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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 14:12

 

 

 «Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.»

 

Guillaume d’Orange

 

«Nous devons investir davantage dans la valorisation de nos potentiels en hydrocarbures en intensifiant les efforts de recherches et d’exploration à travers le pays. J’en attends la présentation d’un véritable programme d’action, tout en précisant, dès à présent, que les propositions qui en seront retenues bénéficieront d’un appui financier public approprié.» Avant de donner un contenu aux orientations du président de la République, faisons un point rapide de la situation mondiale de l’énergie. Chacun sait que la crise actuelle marque l’essoufflement de la civilisation industrielle dont le modèle de développement repose sur l’utilisation débridée, voire le gaspillage des énergies fossiles: d’abord le charbon puis le pétrole et enfin le gaz. Celle-ci a permis de soutenir une croissance économique et démographique jusqu’alors jamais vue, donnant l’illusion que la croissance infinie dans un monde fini était possible.

 

  Cependant certains pays émergents étant dans la phase ascensionnelle consomment toujours plus. Ainsi la Chine est devenue le premier pays consommateur d’énergie dans le monde, devançant les Etats-Unis, rapporte le Financial Times dans son édition du 20 juillet. Les Chinois ont consommé en 2009 2 252 milliards de tonnes d’équivalent pétrole, soit environ 4% de plus que les Etats-Unis. Ce record doit être relativisé car de fait, rapporté à la consommation par habitant, l’Américain consomme autour de 7,8 tep/an et le Chinois pour sa part consomme près de 1,5 tep/an. Cette course effrénée est d’autant moins rassurante qu’on apprend que l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, aurait mis un terme à la prospection sur son sol afin d’épargner ses richesses et les transmettre aux générations futures, selon une déclaration du roi Abdallah datée du 1er juillet 2010. Le roi Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud, a dit: «Je tenais une réunion de cabinet (...) Je leur ai dit que j’ai ordonné d’interrompre toute exploration pétrolière afin qu’une part de cette richesse soit préservée pour nos fils et nos successeurs, si Dieu le veut.» Pour rappel, en mai 2005, Matthew Simmons publiait Crépuscule dans le Désert, accusait l’Arabie Saoudite de grossièrement surestimer ses réserves d’or noir, de plus la production saoudienne a atteint son maximum, et risque de s’effondrer bientôt, faute de réserves suffisantes. L’Aramco a fourni quelques données précises pour la première fois de son histoire. La principale compagnie pétrolière mondiale (et de loin) a reconnu que les extractions de ses puits déclinent à grande vitesse: entre 5 et 12% par an. Depuis, l’Aramco n’a plus publié le moindre fait consistant sur ses réserves.(1)

 

   C’est donc un fait, il y a déclin des réserves. D’après l’enquête publiée ici, le 23 mars, Glen Sweetnam, responsable de l’analyse économique au sein du DoE,[Département Américain de l’Energie] admet qu’ «il existe une chance pour que nous fassions l’expérience d’un déclin» de la production mondiale de carburants liquides entre 2011 et 2015 «si les investissements font défaut». Par ailleurs, le Pentagone défend strictement la même hypothèse d’une «crise énergétique sévère» d’ici à 2015, comme l’indique un rapport de l’Etat-major inter-armées publié en mars.(2)

 

 Il y a un prix à payer pour l’effet de serre induit par la combustion des énergies fossiles. Le réchauffement de la planète est-il devenu une réalité? Des phénomènes climatiques exceptionnels bousculent des pays entiers. En Russie, une canicule inédite a favorisé des incendies majeurs, le Pakistan est dévasté par des pluies diluviennes et au Groenland, c’est un gigantesque morceau de banquise qui a pris le large. Pour Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) ces phénomènes climatiques extrêmes sont en accord avec les prévisions du Giec sans toutefois pouvoir être reliés avec certitude au réchauffement de la planète. Le Giec s’est exprimé très clairement sur le caractère anthropique du réchauffement de la planète et sur ses conséquences possibles, mais il ne faut pas oublier que l’on reste dans le domaine des statistiques.(3)

 

  Voilà l’état des lieux d’une planète bien abîmée! Quelles sont alors les stratégies mises en oeuvre pour pallier à la fois le manque imminent d’énergie mais aussi pour atténuer les effets des changements climatiques? Le recours aux énergies renouvelables s’avère de plus en plus comme une voie incontournable. Ainsi et comme l’écrit Bertrand d’Armagnac: «Les énergies renouvelables continuent de gagner du terrain dans le monde. Le montant des investissements en faveur des énergies renouvelables dans le monde en 2009 - 162 milliards de dollars - est quatre fois plus élevé que celui affiché en 2004. Sur le premier semestre, 65 milliards de dollars ont été dépensés en faveur des énergies vertes, en croissance de 22% sur la même période de 2009». Près de 50 GW de capacité de génération d’énergie verte ont été créés dans le monde, contre 40 GW en 2008. On apprend aussi que l’Europe envisage de porter de 20 à 30% la part des énergies renouvelables d’ici 2020. De plus, l’UE compte anticiper son objectif à long terme de baisse de 80 à 95% (!) de ses émissions d’ici 2050. Par ailleurs, en 2009, les énergies renouvelables ont fourni 18% de l’électricité consommée dans le monde, d’après REN21. L’évolution des dépenses en recherche, varie selon les régions. Sur les 119 milliards dépensés hors budget de R & D, la Chine a pris la tête du classement mondial avec 33,7 milliards de dollars, en augmentation de 53%. Sur la période 2005-2009, le rapport de REN21 montre que la puissance installée en éolien a progressé de 27% par an.»(4)

 

  Du côté des pays en développement, on apprend l’installation d’une centrale solaire au Maroc de 1 MW dans le cadre du projet solaire initié par l’Allemagne. Pour rappel, ce projet est un projet éco-énergétique de grande envergure. Il s’agit de créer un réseau interconnecté alimenté par des centrales solaires du Maroc à l’Arabie Saoudite (également relié via Gibraltar) et des câbles sous-marins à l’Europe. La surface totale des déserts sur la planète entière fournirait plusieurs centaines de fois l’énergie utilisée actuellement. Couvrir 0,3% des 40 millions de km² de déserts de la planète en centrales thermiques permettrait de couvrir les besoins électriques de la planète en 2009 (18.000 TWh/an). Dans le même ordre, un parc éolien d’une capacité de 140 MW avec 165 aérogénérateurs a été inauguré à Tanger début juillet. Le Maroc a pour ambition d’assurer 42% de sa production énergétique, à raison de 14% par l’éolien, 14% par le solaire et 14% par l’hydraulique. En Tunisie, le ministère de l’Industrie a fixé un objectif de 500.000 m² de panneaux installés d’ici 2011. Dans ce contexte, la Tunisie a élaboré un programme quadriennal couvrant la période 2008-2011 dans l’objectif de réaliser une économie de l’énergie primaire de 20% à l’horizon 2011, soit l’équivalent de 2 millions de tep. Rappelons que la Tunisie a bénéficié avec le concours du Pnud d’un plan pour l’installation de plusieurs milliers de chauffe-eau solaires

Qu’en est-il de l’Algérie?

 

 Nous lisons dans un Rapport de la Creg sur les besoins en gaz,  une conclusion étonnante. «L’Algérie cessera d’exporter du gaz à partir de 2017-2018. Les principaux gisements de gaz, Hassi R’mel, Alrar, Stah, ont été malmenés.» Différentes sources concordantes font état d’une production de gaz en voie d’essoufflement en raison de l’intensification de l’extraction de gaz depuis 2000, non compensée par des découvertes majeures d’hydrocarbures. En effet, dans le rapport de la Creg, intitulé «Programme indicatif d’approvisionnement du marché national en gaz, on peut lire que les besoins domestiques vont passer de 26 milliards de mètres cubes en 2008, 28 milliards de mètres cubes en 2009 (estimation) à 62 milliards de mètres cubes en 2018 dans un scénario fort (54 milliards de mètres cubes dans le scénario moyen). La répartition de la consommation globale sur toute la période dans un scénario moyen montre que près de 52% sont consommés par les clients industriels, 31% par les centrales électriques et seulement 18% par la distribution publique.» En matière de découvertes et d’accumulations de gaz, les résultats sont modestes. «On n’a découvert que de petits et moyens gisements (pendant la décennie 2000)», déclarait dans un entretien à la Tribune l’ex-président aval, Belkacem Boumediène. (...) Il faudra donc inverser la tendance rapidement. En révisant à la baisse le programme pétrochimique de Sonatrach, par l’annulation de certains projets, l’intensification des investissements d’exploration en vue de renouveler les réserves, en menant une politique beaucoup plus ambitieuse d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables.» (5)

 

   Hakim Derbouche, un spécialiste de l’énergie travaillant en Grande-Bretagne abonde dans le même sens et estime que le rythme des découvertes ne compense pas l’épuisement des réserves. Ce que nous avons toujours clamé.: «Les prévisions de la Creg en matière de besoins du marché national en gaz à l’horizon 2017/8, ainsi que sur des déclarations faisant état de «l’essoufflement» de certains gisements gaziers, dont Hassi R’Mel. La politique actuelle d’utilisation du gaz naturel sur le marché national mériterait d’être revue La demande croissante en électricité reflète non seulement la dynamique économique et démographique qu’a enregistrée l’Algérie ces dernières années, mais aussi et surtout le fait que les prix de cette énergie restent artificiellement bas (parmi les plus bas en Méditerranée). (...) Enfin, il me semble qu’il y a énormément de travail à faire pour le développement de nouvelles sources d’énergie, tant nécessaires, qu’elles soient renouvelable ou nucléaire. Le potentiel de l’Algérie est bien connu dans ce domaine. Le plus tôt le gouvernement adoptera une stratégie résolue dans ce domaine, et développera les outils législatifs et réglementaires nécessaires, le mieux ça sera pour l’avenir énergétique et économique de notre pays.(6)

 

  Les énergies renouvelables représentent actuellement moins de 0,1%? De plus, les achats débridés d’appareils électriques bas de gamme donc gros consommateurs, ne sont pas contrôlés du fait que le ministère du Commerce n’a aucun instrument juridique ou législatif interdisant d’acheter par exemple, des climatiseurs ou des frigidaires gros consommateurs d’énergie. Il en est de même, dans un autre registre mais toujours dans le cadre des économies d’énergie, des voitures importées qui, pour la plupart, ne sont pas acceptées en Europe car dépassant la norme de 130 g de C02 par km. 

 

En Algérie, la moyenne des voitures est autour de 150 g de CO2 par km, soit une surconsommation de 15%. A seulement 300 dollars le m3. C’est au total 400 millions de dollars de gagné!! De quoi rénover totalement le système éducatif dans son ensemble. De plus, il est scandaleux que l’Algérie continue à importer pour près de 250 millions de dollars du gasoil alors qu’elle a des quantités importantes de GPL boudées par les consommateurs du fait de la faible différence entre le prix du gasoil et le GPL! Si nous ajoutons à cela que l’énergie est gratuite, qu’elle n’est pas vendue à son juste prix, d’où le gaspillage d’eau (une bouteille d’eau minérale coûte 5 m3 d’eau potable).

 

  Une recharge d’un portable qu’un citoyen gaspille allégrement coûte 500 DA, soit 22 m3 d’essence , en Europe pour la même somme nous avons  3,5 litres!). Allez donc parler d’économie d’énergie quand le budget de l’Aprue en charge des économies d’énergie est insignifiant devant celui des opérateurs téléphoniques. En clair, nous n’avons pas de cap!
Imaginons, à Dieu ne plaise, que nous continuons sur la lancée actuelle; gaspillage et production débridée d’hydrocarbures, nous arrivons en 2030: les hydrocarbures ont disparu, 45 millions d’habitants, un système éducatif à l’égyptienne, une pléthore de diplômés sans valeurs, la majorité de la population vivra dans les villes croyant à une meilleure qualité.
Les campagnes sont abandonnées. Pas de récolte significative en 2010, 70% du blé était importé grâce aux barils de pétrole. Nous ne savons plus rien faire, l’Algérie est devenue une zone grise à la somalienne. C’est la guerre de tous contre tous, les ressources provenant des hydrocarbures seront marginales. Nous n’avons plus d’argent du fait que la rente n’est plus au rendez-vous.
Notre consommation d’énergie va chuter brutalement. Nous serons amenés à vendre de vastes étendues à des multinationales qui feront du blé que nous verrons traverser le pays pour aller au port comme cela se fait dans certains pays africains actuellement.

 

Il n’est pas encore trop tard

 

Que faut-il faire pour conjurer le sort? Nous avons deux décennies devant nous pour tenter de sauver l’Algérie en démarrant maintenant. Nous voyons de grands pays pétroliers comme l’Arabie Saoudite qui freinent leur production d’énergie et pensent aux générations futures. Imitons-les pour une fois! Imaginons que l’on veuille faire une projection à 2030, la population sera d’environ 45 millions d’habitants en supposant une amélioration du cadre de vie sur la lancée actuelle, on peut penser à une consommation de 2500 kWh /hab contre 1000 actuellement.
Il nous faudra alors 120 TWh, soit l’équivalent de 25.000 MW contre 9000 MW actuellement. Avec quoi elles fonctionneront si on sait que les réserves de gaz au rythme du gaspillage effréné actuel seront épuisées dans 20 ans?

 

Qu’attendons-nous pour mettre en place un modèle énergétique flexible qui nous indique la marche à suivre. On ne peut pas imaginer toutes les retombées positives d’une stratégie énergétique qui concernerait tous les secteurs (énergie, eau, environnement, transport, agriculture, habitat, éducation nationale et société civile)

 

L’Université a une responsabilité particulière, elle doit être partie prenante de cette stratégie, revoir les programmes pédagogiques pour former utiles, c’est-à-dire des créateurs de richesse. Ce sont des dizaines de milliers de projets initiés dans le cadre de start-ups de l’énergie, coparrainées par l’industrie et l’Université. Nous produirons alors algérien et consommerons algérien. Le patriotisme économique n’est pas passé de mode. L’utilisation rationnelle de l’énergie, l’investissement à marche forcée dans le renouvelable mais aussi un coup d’arrêt concernant la production débridée d’hydrocarbures sont les plus sûrs garants de la pérennité de l’Algérie.

1. Matthieu Auzanneau: Le roi Abdallah annonce l’arrêt de l’exploration pétrolière en Arabie Saoudite http//lepetrole.blog.lemonde.fr. 7 juillet 2010

 

2. Matthieu Auzanneau: Choc pétrolier imminent: le département de l’énergie US refuse de commenter sa propre hypothèse 21 avril 2010 http //petrole.blog.Lemonde.fr

 

3. «Nous risquons d’être de plus en plus confrontés à des phénomènes climatiques exceptionnels» Le Monde.fr 12.08.10

 

4. Bertrand d’Armagnac: Les énergies «vertes», en 2009. Le Monde 15.07.10

 

5. Khaled R.: Conséquence de la politique ruineuse de Chakib Khelil: L’Algérie cessera d’exporter du gaz en 2017! Liberté Lundi 26 juillet 2010

 

6. Hakim Darbouche: Perspectives d’exportation de gaz de l’Algérie: des défis, certes, mais pas de dernier mot encore.

 

Pr Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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