Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 13:17

 

 

«Le monde est du côté de celui qui est debout.»

 

Proverbe arabe

 

Et si cette conférence prévue d'ici la fin mai était la bonne? Et si elle pouvait mettre fin au calvaire du peuple syrien. Ce peuple fier héritier de plusieurs civilisations dont celle bien connue des Ommeyades. Les Algériens ont toujours eu une certaine sympathie, voire empathie pour le peuple syrien qui a hébergé plusieurs centaines de familles au début du XXe siècle, ces dernières refusaient la conscription imposée par la France pour aller guerroyer pour son compte dans l'enfer de Verdun. Ce pays qui a été l'hôte de l'Emir Abdelkader et qui lui a procuré la sécurité. Ce même Emir qui a enseigné de longues années à la Mosquée des Ommeyades, et c'est avec beaucoup de peine et de rage que nous apprenons l'outrage fait à cette Mosquée du fait de la guerre.

 

Les Syriens devraient visiter l'Histoire. Justement, dans les années 1860, c'est à peu près le même prétexte qu'avaient trouvé les deux puissances néfastes de l'époque, la France et l'Angleterre, pour, disaient-elles, protéger les minorités qu'elles n'ont cessé de dresser contre le pouvoir ottoman. Résultat des courses: il y eut une réaction d'exaspération des Damascènes qui se traduisit par des émeutes et n'était-ce la bravoure et la détermination de l'Emir Abdelkader, qui sauva d'une mort certaine plusieurs milliers de chrétiens, qu'il ramena dans sa propre demeure, qu'il soigna, apaisa, nourrit pendant plusieurs jours jusqu'à ce que la tension ne baisse. Dans son exhortation de la foule en furie, l'Emir les mit en garde contre le piège de la division tendu justement pour créer la future partition.

 

C'est à partir de ce moment que les deux forces du mal (Angleterre et France) imposèrent à l'Empire ottoman vermoulu un «moutassarif», une sorte de gouverneur pour le pays chrétien druze, qui devait donner, cinquante ans plus tard, aux accords Sykes-Picot et à la naissance du Liban «ce cher Liban», disait le général de Gaulle... La Syrie, ce pays plusieurs fois millénaire, qui a vu Ougarit et qui a toujours été de tolérance entre les différentes sensibilités, cultures et religions.

 

Ce savant dosage, fruit d'une acculturation croisée, a été mis à mal par des extrémistes de tout bord qui ont mis ce pays à feu et à sang. Plusieurs dizaines de milliers de morts, les Occidentaux - l'Empire et ses valets, la Grande-Bretagne et la France- ainsi que les roitelets du Golfe s'aperçoivent que la Syrie, c'est autre chose! Rien à voir avec les autres printemps et les dominos qui sont tombés. Malgré toutes les propagandes des pays du Golfe qui se sont définitivement déconsidérés et celles des pays occidentaux auxquelles nous sommes habituées en termes de partialité et de mensonge, le peuple syrien tient bon.

 

Cependant, il n'est nullement dans mes intentions de faire les louanges de Bachar El Assad qui, comme potentat arabe, ne sait pas ce que c'est que l'alternance, ni même la nécessité de laisser «respirer son peuple». Mais le fait est là, Damas n'est pas tombé. Cela ne veut pas dire que c'est la joie, il n'est que de voir le flot de réfugiés que les médias occidentaux décuplent dans leurs propagandes. C'est au peuple syrien de se choisir un nouveau leader.


Un espoir, l'accord russo-américain

 

On disait Lakhdar Brahimi, émissaire de l'ONU partant, il n'en sera rien avec la bonne nouvelle d'en revenir à l'application de l'accord de Genève du 30 juin 2012. Les termes de l'accord de Moscou: «A l'issue des entretiens, mardi dernier à Moscou, du secrétaire d'Etat américain, John Kerry, avec le président russe Vladimir Poutine, ainsi qu'avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, les deux parties se sont entendu pour inciter le gouvernement syrien et les rebelles à trouver une «solution politique» au conflit. Moscou et Washington se sont engagés aussi à encourager l'organisation «au plus vite» d'une conférence internationale sur la Syrie».

 

«Nous pensons que le communiqué de Genève est la voie à suivre pour mettre fin à l'effusion de sang», a déclaré M.Kerry. Dans ce contexte, M.Lavrov a affiché l'attachement de la Russie et des Etats-Unis à «l'intégrité territoriale de la Syrie dans le cadre de la mise en place de l'ensemble des dispositions énoncées dans le communiqué de Genève». Nous reconnaissons que cela nécessite l'accord mutuel des parties syriennes, et nous nous engageons à utiliser toutes les possibilités dont disposent la Russie et les Etats-Unis afin de faire asseoir le gouvernement et l'opposition syrienne à la table des négociations.

 

Ce communiqué nous apprend, d'une part que la solution ne peut être que politique n'en déplaise aux pyromanes du Golfe qui doivent être désemparés. Le retour à la négociation après une année d'épreuves pour le peuple syrien et des milliers de morts plus tard est un scandale. Ceux qui ont voulu de la solution militaire pensaient que le pouvoir était mûr pour tomber. Il n'en fut rien. La Syrie fut selon l'expression américaine «too big to fall». La chance du pouvoir c'est d'avoir en face des mercenaires sans idéaux de la nation, au contraire, ils pratiquèrent la politique de la terre brûlée, voulant imposer une vision du monde qui a été tolérée d'une façon criminelle par les pays occidentaux qui les ont armés ou fait armer par les potentats du Golfe.

 

Les deux grands ont, en fait, sifflé la fin de la récréation et sont arrivés à l'évidence, qu'il n'y aura pas de partition comme l'aurait souhaitée Israël sur le schéma de l'Irak, voire de la Libye. La Russie conservera son influence et le départ de Bachar El Assad n'est plus d'actualité. La coalition hétéroclite, mais que peut-elle faire si les robinets en armement et en vivres sont coupés? On peut parier que les potentats du Golfe, qui sont responsables dans une grande mesure du chaos syrien, vont s'aligner, la mort dans l'âme, sur les instructions de l'Empire.

 

L'annonce a été saluée comme un événement majeur et les pays occidentaux qui, la veille encore, appelaient à la chute sans condition de Bachar El Assad, ont applaudi lâchement suivant le maître. Mieux encore, voulant être dans le wagon de l'Histoire. David Cameron s'envola d'abord pour la Russie pour «s'informer» et ensuite pour Washington pour signaler sa présence. Quant à la France, elle perdit, encore une fois, le cap tracé par la «politique arabe» de De Gaulle, s'alignant sur l'Empire depuis Sarkozy et Hollande.

 

Le conflit risquait de s'enliser, et la «coalition» hétéroclite a changé plusieurs fois de chefs. Souvenons-nous: elle avait à sa tête Burhan Ghalioun, un universitaire franco-syrien recyclé pour la cause, qui fut brutalement débarqué au profit d'un «champion» de la Turquie, aux dernières nouvelles, c'est un Américano-Syrien qui fait de l'ombre à un autre chef qui n'arrête pas de démissionner en restant en place, je veux parler d'Al Khatib.

 

Dans ces conditions, il fallait forcer le destin. Ce qu'Israël a fait. Le bombardement par Israël de l'aéroport de Damas et de cibles de l'armée syrienne dans Damas le 5 mai, sont des actes de guerre illégaux et non provoqués. Selon des reportages des médias russes, 300 soldats syriens ont été tués et des centaines d'autres blessés dans la seule attaque de dimanche. Les forces israéliennes ont, de fait, agi tout autour de Damas comme un soutien aérien pour les milices islamistes de l'opposition appuyées par les Etats-Unis.

 

Par ailleurs, Moscou a averti Ankara, Riyadh et Doha que les bandes terroristes avaient essayé, il y a quelques jours, de détruire, en vol, un avion de ligne russe. Moscou a souligné que la Turquie, le Qatar et l'Arabie Saoudite seraient responsables de toute attaque contre les intérêts russes et que la Russie était capable de défendre ses intérêts et ses ressortissants, à travers le monde. Selon Al Nahar, le tir de deux missiles en direction d'un avion de ligne russe avec 200 passagers à bord dans le ciel syrien a poussé les présidents russe et américain à entrer immédiatement en contact et à s'échanger avertissements et mises en garde!

 

On dit aussi que 3 500 combattants des groupes takfiri et des militants de l'opposition syrienne assiégés à Qusayr zone Homs auraient envoyé de nombreux messages urgents pour faire leur reddition aux autorités officielles syriennes. « Après la lourde défaite qu'ils ont reçue dans de nombreuses régions syriennes, les groupes d'opposition sont devenus plus souples dans leurs conditions à négocier avec le gouvernement syrien. Selon des sources libanaises qui manipulent les efforts de médiation, l'opposition a renoncé à la condition que le président syrien quitte le pouvoir, d'entamer des négociations. Les forces de l'opposition syrienne souffrent de trois problèmes majeurs après la récente défaite en champ de bataille: le premier a trait à la démoralisation sévère des combattants, le second est le siège sévère contre eux par les forces gouvernementales, et le troisième est leur incapacité pour attirer plus de combattants ou pour rallier le soutien. (1)


Pourquoi ce revirement des Américains ?

 

On ne peut s'étonner alors, devant la dangerosité de la situation de la rapidité de cet accord entre les deux grands. Il y a plusieurs causes possibles. D'abord, la lassitude des mercenaires qataris, la multitude de chapelles des combattants qui ont commencé à faire peur à l'Occident qui recule devant le fait de mettre au pouvoir comme en Libye, Tunisie, Egypte des Islamistes extrêmistes. Laurent Fabius voulant rattraper le train a proposé, il y a deux jours, d'inscrire les rebelles d'Al Nosra sur la liste des terroristes.

 

La deuxième raison est due au fait que les rebelles sont devenus incontrôlables avec des seigneurs de la guerre qui se rendirent coupables en mars d'avoir utilisé des armes chimiques comme le sarin, ce qu'a dénoncé avec son courage bien connu Carla del Ponte enquêtrice des Nations unies. Denys Pluvinage dans une remarquable contribution, donna aussi d'autres raisons du revirement américain: «(...) Récemment, on a commencé à parler d'utilisation d'armes chimiques. La ligne rouge avait-elle été franchie? Israël aurait bien aimé que cela fut le cas. Les services français et anglais semblaient confirmer, de même que des officiels israéliens, mais le pouvoir américain déclarait que les preuves n'avaient pas la crédibilité nécessaire. Puis début mai, Mme Del Ponte, membre de la commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie, déclarait qu'il y avait des présomptions très fortes et très concrètes d'utilisation de gaz sarin par l'opposition. Parallèlement, on apprenait (The New York Times, 27 avril 2013) que l'opposition liée à Al Qaîda, qui tenait une partie de la région d'Alep, la plus grande ville de Syrie, contrôlait la centrale électrique, les boulangeries et avait instauré des tribunaux islamiques. Ailleurs, ces mêmes rebelles avaient pris le contrôle de champs pétroliers, remis les ouvriers au travail et vendaient le pétrole.»(2)

 

«Enfin, Israël profitant du chaos qui règne dans le pays a lancé plusieurs raids aériens sur la Syrie, officiellement pour empêcher la livraison d'armes iraniennes au Hezbollah libanais. Il est de notoriété publique que l'état hébreu cherche à entraîner ses alliés américains dans des raids contre les installations nucléaires iraniennes. Il peut gérer seul les hostilités avec la Syrie, mais les militaires israéliens ont réalisé qu'ils ne pouvaient intervenir seuls en Iran.
Du côté américain, on se souvient des résultats de l'invasion de l'Irak, puis de l'Afghanistan, de la chute organisée du colonel El Gueddafi et l'administration Obama, manifestement, ne veut pas de nouvelles opérations militaires au Moyen-Orient. Il est donc temps de revenir à une approche diplomatique du problème, celle que la Russie prône depuis le début. D'où le voyage à Moscou de M.Kerry. (...) Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a mis en garde contre la gravité de l'utilisation du prétexte des armes chimiques, pour des intérêts géopolitiques de certains pays et forces extérieures hostiles à la Syrie.» (2)

Pour Alex Lantier, la Syrie se trouve dans la ligne de mire de Washington depuis plus d'une décennie en raison de ses liens avec l'Iran et des forces telles que le Hezbollah. Avec cette guerre, les Etats-Unis cherchent à mettre en place un protectorat en Syrie qui sera complètement subordonné à la politique américaine. (...) D'ores et déjà,, l'actuelle guerre par procuration des Etats-Unis en Syrie a embrasé le Moyen-Orient. L'objectif étant d'isoler et d'intimider le principal allié régional de la Syrie, l'Iran riche en pétrole, elle est en train d'entraîner le Hezbollah dans le combat et de mener au déclenchement d'une guerre civile en Irak où des forces sectaires chiites liées à al-Nusra sont en train de combattre le gouvernement mené par les chiites. En intensifiant la guerre en Syrie, Washington risque de déclencher une guerre régionale générale qui, si les alliés d'Assad, la Chine ou la Russie, étaient impliqués, pourrait provoquer une conflagration mondiale.»(3)

 

La non-réponse de Damas aux deux bombardements israéliens qui font suite à celui de janvier est une énigme à moins d'accorder à cette information de l'AFP: «La Syrie va ´´tout donner au Hezbollah´´ en reconnaissance de son soutien et va suivre son modèle de ´´résistance´´ contre Israël, a indiqué, jeudi 9 mai, le quotidien libanais al-Akhbar, qui cite des visiteurs libanais à Damas rapportant les propos du président syrien Bachar el-Assad. La Syrie aurait pu ´´aisément´´ riposter aux raids israéliens menés vendredi et dimanche près de Damas en ´´lançant plusieurs roquettes sur Israël´´, a-t-il poursuivi, mais ´´nous voulons une revanche stratégique en ouvrant la porte à la résistance et en faisant de toute la Syrie un pays de résistance». M.Assad a, par ailleurs, encore accusé les rebelles, que son régime assimile à des terroristes, d'être les ´´soldats´´ d'Israël.»

 

Justement, les attaques israéliennes ont été saluées par un chef de la résistance syrienne sur une chaine israélienne. Nous voyons donc de mieux en mieux la finalité de ces actions. Casser la Syrie, en faire des peuplades séparées, soit par la religion, soit par l'ethnie, et préparer l'invasion du dernier domino, l'Iran pour aboutir à un Moyen-Orient d'esclaves à l'instar des Bao Daï vietnamiens. Il y a à l'évidence un grain de sable dans cette mécanique du diable.

 

Rêvons de la paix pour le peuple syrien qui ne peut être que profitable pour le peuple palestinien qui lui, aussi, ne rêve que de liberté et de paix sur la peau de léopard de la Palestine originelle. C'est peut-être le début d'une prise de conscience globale, les roitelets du Golfe devant rendre compte pour la liberté de leurs peuples, Israël sera, par la force des choses, amenée à accepter cette fameuse proposition de Riyadh en 2002 pour une paix globale au Moyen-Orient.



1.http://www.almanar.com.lb/english/adetails.php?eid=92759&cid=71&fromval=1&frid=71&seccatid=271&s1=0


2. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-ton-change-sur-la-syrie-135558


3. Alex Lantier    http://www.mondialisation.ca/ les-frappes-israeliennes-en-syrie/5334236

 

Professeur Chems eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Partager cet article

Repost 0
vérité et tolérance - dans anomie du Monde
commenter cet article

commentaires