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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 19:11

«Les peuples innombrables et les plus puissantes armées ne sont que comme des fourmis qui se disputent les uns aux autres un brin d'herbe sur ce morceau de boue.»

Fénelon

Mardi 17 septembre s'est tenue au Sheraton une conférence sur les gaz de schiste. Il n'y a pas eu de débat. 550 experts des groupes Halliburton, Shlumberger et Weatherford. L'université qui doit être partie prenante. Sonatrach a achevé l'évaluation du potentiel national en gaz de schiste et s'apprête à passer à la phase de «confirmation» des réserves en place. Les gisements sont de taille «mondiale». La phase de développement ne saurait tarder. Les résultats de l'évaluation rejoignent les estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE)». Les chiffres donnés au cours des journées d'étude présentent l'Algérie comme disposant de réserves de taille mondiale, évaluées par l'AIE à 700 TCF (Trillions de mètres cubes). Selon une étude parue en mai dernier, l'Algérie possèderait 19.800 milliards de mètres cubes de gaz de schiste. Pour développer ce potentiel, Sonatrach a conclu des partenariats avec Shell, Eni et Talisman. L'échéance n'a pas été donnée pour le lancement des forages d'exploration et elle n'a pas précisé la localisation des bassins renfermant ces réserves.

Que sait-on des gaz de schiste?

Sans revenir sur les atouts et dangers de cette énergie, il est évident que l'exploitation intensive aux Etats-Unis (près de 500.000 puits) va bouleverser conjoncturellement le marché de l'énergie Une étude menée par le MIT estime que le gaz naturel fournira 40% des besoins énergétiques des États-Unis dans l'avenir, contre 20% aujourd'hui, grâce en partie aux abondantes réserves de gaz de schiste. Selon l'Agence internationale de l'énergie (novembre 2012): les États-Unis deviendront le premier producteur de gaz d'ici à 2015. Les coûts de production de gaz non conventionnel en Europe sont susceptibles d'être deux fois plus élevés qu'aux États-Unis, selon une étude réalisée par l'Agence internationale de l'énergie. Il en sera encore beaucoup plus en Algérie où les coûts d'exploitation seront encore plus élevés. Un rapport de 2012 de la Commission Européenne indique que, contrairement aux États-Unis, «la production de gaz de schiste ne rendra pas l'Europe auto-suffisante en gaz naturel. Dans le scénario le plus optimiste, les importations peuvent être réduites à un taux d'environ 60%. Le taux de récupération possible est de l'ordre de 20 à 40% (1)

En synthèse, les principales différences du processus d'extraction du gaz et de l'huile de schiste par rapport aux gisements classiques sont: le gaz étant diffus dans la roche mère qui est rendue artificiellement perméable sur une distance réduite autour du puits. Un puits ne draine donc qu'un faible volume de roches et ramène relativement peu de gaz. Pour produire une même quantité de gaz, il faut multiplier les puits ce qui nécessite, pour une même quantité de gaz produit, des investissements nettement plus importants. On parle de 15 à 20.000 m3 d'eau douce pour un seul puits qui peut être fracturé plusieurs fois. Retenons 1 million de m3 d'eau douce à prendre nécessairement de l'albien pour une production de 1 milliard de m3 de gaz. Car la quantité d'eau injectée volume de plusieurs centaines de fois supérieur à l'extraction de gaz conventionnel, de plus, elle nécessite des installations de retraitement particulièrement importantes. Et la centaine de produits chimiques dangereux peuvent faire des dégâts sur leur parcours vers la surface, et arrivée en surface. Le taux de récupération d'un gisement de gaz de schiste est actuellement en moyenne de 20% contre 75% pour les gisements de gaz conventionnel.



Les techniques d'extraction

Il n'est pas juste de dire que la solution pour remplacer les énormes quantités d'eau douce pour un pays en stress hydrique est toute trouvée. Il n'en est rien comme le rappelle cette étude. Plusieurs techniques d'extraction alternatives sont actuellement à l'étude: remplacement de l'eau par du gaz comme le propane, stimulation par arc électrique ou chauffage de la roche, mais elles sont encore balbutiantes. Celle qui semble la plus propre, baptisée fracturation exothermique non hydraulique ou fracturation sèche inventée pour les forages en région arctique où l'eau gèle trop rapidement, n'utilise ni eau, ni explosifs, ni acides, ni solvants, mais de l'hélium chaud. En 2013, lors d'un colloque sur les alternatives à la fracturation organisé par le Sénat à Paris, en France, un pays disposant d'une grande technologie et très pauvre en énergie, les industriels ont considéré qu'il n'y avait pas d'alternatives aujourd'hui disponibles à la fracturation hydraulique (2)

«Les différents risques associés à la fracturation hydraulique font consensus: la consommation d'eau, son traitement en surface, la contamination des aquifères, l'empreinte au sol (environ un hectare pour un cluster réunissant 6 à 8 têtes de puits), la sismicité induite et les émissions de méthane (bouffées de méthane lors de la décantation de l'eau en surface). (...) Quant aux alternatives disponibles, Total en a listé une quinzaine plus ou moins matures réparties en cinq catégories. Il y a tout d'abord les techniques de fracturation hydraulique utilisant d'autres liquides: CO2, azote, hélium, propane ou méthanol et diesel. (...)» (2)

«Concernant la fracturation au propane. John Trash, directeur général de ecorpStim, a expliqué que l'on injecte du propane liquide qui fracture la roche en se dilatant dans le sous-sol. Il est ensuite récupéré en surface pour être réutilisé. Quelque 1.500 fracturations de ce type ont déjà été réalisées dans le monde. Le principal intérêt est d'»utiliser un fluide moins stratégique pour l'environnement», a estimé Gilles Pijaudier-Cabot, ajoutant que cette substitution réduit la viscosité du liquide permettant une meilleure pénétration du réseau de failles. (...) Mais cette technique a un gros défaut qui la discrédite aux yeux de Total: le stockage de 200 à 400 m3 de propane sur le site pose des questions de risque industriel. Des «protocoles renforcés» permettent de gérer ce danger, défend John Trash, évoquant des talus de protection, une distance minimale de 300 m par rapport aux riverains et la présence de pompiers prêts à intervenir. (...) La fracturation électrique utilise des arcs électriques qui induisent des ondes de pression et fracturent la roche. Au moins deux équipes travaillent sur le sujet au Texas et en Chine. La technique fonctionne relativement bien mais les fissures obtenues sont courtes. Ce n'est «pas viable».» (2)



Gaz de schiste: la grande escroquerie financière

Dans une contribution au Monde Diplomatique, Nafeez Mosaddeq Ahmed directeur de l'lnstitute for Policy Research and Development de Brighton s'inscrit en faux contre l'illusion d'un nouvel âge de l'énergie. Nous l'écoutons: «Energie bon marché contre pollution prolongée: aux Etats-Unis, le dilemme relatif à l'exploitation des gaz et pétrole de schiste n'a tourmenté ni les industriels ni les pouvoirs publics. En moins d'une décennie, ces nouvelles ressources auraient aiguillé l'Amérique sur les rails de la croissance, dopé l'emploi, rétabli la compétitivité. Et si cette «révolution» n'était qu'une bulle spéculative sur le point d'éclater? (3)

«Le rapport Perspectives énergétiques mondiales 2012 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) annonce en effet qu'à l'horizon 2017 les Etats-Unis raviront à l'Arabie Saoudite la place de premier producteur mondial de pétrole et accéderont à une «quasi autosuffisance» en matière énergétique. Selon l'AIE, la hausse programmée de la production d'hydrocarbures, qui passerait de quatre-vingt-quatre millions de barils par jour en 2011 à quatre-vingt-dix-sept en 2035, proviendrait «entièrement des gaz naturels liquides et des ressources non conventionnelles» (essentiellement le gaz et l'huile de schiste), tandis que la production conventionnelle amorcerait son déclin à partir de... 2013».(3)

Nafeez Mosaddeq Ahmed démonte l'escroquerie: «Et si la «révolution des gaz de schiste», loin de fortifier une économie mondiale convalescente, gonflait une bulle spéculative sur le point d'éclater? (...) Une enquête du New York Times de juin 2011 révélait déjà quelques fissures dans la construction médiatico-industrielle du «boom» des gaz de schiste, en ébruitant les doutes nourris par divers observateurs - géologues, avocats, analystes des marchés - quant aux effets d'annonce des compagnies pétrolières, soupçonnées de «surestimer délibérément, et même illégalement, le rendement de leurs exploitations et le volume de leurs gisements». (3)

L'auteur explique ensuite à la fois les dangers physiques et la réalité des rendements. (...) Or, la fracturation hydraulique n'a pas seulement des effets délétères sur l'environnement: elle pose aussi un problème strictement économique, puisqu'elle génère une production à très faible durée de vie. Dans la revue Nature, un ancien conseiller du gouvernement britannique, David King, souligne que le rendement d'un puits de gaz de schiste décroche de 60 à 90% au terme de sa première année d'exploitation Une chute aussi brutale rend évidemment illusoire tout objectif de rentabilité. Dès qu'un forage s'épuise, les opérateurs doivent à toute vitesse en creuser d'autres pour maintenir leur niveau de production et rembourser leurs dettes.(...) Les spécialistes en placements financiers ne sont pas dupes. «L'économie de la fracturation est une économie destructrice, avertit le journaliste Wolf Richter dansBusiness Insider. (...) Géologue ayant travaillé pour Amoco (avant sa fusion avec BP), M.Arthur Berman, se dit lui-même surpris par le rythme incroyablement élevé» de l'épuisement des gisements. Evoquant le site d'Eagle Ford, au Texas·- «la mère de tous les champs d'huile de schiste» -, il indique que «la baisse annuelle de la production dépasse les 42%». (3)


Le principe de précaution

Nous devons donc être très prudents! Le 30 juin 2011, la France devient le premier pays à interdire la fracturation hydraulique, une méthode jugée hautement polluante. Cependant, début octobre 2012, lors de la visite d'État de François Hollande en Algérie, la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq a facilité un rendez-vous entre la société française Saltel Industries, qui a mis au point une technologie de fracturation hydraulique présentée comme respectueuse de l'environnement, et la compagnie pétrolière nationale algérienne Sonatrach, faisant ainsi la promotion d'une pratique qu'elle combattait quelques mois auparavant lorsqu'elle était sénatrice de Seine-et-Marne puis ministre de l'Ecologie du gouvernement Ayrault I. Le 5 novembre 2012, bien que le rapport Gallois préconise d'étudier d'autres méthodes d'extraction de gaz de schiste, la seule méthode connue par fracturation hydraulique causant une pollution importante de l'eau en sous-sol, François Hollande refuse. En décembre 2012, bien que la France refuse l'exploitation et les essais techniques sur son propre territoire, elle a signé un accord avec l'Algérie pour rechercher les gaz de schiste de ce pays. (4)



Les risques de l'exploitation des gaz de schiste en Algérie

Il n'y a pas de gain en termes de changement climatique; pire que cela, le méthane qui s'échappe est plus dangereux que le CO2. En effet, chaque puits de gaz de schiste perd de 3,6% à 7,9% de son méthane dans l'atmosphère. Plusieurs types de risques et danger sont liés à la profondeur du forage, ou exacerbés par les conditions physicochimiques trouvées en profondeur. Ce sont notamment: des risques toxicologiques et écotoxicologiques; ils concernent les écosystèmes de surface et la santé humaine. Ils sont principalement liés aux teneurs en radionucléides, métaux lourds. Des risques liés au besoin d'augmenter la pression hydraulique de fracturation (risque sismique, mais aussi risque de rupture d'une partie de l'installation en surface avec blowup, c'est-à-dire brutale expulsion de gaz et de boue. De plus, les énormes quantités d'eau, seule technique valable, vont rendre le Sahara de plus en plus stérile. Sans aller dans le détail et en s'inscrivant en faux contre le consensus de ceux qui poussent à l'aventure du schiste.

Le Sahara n'est pas un organisme mort, c'est un organisme vivant dont une partie se remet très difficilement de la blessure faite à son écosystème par les explosions des gerboises atomiques multicolores. Il y a une vie, il y a une faune, il y a une flore et il y a des Algériens qui y vivent, il est faux de dire que les situations ne sont pas comparables avec celles des forages en zone urbanisée. Curieusement, c'est la France qui nous a légué une zone saharienne encore radioactive qui va nous aider à polluer à tour de bras et à faire ici ce qu'il lui est interdit de faire chez elle au nom du sacro-saint principe de précaution.

Il faut raison garder


Pourquoi ne pas faire une pause en mettant en place, sans tarder, une stratégie énergétique qui permettra de permettre cette transition énergétique, préserver nos ressources fossiles, créer un savoir-faire créateur d'emplois et permettre aux dizaines de milliers de diplômés du système éducatif de participer au développement du pays. Personne ne peut être contre une ressource qui peut devenir une bénédiction si nous savons y faire et si nous avons en tête le développement durable et la nécessité de laisser aux générations futures une Algérie vivable où il fera bon vivre si on fait cas de cette manne qui sera exploitée dans le cadre d'une stratégie Saurions-nous alors, être assez visionnaires pour laisser des atouts du développement aux générations futures. C'est tout le défi qui nous attend.

Encore une fois, seule une stratégie énergétique globale permettra de faire appel à toutes les ressources d'une façon ordonnée en commençant par les économies d'énergie qui nous permettront d'arriver à une sobriété énergétique (immense gisement d'environ 20% de notre consommation) en allant à marche forcée vers les énergies renouvelables (solaire, éolien, mais aussi petite hydraulique, biomasse et même géothermie).

Le destin de l'Algérie est à ce prix; chacun de ces vecteurs d'énergie est un immense gisement d'emplois si on sait s'y faire. Seul un cap mobilisateur concernant tous les secteurs et pas seulement celui de l'énergie, notamment celui du commerce qui doit - par une série de normes- mettre un frein à l'achat d'équipements énergivores à commencer pour les voitures dont il faudra bien un jour réglementer la consommation de carburant mais aussi de faire appel sans tarder à des véhicules possédant la double carburation en vue d'utiliser les grandes ressources de sirghaz épargnant ainsi les essences et le gaz oil que l'Algérie importe encore pour des centaines de millions de dollars et qu'elle revend à un prix dérisoire. L'avenir du pays est à ce prix.


1.Les gaz de schiste: Encyclopédie Wikipédia

2.http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_de_schiste - cite_note-16 (http://www.actu-environnement.com/ae/news/fracturation-hydraulique-alternatives-gaz-schiste-houille-geothermie-18344.php4

3.Nafeez Mosaddeq Ahmed http://www.monde-diplomatique.fr/2013/03/AHMED/48823

4.http://www.lepoint.fr/confidentiels/exclusif-gaz-de-schiste-la-france-va-explorer-en-algerie-20-12-2012-1604170_785.php

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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