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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 19:54

«Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles.»

Sénèque l'Ancien

Treize mille policiers mobilisés et aidés par 7000 militaires, 5000 membres de délégations et 3000 journalistes, un budget global de 24 millions d'euros pour l'événement, pour le Sommet nucléaire mondial, qui a eu lieu lundi 24 et mardi 25 mars. Ce sommet s'est déroulé en présence des présidents américain et chinois. Le président russe en revanche a été absent. Un sommet dominé justement par la crise ukrainienne. La Russie est restée insensible à la menace de nouvelles sanctions brandie par les Occidentaux qui ont confirmé hier l'annulation du sommet du G8 prévu en juin à Sotchi.


De quoi s'agit-il?

Le secrétaire général de l'ONU a été le premier à parler des buts de la conférence. Il a déclaré qu'il était indispensable de renforcer la coopération internationale et il a appelé les dirigeants à prendre des mesures pour travailler ensemble pour un monde plus sûr.

«Aujourd'hui, je vous appelle à agir toute de suite. N'attendez pas que d'autres fassent le premier pas. Notre défi est celui du leadership», «Travaillons ensemble pour un monde plus sûr pour tous, un monde libre d'armes atomiques et de la menace du terrorisme atomique», a-t-il ajouté. Selon lui, les gouvernements nationaux sont les premiers responsables pour éviter que des groupes terroristes acquièrent des armes atomiques, qui sont les armes de destruction massive les plus dangereuses. «La coopération et l'assistance internationales sont indispensables», a souligné le chef de l'ONU en ajoutant que le renforcement de la sécurité nucléaire et la mise en place d'une culture de sécurité nucléaire sont prioritaires.
M. Ban a souligné que l'ONU a un rôle important à jouer dans trois domaines en particulier, dont le renforcement du cadre international de la sécurité nucléaire, le renforcement des capacités des États à détecter et à mettre fin au commerce illicite des matériaux nucléaires et radiologiques et les efforts pour le désarmement nucléaire. «La non-prolifération et le renforcement du contrôle des matériaux nucléaires sont importants, mais pas suffisants pour offrir une garantie contre la pire des menaces, à savoir l'usage d'armes nucléaires à l'avenir», a déclaré le Secrétaire général.

Les dirigeants présents ont discuté des mesures susceptibles de renforcer la sécurité nucléaire et d'empêcher les terroristes de s'emparer de matériaux nucléaires. Les dirigeants ont exprimé leur satisfaction en constatant que la majorité des engagements pris lors de ceux-ci avaient été tenus. Le communiqué conjoint du Sommet souligne la nécessité d'une architecture mondiale puissante et globale garantissant la sécurité nucléaire avec, en son centre, l'Agence internationale de l'énergie atomique (Aiea). Il affirme également que les mesures destinées à renforcer la sécurité nucléaire n'affectent pas les droits des pays de développer et d'utiliser cette énergie à des fins pacifiques.


Le sommet de La Haye renforce la prévention contre le «terrorisme nucléaire»
Selon le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, des «mesures importantes» ont été adoptées en regard des trois objectifs du sommet: réduire le nombre de matériaux nucléaires dangereux, améliorer la sécurité de ces matériaux et améliorer la coopération internationale.
Certains États ont néanmoins voulu aller plus vite que les autres, à l'image des 35 qui se sont engagés à appliquer des standards internationaux plus stricts que ceux adoptés dans le communiqué final, et à renforcer leur coopération.

Cette initiative a été lancée par les États-Unis, les Pays-Bas et la Corée du Sud, puis signée par 32 autres pays, dont la France, la Turquie, l'Ukraine et Israël. Selon le Groupe sur les matériaux fissiles, un groupe d'experts sur le nucléaire, «l'absence de la Russie, de la Chine, du Pakistan et de l'Inde, tous des pays disposant de l'arme nucléaire et d'un stock fourni de matériaux nucléaires, affaiblit l'impact de ce texte».

La lutte contre la menace terroriste nucléaire est au coeur de l'héritage politique que souhaite laisser le président américain Barack Obama, qui avait lancé le premier Sommet sur la sécurité nucléaire en 2010 et devrait accueillir la 4e édition en 2016 à Washington. L'enjeu est de taille car «il y a presque 2000 tonnes de matériel, prêt à être utilisé dans une arme, en circulation dans le monde», avait rappelé le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. (1)

Parallèlement, le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (Aiea) s'est réuni en janvier. Le Plan d'action commun a été adopté en novembre par l'Iran, la Chine, la France, l'Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis pour assurer que le programme nucléaire iranien soit uniquement à des fins pacifiques. «L'Aiea est prête à mener les vérifications et le suivi des mesures prévues par le plan d'action commun ».

Curieusement, Fukushima n'a servi à rien. Les changements climatiques ne sont plus la priorité. Même les pays européens se sentent moins liés par les contraintes d'autant que l'obsession de la dépendance au gaz russe les amène à revenir sur leurs anciennes promesses et il n'est pas interdit que les gaz de schiste puissent s'installer définitivement comme alternative, voire même que l'Allemagne revienne sur sa décision de fermer ses réacteurs. Le nucléaire revient sur le devant de la scène. il faut savoir que plus de 70 réacteurs sont en construction dont 40% en Chine. Bien que le problème des déchets nucléaires ne soit toujours pas réglé, chaque pays se débrouille (vitrification, enfouissement, largage en mer...).


Ce qui a été «oublié» pendant ce sommet

En fait rien n'a été dit sur les voies et moyens de doter les pays pour pister le nucléaire terroriste qui dit-on, avec une bombe sale peut provoquer une catastrophe. Il faut bien reconnaître que depuis l'effondrement de l'Union soviétique considérée à tort comment étant la source du commerce illégal d'uranium, il n'y a pas eu de scoop de découverte spectaculaire d'uranium, encore moins de passage à l'acte attribué d'une façon insidieuse à des terroristes islamiques eux seuls capables de passer à l'acte

Par contre, pas un mot sur l'utilisation de l'uranium appauvri dans les obus pendant les dernières guerres. Les nations productrices recyclent ces déchets dans des munitions autrement plus dangereuses pour la santé puisqu'elles sont capables de percer des plaques de blindés.. Dans ce cas, Ban ki-moon est muet: «Circulez, il n'y a rien à voir!» Les milliers de personnes mortes, les milliers de personnes estropiées ou naissant avec des malformations congénitales n'avaient pas d'avocats à ce sommet. De même, les irradiés du Sahara algérien attendent toujours qu'on leur rende justice. Les apprentis sorciers de l'atome font payer aux nations faibles leur mégalomanie prométhéenne. Rendront-ils compte un jour?

Par contre, pas un mot sur le danger du stockage des déchets nucléaires qui ont une demie-vie de 24.000 ans- Cela veut dire qu'au bout de 24.000 ans il restera la moitié de l'uranium initial- On fait dans la diversion: les pays ayant des réacteurs nucléaires (une trentaine) vont améliorer les règles de sécurité. Ainsi, le patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (Aiea) a indiqué le 17 mars à Tokyo que l'organisme allait continuer d'améliorer ses normes à la lumière de l'accident de Fukushima, tout en prévenant qu'une centrale nucléaire ne pouvait jamais être sûre à 100%. «Ce qui est important pour la sûreté, c'est que le processus soit évolutif. Nous avons besoin d'améliorer la sûreté continument, sans tomber dans l'autosatisfaction», a-t-il insisté.«Toutefois, une catastrophe naturelle peut arriver n'importe où dans le monde... la sécurité à 100% n'existe pas», a-t-il ajouté. «Ce que nous pouvons faire est de prévenir autant que faire se peut les accidents potentiels pour en atténuer les conséquences.» (2)


Les convictions et les efforts de l'Algérie

Le Premier ministre, Youcef Yousfi, a intervenu au Sommet: ««Un cadre transparent basé sur le partage d'informations scientifiques et techniques, un retour complet d'expérience et une coopération accrue à l'échelle régionale et internationale sont nécessaires pour faire progresser nos efforts collectifs», «Au-delà de l'adhésion aux textes réglementaires en matière de sûreté et de sécurité nucléaire, il importe de souligner le caractère primordial que revêt la coopération internationale en tant qu'instrument privilégié pour le renforcement des capacités, y compris dans les domaines de la criminalistique nucléaire et du cybercrime (...) » (3)

« L'Algérie est partie prenante de ce processus conçu pour être une réponse commune aux risques et menaces transfrontalières sur la sécurité et la stabilité des Etats que font peser les acteurs non étatiques, notamment les groupes terroristes». Il a également plaidé pour l'«universalisation» des instruments juridiques internationaux, notamment le Traité de non-prolifération (TNP)». (3)

«L'Algérie «s'est dotée de mesures permettant des évaluations périodiques régulières pour tester et améliorer les plans nationaux de sécurité (...) Au plan régional, un centre pour la région africaine et arabe a été mis en place en février 2012. L'Algérie abrite aussi le secrétariat régional pour l'Afrique du Nord des centres d'excellence sur les risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques, initiés par l'Union européenne.» «L'Algérie se déclare prête à poursuivre ses efforts en matière de sûreté et de sécurité nucléaire en veillant également au renforcement de la libre circulation des flux de connaissances scientifiques et techniques et au transfert des équipements et technologies indispensables au progrès et au développement socio-économique, dont nos pays ont besoin. Rien ne saurait justifier une quelconque entrave au droit inaliénable à l'utilisation pacifique de l'atome, garanti par le TNP, dès lors que sont respectés les engagements en matière de non-prolifération.» (3)

Le thorium peut- il être le combustible de l'avenir?

Les inquiétudes se font quant au déclin des réserves en oxyde d'uranium. La solution miracle est peut-être le thorium. «Ressource abondante à fort potentiel énergétique, moindre quantité et dangerosité des déchets: le thorium pourrait soutenir le développement d'une nouvelle filière nucléaire, mais ce minerai vu par ses partisans comme du nucléaire «vert» ne constitue pas forcément une solution miracle. Le thorium est trois à quatre fois plus abondant dans la croûte terrestre que l'uranium, et notamment chez les pays qui sont susceptibles de construire des réacteurs dans le futur, comme l'Inde, le Brésil et la Turquie», explique Martha Crawford-Heitzmann, directrice de la recherche, du développement et de l'innovation du géant français du nucléaire Areva. Areva a signé avec le belge Solvay, en décembre, un accord incluant un programme de recherche et de développement pour étudier l'exploitation de ce minerai comme combustible potentiel de centrales nucléaires.» (4)

Si les recherches reprennent aujourd'hui, c'est parce que l'abondance de la ressource profiterait à certains pays, comme l'Inde qui, avec environ un tiers des réserves mondiales, s'est clairement engagée dans la voie du thorium dans le cadre de son ambitieux programme de développement nucléaire civil. Principal inconvénient du thorium: il n'est pas naturellement fissile, contrairement à l'uranium 235 utilisé dans les réacteurs actuels. Résultat: la production industrielle d'énergie grâce au thorium n'est pas pour demain.(4)


Ce que je dis à propos du nucléaire en Algérie

Régulièrement, on parle du nucléaire en Algérie dans un discours à consommation interne pour faire croire que nous avons la maîtrise de l'atome. Honnêtement, nous en sommes loin. Certes, nous disposons de deux réacteurs de recherche pour fabriquer des isotopes pour la chimiothérapie et l'industrie pétrolière. Nous avons des difficultés à nous alimenter en matériaux fissiles bien que nous soyons de bons élèves de l'AIEA. Pour rappel, Boumediene avait refusé de signer le TNP, il parlait de dénucléarisation totale de la région Mena y compris Israël. Pendant la décennie noire, acculée de toute part étant accusée de faire la bombe, l'Algérie a signé le TNP pour couper court à toutes les rumeurs déstabilisatrices.

L'Algérie ne doit pas pratiquer la politique du zéro nucléaire, mais il faut savoir qu'une centrale dans les pays développés demande dix ans entre le moment de sa conception et sa mise en marche. Ses réserves de 50.000 tonnes de U308 peuvent lui permettre à terme d'intégrer le nucléaire dans un mix énergétique L'Algérie n'a pas encore de stratégie énergétique globale. Les effets d'annonce ne résistent pas à la dure réalité. D'après l'AIE, le peak oil algérien aurait été dépassé. Partant du postulat que la manne pétrolière n'appartient pas qu'à nous. Elle appartient en priorité aux jeunes générations qui seront là en 2030/2050 quand le pétrole et le gaz naturel ne seront plus là pour masquer nos errances et notre refus de mettre en place maintenant - demain il sera trop tard, car nous avons une génération devant nous pour démarrer un plan Marshall qui tourne le dos au tout fossile - une stratégie énergétique pérenne avec au préalable un état des lieux de ce que nous avons réellement comme ressources: fossiles, uranium, géothermie, gisement solaire et éolien, charbon, hydraulique, biomasse...

La stratégie énergétique est donc l'affaire de tous. A titre d'exemple, il est connu, d'après l'Aprue, que nous pouvons faire sans problème et par une politique volontariste issue de cette stratégie 20% d'économie d'énergie. La génération de 2030- à qui il faut laisser un viatique en énergie fossiles- aura à sa disposition un bouquet énergétique qui lui permettra de solliciter toutes les énergies et, de plus en plus, les énergies renouvelables et de moins en moins les énergies fossiles. Il faudra également remettre en oeuvre le Barrage vert qui est capable de nous aider à combattre les changements climatiques, de diminuer notre facture alimentaire, mais aussi de nous procurer du bois, gisement de biomasse évalué actuellement à 3 millions de tep/an. S'agissant du gaz de schiste, il devrait être mis en oeuvre impérativement après avoir assaini la scène énergétique par un modèle énergétique flexible et respecté et après s'être assuré que la technologie est respectueuse de l'environnement. L'avenir de l'Algérie est dans l'intelligence. Comment la solliciter et faire émerger, notamment en réhabilitant la formation d'ingénieurs et de techniciens qu'il faudra former en quantité et en qualité. Car c'est la seule légitimité qui permettra à l'Algérie de tenir son rang dans un monde de plus en plus chaotique. L'éco-citoyenneté est un combat qui commence à l'Ecole. (5)


1. http://www.liberation.fr/monde/2014/03/25/a-la-haye-35-pays-s-engagent-a-renforcer-leur-securite-nucleaire_990036


2. http://www.goodplanet.info/actualite/2014/03/17/aiea-la-securite-100-nexiste-pas-dans-centrale-nucleaire/#sthash.dVwjbMyr.dpuf


3. Discours du Premier ministre Youcef Yousfi au sommet de La Haye 25 mars 2014


4. http://www.goodplanet.info/actualite/2014/02/17/le-thorium-combustible-nucleaire-du-futur/#sthash.hMJ3DgbI.dpuf


5. http://www.econostrum.info/Pr-Chems-Eddine-Chitour-Je-suis-convaincu-que-le-nucleaire-ne-pourra-pas-etre-la-solution-aux-problemesenergetiques_a5088.html#ixzz2 x37xWZ4x

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans anomie du Monde
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