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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 16:51

«Il faut sauver l'âme russe, l'éducation devra être plus «patriotique» afin de préserver des influences étrangères la jeunesse russe qui est la cible d'une bataille idéologique mondiale. Nous avons besoin d'un travail constant, systématique qui puisse défendre (notre) pays, nos jeunes contre ces risques»

Vladimir Poutine, président russe

Où est l'âme algérienne? Dans le soporifique éphémère de l'engouement pour une équipe de football? Dans l'addiction à des habitudes de réflexion religieuse aux antipodes de l'Islam maghrébin? Dans Facebook, Twitter ou les sites marginaux? N'est-ce pas dans la nécessité de militer plus que jamais pour le vivre-ensemble, l'émergence d'une culture nationale mais ouverte sur l'universelle loin des zerdas de l'été, qui jouent avec le foot, les pains et les jeux de cirque de l'empire romain voulant divertir les Romains...

Est-ce normal que l'indépendance du pays soit vécue d'une façon clandestine par les Algériens, notamment par la jeunesse qui a fêté deux jours auparavant des joueurs qui nous ont donné pendant 15 jours l'illusion du bonheur à une jeunesse en panne de cap. Nous pouvons être sûr à l'instar des années précédentes, que le même rituel sur l'immense révolution sera proposé par l'Unique sans imagination et qui n'attire plus les foules. L'événement majeur de l'indépendance est vécu dans la clandestinité la plus totale par la population, notamment la jeunesse qui a ses propres dynamiques souterraines et qui sera de plus en sensible aux messages de la Toile. Elle est plus inquiète du sort d'un entraîneur qui touche en trois mois ce que perçoit un professeur d'université en trente-deux ans de bons et loyaux services.

Pourtant, souvenons-nous les années soixante, la vague de décolonisation a donné l'illusion que les pays étaient réellement indépendants et que tout était permis, la misère morale et matérielle devait faire place à la liberté de parole, de travailler, bref, de donner la pleine mesure de son talent. Cruelle erreur, les espoirs furent rapidement confisqués Aimé Césaire, en son temps, jugeant d'un oeil très critique cet hold-up de la liberté, de la démocratie, eut cette formule lapidaire sans appel: «La lutte pour l'indépendance, c'est l'épopée! L'indépendance acquise, c'est la tragédie.»

A l'Indépendance, nous étions tout feu, tout flamme et nous tirions notre légitimité internationale de l'aura de la glorieuse Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s'est refroidie en rites sans conviction, pour donner l'illusion de la continuité. Mieux encore, le moteur de la Révolution qu'était le FLN a été confisqué au profit d'une caste qui pendant un demi-siècle l'a démontétisé. Le FLN historique est la propriété de tous les Algériens sans exclusive.

Si on doit faire brièvement un inventaire de ce demi-siècle d'errance, la période Boumediene vit une séquestration des libertés, les adversaires étaient réduits au silence. La révolution culturelle, qui ignora la composante amazighe, fut un échec patent. L'Algérie fut confiée corps et âme à une sphère moyen-orientale et on en paie le prix en termes d'errance. Cependant, il serait honnête de reconnaître que des dizaines d'usines furent construites, l'Algérie tentait de se faire une place. La nationalisation des hydrocarbures, la construction de la transsaharienne et aussi le Barrage vert dont on découvre les vertus trente ans après furent des réussites L'essentiel de l'outil de raffinage date de cette période. Le tissu industriel restant ayant disparu dans la tourmente des ajustements structurels.



La faillite du système éducatif

Du point de vue quantitatif, il y a le compte mais avec des établissements qui n'invitent pas à l'effort, mornes, ayant toujours le même faciès, ils sont remplis d'ennui. Sur le plan qualitatif, il y a une lente détérioration de l'acte pédagogique pour arriver à un bac non reconnu, à un bac math technique inexistant, un ventre mou de baccalauréat qui débouchent inévitablement sur des métiers qui mènent au chômage. Le budget de l'Education nationale pour 10 millions d'élèves paraît impressionnant mais une dotation par écolier est en moyenne cinq à dix fois moins élevée que dans les pays développés..., l'école a été qualitativement un échec. Certes, nous délivrons des dizaines de milliers de diplômes mais que valent-ils réellement? Justement, l'enseignement supérieur est analogue à un train fou que personne ne peut arrêter.

Il ne faut pas dans ces conditions attendre des miracles d'un ministère qui continue sur la vitesse acquise et la bombe à retardement que constitue la gabegie du LMD a mis aussi la stérilisation technologique de l'université par la suppression des filières d'ingénieurs et techniciens! Mieux! Dans l'Algérie actuelle le ticket universitaire coûte toujours depuis 1962, 1,2 dinars, pour un prix réel supérieur à 200 DA, la chambre universitaire à 50DA et le transport mensuel à 15 DA sont, dit-on, des acquis de la Révolution! Pauvres de nous à laisser ce type de message s'insinuer dans la tête des étudiants au lieu de leur apprendre l'effort et que rien n'est gratuit! Que tout se mérite! Résultats des courses: le budget de l'Enseignement supérieur est à 60% pour les oeuvres universitaires (hôtellerie, transport, restauration) qui ne concernent en rien l'acte pédagogique, une paléo-mission, pour lequel en principe le ministère est en principe comptable! Mieux, tout le budget de l'enseignement supérieur est à peine 5% supérieur à celui des moudjahidine.


Qu'avons-nous fait de durable?

L'Algérie actuelle, qu'est-ce que c'est? Un pays qui se cherche, qui n'a pas divorcé avec ses démons du régionalisme, du népotisme? Qui peine à se déployer, qui prend du retard, qui vit sur une rente immorale car elle n'est pas celle de l'effort, de la sueur, de la créativité? C'est tout cela en même temps! Le pays se complaît dans une espèce de farniente trompeur tant que le baril est là. Après, ce sera le chaos. L'Algérie perd du temps, elle rate des échéances, le monde n'attend pas, il bouge.

L'Algérie dépense sans compter et à importer pour 55 milliards de dollars en 2013 dont 8 milliards de dollars de nourriture. Et 7 milliards de voitures, avec en prime 3, 5 milliards de dollars d'essence et de gas oil, achetés à 1dollar et offert généreusement aux Algériens, mais aussi aux frères marocains et tunisiens au prix symbolique de 13 DA soit sept fois moins. Le tonneau des Danaïdes de la rente suffira de moins en moins pour contenir cette gabegie énergétique. L'Algérie se tient toujours le ventre et indexe son destin sur le prix d'un baril de pétrole en priant qu'il ne descende pas au-dessous de 100 dollars.

Le jeune Algérien de 2014 bavarde avec un portable vissé à l'oreille, il chausse des Nike, tchatche sur Internet, roule carrosse (600.000 voitures importées). Il ne sait pas ce que c'est que l'effort, l'honnêteté, il pense que l'école et l'université ne servent à rien, prenant l'exemple sur les troubadours et les footballeurs qui gagnent en une saison ce que gagne un enseignant en une vie... L'Algérien de 2014 pense que tout est pourri qu'il n'y a rien à faire, que l'horizon est bouché et que c'est le sauve-qui-peut.

Qu'est-ce qu'alors être indépendant au XXIe siècle avec une mondialisation dimensionnée à la taille des plus grands, des plus forts, des plus immoraux? Qu'est-ce qu'être indépendant quand on est dépendant à 80% pour sa nourriture, à 100% pour sa construction, les transports, quand on est dépendant à 100% pour ses achats de tous les jours. Nous nous retrouvons, en 2013, en train de confier la construction de ce pays à des étrangers sans aucune sédimentation.
Avons-nous un taux d'intégration et un savoir-faire réel? Avons-nous des hôpitaux de qualité, une école qui fait réussir? Une université vue comme un ascenseur social? Rien de tout cela! Notre mimétisme de l'Occident ne concerne que la dimension consommation et non dans celle du travail, de l'effort, de l'intelligence et de l'endurance, l'Algérien veut, sans effort, tout et tout de suite et pense que tout lui est dû. Nous donnons un très mauvais signal en distribuant la rente sans contrepartie en termes de travail et de création de richesse.

Sommes-nous devenus plus autonomes? Que reste-t-il de notre indépendance qui devient de plus en plus virtuelle et a changé de paradigme? L'Empire n'a pas besoin d'être à demeure, les nations faibles reçoivent des propositions qu'elles ne peuvent pas refuser. Nous en sommes là parce que depuis cinquante ans nous n'avons pas fait émerger une élite à même de continuer le combat des aînés avec les armes de la science et de la technologie. L'idéologie baasiste teintée d'une couche d'hypocrisie religieuse a fait que nous nous retrouvons seuls, ces idéologies ayant montré leur limite et leurs pulsions de morts.


Le monde du futur est un monde de plus en plus dangereux

Imaginons: nous sommes en 2030. Dans le monde c'est le chaos, les guerres de l'eau sont atroces, les guerres pour l'énergie n'épargnent personne. Les hyperpuissances mettent en coupe réglée les nations faibles. Un nouveau partage du monde fera apparaître de nouveaux blocs. Le barycentre du monde ayant basculé du côté de l'Asie, fait une place plus modeste à l'Occident. Les changements climatiques sont une réalité qui touche violemment les pays du Sud qui n'ont pas su trouver la parade pour se prémunir des phénomènes extrêmes. Le monde est devenu dangereux et graduellement se dessine un monde d'esclaves tenu à la périphérie du progrès. Les Arabes auront disparu en tant que nation maintenant que le pétrole est sur un déclin avéré. Ils retourneront sous la tente et s'en remettront à un fatalisme ravageur qui n'a rien à voir avec ce que nous enseigne le Coran: «Oua khoudhou Hadhrakoum», Prenez vos précautions

L'Algérie de 2030 Epitre aux gouvernants

L'Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. Est-ce parce qu'elle n'abrite pas en son sein les compétences à même de la faire sortir de l'ornière? Est-ce qu'elle n'a pas les ressources qui lui permettraient de financer son développement? Non! Comment alors expliquer cette panne dans l'action qui fait que nous sommes encore à chercher un projet de société et à vivre au quotidien gaspillant une rente imméritée qui hypothèque lentement, mais sûrement l'avenir de nos enfants? Un maître-mot, les responsables ne rendent pas compte!

Que devons nous faire? Nous ne pouvons pas à l'évidence continuer ainsi? Cette halte à l'occasion de la commémoration de l'indépendance devrait être pour nous un électrochoc! Nous ne sommes pas à l'abri d'un tsunami, nos frontières sont de plus en plus vulnérables et ce qui se passe au Moyen-Orient où les frontières se redessinent du jour au lendemain, souvenons-nous de la partition du Soudan, de la Somalie, de la Libye, de l'Irak, de la Syrie, n'oublions pas Tiguentourine!

Si rien n'est fait en termes de consolidation de l'Etat de droit, notamment par la mise en place d'un projet de société basé sur un désir de vivre ensemble. Si rien n'est fait en termes d'économie en termes de stratégie en termes d'éducation. Si le maître-mot en toute chose est le savoir, l'Algérie de 2030 sera celle du chaos. Imaginons-nous en 2030, plus de pétrole et de gaz à vendre malgré l'utopie des gaz de schiste. Plus d'eau potable, les changements climatiques auront fait des ravages. Ceux qui nous ont amené au chaos ne sont plus là. Pour n'avoir pas pris de précautions l'eau sera rare, les sols seront devenus stériles. L'Algérie deviendra une zone grise.

Dans dix ans, nous n'aurons pas de pétrole comme rente. Nous aurons une démographie incontrôlable. Nous n'aurons plus de ressources pour nourrir les 55 millions d'Algériens en 2030. Il ne faut pas croire et j'insiste là-dessus sur le fait que les gaz de schiste nous permettront de continuer à dormir! Ce nest pas vrai. Même si nous prenons toutes les précautions pour ne pas polluer irréversiblement le Sahara, nous n'aurons qu'un sursis de quelques années dans dix ans et après. Est-il sage de continuer à construire à tour de bras des centrales électriques thermiques avec un gaz de moins en moins abondant et pour la consommation nationale et encore moins pour l'exportation?

Un Etat stratège doit être juste et récompenser avec une égale dignité l'effort, Nous allons fêter le 52e anniversaire de l'indépendance. Qu'on se le dise, l'ère du tout-pétrole est derrière nous. Nous avons une quinzaine d'années devant nous pour réussir le difficile pari de sortir de l'ornière du sous-développement Et que dire de la formation de l'élite dans ce pays.

La question qui se pose est la suivante: avons-nous une ambition pour ce pays après un demi-siècle d'un fonctionnement du socialisme puis du libéralisme de la mamelle Quels sont les acteurs? les gardiens du temple? Comment réveiller le génie qui sommeille en chacun d'eux. Le moment est venu de faire émerger les nouvelles légitimités du XXIe siècle. Chacun devra être jugé sur sa valeur ajoutée. Chacun devra rendre compte. La transition inéluctable doit se faire sans douleur et que l'on mette enfin le peuple algérien au travail. La situation du pays impose de donner l'exemple et de parler vrai à cette jeunesse en panne d'espérance.
Parmi les chantiers du futur, il y a d'abord la consolidation du vivre-ensemble, le Service national, mais aussi l'éducation, l'enseignement, la culture et le culte devraient pouvoir tracer la route aux jeunes Algériens pour leur donner la fierté d'être algérien et de prouver par leurs efforts autrement que dans les slogans «One, two, tree...».

Il nous faut aussi nous attaquer au système éducatif dans son ensemble, le mettre en phase avec le développement du pays mais aussi avec les dernières conquêtes de la science. Nous y reviendrons. Il y a à réussir cette transition énergétique en traçant la aussi un cap. Imaginons à titre d'exemple que l'Etat décide dans le cadre de la mise en place de cette stratégie énergétique d'éviter les gaspillages, c'est au bas mot 20% d'économie d'énergie! Soit encore 8 millions de Tep autant que pourrait rapporter le gaz de schiste dans dix ans et ceci sans démolir le Sahara et problématiser la vie de ses habitants...

Si nous repartons du bon pied, si nous faisons preuve d'audace, si nos ministres prennent des initiatives avant tout utiles pour le pays, alors la rente ne sera plus qu'un lointain souvenir. Elle sera remplacée par une production de richesses, fruit d'un savoir endogène dans un environnement scientifique, politique, économique qui permettent aux Algériennes et aux Algériens de donner la pleine mesure de leur talent. Les Algériens de 2030, citoyens à part entière seront reconnaissants à leurs aînés d'avoir opté pour le développement à marche forcée en privilégiant le savoir, le travail bien fait, le développement durable et surtout surtout en montrant eux-mêmes le chemin..


Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-ed.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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