version israélienne a été immédiatement remise en cause par le contre-amiral Vagn Bennike, observateur de l'ONU, qui dénonça le mode opératoire de l'Unité 101 consistant systématiquement à faire feu sur les maisons, empêchant ainsi les occupants d'en sortir, et les livrant de fait à une mort certaine.. Le 24 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution condamnant Israël »(3.

Ce sera l'une des rares résolutions qui demeurera sans effet sur Israël sûr de son impunité. Lors de la guerre de Ramadhan de 1973, à la suite notamment de plusieurs manoeuvres grâce auxquelles sa division aidée par les informations américaines, franchit le canal de Suez et qui permettent à Tsahal d'encercler et d'isoler la IIIe armée égyptienne et donne la victoire aux Israéliens. Ce qui amena la «reddition» de l'Egypte sommée de signer les accords de camp David

Sabra et Chatila

A l'été 1982, Ariel Sharon pèse de tout son poids auprès de Menahem Begin en faveur d'une opération massive israélienne dans un Liban gangrené par la guerre civile. Il s'agit pour lui d'extirper de Beyrouth l'Organisation de libération de la Palestine de Yasser Arafat, mais les velléités d'Israël de façonner un Liban selon ses intérêts se heurtent ensuite à une insaisissable réalité. En septembre, les massacres de Sabra et de Chatila, représailles phalangistes à l'assassinat du président Béchir Gemayel, achèvent de retourner l'opinion israélienne contre l'opération «Paix en Galilée» et contre Ariel Sharon. Une commission d'enquête officielle confiée au juge Yitzhak Kahane conclura à sa responsabilité pour n'avoir ni prévu ni empêché les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, perpétrés par une milice chrétienne, alliée d'Israël. Une Commission indépendante menée par le prix Nobel de la paix Sean Mc Bride considère Israël comme «directement responsable du massacre du fait de sa position d'occupant». Il n'y eut là aussi pas de résolution du Conseil de sécurité contre Israël. Les Etats-Unis veillent...


La suite du parcours d'Ariel Sharon en politique

Ariel Sharon revient sur le devant de la scène en tant que ministre de la Construction et du Logement en 1992. Une fonction qui lui va comme un gant. À ce poste, il devient le héraut de la colonisation israélienne des Territoires palestiniens, lance de vastes projets pour de nouvelles constructions avec comme slogan: «Allez coloniser nos collines.» Ariel Sharon se lance en politique avec sa méthode brutale Il sera le responsable de la deuxième intifada par la provocation de visite de l'esplanade des Mosquées en octobre 2000. En 2001, Ariel Sharon est élu au poste de Premier ministre de l'État d'Israël sur un programme portant principalement sur la sécurité contre le terrorisme palestinien. Il est réélu en mars 2003, à la suite d'élections anticipées intervenues après la fin du gouvernement d'union nationale, à la suite de la démission des travaillistes, le 30 octobre 2002. Il stoppe toute négociation avec Yasser Arafat qu'il considère responsable de la situation et lance une campagne de répression très dure contre les activistes palestiniens. Il entame également la construction d'une barrière de séparation à l'intérieur de la Cisjordanie et autour de Jérusalem. En février 2004, il prend tout le monde de court en décidant de retirer unilatéralement l'armée et les colons israéliens de Gaza.Ses détracteurs l'accusent alors de vouloir faire diversion pour escamoter des affaires embarrassantes de financement politique qui livrent ses fils Omri et Gilad aux affres de procédures judiciaires.» (4)

Comprenant la place du religieux, il s'assure le soutien indéfectible de la droite nationaliste et des organisations de colons. Pourtant, il se met à dos une partie d'entre eux en décidant, en août 2005, le retrait militaire israélien unilatérale de la bande de Gaza et le démantèlement des colonies installées dans cette région. Pour lui, quitter G aza lui permet de mieux occuper la Cisjordanie. C'est ce qu'explique Dov Weisglass, son conseiller, dans une interview au quotidien Haaretz. «Ariel Sharon a décidé de rendre Gaza, qu'il n'a jamais considéré comme d'«intérêt national», afin de sauver les colonies de Cisjordanie, et, plus important encore, d'empêcher tout accord. Entre-temps, le 29 mars 2002, il lance l'«opération Rempart» et réoccupe la plupart des villes de Cisjordanie. Son objectif est aussi de neutraliser Yasser Arafat.Il s'y applique en lançant ses chars à Ramallah contre la Moukataâ dans laquelle vit le président Arafat. Celui-ci est encerclé, jusqu'à ce que le vieux leader, malade, soit autorisé à partir pour la France où, hospitalisé, il mourra le 11 novembre 2004.» (5)



Un bilan?

Si on devait parler d'apartheid, c'est Sharon. C'est lui qui a fait démarrer la construction du mur pour séparer Israël de la Palestine; action condamnée par la Cour de justice internationale. Depuis la conquête de juin 1967, Ariel Sharon n'a cessé d'encourager les militants ultranationalistes à s'y installer et de drainer l'argent public vers les colonies qui se sont multipliées, violant la loi internationale. Il a notamment soutenu les nationalistes religieux pour qui la mainmise du peuple juif sur cette terre obéit à un plan divin. Il a été l'un des artisans de la destruction du processus créé en 1993 par les accords d'Oslo, par lesquels Israël et l'Organisation de libération de la Palestine se reconnaissaient mutuellement et s'engageaient dans la recherche d'un accord définitif. Ariel Sharon était un adepte de la force et du fait accompli. C'est notamment avec des hommes de cette trempe qu'Israël a imposé son existence au Monde arabe.

Pour Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris, l'ancien Premier ministre israélien était surtout un homme d'une «extrême intransigeance». C'est un faucon. Tant dans sa carrière militaire que politique, c'est un type qui a trempé dans plusieurs histoires de massacre de Palestiniens. Sharon n'était vraiment pas un tendre. En 2005, il effectue tout de même un retrait unilatéral des colonies israéliennes de la bande de Ghaza... Il n'y a pas eu la moindre expression de négociation avec les Palestiniens. Mais c'était surtout une politique de la terre brûlée, il a décidé, par exemple, de détruire par bulldozer les infrastructures des colons. Sharon, c'est une logique politique de non-compromis avec les Palestiniens. Il n'a eu de cesse de défaire les espoirs qui sont nés des accords d'Oslo de 1993.» (6)



Qu'en est-il alors de la cause palestinienne?

Edward Said L’intellectuel américano-palestinien nous donne une clé de compréhension par sa déconstruction du sionisme responsable du malheur des Palestiniens. Il analyse les origines du sionisme, et interroge la légitimité, unanime en Occident, d'une idéologie coloniale ayant causé tant de ravages. Il écrit: «Nous étions sur le territoire appelé Palestine; la spoliation et l'effacement dont nous avons été victimes et d'où ont résulté que presque un million des nôtres ont dû quitter la Palestine et que notre société est devenue non existante étaient-ils justifiés, fût-ce même pour sauver ce qu'il restait des juifs d'Europe ayant survécu au nazisme? Quelle est la règle morale ou politique qui exige que nous abandonnions nos revendications pour notre existence nationale, notre terre, nos droits humains? Dans quel monde ne souffre-t-on aucune discussion quand on dit à un peuple entier qu'il est juridiquement absent, même si des armées sont levées contre lui, des campagnes menées contre son nom lui-même, l'histoire modifiée pour «prouver» sa non-existence?» «Il faut répéter que ce qui dans le sionisme visait les objectifs sans doute justifiés de la tradition juive - préserver le peuple de l'exclusion et de l'antisémitisme et rétablir son identité nationale - correspondait aussi à ces aspects de la culture dominante qui rendaient possible pour les Européens le fait de juger inférieurs, négligeables et sans importance les non-Européens.» (7)


On le voit, l'impasse est totale, les suivants de Sharon ont en face d'eux des ectoplasmes qui n'ont ni la légitimité ni la conviction pour arriver à redonner aux Palestiniens leur dignité. Ces mêmes Palestiniens harassés par tant de malheur et qui ne demandent qu’à vivre sur leur terre en qui serait à peine de 20 % de la Palestine originelle



1. C.E. Chitour Le calvaire palestinien Editions Casbah 2013

2. Benny Morris, The Birth of The Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, p 218.

3. Ariel Sharon: Encyclopédie Wikipédia

4.http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/11/ariel-sharon-le-warrior-est-mort_4341895_3218.html


5. http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Mort-de-Ariel-Sharon-le-heros-des-colons-2014-01-11-1087917


6. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/sharon-n-etait-vraiment-pas-untendre_1313258.html# sKUoOdPymt11HgzF.997 Edward W. Saïd, «La Question de Palestine» (The Question of Palestine, 1979 Vintage Books éditions, New York). Réédité en 2010 chez Actes Sud

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 20:27

«Celui qui m’a transformé en réfugié m’a transformé en bombe»

Mahmoud Darwiche

Il y a vingt ans, le 13 septembre 1993, étaient signés les accords d’Oslo par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. Mais l’espoir soulevé par ce traité historique s’est évanoui, au désarroi des Palestiniens qui attendent toujours leur État. L’image historique est encore dans les mémoires: Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se serrant la main sur la pelouse de la Maison-Blanche en présence de Bill Clinton. C’était le 13 septembre 1993. Les accords devaient poser les jalons pour régler le conflit israélo-palestinien et établir les bases d’une autonomie palestinienne à l’intérieur des frontières de 1967.

Les critiques et les soutiens de l’accord de la défaite

Il ne faut pas croire que cet accord a fait l’unanimité. Edward Saïd, l’Ecrivain américain d’origine palestinienne, démissionna du CNP et fut très critique Dans un essai d’une lucidité très actuelle, Edward Saïd écrivait à l’automne 1993 dans la London Review of Books: «A présent, écrit-il, que l’euphorie s’est un peu évaporée, nous pouvons réexaminer l’accord Israël-OLP avec tout le bon sens nécessaire. Il ressort de cet examen que l’accord est plus imparfait, et pour la plupart des Palestiniens, plus déséquilibré que ce que beaucoup supposaient au départ. Les vulgarités du défilé de mode de la cérémonie à la Maison-Blanche, le spectacle dégradant de Yasser Arafat remerciant tout le monde pour la privation de la plupart des droits de son peuple, et la stupide apparition de Bill Clinton en empereur romain du XXe siècle pilotant ses deux rois vassaux à travers les rituels de la réconciliation et de l’obéissance: tout cela n’a obnubilé que temporairement les proportions vraiment incroyables de la capitulation palestinienne. Alors, avant tout, appelons cet accord de son vrai nom: un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien. Ce qui le rend pire encore, c’est qu’au cours des 15 dernières années, l’OLP aurait pu négocier un arrangement meilleur que ce Plan Allon modifié, et exigeant de faire moins de concessions unilatérales à Israël (…).» (1)

Il y a naturellement parmi les Palestiniens des laudateurs qui font dans la méthode Coué pour défendre l’indéfendable du fait de leur statut privilégié. Leila Shahid souligne comme principale raison de l’échec des accords d’Oslo, l’annexion de territoires par l’État hébreu et «notamment Jérusalem-Est qui doit devenir la capitale de la Palestine, et beaucoup de territoires en Cisjordanie». Dénonçant la poursuite de la colonisation israélienne, elle rappelle qu’aujourd’hui «520.000 colons habitent dans le territoire palestinien». Et de conclure: «Si on veut vraiment négocier sur la base de deux États, il faut être cohérent et arrêter de construire un mur, des colonies et d’importer des gens. A moins qu’Israël ne souhaite un État d’apartheid.»

Ce n’est pas l’avis d’un besogneux d’un Palestinien d’en bas: «A Hébron, Moussa Jaber, un ouvrier agricole palestinien, témoigne de ce sentiment de désespoir. «Ma maison est vieille et j’aimerais en construire une autre, mais on nous l’interdit», confie-t-il aux reporters de l’AFP. «Par contre, les Israéliens ne se gênent pas pour construire», observe-t-il, amer, en désignant du doigt un lotissement en face. Et d’ajouter: «Les maisons de Kiryat Arba [une colonie], en face, sont toutes neuves, mais si on construisait une maison, ils viendraient la démolir». (…) Après trois ans de gel, Israéliens et Palestiniens ont repris le 29 juillet 2013 des négociations directes sous parrainage américain. La colonisation continue plus que jamais. (2)

La triste réalité des accords d’Oslo: les conséquences du processus de paix

Quatre marqueurs permettent au-delà de tout discours de se rendre compte du bilan de vingt ans d’occupation: les forces israéliennes auraient tué 7000 palestiniens dont l’opération Plomb durci avec le meurtre de 1 500 personnes en 2007-2008 dont 450 enfants. Le Rapport Goldstone qui pointe du doigt les crimes d’Israël a été jeté aux orties avec la complicité de Mahmoud Abbas qui s’en tient toujours à l’utopie de recueillir des miettes de la partie israélienne malgré des discours ésotériques à mille lieues de la réalité; Oslo c’est aussi 12.000 maisons détruites par Israël avec interdiction aux Palestiniens de réparer ou de construire de nouvelles maisons. Oslo c’est ensuite la colonisation avec plus de 250 000 nouveaux colons sur les terres palestiniennes qui s’ajoutent aux 250 000 précédents; Oslo c’est aussi la judaïsation rampante d’El Qods avec la sape des fondations de la mosquée d’Omar pour cause de fouille concernant l’ancien Temple de Jérusalem. Oslo c’est aussi la destruction de l’aéroport de Ghaza construit par les fonds européens…

Gaza c’est enfin et sans être exhaustif l’apartheid dans toute son horreur avec son cortège d’humiliations au quotidien, la pénurie des eaux d’un côté et l’abondance de l’autre, c’est les restrictions concernant les Palestiniens qui vivent en apnée. C’est les meurtres des humanitaires des flottilles venant apporter un peu d’espoir aux Gazaouis. C’est le mur d’apartheid de 700 km qui a été condamné en vain par la Cour pénale internationale, mur qui a pris la relève de celui de Berlin tant honni par l’Occident dont l’indignation est plus que jamais sélective au point de laisser 40 résolutions sans effet; et l’invasion de l’Irak avec en prime la pendaison de Saddam Hussein s’est faite sans résolution de l’ONU; il a fallu aussi une résolution arrachée par le tandem Sarkozy-BHL pour dépecer la Libye et lyncher en direct et d’une façon inhumaine et abjecte le colonel El Gueddafi.

Dans un réquisitoire sans concession, le site de l’Association France Palestine déclare: «Vingt ans plus tard, les Palestiniens ont certes célébré l’adhésion de l’État de Palestine aux Nations unies, mais en tant que simple État observateur, non membre. Et la Palestine vit toujours sous occupation; la colonisation israélienne s’y intensifie en toute arrogance et en toute impunité; une ceinture de colonies sépare Jérusalem de son arrière-pays palestinien morcelé; un réseau de murs annexe de facto à Israël une partie substantielle de la Cisjordanie, de ses terres, de ses ressources en eau en dépit des condamnations, jamais contraignantes, des Nations unies; le contrôle israélien du territoire palestinien et des mouvements de population enclave les villes et villages, asphyxie toute vie économique et entrave toute vie sociale ou culturelle palestinienne; la bande de Gaza survit sous blocus; »(3)

« Les bombardements et les morts parmi la population civile se succèdent; les réfugiés palestiniens le demeurent, génération après génération. La détention de plusieurs milliers de prisonniers politiques se poursuit dans les geôles israéliennes, otages d’une négociation à durée indéterminée. En Israël même, plusieurs dizaines de milliers de bédouins palestiniens, citoyens israéliens, sont victimes d’un transfert forcé. L’occupation militaire reste la première préoccupation de la population palestinienne (3).

La vision des intellectuels palestiniens vivant en Europe sur la tragédie palestinienne

Dans le cadre d’une initiative organisée par Médiapart , plusieurs intellectuels ont donné leur perception de ces vingt ans d’Oslo.Dans ce débat, Julien Salingue a brillamment résumé pourquoi, selon lui, «il n’y a jamais eu de processus de paix»: car loin d’avoir confirmé une reconnaissance de l’OLP, encore moins du droit d’autodétermination du peuple palestinien, Israël a institué et intégré l’Autorité palestinienne (AP) dans le «redéploiement de son dispositif» de contrôle et de domination.(4)

« Face à ces arguments, Elias Sanbar, ayant participé à la négociation d’Oslo, a mis l’accent, quant à lui, avec force et émotion, sur ce jour de 1993 où «les Palestiniens sont redevenus visibles», c’est-à-dire reconnus internationalement comme acteurs et négociateurs directs de leur propre cause – la Palestine (sans peuple) ayant été jusqu’alors l’affaire des États arabes voisins. E.Sanbar, actuellement ambassadeur des Palestiniens à l’Unesco, n’a pas répondu à bien des questions: celle du journaliste de Médiapart, Pierre Puchot, sur le Hamas; celles de J.Salingue sur les territoires ingérables et le rôle de l’Autorité palestinienne (intégrée aux activités de «sécurité» policière exigées par Israël et tributaire de ses financements); il s’agirait plutôt – selon Sanbar – de quasi «allocations chômage». Le choix éventuel par ces derniers d’une solution de «deux États» – avec leurs frontières de 1967 donc sur 20% du territoire palestinien d’origine; un État palestinien bien «symbolique» quand la réalité est celle des Territoires occupés et des espaces non continus – n’implique pour «nous» (à l’extérieur) aucun renoncement à la dénonciation du contenu sioniste de l’État d’Israël dans les divers facettes de sa politique: colonisation par expulsion, par occupation et par statut discriminatoire d’une partie de ses citoyens. (4)

Peut-on tout dire pour défendre Israël? s’interrogent trois intellectuels Julien Salingue, Nicolas Dot-Pouillard et Catherine Samary. Rapportant les écrits d’Eric Marty, ils critiquent sévèrement le partis pris: «Eric Marty s’interroge, dans une tribune publiée le 21 avril sur Le Monde.fr: «Le boycott d’Israël, est-il de gauche?». Ce qui semble être une critique de la campagne BDS (Boycott Désinvestissements- Sanctions) contre Israël excède en réalité largement son objet, et redéfinit les termes du conflit opposant Israël aux Palestiniens. L’argumentaire de M. Marty est aussi spécieux qu’original, et mérite un petit exercice de «sociologie littérale». M. Marty balaie allègrement les avis d’Amnesty International, de la Croix-Rouge ou de l’ONG israélienne B’tselem. Il fait en outre peu de cas de l’avis de la Cour internationale de justice (juillet 2004), qui qualifiait le mur de «violation du droit international» et demandait à Israël de le «démanteler immédiatement». Selon le dernier rapport de l’ONU, le mur serpentera sur 709 km, alors que la ligne verte n’en mesure que 320. Par endroit, il pénètre de 22 km en Cisjordanie (large de 50 km). 10% du territoire palestinien est annexé de facto à Israël, dont 17 000 ha de terres auxquelles les paysans ne peuvent quasiment plus accéder ».(5)

« Pour la seule partie nord de la Cisjordanie, 220.000 villageois sont affectés.(…) Or, les témoignages et rapports d’ONG le confirment: Israël a enfreint le droit de la guerre en déversant des bombes au phosphore blanc (considérées, y compris par les Etats-Unis, comme des armes chimiques) sur des zones densément peuplées, en empêchant le personnel médical de secourir de nombreux blessés ou en utilisant des boucliers humains. Les témoignages de soldats recueillis par l’ONG israélienne Breaking the Silence sont, à ce titre, éloquents. De surcroît, Israël, avec la complicité de l’Egypte, a bouclé la minuscule bande de Gaza (360 km2), empêchant les civils de fuir un déluge de fer et de feu. En violation totale du droit de la guerre, le blocus se poursuit, empêchant la reconstruction et aggravant les conditions sanitaires.(5)

Le mépris d’Israël contre la Palestine et sa croisade contre l’Iran

Avec un rare mépris, Benyamin Netanyahu n’a dit un mot du problème palestinien, tout son réquisitoire était à charge contre l’Iran et Hassan Rohani qu’il a traité de tous les noms. Il va jusqu’à donner la marche à suivre à la communauté internationale concernant le programme nucléaire oubliant au passage que son pays a bafoué toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1947, en traitant avec mépris l’Aiea, en ne signant aucun protocole ni sur les armes chimiques ni sur le nucléaire allant jusqu’à avertir la Communauté internationale que si l’Iran n’arrête pas son programme nucléaire,Israël l’attaquera.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé solennellement mardi à l’ONU que son pays était prêt à «agir seul» militairement pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire, rompant ainsi avec le timide rapprochement de son allié américain avec l’Iran la semaine dernière.: «Israël ne laissera pas l’Iran obtenir des armes nucléaires. Si Israël est obligé d’agir seul, il agira seul», (…) Il a estimé qu’un Iran nucléaire serait aussi dangereux que «cinquante Corées du Nord». On ne doit «lever les sanctions que quand l’Iran aura totalement démantelé son programme de fabrication d’armes nucléaires». Le Premier ministre israélien prend ainsi et une nouvelle fois le contre-pied de Barack Obama. Un diplomate iranien a immédiatement réagi en séance au discours de M.Netanyahu en le qualifiant d’»extrêmement provocateur» et de «belliqueux». (6)

Les conséquences des accords

Pour Pascal Boniface: une bombe à retardement, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) La signature des Accords d’Oslo fut un formidable moment d’euphorie collective. Aujourd’hui, malgré la reprise des négociations, les perspectives d’un accord semblent très lointaines, voire irréalisables. On peut même se demander si la solution des deux États est encore possible matériellement du fait de l’émiettement des Territoires palestiniens et de la poursuite de la colonisation israélienne. Il y avait, en 1993, 250.000 colons israéliens sur les territoires palestiniens, ils sont aujourd’hui 500.000. D’ailleurs, aucun accord de paix acceptable par les Palestiniens ne le serait par l’extrême droite dont dépend le gouvernement Netanyahu. Il faudrait une recomposition complète du paysage politique israélien pour parvenir à une véritable paix. Or, les élections de janvier 2013 ont encore marqué une poussée à droite et la montée en puissance du poids des colons dans la vie politique israélienne. À l’époque, Arafat et Rabin ont fait preuve de réalisme et de leadership. Il en fallait pour qu’Arafat annonce que la charte de l’OLP était caduque et accepte de ne créer un État palestinien que sur 22% de la Palestine mandataire. Mais si Rabin s’est lancé dans cette direction ce n’est pas par mansuétude à l’égard des Palestiniens. C’est qu’il avait compris qu’il en allait de l’intérêt national d’Israël, notamment parce qu’il risquait en cas contraire d’avoir de grandes divergences avec les Américains. Aujourd’hui, il n’y a plus de pressions de la part des États-Unis sur le gouvernement israélien. Celui-ci a un sentiment d’impunité qui le conduit à ne faire aucune concession. (7)

On l’aura compris, les Palestiniens sont mal barrés pour trois raisons majeures: Mahmoud Abbas et son équipe sont passés de mode, ils ont goûté au luxe et ils n’ont plus le feu sacré. Ajouter à cela un gouvernement israélien plus que jamais de droite et enfin la colonisation qui laisse des confettis de territoires non viables. Seul un Etat israélo-palestinien de tous ces citoyens permettrait de ramener la sérénité et aboutirait enfin à cette paix entre deux peuples cananéens depuis la nuit des temps mais aussi dans cette région du Moyen Orient harassée depuis un siècle par des conflits qui la dépasse.

1. Edward Saïd Oslo: le jour d’après http://www.ujfp.org/spip.php?article2892

2. http://www.france24.com/fr/20130913-vingt-ans-accords-oslo-israel-palestine-paix-rabin-arafat

3. http://www.france-palestine.org/20-ans-apres-Oslo-20-ANS-APRES

4. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/011013/vingt-ans-apres-oslo-8-catherine-samary-quelles demarches?&utm_source=newsletter&utm_ medium=email&utmcampaign=Catherine_Samary:_Vingt_ans_apr%C3%A8s_Oslo,_quelles_d%C3%A9marches_?_

5. http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/04/27/peut-on-tout-dire-pour-defendre-israel -par-julien-salingue-nicolas-dot-pouillard-et-catherinesamary_1343645_3232.html

6. http://www. humanite.fr/monde/onu-le-discours-va-t-en-guerre-de-netanyahu-contre-550165

7. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/190913/vingt-ans-apres-oslo-2-pascal-boniface-une-bombe-retardement

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 20:59

«Celui qui m'a transformé en réfugié m'a transformé en bombe»

Mahmoud Darwiche

Il y a vingt ans, le 13 septembre 1993, étaient signés les accords d'Oslo par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin. Mais l'espoir soulevé par ce traité historique s'est évanoui, au désarroi des Palestiniens qui attendent toujours leur État. L'image historique est encore dans les mémoires: Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se serrant la main sur la pelouse de la Maison-Blanche en présence de Bill Clinton. C'était le 13 septembre 1993. Les accords devaient poser les jalons pour régler le conflit israélo-palestinien et établir les bases d'une autonomie palestinienne à l'intérieur des frontières de 1967.

Les critiques et les soutiens de l'accord de la défaite

Il ne faut pas croire que cet accord a fait l'unanimité. Edward Saïd, l'Ecrivain américain d'origine palestinienne, démissionna du CNP et fut très critique Dans un essai d'une lucidité très actuelle, Edward Saïd écrivait à l'automne 1993 dans la London Review of Books: «A présent, écrit-il, que l'euphorie s'est un peu évaporée, nous pouvons réexaminer l'accord Israël-OLP avec tout le bon sens nécessaire. Il ressort de cet examen que l'accord est plus imparfait, et pour la plupart des Palestiniens, plus déséquilibré que ce que beaucoup supposaient au départ. Les vulgarités du défilé de mode de la cérémonie à la Maison-Blanche, le spectacle dégradant de Yasser Arafat remerciant tout le monde pour la privation de la plupart des droits de son peuple, et la stupide apparition de Bill Clinton en empereur romain du XXe siècle pilotant ses deux rois vassaux à travers les rituels de la réconciliation et de l'obéissance: tout cela n'a obnubilé que temporairement les proportions vraiment incroyables de la capitulation palestinienne. Alors, avant tout, appelons cet accord de son vrai nom: un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien. Ce qui le rend pire encore, c'est qu'au cours des 15 dernières années, l'OLP aurait pu négocier un arrangement meilleur que ce Plan Allon modifié, et exigeant de faire moins de concessions unilatérales à Israël (...).» (1)

Il y a naturellement parmi les Palestiniens des laudateurs qui font dans la méthode Coué pour défendre l'indéfendable du fait de leur statut privilégié. Leila Shahid souligne comme principale raison de l'échec des accords d'Oslo, l'annexion de territoires par l'État hébreu et «notamment Jérusalem-Est qui doit devenir la capitale de la Palestine, et beaucoup de territoires en Cisjordanie». Dénonçant la poursuite de la colonisation israélienne, elle rappelle qu'aujourd'hui «520.000 colons habitent dans le territoire palestinien». Et de conclure: «Si on veut vraiment négocier sur la base de deux États, il faut être cohérent et arrêter de construire un mur, des colonies et d'importer des gens. A moins qu'Israël ne souhaite un État d'apartheid.»

Ce n'est pas l'avis d'un besogneux d'un Palestinien d'en bas: «A Hébron, Moussa Jaber, un ouvrier agricole palestinien, témoigne de ce sentiment de désespoir. «Ma maison est vieille et j'aimerais en construire une autre, mais on nous l'interdit», confie-t-il aux reporters de l'AFP. «Par contre, les Israéliens ne se gênent pas pour construire», observe-t-il, amer, en désignant du doigt un lotissement en face. Et d'ajouter: «Les maisons de Kiryat Arba [une colonie], en face, sont toutes neuves, mais si on construisait une maison, ils viendraient la démolir». (...) Après trois ans de gel, Israéliens et Palestiniens ont repris le 29 juillet 2013 des négociations directes sous parrainage américain. La colonisation continue plus que jamais. (2)


La triste réalité des accords d'Oslo: les conséquences du processus de paix

Quatre marqueurs permettent au-delà de tout discours de se rendre compte du bilan de vingt ans d'occupation: les forces israéliennes auraient tué 7000 palestiniens dont l'opération Plomb durci avec le meurtre de 1 500 personnes en 2007-2008 dont 450 enfants. Le Rapport Goldstone qui pointe du doigt les crimes d'Israël a été jeté aux orties avec la complicité de Mahmoud Abbas qui s'en tient toujours à l'utopie de recueillir des miettes de la partie israélienne malgré des discours ésotériques à mille lieues de la réalité; Oslo c'est aussi 12.000 maisons détruites par Israël avec interdiction aux Palestiniens de réparer ou de construire de nouvelles maisons. Oslo c'est ensuite la colonisation avec plus de 250 000 nouveaux colons sur les terres palestiniennes qui s'ajoutent aux 250 000 précédents; Oslo c'est aussi la judaïsation rampante d'El Qods avec la sape des fondations de la mosquée d'Omar pour cause de fouille concernant l'ancien Temple de Jérusalem. Oslo c'est aussi la destruction de l'aéroport de Ghaza construit par les fonds européens...

Ghaza c'est enfin et sans être exhaustif l'apartheid dans toute son horreur avec son cortège d'humiliations au quotidien, la pénurie des eaux d'un côté et l'abondance de l'autre, c'est les restrictions concernant les Palestiniens qui vivent en apnée. C'est les meurtres des humanitaires des flottilles venant apporter un peu d'espoir aux Ghazaouis. C'est le mur d'apartheid de 700 km qui a été condamné en vain par la Cour pénale internationale, mur qui a pris la relève de celui de Berlin tant honni par l'Occident dont l'indignation est plus que jamais sélective au point de laisser 40 résolutions sans effet; et l'invasion de l'Irak avec en prime la pendaison de Saddam Hussein s'est faite sans résolution de l'ONU; il a fallu aussi une résolution arrachée par le tandem Sarkozy-BHL pour dépecer la Libye et lyncher en direct et d'une façon inhumaine et abjecte le colonel El Gueddafi.

Dans un réquisitoire sans concession, le site de l’Assocaition France Palestine déclare: «Vingt ans plus tard, les Palestiniens ont certes célébré l'adhésion de l'État de Palestine aux Nations unies, mais en tant que simple État observateur, non membre. Et la Palestine vit toujours sous occupation; la colonisation israélienne s'y intensifie en toute arrogance et en toute impunité; une ceinture de colonies sépare Jérusalem de son arrière-pays palestinien morcelé; un réseau de murs annexe de facto à Israël une partie substantielle de la Cisjordanie, de ses terres, de ses ressources en eau en dépit des condamnations, jamais contraignantes, des Nations unies; le contrôle israélien du territoire palestinien et des mouvements de population enclave les villes et villages, asphyxie toute vie économique et entrave toute vie sociale ou culturelle palestinienne; la bande de Ghaza survit sous blocus; »(3)

« Les bombardements et les morts parmi la population civile se succèdent; les réfugiés palestiniens le demeurent, génération après génération. La détention de plusieurs milliers de prisonniers politiques se poursuit dans les geôles israéliennes, otages d'une négociation à durée indéterminée. En Israël même, plusieurs dizaines de milliers de bédouins palestiniens, citoyens israéliens, sont victimes d'un transfert forcé. L'occupation militaire reste la première préoccupation de la population palestinienne (3).



La vision des intellectuels palestiniens vivant en Europe sur la tragédie palestinienne


Dans le cadre d'une initiative organisée par Médiapart , plusieurs intellectuels ont donné leur perception de ces vingt ans d'Oslo.Dans ce débat, Julien Salingue a brillamment résumé pourquoi, selon lui, «il n'y a jamais eu de processus de paix»: car loin d'avoir confirmé une reconnaissance de l'OLP, encore moins du droit d'autodétermination du peuple palestinien, Israël a institué et intégré l'Autorité palestinienne (AP) dans le «redéploiement de son dispositif» de contrôle et de domination.(4)

« Face à ces arguments, Elias Sanbar, ayant participé à la négociation d'Oslo, a mis l'accent, quant à lui, avec force et émotion, sur ce jour de 1993 où «les Palestiniens sont redevenus visibles», c'est-à-dire reconnus internationalement comme acteurs et négociateurs directs de leur propre cause - la Palestine (sans peuple) ayant été jusqu'alors l'affaire des États arabes voisins. E.Sanbar, actuellement ambassadeur des Palestiniens à l'Unesco, n'a pas répondu à bien des questions: celle du journaliste de Médiapart, Pierre Puchot, sur le Hamas; celles de J.Salingue sur les territoires ingérables et le rôle de l'Autorité palestinienne (intégrée aux activités de «sécurité» policière exigées par Israël et tributaire de ses financements); il s'agirait plutôt - selon Sanbar - de quasi «allocations chômage». Le choix éventuel par ces derniers d'une solution de «deux États» - avec leurs frontières de 1967 donc sur 20% du territoire palestinien d'origine; un État palestinien bien «symbolique» quand la réalité est celle des Territoires occupés et des espaces non continus - n'implique pour «nous» (à l'extérieur) aucun renoncement à la dénonciation du contenu sioniste de l'État d'Israël dans les divers facettes de sa politique: colonisation par expulsion, par occupation et par statut discriminatoire d'une partie de ses citoyens. (4)

Peut-on tout dire pour défendre Israël? s'interrogent trois intellectuels Julien Salingue, Nicolas Dot-Pouillard et Catherine Samary. Rapportant les écrits d'Eric Marty, ils critiquent sévèrement le partis pris: «Eric Marty s'interroge, dans une tribune publiée le 21 avril sur Le Monde.fr: «Le boycott d'Israël, est-il de gauche?». Ce qui semble être une critique de
la campagne BDS (Boycott Désinvestissements- Sanctions) contre Israël excède en réalité largement son objet, et redéfinit les termes du conflit opposant Israël aux Palestiniens. L'argumentaire de M. Marty est aussi spécieux qu'original, et mérite un petit exercice de «sociologie littérale». M. Marty balaie allègrement les avis d'Amnesty International, de la Croix-Rouge ou de l'ONG israélienne B'tselem. Il fait en outre peu de cas de l'avis de la Cour internationale de justice (juillet 2004), qui qualifiait le mur de «violation du droit international» et demandait à Israël de le «démanteler immédiatement». Selon le dernier rapport de l'ONU, le mur serpentera sur 709 km, alors que la ligne verte n'en mesure que 320. Par endroit, il pénètre de 22 km en Cisjordanie (large de 50 km). 10% du territoire palestinien est annexé de facto à Israël, dont 17 000 ha de terres auxquelles les paysans ne peuvent quasiment plus accéder ».(5)

« Pour la seule partie nord de la Cisjordanie, 220.000 villageois sont affectés.(...) Or, les témoignages et rapports d'ONG le confirment: Israël a enfreint le droit de la guerre en déversant des bombes au phosphore blanc (considérées, y compris par les Etats-Unis, comme des armes chimiques) sur des zones densément peuplées, en empêchant le personnel médical de secourir de nombreux blessés ou en utilisant des boucliers humains. Les témoignages de soldats recueillis par l'ONG israélienne Breaking the Silence sont, à ce titre, éloquents. De surcroît, Israël, avec la complicité de l'Egypte, a bouclé la minuscule bande de Ghaza (360 km2), empêchant les civils de fuir un déluge de fer et de feu. En violation totale du droit de la guerre, le blocus se poursuit, empêchant la reconstruction et aggravant les conditions sanitaires.(5)



Le mépris d'Israël contre la Palestine et sa croisade contre l'Iran

Avec un rare mépris, Benyamin Netanyahu n'a dit un mot du problème palestinien, tout son réquisitoire était à charge contre l'Iran et Hassan Rohani qu'il a traité de tous les noms. Il va jusqu'à donner la marche à suivre à la communauté internationale concernant le programme nucléaire oubliant au passage que son pays a bafoué toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU depuis 1947, en traitant avec mépris l'Aiea, en ne signant aucun protocole ni sur les armes chimiques ni sur le nucléaire allant jusqu'à avertir la Communauté internationale que si l'Iran n'arrête pas son programme nucléaire,Israël l'attaquera.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé solennellement mardi à l'ONU que son pays était prêt à «agir seul» militairement pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire, rompant ainsi avec le timide rapprochement de son allié américain avec l'Iran la semaine dernière.: «Israël ne laissera pas l'Iran obtenir des armes nucléaires. Si Israël est obligé d'agir seul, il agira seul», (...) Il a estimé qu'un Iran nucléaire serait aussi dangereux que «cinquante Corées du Nord». On ne doit «lever les sanctions que quand l'Iran aura totalement démantelé son programme de fabrication d'armes nucléaires». Le Premier ministre israélien prend ainsi et une nouvelle fois le contre-pied de Barack Obama. Un diplomate iranien a immédiatement réagi en séance au discours de M.Netanyahu en le qualifiant d'»extrêmement provocateur» et de «belliqueux». (6)



Les conséquences des accords

Pour Pascal Boniface: une bombe à retardement, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) La signature des Accords d'Oslo fut un formidable moment d'euphorie collective. Aujourd'hui, malgré la reprise des négociations, les perspectives d'un accord semblent très lointaines, voire irréalisables. On peut même se demander si la solution des deux États est encore possible matériellement du fait de l'émiettement des Territoires palestiniens et de la poursuite de la colonisation israélienne. Il y avait, en 1993, 250.000 colons israéliens sur les territoires palestiniens, ils sont aujourd'hui 500.000. D'ailleurs, aucun accord de paix acceptable par les Palestiniens ne le serait par l'extrême droite dont dépend le gouvernement Netanyahu. Il faudrait une recomposition complète du paysage politique israélien pour parvenir à une véritable paix. Or, les élections de janvier 2013 ont encore marqué une poussée à droite et la montée en puissance du poids des colons dans la vie politique israélienne. À l'époque, Arafat et Rabin ont fait preuve de réalisme et de leadership. Il en fallait pour qu'Arafat annonce que la charte de l'OLP était caduque et accepte de ne créer un État palestinien que sur 22% de la Palestine mandataire. Mais si Rabin s'est lancé dans cette direction ce n'est pas par mansuétude à l'égard des Palestiniens. C'est qu'il avait compris qu'il en allait de l'intérêt national d'Israël, notamment parce qu'il risquait en cas contraire d'avoir de grandes divergences avec les Américains. Aujourd'hui, il n'y a plus de pressions de la part des États-Unis sur le gouvernement israélien. Celui-ci a un sentiment d'impunité qui le conduit à ne faire aucune concession. (7)

On l'aura compris, les Palestiniens sont mal barrés pour trois raisons majeures: Mahmoud Abbas et son équipe sont passés de mode, ils ont goûté au luxe et ils n'ont plus le feu sacré. Ajouter à cela un gouvernement israélien plus que jamais de droite et enfin la colonisation qui laisse des confettis de territoires non viables. Seul un Etat israélo-palestinien de tous ces citoyens permettrait de ramener la sérénité et aboutirait enfin à cette paix entre deux peuples cananéens depuis la nuit des temps mais aussi dans cette région du Moyen Orient harassée depuis un siècle par des conflits qui la dépasse.


1 Edward Saïd Oslo: le jour d'après http://www.ujfp.org/spip.php?article2892


2. http://www.france24.com/fr/20130913-vingt-ans-accords-oslo-israel-palestine-paix-rabin-arafat


3. http://www.france-palestine.org/20-ans-apres-Oslo-20-ANS-APRES


4. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/011013/vingt-ans-apres-oslo-8-catherine-samary-quelles demarches?&utm_source=newsletter&utm_ medium=email&utmcampaign=Catherine_Samary:_Vingt_ans_apr%C3%A8s_Oslo,_quelles_d%C3%A9marches_?_

5http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/04/27/peut-on-tout-dire-pour-defendre-israel -par-julien-salingue-nicolas-dot-pouillard-et-catherinesamary_1343645_3232.html


6. http://www. humanite.fr/monde/onu-le-discours-va-t-en-guerre-de-netanyahu-contre-550165


7. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/190913/vingt-ans-apres-oslo-2-pascal-boniface-une-bombe-retardement

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 15:29

«Un diplomate palestinien parlant des négociations avec Israël compare ces ´´négociations´´ de la terre palestinienne au partage d'une pizza. Israël veut qu'on négocie avec elle tout en mangeant pendant ce temps... la pizza»

Un conflit délibérément oublié par les médias occidentaux est celui de la tragédie des Palestiniens. Ce conflit quasi centenaire, qui refait surface au moment où on s'attend le moins. Les Etats-Unis ont pu convaincre Israéliens et Palestiniens de revenir à la table des négociations. Pour négocier quoi? Sur quelles bases? Est-ce en fonction des multiples résolutions pertinentes des Nations unies depuis plus de 60 ans? Il semble que non, que rien n'est acquis et qu'en fait on discutera de la nécessité de prendre en compte la réalité du terrain. On dit que le leader palestinien n'aurait accepté qu'à la condition que la colonisation s'arrête acceptant implicitement le fait accompli qui a vu s'installer près de 500.000 colons dans les territoires occupés. Il n'empêche! A grands renforts de publicité, de caméras, de crépitements de flash et comme pour Annapolis, pratiquement à la même période, la communauté internationale se met à espérer.

On lit sur le Journal Le Monde: «Des pourparlers directs israélo-palestiniens ont repris symboliquement, lundi soir, à Washington autour du repas de rupture du jeûne du Ramadhan, l'iftar, offert par M.Kerry. Les Etats-Unis ont exhorté les deux parties à négocier de ´´bonne foi´´ afin de trouver un ´´compromis raisonnable´´. M.Erakat a salué les efforts du patron de la diplomatie américaine ´´Je suis ravi que toutes les questions soient sur la table [...]. Il est temps pour les Palestiniens d'avoir leur propre Etat souverain´´, a encore dit le dirigeant palestinien. Et Mme Livni s'est elle aussi montrée plutôt optimiste. ´´Je crois que l'histoire ne se fait pas par les cyniques. Elle se fait grâce aux réalistes qui n'ont pas peur de rêver´´, a lancé la ministre. Les Etats-Unis, la Russie, l'Union européenne et les Nations unies ont appelé ensemble Israéliens et Palestiniens à ne pas faire échouer les pourparlers.»(1)

Le journal Le Monde revient sur la position de Israël: «Mais pour le gouvernement israélien, il est exclu de revenir à la ´´ligne verte´´ des frontières de 1967, tout comme il est politiquement difficile de mettre un terme à la colonisation. Soit deux points qui étaient des conditions sine qua none pour l'Autorité palestinienne. Comme l'indiquait Le Monde, samedi, les Américains auraient offert la garantie que les discussions se feraient sur la base des frontières de 1967. Tout comme ils auraient fait accepter à Israël un ´´gel silencieux´´ de la colonisation, à l'exception de certaines zones existantes. Selon l'agence AP, les Palestiniens auraient pour leur part admis que certaines des colonies construites depuis 1967 au-delà de la ligne verte puissent être acquises à Israël en cas d'accord.»(1)

Le rendez-vous est pris pour dans deux semaines entre les négociateurs israéliens et palestiniens, et cette fois au Proche-Orient. Les deux camps ´´se rencontreront en Israël ou dans les territoires palestiniens pour des négociations formelles´´, avec pour ´´objectif´´ de trouver ´´un accord final au cours des neuf prochains mois´´, a déclaré le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, mardi 30 juillet

Pour mener à bien ces négociations, John Kerry a annoncé lundi la nomination de l'ancien ambassadeur en Israël, Martin Indyk comme émissaire spécial. Pour rappel, à l'époque, Martin Indyk ne semblait pas plus croire à la paix aujourd'hui qu'hier... «Interrogé en Janvier 2012 par Ido Benbaji de la radio de l'armée israélienne pour savoir s'il était optimiste quant aux négociations, Indyk a dit qu'il n'était pas «particulièrement optimiste, car je pense que le coeur de la question est que le maximum de concessions que le gouvernement d'Israël serait prêt à faire est bien en deçà des exigences minimales d'un Etat palestinien selon Abou Mazen.» En gros, il sait que les négociations vont dans le mur - mais on ne refuse pas un coup de projecteur qui donne toujours plus d'envergure à l'international et un bon gros chèque...»(2)


La triste et complexe réalité du terrain

Pour le professeur Ilan Pappé, de l'Université de Tel-Aviv, les négociations israélo-palestiniennes ne sont qu'une gesticulation destinée à occuper le temps en empêchant toute initiative palestinienne. Elles ne conduiront nulle part, d'autant que l'opinion publique israélienne a perdu tout contact avec la réalité et ignore désormais la question palestinienne.
Nous l'écoutons: «Je ne crois absolument pas que cette nouvelle tentative nous amène quelque part, tout comme les précédentes, depuis les accords d'Oslo (1983). Parce qu'elle part des mêmes bases selon lesquelles il vaut mieux avoir un processus de paix que ne pas en avoir. Même si ce processus ne produira rien. C'est pourquoi il n'y a aucune impulsion réelle de la part des Israéliens et des États-uniens à faire davantage pour arriver à des résultats concrets.Aucune nouveauté, du fait aussi qu'il n'y a aucune modification de la base dudit «consensus» qui unit les Israéliens quand ils parlent de la Cisjordanie et de la bande de Ghaza». (3)

Le professeur Illan Pappé pense que c'est la pression européenne avec les sanctions d'interdiction d'importation des produits des territoires occupés qui auraient fait plier Israël: «Ces pressions aussi ont convaincu Benjamin Netanyahu qu'il vaut mieux lancer quelque forme de dialogue avec les Palestiniens, pour empêcher que soient adoptées des sanctions contre Israël et ses colonies. Le paradigme est toujours le même, il n'a pas changé et ne changera pas. Et il n'y a aucune raison de penser que ces négociations, en admettant qu'elles se développent dans les semaines qui viennent, puissent amener à quelque solution.»(3)
A une question sur le fait que les Palestiniens seraient tentés de s'adresser aux Nations unies, le professeur déclare: «Israéliens et Étasuniens veulent développer ce que j'appelle le «Plan A» et empêcher qu'on ne réalise un «Plan B». Le «Plan A» prévoit que les entretiens avec les Palestiniens avancent avec un Israël maître de la situation dans les Territoires occupés et libre d'étendre ses colonies, et l'Autorité palestinienne d'Abu Mazen engagée à empêcher le développement de toute forme de résistance, pas seulement armée, à l'occupation militaire. Le «Plan B» par contre est celui où les Palestiniens s'adressent aux autorités internationales pour obtenir la réalisation de leurs droits et demandent que soient sanctionnés l'occupation et les crimes qu'elle commet. Le «Plan B» inclut une Europe plus consciente des droits des Palestiniens, et, peut-être, une nouvelle révolte populaire palestinienne contre l'oppression.
Pour empêcher que démarre le «Plan B», Washington et Tel-Aviv relanceront toujours le «processus de paix», c'est-à-dire le «Plan A», qui est celui du dialogue pour le dialogue sans perspective de solution fondée sur la légalité internationale».(3)

«Je pense poursuit-il, qu'il n'y a pas de différences significatives entre le leadership de 1983 et l'exécutif de Netanyahu. Tous les gouvernements israéliens de 1967 à aujourd'hui (depuis l'occupation des Territoires) ont développé la même stratégie: 1. Jérusalem appartient entièrement à Israël et il n'y aura aucun compromis sur la ville; 2. les réfugiés palestiniens ne rentreront jamais dans leurs villes d'origine; 3. Israël ne peut pas exister sans la Cisjordanie. Le coeur de la politique israélienne était et reste l'idée sioniste que la Cisjordanie est une partie d'Israël, (...) Par exemple, l'annexer entièrement ou la diviser en une zone israélienne et une palestinienne? Concéder ou pas l'autonomie aux Palestiniens? Concéder ou pas un semblant d'indépendance aux Palestiniens en continuant à avoir le contrôle de la souveraineté réelle? Mais ce n'est qu'une tactique. (...) S'il existe une différence entre la direction israélienne des accords d'Oslo et l'actuelle, elle se limite à quelques aspects tactiques. Aujourd'hui, par rapport à 1983, il n'existe plus pour l'opinion publique israélienne un problème palestinien, la question palestinienne est invisible, elle a disparu de tout horizon. Le peuple occupé, tout simplement, a disparu de lesprit de millions d'Israéliens.»(3)

Il semble en fait que les désirs des Palestiniens soient plus terre à terre: «Des sources occidentales affirment à la presse israélienne: les Palestiniens veulent l'autorisation de construire un aéroport avant de venir négocier. (...) Mais il servira aussi de joujou à toute la clique présidentielle qui veut se la jouer «grande nation» en se baladant en Air Palestine 1. Dans les discussions préliminaires, les Palestiniens ont en outre demandé qu'Israël leur permette de chercher du gaz naturel devant les rives de Ghaza dans les eaux territoriales de la bande. Les Palestiniens ont aussi demandé que leur soit accordé plus de visas et permis de travail dans les territoires israéliens. Drôle de paradoxe... Doit-on pleurer ou rire? (4)

Les pressions européennes

L'Union européenne a adopté, mardi 16 juillet, un texte prévoyant d'exclure à partir de 2014 les territoires occupés de sa coopération avec Israël, provoquant la colère de Tel-Aviv, qui y voit un ´´diktat´´ sur ses frontières. Israël vient de prendre des mesures de rétorsion à l'égard de l'Union européenne. De quoi l'UE serait-elle «coupable»? écrit Jurek Kuczkiewicz: «D'avoir décidé que ses programmes de coopération avec l'État hébreu, et donc l'argent européen, ne pouvaient plus financer des projets israéliens situés en territoire palestinien occupé. En dépit de l'occupation, Israël est le pays partenaire de l'UE qui bénéficie du statut le plus privilégié en matière de coopération, notamment économique et scientifique. La décision récente de la Commission européenne n'a pas consisté à couper ces programmes de coopération: elle permettra seulement d'éviter que cet argent ne finance l'occupation.(5)

Malgré cela, la direction palestinienne s'est installée dans les temps morts. Ghaza est plus asphyxiée que jamais. On apprend que les militaires égyptiens ont détruit ou fermé environ 80% des tunnels, vitaux pour l'approvisionnement en nourriture et en carburant et donc pour la survie de la population palestinienne. De plus, l'Union européenne inscrit la branche militaire du Hezbollah islamique libanais dans la liste des «organisations terroristes». Enfin, la nouvelle déléguée américaine auprès des Nations unies, Samantha Power, qui est connue pour sa loyauté au régime sioniste, a dévoilé récemment les efforts déployés par les Etats-Unis pour l'adhésion d'Israël au Conseil de sécurité...


Quelles sont les chances pour que cette fois, cela soit la bonne?

Comme le professeur Illan Pappé, Pierre Haski, cofondateur de Rue 89, fait la même analyse: «Les chances d'un accord de paix israélo-palestinien sont minces. John Kerry, qui a pris la suite d'Hillary Clinton en janvier, en a fait une de ses priorités, (...) il a déjà produit un résultat inespéré: le feu vert des deux parties à une reprise des négociations. Pour autant, il y a une limite à ce que Washington peut imposer à ses alliés israéliens qui disposent de puissants relais aux Etats-Unis, en particulier au Congrès où Benyamin Netanyahu est plus applaudi que Barack Obama lors de ses apparitions... Mais Netanyahu sait aussi que les colons de Cisjordanie sont impopulaires auprès d'une majorité de l'opinion israélienne (..)Mais ne rêvons pas: il y a bien plus de chances que Netanyahu n'ait accepté de reprendre les négociations que pour gagner une fois de plus du temps.» (6)

Parlant des Palestiniens, il écrit qu'ils n'ont aucun atout: «Les Palestiniens ont perdu l'initiative depuis longtemps. Mahmoud Abbas est un Président sérieusement affaibli: il est à la tête d'une moitié de Palestine; il n'a pas de budget digne de ce nom; il est incapable de stopper la progression des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est; il est confronté à la disparition progressive de la question palestinienne alors que le Monde arabe est en pleine crise, entre les soubresauts égyptiens et la guerre de Syrie. L'initiative de John Kerry est pour lui une planche de salut qu'il ne pouvait pas laisser passer. Mais les Palestiniens attendront de pouvoir le juger sur trois critères:1° Les colonies de peuplement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est: combien seront démantelées? Quelles frontières? Celles de 1967 corrigées par des échanges de territoire? Le sort des réfugiés palestiniens: Israël n'acceptera jamais un «droit au retour» mais comment traiter cette question centrale à l'identité palestinienne?»(6)

Conclusion:

Depuis le décès de Arafat, les Palestiniens sont passés de compromis à des compromissions, malheureusement sans lendemain. Même le Hamas a dévoilé sa vraie nature par son allégeance au Qatar, il veut un émirat. Il n'y a plus de feu sacré d'une cause palestinienne. C'est un fait que l'expansion des colonies, y compris à Jérusalem-Est, et l'emprise israélienne sur les Territoires occupés, en violation du droit international, témoignent d'un déni des droits territoriaux palestiniens. Paradoxalement, ce qui reste de territoires est en train d'être colonisé avec de l'immobilier de luxe pour les milliardaires palestiniens de la diaspora. Le petit peuple celui qui souffre celui dont on montre les souffrances, on l’aura compris , n'est pas concerné.

C’est un fait, Israël veut être reconnu mais comme un Etat juif, ce qui signifie que ceux qui ne le sont pas ne pourront y rester et l'on observera dès lors une deuxième nakba qui, cette fois-ci, concernera les Arabes israéliens. Elle ne veut pas aussi du retour des réfugiés qui pourraient désiquilivrer dangereusement l’équilibre démographique. Enfin , pour le statut de Jérusalem, Israël, veut en faire sa capitale éternelle et cela, de son point de vue, ne saurait faire l'objet de négociations.

Pourtant, l'initiative arabe de Riyadh de 2002, torpillée par l'Occident, aurait pu donner à Israël et aux Palestiniens, la possibilité enfin de tourner la page de ce conflit centenaire.
Si par miracle, -La région s'y prête..- il y a accord, je pense que la politique de l'échange de territoires va primer et que les Palestiniens vont accepter que les Israéliens leur rétrocèdent des territoires du côté du désert du Neguev. Même avec cela, il est impossible pour eux d'établir un Etat viable sur un territoire en confettis. Ils tiendront à ce que Jérusalem-Est soit pour eux la capitale. Il est possible aussi de trouver une solution pour les réfugiés, en leur proposant des compensations financières On s'acheminerait vers une solution financière au profit des petits-enfants des Palestiniens expulsés en 1948, d'autant que ces derniers n'auraient pas le même attachement à la terre. Il restera à effectuer un tracé afin que les Palestiniens aient des terres viables avec de l'eau car l'accès à l'eau est un énorme problème dans la région ainsi qu'un débouché sur la mer.

Il reste l'utopie d'un Etat bi-national Des intellectuels palestiniens estiment que la solution à deux Etats n'est plus possible et qu'il faut songer à un Etat binational J'estime que c'est une alternative viable. L'on aurait alors un Etat binational, un Etat de tous les citoyens avec les mêmes droits et les mêmes devoirs quelles que soient leurs nationalités ou leurs confessions.

1. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/07/29/les-discussions-entre-palestiniens-et-israeliens-vont-commencer-sur-des-bases-modestes_3454928_3218.html


2. Amos Lerah http://jssnews.com/2013 /07/31/martin-indyk-ne-semble-pas-plus-croire-a-la-paix-aujourdhui-quhier/


3. Entretien avec Ilan Pappé 29 juillet 2013 http://www.voltairenet.org/article179656.html


4. http://jssnews.com/2013/07/18/un-aeroport-du-gaz-la-mer-morte-voic i-les-pre-conditions-hilarantes-des-palestiniens/


5. Jurek Kuczkiewicz: Israël à l'Europe: payez, puis taisez-vous! Le Soir.7 juillet 2013,


6. Pierre Haski Israël et Palestine vont négocier: quelles chances de succès? Rue 89 21. 07.2013

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 08:13

 

 

«Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive!»

 

(Evangile selon saint Luc)

 

  15 mai 1948, une étape importante dans la chaîne des malheurs des Palestiniens. Ce jour-là, des autochtones qui vivaient là depuis la nuit des temps furent brutalement considérés par le fer et par le feu comme des apatrides. Les Nations unies, par la reconnaissance quelques jours plus tôt de l'Etat d'Israël, venaient de livrer du même coup des hommes, des enfants, des femmes pour l'immense majorité sans défense, aux mains d'une organisation terroriste qui mit en oeuvre une épuration ethnique au nom de la religion. Il fallait une Terre pour un peuple sans Terre au nom de la Bible. Bien plus tard, le président Yitzhak Rabin  l’homme qui  a combattu durement les Palestiniens  mais qui aurait pu faire  la paix, s’il n’avait pas été assassiné, affirmait, à juste titre, que «la Bible n'était pas un cadastre!»


Tout est parti du plan Daleth

 

En novembre 1947, au moment du vote du plan de partage, la Palestine mandataire compte environ 600.000 juifs pour 1.200.000 Arabes. David Ben Gourion a confié à Yigaël Yadin le soin d'étudier un plan militaire permettant de préparer le Yichouv à l'intervention annoncée des États arabes. Comment bouter les Arabes du maximum de terres pour l'espace vital juif? Il s'agit du plan Daleth qui est mis en application dès le début du mois d'avril.
Le plan Daleth ou plan D, est le plan établi par la Haganah en mars 1948 pendant la guerre de Palestine de 1948. Il fut rédigé par Israël Ber et Moshe Pasternak, sous la supervision de Yigal Yadin, chef des opérations de la Haganah. Ilan Pappé y voit un plan mis au point par les sionistes pour spolier les Arabes palestiniens de leur terre en les chassant de leur terre.» (1)

  Dans un article intitulé «Plan Daleth: Master Plan for the Conquest of Palestine», Walid Khalidi présente, lui aussi, le plan comme une ligne de conduite donnée à la Haganah pour l'expulsion des villages palestiniens. Il tire ses conclusions de plusieurs éléments du contexte liés au sionisme et à la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire en donnant l'argumentaire suivant:

1° Les sionistes étaient confrontés à un problème territorial en tant que mouvement nationaliste sans territoire sous son contrôle;

 

2° Le transfert de la population arabe hors de Palestine était dans leur esprit depuis Théodore Herzl. Les sionistes ne pouvaient accepter de ne posséder qu'une faible proportion des terres cultivables dans la partie accordée à l'État juif par le plan de partition (1.500.000 de dounams cultivables seulement sur les 7.500.000 cultivables et les 13.000.000 de la surface totale);

 

3°L'État juif tel que défini par le plan de partage était peuplé d'autant de juifs que d'Arabes; les sionistes étaient conscients de leur puissance [militaire].

 

4°La défaite arabe palestinienne ne pouvait être effective que si les Arabes étaient «délogés», étant donné que malgré la «surpuissance» des juifs, les Arabes étaient in situ; le plan sioniste devait être implémenté avant le 15 mai 1948, date à laquelle on pouvait s'attendre à ce que les armées régulières arabes interviennent pour respecter le statu quo en Palestine».(2)

 

«En avril 1948, lit-on sur l'encyclopédie Wikipédia, la guerre entre dans une deuxième phase avec le passage de la Haganah à l'offensive. le 9 avril, des troupes de l'Irgoun et du Lehi perpètrent un massacre à Deir Yassin qui a un impact important sur la population palestinienne. Le 14 mai 1948 à minuit, le mandat britannique sur la Palestine s'achève officiellement. L'État d'Israël a été proclamé dans la journée sur une partie du territoire. Tandis que l'ONU propose d'autres plans de partage, les Israéliens lancent de juillet 1948 à mars 1949 une série d'opérations militaires entrecoupées de cessez-le-feu, prenant le contrôle de toute la Galilée, du sud-ouest de la Samarie de la majeure partie de la zone côtière, de l'ouest de la Judée jusqu'au secteur de Jérusalem, et enfin du Néguev. Durant la période du 15 mai 1948 à la mi-avril 1949, plus de 350.000 Palestiniens (sur les 750.000 de l'ensemble de l'exode palestinien) prennent la route de l'exode, fuyant les combats ou expulsés des zones contrôlées ou conquises par Israël.»



La Nekba: un nettoyage ethnique

 

Rappelons que la résolution 194 de l'ONU dispose que «les réfugiés qui désirent rentrer dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins devraient y être autorisés le plus vite possible». Tous les gouvernements israéliens se sont opposés à l'application du droit au retour, au nom du caractère juif de l'Etat. Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, les juifs de l'Irgoun appuyé par le groupe Stern se retournent contre les Anglais, en réaction contre l'interdiction de l'immigration des juifs en Terre d'Israël; le 22 juillet 1946, un attentat terroriste de l'Irgoun contre l'hôtel King David, centre de l'administration britannique à Jérusalem, fait 92 morts. L'Angleterre ne traite pas de la même façon les Palestiniens qu'elle a matés et les Israéliens qui l'attaquent. Selon Henry Laurens, il n'est pas possible pour eux d'utiliser contre des Blancs occidentaux, et de surcroît contre des juifs après la Shoah, des méthodes utilisées contre des indigènes. Devant leur incapacité à concilier les points de vue arabe et sioniste, face aux coups reçus et aux trop nombreuses pertes, ils décident de mettre un terme à leur mandat et de remettre la «question de la Palestine» à l'ONU.

 

Dans son ouvrage courageux «Le Nettoyage ethnique de la Palestine», l'historien israélien, Ilan Pappé, professeur à l'Université de Haïfa, que les sionistes considèrent comme un «juif honteux», démolit le mythe selon lequel les Arabes auraient attaqué Israël au moment de sa fondation. En fait, le nettoyage ethnique de la population palestinienne (massacres, terreur et expulsions forcées à grande échelle) était prévu dès la première heure. Le nettoyage ethnique commença - de manière un peu désorganisée - dès les premiers jours de décembre 1947, quelques jours à peine après le vote de l'ONU et trois mois avant l'adoption du plan Daleth. Quant aux méthodes utilisées par les sionistes à cette époque, Ilan Pappé montre qu'elles étaient déjà ce qu'elles sont aujourd'hui: cynisme et chutzpah, mensonges permanents, (...) crimes de guerre et crimes contre l'humanité.(...) Dès le départ, l'armée «la plus morale de tous les temps», s'est distinguée par sa brutalité, son sadisme et sa cupidité: pillages, destructions systématiques, viols, exactions en tous genres, assassinats».» (1)

 

La Nekba n'est pas tombée du ciel, elle a été minutieusement préparée. Dès juin 1938, Ben Gourion déclare devant l'Exécutif de l'Agence juive: «Je suis pour le transfert forcé [l'expulsion des Arabes palestiniens]. Je ne vois rien là d'immoral.» Dix ans plus tard, le 24 mai 1948, il écrit dans son Journal: «Nous allons créer un Etat chrétien au Liban, dont la frontière sud sera le Litani. Nous allons briser la Transjordanie, bombarder Amman et détruire son armée, et alors la Syrie tombera. Après quoi, si l'Egypte veut continuer à se battre, nous bombarderons Port Saïd, Alexandrie et Le Caire. Ce sera notre vengeance pour ce que les Egyptiens, les Araméens et les Assyriens ont fait à nos aïeux à l'époque biblique. Indépendamment du fait que la prétendue oppression des juifs par les Egyptiens, les Araméens et les Assyriens est dénuée de tout fondement historique, et que les ancêtres du «père» de l'Etat juif étaient très probablement des Khazars sans le moindre lien avec la Palestine.» (1)



Massacre de masse et racisme, conséquences de la Nekba

 

Parmi les architectes du nettoyage ethnique par le fer et par le feu, «Menahem Begin se distingue pendant cette guerre en massacrant avec d'autres tueurs de l'Irgoun, 240 civils à Deir Yassine (le 9 avril 1948, cinq semaines avant la proclamation de l'Etat d'Israël). 200 villageois assassinés par la Haganah, l'armée régulière, huit jours après la proclamation de l'Etat juif. Ce massacre, plus tabou encore que celui de Deir Yassine, a été «révélé» en 2000 par Teddy Katz, de l'Université de Haïfa. A Dawaimeh, le pire de tous les massacres israéliens, plus de 450 civils palestiniens ont perdu la vie en octobre 1948. Ilan Pappé écrit à ce propos: «Les soldats juifs qui ont pris part au massacre ont rapporté les horreurs: bébés au crâne fracassé, femmes violées ou brûlées vives dans les maisons, hommes poignardés..» Quant aux Britanniques, ils ont laissé faire. Ilan Pappé parle de «passivité complice»».

 

A propos du massacre de Deir Yassin, le grand physicien Albert Einstein, juif de confession, s'était toujours élevé contre la politique des organisations sionistes et terroristes. Il écrit le 10 avril 1948, à M.Shepard Rifkin, directeur exécutif des amis Américains des combattants pour l'indépendance d'Israël: «Cher monsieur, quand une véritable catastrophe finale s'abattra sur la Palestine, le premier responsable en sera le gouvernement britannique et les seconds responsables seront les organisations terroristes qui émanent de nos rangs. Je ne veux voir personne associé avec ces gens égarés et criminels.» (3)

 

Après Deir Yassine, il y eut Kibya, il y eut Jenine. Il y eut Ghaza. La sociologue Ester Benbassa écrit: «Comment des juifs, dont les parents ont vécu la persécution, la souffrance, peuvent-ils tolérer qu'un autre peuple, les Palestiniens, connaisse un sort similaire? Je ne veux pas non plus être juive et approuver cette guerre immorale que mène Israël.» (4)

 

On sait que les crimes de masse d'Israël ont précédé l'existence et depuis 1947, date du vote de l'ONU du partage de la Palestine, l'Etat d'Israël n'a cessé de continuer à tuer, de violer, d'incendier, à accaparer les terres des Palestiniens, de détourner les eaux des pays voisins, en un mot, de terroriser le Moyen-Orient sous l'oeil complice, voire impuissant de l'Occident. Jénine nom mythique eut son calvaire. Jénine est une ville de Cisjordanie et un important centre agricole palestinien. L'assaut contre le camp de réfugiés de Jénine, considéré alors par les Israéliens comme une pépinière de kamikazes, dura du 3 au 11 avril 2002, dans le cadre de l'opération «Rempart».

 

Le journaliste Amnon Kapeliouk fait parler un militaire participant au carnage. Ce dernier décrit sans état d'âme son rôle dans l'armée la plus morale au monde: «Un pilote de l'escadrille, le lieutenant-colonel Sh., raconte: «Notre escadrille a lancé pendant tous les jours de combat une quantité énorme de missiles à l'intérieur du camp des réfugiés. Des centaines de missiles. Toute l'escadrille fut mobilisée pour ces opérations, y compris des réservistes. (...) Pendant les combats, il y avait toujours au-dessus de Jénine deux Cobra prêts à lancer un missile vers la maison indiquée par le QG en bas (...). Les ´´combattants volants´´ ne jureront pas que leurs missiles n'ont pas touché des civils. (...) Ce n'est pas difficile d'imaginer ce qui se passe à l'intérieur des maisons après tout ce qu'on a tiré dessus, dit un réserviste qui requiert l'anonymat. (...) Pendant le couvre-feu, il y avait des ´´patrouilles violentes´´. Un char ´´galopait´´ dans les rues désertes, écrasait tout ce qu'il trouvait sur son chemin et ouvrait le feu sur ceux qui violaient le couvre-feu. (...) Une nuit, j'ai monté la garde (dans un appartement dans lequel nous nous étions installés). Toute la nuit, j'ai entendu une petite fille qui pleurait. Là-bas, il s'est produit une déshumanisation. Certes, nous avons subi un feu nourri, mais, en revanche, nous avons effacé une ville.» (5)

 

«Il y a 65 ans, écrit Salah Hamouri, (...) Ce jour-là, où plusieurs centaines d'enfants ont été tués de sang-froid, plusieurs centaines de femmes se sont fait violer, et des centaines de villages ont été complètement détruits, ce jour-là, une nouvelle page de l'histoire d'un peuple qui est devenu réfugié dans les camps a commencé à s'écrire. Au cours de cette guerre, les milices sionistes ont commis des crimes contre l'Humanité, sous l'observation et le soutien de la communauté internationale. (...) 65 ans après, la colonisation continue de confisquer notre terre, pour poursuivre le projet qui vise à déraciner le reste de notre peuple. (...) Aujourd'hui, après tout ce que nous avons vécu pendant ces années d'occupation, notre peuple est de plus en plus convaincu que ses droits à l'indépendance, la liberté et au retour ne tombent pas dans l'oubli. (....) Enfin, en ce jour, les martyrs nous rappellent depuis leurs tombes qu'il ne faut jamais oublier leur sang qui a arrosé la terre de la Palestine et qu'il faut surtout continuer leur chemin de lutte et de résistance jusqu'à ce que nous arrachions notre droit, pour vivre libres comme tous les peuples autour du monde.»(6)

 

L'épuration ethnique actuelle, la colonisation à marche forcée, la Loi du retour, qui font qu'un juif du bout du monde a le droit de retour en Israël comme cela est permis aux juifs d'Europe centrale, aux Falashas et même aux juifs chinois qui ont fait leur alya!: Leur montée vers Israël» Cependant, on note tout de même une discrimination même parmi les juifs (7)

 

La volonté israélienne de faire d'Israël un Etat juif va, par la force des choses, amener les Arabes Israéliens à quitter leur pays. Ce sera l'accomplissement définitif de la Nekba. L'avenir des Palestiniens est plus que jamais sombre. Le fait accompli commence à être reconnu comme irréversible. Malgré des protestations comme celle du célèbre astrophysicien britannique Stephen Hawking qui a boycotté une conférence en Israël, les Palestiniens continueront à vivre dans la peur et le déni de dignité. Les arbalètes du Hamas sont plus des sursauts de dignité qu'une réelle puissance. Les Etats-Unis se sont retirés. Les Arabes s'étripent et Israël tourne le dos au droit international et à la dignité humaine. Pourtant, on se prend à rêver de la paix sur cette Palestine, terre cananéenne, qui a vu naitre une même souche: les Cananéens. Certains d'entre eux se disent investis d'une mission divine qui fait d'eux un peuple élu qui a reçu une Terre de Dieu. L'historien Schlomo Sand dans son ouvrage: «Comment le peuple juif fut inventé» et deux autres auteurs israéliens, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, ont montré justement que nous avons affaire à un même peuple: les Cananéens.» «Il n'existe aucune preuve, écrivent-ils, d'une invasion de Canâan par les enfants d'Israël commandés par Josué.. L'archéologie révèle que les habitants de ces villages n'étaient autres que les peuplades indigènes de Canâan qui, petit à petit, ont fini par développer une identité ethnique que l'on peut qualifier d'israélite.» (8)

 

En définitive, seul un Etat de tous les citoyens avec une égale dignité permettra le retour de la paix dans cette région du monde qui a vu l'avènement du monothéisme.



1. Ilan Pappé: Le nettoyage ethnique de la Palestine Arthème Fayard 2008


2. Walid Khalidi, Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine, Journal of Palestine Studies, Vol.18, No1, Special Issue: Palestine 1948. Automn 1988, pp4-33.

 

3. http://www.alterinfo.net/Einstein-et-Bricmont-sur-l-imposture-sioniste

 

4. Ian Hamel: Le cri de colère d'Esther Benbassa. Site Oumma.com 17 novembre 2009


5.Amnon Kapeliouk http://www.monde-diplomatique.fr/2002/05/KAPELIOUK/16488 mai 2002

6.Salah Hamouri. Nakba: il y a 65 ans  http.www.france palestine. org/Nekba
7.http://www.chineinformations.com/guide/les-chinois-en-israel_2503.html

 

8.Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman: La Bible dévoilée p.157.Ed Gallimard 2010.

 

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Repost 0
vérité et tolérance - dans Problème palestinien
commenter cet article