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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 11:24

«Peu d'oeuvre donne beaucoup d'amour-propre, beaucoup de travail donne infiniment de modestie.»

Honoré de Balzac (La comédie humaine)

Il est pour le moins curieux de constater la comédie humaine celle de tous les candidats à la candidature qui sans en avoir le smic en termes de prédisposition à la magistrature suprême font assaut à travers les médias, de candidats se dévouant pour le pays et se déclarant prêts sans aucune prédisposition réelle ou supposée. Cette élection, pour certains, annoncée lors du salon qui est censé honorer la production littéraire et le triomphe éphémère de la pensée. On dit souvent que la Responsabilité est une charge et non un honneur. Faut croire que ceux qui se bousculent au portillon y voient une réputation à moindre frais pour leur égo surdimensionné surtout s'ils sont là pour jouer les figurants et récolter quelques voix avec en prime un retour sur investissement comme reconnaissance du pouvoir pour avoir tenté de crédibiliser une élection jouée d'avance.


Qui peut devenir président de la République?

Sans être exhaustif, nous donnons ci-après les conditions que devrait remplir un candidat à la magistrature suprême à titre d'exemple en France. Les candidats doivent remplir à la fois des conditions de fond et des formalités définies par la loi organique du 6 novembre 1962 modifiées le 5 avril 2006. Le candidat doit: avoir la nationalité française; avoir 18 ans révolus, être électeur, ne pas être privé de ses droits d'éligibilité par une décision de justice, ne pas être placé sous tutelle ou sous curatelle, avoir satisfait aux obligations imposées par le code du Service national faire preuve de «dignité morale». (1)

«Trois formalités doivent par ailleurs, être remplies: le candidat doit recueillir les signatures de 500 élus, d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer différents. Cette procédure dite de présentation des candidats vise à écarter les candidatures peu sérieuses, et à favoriser les candidats ayant une véritable envergure nationale.» (1)

«Le candidat doit remettre au Conseil constitutionnel, sous pli scellé, une déclaration de situation patrimoniale, de manière à satisfaire à l'exigence de transparence de la vie politique. Cette déclaration porte notamment, sur les biens propres du candidat. Elle devra être renouvelée dans les deux mois précédant ou dans le mois suivant la fin du mandat présidentiel afin de constater quelles ont été les variations de son patrimoine. Un compte de campagne doit être constitué et doit être déposé dans les deux mois suivant l'élection. Depuis la loi organique du 5 avril 2006, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques effectue ce contrôle. La liste des candidats est établie par le Conseil constitutionnel et publiée au Journal officiel.»(1)

Quatre remarques tout d'abord: le candidat doit être sain d'esprit, de plus, il doit avoir une envergure nationale sous-entendue dans le domaine de la politique ce qui élimine en théorie ceux qui ne le sont, pas même si par ailleurs, ils peuvent être connus dans une «spécialité» qui ne prédispose pas particulièrement à remplir la lourde charge de président. Nous serons alors en plein «Principe de Peter» qui fait que quelqu'un qui sait faire correctement son travail dans «son domaine» devient une véritable calamité en termes, d'échec s'il s'attaque, ambition maladive aidant, à un «autre métier» pour lequel il n'a aucune prédisposition particulière.

Il vient que l'on ne peut pas jeter le sort du pays à la roulette russe. Outre le fait que la situation patrimoniale du candidat doit être transparente, il n'est pas exigé plus de 500 signatures d'élus. En Algérie «réunir» 60.000 signatures c'est à la fois peu si on veut faire barrage aux aventuriers mégalomanes qui veulent accrocher ce tableau de chasse à leur égo surdimensionné. C'est beaucoup pour les candidats sérieux qui remplissent les conditions mais n'ont pas l'entregent nécessaire procuré par des partis plus soucieux de malversations pour la plupart que d'apporter une réelle alternative au devenir de ce pays. C'est surtout inutile car, qu'on le veuille ou non, des signatures de personnalités connues et reconnues notamment pour leur intégrité morale, sont de loin plus importantes que des voix «achetées» comme nous a habitués à le faire le FLN avec ses électeurs de la chkara plus pur produit de l’économie informelle

Cette notion d'intégrité morale est capitale, elle permet d'exclure d'emblée en Algérie, dans les conditions actuelles, les candidats présentés par des partis qui n'ont aucune légitimité et dont les membres ne représentent pas les citoyens qui les ignorent. De ce fait, faire semblant qu'il y a une vie politique est un leurre qui ne trompe en fait que ceux qui font semblant d'y croire. La scène politique est pour le moment stérilisée, ne compte en définitive que la valeur propre de chacun des candidats, leur apport personnel à l'édification du pays, leur projet et surtout leur intégrité. Nous l'aurons compris, il n'y a pas de place pour la triche, qui peut être multiforme et peut aller d'une fausse déclaration avérée à des plagiats connus mais étouffés.

Bref descriptif des candidats

J'ai souvenance d'un polar que j'ai lu: «Votez Bérurier» de l'écrivain français San Antonio, on y trouve en creux toute la gabegie d'un individu que rien n'arrête et qui pousse le ridicule dans ses derniers retranchements, il nous a divertis le temps de la lecture.. Plus près de nous, nous nous souvenons aussi de Coluche qui par sa gouaille, sa façon de parler et surtout sa générosité vis-à-vis des faibles, nous avait aussi cette fois-çi fait rêver, mais la superstructure y a mis bon ordre. Coluche fut invité à retirer sa candidature car le pouvoir était sûr qu'il allait réunir les 500 signatures. Qui peut se prévaloir au vu de sa générosité de ressembler à Coluche? Dans mille ans on parlera encore dans les chaumières des restos du coeur! Qui se souviendra de ce que «Le jour doit à la nuit» surtout si on connaît les sources. (2)

Il est vrai qu'il y eut des universitaires, des poètes qui ont brigué la magistrature suprême, l'académicien et grammairien Senghor et l'écrivain Vaclav Havel...ce ne fut jamais que le petit nombre. Ces personnalités ont eu un parcours avant l'autre "vitrine". C'était des hommes politiques qui ont risqué leur vie et leur liberté pour leur vision de l'avenir de leur pays, à l'instar de l'électricien Lech Walesa, du dissident entôlé Vaclav Havel, et de Leopold Sedar Senghor qui eut un parcours politique fait de déni de justice de la part de la France.

Et chez nous?

C'est l'expectative! Il y a à ce jour cinq candidats. Le docteur Ahmed Benbitour ancien chef de gouvernement a été le premier à se porter candidat fin 2012. On parle aussi d'autres anciens chefs de gouvernement qui vont se déclarer et ceci dans l'attente d'une autre révision de la Constitution. Il y a ceux sollicités par leur parti à se porter candidat, sachant bien qu'ils n'ont aucune chance de réunir les 60.000 signatures. Ceux-là pour certains sont des lièvres qui ont l'habitude de «courir» ce qui leur donne une visibilité sociale qui n'est pas celle de leurs électeurs. Il y a enfin les mégalomanes qui profitent de cette tribune éphémère de quelques mois pour se faire un nom, une visibilité qui fait dans l'amalgame entre le métier de base et le métier pour lequel on se sent une vocation. Mais est-ce suffisant?

Le journaliste Chawki Amari décryptant le parcours de l'un d'eux, et l'adaptant à la topologie de sa production littéraire écrit à ce propos: «Ali Benflis, Soufiane Djilali, Ahmed Benbitour, il manquait une femme et quelques hirondelles d'El Mouradia pour assurer un peu de parité dans un monde à moustaches. Heureusement, Yasmina Khadra vient d'annoncer sa candidature à la présidentielle. (...) c'est le directeur du Centre culturel algérien à Paris, un genre d'émigré d'Etat. Alors, un président écrivain? Pourquoi pas, dans l'Olympe des infortunes, à l'image du président écrivain tchèque Vaclav Havel, mais qui, à l'inverse de Khadra, a fait de la prison pour son opposition. Bonne idée quand même, Yasmina Khadra Président (et Mohamed Moulessehoul vice-Président), ça changerait des présidents qui n'ont pas été à l'école ou des présidents militaires, le jour devant des choses à la nuit. Sauf que, là aussi, Yasmina Khadra a une autre casquette, il est officier de l'ANP et les Algériens risquent de ne pas apprécier, après la dépréciation du dinar, d'avoir été gouvernés par des colonels (Boumediène et Chadli) et un général (Zeroual) pour finir par un commandant. (...) Reste l'élection. Yasmina Khadra a 7 millions de lecteurs. Mais combien d'électeurs? (3)

Ce qui est attendu du président

Nous avons besoin d'un président qui outre sa légitimité attestée par un parcours long, studieux et intègre au service l'Etat, puisse avoir la faveur des suffrages populaires en dehors des faiseurs de roi, dans une élection ouverte où prévalent des projets présidentiels en phase avec le XXIe siècle loin de la corruption du népotisme. Qu'on se le dise! L'Algérie est plus que jamais à une croisée des chemins et chercher sa légitimité autre part que celle confiée par le peuple sera plus que jamais hypothétique. Nous serons respectés quand le peuple sera uni autour de son président qui a le lourd privilège -El Mas'oulia taklif oua la tachrif, la responsabilité est une charge plus qu'une dignité-de mener le bateau Algérie à bon port.

Nous allons donner dans les lignes qui suivent les grandes lignes de ce que devrait être un programme présidentiel au vu des défis qui nous attendent. Tout d'abord c'est avant tout le projet de société qu'il faut consolider, ce désir d'être ensemble pour constituer une nation et qui doit être un plébiscite de tous les jours selon la formule de Renan. Cela ne sera pas facile au vu des multiples interférences, mais ceci est primordial pour le pays.

Il faudra aussi sur la base d'un Etat des lieux sans complaisance arriver avec ce signe indien de l'assistanat et de la recherche à tout prix de la paix sociale quitte à hypothéquer durablement l'avenir des générations futures. L'Algérien de 2013, à des degrès divers selon les régions, pense que tout lui est dû sans effort, sans travail, sans participation. Pour lui, et au vu des injections massives sans contrepartie, il veut sa part de la rente et au besoin il la demande par l'émeute. Il est plus facile à un Bac -7 d'acquérir certaines fois un appartement qu'à un Bac + 7 surtout s'il s'organise jusqu'à avoir une masse critique qui porte de la voix.
Le pays vit, il ne faut pas se le cacher, sur la gestion d'une rente et la création de richesse hors hydrocarbure n'est pas pour le moment significative.



L'eau, un autre grand enjeu pour l'Algérie

Indépendamment de la nécessité d'une gestion rigoureuse des ressources énergétique, l'un des grands défis auquel aura aussi à faire face le pays, c'est celui de ses ressources hydriques dans un contexte de changement climatique dont nous percevons toute l'acuité et d'apprentis sorciers qui nous incitent à fracturer du schiste à raison de 15000m3 d'eau potable chaque fois. Comment protéger ce bien commun. Parmi les produits fondamentaux pour la vie humaine on trouve l'eau, bien collectif pour les groupes humains, mais les congrégations multinationales la commercialisent désormais. Certains Etats et des ONG affirment qu'il s'agit d'un bien public auquel chacun doit accéder; le secteur ´´privé´´ considère qu'un produit alimentaire comme l'eau n'a rien qui justifie une modalité d'administration publique. Les quelques entreprises qui ont accaparé le marché de l'eau se retrouvent dans plus de cent pays et dominent 70% du marché. (.;) Elsa Bruzzone, a rappelé qu'en 2004, le Pentagone avait adressé un rapport au gouvernement des Etats-Unis pour proposer de prendre le contrôle militaire des ressources en eau de la planète. Le rapport s'appuyait sur l'analyse des experts de l'ONU affirmant qu'entre 2020 et 2030, 90% de la population n'aura plus accès à une eau vraiment saine.»(4)

Nous voilà avertis! Pourtant, dans l'Algérie de 2013 que l'on ait un salaire de 20.000 DA ou de 200.000 DA on paie l'eau d'une façon dérisoire à 5 DA le m3 alors qu'elle sera de plus en plus rare et nous revient déjà huit fois plus cher. De même, on paie l'électricité de la même façon à 2 DA le kWh, le pain à 10 DA, le mazout à 13 DA, alors que ces utilités et denrées nous reviennent 10 fois plus cher. Ce sont les transferts sociaux (barils de pétrole vendus) qui servent d'amortisseur! Dans l'Algérie de 2013 une bouteille d'eau minérale est achetée à 25 DA le litre soit cinq m3. En clair, un kit de 9 litres d'eau minérale payé à 150 DA est l'équivalent de 30 m3 d'eau! Dans l'Algérie de 2013, les soins médicaux sont gratuits quelles que soient les conditions sociales, d'où une facture médicale abusive tout en signalant qu'en définitive ce sont les plus riches qui en profitent.

Dans l'Algérie de 2013, l'Algérien vit au jour le jour mais doit avoir sa voiture, mieux, l'Etat bradant les carburants fait vivre nos voisins. Nous achetons pour 1 million de tonnes de mazout à près d'un dollar le litre et nous le vendons sept fois moins cher ce qui explique le phénomène des hallaba qui ne pourra pas tarir de cette façon.

Conclusion

Le moment est venu pour le pays de faire son aggiornamento et de remettre l'Algérien au travail en récompensant plus que jamais l'effort, le travail bien fait, la chasse au gaspillage, la mise en place d'une stratégie multidimensionnelle loin de la démagogie qui consiste à ânonner que nous avons pour 50 ans de gaspillage de pétrole devant nous donnant de ce fait le signal d'un grand sommeil alors que nous devons nous réveiller et faire le point plus que jamais sur ce qui pourrait nous permettre de repartir du bon pied en tournant le dos à cette ébriété multidimensionnelle qui consiste en une fuite en avant avec la peur au ventre concernant l'avenir.


Pour la première fois, la légitimité historique ne sera pas invoquée. C'est peut ête le début d'une autre façon d'arriver à la magistrature suprême sur des bases qui doivent cependant être nettes de toutes suspicion concernant à l'intégrité morale. Dans ces conditions, je suis sûr de rencontrer le sentiment de beaucoup d'Algériens pour qui la situation actuelle est grave et nécessite à se mobiliser tous ensemble derrière le candidat qui a une vision, qui est fasciné par l'avenir. Ne dit-on pas qu' «un homme politique pense aux prochaines élections, mais qu'un homme d'Etat pense aux prochaines générations»?

Nous n'avons que faire des mégalomanes, qui veulent se faire une publicité à moindres frais avec des médias souvent complaisants. Le Principe de Peter est connu, il ne fera que se confirmer lors de cette atmosphère irréelle. L'élection présidentielle est une affaire trop sérieuse pour qu'elle soit prise en charge par des apprentis sorciers dont on peut douter de la valeur ajoutée, des «lièvres» qui courent sur instruction. Rêvons justement pour une fois à une élection propre et honnête qui mette en compétition des personnalités qui n'ont rien à prouver par leur parcours intègre mais qui doivent impérativement déclarer leur vision de cette Algérie du futur qui nous tient tant à coeur. Amen!



1. http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/institutions/fonctionnement/president-republique/comment/qui-peut-devenir-president-republique.html
2. http://karimsarroub.com/2009/11/29/ce-que-yasmina-khadra-doit-a-youcef-dris/ghalem bouha On 4 nov, 2013 Publié le 29 novembre 2009
3. http://www.elwatan.com/chroniques/pointzero/moi-yasmina-president-e-04-11-2013-233770_173.php
4. Auran Derien http://metamag.fr/metamag-1656-L%E2%80%99OCCIDENT-MET-LA-MAIN-SUR-L%E2%80%99EAU-Le-grand-enjeu-du-XXIeme-siecle.html lee 04/11/2013

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Chems Eddine Chitour - dans Algérie
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