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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 19:52


«Au lieu de donner un poisson à quelqu'un apprend- lui à pêcher»

MaoTsé-Toung

Il y a une dizaine de jours, IBK devenait le huitième dirigeant du Mali qui prendra ses fonctions le 4 septembre 2013 clôturant provisoirement, l'état d'anomie actuel du Mali. Est-ce pour autant que le Mali est sorti du tunnel de l'errance pluri-dimensionnelle ou est-ce un calme transitoire en attendant une nouvelle tempête? Pour l'histoire, huit présidents se sont succédé depuis l'indépendance du Mali en 1960 Le règne le plus important est celui de Moussa Traoré de septembre 1969 à mars 1991. Amadou Toumani Touré a déjà dirigé pendant un an le pays (mars 1991 mars 1992) avant de revenir de 2002 à 2012 et d'être renversé par le capitaine Sanogo à deux mois de la fin de son mandat. Sanogo ne sera resté en fait que deux mois avant de confier le pouvoir en intérim à Dioncoundé Traoré.

Pour rappel, le 1er septembre 2001, il demande et obtient sa mise en retraite anticipée de l'armée. Il décide de se lancer dans la vie politique en posant sa candidature pour l'élection présidentielle de 2002. Il est élu président de la République le 12 mai 2002 avec 64,35% des voix au second tour. Son adversaire Soumaïla Cissé, ancien ministre, obtient 35,65% des voix. Il brigue un second mandat qu'il obtient le 29 avril 2007 sur la base de promesses qu'il ne tiendra pas. Son slogan de campagne est: «Pour un Mali qui gagne.» Son principal concurrent, Ibrahim Boubacar Keïta- le président élu en 2013-, n'a recueilli que 19,15% des voix, conteste les résultats en raison de fraudes. Dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, il est renversé par un coup d'État. Les mutins du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État, dirigé par le capitaine Amadou Sanogo, dénoncent la gestion du conflit au nord Mali entre l'armée et la rébellion touarègue. Le 8 avril 2012, il annonce officiellement qu'il démissionne de ses fonctions présidentielles. Le 12 février 2013, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a été officiellement investi à la tête d'un comité de réforme de l'armée, près de six mois après sa nomination à ce poste, a constaté un journaliste de l'AFP.


La lutte contre l'islamisme: un leurre?

Remettons-nous dans l'atmosphère de bruits de botte à la veille de l'intervention «Serval», les médias main stream ont chauffé à blanc l'opinion internationale. Jean-François Chalot y voit une ingérence malsaine au nom du grand capital: «Ils sont tous là, droits dans leurs bottes, pour soutenir l'intervention militaire française au Mali. Ils sont bien alignés, au complet: le PS, les deux fractions de l'UMP unies en la circonstance et le FN... Il n'y a pas ici de contraintes budgétaires qui tiennent... L'intérêt supérieur des capitalistes prime avant tout. C'est le retour de la sainte France-Afrique, dénoncée, hier, par une gauche dans l'opposition et acceptée aujourd'hui par une gauche libérale au pouvoir. Il ne manque plus que l'Église pour aller bénir les bombardiers..». (2)

« C'est comme en 14, vive les marchands de canons! Le matraquage médiatique a été bien mené: on présente les islamistes aguerris, sanguinaires qui attaquent le Mali en oubliant qu'au moment de la chute de Khadafi, des hommes lourdement chargés et bien équipés militairement, ont traversé le grand désert pour venir au Mali. Lorsque le Mnla, Mouvement national pour la libération de l'Azawed, a proclamé l'indépendance du nord du pays, il a obtenu le soutien bienveillant et actif financièrement et politiquement de la France... La lutte contre l'islamisme radical n'est qu'un leurre... Ici, l'impérialisme le combat alors que là-bas, juste à côté, en Libye, le même impérialisme l'a aidé à accéder au pouvoir.... C'est la géopolitique et les intérêts économiques qui priment, c'est ainsi que les États-Unis essayent, de leur côté, de réduire l'influence française et d'assurer une présence politique et économique en Afrique... Voici les vrais enjeux. Le peuple du Mali est sacrifié.» (2)

Qui est Ibrahim Boubacar Keïta


A 68 ans, écrit Christine Abdelkrim-Delanne, le nouveau président du Mali élu le 11 août, est un cacique de la vie politique malienne, à la réputation d'homme à poigne se réclamant de la gauche.

Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, est resté très discret au moment du coup d'Etat du 22 mars 2012 qui a renversé le président Amadou Toumani contrairement à Soumaïla Cissé qui avait fermement condamné ce putsch. Durant sa campagne pour la présidentielle, IBK avait affirmé que son objectif prioritaire était la «réconciliation» d'un Mali profondément divisé et il a été le premier des candidats à se rendre à Kidal, chef-lieu de région à plus de 1.500 km au nord-est de Bamako. Cette ville du désert est considérée par des Touareg comme leur berceau et elle a été le théâtre de violences entre communautés ethniques. «Je ramènerai la paix et la sécurité. Je renouerai le dialogue entre tous les fils de notre Nation», a-t-il martelé dans ses rassemblements électoraux, qu'il commençait en récitant des versets du Coran. (...) Dans un entretien vendredi à la Radio télévision suisse romande (RTS) il a déclaré que quand «on veut le bonheur des Maliens, il faut soi-même être inprégné du bonheur et croquer la vie à pleines dents».(3)

«IBK, comme on appelle couramment le nouveau président, né en 1945 dans le sud du Mali, est l'un de ces intellectuels maliens formés à l'étranger. (...) Chercheur au Cnrs et enseignant à l'Université de Paris-Tolbiac, il revient au Mali comme conseiller technique principal du Fonds européen de développement, puis directeur de Terres des Hommes France pour le Mali, le Burkina-Faso et le Niger. Opposé à la dictature de Moussa Traoré en place au Mali, il milite à l'Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-Pasj) et dirige la campagne électorale d'Alpha Oumar Konaré pour la présidentielle de 1992. (...) En 2001, suite à des dissensions au sein du parti à l'approche des élections présidentielles de 2002, IBK quitte le gouvernement, puis le parti, pour former avec ses partisans, le Rassemblement pour le Mali (RPM) qu'il préside depuis juin 2001. (...) Derrière la biographie de ce cacique de la vie politique malienne, il y a aussi l' «homme à poigne», comme on le qualifie souvent, celui qui, alors qu'il était Premier ministre a géré la crise scolaire et universitaire et les grèves qui paralysaient le pays, par une répression violente, un décret «année blanche» (invalidé) entrainant la fermeture des écoles pour un an (1993-1994), et s'est affronté aux opposants du régime de Konaré resté dix ans au pouvoir.»(3)

Les chantiers du président

Le nouveau président n'aura pas la tâche facile. Outre les problèmes économiques, il doit régler le plus vite possible la question touarègue, un lourd héritage que tous les présidents qui se sont succédé depuis l'indépendance non pas su gérer. Pis, ils ont usé de la violence pour neutraliser les Touareg. Ces derniers revendiquent, depuis plus de cinquante ans, un Etat indépendant au Nord. A ceci s'ajoutent les groupes islamistes armés qui compliquent une situation déjà instable. Certes, l'opération Serval déclenchée par la France, le 11 janvier dernier, contre ces groupes a permis de stopper leur progression vers le Sud et de les évincer du Nord. Mais ce qui en reste constitue encore un danger auquel il faut faire face. Suit la lutte contre le trafic de drogue. Un fléau qui enrichit des bandes armées, les militaires et les politiciens. (...) Des spécialistes voient que toucher à la question des trafics de drogue pourrait être lié au coeur du pouvoir central. Outre l'enrichissement personnel, l'argent tiré de ce genre de transactions sert pour le régime à financer les groupes opposés aux rebelles touareg. Un autre volet, non de moindre importance, doit être traité. Il s'agit du rôle des militaires sur la scène politique. (...)La mission du nouveau président est lourde d'autant qu'il doit composer avec les grandes puissances en quête de zones d'influence sur le continent. Un continent suscitant des convoitises de par ses richesses qui ne profitent pas à ses enfants condamnés souvent aux tragédies et guerres fratricides.(4)

«C'est une rude tâche écrit pour sa part, Christine Abdelkrim-Delanne, qui attend IBK. Après dix-huit mois de crise profonde. Il hérite d'un pays déchiré et à reconstruire. De son côté, l'Union européenne est en train d'entraîner et d'équiper les forces armées maliennes dont la reconstruction est également une priorité pour le pays. Sur le plan de l'aide au développement, IBK va pouvoir, maintenant, accéder aux 4 milliards de l'aide internationale pour reconstruire le pays, l'un des plus pauvres du monde. Opposé à la tendance libérale de son adversaire, IBK décrit comme «un social démocrate volontariste», s'est engagé à redonner au Mali sa souveraineté nationale en créant des «zones économiques prioritaires» et en s'appuyant également sur ce qu'il appelle la «9ème région du Mali», la communauté malienne à l'étranger. Le programme d'IBK invoquait également la création d'un fonds pour l'emploi d'un montant de 250 milliards de CFA (500 millions de dollars) pour aider les entrepreneurs «méritants». Le nouveau président s'était fixé, dans son programme, l'objectif de 200.000 nouveaux emplois sur 5 ans.» (3)



Que va-t-il se passer? La tutelle française encore et toujours

François Hollande a réagi au résultat officiel de l'élection malienne et l'élection à la présidence d'Ibrahim Boubacar Keïta.: «Ce qui vient de se produire depuis l'intervention française, le 11 janvier 2013, au nom de la communauté internationale, jusqu'à l'élection du nouveau président malien est un succès pour la paix et la démocratie. Mais tout doit être fait pour réussir la fin de la transition, le dialogue et le développement du Mali». Sarah Halifa-Legrand du Nouvel Observateur écrit: «Le pays a beau avoir depuis hier un nouveau président, Paris a encore un rôle à jouer. Une page vient de se tourner pour le Mali, mais aussi pour la France. Impatient de se désengager du dossier malien, Paris avait pressé ces derniers mois Bamako et la communauté internationale de prendre au plus vite le relais. Officiellement, c'est chose faite: l'élection, dimanche, d'un nouveau président a enfin refermé le chapitre de la transition institutionnelle ouvert par le putsch du 22 mars 2012. Le 1er juillet, c'était le déploiement de l'opération de stabilisation de l'ONU (la Minusma) qui avait refermé celui de la guerre au Mali. Tout s'est donc déroulé selon les souhaits de Paris qui «a tenu la situation au Mali à bout de bras et quasiment toute seule», observe un expert malien. Mais si la France n'est plus seule, elle a encore un rôle à jouer.» (5)

Le journaliste nous explique ensuite la dette du Mali envers la France: «Sur le plan militaire d'abord. Outre les effectifs français qui prennent part à la mission de l'ONU et à la mission européenne de formation des troupes maliennes (Eutm Mali), la France a encore 3200 soldats sur place. C'est plus que prévu: les forces françaises au Mali, qui ont atteint 4500 militaires au plus fort de l'opération Serval lancée en janvier, devaient être ramenées à 2000 hommes en juillet pour descendre à 1000 fin 2013 - un résidu qui sera censé, selon la résolution 2100 de l'ONU, intervenir en soutien des troupes onusiennes et de l'armée malienne en cas de menace terroriste. Mais il y a une autre raison à ce maintien des effectifs hexagonaux: le Mali n'est pas «complètement stabilisé», reconnaissait le général Grégoire de Saint-Quentin, ancien chef de l'opération Serval au Mali (..).» (5)

Enfin, il n'y a pas de philanthropie, il faut que cette opération «Serval» rapporte la France suivra de près l'aide: «Sur le plan diplomatique, la France est aussi censée passer le relais au nouveau président malien et à l'ONU. Mais sa préférence affichée pour le multilatéralisme, ses responsabilités de puissance libératrice et ses vieux réflexes d'ancienne puissance coloniale sont autant d'injonctions contradictoires. Au final, Paris ne lâche pas vraiment les rênes. «La France sera là, fidèle et amicale, alors qu'il faut maintenant reconstruire», a souligné le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, hier, après l'élection d'Ibrahim Boubakar Keita à la présidence du Mali. Mais peut-il en être autrement? (...) Pas question non plus de laisser le pays retomber dans ses anciens travers, la mauvaise gouvernance et la corruption, qui l'ont mené à la crise. «On reste sur nos gardes pour que les Maliens ne reprennent pas leurs mauvaises habitudes», commente un officiel français. Avec les 3 milliards d'euros de dons internationaux promis en mai qui vont maintenant pouvoir être débloqués, «il va falloir être vigilant pour que l'aide soit transparente, efficace, traçable. Il ne faut pas que l'on puisse dire que l'on a fait une guerre pour rien.» «Diplomatie du développement», comme la qualifie un proche du dossier, mais diplomatie économique aussi sont au menu français. Après avoir vu le marché des cartes d'électeurs tomber dans l'escarcelle d'une société hexagonale, Safran-Morpho, c'est la visite d'une délégation du Medef à Bamako début juillet qui a fait grincer des dents les partenaires des Français. «C'est quand même gonflé», lâche un diplomate européen.»(5)

En conclusion, la France-Afrique - que l'on soit de droite ou de gauche - est un invariant. Elle n'est en fait qu'un post-colonialisme ou mieux encore un néo-colonialisme, où l'ancienne puissance coloniale tente de maintenir d'une façon ou d'une autre son pouvoir en adoubant, ou en éliminant, ceux qui contredisent ses intérêts. Cinquante après, le continent africain francophone est plus atomisé que jamais. Le nouveau président IBK a du pain sur la planche, notamment aussi avec la proximité d'un général quatre étoiles nommé pour services rendus et qui aura certainement de l'ambition, lui qui se prend pour De Gaulle pour avoir sauvé le pays. De plus, l'Algérie observera avec attention les premiers pas concernant le problème touareg qui, à des degrés divers l'intéresse, ne serait-ce que pour contribuer à l'apaisement de la région.

On sait, après les événements de Bordj Badji Mokhtar et comme rapporté par El Watan, que trois mouvements politiques maliens, le Mouvement de libération de l'Azawad (Mnla), le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) et le Haut-Conseil pour l'unité de l'Azawad (Hcua), doivent se rendre en Algérie pour des discussions sur le conflit en cours à Bordj et sur la situation au nord du Mali. (6).



1.Mali: Encyclopédie Wikipédia

2. http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/troupes-francaises-hors-du-mali-128837

3. http://afrique-asie.fr/menu/afrique/6052-mali-victoire-d-ibrahim-boubacar-keita.html


4. Amnay idir Mali: Ibrahim Boubacar Keita nouveau Président El Watan 14.08.13

5. http://tempsreel.nouvelobs.com/guerre-au-mali/20130814.OBS3220/mali-la-france-continue-de-veiller-au-grain.html#xtor=EPR-3-[Actu17h]-20130814


6.Adlène Meddi http://www.elwatan.com/actualite/les-affrontements-font-8-nouvelles-victimes-20-08-2013-225195_109.php

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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