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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 16:50

 

«Avec mon élection, l’Amérique vient envoyer un message au monde: le rêve américain n’est pas mort, il est vivant et demeure»

Barack Hussein Obama

       Un an déjà que le président Obama a pris ses fonctions. Son bilan a fait l’objet d’appréciations mitigées qui vont de l’apologie au dénigrement. Toutefois, les critiques reconnaissent au président Obama une certaine endurance et une certaine pugnacité. Beaucoup de promesses n’ont pas été tenues, mais avec le temps, pouvaient-elles l’être? Paradoxalement, le monde qui continue à s’accrocher à un espoir fou, celui de le voir réussir d’autant qu’il n’y a pas d’alternative à la débâcle du monde que celle de la réussite d’une façon ou d’une autre du président Obama. Obama serait-il naïf pour avoir présumé de son pouvoir de changer le monde? Nous allons lister quelques dossiers encore en suspens.

 

    «Le président américain, écrit Sara Daniel, ne parvient pas à fermer le bagne tant décrié. C’était pourtant l’un de ses engagements de campagne: les Etats-Unis n’apureront pas facilement le très lourd passif de l’ère Bush: les prisons secrètes de la CIA, ou "renditions", cette sous-traitance de la torture des ennemis de l’Amérique confiée à des dictatures. (...) Il n’y a pas que Guantanamo qui perdure. En Afghanistan, dans la prison sous administration américaine de Bagram, 620 prisonniers n’ont toujours pas vu d’avocat. Pour "améliorer" leurs conditions de détention, les Etats-Unis viennent de faire construire un nouveau pénitencier. Coût: 60 millions de dollars... Autre sujet d’inquiétude pour les organisations de défense des droits de l’homme: une loi promulguée par Barack Obama en octobre dernier permet de bloquer la diffusion de photographies de prisonniers torturés, en violation du Freedom Act que les organisations américaines utilisent pour avoir accès aux dossiers de la CIA, du Pentagone ou du département d’Etat. Il y a aussi, bien sûr, quelques évolutions positives: cinq des principaux responsables du 11 septembre, détenus aujourd’hui à Guantanamo, dont Khaled Cheikh Mohammed, seront bientôt jugés à New York par un tribunal de droit commun. A Bagram, certains prisonniers peuvent désormais recevoir des visites de leur famille. Mais on le sait aujourd’hui: il faudra des années pour en finir avec tout le système de coercition illégal mis en place par l’administration Bush dans sa croisade contre le terrorisme.»(1)

 

L’occasion ratée

      Pour certains analystes, l’histoire d’Obama à la Maison-Blanche est celle d’un homme qui avait de grands espoirs et de grandes ambitions de changement, et qui savait les incarner mieux que quiconque, mais qui a rapidement frappé le mur de la réalité politique. «Les crises sont des occasions de changer le monde», disait Obama au tout début de sa présidence. Pourtant, celui-ci a raté l’une des plus belles occasions qui s’est présentée à lui. Au début de 2009, les puissants banquiers de Wall Street étaient à ses pieds: le public exprimait rage et colère contre l’industrie de la finance et de nombreuses banques dépendaient de l’argent des contribuables pour leur survie. Qu’a fait l’administration Obama? Elle a vertement critiqué les p-dg des banques qui, leur institution à peine sauvée par le public, ont versé des milliards de dollars en prime à leurs cadres. Si la loi sur la santé passe, ce qui semble acquis, le président pourra au moins se vanter d’avoir fourni une couverture médicale à 31 millions des 36 millions d’Américains qui en sont dépourvus » .

 

« Dans le style, le ton, oui. George W.Bush était un cowboy qui tenait un pistolet dans chaque main. Obama est un intellectuel qui tend la main. Dans l’autre main, toutefois, il tient...un pistolet. A-t-il le choix? Il est le chef de la plus puissante armée du monde. Voici ce qu’il déclarait en décembre à la réception du prix Nobel de la Paix: En ma qualité de chef d’État qui a juré de protéger et de défendre son pays, [...] je suis confronté au monde tel qu’il est et ne puis rester passif face aux menaces qui pèsent sur le peuple américain. Car ne vous leurrez pas: le mal existe dans le monde. Ce n’est pas un mouvement non violent qui aurait pu arrêter les armées d’Hitler. [...]Obama promettait de grands changements. Au cours de sa première année à la Maison-Blanche, il en aura apporté de petits. Reste qu’il aura donné à bien des gens dans le monde l’envie d’admirer à nouveau les États-Unis.(2)

 

   S’agissant de ces ouvertures diplomatiques, à l’occasion du Nouvel An iranien, le 20 mars 2009, le président américain envoie un message vidéo à l’attention de Téhéran, rompant avec la tradition qui consiste à n’adresser ses voeux qu’au peuple iranien. «Nous avons d’importantes divergences, qui ont augmenté avec le temps, mais mon gouvernement est désormais déterminé (...) à établir des relations constructives entre les Etats-Unis, l’Iran et la communauté internationale. (...) Nous cherchons un dialogue honnête et fondé sur le respect naturel.» Dans son désormais célèbre «discours au monde musulman», Obama lance le 4 juin 2009 à l’université du Caire un appel à «un nouveau départ entre le monde musulman et les Etats-Unis», dans un effort visible pour tourner la page de l’ère Bush. «Tant que nos relations seront définies par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine plutôt que la paix, à ceux qui font la promotion du conflit plutôt que de la coopération.» Le 2 janvier 2010, alors qu’il se trouve encore en vacances à Hawaï, Obama prend un virage en accusant publiquement la branche yéménite d’Al Qaîda d’être à l’origine de l’attentat manqué contre un avion de ligne le 25 décembre. Les terroristes qu’ils vont devoir «rendre des comptes».(3)

 

    Mark Withaker du Washington Post dans une analyse lumineuse écrit: «Désirant comprendre la première année de mandat de Barack Obama et pourquoi il s’est révélé un président compétent mais moins magique que ne l’espéraient beaucoup d’Américains, j’ai relu son autobiographie, Les rêves de mon père. Ces mémoires relatent l’enfance chaotique du président. (...) Vu la confusion et le rejet qui ont marqué sa jeunesse, il n’est pas étonnant qu’Obama se soit efforcé d’imposer l’ordre dans sa vie d’adulte. (...) Obama aspirait également à apporter l’ordre au monde qui l’entourait. (...) Dans la course à la présidence, cette approche disciplinée, linéaire et conciliatrice a aidé Barack Obama à l’emporter sur les campagnes désordonnées de John McCain et d’Hillary Clinton. C’était exactement le tempérament qu’il fallait pour aider les Américains à échapper à la dépression nerveuse et budgétaire dans les premiers jours de la crise financière.»(4)

     «Mais, comme disent les Français, on a toujours les défauts de ses qualités. Dans le cas du président Obama, les défenses extrêmement structurées qu’il a érigées en conséquence de son enfance dysfonctionnelle l’ont peut-être mal préparé à affronter les forces incontrôlées du cynisme, de l’égocentrisme et de l’intérêt personnel qui règnent à Washington, à Wall Street et sur la scène internationale. En ce qui concerne l’économie, par exemple, le président a bien analysé ce qu’il fallait faire: une injection keynésienne de dollars fédéraux pour remettre le système en marche. Mais il s’est trompé sur l’endroit de la piqûre. Il n’a pas prévu que les démocrates du Congrès exploiteraient sa hâte à amorcer la pompe en truffant la loi de relances de dépenses pour des projets secondaires, ce qui a permis aux républicains de coller à Obama l’étiquette d’un fanatique de l’interventionnisme d’Etat.»(4)

 

     «En ce qui concerne la régulation du système financier. Les magnats de Wall Street ont bien montré que la seule chose qui compte pour eux n’est pas l’intérêt public, mais leur propre envie de profiter du plan de sauvetage et d’échapper autant que possible à tout contrôle futur.
Quant à l’Afghanistan, le président pensait qu’il pouvait se lancer dans une analyse de la situation sérieuse et de longue haleine pour éviter les erreurs commises au Vietnam et en Irak. Il ne s’attendait pas aux fuites quotidiennes, provoquées à dessein aussi bien par des généraux que par des conseillers sceptiques, qui ont limité ses options et donné l’impression qu’il hésitait. Si cette première année a parfois donné l’impression que le président Obama était pris au dépourvu et frustré par la mesquinerie et le désordre régnant à Washington, il ne faut cependant pas croire qu’il ne saura pas tirer les enseignements de cette expérience. L’autre fil conducteur qui court dans son autobiographie est sa capacité à réfléchir sur ses actes et à s’améliorer. Il s’est servi de cette faculté d’introspection pour devenir une meilleure personne, un meilleur orateur, un meilleur politicien. Il a peut-être compris maintenant qu’exercer le pouvoir ne consiste pas seulement à faire des discours remarquables et à chercher un terrain d’entente. Comme l’a montré Ronald Reagan, il faut un sens de la majesté et du mystère.
»(4)

 

   Pour Francis Fukuyama, professeur de sciences politiques à l’université John-Hopkins à Washington, « Obama s’est sans doute trompé sur la signification de son élection. La grande majorité qu’il a rassemblée en 2008 voulait moins faire bouger les lignes de la politique américaine vers la gauche, comme cela avait été le cas sous Roosevelt, qu’exprimer un vote de protestation à l’encontre de George W.Bush. De nombreux électeurs indépendants, centristes, qui votaient habituellement républicain, lui ont donné leur vote. Or, Obama a lancé immédiatement d’ambitieuses réformes sociales. (...) Si le président arrache la réforme de la santé au Congrès, il aura accompli une tâche majeure. A une question si il y avait une chance que la réforme Climat sur la réduction des émissions de CO2 passe cette année? Fukuyama répond: «Aucune, selon moi, avec ce Congrès. Même chose pour la réforme de l’immigration, qui est faisable, mais n’est pas possible actuellement. Arracher la réforme de la santé serait déjà un accomplissement formidable. Depuis cinquante ans, tous les présidents ont tenté de s’atteler à cette tâche.» (5)

 

  «En politique étrangère, il a fait ce qui était le plus facile à faire: changer le ton de la diplomatie américaine, montrer qu’elle ne compte pas sur la seule force militaire. Il a fait des ouvertures vers l’Iran et la Corée du Nord, dont il était prévisible qu’elles n’auraient pas grand succès. (...) Le risque d’échec est grand sur l’Iran ou le Pakistan. Le risque d’une guerre dans le golfe Persique est une vraie possibilité, car il est probable que les Iraniens passeront ce que les Israéliens considèrent comme une ligne rouge. Une action militaire israélienne est une vraie option. L’administration Obama n’a certainement aucun intérêt à ce qu’une guerre avec l’Iran éclate, mais je ne pense pas qu’elle ait la capacité ni la volonté politique de stopper Israël. Si la crise dégénère, c’est effectivement ce que cela démontrera[le déclin de l’ordre américain et plus généralement occidental]. Mais si Obama n’est pas rattrapé par l’Iran ou le Pakistan, et passe sa réforme de la santé, il pourrait bien devenir un très grand président.»(5)

 

  Pour Fabrice Rousselot du journal Libération: «En douze mois pourtant, Barack Obama s’est imposé comme un président historique. (...) Sans forcer aussi, il a changé l’image que le monde portait sur une première puissance mondiale abîmée par huit années de bushisme débridé et unitatéral. L’Amérique d’Obama a réintégré le concert des nations comme un partenaire ouvert au dialogue et tourné vers le futur. Certes, tout n’est pas réglé, loin de là. Mais qui pouvait réellement croire qu’en quelques mois, Obama allait opérer des miracles sur l’Afghanistan, l’Irak, la crise ou l’environnement? (...) La rupture n’a pas l’éclat facile du sarkozysme mais se mesurera dans la durée. Prix Nobel de la Paix en temps de guerre, Obama a été le premier à souligner qu’il ne méritait pas la récompense et qu’il faudrait le juger sur les actes. Laissons-lui encore un peu de temps.» Pour Philippe Waucampt du Réublicain Lorrain, dans le domaine de la politique étrangère, il a jeté les bases de la nouvelle diplomatie de l’ex-hyperpuissance, reposant sur un leadership relatif. C’est ce qui a conduit aussi à poser la Chine en partenaire privilégié et à balayer le contentieux avec la Russie afin d’avancer sur la voie du désarmement nucléaire. L’ennui est qu’Obama ne pourra pas faire plus de deux mandats.» (6)

 

    En conclusion, l’analyse de Daniel Ruiz du journal La Montagne nous semble résulter à la fois le bilan et les espoirs à attendre. Ecoutons-le: «(...) La séduction n’a guère faibli et retrouvera le zénith dès que l’économie repartira. On ne peut pas chercher à tout prix à relativiser sa puissance et le laisser être seul le gendarme du monde. Obama va chercher à sortir la tête haute du conflit afghan et à imposer une solution de coexistence équilibrée aux Israéliens et aux Palestiniens. S’il veut y parvenir par la négociation, il devra pouvoir compter sur la coopération internationale. Les Américains jugeront son mandat sur sa capacité à finir les guerres de Bush plus que sur son peu d’intérêt pour la réduction des émissions de CO2. (...) Même s’il n’est pas aussi grand que nous voudrions qu’il soit, la charge de premier président noir des États-Unis le place dans la lignée directe de Mandela et de Gandhi.»(6)

 

La défaite du racisme

 

    Pour nous, Barack Obama a ouvert une porte universelle. Pour la première fois le racisme fondateur aux Etats-Unis a été vaincu. Plus rien ne sera plus comme avant. Lors de cette élection, toute la planète, d’Afrique en Asie, d’Europe en Amérique, a senti qu’elle assistait à l’avènement d’un acte fondateur des relations entre humains. Nous voulons continuer à croire à l’Amérique d’Armstrong, à celle de Martin Luther King à l’American way of life et non à l’Amérique de Bush celle de «Bin Laden dead or alive», et de l’American way of war. Donnons à Obama le temps de sauver le monde. Nous n’avons pas d’autre choix. Le monde musulman l’attend sur un dossier éminemment dangereux, celui de la situation au Moyen-Orient. Les navettes de l’émissaire américain n’ont pas, pour le moment, convaincu Israël d’arrêter la colonisation et de se conformer aux dizaines de résolutions pertinentes des Nations unies concernant la Palestine. Obama pourra-t-il en l’espace de trois ans arrêter cette escalade infernale et rendre justice au peuple palestinien martyr dont le malheur a commencé un certain 2 novembre 1917 quand lord Balfour décide que «Sa Majesté considère favorablement, l’implantation d’un home pour les Juifs en Palestine»? La question reste posée.

 

1.Sara Daniel Le Nouvel Observateur: Le piège de Guantanamo Janvier 2010

2.http://www2.lactualite.com/obama/2010-01-06/le-bilan-de-la-premiere-annee-de-presidence-dobama/

3.La diplomatie de Barack Obama au fil de ses discours lefigaro.fr 20/01/2010

4.Mark Whitake: Obama?The Washington Post 20.01.2010

5.F.Fukuyama: Obama s’est trompé sur la signification de son élection. Le Figaro 19/01/2010

6.Bilan d’un an d’Obama NouvelObs.21.01.2010

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

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