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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 22:22

 

 

 «Kararena taêmime el mahroukate» « Nous décidons de la nationalisation des  hydrocarbures »

 

Président Boumedienne

 

   Il y a 42 ans, l'Algérie nationalisait ses ressources pétrolières. Cette prouesse ne fut possible qu'avec le dévouement, l'engagement et le savoir des hommes et des femmes qui ont fait leur travail, certaines fois dans des conditions difficiles. La deuxième promotion du Service national contribua elle aussi en mettant à la disposition du secteur des hydrocarbures, toutes les compétences sorties de l'académie de Cherchell.

 

Dans cette époque bénie, nous avions la foi. Souvenons-nous: C'était l'époque de la Transsaharienne, des mille villages agricoles des écoles et lycées construits en masse pour rattraper ce besoin irrépressible d'écoles interdites à la grande majorité des Algériens pendant la nuit coloniale. C'était aussi le Barrage vert dont on redécouvre actuellement, quarante ans après, la nécessité pour lutter contre les changements climatiques. C'était aussi le pari fou de prendre en charge les destinées pétrolières et gazières après l'étranglement programmé des compagnies pétrolières étrangères. Ce fut épique! L'Algérie releva le défi.

 

La production pétrolière reprit et une nouvelle donne caractérisée, il faut bien le dire, par l'expérience iranienne de Mossadegh, qui a pu graduellement changer les rapports producteurs-compagnies pétrolières après les accords de Téhéran et de Tripoli. Le relèvement légitime du prix du pétrole en octobre 1973 a permis de mettre fin à la politique du bakchich perçu par les pays pétroliers, et ceci grâce notamment, à l'avènement d'un acteur majeur: l'Opep qui, a connu son heure de gloire dans cette décennie - grâce notamment, à la personnalité charismatique de deux ministres, l'Algérien Belaïd Abdesslam et le Saoudien Zaki Yamani, -avant de sombrer à partir des années 1980 et ne devenir qu'un faire-valoir au service des roitelets du Golfe, c'est-à-dire en définitive des Etats-Unis.

 

A cette époque, l'Algérie était écoutée, cela n'est pas dû comme on le sait, à sa production (le dixième de celle de l'Arabie Saoudite), mais aux deux leaders, Boumedienne et Fayçal à qui un jour on demandait d'augmenter la production et qui eut cette réponse appropriée: «Si cela devait nuire à l'Algérie, je ne le ferais pas!».

 

Nous devons rendre hommage aux besogneux travailleurs du pétrole et du gaz qui doivent mal vivre que leur société fasse les pages des journaux, eux qui n'ont pas démérité au quotidien, il n'est que de se souvenir du comportement exemplaire des travailleurs du pétrole à Tigentourine et du dévouement de l'un d'eux qui, au péril de sa vie, donna l'alerte et sauva le complexe et les hommes.

 

Sonatrach: un demi-siècle au service du développement national

 

Quel fut le fer de lance de cette politique de recouvrement des richesses et du développement du pays? C'est sans conteste au premier chef, Sonatrach la «Société nationale de transport et de la commercialisation des hydrocarbures» qui naquit le 31 décembre 1963. Belaïd Abdesselam en fut le premier responsable.

 

Partie de rien, Sonatrach est aujourd'hui une grande compagnie pétrolière. Sonatrach intervient dans l'exploration, la production, le transport par canalisations, la transformation et la commercialisation des hydrocarbures et de leurs dérivés. Adoptant une stratégie de diversification, Sonatrach développe la recherche et l'exploitation minière. Avec un chiffre d'affaires à l'exportation de près de 75 milliards de US$ réalisé en 2012, (56,1 en 2010), Sonatrach est classée 1re compagnie en Afrique et 12e compagnie dans le monde.
«Une Algérie prospère, lit-on dans la plaquette de présentation de Sonatrach une Algérie portée par la volonté d'un Etat qui, après l'indépendance, a très tôt compris que l'accès à l'énergie est une voie essentielle menant au développement économique, social et politique. C'est dans cette perspective qu'au lendemain de son indépendance, l'Algérie a créé, le 31.12.1963, Sonatrach.

 

L'Algérie, sous la période de Boumediene a lancé la construction du premier oléoduc algérien, l'OZ1, d'une longueur de 805 km, reliant Haoud El Hamra à Arzew. Elle a mis en service le premier complexe de liquéfaction de gaz naturel, dénommé GL4Z (CAMEL - Compagnie algérienne du méthane liquéfié), d'une capacité de traitement de 1,8 milliard m3 gaz/an. En 1965, les négociations algéro-françaises ont abouti à la création d'une association coopérative «Ascoop» entre Sopefal, représentant l'Etat français et l'Etat algérien. Lancement de la première campagne sismique de recherches d'hydrocarbures par Sonatrach avec l'implantation de 3 forages. En 1966, la mise en service de l'oléoduc OZ1, a permis d'augmenter les capacités de production et d'acheminement de près de 30%. En 1967, l'Algérie se lance dans un processus de nationalisation des activités de raffinage et de distribution, au terme duquel Sonatrach est à la tête de la distribution des produits pétroliers sur le marché national et inaugure la première station-service aux couleurs de l'entreprise. C'est aussi l'année des premières découvertes de pétrole à El Borma (Hassi Messaoud Est). Le lancement de la construction du nouvel oléoduc Mesdar- Skikda. En 1968, la première usine d'ammoniac voit le jour à Arzew. En 1969, l'Algérie devient membre de l'Opep.

 

Le 24 février 1971 et la suite….

Le 24 Février 1971, ce fut la nationalisation des hydrocarbures L’Algérie prenait en main son destin pétrolier. Une nouvelle ère pour le développement économique du pays. Cette année a été marquée aussi par l'acquisition du premier méthanier baptisé au nom du gisement gazier Hassi R'Mel.

   1970-1980: la décennie des grandes réalisations de l'Algérie et de la mise en place d'une véritable industrie intégrée. En 1972 mise en service du complexe de liquéfaction de gaz naturel (GL1K) à Skikda, d'une capacité de production de 6,5 millions m3/an de GNL, 170.000 tonnes/an d'éthane, 108.400 tonnes/an de propane, 92.600 tonnes/an de butane, 60.250 tonnes/an de gazoline et des postes de chargement de 2 méthaniers d'une capacité de 50.000 à 70.000 m3. Toujours en 1973, la raffinerie d'Arzew fut mise en service, d'une capacité de production de 2400.000 tonnes/ an de carburants, 70.000 tonnes/an de bitumes, 55.000 tonnes/an de lubrifiants et 110.000 tonnes/ an de GPL. En 1973 ce fut la mise en service du complexe de séparation de GPL (GP2Z), d'une capacité de 600.000 tonnes/ an de GPL.
   En 1975. Découverte de nouveaux gisements de pétrole de Mereksen. En 1976, mise en service de deux (02) unités de transformation des matières plastiques, une à Sétif et l'autre à Chlef. En 1977, il est apparu la nécessité d'une stratégie d'ensemble pour le futur. Le plan «Valhyd» (Valorisation des hydrocarbures) est lancé. Il a pour objectif, l'accroissement des taux de production de pétrole et de gaz, la production maximale de GPL et de condensat, la commercialisation du gaz naturel sous ses formes gazeuses et liquides, la substitution de produits finis au brut à l'exportation, la satisfaction des besoins du marché national en produits raffinés, pétrochimiques, engrais et matières plastiques. En 1978, ce fut la mise en service du Module 1 de Hassi R'Mel, avec une capacité de production de 18 milliards m3/an de gaz et 3 millions de tonnes/ an de condensat. Mise en service du complexe de liquéfaction (GL1Z) à Arzew, d'une capacité de production de 17,5 millions de m3/ an de GNL. C'est aussi la mise en place du complexe de matières plastiques à Skikda et surtout le démarrage du complexe de raffinage de 15 millions de tonnes de pétrole à Skikda ce qui a porté la capacité totale à 22,5 millions de tonnes. En 1979 Mise en service du Module 2 de Hassi R'Mel, avec une capacité de production de 20 milliards m3/an de gaz, 4 millions de tonnes/ an de condensat et 880.000 tonnes/an de GPL. La même année Achèvement des travaux du Module 4 de Hassi R'Mel, avec une capacité de production de 20 milliards m3/an de gaz, 4 millions de tonnes/ an de condensat et 880.000 tonnes/an de GPL.


Période 1980-2010: l'ouverture de l'amont, la fermeture de l'aval

 

Cette période est caractérisée par le gel de tout investissement dans l'aval. C'était une vision nouvelle, celle de «se reposer» avec le fameux slogan «Pour une vie meilleure». C'était l'époque factice d'un baril de pétrole à 40 dollars avec un dollar à 5 francs et une autorisation de sortie de 5000 francs. L'Algérien découvrait le Programme anti-pénurie et on lui donnait l'illusion qu'il était «sorti de la gadoue»: «khradj man el gharga.» Il se prenait, à tort, pour un citoyen de pays développé sans faire l'effort, sans suer, sans mériter cette rente.

 

Du point de vue de l'industrie chimique et pétrochimique, ce fut un coup de frein brutal que la chute des prix du pétrole en 1986, les dizaines de projets qui étaient dans les cartons, notamment le deuxième steam-cracking de 500.000 tonnes d'éthylène à partir de naphta, a été défensivement enterré pour réapparaitre dans les années 2000 vainement, nous ne sommes toujours pas sûrs qu'il se fera avec Technip malgré les assurances répétées de monsieur Raffarin négociateur en chef..

 

En 1980-1985 ce fut la restructuration de Sonatrach, avec la création de 17 entreprises. En 1981, mise en service du complexe de liquéfaction (GL2Z) conçu quatre ans plus tôt, d'une capacité de traitement de 13 milliards de m3 / En 1983, le gazoduc «Enrico Mattei» a été mis en fonction pour alimenter l'Italie via la Tunisie voisine, avec une capacité dépassant aujourd'hui les 32 milliards de m3 par an. La loi de 86- 14 du 19 août 1986 définissait les nouvelles formes juridiques des activités de prospection, d'exploration, de recherche et de transport d'hydrocarbures permettant à Sonatrach de s'ouvrir au partenariat. En 1991-1999, les amendements introduits par la loi 91/01 en décembre 1991, ont permis aux sociétés étrangères activant notamment dans le domaine gazier, la récupération des fonds investis et leur ont accordé une rémunération équitable des efforts consentis. La nouvelle loi 2013 va consacrer l'encouragement des compagnies pétrolières à venir explorer moyennant des avantages et aussi l'ouverture à l'exploitation plus que controversée des gaz de schiste.

 

On remarquera que la grande majorité des projets ne se font que dans l'aval. Les compagnies pétrolières ne sont intéressées, voire sollicitées que dans l'amont. En clair, quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour rendre disponible à l'exportation le gaz le pétrole ou les condensats, d'où la mise en place d'unité de traitement (séparation) et la construction de moyens de transports (gazoducs, pipe, méthaniers) pour évacuer une ressource de plus en plus rare. Il faut savoir que depuis quelques années, le peak oil est dépassé (depuis 2006, dit l'AIE), les découvertes couvrent une partie de plus en plus faible de la production Le nombre de découvertes n'est pas à même de compenser les niveaux actuels de production d'hydrocarbures.

Que doit faire l'Algérie?

 

«Doit-elle indéfiniment courir après les partenaires, satisfaire les besoins de l'Europe «défendre dit-on ses parts de marchés» l'Algérie, en misant uniquement sur l'exploration sécurisant en ouvrant encore plus le domaine minier? Doit-elle aussi satisfaire la demande interne qui croît de 7% par an? Doit-elle comme le préconisent ceux qui pensent que le gaz de schiste est la solution? Malgré l'utopie catastrophique des partisans du gaz de schiste dont les convictions changent constamment... L'exemple américain montre en effet que l'exploitation des gaz de schiste est une véritable catastrophe financière. Le gaz de schiste n'est pas rentable, ce sont les patrons d'Exxon et de Total qui l'avouent.» (1)

 

Il est vrai que 300 découvertes ont été réalisées depuis 1971. S'agissant de la rente, il nous faut distinguer globalement trois étapes. Pour la période allant de 1965 -1978, l'Algérie a engrangé environ 22 milliards de dollars. Pour la période allant de 1979 à 1991, c'est au total près de 120 milliards de dollars. De 1992 à 1998, c'est aussi près de 120 milliards de dollars. Pour la dernière période de 1999 à 2012, l'Algérie a engrangé près de 600 milliards de dollars.

 

Qu'avons-nous fait en termes de création de richesse, ce n'est pas le tonneau des Danaïdes de la construction de logements, des infrastructures qui créera de l'emploi. Il nous faut aller vers l'avenir, mettre en place une stratégie énergétique qui nous assure une transition énergétique, qui combat le gaspillage en tout: eau, énergie, nourriture, carburants: (près de 20%). Cette stratégie devra consacrer la vérité des prix et permettre à chacun selon son niveau social de payer ces prestations au plus juste.

 

Sinon, nous allons dans le mur, la solution n'est pas dans le pompage frénétique, elle est dans la réflexion sur un développement durable qui ne compromet en rien l'avenir des générations de 2030. C'est à un nouveau challenge que nous devons relever de la taille d'immense défi du 24 février. La formation des hommes est un autre défi que nous devons relever pour assurer justement le développement durable adossé à l'intelligence de la jeunesse qui est le gisement pérenne de cette Algérie, si on sait y faire. C'est toute l'intelligence de nos gouvernants qui laisseront leur marque dans l'histoire.


1. http://www.dedefensa.org/article-gaz_de_ schiste_la_bulle_nul...

 

Professeur Chems Eddine Chitour  

 

Ecole Polytechnique   enp-edu.dz  

 

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vérité et tolérance - dans Algérie
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