Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 13:17

«Enseignez-lui si vous pouvez, qu'un dollar de gagné a bien plus de valeur qu'un dollar trouvé. Apprenez-lui à savoir perdre, mais également à savoir apprécier une victoire. Éloignez-le de l'envie. Enseignez-lui, si vous pouvez, les merveilles des livres... Mais laissez-lui un peu de temps libre pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel, des abeilles au soleil, et des fleurs au flanc d'un coteau vert. À l'école, enseignez-lui qu'il est bien plus honorable d'échouer que de tricher. Qu'il ait le courage d'être impatient et la patience d'être courageux. Apprenez-lui toujours à avoir une immense confiance en lui-même, parce que dès lors, il aura une immense confiance envers l'Humanité.»

Lettre de Abraham Lincoln, président des Etats-Unis d'Amérique, au précepteur de son fils.

Quand les pouvoirs publics, avec l'assentiment ou la lassitude d'une société consentante brouillent les repères de l'échelle universelle des valeurs, quand ces mêmes pouvoirs créent d'autres valeurs qui permettent de gagner du temps en caressant dans le sens du poil les pulsions faciles de jeunes pour la vie facile, le gain facile, il ne faut pas s'étonner que notre système éducatif soit en miettes. Honnêtement, quand on apprend que des joueurs de football sont échangés dans le mercato contre des centaines de millions de DA, quand les primes des joueurs se chiffrent en milliards, c'est, en une fois cinq à dix fois le salaire acquis par l'enseignant pendant 32 ans de carrière. Tout ceci pour avoir d'une façon fugace une équipe de football offshore formée, il faut le reconnaître, ailleurs dans des écoles de formation dignes de ce nom.


L'Ecole ne fait plus rêver. Pourquoi?

Dans ces conditions, l'Ecole ne fait plus rêver, elle ne joue plus son rôle d'éveilleur de conscience, et encore moins d'ascenseur social. Les parents l'ont bien compris quand ils cherchent pour leur enfant, dès son jeune âge, le meilleur club, où son avenir paraît en tout cas moins assuré que s'il fait des études, arrive difficilement à acquérir un diplôme pour se retrouver en définitive chômeur. Il est vrai que l'économie n'a pas besoin d'Algériens, il n'y a pas de création de richesse, tout est importé, l'Etat subventionne les systèmes éducatifs, français, chinois, turc et autres qui font travailler leurs compétences.
Le constat alarmant est une détérioration lente et inexorable du niveau d'autant qu'on a l'habitude d'indexer les examens sur le scandale de la ‘atba (le seuil).

Qui en est responsable? Le drame du système éducatif est que l'on n'arrive pas à séparer le bon grain de l'ivraie et pour être clair, il y a des professeurs qui méritent mille fois notre reconnaissance multiforme et il y a des enseignants qui n'ont d'enseignant que le nom. Ceux qui devraient être des alliés objectifs de la promotion de l'acte pédagogique, en l'occurrence les représentations syndicales, sont le plus souvent préoccupés uniquement par les acquis des travailleurs. Rien ne les distingue des travailleurs du système productif, ceci par un mimétisme avec d'autres organisations de masse oubliant une vertu cardinale, les enseignants ne sont pas que des travailleurs, ils ont une mission sociale autrement plus délicate, celle de structurer l'imaginaire des enfants. Car en amont du président de la République, du Premier ministre, du ministre, du professeur d'université, de l'ingénieur, de l'imam, il y a le maître, l'éducateur, l'éveilleur aux choses de la vie. La citation bien connue sur la mission sacrée de l'enseignant: «Kada el mou'alima an yakouna rassoulane», nous interpelle.


Le coût de la formation

S'il est indéniable que des efforts apparents sont faits par les pouvoirs publics depuis l'indépendance, force est de constater que des salles de classe ne font pas l'acte pédagogique. Nous pensons que l'Etat doit s'investir en priorité dans l'élévation de la compétence des enseignants et l'élaboration de programmes pédagogiques pertinents. Le système éducatif livré à lui-même fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.

Quant à son budget de fonctionnement, l'Etat dépense 659 milliards de DA pour l'éducation, ce qui revient à environ 65.000 DA par élève. En France, la dépense moyenne par élève est de 5000 euros dans le pré-élémentaire à plus de 10.000 euros dans les lycées, voire 14.000 euros dans les préparations aux grandes écoles. Mieux à l'ENA, le coût annuel d'un élève est de 83.300 euros, à Polytechnique de 20.000 euros et à l' université de Cergy-Pontoise de 9000 euros. Ces chiffres sont en moyenne 10 à 30 fois plus élevés qu'en Algérie. La moyenne de l'Ocde est autour de 5300 euros pour le primaire et 7000 euros pour le secondaire. En définitive, le système éducatif algérien est un système low cost, il ne peut raisonnablement conduire qu'à un faible niveau (low level).

De plus, et c'est le plus inquiétant, le budget est en grande partie dédié à la masse salariale. Ce qui fait que les travaux pratiques, dans les sciences et même dans le primaire et le secondaire ne sont pas faits correctement, s'ajoute à cela une gestion pantouflarde, voire opaque de l'institution chargée de l'achat des équipements et nous avons tous les ingrédients de l'échec de l'Ecole. On demande à l'élève algérien d'avoir les mêmes performances. Dans le même temps, il existe des départements ministériels tels que celui des moudjahidine qui a un budget qui est le tiers de celui de l'Education nationale, c'est comme s'il avait la responsabilité de l'éducation de 3 millions d'élèves! Ou encore quatre fois tout le système de la formation professionnelle. De plus, et c'est curieux, le budget ne fait que croître alors qu'il devrait en théorie diminuer.


Comment réhabiliter l'acte pédagogique?

Les comportements de certains enseignants - heureusement le petit nombre - ne sont pas irréprochables. Que dire des enseignants qui monnayent leur savoir en dehors de leur horaire de la classe. Il s'avère avant toute chose nécessaire de mettre en place une charte de l'éthique des droits et des devoirs de l'enseignant. Charte qui devrait faire l'objet d'un débat large où chaque enseignant(e) apporterait sa part de réflexion. Une mission de salut public serait pour la tutelle de chaque établissement, chaque enseignant, les syndicats de s'occuper au quotidien de l'amélioration de l'enseignement, des travaux pratiques, suggérer le recyclage des enseignants qui passe nécessairement par un état des lieux des compétences individuelles de chacun. Dans le même ordre, il paraît dangereux de faire dans la massification des doléances et ne pas discriminer entre les méritants et ceux qui ont définitivement abdiqué, se contentant d'ânonner un cours ancien sans imagination. Le mérite ne se mesure pas à l'aune unique de l'ancienneté. Dans ce cadre, l'agrégation permettra de discriminer, entre ceux qui font l'effort de se parfaire et ceux qui vivent sur les acquis.



Le canular du LMD

Après le processus de Bologne qui fixe les grandes lignes du système éducatif européen, le LMD mis en place a été conforté, entre autres, par le programme Erasmus sur la mobilité. En Europe, le programme Erasmus encadre et facilite les échanges. Il permet notamment d'obtenir des bourses, pour une part sans condition de ressources. Ces échanges permettent d'expérimenter la vie et les conditions d'études à l'étranger. Mis en place avec certaines écoles et universités, les doubles diplômes permettent d'étudier dans deux institutions en parallèle et d'obtenir deux diplômes distincts. Le niveau en langues est alors déterminant.

Dans le cadre d'un séjour Erasmus, c'est à l'université du pays choisi de déterminer si votre niveau est suffisant. «Un an obligatoirement.» C'est la durée minimale pour progresser suffisamment en langue. Si la mobilité européenne est très bien organisée, il est, en revanche, plus compliqué - et plus coûteux - d'aller outre-Atlantique. Voilà globalement pourquoi le LMD existe en Europe. De plus, il ne faut pas être naïf, tous les pays européens et occidentaux protègent leurs élites. A savoir que les Ecoles sont traitées à part, il en est ainsi en France, de l'ENA, l'Ecole polytechnique, Centrale Pont, l'ENS. Le LMD c'est pour l'université et encore!



La déréglementation et les métiers nouveaux

Mieux encore, de nouveaux métiers apparaissent! En Europe, la déréglementation permet de préfigurer le nouveau visage de l'emploi basé, non pas sur des rentes de situation que l'on croyait gravées dans le marbre, mais dans la création permanente visant à faire la même chose pour moins cher. Mardi dernier en France, pharmaciens, avocats et notaires sont en grève contre le projet de libéralisation du gouvernement. Leur crainte? L'assaut de start-uppers bien décidés à mettre à mal leur monopole en cassant les prix. La libéralisation des professions réglementées se fera-t-elle grâce à eux?

A l'image d'auto-ecole.net, la première école de conduite en ligne agréée, qui casse les prix du marché avec un permis dès 675 euros contre 1 250 euros en moyenne, selon la Clcv. Ainsi, alors que la start-up veut se développer principalement sur le Web, Une autre plate-forme qui donne l'image de la nouvelle justice, demanderjustice.com, plate-forme qui aide les internautes à saisir la justice pour régler les litiges de la vie courante. Il y a ailleurs reconnaissance de la légitimité du marché du droit en ligne. Il en est de même du médicament qui ne sera plus le monopole des pharmacies, mais de plus en plus des grandes surfaces. Tout est fait pour diminuer les coûts.



L'enseignement supérieur en Algérie: une course vers l'abîme

Où en sommes nous en Algérie ? Il ya bien longtemps que nous nous sommes installés dans les temps morts en terme d’innovation, majeure dans les programmes qui

deviennent des peaux de chagrin avec le nouveau format « slim » ( étroit) du LMD où on fait plus dans la vulgarisation des sciences que dans enseignement des fondamentaux proprement dits.

Le ministère de l'Enseignement a perdu ses dernières défenses immunitaires en s'engouffrant tête baissée dans le LMD qui va nous conduire à la perte. Les métiers du futur ne sont pas seulement à chercher dans les filières scientifiques et technologiques, mais aussi dans les disciplines de sciences sociales humaines, du droit. En Algérie, nous sommes prisonniers des vieux schémas, fruit d'une décolonisation mentale inachevée. On croit à tort que l'on peut s'en sortir uniquement en confiant notre destin à la langue française. C'est une erreur! En France, la plupart des revues scientifiques sont éditées en français, même les prestigieuses annales de l'Institut Pasteur.

Il vient que l'instauration LMD actuelle est une profonde erreur! Le LMD conçu en Europe pour des Européens avec une mobilité importante (programme Erasmus par exemple) n'a aucun sens dans un pays où nous n'avons pas de mobilité, nous ne savons pas à quoi servent les diplômés et surtout nous avons dynamité la technologie.

Il est indéniable que l'acte pédagogique s'est détérioré. Les raisons sont multiples. Il y a tout d'abord la massification; les moyens ne suivent pas. Pas d'enseignants en quantité et surtout en qualité, pas de moyens pédagogiques appropriés. Mais le plus important dans tout cela, est que l'université a perdu son magistère moral. Elle est devenue -tragiquement - synonyme de trafic de passe-droits, de combines en tout genre, de dérives graves. A l'université tout s'achète, il suffit d'y mettre le prix! Un examen, un concours de résidanat, une bonification de notes, une redélibération si le jury a mal «délibéré». On aurait pu espérer que la Charte de l'éthique élaborée en 2011 serait appliquée. Il n'en fut rien, on nous dit que les chefs d'établissement, des paléo-enseignants qui ont choisi de faire carrière dans l'administration freinent des quatre fers, car en définitive, la Charte donne le pouvoir aux jurys et qu'il est expressément stipulé qu'il est interdit à l'administration de s'ingérer, en dehors de s'occuper de l'intendance...Le résultat est là, il est encore plus catastrophique à l'intérieur du pays où les autorités locales interfèrent certaines fois.

Le moment est venu avant qu'il ne soit trop tard de redonner aux gardiens du temple que sont les enseignants, la mission exclusive de remettre l'université sur les rails. Outre l'éthique a réhabiliter, il serait de la plus haute importance que l'université s'implique dans le développement du pays. Pour cela, il est vital qu'elle s'organise en grandes disciplines dans le cadre de Comités pédagogiques nationaux qui auront à coeur de veiller à l'élévation du niveau dans tous le pays. La deuxième chose aussi est de réhabiliter les disciplines technologiques, tout cela passe en amont par une étroite coordination avec l'Education nationale et la formation professionnelle


Encourager la performance

Les transitions multidimensionnelles qui attendent l'Algérie, nous commandent d'avoir une Ecole performante, une formation professionnelle qui ne soit pas le domaine des perdants, au contraire! Une université stratège qui indique la voie et qui puisse permettre à chacun de s'épanouir pourvu qu'il fasse l'effort nécessaire pour réussir d'une façon honnête.
Imaginons pour rêver qu'il y ait en Algérie des concours de performance en tout, en sport, aux jeux d'échecs, en mathématiques. Imaginons que l'on invite Myriam Mirzakhani ou encore Gregory Perelman, tous les deux médaille Fields de mathématiques, je suis sûr qu'ils apporteront par leur présence, leur aura, une dimension formidable à la quête de science dans ce pays. La brillante performance de la jeune Iranienne, médaille Fields des mathématiques équivalent du prix Nobel ne doit rien au hasard, elle est issue d'un creuset de l'élite, mot encore tabou en Algérie.

Jusqu'à quand nous ne comprenons pas qu'il faut faire la place aux légitimités du neurone? Mettons en place une organisation pour le développement des talents brillants. Assurément, la lettre d'Abraham Lincoln au précepteur de son fils devrait nous guider pour former les décideurs de demain qui auront à mener l'Algérie à bon port, quand la rente ne sera plus qu'un souvenir

Nous formerons alors des citoyens éclairés, capables de séparer le bon grain de l'ivraie, ayant un sens critique qui leur évitera et évitera au pays bien des malheurs, car une société apaisée, instruite n'est pas manipulable, elle évolue harmonieusement et va à la conquête du savoir sans complexe. Les pesanteurs que nous avons connues, les interrogations identitaires et religieuses récurrentes, appartiendront à l'histoire, car personne ne pourra barrer la route à une jeunesse éduquée, fière de ses identités et de ses repères religieux et qui sera fascinée par l'avenir. Rien ne comptera plus, à part le savoir et la valeur ajoutée. Les pouvoirs publics ont le difficile privilège de sauver l'Algérie en sauvant son système éducatif.

Partager cet article

Repost 0
Chems Eddine Chitour - dans Algérie
commenter cet article

commentaires