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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 13:47

 

  

  

  

«C’est celui qui n’a jamais exercé qui trouve que le pouvoir n’est pas plaisant.»

 

Proverbe africain

 

 Ce proverbe décrit plus que mille discours le malheur de l’Afrique dont les dirigeants, pour l’immense majorité, refusent l’alternance clouant au sol les espoirs d’un milliard de personnes dont une grande partie de jeunes dont le seul souci est de s’évader du pays pour tenter de vivre, quitte à en mourir. Ainsi, avec une régularité de métronome et pendant que plusieurs évènements dangereux étaient signalés en Afrique par un rituel bien rodé, les chefs d’Etat se sont donné rendez vous à Kampala pour faire le bilan de « leurs prouesses » et de leur façon de servir leurs compatriotes. Rien d’exceptionnel me dira-t-on, les kermesses ou zerdas -c’est selon n’intéressent en définitive que ceux qui y émargent; c’est-à-dire les chefs d’Etat et les fonctionnaires payés grassement avec les deniers des pays qui, pour beaucoup, sont exsangues.

 

« Dans les salons feutrés de Kampala, en Ouganda, écrit Brahim Takheroubt, qui abrite la 15e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, on disserte sur «la santé maternelle, néonatale et infantile et le développement en Afrique». Un thème totalement discordant avec les réalités du continent. De quelle santé maternelle parlent alors ces dirigeants africains quand des organisations humanitaires témoignent qu’elles ont vu «des femmes casser des fourmilières pour récupérer des grains»? (...) Au moment où 10 millions de personnes, dont près de 500.000 enfants, sont menacées par la famine, l’UA parle de la femme, les parlementaires se penchent sur le cancer de l’utérus et la France mobilise un arsenal militaire pour libérer un citoyen. Il faut dire que les dirigeants africains et français font cause commune.(1)

Justement, au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement donnaient l’illusion d’une Unité de l’Afrique, une intervention étrangère à la «demande» de la Maurétanie se déroulait au Sahel. Résultat des courses: 6 «rebelles» de l’Aqmi tués et d’autres arrêtés. Comme représailles, un ressortissant français capturé par l’Aqmi aurait été tué. Branle-bas de combat. La guerre est déclarée officiellement à l’Aqmi par la France pour la mort de son ressortissant et ceci sur un territoire qui n’est pas le sien, voire sur plusieurs territoires du Sahel.


La course à l’armement 

 

Ecoutons le morceau d’anthologie extrait du discours fleuve du Dr Jean Ping, secrétaire général de l’Union africaine: «Pendant ces six mois, la Commission a poursuivi la mise en oeuvre des décisions du Conseil exécutif et de la Conférence ainsi que la mise en application du Plan stratégique 2009-2012. Elle a aussi intensifié son action dans la consolidation de la renaissance du continent et dans le renforcement de la place de l’Afrique sur l’échiquier mondial. (...) Au plan africain, la reprise est également de retour; la production y a progressé l’an dernier de 1,6% et une croissance moyenne de 4,7% est projetée pour cette année. Toutefois nos partenaires du G20 partagent la même conviction que nous quant aux mesures nécessaires à prendre, pour consolider la croissance.»(2)

 

   «(...) Accroître les dépenses d’investissements en infrastructures pour aider à stimuler la capacité de production, réduire les goulots d’étranglement dans les approvisionnements et favoriser les échanges intra-africains: à cet égard, la Commission a déjà mobilisé avec l’aide de la BAD, 7,8 millions d’euros pour doter l’Union d’une vision continentale de développement des infrastructures à l’horizon 2030. On parle désormais de "Big Push on infrastructure". C’est pourquoi nous avons lancé hier, ici même, le Programme de développement des infrastructures en Afrique (Pida) élaboré avec la collaboration de la Banque africaine de développement et le Nepad».(2)

  A cette étape du discours, au-delà de la langue de bois sur ce que c’est la renaissance du continent et son renforcement sur l’échiquier mondial, qu’est-ce qu’une vision continentale du développement, quand on sait le sort qui est fait au Nepad - «récupéré» par les structures de l’Union-organe censé justement répondre à cette vision du futur, on se demande comment les pays africains qui ont plus confiance dans l’ancienne puissance coloniale que dans le voisin. Le Dr Ping cite aussi la nécessité:


  «Améliorer la sécurité alimentaire qui demeure un objectif-clé dans le cadre du Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (Pmasa) car, pour citer notre Président, le Professeur Bingu Wa Mutharika, "d’ici 5 ans, aucun enfant en Afrique ne devrait plus mourir de faim ni de malnutrition." Le G8 s’est aussi engagé à rassembler toutes les initiatives dont celle de L’Aquila visant à mobiliser 22 milliards de dollars d’ici 2012»(2)

 

Je fais respectueusement remarquer au Dr Ping que cela fait 15 ans que les Nations unies parlent d’éradiquer la faim. A l’évidence, l’Afrique compte sur le G8 pour combattre son propre fléau qu’est la faim. Nous sommes naïfs quand, on sait que les pays industrialisés consacrent des centaines de milliards pour l’armement quand on sait que le marché de la mort n’a jamais été aussi florissant avec 1200 milliards de dollars, quand on sait que les pays africains préfèrent affamer leur peuple par, contre ils s’arment jusqu’aux dents pour faire la guerre, qui à leur voisins, qui à leurs peuples.

 

   Tout en rappelant que «toutes les cinq secondes un enfant meurt» selon Jean Ziegler, nous donnons un échantillon de ce que c’est la réalité de la gouvernance en Afrique et qui se conjugue avec la famine. Laetitia Van Eeckhout nous permet de mesurer l’ampleur du drame qui se joue au Niger: «Les femmes nigériennes ont une expression terrible pour qualifier la catastrophe qui frappe une nouvelle fois leur terre asséchée: elles l’appellent "Ba Kanta": crise sans issue. Au Niger, pays au coeur de la bande sahélienne de l’Afrique, encore marqué par la grande famine de 2005, la situation alimentaire n’a cessé de s’aggraver depuis le début de l’année, suscitant des inquiétudes croissantes.(...) Le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) a annoncé, mardi 20 juillet, une augmentation massive de ses opérations d’assistance dans le pays. Début juillet, le PAM avait déjà doublé le nombre de Nigériens (de 2,3 millions à 4,6) à qui il prévoyait de fournir une aide alimentaire vitale en 2010. Désormais, il projette de nourrir 7,9 millions de personnes d’ici à la fin de l’année». (...) La population en est réduite à adopter des stratégies de survie. Le nombre de repas quotidiens est rationné, de trois il passe à un. Certains ont recours à la cueillette de plantes sauvages. Les familles s’endettent, vendent leurs quelques têtes de bétail afin de pouvoir se nourrir. «La nourriture est disponible sur les marchés locaux mais à des prix très élevés. Il faut pouvoir y avoir accès», relève Anne Boher. Au-delà de la distribution de vivres, l’aide internationale met l’accent sur les activités dites de «travail contre argent» afin de remettre en état les pâturages et mener des travaux de lutte contre l’érosion. (...) Reste que les financements demeurent insuffisants. Il manque 206 millions de dollars (160 millions d’euros) sur les 348 millions nécessaires, selon l’appel lancé début juillet par les Nations unies.(3)

 

Le Dr Ping poursuit sa litanie en récitant une série de voeux pieux comme la participation de l’Afrique au cycle de Doha ou encore au G20. Ecoutons-le: «(...) Dans cette perspective, le thème de notre Sommet: «La santé maternelle, néonatale et infantile et le développement en Afrique», prend toute sa mesure.  En Afrique, une femme sur seize meurt encore en accouchant et toutes les minutes, 8 enfants dont 2 nouveau-nés, meurent dans des conditions que l’on aurait pu facilement prévenir.(2)

,,,,C’est beau, c’est noble, c’est généreux! Mais franchement, est-cela la priorité de l’Afrique? Est-ce nécessaire de toujours singer les pays industrialisés qui, eux, avaient décidé en juin, au Canada, de consacrer des fonds à la santé des femmes et des nouveaux-nés? N’aurait-il pas été plus porteur- indépendamment de l’autosuffisance alimentaire- que l’Afrique s’occupe aussi et en priorité du sida - rappelons que 25 millions de personnes sont infectées en Afrique- soit 80%du total mondial-et être partie prenante des grandes décisions en participant notamment en force au Congrès mondial qui s’est tenu en même temps en Autriche? Pas un mot dans le discours!!

 

   Pourtant, il y a là un motif de combat noble que de militer pour la disponibilité des médicaments à des prix abordables, comme l’avait fait en son temps l’Afrique du Sud.
Dans la dernière partie de son intervention le Dr Ping parle de la paix; écoutons, le: «(...) Les six mois écoulés ont été caractérisés par un redoublement des efforts en vue de la promotion de la paix et de la sécurité, de l’instauration de l’Etat de droit, du respect de l’ordre constitutionnel, en vous rappelant que 2010 a été consacrée «Année de la Paix et de la Sécurité en Afrique. (...) Sur le terrain, force est de reconnaître la persistance de certains conflits, la survenance de crises liées aux élections et la résurgence du fléau des coups d’Etat. En Somalie, la précarité de la situation demeure préoccupante bien que le gouvernement fédéral de transition (TFG) n’ait cessé de déployer des efforts de dialogue et de réconciliation avec les autres parties prenantes somaliennes Quant à l’Amisom, les problèmes rencontrés sont réel; et il faut saluer l’arrivée prochaine du bataillon guinéen et la contribution urgente de troupes que l’Igad a décidé d’apporter pour nous permettre d’atteindre très rapidement et même dépasser l’effectif autorisé de 8000 soldats. Au Soudan, au lendemain des élections générales d’avril dernier et à moins de six mois du référendum d’autodétermination pour le Sud-Soudan, cette Afrique en miniature vit actuellement une des phases les plus critiques de son histoire. Dans ce contexte, il est aussi crucial que la communauté internationale, au premier rang de laquelle se trouvent l’Union africaine et les Nations unies, continue à coordonner étroitement son action en appui aux différents acteurs soudanais. Il en découle que toute action internationale sur le Soudan doit prendre en compte les points de vue des Africains et la volonté librement exprimée par les Soudanais eux-mêmes. Il faut réfréner cette tendance croissante à vouloir se substituer systématiquement aux Africains eux-mêmes pour décider de leur destin.».(2)

 

  Dit autrement et courageusement, le Dr Ping demande aux puissances étrangères de laisser les Africains régler leurs problèmes entre eux. Ce voeu pieux n’est naturellement pas pris en compte. Il n’est que de voir les ingérences de toutes sortes par consentement ou non, des gouvernants. Le cas de la «partition prochaine» du Soudan est à méditer. Le président soudanais Omar el-Béchir est visé par un nouveau mandat de la Cour pénale internationale pour «génocide» au Darfour. L’Union africaine (UA) a réitéré le 24 juillet son soutien total au président soudanais. L’arrestation de M. el-Bechir constituerait une violation de l’impunité des dirigeants élus, a déclaré le président en exercice de l’UA, le Malawite Bingu wa Mutharika, estimant que le mandat d’arrêt contre le numéro un soudanais était une violation de l’immunité des dirigeants des pays indépendants et devait être rejeté. Des avocats britanniques et un réseau d’ONG soudanaises ont demandé aux dirigeants africains en réunion à Kampala, de faire appel auprès de la Cour de justice internationale (CJI) pour qu’elle annule les mandats d’arrêt contre M. el-Bechir. Les deux avocats, Sir Geoffrey Nice et Rodney Dixon ont soutenu que les mandats d’arrêt étaient illégaux car «la question de l’immunité pour un président en exercice n’a jamais été résolue et ne peut l’être que par la CJI».(4)

 

Ambivalence des discours

 

   Pour rappel, en mars 2009, un juge de la CPI avait jugé Omar el Bechir de crimes et avait émis un mandat le 12 juillet 2010. On apprend qu’il a annulé sa participation au sommet de l’UA, le ministre ougandais des Affaires étrangères ayant déclaré que son pays était obligé de l’arrêter du fait qu’il était signataire du Traité de la CPI. On remarque au passage toute l’ambivalence du discours des dirigeants de Kampala: «On vous soutient, mais on vous arrêtera si vous venez», car nous avons peur des décisions de l’Occident. Cette désunion africaine a donné l’occasion à la rédaction d’un journal africain d’écrire «15e Sommet de l’Union africaine: On prend les mêmes et on recommence. Pour l’instant, nos actes contredisent cette volonté de vivre ensemble. Et les grandes assises ne servent pas à grand-chose sinon à dilapider, en faste et cérémonie solennelle, des sous qui auraient pu servir à autre chose. Cette 15e conférence n’échappera pas à la règle et va se clôturer en laissant l’Afrique patauger dans les problèmes de sous-développement, de pauvreté, de santé et dans le déni de démocratie. Hélas».(5)

 

Deux autres dossiers brûlants ont été superbement ignorés; il s’agit du dossier de la décolonisation du Sahara occidental où aucune solution n’est en vue et qui pourrait conjurer la malédiction de la désunion de l’Union maghrébine. Il s’agit aussi des décisions imminentes concernant le développement durable, les changements climatiques, les stratégies énergétiques du continent sinon, que le président mexicain dont le pays abritera la prochaine réunion sur les changements climatiques, a saisi cette tribune pour demander aux Africains de s’occuper des changements climatiques

 

En définitive, on remarquera les ingérences des puissances étrangères dans une Afrique toujours colonisée par tyrans interposés, exception faite de l’Afrique du Sud. Mandela eut l’honneur, la dignité et la retenue de s’en tenir à un mandat pour l’amour de son pays. La plupart des dirigeants des pays africains gèrent leurs pays comme une propriété privée, donnée en héritage ou arrachée par la violence, la magouille ou les malversations dans le cadre d’élections truquées tolérées d’une façon indulgente par l’Occident qui partage les sphères d’influence entre la françafrique ou plus exactement la France à fric et le Commonwealth. L’essentiel est que le pillage continue et que l’Afrique sert de champ de manoeuvres. Il faut espérer l’avènement d’une génération d’Africains fascinés par l’avenir de leur pays et qui opèreront enfin la véritable décolonisation tant attendue. Amen!


1.Brahim Takheroubt: La France et l’Afrique regardent ailleurs 26 Juillet 2010

 

2.Allocution du Dr Jean Ping: 15e session de l’Union africaine à Kampala 25 juillet 2010

 

3.Laetitia Van Eeckhout:7 millions de personnes souffrent de la faim Le Monde 23 07 2010

 

4.http://www.afriquejet.com/actualites/politique/ouganda:-l’union-africaine-soutien-omar-el-bechir-2010072653470.html

5.La Rédaction http://fr.allafrica.com/stories/201007260467.html 25 Juillet 2010

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Ecole Polytechnique  Alger enp-edu.dz

 

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