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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 19:50

«Au lieu de donner un poisson à quelqu'un, apprends-lui à pêcher»

Mao Tsé Toung

Hasard du calendrier, à quelques jours d'intervalle l'Algérie, après avoir reçu une délégation française de haut rang venue conclure des marchés, recevait le ministre des Affaires étrangères du Qatar, et celui de la Chine. Quelle est la particularité commune de ces trois visites? Sans nous tromper de beaucoup, ces pays viennent nous proposer de commercer, en clair sans transfert de savoir ni savoir-faire. Bref, des visites indexées d'une façon ou d'une autre sur la santé financière du pays, en un mot sur la rente qui nous permet...


L'Algérie et le Qatar

Singularité de la diplomatie algérienne! Elle a gardé tout au long de ces années, une certaine retenue devant les convulsions du monde et a gardé un cap hérité de la glorieuse révolution de Novembre, celui de ne jamais s'ingérer, de militer sans cesse pour la paix, le consensus. Nous l'avons vu avec le drame syrien; l'Algérie a constamment milité pour un arrangement syro-syrien en vain. S'agissant des relations commerciales, l'émir du Qatar, Hamad Bin Khalifa Al Thani, a fait en janvier 2013, un déplacement à Alger pour la signature de huit accords et mémorandums de coopération dans la sidérurgie, le transport maritime et les hydrocarbures.

Cependant, ces derniers temps pour le projet de Bellara, confié à Qatar Steel International, le blocage semblait total, on parlait d'un probable retrait de l'investisseur qatari. Brusque revirement! Reçu par le Premier ministre, M. Essayed, ministre qatari des Affaires étrangères, a déclaré: «La visite d'aujourd'hui est un indice de la transition de ce projet vers de nouvelles étapes». Il a exprimé sa satisfaction de l'avancée du projet, un partenariat algéro-qatari entre l'entreprise algérienne Sider et Qatar international pour la réalisation d'un complexe sidérurgique avec une capacité de production à terme de 5 millions de tonnes/an. «Les deux pays sont prêts à renforcer leurs relations dans de nombreux domaines, dont celui de l'économie», a-t-il affirmé. L'investissement sera de deux milliards de dollars dans une première phase et permettra de produire deux millions de tonnes d'acier par an à partir de 2017 avant de s'élever progressivement à cinq millions de tonnes.

Cependant et avec tout le respect que nous devons au peuple qatari, les potentats au pouvoir ont- par leur capacité de nuisance réelle- tout fait pour créer le chaos sur instruction. Nous l'avons vu avec le drame libyen et la mort atroce du leader Maamar Kadhafi, nous l'avons vu avec les ingérences en Egypte, en Tunisie et d'une façon plus nette au point d'avoir créé une armée de mercenaires armée avec les gazodollars du sous-sol qatari et qui ont porté la mort, le sang en Syrie. Certes, Hamad Bin Khalifa Athani a été débarqué en une semaine sous ordre des Etats-Unis, au profit de son fils. Mais la nouvelle politique qatarie manque encore de clarté. Certes, l'ancien ministre des Affaires étrangères invectivant la délégation algérienne- qui lui a répondu vertement- nous a promis que notre printemps arabe allait arriver répondant étrangement à Nicolas Sarkozy qui prédisait: L'Algérie dans un an, l'Iran dans deux ans. C'était dans l'euphorie de la mise à mort de Kadhafi et de la mise à genou de la Libye.


«L'Algérie doit tomber»

Lors d'une conférence, sur la situation du Mond Arabe, Anna Marie Lisa, présidente honoraire du Sénat belge, accuse, quant à elle, ouvertement l'Arabie Saoudite «d'oeuvrer à déstabiliser volontairement les frontières Sud de l'Algérie à travers, notamment, le financement des salafistes et jihadistes». «L'Algérie, et par le rapt de ses diplomates à Gao, paye pour avoir combattu le terrorisme durant les années 1990. Prenant la parole, Eric Denussy, directeur du Centre français de recherches sur le terrorisme, et ancien officier des services secrets, tire la sonnette d'alarme: «La situation est très grave. L'Algérie est considérée par le Qatar et l'Arabie Saoudite, et par l'alliance entre les USA et les Frères musulmans, comme le domino qui n'est pas tombé et qui doit tomber, coûte que coûte.» Il accuse l'Otan d'avoir reconfiguré le terrorisme dans la région du Sahel, avec l'intervention militaire engagée dans ce pays. «Certains pays ont même largué des armes, profitant, du coup aux terroristes du GIA, devenu Gspc puis Aqmi, après que les terroristes eurent été défaits en Algérie et fui vers le Sud», ajoute-t-il. «Ils ne comprennent pas comment l'Algérie n'a pas chuté avec le printemps arabe et veulent déstabiliser ce pays coûte que coûte», lance-t-il».(1)

Dans une contribution remarquable, Majed Nehmé a interviewé Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget. Ces deux journalistes ont enquêté sur ce minuscule État tribal, obscurantiste et richissime, qui, à coup de millions de dollars et de fausses promesses de démocratie, veut jouer dans la cour des grands en imposant partout dans le monde sa lecture intégriste du Coran. Ecoutons-les: ´´ (...) L'on y a l'impression de séjourner dans un pays virtuel,(...) convaincus qu'il y avait une stratégie de la part du Qatar enfin de maîtriser l'Islam, aussi bien en France, que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique. D'imposer sa lecture du Coran qui est le wahhabisme, donc d'essence salafiste, une interprétation intégriste des écrits du Prophète. (...) Le paradoxe du Qatar, qui prêche la démocratie sans en appliquer une seule once pour son propre compte, nous a crevé les yeux. (...) Il existe une folie des grandeurs. L'autre vérité est qu'il faut, par peur de son puissant voisin et ennemi saoudien, que la grenouille se gonfle. Enfin, il y a la religion. Un profond rêve messianique pousse Doha vers la conquête des âmes et des territoires. (...)» (2)

On pensait en définitive avoir tout dit de la nuisance du Qatar. Il n'en est rien. Nous découvrons chaque jour l'étendue de sa capacité de malfaisance proportionnelle à une rente imméritée et inversement proportionnelle à l'intelligence. Ceci, du fait d'un machiavélisme qui fait que sa diplomatie est celle du chéquier à laquelle personne, apparemment, ne résiste. Justement, cette diplomatie du chéquier fait des ravages. On se souvient aussi de la réconciliation spectaculaire entre le Hamas et le Fatah à Doha. Il n'est pas étonnant dans cet ordre d'idées au nom d'une impunité des grands, que le Qatar se croit tout permis. On sait que la Ligue arabe n'a jamais été que l'antichambre de la politique égyptienne, l'OPA du Qatar permettrait à ce dernier de brader sans état d'âme ce qui reste de l'unité arabe et de sa position concernant la cause palestinienne.»


La Chine ce «géant» qui avance à pas mesurés

Au contraire du Qatar (200.000 Qataris sur 10.000 km2), la Chine est un continent: 9.677.009 kilomètres carrés. Avec plus de 1350 millions d'habitants en 2010. La Chine c'est d'abord le vivre-ensemble: La Chine est un État-nation composé de 56 «nationalités» dont l'ensemble forme la «Nation chinoise» (zhonghua minzu). L'égalité en devoirs et en droits de toutes ces nationalités est inscrite dans le droit constitutionnel de la République populaire de Chine. D'un côté le futur avec ligne emblématique LGV Pékin-Shanghai est une ligne à grande vitesse (500 km/h) de 1 318 km de long reliant Pékin et Shanghai, ouverte depuis le 30 juin 2011. On estime que la Chine a été la première puissance économique mondiale durant la majeure partie des 20 derniers siècles jusqu'au xviiie siècle et la révolution industrielle, c'est également en Chine qu'on trouvait le niveau de vie le plus élevé de la planète. La Chine deviendra la 1re puissance mondiale en 2016 d'après l'Ocde.

Nous ne devons jamais oublier que la Chine avait reconnu le Gpra et l'Algérie combattante en lui fournissant les moyens de sa lutte. Les relations n'ont jamais connu de tension véritable tout au plus un ralentissement notamment pendant la décennie noire: «Nous étions bien seuls.» On se souvient pour la période récente que le président chinois Xi Jinping avait appelé à des relations plus fortes et plus complètes entre la Chine et l'Algérie. M. Xi a fait cette remarque lors de sa rencontre avec le président du Conseil de la nation de l'Algérie, Abdelkader Bensalah, en marge de la Conférence annuelle du Forum de Bo'ao pour l'Asie (FBA) qui s'est ouvert à Bo'ao dans la province méridionale chinoise de Hainan. M.Xi a indiqué que la Chine et l'Algérie étaient des pays amis, les deux peuples ayant forgé une solide amitié alors que l'Algérie se battait pour son indépendance, tandis que le pays a grandement contribué à aider la Chine à reprendre son siège à l'ONU en 1971. Décrivant l'Algérie comme «un bon ami, un bon frère et un bon partenaire» de la Chine, le président chinois a noté que c'était la Chine qui avait initié une politique visant à développer une coopération amicale avec l'Algérie et à renforcer la coopération stratégique bilatérale. (3)

On dit que L'Algérie joue un subtil jeu d'équilibre entre Washington, Paris, Moscou et Pékin. L'Algérie voit dans les États-Unis la puissance susceptible d'assurer la stabilité et la sécurité du pays à long terme, dans la France, un partenaire commercial et culturel traditionnel, dans la Russie un fournisseur d'armes et un investisseur dans le secteur des hydrocarbures et enfin dans la Chine, un soutien diplomatique et commercial(4).

L'Algérie et la Chine

Le ministre chinois des Affaires étrangères sera à Alger aujourd'hui. L'ambassadeur de Chine en Agérie, yuhe Liu, a souligné, que cette première visite depuis l'installation du nouveau gouvernement, en mars dernier, a pour objectif d'approfondir davantage la coopération bilatérale entre les deux pays. La Chine est le premier fournisseur de l'Algérie en textiles et prêt-à-porter, jouets, meubles et ustensiles de cuisine, papier, affaires scolaires... La liste est longue, tant la Chine, véritable atelier du monde, produit tout et l'Algérie, en revanche, importe presque tout. Sur le volet économique, l'ambassadeur chinois a indiqué que les échanges commerciaux entre son pays et l'Algérie étaient de l'ordre de 8 milliards de dollars en 2012 et ont atteint les 7 milliards rien que pour les 10 premiers mois de l'année 2013. Il y a eu par ailleurs, environ 15 sociétés chinoises qui ont investi en Algérie avec un montant dépassant 1 milliard de dollars.

La Chine qui a toujours encouragé les partenariats gagnant-gagnant, assure de ce fait une formation et un transfert de technologie aux Algériens. Pékin veut consolider sa place en Algérie. D'accord! mais pas en vendant uniquement. Il tient à sa position commerciale et économique dans un contexte de concurrence très dure avec des partenaires européens, dont la France, qui souhaitent reprendre le premier rôle en termes d'investissements et d'échanges. Les Chinois accordent une importance particulière à l'Algérie devenue, selon les experts, ´´leur deuxième destination préférée en Afrique après la Nigeria. Près de 45.000 Chinois travaillent en Algérie dans de nombreux projets. (5)

Lors de son intervention, l'ambassadeur n'a pas insisté uniquement sur le renforcement de la coopération économique et politique entre l'Algérie et la Chine, mais également sur la coopération dans le domaine de l'éducation et des échanges culturels. «Nous avons déjà procédé à l'enseignement de la langue chinoise dans quatre wilayas et depuis environ un mois à l'Université Alger II, où nous avons enregistré des centaines d'inscriptions», La Chine étant un pays en développement et l'Algérie le plus grand pays en Afrique, ont «beaucoup de points communs», souligne l'ambassadeur. Des points communs qui peuvent être un avantage pour développer et diversifier encore plus la coopération entre les deux pays. «Si vous voulez aller plus vite allez seuls, mais si vous voulez aller plus loin allez ensemble», soutient-il avec un proverbe chinois. (5)



Ce que nous attendons de la Chine

Tout ce qui se fait va dans la bonne direction mais ce n’est pas suffisant ! Car il n'y a pas transfert de technologie. La grande majorité des projets confiés à la Chine le sont dans le social! Avec aussi à la clé, la destruction de ce qui restait du tissu industriel incapable de supporter la concurrence chinoise, notamment dans le secteur des industries manufacturières qui ont pratiquement disparu. Où sont les complexes de Ben khadda, les soieries de l'ecotex de Tlemcen, les chaussures de la Sonipec. Sans faire dans la nostalgie, on savait faire beaucoup de choses, dont nous avons perdu le savoir-faire au profit du consommer, du dépenser sans penser, bref de la bazarisation. Il est temps si la Chine veut aider réellement au décollage, qu'elle nous aide à redémarrer sur un bon pied. Il y a deux sujets qui me tiennent à coeur en tant qu'universitaire, c'est l'aide de la Chine dans la fabrication des outils pédagogiques que nous importons en totalité, c'est au bas mot un de dollars, une politique déterminée et rationnelle permettra graduellement d'intégrer un savoir-faire national irréversible et perfectible. En 1983, à l'Institut d'optique de l'Université de Sétif le premier microscope était né, fruit d'une recherche de deux élèves ingénieurs de cinquième année. C'était un marché à l'époque de 10.000 microscopes. Il n'a jamais été développé... C'est un dossier mature qui peut être développé rapidement et créer de la richesse en confiant aux universitaires dans le cadre de prototypes, la fabrication graduelle de ces équipements. Un deuxième volet important est l'aide à la mise en place d'une stratégie énergétique qui permet d'intégrer les énergies renouvelables au bouquet énergétique de l'Algérie. Il est scandaleux de dire que l'Algérie a des réserves, notamment les gaz de schiste, fait des découvertes, perpétuant de ce fait, la remise aux calendes grecques le compter sur soi, sur son intelligence plutôt que sur la rente.

La Chine est leader mondial dans le solaire photovoltaïque. Pourquoi importer des panneaux solaires tout faits, pourquoi ne pas les fabriquer en Algérie? Il en est de même de l'éolien, nous peinons à mettre en place 10 MWà Adrar et nous avons en face de nous un pays dont l'immense potentiel lui permet de construire une éolienne de 2MW toute les deux heures, une centrale à charbon par mois, un réacteur nucléaire par an, tout en rappelant que le barrage hydroélectrique des Trois Gorges de 18.000 MW est équivalent à deux fois la puissance totale électrique de l'Algérie.

On considère lit-on dans l'encyclopédie Wikipédia que la boussole, l'imprimerie, le papier et la poudre à canon sont les «Quatre grandes inventions» de la Chine.. Au début du xviie siècle, le philosophe anglais Francis Bacon, sans connaître l'origine de ces inventions, remarque que trois d'entre elles: l'imprimerie, la poudre à canon et la boussole, «ont changé la face du monde». «Le papier est, avec l'imprimerie, la boussole et la poudre à canon, l'une des quatre grandes inventions chinoises qui ont contribué à construire l'Occident moderne.

1. http://www.mondialisation.ca/des-services-secrets-accusent-le-qatar-l-arabie-saoudite-les-usa-et-les-fratrnit-musulmane-faire-chuter-l-alg-rie/30489

2. C.E. Chitour http://www.mondialisation.ca/opa-sur-la-ligue-arabe-et-bradage-de-la-cause-palestinienne-la-nuisance-du-qatar/5334107

3. Nadine Mardi 9 Avril 2013 - http: //www.reflexiondz.net/Le-president-chinois-appelle-a-renforcer-les-relations-avec-l-Algerie_a23355.html


4. http://www.diploweb.com/La-Chine-en-Afrique-une-realite-a.html


5. http: //www.lnr-dz.com/index.php?page=details &id=30171

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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