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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 11:06

 

 

«Si nous voulons sérieusement contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C, ce qui provoquerait déjà une augmentation de 6 mètres du niveau de la mer, alors nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'exploiter les sables bitumineux ou d'autres hydrocarbures non conventionnels. Cela signifierait un «game over» pour le climat, et laisserait à nos enfants une situation incontrôlable de changements irrémédiables (..) on ne pourra que «prétendre» que nous ne savions pas.».

 

James Hansen Directeur du Goddard institute

 

    L'opportunité nous est donnée de traiter des changements climatiques suite à la tornade qui a dévasté la petite ville de Moore dans l'Etat de l'Oklahoma. En effet, une puissante tornade, avec des vents allant jusqu'à un record de 300 km/h, a frappé, lundi 20 mai, la ville de Moore dans la banlieue d'Oklahoma City, détruisant au moins deux écoles et bâtiments. (...) Les secours s'activaient pour retrouver des rescapés sous les nombreux débris:  Plus de vingt morts personnes mortes dont des enfants et des dizaines de blessés sans compter les dégâts matériels qui sont impressionnants. Est-ce à dire que les changements climatiques sont responsables directement de ces tornades? Nous ne pouvons pas le dire, car certaines régions des Etats-Unis connaissent ces tornades depuis longtemps. Les 10 tornades les plus dévastatrices aux Etats-Unis depuis 1840 auraient fait des milliers de morts.


La réalité des changements climatiques

 

   Cependant, on ne peut pas nier que les changements climatiques catalysent l'avènement de ces phénomènes. Ceci nous ramène à cette cause qui est de plus en plus enterrée qui est celle d'inverser la tendance en tournant le dos aux énergies fossiles responsables pour une large part de cette errance climatique niée encore par les climato-sceptiques. Pourtant, il semble que ces derniers soient en minorité: «Contrairement aux idées reçues, la communauté scientifique n'est pas divisée sur le changement climatique. Une «écrasante» majorité des publications de ces vingt dernières années assure que l'homme est responsable du réchauffement en cours, avance jeudi une étude parue dans la revue Environmental Research Letters.
Entre 1991 et 2011, sur plus de 4000 articles exprimant une opinion à ce sujet et écrits par plus de 10.000 scientifiques, plus de 97% d'entre eux entérinaient la thèse de l'origine anthropique du changement climatique.» Notre analyse montre que les articles rejetant le consensus sur le changement climatique ne constituent qu'une faible proportion de ce qui est publié, et sont en voie de disparition», écrivent les auteurs de l'étude, qui sont principalement des scientifiques experts de l'environnement, originaires des Etats-Unis, du Canada et d'Australie, dont certains contribuent au site Internet Skeptical Science, qui démonte les thèses des climatosceptiques. (...) Parmi les climatosceptiques, certains nient totalement le phénomène du réchauffement quand d'autres le reconnaissent, mais ne l'imputent pas aux émissions de gaz à effet de serre, mais à d'autres phénomènes comme l'activité solaire. (1)

 

Pour Stephane Foucart, un cap symbolique est en passe d'être franchi. Pour la première fois depuis que l'homme est apparu sur Terre. Et même depuis plus de 2,5 millions d'années... Le seuil de 400 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique devrait être atteint courant mai. «Franchir le seuil de 400 ppm de CO² porte une forte charge symbolique, juge le climatologue Michael Mann, directeur du Earth System Science Center de l'Université de Pennsylvanie. Cela vient nous rappeler à quel point la dangereuse expérience que nous menons sur notre planète est hors de contrôle.» Au rythme actuel des émissions de dioxyde de carbone, l'objectif fixé par la communauté internationale de limiter, à l'horizon de la fin du siècle, le réchauffement à deux degrés au-dessus du niveau préindustriel, est désormais quasi intenable. (...) Selon les derniers travaux du Giec, la stabilisation du CO² entre 400 ppm et 440 ppm conduirait, sur le long terme, à une augmentation moyenne de la température terrestre de 2,4 °C à 2,8 °C. «La dilatation thermique des océans conduirait à une élévation du niveau moyen des océans comprise entre 50 cm et 1,7 m, ajoute M.van Ypersele. Et ce, sans tenir compte de la fonte des glaciers.». (2)



La « parade » contre des changements climatiques erratiques

 

Les changements climatiques on un coût qui est d'autant plus important qu'il n'est pas anticipé. De plus, la vulnérabilité est inversement proportionnelle à la richesse et au développement du pays. La grêle a coûté près de 18 millions d'euros en Suisse en 2012. Les productions de fruits et légumes accusent un retard de deux à trois semaines en raison du mauvais temps et pour certaines, la saison est déjà compromise par endroit, affirment les producteurs contactés mardi 21 mai par l'AFP.

 

Dans la contribution suivante, l'auteur montre que l'on peut y répondre à moindre coût: il existe des moyens de gérer au mieux les aléas climatiques. A titre d'exemple, en France, près de huit entreprises sur 10 sont impactées, à divers degrés, par la météo. (..)Les récoltes de fraises ou de radis accusent un retard de plusieurs semaines et le tourisme est en berne malgré les nombreux ponts. La variation du chiffre d'affaires peut ainsi être très importante. Elle atteint 70% dans le tourisme, jusqu'à 85% dans l'énergie. D'où l'importance, pour les sociétés les plus «météo-sensibles», de bien anticiper les caprices du ciel. Car même si la pluie et le beau temps sont des phénomènes aléatoires, il existe des moyens pour éviter au maximum les mauvaises surprises... et capitaliser sur les bonnes. Plusieurs sociétés d'études se sont ainsi développées et offrent aux entreprises des études détaillées sur l'impact du ciel sur leurs chiffres d'affaires. (...) «(4)

 

A titre d'exemple justement, cette notion d'anticipation est superbement ignorée en Algérie. D'une façon récurrente, les inondations en Algérie sont catastrophiques et les égouts bouchés du fait de l'incurie des services concernés, sont un cauchemar pour les usages, comme cela a été montré à la télévision, oubliant du même coup, ce qui s'est passé à Bab El Oued, il y a plus de dix ans. Mieux, les Algériens ne s'assurent pas contre les catastrophes. L'assurance n'est pas encore rentrée dans l'imaginaire algérien. On dit qu'il y a à peine 4% d'Algériens qui s'assurent contre les catastrophes.


Le changement climatique en action: les réfugiés climatiques

 

Après les réfugiés politiques et les réfugiés économiques qui quittent les Suds dévastés, voici venir les réfugiés écologiques. Ainsi - sans publicité, sans m'as-tu-vu, ignoré des médias, on apprend que le typhon Mahasen a touché, jeudi 16 mai au matin, les côtes du Bangladesh, où plus de 800.000 personnes ont été évacuées. « La Birmanie, en alerte, a elle, aussi prévu des transferts massifs de population... Les événements climatiques et météorologiques extrêmes - inondations, mousson, cyclones, tempêtes - constituent la quasi-totalité (98%) des catastrophes naturelles qui, en 2012, ont conduit au déplacement de 32,4 millions de personnes dans 82 pays, d'après le rapport «Global Estimates 2010», publié, lundi 13 mai, par l'International Displacement MonitoringCentre (IDMC) et le Norwegian Refugee Council (NRC). L'Asie a été la plus affectée (22,2 millions de déplacés), devant l'Afrique (8,2 millions) et le continent américain (1,8 million). Le chiffre est deux fois supérieur à celui de 2011, qui était de 16,4 millions. Mais une constante demeure. «Les régions les plus pauvres sont les plus touchées, même si les Etats-Unis sont aussi frappés. Il y a une interaction entre la vulnérabilité aux phénomènes climatiques et la pauvreté économique», estime Bettina Laville, avocate spécialisée dans le développement durable et auteur d'un rapport sur les réfugiés climatiques. Au-delà de la terminologie, le nombre des déplacés ne peut qu'augmenter dans les décennies à venir. «(5)



Peut-on continuer à polluer avec les énergies fossiles?

 

Hervé Kempf explique que les réserves d'énergie fossile: pétrole, charbon et gaz représentent 745 milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre, ce qui est bien plus que ce que peut absorber l'atmosphère, si l'on veut contenir le réchauffement climatique à moins de 2 degrés. Et donc que l'on devrait laisser dans le sol ces combustibles polluants! Ce qui entraînerait la faillite des compagnies industrielles du secteur! Dans un travail fondateur publié en 2009, le Potsdam Institute a montré que si l'on voulait ne pas dépasser le seuil de 2°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, autrement dit si l'on voulait éviter une catastrophe climatique probable, il fallait limiter les émissions mondiales de gaz carbonique entre 2000 et 2050 à 886 milliards de tonnes. Du fait des fortes émissions de la première décennie, le budget n'est plus maintenant que de 565 milliards de tonnes. (6)

   Pour sa part, Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, a publié en 2006 le «rapport Stern». Il affirmait dans ce volumineux document qu'un modeste investissement annuel de 1% du PIB mondial jusqu'en 2050 éviterait alors une baisse du PIB mondial qui serait de l'ordre de 20%. Les «investissements» opérés notamment pour la prospection des réserves de combustibles fossiles le sont sans espoir de ce fameux «retour sur investissement». (6)



 

 

La responsabilité du libéralisme sauvage

 

Y a-t-il une relation entre les perturbations climatiques et la richesse selon les canons du néolibéralisme? Le 8 mai 2013, écrit Jacques Cossart, un communiqué du Monde célèbre la victoire... de Wall Street en annonçant que l'indice Dow Jones - le Dow, comme on dit entre soi - aurait, pour la première fois de son histoire, dépassé «la barre» des 15.000 points. On remarquera, au vu de l'évolution, qui tient compte de l'inflation, de l'indice sur la période allant de 1925 à 2010 (*), que les deux décennies de la dérégulation flamboyante des années 1980 et 1990, montre le passage à partir d'un creux de 1500 points environ à un pic proche de 15.000 points déjà. Il s'agit donc d'un multiplicateur 10, or sur la même période, le multiplicateur du PIB étasunien en dollars constants a été de 2. Comment donc expliquer que la croissance de l'indice ait été décuplée alors que la «richesse» réelle a seulement été doublée? Quelle autre raison que l'omniprésence de la spéculation pourrait bien invoquer les partisans - affichés ou cachés - de la dérégulation? (7)

 

Dans ce qui suit, nous allons donner la parole à deux auteurs qui, chacun à sa façon nous expliquent comment le libéralisme traite les changements climatiques. «Depuis 20 ans, écrit Yves Heuillard, on nous ment sur le changement climatique et les émissions de gaz carbonique». «Le premier mensonge concerne notre soi-disant succès à réduire nos émissions carbonées. Le deuxième mensonge consiste à dire que nous faisons tout pour juguler le problème climatique. Le troisième mensonge concerne la consommation qui est présentée comme un élément essentiel au bonheur. D'abord, nous n'avons pas réduit nos émissions de gaz carbonique. La comptabilité publique en la matière ne tient compte que des émissions locales, et non des émissions générées ailleurs par les produits que nous importons, et qui sont censés nous apporter le bonheur. (...) Et si on fait le vrai calcul, en incluant les émissions qui ont servi à satisfaire notre demande de produits, en réalité nos émissions ont augmenté. En fait, elles ont augmenté de 20% en 20 ans. Mais le gouvernement préfère l'ignorer, sauf à révéler qu'en réalité, il n'a pas tout fait pour réduire le changement climatique. Et il préfère blâmer la Chine pour ses émissions, plutôt que notre propre consommation qui ne cesse de grimper. (...) Il serait temps de dire la vérité au sujet de la consommation. «Nous devrions commencer à faire les produits dont nous avons besoin de manière durable, plutôt que de rejeter la responsabilité sur d'autres pays. Et nous devrions également nous passer des produits dont nous n'avons pas besoin».(8)

 

Les Etats-Unis, écrit le professeur d’économie  Michel Aglietta, sont le pays où le déni du changement climatique est poussé à l'extrême. Il explique comment tout est bon pour le capitalisme pour crer de la valeur sur le malheur   des autres . « C'est aussi dit il , celui où l'Etat fédéral n'investit plus en infrastructures de transports publics et où les Etats ne sont pas en mesure de moderniser leurs moyens vétustes. Sa vulnérabilité aux événements extrêmes est révélée par Sandy.(...) Mais cela n'a guère d'importance pour le capitalisme, ce qui compte, ce sont les coûts financiers et les opportunités de profit sur la reconstruction. Les estimations actuelles de Goldman Sachs, bien sûr, vont de dollars 30 à 50 mds. Du point de vue de la mesure, on voit à quel point tout le système comptable est démuni pour éclairer des politiques de développement durable. Car les destructions de capital social ne sont pas comptabilisées dans le PIB, alors que le coût de la reconstruction va augmenter le PIB l'an prochain.

 

On l’aura compris : « L'économie américaine apparaîtra plus riche du fait de la catastrophe! Le capitalisme ne reconnaît pas la valeur des fondements écologiques de l'économie. Si l'on veut mettre en oeuvre une politique économique de développement durable, il faut au préalable construire une comptabilité patrimoniale qui évalue tout le capital social et déduit les destructions de capital naturel dues à la pollution, à la réduction de la biodiversité, aux inondations dues à la montée de niveau des océans, à la rareté de l'eau, etc... (9)


Faut-il un tribunal pour juger les crimes contre l'environnement? Il est indispensable, lit-on sur le site Attac, que soient institués au plus vite dans le cadre de l'ONU, un droit international de l'environnement et un tribunal habilité à juger et sanctionner les délits et les crimes commis. Amen.


1. http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/16/les-scientifiques-climato-sceptiques-sont-en-minorite_3261853_3244.html


2. Stéphane Foucart   http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/06/le-taux-de-co2-dans-l-air-au-plus-haut-depuis-plus-de-2-5-millions-d-annees_3171507_3244.html


3. http://www.challenges.fr/economie/20130521.CHA9655/comment-le-mauvais-temps-impacte-la-consommation.html


4. http://www.challenges.fr/economie/20130521.CHA9661/meteo-pourrie-les-entreprises-ne-sont-pas-condamnees-a-subir-ce-printemps-pluvieux-et-froid.html#xtor=EPR-7-[Quot18h]-20130521


5. Plus de 32 millions de personnes ont été contraintes à l'exode climatique en 2012 Le Monde 16.05.2013


6. http://ecolos34130.over-blog.com/article-deux-faillites-a-venir-117595031.html


7. Jacques Cossart   http://www.france.attac.org/archives/spip.php?article1289213/05/2013
8. Y. Heuillard http://www.ddmagazine.com/201305052624/Actualites-du-developpement-durable/-Rechauffement-et-emissions-de-CO2-on-nous-ment-depuis-20-ans.html


9. Michel Aglietta Sandy, l'hyper capitalisme et le changement climatique    http://www.cepii.fr/BLOG/bi/post.asp?IDcommunique=1616 Novembre 2012

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique nep-edu.dz

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