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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 12:23

«Anything under the sun that is made by man.» «Tout ce qui est sous le soleil et qui est touché par l'homme peut être breveté»

Arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis 1980

L'un des derniers bastions qui concerne l'humanité est la manipulation génétique du vivant à des fins de brevets. L'homme en Prométhée des temps modernes rentre en compétition avec la nature «La brevetabilité du vivant lit-on sur Wikipédia, désigne la possibilité de déposer un brevet sur un organisme vivant, animal ou végétal, qu'il soit pluricellulaire ou non. Longtemps exclus du domaine d'application des brevets ou de tout autre système semblable, les organismes vivants font aujourd'hui l'objet de multiples demandes de brevets qui varient en fonction des systèmes juridiques, parfois concurrents, et de la nature des organismes visés. Ce développement, accéléré par celui des biotechnologies, pose des questions non seulement économiques et commerciales, mais aussi éthiques. Un débat a pris de l'ampleur dans les années 1990, avec le développement des OGM et du séquençage de l'ADN, débat qui s'inscrit également dans celui de l'accès à la biodiversité. Parmi ces brevets ceux ayant trait à la nourriture. Une guerre souterraine... et silencieuse. Les graines sont le premier maillon de notre alimentation. Mais dans un avenir très proche, les agriculteurs n'auront peut-être plus le droit de ressemer leurs propres graines. En Europe, une loi tente de contrôler l'utilisation des semences agricoles... Derrière cette confiscation, 5 grands semenciers, dont Monsanto, contrôlent déjà la moitié du marché des graines et cherchent à étendre leur privatisation ».

Dans une contribution sans concession, Marie Monique Robin auteur du fameux brûlot «Le Monde selon Monsanto», parle cette fois-ci de «brevets contre l'humanité et de pirates du vivant». Pour elle, c'est une guerre contre l'humanité, telle est la finalité effrayante provoquée par le brevetage du vivant et le contrôle sur les semences mondiales. Elle explore la course aux brevets sur le vivant, qui s'apparente à une véritable guerre contre l'humanité. En effet, des multinationales comme Monsanto sont tout simplement en train de prendre le contrôle de l'alimentation mondiale, en détruisant la biodiversité et en s'octroyant un monopole sur les semences à l'échelle de la planète. Marie-Monique Robin décrit successivement dans sa conférence la biopiraterie (cas du haricot jaune du Mexique). Et rappelle que jusqu'en 1980 les organismes vivants étaient exclus du brevetage. En 2005, l'Office des brevets de Washington: 20% de brevets sur le vivant. Monsanto a déposé entre 1983 et 2005: 647 brevets liés à des plantes. En 1997, Monsanto et l'introduction des OGM en Argentine (23 millions d'hectares en OGM aujourd'hui). Conflit sur les royalties rétroactives réclamées par Monsanto; le lobby des producteurs d'OGM veut faire instaurer une reconnaissance universelle des brevets sur le vivant (1)


Comment les OGM favorisent la vente de pesticides

D'ores et déjà car c'est une des menaces dit-elle, les plus graves qui pèsent sur l'humanité a mon avis, puisqu'elle débouche non seulement sur la privatisation du vivant, la fin de la biodiversité, mais surtout sur le transhumanisme, c'est-à-dire, la fin de l'humain «naturel» tel que nous le connaissons, car les solutions Monsanto ne sont qu'une fuite en avant technologique qui nous force, à un moment ou un autre, pour survivre, à nous modifier nous-mêmes, par pression darwinienne.» (1)

Il est vrai que l'affaire ne date pas d'aujourd'hui. Le tournant est définitivement pris le 16 juin 1980 avec l'arrêt de la Cour suprême qui met un terme à l'affaire Diamond contre Chakrabarty. On apprend aussi que les traités de libre échange vont favoriser le brevetage du vivant. Dans le TPP, les États-Unis demandent à ce que l'animal comme la plante soient brevetables. L'administration Obama voudrait également que soient brevetables les «méthodes diagnostiques, thérapeutiques et chirurgicales pour le traitement des êtres humains ou des animaux.»

Contrairement à l'objectif visé, les OGM n'ont pas permis de réduire la quantité de pesticides utilisés aux Etats-Unis. C'est l'inverse qui est arrivé. Les plantes capables de résister à un insecticide devaient permettre aux agriculteurs de ne plus utiliser qu'un seul traitement phytosanitaire - par exemple le Roundup dans le cas des semences «Roundup ready» - et donc de réduire l'impact écologique de l'agriculture. Un rapport publié en juillet dernier par l'ONG américaine Food and Water watch montre que c'est exactement l'inverse qui est arrivé. La faute, notamment, à l'émergence de mauvaises herbes résistantes aux pesticides, expose l'ONG. «A mesure que les plantes résistantes (aux pesticides, ndlr) ont envahi les champs et diminué les rendements, les agriculteurs ont recommencé à utiliser de plus en plus de pesticides dangereux, ceux-là même que les cultures OGM étaient censées leur faire éviter.» Ce même rapport montre que l'entreprise Monsanto a largement bénéficié de cet échec. En effet, puisque le Roundup est de moins en moins efficace, les agriculteurs américains sont contraints d'en utiliser plus. Résultat: les Etats-Unis consomment dix fois plus de Roundup aujourd'hui qu'en 1996. (2)

Jean-Pierre Berlan ancien ingénieur agronome et ancien directeur de recherche de l'Inra a dénoncé l'innovation majeure de la recherche agronomique française: le maïs hybride.
Dans le journal Le Monde du 27 mars 2014 il écrit «Au complexe génético-industriel et à ses scientifiques qui ont intérêt au succès industriel des organismes génétiquement modifiés (OGM) s'oppose une opinion publique dont le bon sens lui dit que si les scientifiques sont dans leur laboratoire, ce n'est pas parce qu'ils savent, mais bien parce qu'ils ne savent pas, et qu'il est dangereux de s'en remettre à des ignorants, même si, en bons (...) Il faut s'intéresser à ce que nous ingurgitons. Personne ne niera que, pour les désigner, le terme «clone» est préférable à celui, usuel, de «variété» - le caractère de ce qui est varié, diversité! Ces clones sont «pesticides». Lors de son discours de clôture du Grenelle de l'environnement le président Nicolas Sarkozy avait condamné les «OGM pesticides» - 99,6% des OGM vendus. Le% est le même cinq ans plus tard. Ces clones pesticides soit produisent une toxine insecticide, soit absorbent un herbicide sans mourir. La toxine insecticide est produite par toutes les cellules de la plante. L'herbicide, lui, pour agir doit pénétrer dans la plante. La construction génétique y neutralise son action. La plante survit et l'herbicide reste. C'est le cas du Roundup» (3).

Déjà en 2012, Jean-Pierre Berlan mettait en garde: «L'italie nous a offert un plat sublime de simplicité, la pasta al pesto. Le cartel agrotoxique veut nous imposer désormais la pasta al pesticida. Ce n'est pas à ces «experts» de décider de notre appétit. Enfin, ces clones pesticides sont brevetés. L'enjeu? Les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. La loi de la vie s'oppose à la loi du profit. La vie a donc tort. En 1998, Terminator, cet OGM qui permet de stériliser les plantes, a révélé le secret le mieux gardé de la génétique agricole: séparer ce que la vie confond, séparer la production de la reproduction.(4)

Souvenons-nous! Quelques jours après la révélation, le 19 septembre, des conclusions d'une étude choc sur la toxicité d'un OGM, le professeur Gilles-Eric Séralini s'est dit, lundi 24 septembre, «attaqué de manière extrêmement malhonnête par des lobbies, qui se font passer pour la communauté scientifique». «C'est le même lobby qui a permis l'autorisation de ces produits et qui est activé par les entreprises de biotechnologies», a estimé l'universitaire de Caen


Le drame des abeilles

Les méfaits de Monsanto ne se limitent pas aux OGM; même les abeilles n'y échappent pas. Monsanto envisage de créer des abeilles transgéniques. «Détenteur, ou plutôt usurpateur de nombreux brevets sur le vivant, la quête de cette sombre firme ne prendra fin que lorsqu'ils contrôleront la totalité de la chaîne alimentaire. Ce qu'ils semblent être en passe de concrétiser, puisque l'introduction d'une nouvelle espèce d'abeille génétiquement modifiée se fera au détriment des espèces naturelles existantes Sous couvert de vouloir «améliorer» le monde à grands coups de produits toxiques, ces tristes personnages responsables de la ruine de nombreux paysans, ainsi que de l'augmentation de troubles neurologiques de par le monde, n'auront de cesse que lorsqu'ils auront la main mise sur la totalité de l'alimentation mondiale, dont un chaînon principal est... L'abeille! Voilà que Monsanto s'intéresse à la pollinisation. Ou plus précisément, aux abeilles ».(5)

Un tiers de notre alimentation dépendrait de leur patient travail, un service évalué à 153 milliards d'euros par an par une équipe de chercheurs de l'Inra. Depuis la fin des années 1990 en France, et l'hiver 2006-2007 aux Etats-Unis, les essaims semblent victimes d'un mal mystérieux. Environ 30% (presque un tiers!) des ruches meurent chaque année, sans explication apparente Les scientifiques n'ont pas réussi à trouver une seule explication à ce «syndrome d'effondrement des colonies», mais un ensemble de causes qui provoqueraient la disparition des colonies d'abeilles: les pesticides: «Le catalogue des produits phytopharmaceutiques dénombre aujourd'hui 5000 produits commerciaux dont l'utilisation selon des méthodes non autorisées est susceptible de provoquer des dommages irréversibles sur les colonies d'abeilles», indique un rapport de l'Anses daté de 2008.» (5)


Comment les multinationales veulent contrôler le vivant

Monsanto n'est pas la seule multinationale à jouer à l'apprenti sorcier du vivant. On peut y ajouter les grands groupes Sanofi, Roche dont le dernier scandale en avril 2014, sur la vente en milliards de dollars du tamiflu contre la grippe porcine qui s'avère aussi efficace que l'aspirine.

Nous lisons «Thérapies plus efficaces, bactéries anti-pollution, carburants synthétiques... La biologie de synthèse nous réserverait un futur plein de promesses. Et attire les investissements des plus grands groupes mondiaux de biotechnologies, de l'énergie ou de l'agroalimentaire. Mais fabriquer artificiellement la vie, à partir d'ADN construit en laboratoire et d'usines à gènes brevetés, suscite de nombreuses interrogations. Alors que les premiers organismes intégralement conçus par ordinateur commencent à prendre vie, des ingénieurs rêvent déjà de planifier l'évolution et de corriger les «imperfections» de la nature.» (6)

«Fabriquer la vie». Ainsi pourrait se résumer l'ambition de la biologie de synthèse. «Un nouveau monde s'ouvre à nous», décrit le site de présentation du ministère de l'Économie. La biologie de synthèse, nouvel eldorado techno-scientifique, «pourrait apporter des thérapies plus efficaces, des médicaments moins chers, de nouveaux matériaux facilement recyclables, des biocarburants, des bactéries capables de dégrader les substances toxiques de l'environnement», s'enthousiasment les pouvoirs publics. Les géants de la chimie, de l'énergie, de l'agrobusiness et de la pharmacie - comme BP, Exxon Mobil, Basf ou Cargill - sont sur les rangs, mais aussi ceux de l'informatique, comme Microsoft ou Google (...)
En 2010, après 15 ans de travail, une équipe de l'institut Craig Venter aux États-Unis crée une bactérie d'un genre nouveau: son unique chromosome est composé d'ADN entièrement fabriqué par les chercheurs.. «Voici sur cette planète la première espèce capable de se reproduire ayant pour parent un ordinateur», s'enflamme son créateur, Craig Venter. Même si, pour le moment, il s'agit surtout de recopier la vie, en recréant en laboratoire les composants de base du code génétique. (...)» (6)


La résistance populaire met fin aux projets de Monsanto

De par le monde les agriculteurs s'organisent pour lutter contre les OGM. C'est le cas des paysans argentins: «Le numéro un sur le marché des semences génétiquement modifiées avait à vrai dire mis le paquet: un investissement de 160 millions de dollars et la perspective de créer quelque quatre cents emplois dans une des régions les plus pauvres du pays. Les habitants de Malvinas Argentina et des groupes de protection de l'environnement ont réussi à obtenir de la justice que leurs revendications soient entendues. Le mouvement contre Monsanto gagne des forces en Amérique latine ainsi que dans les Caraïbes: Les petits paysans se trouvent aujourd'hui aux premières lignes de la bataille contre l'augmentation des cultures transgéniques, Le modèle agricole néo-libéral pourrait être supplanté si le modèle d'agriculture familiale, qui actuellement produit la plus grande partie de l'alimentation en Amérique latine, (...) le géant Monsanto a été contraint de battre en retraite. La globalisation a été cette fois-ci du côté des luttes et de l'espérance. David a vaincu Goliath en terre argentine.» (7)



Le retour progressif au bio aux Etats-Unis


Il semble que les Etats-Unis sous l'impulsion du secrétaire d'Etat à l'Agriculture, redécouvrent les vertus du bio. Hélène Crié-Wiesner nous en parle L'agriculture américaine trimballe une exécrable réputation en Europe: industrialisée, OGMisée, subventionnée à mort... Et si tout cela n'était plus vrai? Un autre plan agricole vient d'être voté: adieu la sainte trinité maïs-blé-soja! Le bio, les fruits et des légumes sont enfin à la fête. En fixant de nouvelles règles du jeu pour pouvoir accéder aux assurances, la loi régule par la même occasion l'usage des produits phytosanitaires et l'exploitation des terres, histoire de préserver l'environnement mis à mal par les changements climatiques. Les cultures de fruits et de légumes, ainsi que le bio en général, sont les grands bénéficiaires de cette petite révolution américaine. On comprend pourquoi en écoutant ce que disait le 20 mars 2014 Tom Vilsack, le secrétaire d'Etat à l'Agriculture: «La demande pour le bio a crû de façon exponentielle pendant la décennie écoulée. Avec des ventes au détail estimées à 35 milliards de dollars l'an dernier, l'industrie du bio représente une opportunité économique exceptionnelle pour les fermiers, les éleveurs et les communautés rurales.» (8)


Il y a là peut être un vent d'espoir! Si la plus grande nation, la plus avancée revienne à la raison Seule l'éthique permettra de moraliser cette fuite en avant de vouloir à tout prix, être maitre de la nature comme l’avait promis, à tort, un certain René Descartes. Plus globalement en face des apprentis sorciers la position des religions concernant la création ex nihilo, suscite un débat est loin d’être serein. Les coups de boutoir de la science à l’endroit des religions semblent en faveur de la science Les religions donnent l’impression d’être acculées dans leur dernier retranchement , n’ayant pas trouvé la parade et surtout convaincre que la force spirituelle est autre chose que la rationalité ex abrupto des laboratoires . Le mystère de la création reste entier parce que quelque part, il y a de mon point de vue, un horloger transcendant qui donne le la. L’homme sait copier à partir de quelque chose qui existe. Pourra-t-il créer et se substituer au divin ? La question doit être posée



1. http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/des-brevets-contre-l-humanite-les-44622

2. http://www.terraeco.net/Comment-les-OGM-favorisent-la,54610.html


3. http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2012/09/28/ne-laissons-pas-des-experts-faire-leur loi_1767200_3232.html


4. Jean-Pierre Berlan Ne laissons pas des experts faire leur loi Le Monde.fr | 28.09.2012


5.http://www.leveilleur.com/articles.php?idcat=1&idrub=34&id=1689 04 Avril 2014


6. http://leblogdeodomar.eklablog.com/biologie-de-synthese-comment-ingenieurs-et-multinationales-veulent-fab-a106457650


7 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/en-argentine-la-resistance-150520


8. http://blogs.rue89.nouvelobs.com/americanmiroir/2014/04/04/revolution-agricole-aux-etats-unis-cest-la-fte-au-bio-aux-fruits-et-aux-legumes-232569

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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