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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 09:06

«Ce qui me scandalise, ce n'est pas qu'il y ait des riches et des pauvres: c'est le gaspillage.»

Mère Teresa

Mon attention a été attirée par un problème que semblent découvrir nos ministres à savoir, l'hémorragie de carburants par les frontières. Ce problème a duré médiatiquement une semaine, après, ce fut l'oubli. Cela m'a amené à prendre ma plume pour tenter d'y voir clair, et de mettre à la disposition du lecteur, les éléments à même de lui permettre de juger sur pièce la réalité de ce vrai faux problème Dans cette contribution je vais articuler un cap pour le futur qui devrait être de mon point de vue l'alpha et l'oméga de programmes présidentiels qui sont pour le moment aphones.


Etat des lieux rapide de la situation actuelle

Mono-exportateur, 98% de nos devises proviennent des hydrocarbures. L'Algérie se tient le ventre chaque fois que le baril fluctue. L'Algérie peut-elle continuer à fonctionner sur la base d'un cours du baril de 110 dollars? L'explosion des importations de biens durant le premier semestre 2013 nous amènera à plus de 55 milliards alors que dans le même temps les exportations ont baissé de près de 5%. A cette cadence, le Fonds de régulation des recettes sera tari en trois ans. Nous allons droit dans le mur pour n'avoir pas joué la prudence

Les contre-feux qui cachent la vraie réalité

Un scoop qui n'en est pas un du fait que le problème est connu depuis longtemps: «1,5 milliard de litres de carburants sortent du pays de manière illégale. Une quantité qui permet de faire rouler les parcs automobiles des pays voisins! En effet, selon les experts, cette quantité permet à près de 600.000 véhicules de rouler. Pis encore, cette mégacontrebande de carburant coûte 1 milliard de DA chaque année au Trésor. Il ne s'agit pas là d'une grave atteinte à l'économie nationale, mais pire, une vraie menace pour la stabilité du pays. Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Daho Ould Kablia, avait clairement qualifié ce fléau de problème «sécuritaire». Selon lui, «25% de la production nationale de carburants sont gaspillés». «La wilaya de Tlemcen consomme plus de carburants qu'Alger», avait-il dit, à titre d'indication.(1)

En fait, moins de 10% de l'essence est commercialisée chez nos voisins. Pourquoi? Parce qu'en Algérie on vit sur une rente imméritée qui fait que tout est gratuit et que tous paient de la même façon, l'essence, l'eau l'électricité. A titre d'exemple, au Maroc, le prix du litre d'essence super coûte 12,24 dirhams, soit 1,104 euro alors qu'en Algérie, il coûte 23 DA, soit 0,227 euro, 5 fois moins cher. Le carburant diesel ou gasoil coûte 8,20 dirhams le litre au Maroc, soit 0,740 euro alors qu'en Algérie, il coûte 13,40 dinars, soit 0,132 euro, 6 fois moins cher; on dit que les députés de l'APN bloquent! Ils seront responsables devant l'Histoire du refus de payer au juste prix une ressource non pérenne. On dit qu'il y a des lois pour réprimer les «hallaba» Que sont devenues ces lois? Pourquoi ne sont-elles pas appliquées avec détermination en les actualisant.


Qu'en est-il réellement de l'hémorragie de carburant?

La voiture est un signe de visibilité sociale au point qu'en Algérie, du fait de l'inexistence d'un réseau de transport en commun digne de ce nom, la voiture n'est pas un luxe. Le secteur du transport a toujours été le premier grand consommateur d'énergie, d'après les bilans énergétiques du ministère de l'Energie et des Mines. Il est prédominé par le mode routier qui représente 94% en 2011, soit 11,7 millions de Tep. Le secteur des transports a comme sources principales l'essence, et le gasoil principalement pour les voitures de tourisme. Le prix dérisoire du gasoil fixé d'une façon administrative au siècle dernier a fait que ce carburant est de plus en plus utilisé au point que l'Algérie en importe pour répondre à la boulimie, voire au gaspillage. En 2011, il a été importé pour plus de 500.000 tonnes le gasoil au prix de 250 millions de dollars. Ce chiffre est appelé à augmenter d'une façon incontrôlée si rien n'est fait pour brider la consommation anarchique. Ajoutons que le gasoil est vendu 13 DA, il est acheté de l'étranger 6 à 7 fois plus cher! En 2012, le parc national de transport routier est estimé à 4,5 millions de véhicules tous types confondus. Les véhicules de tourisme représentent 65% soit 3 millions d'unités. Si on suit une tendance «fil de l'eau» on aurait plus de 6 millions de voitures de tourisme sur un total de plus de 10 millions de voitures à seulement 25.000km /an et à 8 litres/ 100km, cela fait près de 16 millions de tonnes. Nous ne pouvons pas continuer à gaspiller d'une façon aussi irresponsable.

Quelques mesures de bon sens dans le cadre d'une réelle stratégie énergétique


L'Algérie aura-t-elle les moyens de poursuivre cette «politique énergétique suicidaire?» Paradoxalement, l'Algérie riche en GPL (Sirghaz) n'exploite pas cette filière, alors que de par le monde, la carburation GPL est utilisée. Le GPL ne représente que 6%, part stagnante entre 2012 et 2030. Il est alors impératif pour notre pays de rationaliser la consommation dans ce secteur! Pourquoi ne pas utiliser aussi le (GPL) sirghaz, source abondante en Algérie? Le sirghaz que l'on n'arrive pas à commercialiser d'une façon optimale à moins de le brader? N'est-il pas possible de demander aux concessionnaires de vendre des véhicules sobres, mais aussi avec une double carburation GPL/essence? Par une politique graduelle de vérité des prix, on arriverait à faire changer d'une façon soft les habitudes de consommation des usagers. Un autre gain serait une stratégie sobre en consommation d'énergie, on sait que les performances des voitures concessionnaires qui vendent des véhicules dont la consommation en CO2/km dépasse les normes internationales notamment européennes (120g CO2/km). En nous calant sur cette référence de 120 g de CO2/km), nous avons évalué le surplus (gaspillage de consommation d'essence et par conséquent d'excès d'émission de CO2) pour une moyenne de 15000 km. En 2011, nous aurions pu faire l'économie de plus de 300.000 tonnes d'essence et de près de 50.000Tep de gasoil. Ce qui représente deux fois, l'hémorragie de carburants aux frontières, mais là on n'en parle pas! il faut «caresser le citoyen dans le sens du poil» En termes réels de coût indexé sur les coûts mondiaux, l'Algérie gagnerait près de 210 millions de dollars, soit 21 milliards de dinars. Si ces carburants n'étaient pas consommés c'est aussi autant de réserves disponibles le moment venu pour les générations futures. On peut signaler aussi et sans que la liste des améliorations possibles ne soit exhaustive, le coût des embouteillages. D'après une étude européenne, la perte des carburants dans les embouteillages est estimée à 0,5 litre/heure. Pour la wilaya d'Alger, quotidiennement il y aurait 200.000 véhicules coincés dans les embouteillages pendant au moins 1 heure. A raison de 0,5 litre/heure, soit une perte annuelle pour Alger de 25.000 tonnes de carburant qui couterait à l'Algérie 660 millions de DA aux conditions algériennes- le carburant algérien est l'un des moins chers au monde, nous ne sommes dépassés que par le Venezuela. Qu'en est il du reste du pays? Une première estimation montre que 40% du parc sont concentrés à Alger soit au total une perte sèche de près d'un milliard de DA (2)

Imaginons aussi que l'Algérie décide de mettre en place la possibilité pour un usager de faire le plein en gaz naturel à partir d'une prise chez lui. C'est possible. Du même coup la pression sur les carburants diminuerait, sinon c'est là encore un tonneau des Danaïdes que de vouloir construire cinq nouvelles raffineries pour un pays dont l'AIE dit que les réserves de pétrole permettraient à peine de satisfaire les besoins internes à partir de 2030.



Que fait l'Algérie dans le domaine de l'énergie électrique?

Où en sommes-nous en termes de réserves et quid du programme d'énergies renouvelables? Comme l'écrit si bien le professeur Abderahmane Mebtoul: «La durée de vie des réserves est influencée par le volume tant des exportations que de la forte consommation intérieure du fait du bas prix du gaz, un des plus bas au niveau du monde et bloqué par la décision du 30 mai 2005 et des subventions aux carburants où selon une récente étude, l'Algérie figure parmi les pays arabes qui subventionnent le plus les produits énergétiques avec 10,59 milliards de dollars représentant 6,6% du PIB algérien en 2010.(...) Il resterait environ 2000 milliards de m3. (...) Par ailleurs, la consommation intérieure en 2012, selon le Creg est de 30 milliards de mètres cubes gazeux et autour de 50 milliards de mètres cubes gazeux horizon 2017/2020. Elle pourrait même aller vers 65 milliards de mètres cubes gazeux après les décisions courant 2012, il a été décidé de doubler la capacité d'électricité à partir des turbines de gaz horizon 2017-2020 de consommation intérieure, avec des extrapolations d'exportation de 85 milliards de mètres cubes gazeux prévus dès 2014. Si l'on prend l'hypothèse d'exportation de 85 milliards de m3 et 65 de consommation intérieure, il faudrait produire dès 2017 entre 150 milliards de m3 supposant d'importants investissements dans ce domaine, limitant le financement des secteurs hors hydrocarbures et donnant, en cas de non-découvertes substantielles une durée de vie de 13 ans maximum soit horizon 2026.» (3)

Il reste l'utopie des gaz de schiste. Serait ce la solution pour cette fuite en avant? Rien n'est moins sûr! Ce qui est sûr par contre, c'est que nous irons tout droit vers une catastrophe écologique, nous allons détruire un éco-système fragile et nous allons rendre encore plus problématique les besoins en eau alors que notre pays est en stresse hydrique. La consommation d'énergie va être catalysée par les prix bas de l'électricité qui incitent les consommateurs à consommer, voire à gaspiller outre mesure. On apprend à la fin juillet que 8700 MW d'électricité au gaz naturel soit 6 centrales seraient installées d'ici 2017. Ce marché fait partie d'un programme d'urgence décidé par les pouvoirs publics. Le groupement d'entreprises chinoises Cntic-Jepdi-Ztpc et State Power Corp of China ont remporté trois des six marchés de construction de centrales électriques d'une puissance de 1200 à 1600 MW, chacune, à l'horizon 2017. Outre ces entreprises chinoises, le groupement gréco-turc Gama-Metka a arraché deux marchés, la construction des centrales de Naâma et Biskra, pendant que le groupe coréen Samsung n'a obtenu que la réalisation de la centrale de Mostaganem.(4)

Le programme énergie renouvelable «oublié»

Il est loin le temps du slogan de 40% d'énergie renouvelable à l'horizon 2030. Voire même d'exportation de 10.000 MW. Sans état d'âme on enterre en douceur les énergies renouvelables et on continue à brader à 2 DA le kWh. Dans cet ordre il est une hémorragie dont on ne parle pas; celle des appareils électroménagers véritable gouffre énergétique. Le ministère du commerce est aux abonnés absents. Les vraies économies sont à faire au quotidien. Il est temps de lancer une réflexion sur ce que coûte l'énergie, l'eau, les carburants qui sont déterminants pour le pays. Voulons-nous laisser quelque chose aux générations futures ou voulons-nous pratiquer la politique de la terre brûlée en brûlant justement par un gaspillage immoral une énergie qui n'est donnée qu'une fois.

Voulons-nous d'un environnement vivable? Nous n'en prenons pas le chemin avec le manque d'imagination actuel. On a parlé un temps de l'usine de Rouiba avec 100 MW de solaire où en est-elle et que représente-t-elle je ne parle pas de sa rentabilité sachant que 70% des panneaux solaires du monde sont fabriqués en Chine et que même les Etats-Unis et l'Europe se ravitaillent sans état d'âme en Chine. Justement, dans le cadre d'une stratégie d'ensemble que j'appelle de mes voeux adossons chaque calorie fossile exportée à une calorie renouvelable. Misons sur un partenariat winn-winn.

D'autant que l'expertise chinoise est connue et reconnue. On apprend en effet, que la Chine investit de plus en plus dans les énergies renouvelables, mais pas seulement chez elle, aussi à l'étranger. Ainsi, de 2001 à 2011, les Chinois ont investi près de 40 milliards de dollars dans le solaire et l'éolien hors de Chine, les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Italie sont les trois premiers bénéficiaires de ces fonds. Parmi les 33 pays dans lesquels ces investissements se font on trouve également le Pakistan, l'Afrique du Sud, la Bulgarie ou encore l'Ethiopie.» (5)

Se pose dans ce cas, la question: «Pourquoi ne pas associer la Chine à la mise en place aussi d'un plan renouvelable en lui garantissant un approvisionnement en gaz ou des marchés si elle nous aidait à mettre en place une industrie pérenne du renouvelable intégré avec même la formation et la recherche. En termes de stratégie il nous faut penser «en dehors des sentiers battus». A titre d'exemple, la société British Gas a annoncé le 28 juillet qu'elle envisageait de fournir gratuitement à ses clients l'électricité le samedi, afin de réduire la consommation en semaine. L'objectif est d'encourager les foyers à utiliser leurs appareils électriques pendant le week-end, quand la demande industrielle est moins importante tout est fait pour optimiser mais peut-on transposer cela en Algérie où tromper l'administration est un sport national? Ce plaidoyer montre le chemin à faire pour arriver dans tous les secteurs pour arriver à une sobriété énergétique où chaque secteur est concerné où l'environnement aura l'attention qu'il mérite. Le moment est venu en effet de sortir de l'ébriété énergétique actuelle. Après il sera de plus en plus difficile.

Notre pays, a les hommes et les compétences pour y arriver. Le cap énergétique est, à bien des égards, un état d'esprit qui fait que la Société dans son ensemble, les pouvoirs publics changent de paradigme. Le développement durable est à ce prix... La formation de l'homme est donc la colonne vertébrale du développement dans tous les pays du monde. Il vient que tous les départements ministériels ont leur part de responsabilité dans la préservation de l'avenir énergétique du pays.

Parmi eux le système éducatif a une responsabilité particulière. C'est en son sein que l'on éduquera l'enfant à l'éco-citoyenneté, que l'on formera les milliers de techniciens et d'ingénieurs à même de prendre en charge un plan Marshall du Développement durable à 2030. C'est en son sein que se formeront les chercheurs qui vont travailler dans le domaine de l'énergie pour inventer des solutions spécifiques à l'Algérie notamment, par une adaptation continuelle qui nous permettra graduellement une création d'un savoir-faire endogène.

C'est à ce titre que l'on parlera d'une Algérie de l'avenir, une Algérie de tous ses enfants, fière de son histoire, de ses cultures, et résolument tournée vers le progrès. Ce plan Marshall intégré, une stratégie énergétique globale expliquée aux citoyens qui ont leur part de responsabilité et où tous les départements ministériels auront une responsabilité pour inventer le futur



1.Mohamed Kali: Trafic de carburant aux frontières: Un fléau national El Watan 23.07.13

2.Hayet Athmane, Hind Bendeddouche, Chems Chitour: Application du modèle Markal en Algérie Projet de Fin d'études d'ingénieur Ecole Polytechnique Alger 2013


3. Professeur Abderrahmane Mebtoul, http://www.lematindz.net/news/12151-transition-energetique-en-algerie-mythes-et-realite-de-lapres-petrole.html

4.Algérie: les entreprises chinoises construiront trois des six centrales électriques au programme lundi, 29 juillet 2013 20:01 (Agence Ecofin)

5. http://www.goodplanet.info/Contenu/ Depeche/ La-Chine-investit-des-milliards-dans-les-renouvelables-a-l-etranger/(theme)/282 07/06/2013

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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