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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 20:09

«Un tout petit caillou peut briser une grande jarre.»

Proverbe chinois

Les attentats de Paris ont une fois de plus révulsé la conscience humaine. Justement, par humanité, il nous faut parler de la détresse de tous ceux et celles qui ont été traumatisés par ces attentats et qui ont perdu un proche. Il n'y a pas à mon sens de hiérarchie dans la douleur ou de singularité d'un pays par rapport à un autre; L'Algérie, qui pendant dix ans, s'égosillait à perdre haleine pour dire que c'est une idéologie mortifère, était bien seule. 200.000 morts plus tard, il se trouve encore des gens qui parlaient de «Qui-tu-qui?» comme l'a d'ailleurs rappelé dans une caricature décapante Dilem, interprétant à sa façon les massacres qui ont eu lieu. Massacres qui ne sont pas, on l'aura compris, une singularité. La veille des attentats de Paris jeudi 12 novembre, 43 vies étaient fauchées à Beyrouth. Plus avant, le 1er novembre, 224 personnes perdaient la vie au Sinaï. Avant-hier encore, à Bamako 22 personnes étaient tuées.

«Et nous?» Ces deux mots résument la réaction de nombreux habitants du Monde arabe face à l'émotion planétaire suscitée par les tueries de Paris. Les Libanais ont raison de souligner cela et c'est aussi cette différence très choquante de traitement qui fait le lit du terrorisme. Toute personne devrait être considérée, quelle que soit sa nationalité. Le monde est beaucoup trop inégalitaire; et ces inégalités constituent une forme de violence économique, sociale, politique, qui ne peut qu'engendrer elle-même la violence.» (1)


La politique étrangère ambiguë de la France

C'est un fait, la politique étrangère de la France a perdu sa ligne directrice. Il fut une époque où le général de Gaulle, nationaliste de la première heure, avait toujours refusé de se mettre à la fois sous la coupe américaine de l'Otan, mais aussi de celle de la finance. La politique de la France aurait-il dit, ne se décide pas à la corbeille. Cette politique fut graduellement détricotée par Giscard d'Estaing et Mitterrand qui, sans état d'âme, s'aligna sur la position belliciste de George Bush I. Jérôme Henriques dénonçant la manipulation de ces évènements tragiques nous en parle:

«Presque un an après les attentats de Charlie hebdo, c'est reparti pour un tour d'hystérie collective. Entre les tartufferies médiatico-politiques (´´on a atteint des sommets dans l'horreur´´, ´´une porte s'est ouverte sur l'enfer´´...) et l'idiotie collective (´´ça y est c'est la guerre´´, ´´même pas peur´´, ´´la France a été touchée parce que c'est le pays des droits de l'homme´´...), beaucoup devraient redescendre sur terre et essayer de s'imposer un minimum de réflexion et d'honnêteté (...) Alors que la politique d'ingérence occidentale s'est révélée mortifère en Afghanistan, en Irak ou encore en Libye (repli ethnique ou confessionnel, affrontements civils, règne des bandes armées, nouveaux foyers de terrorisme), la France est depuis 2011 le pays le plus va-t-en-guerre contre le régime syrien. Bachar el Assad est certes un dictateur, mais depuis quand les dictateurs dérangent nos gouvernants? (...) Depuis peu, la France a fait de Daesh son pire ennemi; pourtant, il n'y a pas si longtemps, notre ministre des Affaires étrangères se félicitait des progrès en Syrie d'un autre grand mouvement djihadiste: ´´Al Nosra (filiale d'Al Qaîda, ndlr) fait du bon boulot´´. N'est-ce pas le signe d'une politique étrangère absurde? C'est ce que les récents attentats djihadistes (qui ont visé tour à tour la Russie, le Hezbollah libanais et la France) semblent indiquer... (...) Que s'est-il passé en Libye? En voulant armer les rebelles, on a surtout armé les djihadistes et donc participé à l'essor du terrorisme international. Et qu'a-t-on fait en Syrie? La même chose. (...) En partant en guerre contre Daesh, la France a donc joué les pompiers pyromanes.» (2)


La culpabilisation ad vitam aeternam des Français musulmans

Dans cette atmosphère de guerre que deviennent les Français de confession musulmane fidèles ou pas et plus largement les Français d'origine maghrébine? L'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman évoque 24 actes d'islamophobie enregistrés depuis le 13. La tentation du «C'est pas moi, c'est pas nous» est une injonction verbale. Le Français musulman doit chaque fois se justifier et faire acte de contrition. Le sociologue Pierre Tevanian nous parle de ces «haut-parleurs» qui intiment l'ordre aux Musulmans de combattre les terroristes. Il écrit en citant Abdennour Bidar, un des haut-parleurs: «En ouverture d'une tribune publiée ce vendredi 20 novembre 2015 dans Le Figaro et «plusieurs quotidiens de toute l'Europe», vous nous mettez en garde à juste titre contre «le piège que tend l'Etat Islamique» (...). Une fois posée cette salutaire pétition de principe, on aurait attendu des arguments, (...). » (3)

« C'est pourtant tout autre chose qui se produit. Non seulement cette pensée manque, mais la suite de votre tribune s'empresse de désigner un coupable unique - geste peu philosophique me semble-t-il, mais pourquoi pas. Ce qui est grave, c'est plutôt que ledit coupable se trouve être la masse de... «nos concitoyens musulmans»! Je vous cite: «Au bord de ce péril, les réactions des musulmans eux-mêmes qui expriment leur dénonciation de Daesh sont nécessaires et salutaires, indispensables pour faire diminuer la suspicion à l'égard de l'islam. Mais c'est insuffisant. (...) les musulmans du monde entier doivent passer du réflexe de l'autodéfense à la responsabilité de l'autocritique. Car comme le dit le proverbe français, «le ver est dans le fruit»: ce n'est pas seulement le terrorisme djihadiste qui nous envoie de mauvais signaux en provenance de cette civilisation et culture musulmanes, mais l'état général de celle-ci».»(3)

Pierre Tevanian s'insurge, ensuite, contre cette culpabilisation stucturelle des musulmans : «Il vous suffit d'affirmer, que c'est toute une «culture», toute une «civilisation», donc un milliard et demi de fidèles dans le monde, qui doivent pratiquer l'autocritique, qui sont donc impliqués, représentés, par les agissements de quelques dizaines de tueurs ici, et quelques milliers à l'extérieur. (...) Et je ne sais pas si vous êtes le ver ou le fruit, Monsieur Bidar, mais ce que vous faites là, dans ce contexte de crise, de chocs, de peurs exacerbées, est proprement ignoble.» (3)


Les causes véritables de ce chaos

Le terrorisme est une plaie qu'il faut contenir. Mais au lieu de s'épuiser à lutter contre les conséquences, il serait bon d'en recenser les racines afin d'y trouver les vraies solutions Dans cet ordre, le contre-amiral Claude Gaucherand écrit: «L'islamisme, voilà l'ennemi!». Cela ne vous rappelle rien? En plein ordre moral triomphant, Gambetta, l'homme qui avait quitté en montgolfière la Commune de Paris assiégée par les Versaillais pour organiser la résistance en province, déclarait ainsi la guerre au cléricalisme. Les hommes politiques de cette trempe, ça n'a plus cours aujourd'hui.»(4)

«Dommage! Oui, aujourd'hui c'est sûr l'islamisme est l'ennemi. Mais la question se pose de savoir si c'est l'unique ennemi. 1991, première guerre d'Irak pays en voie de grand développement, arabe, mais laïque. Une formidable coalition conduite par Washington avec tout l'Occident, comme on dit et les grandes démocraties d'Arabie saoudite et autres principautés richissimes et sunnites du golfe arabo-persique. La France du socialiste et humaniste Mitterrand ne manque pas à l'appel. L'Irak ramené à l'âge de pierre, proclame le protestant et grand démocrate James Baker en juin de la même année. L'âge de pierre pour le pays héritier d'une des plus anciennes civilisations. 500 000 enfants irakiens morts? Le prix à payer selon Madeleine Albright en 1995.» 2002: l'Otan sous la conduite des Etats-Unis fonce sur l'Afghanistan pour une guerre de dix ans et plus. La France de Chirac ne s'y presse pas. Enfin pas tout de suite, mais un peu plus tard oui, en particulier avec Sarkozy. Les Soviétiques s'y étaient cassé le nez. Ce ne sera guère mieux avec l'Otan.» (4)

«2003: la deuxième guerre d'Irak avec les «démocraties» rassemblées sous la bannière étoilée pour mettre enfin l'Irak à l'heure du paradis occidental et démocratique. Triomphe que l'on connaît bien. La France de Chirac et de Villepin, refuse de s'y rendre. Le monde, celui des pays du tiers et des non-alignés dit son admiration, Le mensonge des armes de destruction massive propagé par Washington et Londres est dénoncé. 2010: Sarkozy président, Londres et Paris s'unissent pour semer le chaos en Libye et faire assassiner dans des conditions pornographiques le président Kadhafi. 2012: après Sarkozy va-t-en-guerre voilà Hollande et son ministre des Affaires étrangères, Fabius dont l'obsession est la destitution d'un chef d'Etat légitime et la guerre à un Etat membre de l'ONU ».

« La Syrie, poursuit le contre-amiral Claude Gaucherand, est à son tour dans le chaos, attaquée par Al Qaîda, l'Etat islamique et quelques autres entités baptisées opposition forcément démocratique (..;) Al Qaîda, le Daesh, ce sont ses enfants nourris aux pétrodollars du Qatar et de l'Arabie saoudite et armés par eux par délégation de Washington. Quel est dans tout cela le rôle joué par Israël? De façon directe et indirecte. Alors une France qui en bon valet s'engage sur tous les fronts de l'atlantisme, une France faible ou affaiblie, une France laïque aussi, cela fait une belle cible pour l'islamisme, la face sombre de l'islam que la stratégie du chaos a fait ressurgir au sein de ces peuples humiliés, combattus à coups de bombes, ramenés à l'âge de pierre, avec une économie ravagée et un développement forcément négatif, soumis à une guerre de religion où les attentats ô combien meurtriers sont quotidiens et ne réveillent plus l'émotion dans le monde depuis longtemps.» (4)

«Alors oui, l'islamisme, voilà l'ennemi! Conclut le contre-amiral Claude Gaucherand, Il est là, ressuscité par le chaos, dangereux, assassin et bien sûr nous n'avons d'autre choix que de le combattre avec fermeté avec toutes les armes dont nous disposons pour ce faire et une volonté clairement affichée. Mais je ne peux m'empêcher de penser que l'atlantisme pour nous Français, c'est aussi l'ennemi, Celui dont la politique s'appuyant sur une stratégie limpide et délibérément choisie est celle du chaos. (...) A semer le vent, l'atlantisme de nos dirigeants, atlantisme de conviction ou de circonstance, récolte aujourd'hui la tempête sur le sol de France.» (4)


Le boomerang syrien

C'est par ces mots que le rédacteur de la Chronique du Grand jeu qualifie la situation actuelle qui a totalement redessiné les rôles: Ecoutons le : nous décrire les conséquences avec feefback de la démolition occidentale de la Syrie «(...) Les quelques dizaines d'avions envoyés par Moscou ont bouleversé la donne diplomatique moyen-orientale. Rarement aura-t-on fait autant avec aussi peu... L'Iran est plus proche que jamais de la Russie, l'Irak (à qui Moscou fournit d'ailleurs de plus en plus d'armes) et l'Afghanistan veulent eux aussi monter dans le train, la Jordanie commence à lancer des oeillades appuyées, le Koweït se dit en parfait accord sur le dossier syrien, la France du néo-conservateur Hollande se rallie. Au sein même des élites dirigeantes de l'Empire, l'amoureuse politique envers les salafistes crée un malaise; ainsi, l'ancien directeur de la CIA va jusqu'à préconiser une alliance (temporaire, ne rêvons pas) avec Damas et Moscou après les attentats de Paris.»(5)

«Quant aux promoteurs de Daesh, ils doivent, poursuitl’auteur, pour l'instant faire contre mauvaise fortune bon coeur. (...) Ankara ne peut pas se permettre d'aller trop loin et Erdogan le sait bien. (...) Et l'on apprend maintenant que finalement, oui après tout, le Turk Stream risque bien de voir le jour alors que Gazprom n'en a d'ailleurs plus vraiment besoin depuis le doublement du Nord Stream. (...) Les difficultés des grassouillets cheikhs saoudiens sont d'un autre ordre. (...) Mais les Séoud se sont engagés dans une voie bien périlleuse et ont perdu leur gambit pétrolier sans avoir avancé d'un iota en Syrie. Leurs alliés pétromonarchiques du Golfe commencent à trouver le temps plus que long, Oman ne mâchant pas ses mots à propos du comportement «irresponsable» de Riyad quant au prix du pétrole. Pire, la politique saoudienne ne marche pas: (....) »(5)

« Avec la Russie (1ères réserves de gaz au monde et 5èmes de pétrole), l'Iran (2èmes réserves de gaz et 3èmes de pétrole) et l'Irak (4èmes de pétrole), l'Asie, locomotive de l'économie mondiale, n'a plus besoin d'autres sources. Mais revenons à nos chameaux... Non seulement les Séoud voient avec horreur et incrédulité la Syrie leur échapper, mais ils ne savent plus comment sortir du fiasco yéménite. (...) Al Qaîda et Daesh contrôlent de fait des pans entiers de territoire et font à peu près ce qu'ils veulent à Aden. (...)... Le Yémen est bien parti pour être une zone de non-droit pendant de longues années, un abcès durable sur le flanc des Ben Séoud (...)»(5)


Que deviendront les déchus de leurs nationalités?

Dans son discours le président Hollande parle de la déchéance de la nationalité. Cette épée de Damocles qui est au dessus de tous les mélanodermes et les maghrébins à savoir qu’ils ne seront jamais d’après cette réthorique des Français comme les autres combien ils en seraient pour certains à la quatrième voire à la cinquième génération pour ceux dont les aïeux ont donné leur sang au Chemin des Dames pendant la première guerre mondiale.

Dans ce cadre, la présidente de la Ligue française des droits de l'homme, Françoise Dumont, ne cache pas son pessimisme quant à l'adoption sans aucune opposition des mesures de renforcement de la déchéance de nationalité pour les binationaux impliqués dans des affaires liées au terrorisme, et elle s'interroge sur l'attitude des pays qui vont devoir accueillir ces ´´déchus´´ de la nationalité française.: «(...) Prenons l'exemple d'un Franco-Algérien. Quand on le déchoit de sa nationalité française pour une affaire liée au terrorisme, il lui reste la nationalité algérienne. Mais, du moment qu'il a commis des délits, il ne peut être ni régularisé ni expulsé car, ce n'est pas évident que l'Algérie accepte de l'accueillir à bras ouverts Et, même si elle dit oui, il y a de fortes chances que cela ne soit pas le ´´Club Med´´ pour lui et on peut même l'exposer au danger. En fait, les Français ne savent pas trop quoi faire de quelqu'un déchu de sa nationalité. (...) Le problème n'est pas aussi simple qu'on le présente. Excusez-moi pour l'expression, mais qu'est-ce qu'on en fait? On dit aux Algériens, on a un cadeau pour vous, on vous l'envoie, venez le récupérer à l'aéroport?» (6)

De mon point de vue, le grand problème des Arabes est qu'ils ont des dirigeants où l'alternance se fait par l'émeute ou par Darwin. Il n'y a pas de passage de témoin serein. Les dirigeants ne sont pas à la hauteur des peuples. L'Occident dans son ensemble y trouve son compte en adoubant des potentats tortionnaires de leur peuple, mais bien vus par les pays occidentaux. La démocratie aéroportée a fait long feu c'est l'une des conséquences du Pnac (Program for New American Century). Le Mepi qui a pour ambition de reshaper le Moyen-Orient a pour ambition ultime de perpétuer l'Empire et mettre en place de Nouveaux accords Sykes-Picot de 1916.

Pour ce qui est de laGrande-Bretagne, et de la France. qui acceptent, par leur alignement inconditionnel , d’être les vassaux de l’Empire, ils récoltent les miettes. L'irruption douce de la Chine et hard de la Russie est en train de bouleverser tous les calculs. Plus rien ne sera comme avant. Le monde sera multipolaire ou ne sera pas. Le balancier du monde est définitivement passé du côté de l'Asie. Quant aux derniers soubresauts de la «vieille Europe» dixit Donald Rumsfeld. Elle a fait le choix de la défaite. Son magistère moral est en train de disparaître au profit d'un sauve qui peut et de derniers soubresauts colonialistes au fur et à mesure que les Sud épuisés n'ont plus rien à offrir aux «saigneurs» du néolibéralisme.

1. http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/16/pour-les-libanais-on-ne-cree-pas-de-bouton-sur-facebook_4810982_4809495.html #M4eFTbSQXD5T67tM.99


2.Jérôme Henriques http://www.mondialisation. ca/la-france-pompier-pyromane/5489788


3.Pierre Tevanian 20 novembre 2015 http://lmsi.net/Le-ver-et-le-fruit


4. Gilles Munier http://www.france-irak-actualite.com/2015/11/qui-seme-le-vent.html utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail


5. http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/11/le-boomerang-syrien.html?utm_source=_ ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail


6. ´´Et les déchus, on en fait quoi?´´ http://www.liberte-algerie.com/actualite/et-les-dechus-on-en-fait-quoi-236832

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_

chitour/230112-chaos-et-boomerang.html

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans monde en devenir
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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 13:32

«L'Angleterre n'a pas d'amis ou d'ennemis, elle n'a que des intérêts permanents.»

Winston Churchill

Une information passée inaperçue. La Chine a proposé la création d'une Banque (l'AIIB), l'Asian Infrastructure Investment Bank, Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII) dotée d'un capital initial de 100 milliards de dollars, elle a pour objectif celui de répondre aux besoins croissants d'infrastructures (transports, barrages, ports, etc) de la région asiatique. Créée en 2014 sur l'initiative de la Chine, elle est destinée à financer les projets d'infrastructures dans la région Asie-Pacifique.

La Russie participera à la fondation de la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB), a annoncé samedi 29 mars à Bo'ao, en Chine, le premier vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov. L'AIIB sera dotée d'un capital de 100 milliards de dollars Elle vient surtout concurrencer la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement (BAD), deux organisations contrôlées par les Occidentaux, qui en détiennent les principales parts de vote et les postes clés. Traditionnellement, la Banque mondiale est dirigée par un Américain, le FMI par un Européen, la BAD par un Japonais.


Les conséquences d'un système financier en bout de course

On est en droit de s'interroger sur le pourquoi de cette initiative mal vue, on le comprend, par les Etats-Unis. Pour rappel, les accords de Bretton Woods sont des accords économiques ayant dessiné les grandes lignes du système financier international en 1944. Ils furent signés le 22 juillet 1944 à Bretton Woods. Le système monétaire mondial est organisé autour du dollar américain, mais avec un rattachement nominal à l'or. Les Etats-Unis étant les seuls habilités à faire marcher la planche à billets...Et il y a bien longtemps que la quantité d'or n'a plus d'équivalent avec la masse de dollar papier. On sait que tous les pays du monde détiennent des réserves de changes majoritairement libellées en dollars. Une «ruine de l'Amérique, et du dollar, signifierait une ruine du monde.

Le système bancaire en bref

Pour avoir une idée du fonctionnement du système actuel qui génère une financiarisation lisons cette contribution qui en explique le mécanisme et ses perversions: «Le système bancaire actuel fonctionne selon un principe très simple. Celui qui veut emprunter de l'argent promet au banquier qu'il remboursera et sur cette promesse le banquier lui crée un avoir. Sur cela l'emprunteur doit des intérêts. La Banque centrale européenne (BCE) oblige les banques d'avoir 2 centimes en réserve pour chaque euro qu'elles doivent à leurs clients. Nos avoirs bancaires sont maintenant couverts pour quelques pourcentages d'argent réel, le reste de l'argent n'existe pas. Nous n'avons donc pas d'argent à la banque, mais un avoir de la banque, une promesse du banquier, qu'il nous donnera du vrai argent en échange si nous lui demandons. Les banques empruntent le vrai argent de la BCE. C'est l'argent dans notre porte-monnaie. Le vrai argent est également utilisé sous forme électronique dans les paiements entre banques. Dans le trafic de paiements interbancaires quotidien, les banques annulent les montants qu'elles se doivent mutuellement et le soir elles ne se paient que les différences. Ainsi, avec un tout petit peu d'argent les banques, entre elles, peuvent payer des millions.» (1)

«Dans l'argent'' en circulation, les prêts s'entassent toujours plus... Les intérêts pour les épargnants sont payés par les emprunteurs. Ces intérêts aussi portent des intérêts. A 3% d'intérêts l'épargne double en 24 ans, à 4% en 18 ans. Donc les riches deviennent de plus en plus rapidement plus riches. Aujourd'hui 10% des Européens les plus riches détiennent 90% des richesses. La masse de pseudo-argent ne cesse de croître. Aux alentours de 1970 elle avait atteint le stade où les avoirs dépassent le Produit intérieur brut. Cela menait au développement d'un secteur financier, où l'on gagne l'argent avec l'argent, c'est-à-dire avec des intérêts et en soufflant des bulles à la Bourse. (...) Les banquiers ont réussi à convaincre les gouvernements, que ce serait mieux s'ils n'empruntaient plus à leur banque centrale (ce qui dans la pratique revenait à emprunter sans intérêts) et, à la place, d'emprunter à des banques commerciales, donc à intérêts». (1)

«Dans tous les pays qui l'ont accepté la dette publique croissait exponentiellement. (...) Les gouvernements devaient réduire leurs dépenses pour faire face à la charge croissante des intérêts. Mais contre l'effet de la croissance exponentielle des intérêts on ne pourra pas gagner avec des réductions de dépenses. Les gouvernements devaient vendre des services publics pour rembourser les dettes..(...) Les pays faibles se retrouvent endettés, sans possibilité de s'en sortir. Les banques profitent de ces montagnes de dettes croissantes et font porter les risques par les payeurs d'impôts.(1)

Quelle serait la solution?: «La solution de tous ces problèmes est aussi simple que sa cause. Nous devons ériger une banque à nous tous, une banque d'Etat, qui a le droit exclusif de créer de l'argent. Il faut interdire les prêts d'argent inexistant. Une banque d'Etat n'a pas besoin de capital, ni de bénéfices. Aussi, les intérêts peuvent rester très bas ou être compensés fiscalement. (...) Le gouvernement ne sera plus dépendant des banques.» (1)

Il est tragique de voir comment des pays sont ruinés, qu'ils laminent les dépenses sociales au profit des remboursements d'intérêts et ceci ad viternam puisque le principal est encore hors de portée du remboursement Par contre, et sans faire dans un prosélytisme déplacé le mécanisme de la finance islamique, l'usure (intérêt n'existe pas) et les risques son partagés entre l'emprunteur et sa banque.


La naissance d'une banque en dehors de l'hégémonie américaine

Les Chinois sont devenus les plus grands créanciers de la Terre: une réserve de plus de 3000 milliards de dollars en devises. Elle achète des obligations d'État mais aussi des entreprises privées, des hôtels, des cliniques, des monuments historiques, des tableaux, des châteaux, des infrastructures (aéroports, ports) etc. La Chine représente maintenant 15% de l'économie mondiale et a conquis la deuxième place devant le Japon.

La Chine a annoncé, être désormais la première puissance commerciale mondiale. La Chine n'a jamais vraiment considéré l'UE comme un partenaire politique de premier plan. Et malgré sa rivalité avec les Etats-Unis, elle estime que Washington est le seul véritable interlocuteur sur la scène internationale. Pour rappel, les pays du Brics dont fait partie la Chine forment un bloc important à l'échelle mondiale. Leur poids démographique atteint 3 milliards de personnes, soit 42% de la population mondiale et leur PIB représentait en 2010, quelque 14.000 milliards d'USD, ou 18,5% du PIB mondial. Leur réserve de devises est estimée à 5000 milliards d'USD, dont 3200 milliards pour la seule Chine.

La Chine a décidé de sortir en douceur, de l'orbite du dollar et du système de Bretton Woods, On sait que les Etats-Unis s'opposent, en vain, à la nouvelle puissance montante du monde, la Chine. Par les investissements qu'elle opère dans le monde, la Chine devient presque un pays prédateur, à l'affût des bonnes affaires dans le monde. Et surtout avec sa politique «gagnant-gagnant» et grâce à sa main-d'oeuvre très peu coûteuse. Elle opère dans tous les continents y compris en Europe et aux États-Unis. Deuxième puissance du monde depuis 2010, détentrice de plus de 4000 milliards de réserves de change, la Chine, qui a commencé à internationaliser sa monnaie, le yuan, sait que «le temps travaille pour elle». Et les États-Unis en sont conscients. Partant d'une «vérité» que le dollar américain ne peut rester indéfiniment la monnaie-centre du monde, la Chine vise à surpasser l'Amérique et devenir la première puissance économique, financière et monétaire du monde.

Le 17 mars, à Pékin. Martin Schulz Le président du Parlement européen a qualifié de «bonne chose» les adhésions européennes à la banque d'infrastructure asiatique. A ce jour, une trentaine de pays figurent dans cette liste, parmi lesquels l'Inde, Singapour, l'Indonésie et l'Arabie saoudite. Lorsqu'il a été lancé par la Chine en octobre 2013, le projet de Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures avait fait des vagues dans le monde des organisations multilatérales. Il était difficile de ne pas voir dans ce projet «anti-Bretton Woods» la volonté du président XI Jinping d'affirmer et de voir reconnue la puissance chinoise dans le monde des institutions multilatérales, aujourd'hui encore largement dominé par les Américains et les Européens.(2)

Alors que le délai pour souscrire s'achève mardi 31 mars 2015 au soir, l'Égypte a annoncé, la veille, lundi 30 mars 2015, sa décision de rejoindre la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII - AIIB). Elle en deviendra officiellement le 14 avril 2015 un membre fondateur. La Turquie a posé sa candidature vendredi 27 mars 2015. La BAII devrait commencer ses activités fin 2015.

Les Etats-Unis jettent l'éponge. Ils vont coopérer avec la BAII

Le lundi 31 mars, la date butoir pour le dépôt des candidatures pour devenir membre fondateur de la BAII, le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, a déclaré que son pays prévoyait de coopérer avec la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII). Cette annonce s'est faite après un entretien d'une heure que M.Lew a eu avec le Premier ministre chinois Li Keqiang ce lundi à Beijing, selon le vice-ministre chinois des Finances Zhu Guangyao. M.Zhu a confirmé, à l'Agence de presse Xinhua que le secrétaire américain au Trésor souhaitait la bienvenue à la Chine pour jouer un plus grand rôle dans les affaires économiques internationales. C'est une passation de pouvoir, pour ne pas dire une capitulation. Après avoir vu ses alliés les plus solides partir, l'un après l'autre, rejoindre le projet chinois, les Etats-Unis ont fini par faire un constat amer; ils ont été tout simplement ignorés et traités comme quantité négligeable dans cette affaire. Avec ou sans eux la BAII se fera et le monde entier, hormis le fidèle Japon et quelques petits satellites, sera là pour y participer. Que faire d'autre maintenant sinon tenter de jouer avec les instruments qui sont encore en sa possession, le FMI et la Banque mondiale, avec lesquels la BAII aura à coopérer d'une manière ou d'une autre? (3)

Le Japon, justement, s'interroge sur sa participation à la BAII. L'administration Obama a été prise de court par le ralliement de plusieurs poids lourds européens (Royaume-Uni, France, Allemagne...) à cette banque qui compte déjà une trentaine d'Etats membres, comme l'Australie ou la Corée du Sud et l'Egypte. D'ailleurs, Séoul prendrait 4 à 5% de la Banque asiatique d'investissement. La France, l'Allemagne et l'Italie ont décidé, après le Royaume-Uni, de rejoindre la nouvelle Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures. Cette décision des trois capitales européennes, est à l'évidence un revers diplomatique pour les Etats-Unis. Constatant leur isolement, les Etats-Unis ont commencé à infléchir leur position en ouvrant la porte à une coopération avec la banque chinoise. (4)

Mon Dieu protégez moi de mes amis, mes ennemis ; je m’en charge !

Cette citation attribuée à Talleyrand illustre d’une façon parfaite, la perfidie des vassaux visà vis de l’empire. «Il fallait bien que ça explose un jour lit-on sur le journal Le Monde, mais la déflagration est partie de là où on ne l'attendait pas. La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine pour la domination économique du globe a fait, le 12 mars, un détour surprenant par la Grande-Bretagne qui, bravant la fatwa de Washington, a annoncé son intention de rejoindre la nouvelle banque régionale de développement chinoise AIIB comme membre fondateur. Epidermique et un peu ridicule, la réaction des Etats-Unis ne s'est pas fait attendre. Un responsable américain, s'abritant derrière l'anonymat, a accusé Londres d'être «dans des arrangements constants avec Pékin», (...). Une fois que les Britanniques, censés entretenir une relation privilégiée avec les Etats-Unis, avaient ouvert la brèche en rejoignant l'AIIB, trois autres pays européens s'y sont engouffrés.» (5)

On est toujours par définition écrit Philippe Bernard, trahi par ses alliés, mais le coup a néanmoins été rude pour Washington. Jeudi 12 mars, le chancelier de l'Echiquier, George Osborne, a créé la surprise en annonçant la décision de faire du Royaume-Uni un membre fondateur de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII) que la Chine a lancée en octobre 2014. Rejoindre la BAII représente «une chance sans équivalent pour le Royaume-Uni et l'Asie d'investir et de dégager ensemble de la croissance», s'est félicité M.Osborne. (6)

Après Londres, ce sont donc Paris, Berlin et Rome qui ont décidé de rejoindre le 17 mars la Banque asiatique lancée par la Chine, en octobre 2014. Paris, Berlin et Rome soulignent qu'elle aura «vocation à travailler en partenariat avec les banques multilatérales d'investissement et de développement existantes».


Les relations de l'Algérie avec la Chine: du commerce mais pas de transfert de savoir


La Chine est le premier fournisseur de l'Algérie en tout. La liste est longue, tant la Chine produit tout et l'Algérie, en revanche, importe presque tout. Sur le volet économique, 8 milliards de dollars en 2012. 20% de nos importations en 2014. «Au lieu de donner un poisson à quelqu'un apprend lui à pêcher» Mao Tsé Toung. Fort de cette citation, l'Algérie a tout à apprendre de la Chine. Pékin veut consolider sa place en Algérie. Mais il n'y a pas transfert de technologie. Il est curieux que l'Algérie n'ait pas demandé à adhérer à cette banque comme membre fondatrice à l'instar de l'Arabie saoudite, l'Egypte et du Qatar. Nous avons bien aidé le FMI à «fonds perdus». Ne peut-on pas contribuer à 2% du capital de cette banque (100 milliards de dollars). Il n'est peut être pas trop tard si on fait vite et si on ouvre véritablement le dossier d'une vraie coopération sud-Sud; qui tourne le dos au tout commerce.

1 .http://reseauinternational.net/le-systeme-bancaire-en-bref/ 15 mai 2013

2. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/18/les-chinois-rallient-les-europeens-a-leur-banque_4595899_ 3234.html#Vq7mh5XYZd8UIAfk.99


3. http://reseauinternational.net/les-etats-unis-jettent-leponge-ils-vont-cooperer-avec-la-baii/


4. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/31/le-japon-s-interroge-sur-sa-participation-a-la-banque-asiatique-d investissement_4606153_3234.html#l2kul4MWdQ0B pey0.99

5. http://www.lemonde.fr/idees/article/ 2015/03/21/embuscade-sur-la-route-de-la-soie_4598508_3232.html#mK2lDWD5cdYuSc66.99


6. http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/14/la-banque-asiatique-divise-washington-et-londres_4593630_3234. html#hTgroIh2kMLkOmeq.99

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/213623-le-declin-de-bretton-woods.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans monde en devenir
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