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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 17:41

 

 

« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie. Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau ! » 

 Victor Hugo

 

  Beau poème qui nous invite à être reconnaissant envers celles et ceux qui ont  des siècles durant combattu pour  l’Algérie. Comme rendre hommage aux femmes ?  Doit on dans un rituel  bien rodé attendre le 8 mars de chaque année ? Cet être qui peut être notre mère, notre sœur notre fille ou notre épouse. Rendons nous justice à cette « proximité » en la ghettoïsant dans une journée comme « un minimum syndical » un tribut à payer pour avoir la paix jusqu’à la prochaines fête. Sacha Guitry avait il raison de déclamer  sur un ton mi-sérieux, mi- badin : « Je veux  bien croire que les femmes nous sont supérieures pourvu qu’elles ne se prétendent pas nos égales » ? Que fête-t-on réellement ? La libération ?   Est ce une servitude  que la femme doit à l’instar du mythe de Sisyphe affronter au quotidien et « prouver » qu’elle est l’égale de l’homme ! Tragique erreur s’il en est ! Non ! Rien de tout cela. Les femmes algériennes  devraient être  des exemples à suivre, nul besoin de se référer ailleurs.

 

 

Nos mères et l’Algérie 

 

 Pour parler à la fois de la femme comme mère et symboliquement comme représentant l’Algérie il me vient à l’esprit deux petites histoires que j’ai « prises » de l’internet : C’est une maman qui ne s’entendait pas avec sa brue. Son fils était tiraillé entre sa mère et sa femme. Un jour cette dernière lui dit : Nous n’aurons la paix que si tu tues ta mère, amène la dans la forêt tue là et ramènes moi son foie comme preuve. Il obtempéra, tua sa mère et glissa le foie dans son capuchon. A son retour , il rencontre des brigands qui s’apprêtaient à le tuer quand soudain le foie frétilla sortit du capuchon tomba à terre et commença à parler  en suppliant les brigands : « Je suis sa mère, il m’a tué mais ce n’est pas un mauvais garçon »(1)

 

 

La seconde histoire tout aussi merveilleuse m’est parvenue par mail et je ne remercierai jamais l’auteur anonyme. Je vous la conte : « Un Algérien raconte son aventure… J’étais en voiture, sur le chemin du retour depuis New York  pour Montréal, où j’habite depuis maintenant plus de 20 ans.  Au poste frontière, je remettais mon passeport à la préposée à la  douane, et lorsqu’elle lut: « Lieu de naissance: Algérie», elle me demanda: - Comment va l’Algérie? - Ca peut aller, lui répondis-je. Tout ce que l’on souhaite, c’est que ça continue à aller autant bien que mal…

- Lequel des deux aimez-vous le plus, l’Algérie ou le Canada?

- La différence que je fais entre l’Algérie et le Canada, est exactement celle que je fais entre ma mère et mon épouse. Mon épouse, je l’ai choisie, je suis tombé sous son charme, mais elle ne peut en aucun cas me faire oublier ma mère. Je n’ai pas choisi ma mère, mais je sais que je lui appartiens. Je ne me sens bien que dans ses bras; je ne pleure que sur son épaule. - Ma mère est peut-être pauvre; elle n’a pas de quoi me payer mes soins, encore moins les honoraires du médecin, mais la tendresse de son giron quand elle m’étreint, et la chaleur de son cœur lorsque je suis dans ses bras, suffisent à me guérir.

 

« Elle n’a pas la beauté blonde, mais la vue de son visage vous apaise. Elle n’a pas les yeux bleus, mais sa vue vous met en sécurité. Ses vêtements sont simples, mais elle porte dans ses plis bonté et miséricorde… Elle ne se pare pas d’or et d’argent, mais elle porte à son cou un collier d’épis de blé, dont elle nourrit tout affamé. Les brigands l’ont spolié, mais elle continue de sourire ». « Envoi par internet »

 

  Ces deux  belles histoires nous confortent dans l’idée que rien ne peut remplacer une mère et qu’à bien des égards l’Algérie devrait être pour nous une mère que nous devons chérir et défendre. Renier l'instinct maternel a   été une étape nécessaire à la « libération » de la femme, mais cette attitude handicapante  montre aujourd'hui ses limites: les jeunes mères sont déchirées entre ce qu'elles ressentent et ce leur vie professionnelle leur impose. Curieusement nos « valeurs familiales »  que nous avons désertées, sont redécouvertes en Occident…

 

Les Algériennes  qui ont marqué l’histoire.

  L’histoire de l’Algérie est jalonnée de battantes. Les algériennes de cœur qui ont défendu l’Algérie  et qui méritent mille fois d’être à l’honneur, bien que leur modestie let leur grandeur d’âme leurs interdisent de faire dans le m’as-tu vu et d’être aux premières loges pour avoir les faveurs des gouvernants et surtout à mille lieux de l’image que nous nous faisons de nos mères, humbles  et discrètes  Le but de ce plaidoyer pour la femme et de convaincre qu’au-delà de la dimension de mère d’épouse, qu’il faut absolument conforter le combat des femmes a donné ces lettres de noblesse  l’histoire de ce pays.

 

  Aussi loin que nous plongeons notre regard dans notre histoire, nous trouvons sans difficulté comme exemple de bravoure l’Algérienne  La première héroïne  qui nous vient à l’esprit est Tin Hinan la princesse du Hoggar Tin Hinan est le nom que des traditions orales donnent à l'ancêtre originelle des Touaregs nobles du Hoggar.  Tin Hinan serait, selon la tradition touarègue, une princesse originaire de la tribu Berabers, dans le Tafilalet  ; elle serait venue dans le Hoggar en compagnie de sa servante Takamat (ou Takama), laquelle est pour sa part donnée comme la mère des Touaregs. En 1925, à Abalessa, dans le Hoggar, des archéologues découvrent la tombe d'une femme. Ils y trouvent outre un squelette bien conservé, des pièces de monnaie à l'effigie de l'empereur romainConstantin, des bijoux en or et en argent, ainsi qu'un mobilier funéraire. La tombe, qui date du ive siècle, est attribuée par les archéologues à Tin-Hinan

 

A la même époque qui a entendu parler de Roba la berbère  dont le sacerdoce a été récupérée par l’Eglise romaine ?. Il n’y a rien d’européen dans le martyre de Salsa de Tipaza ou de Roba la Berbère qui lutta pour un christianisme des déshérités. Puis ce Kahina Dihya ou Damya  reine guerrière berbère zénète des Aurès qui combattit les Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord au viie siècle. Plusieurs penseurs disent que c'est une des premières féministes bien avant le Moyen Âge et une des premières reines guerrières de l'Histoire. De nombreux auteurs la considèrent comme juive , d'autres comme chrétienne  et Ibn Khaldoun lui attribue des pouvoirs surnaturels  Elle était issue de la tribu des Djerawa, Fille unique, elle aurait été élue ou nommée par sa tribu après la mort de son père . Dihya procéda à l'appel de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale et du Sud pour déclencher la guerre Elle défait par deux fois la grande armée des Omeyyades grâce à l'apport des cavaliers des Banou Ifren. Elle règne sur tout l'Ifriqiya pendant cinq ans. Vaincue en 693 par Hassan Ibn en N'uman  faite prisonnière, puis décapitée au lieudit Bir El Kahina. Les chefs de l'armée Omeyades envoient sa tête en trophée au calife Abd al-Malik en Syrie . Dihya sera la seule femme de l'histoire à combattre l'empire omeyyade. (2)

 

Un autre fait glorieux qui met en scène la femme algérienne est celui du  mystère de Fatma Tazoughert  ( la rouquine ?) : Nous lisons dans une contribution de Nadhir Sbaâ : « Guerrière redoutable, elle sacrifia ses deux frères pour exalter le respect de la discipline.: «Née dans la montagne de Hitaouine (Merouana, les Aurès inférieures, Titaouine), Fatma «la rousse», (1544-1641) prêtresse et reine, réussit sous son règne, non seulement à unir plusieurs groupes berbéro-arabes, mais à perpétuer le matriarcat en désignant uniquement des femmes au sein du conseil des sages.Unique femme, dit-on, des siècles après la Kahina, qui ait régné avec majorité sur les Aurès et perpétué le matriarcat, on la retrouve partout dans les chansons des «Rahabas» et les contes». Ses caractères distincts, sa forte personnalité et son instruction avaient fait d'elle, comme écrit Nadhir Sbaâ, une femme «crainte, prêtresse admirée, jouissant d'un grand prestige grâce à sa culture ancestrale». (…) Malgré les affres du temps et grâce à la mémoire de la population et aux poèmes, son souvenir s'est immortalisé et a pu voyager à travers le temps. Ainsi, ses héritiers pérennisent et sauvent de l'oubli cette figure nationale et emblématique en lui tissant contes et poèmes ».(3)

 

Nous arrivons au XIXe siècle, la figure  altière de Lalla Fatma N’soumer nous interpelle. En effet, lors de la phase de conquête, les troupes coloniales françaises eurent à affronter en Kabylie, une armée dirigée par une femme, Lalla Fatma N’Soumeur. Dans une Algérie qui vit les défaites successives d’Ahmed Bey et de l’Emir Abdel Qader, l’insurrection organisée dans les montagnes du Djurdjura, par Lalla Fatma N’Soumeur redonna espoir à une population nullement résolue à la capitulation.  (…) Lalla Fatma N’Soumeur, avec son armée qui comprenait également de nombreuses femmes de la région, dirigeait les combats…Lalla Fatma N’Soumeur mourut en prison en 1863 seulement âgée de 33 ans. La fin de l’épopée de Lalla Fatma N’Soumeur ne signifia nullement que le chapitre des insurrections était clos, elles devaient encore agiter l’Algérie jusqu’à la fin du XIXème siècle ».(4)

 

Les héroïnes de  la guerre de libération

 

   Il est impossible de recenser toutes celles qui –surtout modestement- ont contribué à l’indépendance du pays. Nous prenons le risque de citer quelques unes qui outre leur prestigieux combat se distinguent par leur « invisibilité » estimant qu’elles n’ont fait que leur devoir et n’ont pas à en faire un fond de commerce.   Nafissa Hamoud est une femme militante du FLN durant la guerre d'Algérie  . En 1944, elle fait partie des premiers noyaux d'étudiantes en médecine,   En 1950, elle prend contact avec la fédération internationale des femmes en vue de célébrer pour la première fois en Algérie la journée du 8 mars. Elle rejoindra finalement les rangs du FLN en 1954, et devient commandante de l' Armée de Libération Nationale   Nafissa Hamoud sera par la suite professeur de médecine et continuera son combat pour une médecine de qualité. Nafissa Hamoud entre au gouvernement le  18 juin 1991, comme ministre de la Santé et devient la première femme algérienne à accéder à un tel poste de responsabilité.   . 

 

   Annie Steiner, née le 7 février 1928 à Hadjout est une militante algérienne du FLN. Juriste, elle s'engage dans les Centres Sociaux, membre du " réseau bombes" de Yacef Saadi. Arrêtée le 15 octobre 1956, elle est condamnée en mars 1957 par le Tribunal des Forces Armées d'Alger à cinq ans de réclusion pour aide au FLN, incarcérée à la prison de Barberousse. Libérée en 1961. La moudjahida a tout sacrifié en s’engageant pour la cause juste de son pays, à savoir sa libération. Lors d’une rencontre avec les étudiants, elle fera le récit de son parcours, qui est à la fois exemplaire et douloureux.(4)

    Dans une conférence à Batna Accueillie en véritable héroïne, cette femme, qui a milité pour l'Algérie, reste fidèle et déterminée à transmettre aux jeunes d'aujourd'hui le message de leurs aînés en leur racontant les sacrifices consentis. Elle n'a cessé de répéter qu'elle savait que l'Algérie allait gagner. Elle a également rendu hommage à Ahmed Zabana et à Fernand Yveton, ainsi que les 58 moudjahidine exécutés à la prison de Serkadji. Le témoignage émouvant d’Annie a eu écho auprès des étudiants : youyous, larmes d’émotions, applaudissements nourris, notamment lorsqu’elle a prononcé les dernières phrases des guillotinés : « Allah akbar Achate El-Djazaïr horra » (vive l’Algérie libre).  Elle a, par ailleurs, raconté les scènes de vie vécues dans les six prisons où elle a été incarcérée.   «On n’avait pas peur de mourir. Qui est prêt à mourir aujourd’hui?» (5)  

 

 

Fadila Saâdane naquit le 10 avril 1938 à Ksar Bokhari,  Dès l’âge de 16 ans, elle participa aux activités de l’Association de la Jeunesse Estudiantine Musulmane de Constantine dominée par le PPA. Durant la révolution Fadila Saâdane fut interpellé en compagnie du Docteur Amor Bendali et tous furent incarcérés à la prison du Coudiat fin novembre 1956. Elle fut libérée fin 1957, autorisation lui fut accordée de poursuivre ses études, à condition de quitter le pays. Après l’obtention de son deuxième baccalauréat, elle partie début 1958, étudier en France à Clermont-Ferrand.   De retour en Algérie, après la mort de sa sœur, elle intégra un commando de fidayines, ces fameux combattants des villes que la Bataille d’Alger rendit célèbre.  Fadila Saâdane, membre de la logistique de l’OPA, fut affectée à la nahia 2, qui avait pour chef Saïd Rouag dit Si Amar, elle évolua donc dans le périmètre du centre-ville, en compagnie d’une autre femme fidaïa, Malika Bencheikh El Hocine.(…)  Le 17 août 1960, le commando composé de 4 personnes, Amar Rouag, Fadila Saâdane, Malika Bencheikh El Hocine et Amar Kikaya, occupa une maison située rue Vieux. C’est dans cette bâtisse qu’ils se firent surprendre par l’armée française.(…) C’est lors de ce dernier affrontement avec l’armée colonialiste que Fadila Saâdane mourut les armes à la main Ainsi s’acheva, à l’âge de 22 ans, l’itinéraire de la femme algérienne combattante que fut Fadila Saâdane.(  4)

 

  On ne peut pas terminer sans dire quelques mots de l’illustre Djamila Bouhired, l’icône oubliée de la Guerre d’Algérie qui  rejoint le Front de libération nationale durant ses années étudiantes. En avril 1957, elle est blessée dans une fusillade et capturée par les parachutistes. (..)Torturée et condamnée à mort. Son exécution est stoppée par une campagne médiatique (..) Aujourd’hui après plusieurs années même si elle s’en défend, Djamila .Bouhired est devenue l’icône de toutes les combattantes et combattants du FLN, qui eux aussi, étaient tombés dans une vieillesse très précarisée(6)  

 

Conclusion

 

    Où en sommes nous de cette errance qui nous incite à commémorer les fêtes des autres ? Pour Malek Bennabi : « (…) la figure de Fadila Saâdane, sa vie exemplaire, constituaient pour la femme algérienne, une formidable alternative aux modèles féministes proposés et exportés par l’Occident. Ainsi il précisa « notre féminisme algérien doit par conséquent, pousser ses racines dans l’humus si riche qui a fait fleurir l’âme d’une Soumyya, l’âme d’une Lalla Fatma ou celle d’une Fadila Saadane » (4)

 

    Nous avons besoin de réhabiliter notre histoire. Pour cela il nous faut déconstruire les repères occidentaux et se ressourcer à nos propres valeurs, sinon nous continuerons dans un mimétisme ravageur à singer beaucoup de « valeurs » discutables de l’Occident perpétuant  ainsi le mal le plus grand l’errance qui fait de nous à Dieu ne plaise,  des apatrides ballotés par une doxa occidentale du magister dixit. Tous nos repères sont brouillés. Ne persistera en définitive, que le décorum sans épaisseur de cette commémoration sous forme d’une grande bouffe , ce qu’un mot du terroir de l’Algérie  profonde qualifie de « zerda »

 

1. Alliouche www.liad-alger.fr/joomla/images/LIAD/cdi/journal/Journal_liad_N05_reduit.pdf

 

2.La Kahina : Encyclopédie Wikipédia

 

3.Nadhir Sbaâ B Belcacem    Le mystère de Fatma Tazoughert  L'Expression   22 - 05 - 2005

 

4.Nadjib Achour Fadila Saâdane : itinéraire d’une femme Algérienne combattante Algérie – 08-12-2010

5.http://www.liberte-algerie.com/culture/une-lecon-de-vie-la-moudjahida-annie-fiorio-steiner-a-batna-176889

 

6.http://www.reflexiondz.net/Djamila-Bouhired-l-icone-oubliee-de-la-Guerre-d-Algerie_a20317.html Mardi 30 Octobre 2012

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Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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